La communication entre trois feux : technologie, empathie et éthique
78 pages
Français

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La communication entre trois feux : technologie, empathie et éthique

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Description

L'espace public contemporain, riche et fier de sa liberté d'expression, génère une parole plurielle, mais surtout bruyante, cacophonique et à la limite de la saturation. Les technologies de l'information et de la communication et les nouveaux modes d'expression publique, incluant les réseaux sociaux, en sont largement responsables du fait de leur déploiement vertigineux, au mépris de toute quête d'éthique et d'empathie. Véritable gageure donc, à l'ère du « tout-numérique » de pouvoir retrouver l'indispensable harmonie entre le vrai, le bien et l'utile dans tout projet d'information, de dialogue ou de délibération publique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 août 2019
Nombre de lectures 3
EAN13 9782336878690
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Copyright



























L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-polytechnique, 75005 Paris
www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-233-6-87869-0
Titre

Anicet Laurent QUENUM









LA COMMUNICATION ENTRE TROIS FEUX : TECHNOLOGIE, EMPATHIE ET ÉTHIQUE
Dédicace

A mon père, feu Roger T. QUENUM
SOMMAIRE
Couverture
4 e de couverture
Copyright
Titre
Dédicace
SOMMAIRE
INTRODUCTION GÉNÉRALE
LE DÉTERMINISME TECHNOLOGIQUE : UN PARADIGME CONTROVERSE DE LA SOCIOLOGIE DES MEDIAS ET DE LA COMMUNICATION
L’ÉCOUTE UN ACTE ÉTHIQUE, PRÉCURSEUR DE L’EMPATHIE
L’EMPATHIE EN VINGT-CINQ COMMANDEMENTS
LES ENJEUX DE L’EMPATHIE A L’ÈRE DU « TOUT NUMÉRIQUE »
CONTRIBUTION DE LA SAGESSE SOCRATIQUE A LA FONDATION D’UNE ÉTHIQUE DE LA COMMUNICATION
ANNEXES Burkina Faso LOI N° 025-2018 / AN PORTANT CODE PENAL du 31 mai 2018
République du Bénin LOI N° 2015-07 PORTANT CODE DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION du 22 janvier 2015
Adresse
INTRODUCTION GENERALE
A l’échelle de la planète, les institutions, les entreprises, les communautés et les individus vivent une sorte de printemps de la communication. La technologie qui accompagne cette dynamique connait également ses heures de gloire au regard des innovations spectaculaires qui, en un temps record, ont révolutionné les usages en matière d’interactions familiales, professionnelles, associatives et citoyennes. L’École de Palo Alto l’avait annoncé « On ne peut pas ne pas communiquer » et le chercheur canadien Marshall McLuhan avait pour sa part prédit l’avènement du « village planétaire ». Et nous y sommes, sinon presque !
À l’une et à l’autre, et chaque jour davantage, l’histoire donne raison. Il n’y qu’à regarder combien les prouesses abondent dans le champ des télécommunications ; à quel point les smartphones et les réseaux sociaux se sont érigés en « idoles » modernes, monopolisant au quotidien l’agenda de milliards d’individus à travers le monde. Hélas, comme chaque médaille, ce boom technologique a ses revers et l’on sait désormais que ce règne du « tout numérique » travaille à éroder la valeur la plus élevée de la communication qu’est l’empathie au point que se dresse déjà devant nous un nouveau défi : celui de re-inventer l’altérité dans un monde où paradoxalement l’on est de plus en plus condamné à vivre une sorte de « solitude dans la proximité » . Si les Technologies nouvelles de la communication (TIC) ont fortement impacté les capacités fonctionnelles de nos organisations et institutions ainsi que la marche de nos sociétés vers une gouvernance moderne, difficile d’en dire autant de la communication humaine qui semble afficher jour après jour une courbe inclinée.
La réflexion engagée dans cet ouvrage vise justement à examiner les nouvelles formes de sociabilité que génèrent les TIC et à réinterroger par la même occasion le triptyque « technologie – éthique – communication » dans un environnement social en mutation rapide où les schémas traditionnels de socialisation sont parfois brouillés. Elle offre donc aux spécialistes de la question, l’opportunité d’une théorisation des enjeux éthiques de la communication numérique qui n’entend non plus occulter le débat récurrent sur l’antériorité ou le primat de la technologie sur la société ou vice versa. Au cœur de cette réflexion, se trouve en outre cet autre exercice de prospection visant à scruter l’avenir de la communication humaine sous la double pression de la technologie et de l’éthique. En appoint à l’éthique habermassienne de la discussion, la sagesse socratique y est ici convoquée en tant que repère authentique d’une refondation de l’éthique de la communication dans l’espace public.
Quant à la progression des problématiques abordées dans cet ouvrage, elle obéit à une logique de compréhension du boom de la communication numérique comme facteur du déclin de l’empathie dans un contexte où la technologie et le social se disputent un ordre de préséance, un peu à l’image de la poule et l’œuf. D’où l’ordre de présentation des quatre articles qui structurent cette œuvre :
1. Le déterminisme technologique : un paradigme controversé de la sociologie des médias et de la communication.
2. L’écoute : un acte éthique, précurseur de l’empathie.
3. Les enjeux de l’empathie à l’ère du journalisme numérique.
4. Contribution de la sagesse socratique à la fondation d’une éthique de la communication.
Nous y retrouvons ou revisitons quelques grandes figures des théories des sciences de l’information et de la communication en même temps que la réaffirmation de la dimension transversale de la communication mobilisant le social dans sa complexité et sa totalité. Dans ce plaidoyer pour une restauration de l’empathie et de l’éthique dans l’agir communicationnel, il est à espérer que la communication puisse s’affranchir du joug d’une technologie sans humanité.
LE DETERMINISME TECHNOLOGIQUE : UN PARADIGME CONTROVERSE DE LA SOCIOLOGIE DES MEDIAS ET DE LA COMMUNICATION

Résumé
Les technologies de l’information et de la communication, dans leur essor fulgurant, ont acquis un pouvoir extraordinaire sur les dynamiques sociales. Une foule de nouveaux comportements voient le jour dans l’espace public et privé et dont la maîtrise échappe aux acteurs sociaux. La preuve en est faite au quotidien avec l’euphorie débordante suscitée par les réseaux sociaux et la démocratisation du smartphone. Cette boulimie de la communication numérique peut-elle se justifier simplement par le progrès technique ou faut-il associer à l’analyse de ce phénomène, des facteurs d’ordre relationnel et psychosociologique ? Cette problématique ne va pas sans rappeler le débat controversé autour du déterminisme technologique qui est convoqué à travers cet article pour chercher à comprendre qui, de l’outil technologique ou de la société, a primauté sur l’autre dans la manifestation et l’explication de changements sociaux profonds qui affectent des secteurs aussi variés que la communication, la vie citoyenne, la sécurité, l’éducation, le commerce, etc.
Mots-clés : communication, coévolution , déterminisme, médias, société, technologie, village global.
Introduction
Dans l’effort de reconstitution de l’héritage séculaire laissé par les grands penseurs et pionniers des sciences de l’information et de la communication, le devoir de mémoire impose de s’attarder sur l’œuvre d’un personnage dont le nom ne peut être oublié, puisqu’il s’agit du canadien Marshall McLuhan. Les étudiants en journalisme, d’hier et peut-être un peu moins aujourd’hui, ont tous appris à connaître les idées prémonitoires de ce chercheur qui a prédit l’avènement du « village planétaire » . McLuhan est le père d’une théorie qui prône et postule la primauté du déterminisme technologique dans l’explication de l’évolution des sociétés. « Par déterminisme technologique, on entend l’attitude intellectuelle qui consiste à croire que la technologie détermine essentiellement ou premièrement l’organisation sociale et le comportement humain » (Attallah, 1989, p. 290). Certes, il y a beaucoup à redire sur ses thèses qui n’ont pas eu les faveurs des cercles universitaires, mais malgré tout, « aucune bibliographie en sciences de la communication, aussi minimaliste soit-elle, ne pourrait faire l’économie des travaux de M. McLuhan. Cela même si le théoricien canadien des media devait se retrouver dans le peloton de tête des auteurs les plus critiqués de la discipline » (Oumar Kane, 2016, consulté le 30 novembre 2018).
Alors que les technologies de l’information et de la communication n’étaient qu’à un stade rudimentaire, McLuhan était déjà habité par cette conviction que la qualité du message et donc de la relation humaine sera profondément marquée par le progrès technique. Aujourd’hui, plus que jamais, les faits semblent, à bien des égards, lui donner raison à en juger simplement par la prégnance de l’outil technique dans les transactions collectives de nos sociétés actuelles fortement immergées dans le tout communicationnel !
1. État des lieux d’une théorie controversée : tenants et aboutissants
Le débat est loin d’être bouclé entre ce qui ressemble de si près à l’éternelle querelle sur l’antériorité de l’œuf et de la poule. Il est même plus que jamais relancé devant les nouveaux usages de la technologie au sein de la société, à la fois théâtre et témoin d’une sorte d’ivresse communicationnelle.
1.1. Entre la technique et le social : querelle de préséance ?
Au cœur de ce débat sur le déterminisme technologique, surgit une curiosité qui remet en selle la controverse autour du caractère autonome de la technique obéissant à sa propre logique interne ou encore celle de l’antériorité de la technique au progrès social et induisant du coup la question centrale de la présente réflexion que nous formulons en ces termes : est-ce le boom du téléphone portable apparu au début des années 90 et qui a aujourd’hui inondé et submergé le quotidien du citoyen qui a induit la boulimie communicationnelle observée partout dans l’espace public et privé ? Ou s’agirait-il à l’inverse, du besoin incompressible de communication et des transactions multiformes qui l’accompagnent qui ont généré et continuent d’alimenter l’ingéniosité technologique sans limites des temps modernes ? Autrement dit, le boom technologique qui est venu révolutionner les outils ainsi que les modes de partage et de sociabilité humaine est-il vraiment venu en réponse à une demande sociale, à un besoin objectif, à une attente en souffrance ?
À travers cette réflexion, un intérêt particulier sera accordé au cas spécifique du téléphone portable, en l’occurrence les smartphones, et le phénomène massif d’addiction aux réseaux sociaux pour lequel il semble pertinent de faire un lien avec les nouvelles dynamiques psychosociologiques de la communication et leur impact sur la relation sociale. Entre la boulimie communicationnelle observée dans l’espace public et l’ingéniosité fulgurante de l’offre technologique, lequel a préséance sur l’autre ? En clair, dans quelle mesure le déterminisme technologique peut-il servir de grille d’appréciation de tels phénomènes sociaux ? En substance, nous aimerions pouvoir dire, par exemple, si c’est l’Internet qui a créé un changement social ou si c’est le développement et le changement des sociétés qui ont amené à l’avènement de l’Internet.
D’emblée, et de façon tout à fait unanime, les spécialistes s’accordent sur une perception du déterminisme technologique qui, fondamentalement, postule une relation causale entre le progrès technologique et le progrès social. La théorie elle-même se décline sous deux principaux postulats suivant lesquels : a) le progrès technique déterminerait l’évolution sociale ; b) la technique serait antérieure au changement social et existerait de façon autonome. Pour être encore plus explicite, le déterminisme technologique se fonde sur la conviction que la société n’influence pas la technique qui, par sa logique propre, tire plutôt son évolution d’elle-même ou de la science. Feenberg Andrew (2004, p.48) ne le pense pas moins, et renchérit l’idée selon laquelle « le destin de la société semble dépendre au moins partiellement d’un facteur non social qui agit sur elle sans subir lui-même d’influence en retour » .
Les tenants de cette approche considèrent alors que « les inventions surgissent par elles-mêmes, indépendamment de la société, et sont hors du contrôle humain. On pourrait utiliser une métaphore et dire que la technologie est comme la météo : il fait beau ou il pleut aujourd’hui, c’est un fait sur lequel nous n’avons aucune prise et qui est totalement indépendant de la société ». (M.Morisset-Fénery, F. Skalli, K. Zarrouck, 2003/2004, p.5). On n’est donc pas loin de penser que c’est la technique qui dicte la marche et le rythme du progrès social. Telle est en réalité la compréhension que l’ensemble des auteurs partagent au sujet du concept du déterminisme technologique, mais il n’est pas superflu d’y ajouter celle-ci qui procède plus exactement d’un souci d’insistance :
Dans tous les cas, l’argument consiste à considérer que, par sa seule présence, l’objet technique influence le social, dans une logique causale où le premier est la variable indépendante et la seconde, la variable dépendante. Cet argument en suppose un second, souvent implicite : l’évolution technique serait autonome ou indépendante de l’organisation du social car produite dans une dynamique essentiellement interne (la technique produit la technique). Dès lors, l’analyse porte sur la nature des changements produits, la technologie étant considérée comme une boîte noire, le sociologue, l’historien ou le philosophe n’ayant pas réellement de prise pour en comprendre le développement. (Pierre Doray, Florence Millerand, 2015, p. 66-69)
1.2. « Le message, c’est le medium » : un tonnerre dans le ciel de la communication
Pour bien appréhender cette théorie, il sied de convoquer les tenants et plus particulièrement, celui par qui fait figure de pionnier dans la théorisation du déterminisme technologique ; en l’occurrence l’économiste historien, Harold Innis (1894-1952), qui fonda après la deuxième guerre mondiale, l’École de Toronto. Au départ, il s’agissait pour lui « de chercher un lien entre, d’une part, l’existence et l’utilisation de technologies et de modes de communication et d’autre part, des caractéristiques de la société considérée. L’idée était donc de ramener l’étude des sociétés et des civilisations à l’examen des technologies et des phénomènes de communication (François Heinderyckx, 1999, p.73). Il s’est en effet employé à démontrer l’importance de l’impact des évolutions technologiques sur les sociétés.
Avant le fondateur de l’Ecole de Toronto, il y a eu Karl Marx (1818-1883), qui est également cité parmi les grands théoriciens de l’approche du déterminisme. On retient de lui le principe selon lequel l’évolution technique est le facteur primordial de l’évolution des sociétés ; ce qui exigerait des institutions sociales des efforts d’adaptation aux impératifs d’ordre technique. Concernant toujours les marxistes, « leur déterminisme économique est en réalité un déterminisme technologique car, pour Karl Marx, le genre de système économique et social qu’adopte toute société est inévitablement déterminé par son système de production » , constate Victor C. Ferkiss (1977, 30).
Mais, c’est avec Marshall McLuhan (1911-1980) que le débat autour du déterminisme technologique eut un écho retentissant faisant de lui la figure emblématique de ce mouvement de pensée. Le chercheur canadien doit son aura scientifique à sa célèbre formule « le message, c’est le médium » qui a fait l’effet d’un tonnerre dans le ciel des sciences de l’information et de la communication. En termes clairs, McLuhan professe que le média est le message et ce n’est pas le contenu qui modifie les sociétés mais son mode de transmission ou son canal de diffusion. En d’autres termes, le chercheur canadien a voulu signifier que la façon dont un message est émis importe plus que le contenu du message. En effet, dans la logique mcluhanienne relayée par André Akoun (1977, p.113), « les sociétés ont toujours été remodelées bien plus par la nature des médias par lesquels les hommes communiquent que par le contenu de la communication ».
De cela, suit encore que le message est le médium. Évidemment, l’on est au début des années soixante (1964) et la communauté universitaire découvre quelque chose d’insolite dans sa volonté d’expliquer l’évolution des cultures 1 par les médias. McLuhan (2001, p.37) n’en démord pas : « le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie ».
Embouchant la même trompette , Lise Boily et Marcel Chartrand (2012, p.18) adhèrent eux-aussi à l’idée que « ces technologies sont de véritables extensions de l’être humain. Ce sont des moyens puissants pour penser le monde et se penser avec un sens du dépassement et d’auto-détermination par opposition au poids des institutions ». De quoi conforter le chercheur canadien qui proclamait déjà bien des années plus tôt et avec force illustrations que
Toutes les technologies tendent à créer un nouvel environnement humain. Ce sont le papyrus et l’écriture manuscrite qui ont créé l’environnement social qu’évoque pour nous le monde antique. L’étrier et la roue ont créé des environnements uniques dont l’influence a été énorme. Les environnements technologiques ne sont pas simplement d’inertes contenants d’êtres humains : ce sont des processus actifs qui refaçonnent également les êtres et les autres technologies . (Mc Luhan, 1967, p. 7-8)
Les interprétations soulevées par cette théorie passée à la postérité sont légion, avec des variantes de style qui n’enlèvent rien à la singularité du discours de Mc Luhan sur le rôle fondateur des médias dans la structuration des cultures : « l’important n’est pas tant le message que le massage exercé par les médias sur nos modes de perception du monde sensible et de la réalité humaine. Plus largement, les modes de transmission de la culture influencent la culture elle-même ». (François Heinderyckx, 1999, p.74). La démonstration à certains égards peut paraître séduisante si l’on considère que
Historiquement, le développement du chemin de fer a provoqué un bouleversement profond des modes de travail, des loisirs et de l’urbanisation et ce, dans toutes les régions et quelle que soit la nature de ce qui était transporté (certaines lignes ont été développées pour le transport de passagers, d’autres pour des marchandises, des matières premières, etc.). Le chemin de fer représente le média ; ce qu’il transporte, le message ; si bien qu’il apparaît que c’est l’implantation du chemin de fer, beaucoup plus que ce qu’il transporte qui engendre le bouleversement. L’important, c’est le média. Le message, c’est le média. (François Heinderyckx, 1999, p. 74).
Se fondant sur une telle perception du dytique « message-medium », doit-on par analogie, considérer que les contenus des plateformes internet sont d’un intérêt moindre par rapport à internet lui-même en tant que média ? Autant il paraît difficile d’avancer une réponse péremptoire, autant il est devenu courant de constater que chez certaines catégories d’internautes et autres conditionnels des réseaux sociaux, l’addiction éprouvée à l’égard de cet outil est moins le fait de l’utilité ou de la qualité des messages échangés que de l’obsession d’être dans l’air du temps ; soit encore l’obsession de voguer sur une galaxie technologique qui prospère et confère une sensation de connexion à la modernité. Entre la quête de satisfaction d’un besoin réel de communication et l’attachement passionnel au médium, il n’est pas toujours aisé de définir lequel joue un rôle déclencheur.
2. Le déterminisme technologique : entre enthousiasme et désillusion
D’un bord idéologique ou intellectuel à l’autre, les arguments ne manquent pas ; d’un côté pour affaiblir la théorie du déterminisme technologique et de l’autre, pour valider et célébrer sa pertinence. Mais, à tout le moins et au regard du virage technologique amorcé aux quatre coins du globe depuis plusieurs décennies, le village planétaire prédit par McLuhan n’aura pas été qu’une vue de l’esprit.
2.1. Les promesses du village planétaire
À bien des égards, McLuhan est perçu comme ce visionnaire qui a voulu avoir raison trop tôt sur certaines questions face auxquelles l’opinion de son temps était quelque peu en retrait. Ce qui, du coup, ne lui a pas valu que des couronnes puisque sa théorie a fait l’objet des critiques les plus acerbes. En voici un témoignage éloquent : « Les approches Mcluhaniennes – et celles qu’on désigne parfois comme Ecole du déterminisme technologique – ont suscité de la part de nombre de sociologues, un rejet dont la vigueur fut à la mesure de l’enthousiasme qu’elles provoquèrent auprès d’autres chercheurs ». (Community Research since Lazarsfeld, Public Opinion Quaterly, 1951, vol n°5).
Mais, force est de remarquer qu’il y a d’abord eu véritablement le temps et le ton de l’enthousiasme, lequel se justifie pleinement aux yeux de la marche du monde et c’est un juste témoignage rendu à McLuhan que de rappeler qu’il est ce chercheur ayant historiquement mis en avant que « les processus de communication électronique, diffusant avec une extrême rapidité d’un bout à l’autre du globe, rapprochent les hommes, au point de transformer la planète en un village global » (Jérôme Bourdon, 2000, p.33). Une prouesse technologique que l’on doit à internet, qui dès 1992 a consacré la triple alliance entre le téléphone, la télévision et l’ordinateur, rendant possible, grâce au TCP (Transmission Control Protocol / Internet Protocol) 2 , une connexion entre deux ordinateurs postés chacun à n’importe quel point du globe terrestre. N’est-ce pas ce dont avait rêvé McLuhan trente ans plus tôt, lui qui « entrevoyait déjà un monde où n’importe qui, de n’importe où, peut accéder à n’importe qui ou à n’importe quoi, grâce à des réseaux reliant entre eux les médias les plus divers ». (Francis Balle, 1999, p. 171).
Le moins qu’on puisse dire est l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication a déjà si fortement impacté les dynamiques sociales qu’il n’est plus cohérent de conjuguer au futur le village planétaire de McLuhan. « Nous y sommes » s’est d’ailleurs exclamé Francis Balle (1999, p. 694) arguant que :
L’usage des satellites pour les télécommunications et pour la télévision est devenu banal. Grâce aux satellites, un journaliste isolé peut communiquer de n’importe quel point de la planète avec des millions de téléspectateurs. Un financier peut recevoir chez lui, sur un micro-ordinateur, sur un téléphone à écran, ou même sur un terminal de messagerie personnelle, les cours des différentes bourses mondiales actualisées en temps réel.
C’est un truisme de dire que les innovations technologiques ont profondément affecté les rapports sociaux et de façon plus ostensible, les médias numériques ont produit ces dernières années, de nouveaux comportements sociaux, des formes de socialités plus individualistes voire une crise de l’empathie. Pis, les nouvelles technologies de communication ont engendré de nouvelles pratiques qui défient la décence et les principes d’une socialisation responsable ; ce sont entre autres, le délitement des valeurs morales, le colportage facile de fausses nouvelles, l’addiction aux réseaux sociaux et le recul de l’altérité, les graves atteintes à la vie privée, la défiance de l’autorité, l’incivisme, la violence verbale, le culte de l’ostentation, la chasse à l’image à temps et à contretemps, la fragmentation du cercle familial, le repli sur soi, l’engouement précoce pour la pornographie.
2.2. Notes dissonantes autour d’une vision des médias
Si l’on peut admettre aisément que les intuitions de McLuhan au sujet de l’essor technologique n’ont pas été trahies par l’évolution vertigineuse et la courbe toujours ascendante des Technologies de l’information et de la communication (TICs), les chercheurs trouvent en revanche beaucoup à redire tant sur le lien de causalité établie entre les médias sur la culture que sur le supposé pouvoir anesthésiant de la technologie sur la société. Là-dessus, McLuhan n’aurait-il pas poussé trop loin le bouchon ? En suggérant que « toute nouvelle technologie diminue donc l’interaction des sens et de la conscience, et plus précisément dans le domaine nouveau des innovations où se produit une sorte d’identification du sujet et de l’objet » (1977, 489), le spécialiste canadien de la communication a jeté un pavé dans la marre et se verra reproché de « réduire le changement social à la transformation induite exclusivement par les media au mépris des autres déterminants sociohistoriques » (Heyer (1989, p.37). Plusieurs années plus tôt, et sur cette même question, le sociologue algérien André Akoun (1977, p. 19) faisait déjà la part des choses :
S’il va de soi que l’histoire des médias est d’abord l’histoire des progrès technologiques qui en permettent le perpétuel renouvellement, il serait stupide de faire de ces progrès la “cause” qui détermine le monde de la culture. Est-ce à dire que les technologies sont sans effets ? Évidemment, non. Elles sont d’une grande efficacité et modifient l’environnement culturel de l’homme. Mais la logique de ces bouleversements sociaux sera une logique sociale et non une logique instrumentale.
Le ton est encore plus incisif chez certains détracteurs de McLuhan qui prennent frontalement le contrepied du déterminisme technologique au motif que les technologies de l’information ne sont pas les seules à avoir un rôle d’importance dans l’espace public. « Il y a aussi la religion, l’économie, la politique et j’en passe » relève Eric Maigret qui finit par trancher en ces termes : « Dire que les technologies d’information sont l’élément dominant de premier plan dans le développement de nos sociétés est erroné selon moi. […] Je crois que ce sont les groupes sociaux qui constituent et qui font changer la société. C’est ensuite la société qui influence les technologies de l’information et non le contraire. Je ne crois pas au déterminisme technologique » (E. Maigret, 2003, p. 101-109) .
L’autre aspect de la controverse qui a opposé McLuhan à l’intellingentsia de son époque porte sur la théorie des médias chauds et froids. Selon le chercheur canadien, le médium chaud laisse peu de place à la participation de l’auditoire, comme ce serait le cas avec la presse écrite, la radio et le cinéma. Dans ces deux médias, l’auditoire est plutôt passif, il n’interagit pas avec ceux-ci ; ce sont donc des médias chauds. Le médium froid à l’inverse, laisse place à l’interprétation personnelle de l’auditoire, ce sont des sons, des images ainsi que la parole, qui contiennent peu d’informations et qui permettent à l’utilisateur de se faire sa propre opinion (allusion faite à l’oralité et à la télévision). Dans le prolongement de cette catégorisation, McLuhan va jusqu’à définir l’évolution des médias comme facteur explicatif principal, déterminant de l’histoire humaine, qu’il divise en trois grandes périodes selon le média qui y domine : la civilisation de l’oralité, la civilisation de l’imprimerie (la galaxie Gutenberg) et la civilisation de l’électricité (la galaxie Marconi). Cette segmentation médiatique répond en effet à une logique socio-historique que le sociologue français Eric Maigret (2015, p. 96), essaie de clarifier :
« L’âge tribal se caractérise par l’utilisation de l’oral et par l’immersion dans un monde circulaire où la participation est intense. L’âge de l’imprimé est celui de la rupture avec la dépendance instaurée par la parole, il conduit à la linéarité, à l’introspection et à l’individualisme. L’âge électronique dans lequel nous entrons, est un retour partiel à une certaine facilité orale, au tribalisme, imposé l’audiovisuel » .
Ici encore, la thèse mcluhanienne sur la typologie des médias (chauds et froids) a plutôt suscité un malaise chez ses pairs, soit pour n’avoir pas réussi à les convaincre soit pour avoir été lui-même incompris. Plutôt que d’émerveiller la communauté scientifique des années 60, cette théorie aura dérouté plus d’un. Toutefois, il n’est pas exclu qu’en l’adaptant aux réalités des années 2000, elle puisse éclairer décideurs politiques et leaders religieux mais aussi les spécialistes de la communication stratégique dans leur bataille pour le contrôle de l’opinion publique par les médias.
Pour l’heure, ce qui semble déjà prégnant est que le règne du « tout numérique » est un phénomène qui résulte à la fois du progrès technique et d’un processus de transformation sociale ; lequel processus est inséparable d’une évolution des mentalités et d’un contexte psychosociologique où le plus court chemin est généralement perçu comme le plus avantageux ou le plus efficace. La technologie fonctionne alors bien souvent comme cette échelle qui donne accès à une meilleure qualité de services voire une meilleure qualité de vie en termes de bien-être économique et social. Ainsi, de même que l’argent accroît les besoins de l’Homme, de même la technologie 3 crée et renforce l’inclination naturelle à s’affranchir de la pénibilité et des servitudes liées à certains gestes du quotidien.
Ainsi, quand bien-même la technique revendiquerait une logique interne et une autonomie vis-à-vis du social, l’on ne peut en revanche s’empêcher de constater que le social, de part son caractère holistique, englobe la technique et lui servant de destination. Aussi pourrait-on arguer que, c’est du social que la technique reçoit en aval, les retours et les évaluations que son utilisation suggère aux consommateurs. « La technique ne peut être dite sociale que par rapport aux buts qu’elle sert, et ces buts ne sont pas inscrits dans la technique mais dans l’esprit des utilisateurs ». (Andrew Feenberg, 2004, p.48).
À titre illustratif, l’introduction des TICs dans l’enseignement secondaire et universitaire peut logiquement être considérée comme un signe de progrès technique sans que l’on puisse affirmer formellement que cette technologie ait été inventée en réponse à une demande spécifique du corps enseignant ou des apprenants. Il n’empêche qu’elle ait été favorablement accueillie dans le secteur de l’enseignement du fait de son utilité pratique, traduisant de ce fait, une réponse appropriée et opportune. Autant, il paraît logique d’affirmer que les ordinateurs et les vidéoprojecteurs ont fait leur entrée dans les salles de cours parce que la technologie en offrait l’opportunité autant il paraît risqué d’avancer que la technologie a attendu l’expression d’une demande pédagogique de la part des acteurs de l’éducation pour se mettre à la tâche. D’où il suit que, dans bien des cas, la technique détermine sinon tout au moins préexiste au social qui a toujours le mérite de pouvoir s’emparer de l’offre technologique à des fins utilitaires avec cependant le risque d’une récupération opportuniste ou perverse comme c’est le cas de la caméra vidéo qui, à l’origine, n’était pas destinée à des fins policières tout comme la morphine n’était pas conçue pour alimenter la trafic de drogue. Pour renchérir, André Akoun (1977, p.20) fait observer pour sa part que « le s ingénieurs qui inventent de nouvelles techniques imaginent souvent des pratiques qui découlent de leur propre rationalité technique, mais que la société contourne souvent. C’est ainsi que le cinéma est né comme instrument de laboratoire de physique et devint ce que l’on sait une fois repris dans l’univers des loisirs ». Des exemples qui viennent justifier cette même prudence que l’on retrouve chez Alex Mucchielli (2006, p. 37) au sujet de l’antériorité voire de la primauté supposée ou non de l’offre technologique par rapport à la demande sociale :
Chaque innovation technologique est loin de s’adapter immédiatement comme le pensent en général, les ingénieurs, aux demandes sociales qui lui préexisteraient (point de vue du finalisme technologique rappelé par Miège (1993, p.199). Au contraire, chaque innovation donne finalement lieu à des ″usages” qui peuvent être assez éloignés de ce qui était prévu. L’on aime à rappeler sur ce point, qu’à ses débuts, le téléphone était fait pour écouter à distance des pièces de théâtre.
Somme toute, imputer à la technique une fonction utilitaire revient à reconnaître que celle-ci est foncièrement une solution à un problème et s’inscrit alors dans une dynamique de recherche d’efficacité. « C’est en effet pour résoudre un problème concret que naît la technique. Elle constitue donc un bien, pour celui qui l’invente ou qui l’utilise, une amélioration par rapport à la situation précédente ». (Hélène Denis, 1987, p.2).
3. Des mutations sociales qui crèvent l’œil
Que cela plaise ou non, l’évidence est trop criarde pour être niée ; celle d’une société remodelée et reformatée autour d’une offre technologique en mouvement continu. Partout, la technologie nous contraint tant dans l’espace public que privé. Pour autant, elle n’explique pas tout comme vont le démontrer les partisans du déterminisme social.
3.1. La société impactée de toutes parts
Pour mettre en évidence l’interaction entre la technologie et le social, les exemples abondent allant de l’émission de billets électroniques dans les agences de voyage à la pratique désormais très répandue des transferts d’argent par voie électronique en passant par les systèmes d’inscription académique en ligne dans les universités, la soumission par voie électronique de dossiers pour l’établissement de passeports, le paiement électronique des factures d’eau et d’électricité, les boutiques et achats en ligne, l’essor des librairies numériques ou encore la formation en ligne, la numérisation du marché de l’emploi et sans oublier les agences matrimoniales en ligne. En moins d’une génération, que de mutations sociales aussi étonnantes que vertigineuses ! Que de réflexes nouveaux sont apparus dans le vécu du citoyen sous l’effet conjoint des smartphones, des algorithmes, des robots « intelligents » et de l’internet à haut débit. De la structure familiale à la gouvernance administrative en passant par le marché de l’emploi, chaque entité sociale a eu sa dose de métamorphose. Les nouveaux usages et comportements sociaux engendrés par ces évolutions technologiques sont, du reste, assez spectaculaires dans le domaine de la communication. Tenez :
Le GPS, outil militaire à l’origine, entré depuis un certain temps dans l’espace public, a révolutionné les pratiques de repérage, d’orientation et de géolocalisation ;
L’ordinateur a accru les capacités de stockage de données ;
Les moteurs de recherche ont multiplié les capacités d’apprentissage, de recherche, de réflexion et de créativité ;
Le téléphone portable a offert d’incroyables possibilités d’enregistrement d’images et de sons et d’audition de musique ;
La télévision terrestre numérique a multiplié par n l’offre de programmes radiophoniques et télévisuels et renforcé de ce fait la tendance au zapping.
Le sms a généré un nouveau style d’expression, une nouvelle orthographe et de nouveaux codes d’échanges ;
Le courrier électronique a littéralement ravi la vedette à la lettre postale la reléguant à sa plus simple expression ;
Les smartphones ont modifié les pratiques de prise de notes par les étudiants qui, en plein cours, peuvent prendre en image un croquis ou une formule complexe au tableau ou filmé un communiqué au tableau d’affichage ;
La photographie numérique a permis d’atteindre des seuils inespérés de célérité et de manipulation esthétique ;
Les réseaux de surveillance et systèmes d’alarme électronique ont accru les niveaux de sécurisation des personnes et de leurs biens, etc.
Les systèmes électroniques d’information des marchés ont rapproché les producteurs agricoles des zones de commercialisation et renforcé leurs capacités de veille face aux fluctuations des prix de diverses denrées alimentaires.
Ces exemples apportent de l’eau au moulin des « technologistes » qui n’ont cesse de proclamer que les technologies de l’information vont radicalement modifier la société et notre manière de penser, si ce n’est déjà fait. Pour l’heure, et le moins qu’on puisse dire, comme l’ont présagé les adeptes du déterminisme technologique, la preuve est faite que la technique, de part les effets qu’elle exerce sur l’organisation sociale et les modes de vie, n’est pas qu’un outil. Même les dynamiques participatives et citoyennes dans l’espace public en sont impactées qualitativement comme l’atteste le rapport du Programme des Nations-Unies sur le développement humain :
La propagation d’internet au cours des dernières décennies a facilité la montée de nouvelles formes de participation civile, notamment l’egouvernement, les pétitions en ligne, les manifestations de masse, le financement participatif et la rédaction de blogues. Bien que les pétitions, les manifestations, les collectes de fonds et les publications politiques existent depuis longtemps, Internet leur a permis une diffusion sans précédent, rassemblant à une vitesse impressionnante des gens séparés par des frontières matérielles . (PNUD, 2016, p.98)
Au-delà des incroyables capacités de mobilisation qu’il confère aujourd’hui aux acteurs, Internet a élargi les espaces de liberté et renforcé l’exercice de la citoyenneté en brisant les verrous de l’exclusion géographique, sociale et politique. Mieux, cet outil a réussi, comme jamais auparavant, à rapprocher les citoyens des gouvernants et des centres de décision. En clair, « les nouvelles technologies aident les groupes exclus par le passé, comme les personnes à mobilité réduite, les personnes qui vivent dans des régions reculées et les jeunes, à participer à la vie publique et politique ». (PNUD, 2016, p.98)
On le voit, l’évolution fulgurante des nouveaux médias qui culmine aujourd’hui avec internet a amplement donné raison à celui dont « l’intuition avant amené à considérer que les médias, qu’ils soient écrits ou électroniques, prennent plus d’importance que le message qu’ils véhiculent et que ce sont eux qui influencent l’homme dans son environnement psychologique et social sans qu’il en prenne immédiatement conscience » (M. McLuhan, 2001, préface) .
En face des tenants de cette approche du déterminisme technologique, vont se dresser les adeptes du déterminisme social arguant pour l’essentiel que la technique n’est pas le facteur le plus déterminant dans l’évolution des sociétés et que c’est plutôt le changement social qui produit la technique. Là se trouve donc la ligne de fracture entre ceux qui pensent que chaque (nouvelle) innovation technologique va apporter des changements sociaux et ceux qui réfutent tout lien de cause à effet systématique entre le recours à une nouvelle technologie et les modifications dans l’organisation de la vie sociale y compris les manières de penser et d’agir des peuples. Ces derniers, tenant fermement l’étendard du déterminisme social, arguent que
Chaque changement est le fruit de multiples processus et doit, par ailleurs, être en phase avec le contexte politique et culturel de la société globale. La technologie seule ne recrée pas du social. Il faut que les acteurs eux-mêmes l’assimilent et l’accommodent. (Scardigli, 1992, p. 238)
Seulement, même en prenant fait et cause pour le déterminisme social, le débat n’est pas pour autant tranché et ne fait qu’actualiser, à bien des égards, la réflexion d’Aristote sur l’esclavage qui affirmait déjà en son temps que
L’esclavage cesserait d’exister si les navettes des métiers à tisser pouvaient fonctionner toutes seules. Voulait-il dire par là que c’était l’absence de machines, donc le niveau de développement technique de l’époque, qui justifiait et perpétuait l’esclavage, ou plutôt que c’était l’esclavage, donc l’existence d’un important réservoir de main-d’œuvre, qui empêchait le développement des machines ? (Hélène Denis, 1987, p.7).
3.2. La co-évolution, l’approche éclectique ou la voie médiane
Cet appel à la réflexion s’adresse autant aux adeptes du déterminisme technologique qu’aux partisans du déterminisme social, mais laisse surtout entrevoir la difficulté voire le risque d’une approche tranchée tant il semble tout de

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