Jean Mfoulou, Jean-Marc Ela
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Description

Voici un recueil des textes des hommages académiques rendus, par l'auteur, à ses deux illustres aînés, Jean Mfoulou et Jean-Marc Ela, décédés en 2007 et 2008. Présentés respectivement comme "père fondateur de la sociologie camerounaise" et comme "sociologue des pauvres d'Afrique", Jean Mfoulou et Jean-Marc Ela se posent comme deux baobabs du champ sociologique camerounais et africain.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 65
EAN13 9782296262874
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jean MFOULOU, Jean-Marc ELA :
deux baobabs de la sociologie camerounaise
Sociologie africaine

Collection dirigée par Valentin NGA NDONGO

D’après Georges Gurvitch, « la sociologie est une science qui fait des bonds, ou au moins fluctue, avec chaque crise sociale de quelque envergure ». Cette assertion sied fort bien à la sociologie africaine. La conjoncture sociopolitique actuelle crée comme une sorte de « printemps de la sociologie en Afrique », pour emprunter la savoureuse formule d’Albert Bourgi. Après bien des vicissitudes, en effet, la sociologie a fini par sortir du ghetto où l’avait confinée le régime de la pensée monolithique pour acquérir ses lettres de noblesse, à la faveur d’une double et pressante demande venant d’une société civile émergente et d’une communauté internationale plus que jamais déroutée face à une Afrique noire toujours déconcertante et « ambiguë », selon le mot de Georges Balandier. Mais si le temps de la sociologie africaine s’impose, il reste que celle-ci doit encore convaincre de la crédibilité de ses paradigmes, de la solidité de ses méthodes ainsi que de la spécificité de ses problématiques, de sa vocation et de ses enjeux politiques et géopolitiques dans le monde d’aujourd’hui. La sociologie africaine doit également démontrer qu’elle n’est pas une sociologie argotique, tropicalisée, périphérisée, adossée à quelque absurde revendication raciale mais qu’elle est une sociologie tout court, une sociologie prométhéenne, c’est-à-dire une appropriation, par les Africains, d’un savoir qui, ayant longtemps servi à leur oppression, doit désormais constituer l’instrument par excellence de leur libération. La présente collection se veut donc un espace public, au sens habermassien, de réflexion et de débat pour la défense et l’illustration d’une sociologie africaine à refonder.

Déjà parus :

Joseph DOMO, Le nord du Cameroun. Mythe ou réalité, 2010.
Valentin NGA NDONGO et Emmanuel KAMDEM (dir.), La sociologie aujourd’hui : une perspective africaine, 2010.
Valentin NGA NDONGO


Jean MFOULOU, Jean-Marc ELA :
deux baobabs de la sociologie camerounaise
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12518-6
EAN : 9782296125186

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
INTRODUCTION
Le 17 juillet 2007, à Yaoundé, et le 26 décembre 2008, à Vancouver, deux patriarches ou comme le disent les sages de la forêt méridionale de notre pays, deux baobabs sont tombés au champ d’honneur de la science, de la sociologie camerounaise. Il s’agit respectivement du professeur Jean Mfoulou et du professeur Jean-Marc Ela.

En tant que chef de Département de Sociologie où ils ont brillé de mille feux, je me devais, dans la pure tradition universitaire, de rendre un vibrant hommage à ces deux illustres disparus. Cela s’est accompli à l’Amphi 700, devant un impressionnant parterre d’enseignants, tous grades confondus, d’étudiants, de personnels administratifs et de membres des familles, avec l’approbation et les encouragements des plus hautes autorités de l’université de Yaoundé I et en présence du ministre de l’Enseignement supérieur.

A l’issue de la lecture de chaque hommage académique, un tonnerre d’applaudissements m’accompagnait jusqu’à mon siège dans la salle, ce qui est quand même surprenant en pareille circonstance funèbre. Et en me félicitant, nombre de collègues ne cessaient de m’exprimer leur appréciation positive et de m’inviter à diffuser le texte de l’hommage surtout à l’intention des étudiants qui connaîtraient ainsi ces deux grands de la sociologie camerounaise et africaine.

Cette diffusion s’est, certes, opérée dans quelques médias nationaux. Mais elle demeure insuffisante dans la mesure où, effectivement, j’ai constaté que bien souvent, malheureusement, nos étudiants maîtrisent peu non seulement l’histoire de notre continent et de notre pays mais tout simplement l’histoire de leur discipline. Développant ainsi un savoir des plus extravertis, ils connaissent sans doute, de leur mieux, les sociologues européens, tels Durkheim, Weber ou Bourdieu mais ignorent presque tous les sociologues africains quand, victimes de la fascination du colonisé pour l’Occident, ils ne répètent pas à l’envi un discours convenu et méprisant sur une hypothétique sociologie africaine qui ne serait, comme l’aurait sans doute dit Lévy-Bruhl, qu’une sociologie inférieure ou tropicalisée.

Mais n’en déplaise à ses contempteurs et à leurs thuriféraires locaux, la sociologie africaine existe bel et bien, au même titre que la sociologie européenne, la sociologie américaine, la sociologie française, la sociologie allemande, etc. Comme ces dernières, la sociologie africaine, appropriation prométhéenne de la sociologie, a en propre ses problématiques, ses méthodologies, ses paradigmes. Elle a aussi son histoire qui reste à écrire, certes, mais qui n’en constitue pas moins une réalité vivante, avec ses pionniers, ses fondateurs, ses grandes figures, à l’instar de Jean Mfoulou et Jean-Marc Ela, et dont j’oublie ici les textes des hommages académiques que je leur ai rendu devant la communauté universitaire camerounaise et africaine.

Puisse cet opuscule constituer une permanente référence et une puissante source d’information et d’inspiration pour les jeunes sociologues du continent noir, et leur permettre ainsi de comprendre les enjeux, souvent cachés, du savoir sociologique dans le monde d’aujourd’hui, enjeux que Jean Ziegler définit brillamment en ces termes : « Aucun savoir n’est neutre. Comme toute science, la sociologie est un outil qui libère ou opprime (…). Le sociologue prend part, nécessairement, à la guerre que se livrent les groupes, les classes, les nations, par symboles interposés » {1} .
Chapitre I HOMMAGE ACADEMIQUE A Jean Mfoulou
(Yaoundé, 17 août 2007, Amphi 700)
Mesdames et messieurs,


Lorsqu’il vivait encore au milieu de nous, pétillant d’alacrité et de jovialité, le professeur Jean Mfoulou aimait à se délecter des suaves sonorités de la langue de Cicéron et de Salluste, dont il agrémentait chacun de ses propos d’une formule ou d’une citation bien sentie.

Qu’il me soit donc permis, en prolégomènes à l’hommage solennel que lui rend aujourd’hui la communauté universitaire, de proposer à l’auguste auditoire ici présent, un bref mais agréable détour par cette belle langue qui a engendré celle des Ronsard, Racine et autres Lamartine, en dédiant à l’illustre latiniste disparu, ces quelques vers extraits du prologue de L’Enéide :

« Arma virumque cano,

Trojae qui primus ab oris

Laviniaque venit littora

(…)

Musa, mihi causas memora… ».

Traduction libre mais sans trahison :

« Je veux chanter les hauts faits d’armes et célébrer l’homme qui, le premier, partit du rivage de Troie et vint, sous injonction des dieux, fonder sur les bords du Lavinium, la ville de Rome ».

Dans la mythologie gréco-romaine, l’homme à qui Virgile rend hommage ici n’est pas un homme ordinaire : c’est Enée, un surhomme, un héros, presque un demi-Dieu ; et, comme tel, c’est un fondateur, un bâtisseur.

Je n’aurais évidemment pas l’outrecuidance de taquiner la Muse : je ne suis pas Virgile. Je voudrais tout simplement, mutatis mutandis, me hasarder à un parallèle entre le fabuleux destin d’Enée, le fondateur et le bâtisseur, et celui du professeur Mfoulou, le fondateur, le bâtisseur de Rome et l’incarnation de la sociologie camerounaise. C’est, en effet, le professeur Jean Mfoulou qui, parti des bords de sa Mvila natale, est venu porter vers ses fonts baptismaux le tout premier département de sociologie au Cameroun et poser, patiemment, en bravant tous les écueils, la sociologie comme science autonome, crédible et utile au développement de notre pays.

Si les Français peuvent s’enorgueillir d’avoir leur Emile Durkheim, les Allemands leur Max Weber et les Italiens leur Vilfredo Pareto, on peut dire, sans exagération aucune, que les Camerounais ont désormais leur Jean Mfoulou qui entre ainsi dans l’histoire comme le « père fondateur de la sociologie camerounaise ». Ce faisant, je ne tiens nullement un propos de circonstance. Dans un domaine de la connaissance, telle que la sociologie, caractérisée, comme le relève Raymond Aron, par une « perpétuelle recherche d’elle-même », c’est-à-dire par une incessante instabilité paradigmatique, une permanente « révolution scientifique » (pour emprunter à Thomas Kuhn), un refus systématique de tout « fétichisme théorique », de tout monisme, absolutisme ou impérialisme méthodologiques (les mots sont de Bourdieu), dans cette science-là qui se complaît dans la crise des objets, des théories et des approches et qui ne peut se construire qu’en se déconstruisant, dans cette discipline-là, dis-je, les reniements et les parricides sont monnaie courante mais les amabilités et les louanges plutôt rares, et l’accession au statut de maître n’y est pas usurpée, elle se mérite.

Et Jean Mfoulou, à mes yeux comme à ceux de tous les sociologues camerounais, constitue une incontestable « autorité scientifique », au double sens bourdieusien et poppérien du concept, puisqu’il a passé, avec succès, la double épreuve de « reconnaissance » et de « falsifiabilité », condition sine qua non de l’irréfutabilité.

C’est bien cette œuvre scientifique que nous avons, au demeurant, fait gémir (selon le mot de Foucault), autopsiée, examinée, reconnue, consacrée et célébrée, du vivant de son auteur, lors d’un colloque international de sociologie organisé, à l’Université de Yaoundé I, du 15 au 17 novembre 2005 par le Département de Sociologie-Anthropologie. A l’issue de cette rencontre scientifique tenue en son honneur et dans la pure tradition académique, le professeur Jean Mfoulou, qui venait alors de prendre sa retraite, après une trentaine d’années à la tête du Département, était visiblement satisfait ; son visage rayonnait de joie. Tressaillant d’émotion et de bonheur, il me prit par la main, me remercia et prononça, en latin, ces paroles du vieillard Siméon lors de la présentation du Messie au temple, et que rapporte Saint Luc : « Nunc

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