La Politique de la peur
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Description

DÉCEMBRE 2013, Guinée : un petit garçon succombe à une maladie non diagnostiquée. Ce décès mystérieux marque le début d’une épidémie d’Ebola de deux ans qui va faire trembler le monde et menacer nombre de pays, riches et pauvres confondus, en divers endroits de la planète.
Le 31 mars 2014, Médecins Sans Frontières (MSF) lance un avertissement : cette épidémie, qui sévit désormais en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, est sans précédent, « hors de contrôle ». Il faudra cependant attendre le 8 août pour que l’OMS finisse par déclarer que l’épidémie est une « urgence de santé publique de portée internationale ». En septembre, lorsqu’un cas est diagnostiqué aux États-Unis, la majeure partie du monde tourne enfin son attention sur ces trois petits pays d’Afrique de l’Ouest et la machine médiatique s’emballe, produisant en série des scénarios catastrophes. Au cours des mois suivants, l’épidémie entame un recul et, le 29 mars 2016, l’OMS en déclare officiellement la fin. La maladie à virus Ebola aura contaminé 28 646 personnes et fait 11 308 morts.
Le maître mot de cette épidémie ? La peur. Peur naturelle liée à une maladie mortelle, peur alimentée par les tenants du pouvoir afin d’obtenir des bénéfices politiques. Peur « à distance » sur les autres continents, mais aussi peur des malades. Au sein d’un tel chaos - une situation inédite pour l’organisation -, MSF s’est retrouvée contrainte d’agir. Cette épidémie a non seulement mis à rude épreuve ses valeurs éthiques, mais a aussi montré les limites de ses capacités en termes d’infrastructures médicales et logistiques.
C’est pour examiner le rôle de l’organisation et tirer les enseignements de cette crise sans précédent que MSF a conçu La Politique de la peur, ouvrant même ses archives internes aux contributeurs. De façon impitoyable, la maladie a mis au jour la fragilité du corps humain, de la société et du corps politique. Les textes de cet ouvrage racontent les pans de cette histoire à travers le prisme de diverses disciplines (anthropologie, médecine, histoire...), mais aussi de quatre témoignages narrant une expérience personnelle de l’épidémie.
Car ce qui importe, c’est ce qui se passera demain et la manière dont ceux qui auront à faire des choix difficiles pourront bénéficier des leçons du passé.



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Informations

Publié par
Nombre de lectures 7
EAN13 9782507055028
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Politique de la peur Médecins Sans Frontières et l’épidémie d’Ebola
LA POLITIQUE DE LA PEUR Médecins Sans Frontières et l’épidémie d’Ebola
Avenue du Château Jaco, 1 – 1410 Waterloo
www.renaissancedulivre.be
Facebook: Renaissance du Livre
Twitter: @editionsrl
La Politique de la peur
Couverture : idée originale de Lucas Heinrich adaptée par Philippe Dieu (Extra Bold)
Illustration de couverture : Getty / Anadolu Agency
ISBN: 978-2507-05502-8
©Renaissance du livre, 2017
Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Préface
Le recul aidant, le terme « sans précédent » est aujourd’hui clairement et fermement associé à l’épidémie d’Ebola qui a touché l’Afrique de l’Ouest en 2014 et 2015. Les chiffres sont éloquents : durant la première année de l’épidémie, 25 213 cas furent confirmés et 10 460 patients en sont morts. Les professionnels de la santé déployés par MSF n’ont pas non plus été épargnés par la maladie : au cours de la même période, 28 membres du personnel local de MSF ont été contaminés et 14 d’entre eux ont perdu la vie. Toutefois, la froideur des chiffres masque le terrible impact qu’a eu l’épidémie, non seulement pour les patients infectés par le virus, mais aussi sur les sociétés à travers lesquelles la maladie s’est propagée et sur les acteurs impliqués dans la riposte. La communauté internationale, en ce inclus MSF, a réagi lentement. Nous avons tous, sans exception, sous-estimé la rapidité avec laquelle le virus se propagerait et jusqu’à quel point il allait faire des ravages. Nous avons aussi sous-estimé l’ampleur des efforts qui se révéleraient nécessaires pour aider les populations touchées et contrôler l’épidémie.
Avant cette crise en Afrique de l’Ouest, la maladie à virus Ebola (MVE) était relativement rare. Son impact local était limité et les épidémies s’éteignaient assez rapidement. MSF, qui était l’une des rares organisations à avoir une expérience directe dans les réponses à Ebola, avait atteint un réel niveau d’expertise en la matière. Dès les premiers jours de l’épidémie de 2014-2015, MSF s’est donc retrouvée au cœur de la riposte. Pourtant, rien ne l’avait préparée à ce qui allait se passer en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia. En effet, la vague infectieuse allait non seulement se propager à une vaste région géographique, mais elle allait aussi toucher, pour la première fois, des zones à forte densité de population, comme les villes de Monrovia et Conakry.
MSF a eu énormément de mal à se rendre compte de l’ampleur de cette épidémie et à renforcer ensuite les ressources médicales et humaines nécessaires à sa réponse. L’impact a été profond. MSF a non seulement atteint les limites de ses capacités en termes d’infrastructure médicale et logistique, avec, pour conséquence, un personnel à bout de force, mais l’épidémie a aussi mis à rude épreuve les valeurs éthiques de l’organisation, obligeant ses membres à faire chaque jour des choix parmi un éventail d’options limité et au rabais, alors que des vies étaient en jeu.
Dans un tel contexte, les évaluations coûts/bénéfices habituelles ne sont d’aucun secours. Cette épidémie a mis à l’épreuve la détermination politique et les choix opérationnels au sein de MSF et en dehors de l’organisation. Elle a laissé en héritage des enseignements à tirer, en termes d’améliorations techniques indispensables, mais nous a aussi forcés à réexaminer la façon dont la communauté internationale, d’une manière générale, gère les urgences sanitaires transnationales. La peur a été un facteur qui a influencé les décisions prises tout au long de cette crise. Pour examiner ce thème, MSF a conçu cet ouvrage et – fait exceptionnel – a ouvert aux auteurs ses archives internes sur la réponse à Ebola en 2014 et 2015. La majorité d’entre eux ne faisant pas partie de MSF, ils ont porté un regard unique sur ce climat de peur qui a influencé bon nombre des décisions prises par les politiciens et les acteurs de la riposte, comme MSF.
Ces dix chapitres ne couvrent pas tous les aspects de l’épidémie. Les auteurs ont fait leurs propres choix quant aux aspects mis en avant, et la plupart des chapitres fournissent des précisions sur la réponse plus générale, sans se limiter au rôle spécifique joué par MSF. Le lecteur peut ainsi avoir l’impression que seuls les autres ont ressenti de la peur, tandis que les intrépides « héros » de MSF se lançaient, fermement décidés, dans la réponse à l’épidémie. Rien n’est plus éloigné de la réalité : la peur « a infecté » et paralysé en partie MSF aussi. Non
seulement l’organisation n’est pas parvenue à se rendre compte qu’il s’agissait d’une épidémie sans précédent – même lorsque celle-ci commençait à s’étendre sur des sites multiples, souvent densément peuplés –, mais elle a aussi eu du mal à renforcer sa réponse lorsqu’il ne faisait plus aucun doute que l’épidémie était hors de contrôle. Comme le décrit très bien Lindis Hurum dans son témoignage, lorsque le premier membre du personnel d’une organisation partenaire a contracté le virus à Monrovia, MSF était elle-même sur le point de prendre la décision de se retirer, tant le risque lui paraissait élevé.
À un niveau plus institutionnel, certaines ressources de MSF ont, elles aussi, été paralysées par la peur. MSF est organisée sous la forme d’un conglomérat international de cinq « centres opérationnels » semi-autonomes, dotés chacun de leurs propres capacités médicales, logistiques et humaines pour répondre aux urgences. Étant donné que la majorité des experts Ebola se trouvaient au centre opérationnel de Bruxelles, celui-ci fut chargé de coordonner la réponse. Il est toutefois rapidement apparu que l’ampleur de l’épidémie exigeait aussi les ressources d’autres centres, mais celles-ci ont bien trop tardé à arriver. La peur a clairement retardé la réponse au niveau interne : la peur d’une contamination du personnel, la peur de manquer d’expertise et la peur d’un manque de ressources. Enfin, la crainte d’être littéralement, mais aussi symboliquement, dépassée par l’épidémie lorsque celle-ci connut un pic durant l’été 2014, incita MSF à prendre une autre mesure sans précédent : appeler pour la première fois de son histoire à une intervention militaire dans la riposte à une épidémie.
Pourtant, au lendemain de cette crise, ce n’est pas le nombre incroyable de décès, la propagation rapide du virus à trois pays, les nombreux acteurs impliqués et le tout premier appel de MSF au déploiement d’experts militaires en guerre biologique qui marqueront durablement les esprits. Ce qui subsistera, c’est ce doute perpétuel quant aux choix impossibles que toutes les personnes concernées, patients comme intervenants dans la réponse, ont dû faire tout au long de l’épidémie.
Vais-je me rendre à hôpital quand je me sens malade au risque d’être mis en quarantaine et de mourir ? Ou dois-je plutôt rester chez moi, au risque d’infecter ma famille ?
accepter dans le centre Ebola tous les patients qui ont besoin de soins, même si le Vais-je manque de ressources m’obligera à faire des compromis en termes de qualité des soins ? Ou dois-je fermer les portes pour offrir à quelques rares privilégiés la meilleure prise en charge possible ?
 Vais-je utiliser des médicaments expérimentaux jamais testés sur des patients humains au risque de détériorer encore plus leur état de santé ? Dois-je proposer ce choix au patient ?
 Dois-je évacuer tous les expatriés pour qu’ils bénéficient de soins de meilleure qualité à l’étranger et accepter que mes collègues infectés qui font partie du personnel local restent sur place et se contentent du niveau de soins inférieur qui est la norme dans leur pays ?
Ce sont là de profondes interrogations qui font peser une immense pression sur l’éthique de MSF et d’autres acteurs de la riposte. Des questions qui sont toutes très concrètes et qui se sont posées pendant la crise. Les choix sont cornéliens dans les contextes difficiles. Rares sont ceux qui envieraient les personnes à la source de ces décisions ou qui oseraient formuler un jugement. Ce qui importe, c’est ce qui se passera demain et la manière dont ceux qui auront à faire des choix éthiques difficiles peuvent bénéficier de certaines leçons du passé.
Nous espérons que cet ouvrage sera d’une aide précieuse pour tous les acteurs de la santé qui auront à se poser, dans les années à venir, les questions que nous nous sommes posées.
ChristopherSTOkes Directeur général
MSF - Centre opérationnel de Bruxelles
Contributeurs
Sous la direction de :
Michiel Hofmanest spécialiste humanitaire senior pour MSF. Basé à Belfast, en Irlande du Nord, son travail inclut, entre autres, la formation, la recherche et des publications dans le secteur humanitaire. Il travaille pour MSF depuis 1993 et a été directeur de programmes à de nombreuses reprises dont, récemment, en Russie et en Afghanistan. Il a également été directeur des opérations pour MSF à Amsterdam. Michiel Hofman est cofondateur deThe Antares Foundation,une organisation à but non lucratif néerlandaise qui aide des ONG locales à offrir un soutien psychosocial aux membres du personnel travaillant dans des environnements très stressants.
Sokhieng Aumembre de l’Unité d’analyse et d’advocacy de MSF. Chercheuse associée est indépendante à la KU Leuven, elle s’intéresse à toute une série de thèmes en rapport avec la santé, l’histoire et la société à l’époque coloniale et postcoloniale. Elle est l’auteure deMixed Medicines: Health and Culture in French Colonial Cambodia(University of Chicago Press, 2011). Récemment, avec Kaat Wils et Raf de Bont, elle a coédité le livre Bodies beyond Borders: Moving Anatomies between 1750 and 1950(KU Leuven Press, à paraître).
Auteurs :
Annick Antierens, anesthésiste et urgentiste, est également diplômée en santé publique. Elle travaille avec Médecins Sans Frontières depuis 1995 dans toute une série de contextes et sur diverses problématiques médicales. Elle a coordonné les référents médicaux et la recherche pendant quatre ans et, depuis 2014, dirige la Plate-forme pour l’étude de produits expérimentaux contre Ebola dédiée au suivi des patients ayant survécu à la maladie.
Adia Bentonest assistante en anthropologie et en études africaines à l’université Northwestern. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur la politique culturelle de la santé mondiale et l’humanitarisme. Son premier livre,HIV Exceptionalism: Development through Disease in Sierra Leone, a été publié par les Presses de l’université du Minnesota en 2015.
Jean-Francois Carémel est socio-anthropologue, chercheur postdoctoral au CERMES3 (INSERM-CNRS, Paris) et chercheur associé au LASDEL (Niger). Ses travaux se concentrent sur la dynamique des innovations médicales dans la médecine humanitaire et la façon dont ces innovations alimentent la politique de la santé à l’échelle mondiale.
Patricia Carrick, infirmière, travaille occasionnellement avec MSF depuis 2007. Elle vient d’une famille d’éleveurs des Rocheuses, dans le sud-ouest du Montana, aux États-Unis, où son mari, David Hagenbarth, s’occupe de tout lorsqu’elle est en mission.
lice Desclauxest anthropologue médicale et chercheuse senior à l’Institut de recherche pour le développement, basé à Dakar, où elle a beaucoup travaillé sur l’anthropologie et l’éthique du VIH, les produits pharmaceutiques, la recherche médicale, ainsi que les femmes et la santé avant de se consacrer à Ebola, au Sénégal et en Guinée.
Moustapha Diop est professeur de socio-anthropologie à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia à Conakry et directeur scientifique du Laboratoire d’analyse socio-anthropologique de Guinée. Ses nombreuses études portent sur les aspects juridiques et anthropologiques du système de propriété foncière et d’autres aspects de la Guinée d’aujourd’hui. Durant l’épidémie, il a participé à plusieurs études de recherche sociale sur Ebola.
Stéphane Doyon dirige, depuis avril 2013, l’Unité régionale de Dakar pour MSF-OCBA. Il a participé à plusieurs missions de représentation pour MSF à Dakar dans le cadre de l’épidémie d’Ebola dans la région et a dirigé la réponse de MSF au Sénégal après le recensement d’un cas, en août 2014.
Sylvain Landry B. Faye est socio-anthropologue et chercheur/professeur au département de sociologie de l’université Cheikh Anta DIOP (Dakar, Sénégal). Après son doctorat en anthropologie sociale et culturelle, obtenu à l’université Victor Segalen de Bordeaux, il s’est spécialisé dans l’anthropologie de la santé. Actuellement, ses travaux se concentrent sur les aspects socioculturels et historiques de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest et sur les pratiques de participation communautaire dans le cadre de la gestion des crises humanitaires.
Lindis Huruma rejoint MSF en 2006 et a participé à plus de 15 interventions de réponse à des crises humanitaires. En 2014, elle a travaillé au sein de l’Unité des urgences de MSF-OCB et, pendant l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, elle a été coordinatrice des urgences à Monrovia, au cours des deux premiers mois de l’intervention de MSF. Elle a suivi des études en communication et est titulaire d’un master en gestion des catastrophes de l’université de Copenhague.
Thomas Kratz, médecin, a travaillé sur le terrain avec MSF dans le traitement de la fièvre de Lassa et de la maladie à virus Ebola. Il travaille actuellement comme assistant de recherche au Federal Information Centre for Biological Threats and Special Pathogensà l’institut Robert Koch de Berlin, en Allemagne.
Prince Lahaiinfirmier diplômé. Lors de l’épidémie d’Ebola, il a travaillé dans un centre de est traitement d’Ebola à Kailahun, en Sierra Leone. Survivant d’Ebola, il vit avec sa mère, sa compagne et ses trois enfants. Il est responsable du Groupe de survivants de son district et recherche actuellement un emploi d’infirmier.
Allie Tua Lappiaa obtenu son diplôme d’agent de santé communautaire à l’université Njala de Bo, en Sierra Leone, en juin 2014, soit peu de temps après que l’épidémie qui s’était déclarée en Guinée gagne la Sierra Leone. Une fois diplômé, il a travaillé dans un centre de traitement d’Ebola dirigé par MSF jusqu’à sa fermeture. Allie Tua envisage d’intégrer la faculté de médecine à l’automne 2016.
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