La Représentation et la réinvention des espaces de sociabilité au cours du long XVIIIe siècle. Tome VII
198 pages
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Description

Ce volume de Transversales constitue le septième volet des travaux de spécialistes des études sur le dix-huitième siècle français et britannique. Ces chercheurs tentent de redéfinir les modes opératoires de la sociabilité pour chacune des deux nations, à partir de sources célèbres ou méconnues, et s’interrogent sur la réalité de la supériorité du modèle français de sociabilité. Le présent volume s’intéresse plus particulièrement à la représentation et à la réinvention des espaces de sociabilité à partir de sources diverses, correspondance, oeuvres littéraires, archives de sociétés, essais philosophiques, films. Il met en évidence les dimensions urbanistiques et transgressives de l’espace, sa dualité, en étant à la fois imaginaire et physique et s’interroge sur le rôle de l’être humain, acteur et spectateur. La représentation des espaces de sociabilité, telle qu’elle est abordée dans cet ouvrage, pose la question de l’autorité et de la négociation opérée par l’individu entre liberté et appartenance à un groupe socio-culturel lui-même indissociable d’ une nation en devenir.
This volume is the seventh in the Transversales series published by a group of researchers of different nationalities on the topic of sociability in France and Britain during the Enlightenment. The research focuses on the extent to which a new model of sociability emerged in these nations during this period, and the similarities and differences between the ways this model developed on each side of the Channel. The present volume examines the representation and reinvention of sociable spaces through an excavation of various sources, letters, literary works, archives of societies, philosophical essays, films. It highlights the urbanistic and transgressive aspects of space, its duality, as it is at once physical and imaginary, and it questions the role of human beings, both as actors and spectators. The representation of sociable spaces, as it is dealt with in this work, raises the issue of authority and of the negotiation enacted by the individual between freedom and the membership of a socio-cultural group that is inseparable from a nation in the making.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 mars 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304048988
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de Annick Cossic- Péricarpin et Emrys D. Jones
La Représentation et la réinvention des espaces de sociabilité au cours du long xviii e siècle
Tome VII
Transversales
é ditions Le Manuscrit Paris


ISBN 9782304048988
© Mars 2021


Dans la même collection
La sociabilité en France et en Grande-Bretagne, Tome VI. L’insociable sociabilité : résistances et résilience , Katherine Aske et Kimberley Page-Jones, 2017
La sociabilité en France et en Grande-Bretagne, Tome V. Sociabilités et esthétique de la marge , Annick Cossic-Péricarpin et Alain Kerherve, 2016
La sociabilité en France et en Grande-Bretagne, Tome IV. Utopie, individu et société : la sociabilité en question , Allan Ingram et Norbert Col, 2015
La sociabilité en France et en Grande-Bretagne, Tome III. Les espaces de sociabilité d’un nouveau modèle de société , Valérie Capdeville et Eric Francalanza, 2014
La sociabilité en France et en Grande-Bretagne au siècle des Lumières, Tome II. Les enjeux thérapeutiques et esthétiques de la sociabilité au xviii e siècle , Annick Cossic-Péricarpin et Hélène Dachez, 2013
La sociabilité en France et en Grande-Bretagne au Siècle des Lumières, Tome I. Les vecteurs d’une nouvelle sociabilité, entre ludique et politique , Annick Cossic-Péricarpin et Allan Ingnam, 2012


Comité scientifique
Annick COSSIC-PÉRICARPIN
Titre : Professeure des Universités Émérite
Université ou Centre de recherche : UBO Brest, HCTI, EA 4249
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Bath au xviii e siècle : les fastes d’une cité palladienne, PUR, 2000, 200 p. ; Édition critique , The New Bath Guide , Christopher Anstey, Peter Lang, 2010, 301 p. ; ouvrage en codirection : Spas in Britain and in France in the Eighteenth and Nineteenth Centuries, CSP, 2006, 521 p. ; « Fashionable Diseases in Georgian Bath : Fiction and the Emergence of a British Model of Spa Sociability », Journal for Eighteenth-Century Studies, vol. 40, n°4 (2017) p. 537-553 ; “ Competing Models of Sociability: Smollett’s Repossession of an Ailing Body”, in British Sociability i n the Long Eighteenth Century: Challenging the Anglo-French Connection (Boydell Press, 2019, dir. V. Capdeville, A. Kerhervé), p. 127-143).
Emrys Jones
Titre : Maître de Conférences
Université ou Centre de recherche : King’s College London, UK
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Friendship and Allegiance in Eighteenth-Century Literature (Palgrave, 2013); “Houghton Hospitality: Representing Sociability and Corruption in Sir Robert Walpole’s Britain”, Eighteenth-Century Studies 51: 2 (2018), p. 235-54; Intimacy and Celebrity in Eighteenth-Century Literary Culture: Public Interiors (co-edited with Victoria Joule, Palgrave, 2018); “Friendship and Unsocial Sociability in Eighteenth-Century Literature”, in British Sociability i n the Long Eighteenth Century: Challenging the Anglo-French Connection (Boydell Press, 2019, dir. V. Capdeville, A. Kerhervé), p. 199-218.
Valérie CAPDEVILLE
Titre : Maître de Conférences
Université ou Centre de recherche : Paris 13, PLÉIADE, EA 7338
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : L’Âge d’or des clubs londoniens (1730-1784) Paris, Champion, 2008, « Les Dix-huitièmes Siècles » 496 p. ; « Les cafés à Londres : de nouvelles institutions culturelles à la fin du xvii e siècle ? », in Jacques Carré dir., Londres 1700-1900 : naissance d’une capitale culturelle , PUPS, 2010, coll. « Britannia », p. 63-84 ; « Gender at stake : the role of eighteenth-century London clubs in shaping a new model of English masculinity », Culture, Society & Masculinities , 4.1 (spring 2012), p. 13-32 ; British Sociability in the Long Eighteenth-Century. Challenging the Anglo-French Connection (co-dir. Alain K erhervé ), Boydell, 2019.
Norbert COL
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : UBS, Lorient, CERHIO, UMR 5268
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Burke, le contrat social et les révolutions , Rennes, PUR, 2001 ; À la Recherche du conservatisme britannique : historiographie, britannicité, modernité ( xvii e - xx e siècles) , Rennes, PUR, 2007.
Hélène DACHEZ
Titre : Professeure des Universités
Université ou Centre de Recherche : Toulouse 2 – Le Mirail, CAS EA 801
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : Ordre et désordre : le corps et l’esprit dans les romans de Samuel Richardson (1689-1761), Villeneuve-d’Ascq, PU du Septentrion, 2000 ; Le Sang dans le roman anglais du xviii e siècle, Montpellier, PU de la M6diterran6e, 2007.
Arlette GAUTIER
Titre : Professeure des Universités
Université ou Centre de recherche : UBO, Brest, LABERS
Domaine de compétence : sociologie (construction des genres et des familles, sur des périodes allant de l’esclavage et du colonialisme à des situations post coloniales).
Principales publications : Les Sœurs de solitude , Paris, Les éditions caribéennes, 1985 ; Le Sexe des politiques sociales , avec Jacqueline Heinen, Paris, Éditions Indigo et Côté- femmes, 1993 ; Politique de population, médiateurs institutionnels et fécondité au Yucatan , avec André Quesnel, Paris, Éditions de l’IRD, 1993 ; Les Politiques de planification familiale , Nogent-sur-Seine, Éditions du CEPED, 2003.
Allan INGRAM
Titre : Professeur des Universités émérite
Université ou Centre de recherche : Northumbria University, Newcastle, UK
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : The Madhouse of Language , Routledge, 1991 ; Cultural Constructions of Madness in Eighteenth-Century Writing , Palgrave, 2005 ; Melancholy Experience in Literature of the Long Eighteenth Century : Before Depression, 1660-1800 (codirection Stuart Sim, Clark Lawlor, Richard Terry, Leigh Wetherall-Dickson, John Baker) Palgrave, 2011.
Alain Kerhervé
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : UBO Brest, HCTI, EA 4249
Domaine de compétence : dix-huitième siècle britannique
Principales publications : The Ladies Complete Letter-Writer (1763) (Cambridge Scholars Publishing, 2010); Polite Letters: The Correspondence of Mary Delany (1700-1788) and Francis North, Lord Guilford (1704-1790), (Cambridge Scholars Publishing, 2009), William Writes to William: The Correspondence of William Gilpin (1724-1804) and His Grandson William (1789-1811) (Cambridge Scholars Publishing, 2014); Memoirs of the Court of George III. Volume 2. Mary Delany (1700-1788) and the Court of George III (Picketing Chatto, 2015); British Sociability in the Long Eighteenth-Century. Challenging the Anglo-French Connection (co-dir. Valérie Capdeville) Boydell, 2019).
Kimberley Page-Jones
Titre : Maître de Conférences
Université ou Centre de recherche : UBO Brest, HCTI, EA 4249
Domaine de compétence : époque révolutionnaire et mouvement romantique anglais
Principales publications : Énergie et mélancolie : les entrelacs de l’écriture dans les Notebooks de S.T. Coleridge (vol. 1, 2 & 3) (Grenoble, ELLUG, 2017) ; « L’eau mélancolisante des carnets » dans Mélancolyre, Laurent Folliot, Jean-Marie Fournier, Marc Porée (dir.) (Michel Houdiard, 2016), « Coleridge in the Notebooks: an Out-of-the-Way Thinker », Coleridge : Critical Readings , Denis Bonnecase (dir.) (Paris : Editions Michel Houdiard, 2016), « John Thelwall, a dissenting voice in the Alfoxden circle » (Grenoble, Représentations, revue électronique du CEMRA, 2016) ; Discours sur la mer : Résistances des pratiques et des représentations (dir.) avec Yvanne Bouvet (PUR, 2020).
Jean-Noël PASCAL
Titre : Professeur des Universités
Université ou Centre de recherche : Toulouse 2 – Le Mirail, PLH, EA 4601
Domaine de compétence : littérature française xviii e siècle
Principales publications : Fables de Florian, Édition critique, Ferney-Voltaire, CIEDS, 2005, Le Cœur terrible : Gabrielle de Vergy, Fayel, Gabrielle de Passy, Presses Universitaires de Perpignan, coll. « Études », 2005 ; Lyres, harpes et cithares : les psaumes en vers français de 1690 à 1820 , Saint-Estève, les Presses littéraires, 2011.


Les auteurs
Annick Cossic-Péricarpin est agrégée d’anglais, docteure en Etudes anglaises de la Sorbonne Nouvelle (Paris III) et Professeure des Universités émérite de littérature et de civilisation britanniques à l’Université de Brest, UBO. Elle a travaillé sur la poésie satirique ainsi que sur les villes d’eaux anglaises et est l’auteur d’une monographie, Bath au xviii e siècle : les fastes d’une cité palladienne (PUR, 2000). Elle a dirigé avec Patrick Galliou un ouvrage sur les stations thermales, Spas in Britain and in France in the Eighteenth and Nineteenth Centuries (Cambridge Scholars Press, 2006) et a publié une édition critique du long poème épistolaire de Christopher Anstey, The New Bath Guide ( The New Bath Guide [1766] , Edited with an Introduction and Notes, Peter Lang, 2010). Elle dirige, depuis 2012, la collection Transversales (Editions Le Manuscrit) dont elle a coordonné plusieurs volumes, Les Lumières en France et en Grande-Bretagne : les vecteurs d’une nouvelle sociabilité – entre ludique et politique (co-dir. Allan ingram , 2012), Les enjeux thérapeutiques et esthétiques de la sociabilité au xviii e siècle (co-dir. Hélène Dachez, 2013) et Sociabilités et esthétiques de la marge (co-dir. Alain Kerherve , 2016). Elle s’intéresse à l’émergence, à la circulation et à la confrontation de modèles de sociabilité ainsi qu’au fonctionnement de réseaux et de cercles dans l’Angleterre du long dix-huitième siècle, et est l’auteure de diverses publications sur le sujet (article et chapitres d’ouvrages publiés au Royaume Uni, Journal for Eighteenth-Century Studies 2017, vol. 40, n°4, Boydell 2019, Palgrave Macmillan 2021, notices de DIGITENS/ Digital Encyclopedia of British Sociability in the Long Eighteenth Century , digitens.fr 2020). Elle est actuellement rédactrice en chef de l’Encyclopédie DIGITENS.
Emrys D. Jones is Senior Lecturer in Eighteenth-Century Literature and Culture at King’s College London. Before joining KCL in 2016, he lectured for six years at the University of Greenwich. He studied at the Universities of Oxford and Cambridge, completing his PhD at the latter on the topic of eighteenth-century friendship and political identity. This was likewise the focus of his first monograph, Friendship and Allegiance in Eighteenth-Century Literature (Palgrave, 2013). He has published widely on representations of sociability in eighteenth-century poetry and prose, and he also specialises in the development of celebrity culture throughout the period. With Victoria Joule, he co-edited Intimacy and Celebrity in Eighteenth-Century Literary Culture (Palgrave, 2018). He has been closely involved with GIS Sociabilités and with the planning of the DIGITENS project since 2014. He is co-editor of the journal Literature and History , and reviews editor for the Journal for Eighteenth-Century Studies . Alongside these roles, he maintains an interest in the representation of eighteenth-century culture in contemporary film and television, a theme explored through his ongoing podcast, Pop Enlightenments .
V éronique L eonard-Roques est agrégée de lettres modernes, docteure en littérature générale et comparée, et professeure des universités à l’Université de Bretagne Occidentale. Ses recherches portent sur la réception des mythes, l’écriture de l’Histoire et des interactions sociales, les études de genre ( gender ), la littérature de voyage. Elle a consacré deux monographies à l’étude du mythe de Caïn et Abel ( Caïn, figure de la modernité , Paris, Champion, 2003 ; Caïn et Abel. Rivalité et responsabilité , Monaco, Rocher, 2007). Elle a notamment dirigé ou co-dirigé les volumes collectifs suivants : Versailles. Mémoire et imaginaire aux xix e et xx e siècles (Clermont-Ferrand, PUBP, 2005), Figures mythiques. Fabrique et métamorphoses (Clermont-Ferrand, PUBP, 2008) et Cassandre, figure du témoignage (Paris, Kimé, 2015).
C lara M anco est docteur de Sorbonne Université en littérature anglaise depuis 2020. Ancienne élève de l’École normale supérieure et agrégée d’anglais, elle occupe aujourd’hui un poste de lectrice à St John’s College, Cambridge.
Jennifer Ruimi est chercheuse FNS senior à l’Université de Lausanne. Elle est l’auteur de La Parade de société au xviii e siècle, une forme dramatique oubliée (Paris, H. Champion, 2015) et de volumes collectifs sur le théâtre ( Théâtre et charlatans dans l’Europe moderne , PSN, 2018, en collaboration avec É. Négrel et B. Dhraïef ; Espaces des théâtres de société, Définitions, enjeux, postérité , PUR, 2020, en collaboration avec V. Ponzetto). Ses recherches actuelles portent sur la pratique du théâtre de société par Voltaire. Elle est également chargée de cours à l’institut d’études théâtrales de l’université Sorbonne-Nouvelle (Paris 3).
Susanne S chmid has taught English Literature and Culture at a range of universities in Germany, Britain, and the US, including Salford, Freie Universität Berlin, Frankfurt, Princeton, Mainz, Erfurt, and Greifswald. Publications include the Helene Richter Award-winning Shelley’s German Afterlives 1814-2000 (Palgrave, 2007) and British Literary Salons of the Late Eighteenth and Early Nineteenth Centuries (Palgrave, 2013). She co-edited the collections The Reception of P.B. Shelley in Europe (Continuum, 2008), Drink in the Eighteenth and Nineteenth Centuries (Pickering & Chatto, 2014) and Anglo-American Travelers and the Hotel Experience (Routledge, 2018). She also edited M. Blessington’s novel Marmaduke Herbert (1847) for the Chawton House series. Currently she is working on luxury.
Pierre-Yves Beaurepaire est professeur d’histoire moderne à l’Université Côte d’Azur et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Ses recherches portent notamment sur la sociabilité, les réseaux de correspondance et les circulations dans l’Europe et le monde des Lumières. Co-fondateur du groupe Res-Hist (Réseaux & Histoire), il est membre du bureau du GDR CNRS Analyse de réseaux en sciences humaines et sociales. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages personnels, il a notamment publié La France des Lumières 1715-1789 dans la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette chez Belin, Les Lumières et le Monde. Voyager, Explorer, Collectionner chez le même éditeur, ainsi que l’ Atlas de l’Europe moderne. De la Renaissance aux Lumières chez Autrement.
E laine C halus (FRHistS) is Professor of British History and Head of the Department of History at the University of Liverpool. An expert on gender and political culture, her numerous publications recover women’s political activities at a period long before suffrage and pay serious attention to the social as well as the local dynamics of politics in eighteenth-century England. She is additionally interested in eighteenth-century British cosmopolitanism and sociability. She is currently preparing a monograph for Oxford University Press based on the forty surviving volumes of Elizabeth Wynne Fremantle’s journals. She serves on editorial boards for Women’s History Review, Parliamentary History Journal , and the History of Parliament Trust, where she is Section Editor for the House of Lords, 1660–1832.
M arianne C harrier-Vozel est Maître de Conférences à l’Université de Rennes 1 et chercheuse au CECJI, UBO. Spécialiste des manuels épistolaires et des correspondances au xviii e siècle, elle s’est notamment intéressée aux lettres de Mme du Deffand et de Mme Riccoboni. Sous sa direction, seront publiés prochainement aux Presses Universitaires de Rennes les actes du colloque international Le Rire des épistoliers ( xvi e - xviii e siècle) qu’elle a organisé à Brest.
A lain M ontandon est professeur émérite de Littérature Générale et Comparée à l’Université Clermont Auvergne, membre honoraire de l’IUF. Ses dernières publications: Théophile Gautier. Le poète impeccable (Aden, 2013) ; Dictionnaire littéraire de la nuit (Champion, 2 vol., 2013), La plume et le ballon (Ôrizons, 2014) ; Dictionnaire du dandysme (Champion, 2016) ; Mélusine et Barbe-Bleue (Champion, 2018) ; Écrire les saisons (Hermann, 2018); Le Souper (PUBP, 2020).
Laurent T urcot est professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Spécialiste de l’époque moderne, il s’intéresse à la vie quotidienne ainsi qu’aux sports et aux loisirs. Il a notamment publié: Sports et loisirs, une histoire des origines à nos jours , Paris, Gallimard, 2016.
Karl Wood holds a PhD in History from the University of Illinois at Chicago and is an Associate Professor in the Department of Anglophone Literatures at Kazimierz Wielki University in Bydgoszcz, Poland. His published work includes Health and Hazard (2012), a book-length study on spa culture and the social history of medicine in nineteenth-century Baden-Baden, as well as a number of articles related to twentieth-century culture in the United States.
M iriam S ette is Associate Professor of English Literature at the Department of Foreign Languages and Literatures (“G. d’Annunzio” University of Chieti-Pescara). She has published several essays on Daniel Defoe, William Beckford, Jane Austen, Charlotte Brontë, George Eliot, Thomas Hardy, William Butler Yeats, H. G. Wells and Edgar Allan Poe, Jean Rhys, Norman Douglas and Doris Lessing in national and international journals. She has translated and edited a collection of unpublished tales by various authors, from Horace Walpole to Mary Shelley, entitled Amori e rovine. Racconti gotici dei maestri del genere (Pescara: Tracce, 2000). She is the author of four monographs on George Eliot, George Eliot: il corpo della passione. Aspetti della corporeità nella narrativa dell’ultima fase , Pescara: Campus, 2004; Doris Lessing, La narrativa di Doris Lessing. Strategie e metafore per un impegno , Rome: Aracne, 2007; Daniel Defoe, Il fantastico in Robinson Crusoe. Daniel Defoe e la Ragione trasfiguratrice , Rome: Carocci, 2010; Kipling, Wells and Garnett, Trittico sulla metamorfosi: Kipling, Wells, Garnett , Naples: Liguori, 2015. Most recently she has translated and edited a collection of Kipling’s fantastical tales: Rudyard Kipling, Il marchio della bestia e altri racconti del fantastico . Introduction, critical edition and translation by Miriam Sette, afterword by Phillip Mallett, Milan, Biblion edizioni (2018).
Hiroki Ueno is lecturer at Hitotsubashi University and senior researcher and lecturer at Keio University (SFC Institute). He also teaches at Rissho University. He is a founder of the East Asian Intellectual History Network (EAIHN) in collaboration with the Program for European Studies, Seoul National University, South Korea, and the East Asian Academy, the University of Tokyo, Japan. He was a former holder of the Doctoral and Post-Doctoral Research Fellowships from the Japan Society for the Promotion of Science. His research focuses on the history of the Scottish and French Enlightenments, and the influence of early-modern republicanism on eighteenth-century Europe. His latest article, entitled “Does Adam Smith’s moral theory truly stand against Humean utilitarianism?” was accepted for a forthcoming publication from KIT Scientific Publishing.
Anne Verjus est directrice de Recherche au CNRS. Elle a récemment coordonné, avec S. Gougelmann, Écrire le mariage des lendemains de la Révolution à la Belle Époque. Discours, idéologies, représentations (PUSE, 2016). Elle a également publié, avec D. Z. Davidson, Le roman conjugal. Chroniques de la vie conjugale à l’époque de la Révolution et de l’Empire , (Champ-Vallon, 2011) ; Le bon mari. Une histoire politique des hommes et des femmes à l’époque révolutionnaire ( Fayard, 2010) ; et Le cens de la famille. Les femmes et le vote 1789-1848 (Belin, 2002).


Présentation de la collection
La collection Transversales, dirigée par Annick Cossic-Péricarpin , a pour vocation de rendre compte des travaux d’universitaires dont le champ d’étude est le dix-huitième siècle britannique ou français et qui s’intéressent plus particulièrement aux formes, fonctions et modes opératoires de la sociabilité en Grande-Bretagne et en France. Le socle théorique de la collection est divers en raison de la multidisciplinarité des contributeurs qui font appel aux notions de modèle culturel, d’influence, de transfert et de conflit. Les publications annuelles de la collection ont fait suite à une série de manifestations scientifiques qui ont débuté en décembre 2009 à l’Université de Bretagne Occidentale dans le cadre du projet Socialum de la Maison des Sciences de l’Homme en Bretagne. Depuis 2107, la collection se nourrit de manifestations scientifiques organisées par le GIS Sociabilités/Sociability https://www.univ-brest.fr/gis-sociabilites/ dans le cadre du projet européen H2020 DIGITENS - https://www.univ-brest.fr/digitens
« L’archéologie du savoir » qui y est mise en œuvre a pour objectif ultime, par une lecture croisée de la sociabilité au siècle des Lumières, une meilleure compréhension des enjeux sociétaux d’aujourd’hui. La problématique posée – l’émergence d’un nouveau modèle de société et sa puissance de dissémination – est novatrice tant par les sources utilisées que par les attendus scientifiques qui permettraient une remise en cause de postulats généralement admis, en l’occurrence la supériorité du modèle français de sociabilité. Une telle thématique est éminemment moderne et d’une actualité prégnante à une époque où l’individualisme et les conduites antisociales semblent l’emporter sur la ritualisation des rapports sociaux. Un réexamen d’un certain nombre de présupposés sur le dix-huitième siècle et sur les relations entre les nations française et britannique n’est pas seulement une exhumation du passé, mais mène, en dernier ressort, à une réinterprétation du présent. La collection étend désormais son champ d’investigation à l’exportation et la circulation de modèles de sociabilité en Europe et dans le monde colonial.


Introduction générale. La maîtrise des espaces de sociabilité : un enjeu sociétal majeur.
Annick Cossic-Péricarpin , Université de Brest, GIS Sociabilités HCTI EA 4249
1. Espace physique/espace imaginaire
La dimension symbolique de l’espace
« La Place de la Concorde n’existe pas : c’est une idée », déclara Malaparte, cité par Michel de Certeau 1 , soulignant ainsi la dimension symbolique de l’espace. Loin d’abandonner aux géographes ou aux physiciens le soin de le définir et de l’explorer, un certain nombre de penseurs, comme Maurice Blanchot ( L’espace littéraire ) et Gaston Bachelard ( La poétique de l’espace ) se sont attachés à mettre en évidence sa puissance libératoire pour l’individu. L’espace imaginaire permet en effet à l’homme de dépasser sa finitude, de se situer dans ce que Bachelard nomme « l’espace de l’ailleurs 2 ». Dans un va-et-vient incessant entre son imagination et le réel, le spectateur, le promeneur, le badaud ou le lecteur réinventent constamment l’espace. Ce sont eux qui « articulent une géographie seconde, poétique, sur la géographie du sens littéral, interdit ou permis » et transforment les noms de lieux en « espaces libérés, occupables 3 ».
La dualité de l’espace, à la fois géographique et symbolique, place le sujet au cœur de son existence. C’est le sujet qui constitue la première instance de représentation et de recréation ou de réinvention de l’espace. Présent dans l’espace physique ou imaginaire, dans un mouvement de ritournelle, il déterritorialise inlassablement. Ce mouvement continuel fait de l’homme un être vaste, comme l’affirmait Baudelaire 4 .
Le récit comme récit de voyage
Les narrations (dans les romans, la correspondance, les journaux intimes, la littérature de voyage), mises en mots de l’expérience de l’espace, ne peuvent qu’être des récits de voyage effectuant un travail « qui incessamment transforme des lieux en espaces ou des espaces en lieux 5 ».
La déambulation – physique ou mentale – est donc au cœur de l’espace dont le sujet devient acteur, car il peut le façonner à divers titres : en tant qu’architecte, constructeur, paysagiste, écrivain, peintre, sculpteur, ou simple visiteur, d’un jour, d’une saison, ou résident permanent. L’aîné des Wood 6 , architecte-urbaniste, avait placé la promenade au centre de la cité thermale de Bath en y introduisant des lignes courbes, telles celles du King’s Circus ou du Royal Crescent , propices à la flânerie et bientôt à la rêverie romantique, en opposition à la cité industrielle naissante. De Certeau a fort bien montré que l’espace est dynamique alors que le lieu est statique, nous invitant à voir en lui un « lieu pratiqué » « un croisement de mobiles 7 ». Au cours du long dix-huitième siècle, on assiste à la création de jardins d’agrément, comme les Pleasure Gardens de Vauxhall et de Ranelagh à Londres, ou les Spring Gardens de Bath, et plus largement d’espaces de déambulation, prolongeant les espaces privés des habitations. La promenade concurrençait le café en développant une nouvelle forme de sociabilité, qui n’allait pas sans restriction de la liberté individuelle : « In a state of leisure, men and women develop the moeurs of actors. The seriousness of losing independence is masked because people are at play: they experience pleasure in losing themselves 8 . »
Déterritorialisation et reterritorialisation : le rôle de l’art
Cette double géographie mentale et physique pose la question de l’appartenance à un territoire avec ses frontières et de l’identité qui en émerge. Les êtres humains délimitent un espace-territoire qu’ils investissent seuls ou en groupes. Pour Deleuze et Guattari, l’artiste a un rôle de précurseur dans cette appropriation :
Le territoire serait l’effet de l’art. L’artiste, le premier homme qui dresse une borne ou fait une marque… La propriété de groupe ou individuelle en découle, même si c’est pour la guerre et l’oppression. La propriété est d’abord artistique, parce que l’art est d’abord affiche, pancarte. […] L’expressif est premier par rapport au possessif, les qualités expressives, ou matières d’expression, sont forcément appropriatives et constituent un avoir plus profond que l’être 9 .
Les espaces-territoires sont, comme nous le verrons dans ce volume, des territoires d’égalité ou d’inégalité : ainsi les jardins publics, les salles d’assemblée ou les clubs, les salons ou encore les loges maçonniques. Ils ont un rôle déterminant dans la formation de l’identité individuelle et dans celle du groupe, comme l’a souligné Guy Di Méo : « Il nous est apparu qu’il n’existait guère d’identité personnelle dépourvue de dimension spatiale. Moins exclusive lorsqu’il s’agit d’une identité plus groupale, cette relation reste néanmoins vivace 10 . »
2. La sociabilité, en tant qu’aptitude à vivre avec ses semblables, comme agent de médiation entre les deux types d’espace, l’espace extérieur et l’espace de l’intimité, de l’individualité
L’évolution du local au spatial
Le passage du local au spatial, tel qu’il est décrit par de Certeau, a été engendré par la révolution des transports et l’urbanisation des principales nations européennes. Une nouvelle topographie urbaine a favorisé l’émergence de nouvelles pratiques, telle la promenade tandis que l’apparition de la diligence a permis la création de nouveaux groupes, par-delà l’appartenance à un espace géographique donné. Cet élargissement de l’horizon s’est produit au sens propre comme au sens figuré, en particulier grâce au télescope inventé au début du long dix-huitième siècle et popularisé par la suite. L’individu put alors dépasser le cercle étroit de la paroisse, de la communauté des fidèles, pour devenir un individu aux identités multiples, qui pouvaient se superposer, comme l’a montré Linda Colley dans Britons, Forging the Nation 1707-1837 11 . Les formes extrêmes de cet élargissement ont abouti à une atomisation de la nation, une sorte d’individualisme forcené dénoncé dans son essai, The Condition of the Working Class in England (1844), par Friedrich Engels qui comparait les Londoniens à une multitude de « monads » engagés dans la course folle de la vie moderne, indifférents à leurs concitoyens qu’ils croisaient sans les voir 12 .
Le contrat social
Dans ce nouvel espace, le contrat social, tel qu’il a été décrit par John Locke dans Two Treatises of Goverment (1689) est agent de régulation. Il implique l’abandon d’une certaine liberté inhérente à l’état de nature, en échange de la protection offerte par un régime politique et la sécurité de la propriété privée, espace délimité, borné selon les termes d’un document officiel, l’acte de propriété. On aboutit alors à la superposition de deux espaces, l’un mobile, l’autre fixe :
L’espace mobile est celui du rassemblement et de l’évasion qui sont les deux faces de la même liberté et du choix, alors que l’espace fixe, malgré le mouvement résiduel, est l’espace double de la concentration et de la dispersion : en fait l’espace de la soumission (Ritchot et Desmarais, 2000). Ce sont deux figures doubles bien différentes, la seconde formant, semble-t-il, la base du « contrat naturel 13 ».
Le contrat social montre le rôle joué par la sociabilité (en tant qu’aptitude à vivre avec ses semblables) dans la médiation entre les deux espaces analysés plus haut, à savoir espace physique et espace imaginaire, espace extérieur et espace de l’intimité, espace mobile et espace fixe. Adam Ferguson, en particulier, a reconnu le caractère indispensable de la sociabilité dans le développement des sociétés humaines, comparant l’homme à une plante qui s’étiole dans le désert et s’épanouit dans l’espace social, par les échanges, commerciaux et intellectuels, avec ses semblables 14 .
L’avènement de l’espace social
Pour un certain nombre de penseurs, au premier rang desquels Henri Lefebvre (dans La production de l’espace, 2000), l’espace social est un concept qui a mis du temps a être reconnu car la dimension sociale de l’espace n’allait pas de soi : « L’espace social commence à apparaître dans son hyper-complexité : unités individuelles et particularités, fixités relatives, mouvements, flux et ondes, les uns se compénétrant, les autres s’affrontant, etc. 15 . » Il est soumis à un double mouvement, l’un de grande amplitude, l’autre de faible amplitude, celle « des réseaux et filières 16 ».
L’espace est ainsi produit par ceux qui le construisent, qui l’habitent et qui le représentent : il est donc à la fois espace représenté et espace de représentation. Lefèbvre prend l’exemple de Venise où, observe-t-il, « La représentation de l’espace (la mer à la fois dominée et évoquée) et l’espace de représentation (les courbes exquises, la jouissance affinée, la dépensé somptuaire et cruelle de la richesse accumulée par tous les moyens) se renforcent mutuellement 17 . L’espace est donc représentation et c’est bien sa représentation qui conditionne son devenir. Il est le point de rencontre entre une histoire nationale ou mondiale et l’histoire personnelle des individus qui vont contribuer à le faire vivre. Le temps s’y inscrit ou plutôt, si nous suivons Hegel, c’est l’histoire, le temps historique qui « engendrent l’espace sur lequel règne l’État 18 », théorie qui pour Lefèbvre revient à fétichiser l’espace, alors que Nietzche en a reconnu la flexibilité, la malléabilité : « seul Nietzche a maintenu le primat de l’espace et la problématique de la spatialité : répétition, circularité, simultanéité de ce qui apparaît divers dans le temps et naît de temps divers 19 . »
3. Espace social et espace de sociabilité
Sociabilité et réinvention
Cette reconnaissance de la prééminence de l’espace social ne doit pas occulter la distinction entre espace social et espace de sociabilité. La définition de la sociabilité par Georg Simmel met en avant sa spécificité : « forme ludique de la socialisation 20 », elle ne peut être dissociée, selon lui, du plaisir d’être en compagnie de personnes librement choisies. Il y a donc sociabilité lorsqu’il y a liberté de choix et pas simple association d’individus.
La nouvelle place de l’individu, l’émergence d’une bourgeoisie éclairée, les révolutions scientifiques, technologiques et artistiques ont permis l’apparition d’une nouvelle société, plus urbaine, tant en France qu’en Grande-Bretagne où le contexte politique était différent, parce que s’y produisit ce que Steve Pincus a appelé la première révolution moderne 21 . C’est donc une nouvelle société qui se met en place, avec de nouveaux codes proposés au début du dix-huitième siècle par le périodique whig d’Addison et de Steele, The Spectator , une société innovante. En effet, Addison et Steele ont tracé les grandes lignes d’une esthétique de la nouveauté et œuvré pour l’instauration d’une société ouverte 22 .
Sociabilité et liberté
Les différents chapitres de ce volume posent la question du rôle de l’espace : ce dernier est-il choisi ou imposé ? Les espaces de sociabilité sont-ils des espaces de liberté ? Y a-t-il bien une réinvention des espaces de sociabilité alors que prévalent les idées de progrès et d’ improvement ? Et si tel est le cas, quelles sont les modalités de cette réinvention ? La définition de la sociabilité proposée par Simmel n’intègre pas, au premier abord, l’idée développée par Kant d’insociable sociabilité 23 : les espaces de sociabilité sont des espaces où apparaît une tension entre l’individu et les autres. Cette tension, selon Adam Ferguson, est source de progrès, le conflit générant le dépassement des limites : « A perfect agreement in matters of opinion is not to be obtained in the most select company ; and if it were, what would become of society ? ‘The Spartan legislator,’ says Plutarch, ‘appears to have sown the seeds of variance and dissension among his countrymen: he meant that good citizens should be led to dispute 24 […] » Richard Sennett, dans The Fall of Public Man , quant à lui, souscrit à la définition de la sociabilité donnée par Simmel et lie sociabilité et loisir, mais montre simultanément la perte d’autonomie qui en est le corollaire :
Sociability is the fruit of leisure. The more people interact, however, the more they become dependent on one another. Thus the forms of sociability we have called public, Rousseau thought of as social relations of mutual dependence. In the Letter, the mutual dependence of people, cut loose from bonds of necessity, is portrayed as terrifying 25 .
La représentation des espaces de sociabilité est donc un enjeu esthétique et politique car elle est « affaire d’autorité » : mais l’espace des représentations ainsi convoquées ou fabriquées est quant à lui « affaire de négociation 26 ».
Clôture et ouverture
Dans les sociétés européennes du long dix-huitième siècle, où sévit encore la censure qui va de pair avec l’absolutisme royal, les espaces de sociabilité sont étroitement surveillés : censés permettre un épanouissement des individus, regroupés dans des réseaux matériels ou virtuels selon leurs centres d’intérêt, ils évoluent souvent d’espaces ouverts en espaces clos où perdurent les inégalités de classe et de genre. Le secret, l’indicible peuvent les figer ou au contraire les faire échapper à la norme, en en faisant des espaces interstitiels où l’individu retrouve la mobilité imaginaire caractéristique de l’espace. L’espace intérieur, domestique – le foyer – subit lui aussi de profondes mutations. L’intérieur des maisons porte la marque de ses occupants et alors que de nouveaux rituels se mettent en place, comme la visite de cérémonie en Grande-Bretagne, il acquiert une dimension sociale de plus en plus forte. À la frontière entre espace public et espace privé quand les hôtesses se font salonnières 27 , à l’image des Bas Bleus à Londres ou des salonnières parisiennes, la maison a participé à la constitution de la sphère publique telle que l’a définie Jürgen Habermas, à savoir un « forum d’où les personnes privées rassemblées en un public s’apprêtaient à contraindre le pouvoir de se justifier face à une opinion publique 28 ». L’espace intérieur a été profondément bouleversé sur le plan architectural tant en France qu’en Grande-Bretagne, avec une spécialisation grandissante des pièces et des implications sur la répartition du pouvoir entre les sexes dans l’espace domestique, les femmes élargissant leur domaine, comme l’a constaté Amanda Vickery : « internal changes at home extended and reinforced the female domain 29 . » Monique Eleb 30 montre également dans ses travaux que l’espace domestique en France s’étend par une multiplication des chambres dont certaines sont des chambres de parade. La liberté dont on y jouit n’est donc que toute relative et cet espace privé de sociabilité devient un huis clos où se jouent des luttes de pouvoir, entre les sexes, les classes, les factions politiques. La sociabilité peut y être imposée, ce qui montre les limites de la définition initiale donnée par Simmel.
Les diverses contributions de ce volume s’organisent autour de trois axes principaux, la représentation des espaces de sociabilité, leur recréation, et l’émergence de modèles et de contre-modèles subversifs. Ils répondent tous à la problématique principale de maîtrise des espaces de sociabilité comme enjeu sociétal majeur.
Bibliographie
Sources primaires
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Sources secondaires
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1 de certeau , Michel, 1990. L’invention du quotidien, 1. Arts de faire , Paris, Gallimard, p. 157. Curzio malaparte (1898-1957), était un écrivain italien.

2 bachelard, Gaston, 1961. La poétique de l’espace, Paris, P.U.F., p. 210.

3 de certeau , op. cit. , p.158.

4 bachelard , op. cit. , p. 222.

5 de certeau , op. cit., p.173.

6 John wood the Elder (1704-1754): avec son fils, John wood the Younger, il contribua au renouveau architectural de Bath. Voir cossic , Annick, 2000. Bath au xviii e siècle : la gloire d’une cité palladienne, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

7 de certeau , op. cit. p.173.

8 sennett, Richard, 1974. The Fall of Public Man, Cambridge, CUP, p. 140.

9 deleuze, Gilles et guattari, Félix, 1980. Mille Plateaux , Paris, Les Éditions de Minuit, p. 388-389.

10 di meo, G uy, 2009. “Le rapport identité/espace. Éléments conceptuels et épistémologiques”, Construction identitaire et espace , dir. grandjean, Pernette, Paris, L’Harmattan, p. 34-36.

11 colley, Linda, 1992. Britons, Forging the Nation 1707-1837. London, Vintage, p. 381-97.

12 engels, Friedrich, 1844. The Condition of the Working Class in England.

13 retaille, Denis, 2009. Construction identitaire et espace , dir. grandjean, Pernette, Paris, L’Harmattan, “L’espace du contrat”, p. 71.

14 ferguson , Adam, 1995. An Essay on the History of Civil Society, ed. Fania Oz-Salzberger, Cambridge, CUP, p. 23 : “we have reason to consider his union with his species as the noblest part of his fortune. From this source are derived, not only the force, but the very existence of his happiest emotions; not only the better part, but almost the whole of his rational character. Send him to the desert alone, he is a plant torn from its roots: the form indeed may remain, but every faculty droops and withers; the human personage and the human character cease to exist”.

15 lefebvre, Henri, 2000. La production de l’espace, Paris, Anthropos, p.106.

16 Ibid., p.105.

17 Ibid ., p. 90.

18 Ibid ., p. 29.

19 Ibid ., p. 30.

20 simmel, Georg, 1908. Soziologie. 1981. Sociologie et épistémologie, Paris, PUF, p.125.

21 pincus, Steve, 2009. 1688. The First Modern Revolution , New Haven & London, Yale UP.

22 Voir m c kendrick, Neil, brewer , John & plumb, J. H. (eds), 1992. The Birth of a Consumer Society. The Commercialization of Eighteenth-Century England, London, Europe Publications, p. 9-33. Pour Neil m c kendrick, une société ouverte encourage l’innovation, le culte de la nouveauté et son émergence est rendue possible par un régime politique lui aussi ouvert, flexible et libertaire.

23 kant, Emmanuel, Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique, 1784. laffitte, Jacqueline & baraquin, Noëlla, ed. 2007. Paris, Nathan.

24 ferguson , op.cit., p. 63.

25 sennett, op.cit., p. 140.

26 retaille, Denis, op.cit. , p. 71-72.

27 Voir Transversales II, cossic-péricarpin, Annick, in Les enjeux thérapeutiques et esthétiques de la sociabilité au xviii e siècle , dir. cossic-péricarpin, Annick & dachez, Hélène, 2013. Paris, Éditions Le Manuscrit, coll. “Transversales”, “The Batheaston Literary Circle’s Poetical Games (1774-1781): from the Imitation of French Bouts Rimés to the Creation of an Innovative Pattern of Sociability”, p. 231-261.

28 habermas, Jürgen, 1978. L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, p. 36.

29 vickery, Amanda, 2009. Behind Closed Doors. At Home in Georgian England , New Haven & London, Yale UP, p. 299.

30 eleb, Monique, debarre-blanchard, Anne, 1999. Architecture de la vie privée : maisons et mentalités, xvii e- xix e siècles, Paris, Hazan. Vol.1.


Presentation of the chapters
Emrys D. Jones King’s College London
The sociable spaces explored through the first section of the book are principally seen through the prism of literary and theatrical representation. Emrys D. Jones demonstrates how the levee, with its reputation as a site of corrupt sociability, was aligned in the popular imagination with comedic values, and how its ceremonial origins were distorted through exposure to Britain’s burgeoning public spheres. The idea of ceremony is likewise important for Véronique Léonard-Roques ’s chapter on travellers’ impressions of Versailles, as she explores how values of intimacy and sociable reciprocity were negotiated (or denied) through touristic encounters with the royal court. Following this chapter, we return to the significance of the stage, with Clara Manco ’s examination of theatrical representations of the coffeehouse during the Restoration period. This chapter has a number of interests in common with Emrys Jones’s chapter, given its attention to the comedic quality of a given sociable space as it manifested in the British popular imagination. In the following chapter by Jennifer Ruimi , we move from the representative power of theatre to the potential of theatres as sociable spaces themselves. Voltaire’s “petits théâtres” are shown to possess particular sociable potential by virtue of their improvisational character, their mediation between private and public, and their relationship to the playwright’s wider fame. Finally in this section, Susanne Schmid discusses how the luxury of eighteenth-century sociable spaces gets translated to the screen in two films of recent decades ( The Duchess and Vanity Fair ). The representative dilemmas and strategies discussed in the preceding chapters are thus shown to inform current attitudes towards eighteenth-century sociability and its cinematic currency.
Following this focus on representation, the chapters of the volume’s second section are more focused on the practical construction and regulation of sociable spaces throughout the long eighteenth century. Pierre-Yves Beaurepaire directs our attention to Masonic sociability, with its debatable inclusiveness and openness, and its role in sociable practice beyond the confines of the lodges. Similarly, Elaine Chalus ’s chapter on the sociable spaces of fashionable Brighton explores the relationship between homosocial and heterosocial encounters, emphasising the distinct value of the home as a sociable space in which different groups could be accommodated and different identities fashioned. Marianne Charrier-Vozel ’s work on the sociability of Horace Walpole’s correspondence shares with the two preceding chapters an interest in mediation and in sociable interactions between the sexes. These themes are then explored in relation to promenading culture in the two following chapters by Alain Montandon and Laurent Turcot . Both highlight the opportunities for mixing (of classes and of genders) offered by eighteenth-century walking culture, but both also attend to the limits of such fraternisation, the social codes and structures through which order was maintained even in hypothetically public space. Indeed, this idea is also at the heart of Karl Wood ’s chapter, which serves as the conclusion to our volume’s second section. For him, the spa sociability of Baden-Baden and Saratoga Springs embodies carefully controlled ideas of leisure and freedom.
In the volume’s third and final section, we return in part to the questions of representation with which we began, but with a more specific focus on alternative and transgressive models of sociability that were tested by authors of the long eighteenth century. Miriam Sette concentrates on Daniel Defoe’s use of prisons and asylums to imagine possibilities of sociable solidarity. Hiroki Ueno , in his chapter on David Hume’s attitude toward politeness, contextualises this within a Scottish Enlightenment not straightforwardly wedded to principles of public debate or convinced of urban sociability’s progressive potential. And in our final chapter, Anne Verjus outlines the radical utopianism of James Henry Lawrence’s The Empire of the Nairs . This text’s advocacy for a “sociability of love” certainly complicates, even rebels against, the relationship between the sexes as it has been explored in previous chapters of the book. But Verjus also demonstrates the sociability of the text itself, informed as it was by the Romantic social networks of its time.


Représentations de la sociabilité : de la scène à l’écran Sociable representations: from the stage to the screen


The Levity of the Levee: Finding Comedy in a Corrupt Sociable Space
Emrys D. Jones King’s College London
Introduction : A Spectator at the Levee
For eighteenth-century Britons, the levee—or levée—was at once a sociable space, an awkwardly derived social convention, and a byword for mercenary self-promotion. Simply put, the custom involved influential men and women welcoming petitioners during their morning routines, whether in their bedchambers or in adjacent dressing rooms and antechambers 31 . With its origins in the ceremonial grandeur of the court of Louis XIV, the levee embodied the uncomfortable relationship between Britain’s new marketplaces (literary, political, social) and earlier models of civic life. What had begun in France as a mode of monarchical representation—what Jürgen Habermas might describe as a manifestation of “representative publicness”—was transformed into a vehicle for social aspiration and self-fashioning, a practice which nonetheless retained various facets of its initial configuration and required participants to come to terms with that legacy 32 . Though the hosting of levees and attendance at them were widespread in elite British society, the public representation of them was overwhelmingly dominated by insinuations of self-interest and sycophancy, of hopeless debasement on the part of those seeking promotion, and of shallow performance, vain emulation of royal authority, by the hosts and hostesses themselves. In visual culture, the ignominy of the levee for all concerned was encapsulated in the second stage of William Hogarth’s A Rake’s Progress (1732-4), an image which depicts the tasteless, newly moneyed rake surrounded by various parasites 33 . In literary culture, similar examples abound, though Richard Steele’s attack on levee culture in issue 193 of The Spectator is usefully archetypal.
For Steele, the levee of a great man epitomises the vacuity of courtly culture, an emptiness that serves to feminise the men involved and that in turn contaminates other areas of public life and discourse. He introduces the scene as a diverting one, filled with objects worthy of his readers’ curiosity, but even at the outset his contempt for the manners and motivations of the levee is barely concealed:
Of all this busie Crowd, there are none who would give a Man inclined to such Enquiries better Diversion for his Thoughts, than those whom we call good Courtiers, and such as are assiduous at the Levées of Great Men. These Worthies are got into an Habit of being Servile with an Air, and enjoy a certain Vanity in being known for understanding how the World passes. In the Pleasure of this they can rise early, go abroad sleek and well dressed, with no other Hope or Purpose but to make a Bow to a Man in Court Favour, and be thought, by some insignificant Smile of his, not a little engaged in his Interests and Fortunes. It is wondrous that a Man can get over the Natural Existence and Possession of his own Mind so far, as to take delight either in paying or receiving such cold and repeated Civilities 34 .
Steele is expressly concerned, as I will be for much of this chapter, with levees hosted by men for other men. While elite women did host levees, which were themselves attended by both men and women, the practical function of these occasions tended to be better concealed than that of all-male levees, the servility of their participants likewise being figured in different ways when they were represented in print or elsewhere 35 . Steele’s perception of levee culture clearly partakes of the custom’s potential association with female hospitality: the emphasis on the “Vanity” of the attendees and their pursuit of a “Smile” turns the scene into a kind of courtship ritual, or an imitation of one, and it is clearly marked out by Steele as cutting against the “Natural Instincts” of all present. However, it is the elusive idea of “Court Favour”, along with the claim to appreciate “how the World passes”, that informs the compliments and deferential gestures of this particular performance, such qualities acquiring distinct political value due to the exclusively male political arena—not to mention, male careers—in which they are demonstrated or contested.
Central to Steele’s distaste for the levee is a tension in the passage above between opposing forms of pleasure. The essay itself is predicated on finding what will please the imaginations of its readers, and yet in observing what pleases the frequenters of levees these readers are likely to be, if not displeased themselves, at the very least confounded by the meagre basis for pleasure-taking in courtly circles 36 . On what does the “Pleasure” of the levee subsist, and how does it sustain the perpetrators of this rigmarole? Steele asserts that these men enjoy rising early, that they feel fulfilled in their purposelessness, and may even “take delight” in the cold, predictable routine. But his probing of the question of pleasure only emphasises just how unenjoyable the levee must be in actuality, since it only makes sense as a gathering if its very leisureliness and joyful insignificance are in fact facades for desperately serious acts of favour-seeking and networking. Steele goes on to write that “both the Idol and Idolater equally impose upon themselves in pleasing their Imaginations” through the levee’s manoeuvres, but the greatest imposition of all is the idea that anyone’s imagination has been genuinely satisfied amidst this “Market for Preferment” (p. 257).
And yet there is entertainment to be had here, pleasure that Steele’s readers are encouraged to locate in the levee scene despite the moral and spiritual degradation to which it plays host. As posited by my chapter’s title, there is a peculiar levity attached to literary representations of levee culture; throughout the eighteenth century, the concept of the levee acquires and retains an affinity with the genre of comedy, and this affinity persists in spite of the countless people who hosted, attended and benefited from levees in their daily lives. The comedy of the levee cannot ignore but is instead rooted in its reputation for accommodating vice and political corruption. At the same time, it hinges on the alleged futility of these occasions, a sense that even as they exemplify the deterioration of social and political conduct, they are also rendered harmless by the emptiness of their promises and the astounding circularity of the quest for favour. These are sociable spaces, but of a sort that would ordinarily witness guarded acts of incremental self-advancement rather than rambunctious displays of humour. Consequently, as the rest of Steele’s essay bears out, the inherent amusement of levee culture and the source of a reader or audience’s pleasure must reside instead in the exposure of pretension:
[T]wenty Whispers, false Alarms, and private Intimations pass backward and forward, from the Porter, the Valet, and the Patron himself, before the gaping Crew who are to pay their Court are gathered together; when the Scene is ready, the Doors fly open and discover his Lordship. (p. 258)
Steele’s immediate point of comparison for this commotion is the practice of a sham fortune-teller in Moorfields, whose servants used an elaborate system of ropes and bells to inform him of each customer’s predicament. But the description he offers here and in his subsequent anatomisation of the patron’s behaviour can just as easily be read as theatrical. Steele’s language (“Scene”, “discover”) clearly draws upon that of stage directions 37 . The extreme artifice of the staging undermines any sense that the levee might provide more personal and intimate access by virtue of its location or timing. The bout of “private Intimations” prior to the event only exposes the lack of any private dimension to the levee itself.
Steele goes on to consider in minute detail both the costuming and the choreography of the patron. He does so in such a way that the readers of The Spectator are pushed to view the scene not just from the perspective of a more or less neutral attendee, but as potential hosts of levees themselves. This leads to the insight—perhaps the most important of the entire essay—that these events are just as ludicrous for the great men at their centre as for the petitioners assembled to wish them good day. It is not just the lower orders who are rendered servile by this practice.
There are several ways of making this first Appearance: You may be either half dressed, and washing your self, which is, indeed, the most stately; but this way of opening is peculiar to Military Men, in whom there is something graceful in exposing themselves naked; but the Politicians, or Civil Officers, have usually affected to be more reserved, and preserve a certain Chastity of Deportment. Whether it be Hieroglyphical, or not, this Difference in the Military and Civil List, I will not say, but have ever understood the Fact to be, that the close Minister is buttoned up, and the brave Officer open-breasted on these Occasions. (p.258)
Steele allows his own writing to be dictated by the supposedly inconsequential logic of the levee at this point in the essay. His syntax meanders, and successive “buts” create the sense that he and the other captives of the levee are arguing with themselves over meaningless distinctions. What power or gratification does the patron receive from the levee’s compliments if he is all the while condemned to obsess over standards of dress and merely to perform the role of a great man? He is a vision of fraudulent spontaneity. In deliberating whether to appear “half dressed” or not, he reveals himself as an anxious impostor rather than a political authority. And this raises the possibility, elaborated upon in the subsequent account of his conversational skills, that the wider political world is also underpinned by acts of demeaning impersonation:
In the vast multiplicity of Business, and the Crowd about him, my Lord’s Parts are usually so great, that, to the Astonishment of the whole Assembly, he has something to say to every Man there, and that so suitable to his Capacity, as any Man may judge that it is not without Talents that Men can arrive at great Employments. I have known a great Man ask a Flag-Officer, which way was the Wind, a Commander of Horse the present Price of Oats, and a Stock-Jobber at what Discount such a Fund was, with as much ease as if he had been bred to each of those several ways of Life. (p. 258-9)
In this satirical mode, the most valuable mark of greatness and of talent is the patron’s ability to mimic his social inferiors. His shows of personal interest and engagement do not need to be especially convincing, but they do require some form of self-effacement. The paradoxical pretension of the levee host thus involves, concurrently, a straining after stateliness and an imitation of all that is not stately in professional or courtly life.
I have dwelt on the contours of Steele’s humour in his essay because it is through charting them that we can understand the full force of the eventual, fairly desperate question he poses for levee patrons: “how is it possible they could think of imposing upon themselves and others in such a degree, as to set up a Levée for any thing but a direct Farce?” (p. 259) The same question hangs over the two other texts I will examine over the course of this chapter: less canonical works from later in the eighteenth century, which show how an interest in the levee’s comedy could be used as the basis for either theatrical narrative or prose fiction. But beneath their shared astonishment at the general acceptance of the levee’s preposterousness, all of these texts also raise a contrasting question that is just as pertinent. They force readers to ask whether the determination of writers and artists to represent the levee as a farcical space was in fact disproportionate to most people’s experience of such gatherings. As I have already indicated, the extensive public mockery of levees did little to diminish their prevalence in eighteenth-century British society, and though the lived experience of levee attendance may have been at times dispiriting, it was not as uniformly fruitless an exercise as Steele and others tended to portray it. In assessing the literature of the levee—this curious sub-genre so indebted to Mr Spectator’s initial condemnation—we must be open to the possibility that disparagement in some ways contributed to social acceptance. Even as Steele attacks levee culture, he might also render it harmless, if not perversely attractive, in its absurdity. He sees the chief business of the levee host as a balancing act, a non-committal display that is not so different from the kind of comedic writing in which Steele is himself engaged. He ultimately advises prospective levee hosts that “the chief Point” is to limit their conversation “to Generals” rather than broaching anything “Particular” (p. 259). I hope to demonstrate in the following readings that other eighteenth-century writers who explored the levee’s levity were subject to a similar principle.
The Levee at the Theatre (or Not)
When published in 1741, John Kelly’s The Levee. A Farce announced on its title page that it had been “accepted for Representation by the Master of the Old-House in Drury Lane , but by the Inspector of Farces denied a Licence 38 ”. In truth, the suppression of the play can hardly have come as a surprise to its author, considering the severe restrictions in place following Sir Robert Walpole’s Stage Licensing Act of 1737 39 . It seems more likely that the play was written in the expectation that it would be refused a licence and that this would prove a selling point for the printed text. But the glee with which Kelly trumpets his own disappointment suggests a far more daring, politically outspoken work than he had actually written. The title page’s mocking reduction of the official Examiner of Plays to an “ Inspector of Farces ” is lightly subversive, and the play contains an isolated reference to electoral bribery 40 . Elsewhere, the general connotations of levee culture—its broader evocation of corruption and favouritism in society’s upper echelons—are enough to have prevented the work being performed without leading it into more specific satirical territory or aligning it with one political faction or another.
Kelly’s play is crying out for a colon, instead of a full stop, between its title and its subtitle. Indeed, “farce” describes not just the genre of the comedy, but the intrinsically ridiculous character of its titular setting, much in keeping with Steele’s portrayal of levees several decades earlier. Though the levee of Kelly’s Lord Shuffle only occupies the first act of the two-act play, its pretensions and anxieties nonetheless inform the entirety of a romantic plot hinged on questions of favour and social condescension. Chief agent of the narrative is Arabella, Lord Shuffle’s niece, who has inherited an independent fortune and decides to use it to secure a husband who would otherwise be considered below her station. The outset of the play gives the impression that she and her lover, Brightly, have known each other well for some time. She remarks that she loves him “so tenderly” that she “cannot be happy without him” (p. 3). However, the play’s denouement seems either to forget or at least to qualify this statement with the revelation that Brightly has no idea who Arabella is. Only once their marriage and their prosperity is finally assured does she properly introduce herself to explain her motivations: “Yes, Brightly , thy Merit charm’d me, and as I fear’d the Difference of our Fortune a Bar to my Happiness, took this Method to remove the one, and secure the other” (p. 40).
I will describe the exact nature of Arabella’s “Method” and its relationship to her uncle’s levee in due course, but it is worth highlighting here the pronounced and persistent inequality between the two lovers. It is telling that Arabella refers to her singular happiness and not a shared one as having been her main goal throughout the play. Prefiguring Kate Hardcastle in Oliver Goldsmith’s She Stoops to Conquer (1773), she is both proactive and deceptive in courting her chosen romantic partner; but unlike that later heroine, she also commands a wealth that is entirely her own to bestow, and she is supremely conscious of this fact 41 . Arabella knows best. She is effectively removed from the public world of preferment and favour-seeking, not simply by virtue of her gender, but through a financial independence that lets her disregard the niceties of social conduct and hierarchical expectations. Prior to her wedding, she gives 4000 pounds to her faithful confidante, Harriot (p. 32). She also asks her uncle for his blessing, but at the same time insists that she does so out of respect and not necessity: “I am independent, my Lord; and tho’ I thought it decent to acquaint your Lordship with my Design, yet I never intended that Ceremony should thwart it” (p. 33). The reference to “Ceremony” is significant, since that is what defines Lord Shuffle’s levee, and by extension the man himself, in such ways as do “thwart” the designs of many others. Arabella has the ability either to dispense with ceremony altogether or to manipulate it to her benefit, to gain advantage from a scenario like a levee which offers no prospect of growth or development to anyone else. Even so, she remains a kind of patron, albeit a more generous and self-fulfilled one than her uncle. Whether in the afore-mentioned gift of money, or in her certainty that the baffled Brightly will be grateful for her hand in marriage, she embodies a benevolent authoritarianism, an idea of what a levee could be and achieve if it actually functioned to the mutual benefit of its participants.
Lord Shuffle’s levee is a place of comedic stasis and repetition. Apart from Brightly and his faithful tailor, Cutwell, it is populated with unnamed petitioners, a chorus of despondent figures whose complaints are mostly delivered at one remove from the action of the plot. At times, they seem to anticipate the existential absurdity of Samuel Beckett’s Waiting for Godot (1953) as they reflect on their plight:
2 d . Really Sir I have, led on by such Hopes, attended his Levee two Years and a half, and have as yet, only Promises and Advice.
1 st . Advice?
2 d . Aye, Sir, to have a little Patience. (p. 10)
Later, as it begins to dawn on them that the position they are vying for will never open up, and has indeed been promised to various others besides them, they gradually allow their irritations to rise to the surface:
2 d . [to the 1 st .] Well, Sir, is your Affair forwarded?
1 st . I am just where I was at my first Application; I am quite tired of an Entertainment, where the same Dish is always served up. He has repeated his Promises.
2 d . It is indeed a cheap but a thin Diet. I begin to be out of Humour with it too. (p.18)
Much of the comedy of this exchange arises from the remarkable understatement of the petitioners’ dissatisfaction. After however many years of devoted levee-haunting, they are “quite tired” and they “begin to be out of Humour”. It is as if the Dantean circularity of the levee’s rituals has itself dampened their ability to feel anger or express it. On the next page, one of them swears that he will attend at “the next Levee-Day” only so that he can inform Lord Shuffle that he is “no Stranger to his Insincerity” (p. 19). But the fact that he is willing to come back and that he will listen once more to “the Repetition of his Promises” (p. 19) prior to such a confrontation makes us suspect that the moment of disruption will never come to pass.
The chorus’s food imagery and the talk of “Entertainment”, however ironically intended, return us to the key question of who is actually entertained by the levee, if anyone is. Brightly is certainly not amused by his experiences there. He is himself the butt of the event’s most painful witticism, one which has a curious history in eighteenth-century levee culture beyond Kelly’s play. On a previous visit to Lord Shuffle’s residence, the young hero has been advised by the great man to take up the study of Spanish, an endeavour which he believed was prelude to some lucrative and prestigious foreign posting. However, when reminded of the instruction on this occasion, and informed of the “great Diligence” with which Brightly has pursued this course of study for the past four months, Shuffle disavows any practical motivation for the advice: “Really, Mr Brightly , you have then an Advantage I envy; for you may now read Don Quixote in the Original” (p. 15-16). Appalled, Brightly pushes back:
Bright. My Lord, is the reading Don Quixote , all the Fruit I am likely to reap from my Application?
Lord. I wou’d give a thousand Pounds to have the Pleasure that Book will afford you. (p. 16)
At stake once again is “Pleasure”, with the imagined pleasure of the book—naturally, a keystone of the comedic canon—standing in opposition to the bleak routines of both patron and supposed client. The language of the altercation simultaneously mocks and reinforces the power structures of the levee itself. Lord Shuffle speaks of envying his petitioner despite being the one envied by all around him. And he boasts of the financial generosity he would be prepared to show for the sake of literary satisfaction, even though his activity through the rest of the scene is characterised by incorrigible avarice.
As well as being grounded in an awareness of the levee’s futility and of its fraudulent leisureliness, the joke is also concerned in various ways with the concept of originality and the difficulty of identifying or appreciating origin points within a circular, imitative social space. Lord Shuffle recommends reading Don Quixote in Spanish, but he has not done so himself, and so can only speak with second-hand certainty of how pleasurable and rewarding the experience must be. His reference to “the Original” Quixote also strikes a peculiar note given the famously unoriginal aspirations of Cervantes’ hero; he was after all a character defined by his flawed attempts at copying chivalric standards. In being advised to find the authoritative version of this text and to take pleasure in it, Brightly is thus presented with a dilemma similar to that of levee culture as a whole: how to fashion something worthwhile—whether a career, a personal relationship or simply a moment of enjoyable sociability—from a set of traditions that were always unconvincingly derivative of older courtly ideals. It is also fitting that the joke should itself not be original to Kelly’s play; much the same anecdote became a staple of the eighteenth century’s reckonings with the levee’s comedic value, associated chiefly with poet laureate Nicholas Rowe and his would-be patron Robert Harley, Earl of Oxford. Both figures were long-dead by the time of the play’s publication but their catastrophic navigation of levee culture had first been related in print only three years earlier and would gain greater attention in later decades through third-hand accounts by Samuel Johnson and Joseph Spence 42 . Questions of the story’s actual truth pale into irrelevance given its apt encapsulation of the levee tradition’s own inauthenticity.
Bewildered by Lord Shuffle’s advice and the ethos of imperfect simulation that it encourages, Brightly is evidently not best placed to enjoy the comedy of the levee in any sense. Those who do manage such a feat in Kelly’s play must enter and savour the levee as outsiders, reminding themselves and others of the fact that they require nothing from the networks of advantage and obligation represented there. Beyond this, and remaining consistent with Steele’s earlier mode of spectatorship, they must preserve a healthy cynicism about the motivations of those present. Thus, while Brightly enters the fray convinced that true merit will be rewarded and human decency exhibited, his companion Cutwell arrives better prepared. He insists at the outset that the only people truly welcome at a great man’s levee are those willing to “pimp for him”, and that those who are “disqualified” by dint of their moral goodness should feel ashamed of such a failing (p. 7, 8). For his part, though, he is content to take a disinterested view of the self-interest on display:
Cutw. Here’s a great Levee. Now as I have neither Hopes nor Fears, I shall have the Pleasure of observing how these different Passions display themselves in the Looks of others. (p. 10-11)
Cutwell’s attitude is paralleled and complemented by that of Arabella, who infiltrates the levee disguised as a man shortly after Brightly’s arrival. Immediately, he recognises that the newcomer’s mode of participation—and by extension, the nature of his/her pleasure—is different from that of the other attendees.
Bright. Here are a Couple, who by their Outside, I fancy come to beg more the Notice of the Company than of the Grandee.
Cutw. I suppose Curiosity has brought them hither. (p. 11)
Cutwell is partially correct here. In addition to her romantic interest in Brightly, Arabella is also driven by curiosity to enter a space which would normally be inaccessible to her. She takes particular delight in the gendering of her eligibility for inclusion in the levee when she responds to Brightly that she is “as well fitted to pay […] Court to a great Man as any in the Company”, a joke that plays on the potential effeminacy of the surrounding suppliants even as it revels in her act of deception (p. 11).
However, Arabella’s entry into the scene differs crucially from Cutwell’s cheerfully detached and alienated stance in that she and Harriot clearly intend to perform the role of levee attendees, and to take and generate enjoyment from said performance. For all his blindness to her actual identity and to the essential degradation of the levee itself, Brightly is at least right about this. In describing Arabella and Harriot as seeking the “Notice of the Company”, he correctly identifies their status as wavering between the theatrical and the sociable, these two modes sharing a disregard for the ostensible function of the occasion and the material greatness of its host 43 . Indeed, all who attend the levee are part of a theatrical company—a figurative one if not the literal one that would have brought the play to the stage were it not for the strictures of the Licensing Act—but only these two interlopers demonstrate a full awareness of their condition, and only they directly solicit not just the notice of the play’s audience (or readers) but that of their fellow actors, the less self-aware performers who crowd the levee alongside them. The levee may well be a site for potential self-advancement, but rarely does it bear witness to this kind of self-advertising, characters who revel in the futility of the scene and who declare as their fundamental ambition the simple enactment of its absurdity:
Bright . I suppose, Gentlemen, you have no Favours to ask, by the Unconcern visible in your Faces.
Arab . The same Business of Consequence brought us here, which, I believe, brings other idle young Fellows; to make a Bow to the great Man, shew our selves, look about us, put on an Air of public Business, take Snuff out of some Nobleman’s Box, talk of the Weather, look with Contempt on wanting Merit; and so brush off to a Chair with an Air of Satisfaction. (p. 12)
It is the perfect summary of what the levee could be as pure social diversion, pure performativity. The lightness and rootlessness of Arabella’s avowed outlook are captured in her repetition of “Air”, and in her recourse, following Steele’s advice, to casual generalisation rather than particular identification (“other… young fellows”, “some Nobleman’s box”). If the need to secure promotion and to break free from the spiral of meaningless promises could actually be set to one side, as it is for these merry intruders, then we might be left in a position to enjoy the levee’s true levity, to savour its pointlessness and its petty distractions.
Where does this levity lead us though? Arabella’s stark assertion of a frivolous agenda, rather than absolving the scene and its participants of moral or social responsibility, paradoxically offers a further indictment. Interpreting the levee’s “Business of Consequence” as an idle game allows Arabella to cast aspersions more generally on the behaviour and preoccupations of male society. When not rooted in genuine hopes of preferment, this appears to be founded merely on self-satisfaction, a fixation on “Merit” (or the lack of it) in others, which presumably still requires less fortunate satirical targets drawn from elsewhere in the levee’s throng. It is hardly surprising then that Arabella’s account of the levee’s pleasures is promptly followed by some of the most sober, morally serious lines in the play. She insists apologetically that she is incapable of “modish Sentiments” no matter how “modishly” she may have spoken (p. 12). To this, Cutwell remarks that she sounds like “a Man of the last Age” (p. 12). It is in Arabella’s thoughtful response to this observation that we see the play’s most direct attempt at reconciling the levee’s absurdity with its deleterious social influence. Such reconciliation can only occur by refuting the idea of the custom’s novelty and by placing it in a far broader panorama of corrupt human sociability:
Arab . Pardon me, Sir, I believe this Age as good as any that has preceded it. The golden Calf has always had Adorers; wicked Men have always had their Views, and ever postponed the Public to their private Interests. The Great and Powerful have in all Times prey’d upon the Weak and Helpless, and Nature keeps the same Course among Men as with the Brute Creation. Fowls, Fish, and Beasts devour those of their Elements, that are not able to resist them. The only Difference is, one attacks by open Violence, and the other by a close Subtlety. (pp.12-13)
At first glance, this stern, vaguely Hobbesian speech seems both unoriginal and wildly divergent from Arabella’s earlier bravado. Her diatribe resembles aspects of John Gay’s The Beggar’s Opera and his Fables , popular works of the preceding fifteen years which had likewise commented with a mixture of humour and despair on the widespread prevalence of corruption and on continuities between the violence of the natural world and human sociable practice 44 . In order to understand the connection between Arabella’s cynicism and her previous, determinedly amusing performance, we need to perceive that she is after all not attacking but defending the existence of levees, and is in this sense carrying her facetious outlook to its logical, though unexpectedly sombre, conclusion. True hypocrisy would be to claim that the mercenary aspects of Lord Shuffle’s patronage are somehow disconsonant with human nature. Rather than epitomising a state of human corruption worse than any that has come before, the levee can instead be viewed as an indication of progress, insofar as it draws together and defines the wicked, the weak and the unworthy. It is a circus of base instincts—hardly edifying, but at least convenient as it isolates and for the most part neuters the most self-serving and potentially damaging agents within society. Indeed, even as Harriot starts to bemoan that “able and valuable Men” are too often unrewarded by the great and powerful, Arabella counters that truly talented individuals would have too much pride to seek out favours in a place such as this (p. 13) Attendance at the levee is proof that one deserves nothing from it. This does not reflect well on Arabella’s own beloved, Brightly, but it serves to justify the levee’s levity as essentially diversionary, a tool by which social predators can be kept busy with meaningless prey, educating and entertaining the wider public in the process.
Learning from the Levee
Earlier in this chapter, I hypothesised that the levee’s comedic associations and an insistence on its futility could at times make the convention more socially acceptable, rendering it a harmless curiosity. This partly explains what happens in John Kelly’s play, as the very corruption of the space is used by Arabella to justify its existence. However, there is also a strain of levee comedy which places a more pronounced emphasis on the lessons to be derived from these scenes, the levee appearing not primarily as a circus but as a school, and proving the social value of its amusements by educating would-be victims in the true ways of the world. It is in this spirit that Matthew Bramble, of Tobias Smollett’s The Expedition of Humphry Clinker , declares that he will take his nephew to the Duke of Newcastle’s levee—“that he may see, and learn to avoid the scene 45 ”. In such portrayals, the comedy often comes as much from the instances of rebellion against a great man’s authority as from the demeaning spectacles of flattery that precede them. Where the attendees at Lord Shuffle’s levee spoke unconvincingly of how they might one day speak their minds to him, these alternative depictions more readily represent the actual dissolution of the levee’s grandeur, whether through outright acts of defiance or—as in Smollett’s portrayal of the Duke of Newcastle—through the contrast between what a levee once was and what the shifting tides of power have now made of it 46 . The levee, as represented, is just as futile a space as it ever was, and may indeed remain a fixture in courtly life precisely thanks to the repeated reminders of its inefficacy or ephemerality. But the nature of the pleasure taken by the levee’s spectators does shift in these moments of more forthright dissent.
The Adventures of Bobby Lounge; or The Unfortunate Levee Haunter is a short novel, published in 1791. According to some accounts, the great era of the levee was already drawing to a close in Britain by this time 47 . The pseudonymously-penned Bobby Lounge could be used either to support or refute this claim. On the one hand, it latches onto the image of the aristocratic levee in such a way that implies its moral and social connotations will still be immediately recognised by readers. On the other hand, its relative lack of patience for the levee’s cycles of disappointment and its ultimately cathartic rupture from those cycles might suggest the waning power – worldly or imaginary – of the practices here represented. If it is beyond the scope of the present chapter to identify exactly where and how the decline of levee culture begins, Bobby’s adventure is nonetheless valuable in demonstrating the varied applications of levee comedy, the ways it could be directed to apparently more educational ends than those proposed by either Steele or Kelly.
The introduction to the work makes its didactic goals explicit from the outset, almost at the expense of any impression of levity at all:
The following sheets are published merely as a caution to men of genius from dangling at a minister’s levee, and idling that time, which might be employed in some more worthy occupation, to be honoured with a smile, a squeeze of the hand, and a large promise. A Levee Haunter , (for so they are named) in the opinion of the judicious part of mankind, is contemptible beyond every thing; nay, a Levee Haunter will even stoop to implore protection and receive a favour from the hand he hates. For why? Because he is a great Man .—The reader is therefore requested to peruse these series of Adventures, with that attention which is due to a relation of facts 48 .
By setting the narrative up as a plain-speaking lesson in social dignity, one in contrast to the idleness epitomised by levees themselves, the author prepares us for a story in which comedy is either absent or simply incidental. Of course, this can be understood in part as an effect of the literary traditions within which the text is working; its earnest sentimental stylings and claims to realism are far removed both chronologically and generically from the periodical drollery of Steele or from Kelly’s farcical capers. And yet there is common ground with those earlier texts, already apparent even in the midst of Bobby Lounge ’s opening sermon. The physical arrangement of the scene—the overdetermined smiles and handshakes, and the “dangling” of the attendees—returns us to the awkwardness of the levee as manly social sphere, as does the laborious explication of the term “levee haunter”, itself apparently originated by The Spectator 49 . Even more pertinent for an understanding of levee culture’s inalienable comicality is the sense that the seriousness of the author’s advice is already undercut by the absurdity of the subject matter. The tone is amusingly frustrated, not only with the sociable habits of the elite, but with the necessity of counselling “men of genius” against such an obvious waste of their time and energies. Of course, the levee will also waste the time of the book’s author and the reader, no matter how fiercely they bemoan its inertia.
Frustration is key both to Bobby Lounge ’s avowed moral purpose and its humour, and that frustration is as much with the extreme naiveté of the book’s hero as with the stagnant social conventions that threaten to deny him his ambitions. Bobby comes to seek the patronage of the shameless Lord Squeeze having been raised by a father too generous for his own good. He has been led to believe that society is “cemented” through “universal benevolence” (p. 8); he describes himself in hindsight as “a mere machine of pity” who was as well-prepared for the challenges of levee culture as a Roman gladiator sent out to fight without a weapon (p. 8-9). Such reflections on Bobby’s hopeless simplicity create a peculiar tension in the text’s moral outlook. What appeared in the introduction to be a straightforward indictment of the levee’s idleness is abruptly reframed as something closer to Arabella’s view: the levee as an unfortunate crucible of the world’s worst tendencies, a trial which Bobby is singularly unable to comprehend, let alone surmount. Thus, readers are equally amused and exasperated by the hero’s obliviousness, whether it be his “inundation of joys” when initially promised “the best services” of the levee host (p. 30), or his nagging bemusement at just how crowded—in other words, how general rather than particular—the occasion is (p. 36). However, even as it chastises Bobby for his innocence, the text cannot quite dispense with a respect for sentiment and benevolent principles. If the narrative were truly committed to its ironies, one might expect Bobby’s chance encounter with a young lady at the theatre to result in further disillusionment, and perhaps a lesson in the workings of London’s sex trade. Instead, he ends up marrying the young girl in question, and the reader’s surely justified suspicions about the “elderly lady” with whom she lives amount to nothing (p. 34). When, behind on his rent, Bobby decides to follow his friend Bluster to a gambling house, what could have turned into a further lesson on the perils of London life instead entirely vindicates his judgement, as he comes away with a tidy profit and promptly pays off his debts (p. 76). And when he is finally in a position to escape from the demands of levee attendance thanks to a well-timed bequest from an uncle in the West Indies, Bobby happily heads off to the colonies, where he can be “honoured by the Natives, as a Man of Feeling and Benevolence !” (p. 82). Any incongruity between the benevolent foundations of his new life and his explicit acceptance of slavery is given no heed, and the author does not seem particularly interested in that hypocrisy or any possible relationship between it and Bobby’s previous experiences.
Sentiment frustrates cynicism just as cynicism frustrates sentiment. Caught between the two—or, in keeping with the name of its host, squeezed—the levee offers up its promised lessons even as these prove to be mostly irrelevant to the life and progress of our protagonist. It matters not in the end that Bobby has learned how vacuous levee culture can be or how ineffectual his benevolent education was when confronted with Lord Squeeze’s mockery of patronage. He is finally removed from the scene altogether, frustrating the moral seriousness of the levee’s failings to a greater degree than he had ever been frustrated by them. Arguably it is in this manoeuvre that the text reveals its true levity. It is due to Bobby’s financial and moral detachment from levee life that he is ultimately able to utter the text’s most liberating lines, confronting Lord Squeeze as the anonymous attendees of Kelly’s play had only dreamed of confronting their own gracious tormentor:
The next morning having equipped myself very smart, I attended his Lordship; he seeing me make so genteel appearance, was overwhelming me with his compliments and again numerous in his promises: “I am not again to be deceived by your Lordship,” said I with a sneer, “your promises are like air-balloons full of nought but air!—No, my Lord! I came not to address you in that style, I came to thank ye for my appointment.”—so saying, I turned upon my heel[.] (p. 78)
We have here in this crucial moment of the text a number of the markers of levee comedy that have already been identified in Steele and Kelly’s works: most notably the difficulty of discerning the true vectors of condescension in a scene whose host is so willing to debase himself and flatter his guests. But Bobby’s rebuke to Squeeze represents a different kind of levity, one that ironically takes as its central image the grounded air balloon, but that finds a paradoxical lightness in the very impossibility of flight. The balloon does not fail to take off due to its heaviness per se , but because of its emptiness. If the levee is both etymologically and conceptually linked to acts of rising—rising from bed, rising through society—then the denial of that upward movement, the clearly stated recognition that this occasion and its promises lead to nothing very much at all, can offer a humour of release and joyful disownment quite unlike the other forms of levity analysed throughout this chapter. The levee is inconsequential. So is the text itself. It may have taught its readers about the importance of circumspection in sociable spaces, but these lessons only demand serious attention insofar as the levee can be taken at all seriously as a sociable space itself. That is a compliment that the narrator-hero of Bobby Lounge , unlike the disapproving but tolerably entertained spectators of Steele and Kelly’s texts, is fundamentally unwilling to bestow.
Bibliography
Primary sources
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31 See Girouard , Mark, 1978. Life in the English Country House: A Social and Architectural History , New Haven and London, Yale University Press, p. 149.

32 Habermas , Jürgen, trans. Burger , Thomas and Lawrence , Frederick, 1989, originally published in German in 1962. The Structural Transformation of the Public Sphere: An Inquiry into a Category of Bourgeois Society , Cambridge, Polity, p. 9. For an example of the levee’s monarchical origins posing problems for participants, one might look to U.S. President George Washington, whose adoption of the practice from 1789 onwards raised fears of absolutist tendencies implicit in the sociable tradition. See Newman , Simon P., 1992. “Principles or Men? George Washington and the Political Culture of National Leadership, 1776-1801”, Journal of the Early Republic , 12: 4, p. 477-507 (p. 485-7).

33 Hogarth , William, 1734. A Rake’s Progress , 2: The Rake’s Levée . Oil on canvas, 63 x 75.5, in the collections of Sir John Soane’s Museum, London. For further description of the painting, see the 2019 exhibition catalogue, Hogarth: Place and Progress , London, Sir John Soane’s Museum, p. 64-5. For a reading of the image in the context of eighteenth-century portrayals of social upstarts, see Smylitopoulos , Christina, 2008. “Rewritten and Reused: Imaging the Nabob through ‘Upstart Iconography’”, Eighteenth-Century Life , 32: 2, p. 39-59 (p. 49-50).

34 The Spectator 193, October 11 1711, in Bond , Donald F., ed., 1965. The Spectator , 5 vols, Oxford, Clarendon Press, II, p. 256-60 (p. 256-7); subsequent page references provided in parenthesis within text.

35 Mark Girouard describes a woman’s levee as being “of a more intimate and less official nature than that of a man.” It was, generally speaking, “angled towards flirtation and amusement rather than politics.” See Girouard , 1978. English Country House , op. cit. , p. 149.

36 For the role of pleasure in The Spectator and Steele’s periodical projects more widely, see Brewer , John, 1997. The Pleasures of the Imagination: English Culture in the Eighteenth Century , London, HarperCollins, p. 93-4; Pollock , Anthony, 2007. ‘Neutering Addison and Steele: Aesthetic Failure and the Spectatorial Public Sphere’, ELH , 74: 3, p. 707-34 (p. 719-20); Squibbs , Richard, 2008. ‘Civic Humorism and the Eighteenth-Century Periodical Essay’, ELH , 75 : 2, p. 389-413 (p. 390). I have written on the subject in relation to Steele and political celebrity in Jones , Emrys D., 2018. “‘A Man in Love’: Sex and Political Celebrity in the Early Eighteenth Century”, in Jones , Emrys D. and Joule , Victoria, ed., Intimacy and Celebrity in Eighteenth-Century Literary Culture: Public Interiors , Basingstoke, Palgrave Macmillan, p. 165-85.

37 See “discover, v .”, definition 4.c, OED Online , accessed September 2019: “To reveal or present (a character, group of characters, etc.) in a particular position or state when the curtain rises.” The first usage listed is from Christopher Marlowe and Thomas Nashe’s The Tragedy of Dido (1594).

38 Kelly , John, 1741. The Levee. A Farce , London, Society of Booksellers for Promoting Learning, title page; subsequent page references provided in parenthesis within text. For discussion of John Kelly’s career as a whole, see Keymer , Thomas, and Sabor , Peter, 2005. Pamela in the Marketplace: Literary Controversy and Print Culture in Eighteenth-Century Britain and Ireland , Cambridge, Cambridge University Press, p. 66-75. Of this play in particular, they comment on its being successful enough to warrant further editions and on Kelly’s presumed expectation that it would not be performed (p. 73-74). However, they rate the play’s political specificity and sensitivity somewhat more highly than I do in this chapter. The same is true of the brief discussion of the play in Conolly , L.W., 1976. The Censorship of English Drama, 1737-1824 , San Marino, CA, Huntington Library, p. 62-3, which concludes that the play was “an effective attack on Walpole personally and on the system of political patronage which was open to so much abuse” (p. 63).

39 For details of the passage of the Act, see Liesenfeld , Vincent J., 1984. The Licensing Act of 1737 , Madison, WI, University of Wisconsin Press, p. 123-55; also Crean , P. J., 1938. “The Stage Licensing Act of 1737”, Modern Philology 35: 3, p. 239-55; Liesenfeld , Vincent J., 1981. “Introduction”, in The Stage and the Licensing Act, 1729-1739 , New York and London, Garland Publishing, p. ix-xxxiii. Regrettably neither Liesenfeld nor Crean gives very much attention to the several printed plays which, like Kelly’s, attempted to make a virtue of their censorship in the few years between the passage of the act and the fall of Sir Robert Walpole, for which see Connolly , 1976. Censorship , op. cit. , p. 54-63.

40 One of the attendees boasts of how he operated on Lord Shuffle’s behalf in the “ Swallow-Bribe Election” (p. 15). It is the only moment in the play where a direct correlation between Shuffle and Sir Robert Walpole is implied.

41 Goldsmith’s heroine, though likewise wealthy, is rather more constrained by family obligation; her father insists that he does not intend to “control [her] choice” of husband, but nonetheless first posits the match which she proceeds to orchestrate. See Goldsmith , Oliver, 1773. She Stoops to Conquer: or, The Mistakes of a Night , London, F. Newbery, p. 6. For a feminist reading of Kate’s ability to effect “positive changes” in Goldsmith’s play in spite of not being a fully liberated figure, see Brooks , Christopher K., 1991. “Marriage in Goldsmith: The Single Woman, Feminine Space, and ‘Virtue’”, in Mink , JoAnna Stephens and Ward , Janet Doubler, ed., Joinings and Disjoinings: The Significance of Marital Status in Literature , Bowling Green, OH, Bowling Green State University Popular Press, p. 19-35 (p. 19).

42 Both Spence and Johnson point to Alexander Pope as the source of the anecdote, with the poet apparently relaying it in 1736, some two years before its first print appearance. See Spence , Joseph, 1966. Observations, Anecdotes, and Characters of Books and Men , ed. Osborn , James M., 2 vols, Oxford, Clarendon Press, I, p. 96 ; Johnson , Samuel, 1781. Lives of the Most Eminent English Poets , 4 vols, London, C. Bathurst et al., II, p. 331-2. It is thanks to Spence’s twentieth-century editor, Osborn, that we can identify the first printed account of the incident within Mayans y Siscar , Gregorio, trans. Ozell , John, 1738. The Life of Michael de Cervantes , London, J. and R. Tonson, p. 67. Ozell’s inclusion of the story is fairly gratuitous, supposedly in order to reinforce his point that “it is impossible for a Translation to keep up to the Original”. Both Spence and Johnson ultimately express doubts that the encounter took place as Pope had described. Annibel Jenkins relays the anecdote though (presumably in error) lists the patron in question as Halifax rather than Harley. See Jenkins , Annibel, 1977. Nicholas Rowe , Boston, MA : Twayne, p. 73.

43 See “company, n .”, definitions 4.a and 4.c, OED Online , accessed January 2020, the former referring to “a social gathering” and the latter, “a group of actors, singers, or dancers who perform together”. Both uses were current at the time of the play’s publication.

44 For Gay’s use of animal imagery and its relationship to his social thought see, for instance, Armens , Sven M., 1954. John Gay, Social Critic , New York, King’s Crown Press, p. 184-8; Jones , Emrys D., 2013. Friendship and Allegiance in Eighteenth-Century Literature: The Politics of Private Virtue in the Age of Walpole , Basingstoke, Palgrave, p. 109-40.

45 Smollett , Tobias, 1771. The Expedition of Humphry Clinker , 3 vols, London, W. Johnston and B. Collins, I, p. 209. The Duke of Newcastle was famed for his political patronage and by extension for the levees that facilitated it. As Reed Browning notes, his “notoriety as a patronage manipulator rested not on any efficiency or reforms he brought to the system—he provided neither—but rather on the length of his tenure in command and the unconcealed zest and singular ostentation with which he managed its details”. Browning , Reed, 1975. The Duke of Newcastle , New Haven and London, Yale University Press, p. 188.

46 Bramble and his nephew, Jery, are warned by a friend that they should not expect to be “crowded with company” at the fallen minister’s levee. As it turns out, the occasion is well-attended but not by those who have actually benefited from Newcastle’s patronage while in office; it is designed to “support the shadow of that power, which he no longer retains in substance”, and is thus host to various disreputable figures who openly ridicule the Duke. See Smollett , 1771. Humphry Clinker , I, p. 210, 233-4. For discussion of this episode and of the ways that the Duke’s levee suggested his “declining influence” despite continuing to be well-attended, see Boucé , Paul-Gabriel, 1975. “The Duke of Newcastle’s Levee in Smollett’s Humphry Clinker ”, The Yearbook of English Studies , 5, p. 136-41 (p. 137); and for Newcastle’s apparent obliviousness that levee attendance “need not portend political support”, see Browning , 1975. Duke of Newcastle , op. cit. , p. 290.

47 For instance, Girouard refers to the 1760s as already marking “the end of the reign of the levée”, though this seems unnecessarily early. See Girouard , 1978. English Country House , op. cit. , p.149.

48 Anon , 1791. The Adventures of Bobby Lounge; or, The Unfortunate Levee Haunter. Related by Himself, as a Real Fact , second edition, London, W. Kemmish, p. [iii]-iv; subsequent page references provided in parenthesis within text.

49 The OED ’s earliest instance of the term is taken from The Spectator 547, November 27 1712, a letter purporting to be from “a private Assembly of Wits of both Sexes” who have been inspired to compose fictional advertisements paying tribute to the periodical’s impact on their lives. Among these is praise for Steele’s essay on levees cited earlier in this chapter, noting that it has cured the writer of the “fashionable Distemper” of the “Disease of Levée-Haunting”. See Bond , ed., 1965. The Spectator , op. cit. , IV, p. 457-61 (p. 459).


Versailles, espace de sociabilité ? Le regard des auteurs européens (1722-1790)
Véronique Léonard-Roques Université de Bretagne Occidentale, HCTI
De 1682 (date à laquelle Louis XIV en fit sa résidence officielle) aux événements révolutionnaires de 1789, le Versailles monarchique constitua un lieu ouvert et cosmopolite où la royauté française était en représentation dans certains cérémoniaux quotidiens 50 . Le parc, la Grande Galerie et les appartements d’apparat qui contenaient certaines des collections royales (œuvres d’art, livres, manuscrits, médailles…) étaient donc librement accessibles et constituaient des lieux de visite et de promenade prisés. Siège du gouvernement et d’une cour fastueuse, domaine immense, ville nouvelle devenue capitale par la volonté de Louis XIV, Versailles est une étape quasi obligée du Grand Tour pour les voyageurs étrangers. Le lieu attire les visiteurs curieux de découvrir le protocole et d’apercevoir le roi (voire, pour les plus célèbres d’entre eux, de lui être présentés). Nombreux sont donc les ouvrages de genre divers (journaux de voyage authentiques ou fictifs – on pense à celui de Laurence Sterne ; guides de voyage 51 ; correspondances ; mémoires…) qui consacrent des passages à la description du domaine et de ses occupants.
Quel regard les « voyageurs éclairés 52 » que sont des écrivains venus d’Angleterre, d’Italie, d’Allemagne, de Russie et issus de différentes conditions sociales portent-ils sur les interactions à l’œuvre dans cet espace particulier, sur les pratiques et les normes qui le façonnent ? Notre corpus couvrira la période allant de 1722 (installation de Louis XV à Versailles) aux événements révolutionnaires qui, ayant vidé le palais de ses occupants royaux (6 octobre 1789), n’ont pas pour autant privé les lieux d’accessibilité puisque en 1790 on peut toujours les visiter en appointant un guide.
On verra que Versailles est principalement perçu comme un lieu de représentation et d’ostentation qui peut prêter à une critique d’ordre social, voire politique. Si la résidence des rois est l’emblème de la sociabilité curiale, c’est Paris qui, aux yeux des visiteurs étrangers, constitue celui d’une sociabilité jugée plus authentique, à travers des espaces permettant la réciprocité des échanges, le plaisir des affinités électives, le débat d’idées. On s’intéressera pour conclure à la manière dont les événements révolutionnaires transforment le destin de Versailles, faisant passer les lieux du tourisme curial à un tourisme mémoriel animé par des positions idéologiques qui peuvent être radicalement antithétiques.
I-Versailles, lieu de représentation politique et d’ostentation
En 1682, le choix de Louis XIV de se fixer à Versailles inaugure tout à la fois une nouvelle ère de son règne et de la monarchie absolue. Le lieu change dès lors de statut et de fonction. Comme l’explique Alexandre Maral, « au Versailles des grandes fêtes éphémères, qui avaient ponctué avec éclat les deux premières décennies, allait succéder le Versailles du cérémonial quotidien […] Désormais unique et pérenne, le nouveau lieu de la résidence royale était placé sous le signe de l’accessibilité et de la visibilité d’un souverain dont tout un chacun était dès lors à même de connaître l’emploi du temps, voire de le partager 53 . » D’importants remaniements 54 furent donc engagés par le Roi Soleil pour faire de Versailles un palais ouvert (ce qui constituait une caractéristique « unique en Europe 55 ») et mettre en scène le programme politique absolutiste. Dans l’ensemble architectural, la Galerie des Glaces (ou Grande Galerie) constitue un « espace de représentation sans équivalent à la destination d’un public qui n’est plus désormais cantonné à la cour 56 ». Par un « changement de programme et d’échelle 57 », les transformations très hétéroclites du château visent à faire des visiteurs une « partie intégrante du projet architectural 58 » en les invitant dès lors à « appréhender la grandeur de la monarchie absolue 59 ». Après la mort de Louis XIV, si ses successeurs se livrèrent à quelques transformations 60 , l’étiquette et le cérémonial quotidien furent maintenus tout au long du xviii e siècle jusqu’au départ de la famille royale pour Paris le 6 octobre 1789.
Sous Louis XV et Louis XVI, comme les guides touristiques et les écrits des visiteurs l’indiquent, tout un chacun avait donc accès aux grands appartements 61 et à la Galerie des Glaces ainsi qu’à la chapelle (les hommes devaient néanmoins porter chapeau et épée, lesquels pouvaient être loués à l’entrée du château). Dans le parc, plusieurs parcours pouvaient être empruntés pour voir les jardins 62 , l’Orangerie, le Labyrinthe 63 , la Ménagerie 64 , Trianon. Les cérémonies publiques (fêtes populaires, illuminations), les grandes Eaux étaient annoncées dans la presse. En outre, selon une mécanique immuable, deux rituels permettaient toujours quotidiennement d’apercevoir le roi à travers un cérémonial « sacralisé par la répétition des mêmes gestes » et « accompli avec le concours des courtisans 65 ».
Le premier d’entre eux est la procession vers la chapelle et la messe 66 lors de laquelle la famille royale, suivie d’un « long cortège 67 », emprunte la Grande Galerie. Sophie von La Roche, qui visite la France pendant l’été 1785 et qui publie un récit à ce sujet en 1787, a décrit la foule massée pour voir passer le roi ainsi que le voulait le protocole établi par Louis XIV : « On se tient alors bien droit et immobile, sans faire de révérence, seulement doit-on baisser les yeux vers le sol quand un regard royal les croise 68 . » Cette première possibilité d’apercevoir le roi est indiquée dans les guides de voyage. On pense en particulier à celui rédigé à l’intention de ses compatriotes par l’Allemand Joachim Nemeitz, un gentilhomme qui a officié à plusieurs reprises comme gouverneur auprès de jeunes nobles pendant leur Kavaliertour . L’ouvrage 69 , traduit en français en 1727 et réédité en 1750, livre quelques astuces pour se trouver en bonne place lors de la procession si l’on n’est pas muni de lettres de recommandation. Il conseille en effet le costume galonné qui permet de se faire passer pour un officier.
Composé de cinq services réglés comme un spectacle sur fond de musique, le Grand couvert, ou dîner en public du souverain, est le second des cérémoniaux quotidiens ouverts au public dans la limite des places disponibles. Il est « l’occasion de montrer à la cour et aux curieux de passage le roi en famille, c’est-à-dire avant tout de rappeler la force du principe dynastique 70 ». Les curieux ont la prudence de se présenter en avance pour pouvoir y assister. En visite en 1784, la poétesse britannique Mary Robinson rapporte dans ses Mémoires que seul un « cordon cramoisi 71 » sépare la table royale des visiteurs. Horace Walpole, pour sa part, offre dans une lettre de 1769 un tableau pittoresque de la scène :
En sortant de la chapelle, nous passâmes au dîner de Mesdames et nous fûmes presque suffoqués dans l’antichambre, où les plats de leur table chauffaient sur du charbon et où la foule nous empêchait de bouger. Dès que les portes s’ouvrent, tout le monde se précipite pêle-mêle, princes du sang, cordons bleus , abbés, femmes de chambre, enfin Dieu sait qui et quoi ! Cependant leurs Altesses sont tellement accoutumées à tout ce commerce, qu’elles mangent aussi tranquillement et d’aussi bon cœur que vous et moi, dans notre propre salle à manger 72 .
« La cérémonie du roi dînant en public » paraît « plus bizarre que splendide 73 » à son compatriote Arthur Young, agronome, économiste et écrivain qui se rend à Versailles en 1787. « Pour moi, cela aurait été le plus inconfortable des repas, et, si j’étais roi, je balaierais les trois quarts de ces stupides formalités […] La seule façon confortable et amusante de dîner, c’est de réunir à sa table dix ou douze personnes qui vous plaisent 74 », écrit ainsi le voyageur.
À l’issue du Grand Couvert, il est loisible de se rendre dans l’appartement des enfants royaux. Sophie von La Roche voit dans cette permission accordée à tous de « voir jouer le Dauphin et de voir dormir le duc de Normandie 75 » une manière d’impressionner la nation française. Précisons que le cérémonial du lever du roi 76 et les soirées d’appartement (où l’on s’adonnait notamment au jeu) étaient réservés aux seuls visiteurs distingués qui, pour y assister, devaient bénéficier des « entrées » requises. Installé en France depuis 1762, Carlo Goldoni, maître de langue italienne des filles de Louis XV puis des sœurs de Louis XVI, a raconté avec humour sa bévue dans ses Mémoires (publiés en 1787) : ignorant qu’il fallût une « entrée du soir 77 » pour être admis chez la Dauphine, il faillit être refoulé alors que la princesse l’avait oralement convié à entendre l’exécution d’une cantate qu’il avait lui-même composée. Soulignant dans l’écriture de l’épisode combien il « ne savai [t] pas l’étiquette 78 », le mémorialiste met de fait en relief la rigidité, voire l’absurdité, de celle-ci.
Les écrits mettent bien en exergue la comédie du monde curial qui se joue lors des cérémoniaux publics. Voir et se faire voir sont les préoccupations dominantes, y compris lors de la messe. Les visiteurs y assistent pour observer le roi et sa famille ou ses maîtresses. Walpole ne cache pas qu’en 1769 il a fait le déplacement de Paris à Versailles pour voir Mme du Barry et s’est fait dans cette intention « réserv [er] un premier rang dans les tribunes 79 » :
Mme du Barry vint se placer en bas, vis-à-vis de nous, sans rouge, sans poudre et réellement sans avoir fait sa toilette : étrange manière de se présenter car elle était fort en vue, tout près de l’autel et tout au milieu de la cour et des assistants. Elle est jolie, quand on la considère attentivement, mais si peu frappante que je n’aurais jamais pensé à demander qui elle était. […] Dans la tribune supérieure, au milieu d’une foule de prélats, se tenait l’amoureux monarque […] On ne pouvait s’empêcher de sourire devant ce mélange de piété, de pompe et de sensualité 80 .
Sophie von La Roche observe avec attention Marie-Antoinette pour en décrire en détails le costume 81 à ses lectrices qui constituent l’essentiel de son public attitré 82 . Son récit témoigne aussi du jeu interactif qui se livre entre la famille royale, centre du spectacle, et l’assistance. Ainsi, après avoir prié avec ferveur, la reine scrute l’assemblée à l’aide d’un éventail muni d’une lorgnette cachée 83 . Lors de ces rituels accessibles au public, ce dernier n’est donc pas sans faire « partie de la pièce 84 » qui se joue. Dans les « jeux de regards 85 » échangés, le costume des étrangers témoigne « de facto de leur rang, de leur fonction et de l’objectif de leur visite 86 ».
La présentation des voyageurs au roi ou à sa famille reste un privilège pour lequel il faut être pourvu de fonctions officielles, faire jouer des liens de parenté ou de fidélité ou qui nécessite un introducteur. Il en alla ainsi pour Vittorio Alfieri qui, faisant partie de la suite de l’ambassadeur de Sardaigne, bénéficia de cet honneur le 1 er janvier 1768. L’écrivain constata que le roi ne parlait pas aux « étrangers ordinaires 87 », les audiences étant réservées aux princes. Quatrième comte d’Orford, l’écrivain Horace Walpole mentionne pour sa part la présentation dont il a fait l’objet lors de la cérémonie du lever, en octobre 1765 : « On vous fait entrer dans la chambre à coucher du roi, juste au moment où il vient de passer sa chemise, tout en s’habillant, il […] jette un regard sur les étrangers 88 . »
Par son faste, par l’étiquette et l’esprit de cour qui y règnent jusqu’à la Révolution, le Versailles de Louis XV et de Louis XVI paraît souvent suranné et est perçu par de nombreux écrivains européens comme le « symbole de la grandeur figée et dépassée de Louis XIV 89 ». Le lieu semble d’abord ne pas intégrer la notion d’intimité, chère au xviii e siècle. C’est que nombre de modifications effectuées sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI échappaient aux regards : les nouveaux appartements privés du château ou le hameau de la Reine à Trianon, dont l’accès était strictement réglementé. Sur ce point, pour la majorité des visiteurs 90 , « la modernité de Versailles restait sa face cachée 91 ». Dans le regard de bien des « voyageurs éclairés », Versailles apparaît surtout comme un espace de frivolité, de mercantilisme. Horace Walpole et Sophie von La Roche sont frappés par le commerce qui se livre au château : « Sous les colonnades, dans les escaliers et même dans les antichambres de la famille royale, il y a des gens qui vendent toutes sortes de marchandises 92 », écrit le premier, tandis que l’on lit sous la plume de la seconde que les « étalages des bijoutiers 93 » encombrent tant les lieux de passages que « deux personnes de front ont du mal à avancer sans se heurter d’un côté ou de l’autre 94 ». Au-delà du commerce de babioles, c’est plus largement la pompe et les frivolités qui sont pointées alors même que nombre de cours européennes ont, dans le dernier tiers du xviii e siècle, modernisé et simplifié leur protocole. Les propos sur Versailles de Sophie von La Roche, née dans une famille bourgeoise protestante et dont le mari est de noblesse récente, ont une portée politique dans la sensibilité qu’ils manifestent à ce que l’isolement d’une enclave royale coupée du reste du royaume signifie en termes d’indifférence aux questions de classes, d’une part, et de résistance aux idées de progrès et de justice, d’autre part. Peut-être portent-ils aussi l’empreinte de la lecture de l’article « Versailles » écrit par Louis de Jaucourt dans L’Encyclopédie en 1865. Sophie von La Roche comme le Britannique Arthur Young (qui voyage en France entre 1787 et 1790), l’Allemand Heinrich Storch 95 (en France en 1787) ou le Russe Nikolaï Karamzine (en France en 1790) s’émeuvent en effet de la misère qui règne dans de nombreux quartiers de Paris comme dans la majeure partie du royaume.
On ne s’étonnera pas que ce lieu de représentation mais aussi d’apprentissage curial de l’aristocratie 96 que Versailles constitue ne puisse procurer de satisfactions véritables en termes de sociabilité aux « voyageurs éclairés » que sont les écrivains étrangers, ces membres de la toute cosmopolite République des Lettres 97 . En revanche, c’est particulièrement à Paris que ceux-ci trouvent les espaces propres à favoriser les relations d’amitié, d’urbanité, d’échanges intellectuels et les débats d’idées qu’ils recherchent.
II-Versailles face à Paris : sociabilité curiale contre sociabilité éclairée
La sociabilité éclairée du xviii e siècle induit « le principe de cooptation » entre des individus « qui se voulaient égaux et qui se choisissaient sur la base d’affinités réciproques 98 ». Elle ne se conçoit pas sans « lieux de rencontre inspirés par les valeurs de réciprocité et d’échange 99 ». « Contrairement aux institutions de la sociabilité traditionnelle », de tels espaces « étaient des associations privées de personnes qui partageaient goûts, valeurs, idées ou rêves, […] et représentaient une alternative aux familles, Églises, corporations et cours royales dont la sociabilité soutenait la sociabilité hiérarchisée et patriarcale de l’époque 100 ». Étroitement associée aux salons et autres lieux de réunions et d’échanges (cafés, cercles de lecture, académies…), la conversation en est un « rite cardinal 101 ». Or, à Versailles, où la mise en scène et l’étiquette dominent, les cérémoniaux limitent, voire rendent impossibles, le commerce de la conversation et les échanges d’idées. Comme le note Sophie von La Roche, l’attente du roi et de la reine dans la Grande Galerie qui réunit plusieurs centaines de personnes ne peut engendrer qu’un « bourdonnement continu 102 ».
Lors du Grand couvert, les membres de la famille royale ne conversent pas avec l’assistance, se laissant aller au mieux à des échanges de regards. C’est ce que souligne Mary Robinson, remarquée par Marie-Antoinette qui sait sans doute qu’elle est une ancienne maîtresse du Prince de Galles et qui lui fera remettre, le lendemain, une bourse de soie en cadeau 103 . Le roi reste même généralement muet dans le cas du rituel de la présentation pourtant réservé à une élite. Vittorio Alfieri insiste sur ce qu’il perçoit comme un « dédaigneux silence 104 » du souverain lors de sa présentation en 1768 : « On m’avait bien prévenu que le roi n’adressait la parole qu’aux étrangers de distinction, et qu’il me parlât ou non, je n’y tenais guère. Cependant je ne pus me faire au maintien superbe de ce roi Louis XV, qui, mesurant de la tête aux pieds la personne qu’on lui présentait, ne témoignait par aucun signe l’impression qu’il en recevait 105 . » Trois ans plus tôt, Walpole avait relevé avec humour dans une de ses lettres que, pas plus que la bête du Gévaudan dont la dépouille était exposée à Versailles dans l’antichambre de la Reine, « le roi, le dauphin, la dauphine, Mesdames […] ne [lui] ont pas dit un mot 106 ».
En termes de sociabilité, se limitant à la pratique d’un « savoir-être courtisan 107 », le monde curial versaillais est déceptif. Il est ainsi très signifiant que A Sentimental Journey détourne le motif attendu de la description de la cour et de l’étiquette royale : sous la plume de Laurence Sterne, dont le narrateur anglais se rend à Versailles en 1762 pour une affaire de passeport, l’épisode donne lieu à une rencontre spirituelle, fine et sensible avec le Comte de B***, mais ce en dehors du château et dans le cadre intime de la demeure particulière du personnage. Celle-ci est le lieu d’une conversation 108 sur les livres, la politique, les hommes et les femmes dans laquelle la référence à Shakespeare est centrale (rappelons que le narrateur se nomme Yorick), échange au cours duquel le Comte, séduit par l’esprit dont fait montre son visiteur, lui épargne la démarche de se rendre auprès du Duc de C*** (sans doute le Duc de Choiseul) pour se mettre administrativement en règle et l’invite à venir dîner avec lui avant son départ en Italie. Ce dernier point est intéressant en ce qu’il nous rappelle l’importance, dans la sociabilité éclairée, de l’hospitalité et de la table ouverte (table dont on sait l’importance dans les salons 109 ).
Dans ses Mémoires , dont Louis XVI est le dédicataire, Carlo Goldoni semble pourtant défendre la sociabilité versaillaise en ce qu’elle serait source de plaisirs et de liens authentiques. Il donne de celle-ci l’aperçu suivant, dans un passage qui semble toutefois moins renvoyer à la sociabilité de cour (celle du « théâtre de Versailles 110 ») qu’à une sociabilité privée organisée et pratiquée par des particuliers :
On dit communément à Paris que la vie à Versailles est fort triste, qu’on s’y ennuie et que les particuliers ne savent que devenir. Je puis prouver le contraire. […] C’est dans l’après-midi qu’on cherche les amusements de la société, et il y en a, toutes proportions gardées, aussi bien à Versailles qu’à Paris. On y trouve des parties de jeu, des concerts, de la littérature, avec cette différence qu’à Paris on manque souvent les sociétés que l’on cherche, à cause de la distance et des lieux ; et à Versailles on les a sous la main […] je sais que je m’y suis bien amusé, et sans les spectacles qui brillent à Paris, j’aurois fixé, peut-être, mon séjour à Versailles. Je regrette les amis que j’y ai laissés […] J’aurois envie de les nommer, […] mais ils sont en trop grand nombre, et j’aurois l’air de vouloir me parer de tous ces noms respectables, pour en tirer vanité 111 .
Goldoni, qui a vécu deux fois cinq ans à Versailles, ne dissimule en rien le plaisir qui fut le sien à retourner habiter à Paris. Scandant son récit, la formule récurrente « j’étois à la Cour, et je n’étois pas courtisan 112 » laisse entendre une critique de la société curiale et exprime l’ingratitude dont le dramaturge estime avoir souffert. Paris, au contraire, lui procure nombre de satisfactions intellectuelles et esthétiques. Le salon du Louvre de 1779 est présenté sous sa plume comme étant « de la plus grande utilité pour les progrès des arts 113 ». L’écrivain salue le travail des académies dont « les membres sont en correspondance avec les savants de l’Europe 114 » et dont les « lumières » se diffusent d’un hémisphère à l’autre. Il évoque aussi la société littéraire des Dominicaux à laquelle il a appartenu où « chaque membre recevoit à son tour ses confrères et leur donnait à dîner 115 ». Sophie von La Roche (elle-même salonnière et proche des représentants du mouvement allemand du Sturm und Drang ) a eu plaisir à s’entretenir avec Buffon, Mme de Genlis, Grimm et Mercier. Nikolaï Karamzine, qui s’est rendu dans différents salons, décrit, dans sa lettre LIX de mai 1790, une séance de l’Académie des inscriptions et belles-lettres à l’issue de laquelle il a pu avoir des échanges avec l’abbé Barthélémy, Pierre-Charles Lévesque (qui passa sept ans en Russie) et Marmontel 116 . C’est sans conteste à Paris que l’on profite de la compagnie des savants, des artistes et des gens de lettres. Ainsi Sophie von La Roche de s’écrier de la journée du 1 er juin 1785 passée chez le professeur Friedel, dans une compagnie toute cosmopolite :
Ceci est le grand avantage de ce pays, ou plutôt de cette ville [Paris], où l’on peut acquérir toutes sortes de connaissances, rencontrer des gens ayant toutes sortes de qualités. Quel après-midi et quelle soirée sublimes que ces échanges d’idées entre tant de gens d’esprit sur tant de sujets variés ! Comme l’esprit des hommes s’enrichit par ce commerce, et comme les femmes en profitent, rien qu’en écoutant 117 !
Tout en déplorant les incommodités de Paris (saleté, cherté, écarts de classes sociales), Arthur Young, qui rencontre en France nombre d’agronomes, de naturalistes et de présidents de sociétés savantes, renchérit :
[…] il n’est pas de grande ville dont le séjour soit plus souhaitable. Pour un homme de sciences ou de lettres, il ne peut y avoir de société plus agréable. Les relations entre le monde intellectuel et le grand monde, qui, si elles ne sont pas sur un pied d’égalité, ne doivent pas exister du tout, sont très honorables. Les personnes du plus haut rang s’intéressent à la science et à la littérature et envient la gloire qu’elles confèrent 118 .
Même si, brocardant ainsi ce qui serait le caractère léger des Français (on pense à certaines lettres de Walpole ou de Karamzine), certains écrivains étrangers peuvent exprimer leur déception quant aux conversations tenues dans ces étapes obligées pour les voyageurs que sont les salons parisiens, il n’en reste pas moins que le centre de gravité de la vie culturelle, scientifique et politique s’est déplacé de Versailles à Paris. Désormais, ce sont les salons parisiens qui « donn [ent] le ton à la vie culturelle 119 ». Si le lieu ouvert que constitue la résidence royale permet d’admirer des chefs d’œuvres artistiques et architecturaux, s’il permet de prendre la mesure des principaux traits de la société de cour édictés par Louis XIV et maintenus sous les deux règnes suivants, c’est indéniablement à Paris que s’expérimente la sociabilité éclairée dont sont en quête nos auteurs. Car les espaces de représentation et d’ostentation versaillais, s’ils témoignent d’un haut niveau de civilisation par leur raffinement, leur somptuosité ou par la qualité exceptionnelle des aménagements et des œuvres d’arts, demeurent emblématiques du programme politique absolutiste des Bourbons et ne se préoccupent pas de ce que le concept de civilisation signifie pour les hommes et les femmes des Lumières : la recherche du progrès et du perfectionnement de « l’état culturel et moral 120 » de la société. Cette dernière, les membres de la République des Lettres la trouvent au xviii e siècle dans les espaces de la sociabilité éclairée que sont les salons – « base sociale alternative pour leur projet de Lumières 121 » –, mais aussi les académies, les musées 122 (« lycées ») ou les loges maçonniques de Paris.
En outre, au tournant du xviii e siècle tout particulièrement, la culture commune de la société de cour versaillaise (ordre hiérarchique, traduit par l’étiquette, qui dépend du rang, du statut et de la puissance sociale de membres occupés à protéger leurs privilèges, leurs droits, leur prestige) paraît figée, inadaptée aux yeux de visiteurs anglais ou allemands comme Young et La Roche. En effet, le cérémonial de cour n’a subi que peu de changements depuis Louis XIV, « la moindre modification [de celui-ci] mena [çant] ou aboli [ssant] des privilèges traditionnels, dont se prévalaient des familles ou des individus 123 », ce qui induit tout à la fois une logique d’isolement et d’exclusion à l’égard des éléments extérieurs. Prisonnières d’« une coque institutionnelle rigide 124 », les élites de cour peinaient à s’adapter à la « transformation du contexte social et de l’équilibre des forces 125 » amorcée par les débuts de l’industrialisation. Un certain nombre de réflexions tenues par Sophie von La Roche, qui raisonne en bourgeoise, en femme des Lumières et non en courtisane 126 , témoignent bien du malaise social qu’elle perçoit :
Ici, la nation paraît à bien des égards être partagée en deux classes seulement, dont l’une, la plus réduite, ne cesse de désirer, de jouir, et comme des enfants gâtés, jette tout pour avoir quelque chose de neuf ; l’autre en revanche, la plus nombreuse, n’est occupée qu’à satisfaire les caprices et l’égoïsme de la première. Le spectateur est pris de vertiges devant la précipitation, la course et l’agitation de cette classe 127 .
Conclusion : Le tournant de la Révolution ou l’amorce du passage du tourisme curial au tourisme mémoriel
Afin de goûter la beauté des lieux et des œuvres d’art, mieux valait visiter Versailles en l’absence de la cour, lorsque cette dernière se trouvait en résidence dans un autre des châteaux royaux, remarque Walpole dans une lettre de 1765 128 . Ces conditions de visite, les événements révolutionnaires qui devaient changer le destin de Versailles comme celui de la monarchie française allaient les procurer aux voyageurs après le départ de la famille royale pour le palais des Tuileries à Paris, le 6 octobre 1789 129 . Dès lors, le nombre de visiteurs diminua, ce dont souffrirent particulièrement les auberges de la ville comme le soulignent les témoignages, en 1790, de Nikolaï Karamzine ou d’Helen Maria Williams. Mais les visites demeuraient possibles dans un château où officiait encore du personnel et qui restait meublé, dans l’idée du possible retour de la famille royale 130 .
Après la destitution du roi (10 août 1792), le sort de Versailles fut incertain, le château n’échappant à la destruction qu’au prix de débats passionnés qui conduisirent à décider de le transformer en « lycée 131 » (une sorte d’Oxford à la française), puis en musée 132 . Le gouvernement révolutionnaire choisit en effet de conserver et d’entretenir le domaine à des fins didactiques. La ville née de l’absolutisme du Roi-Soleil ne méritait-elle pas de garder les œuvres d’art qu’il était question de transférer à Paris pour constituer le Muséum (futur musée du Louvre), elle qui fut le théâtre d’événements révolutionnaires de premier ordre (la transformation des Etats Généraux en Assemblée Nationale le 17 juin 1789 et le Serment du Jeu de paume le 20 juin 1789) ? Ce fut l’argument développé par les députés versaillais à la Convention le 21 septembre 1792 : « Laissez-nous être les gardiens et les dépositaires des tableaux et des statues qui ornent les châteaux et les parcs de Versailles […] Prononcez… si vous pensez que ceux qui n’ont pas été corrompus par le luxe des rois peuvent être, aux yeux de la postérité, les fidèles gardiens des dépouilles du despotisme 133 . »
À Versailles, le tourisme (terme néanmoins anachronique puisqu’il date du xix e siècle), de curial qu’il était sous les Bourbons, devint donc mémoriel. Peut-être « les événements dramatiques d’octobre 1789 [ont-ils] excité la curiosité de certains visiteurs » en inaugurant un certain « tourisme de la catastrophe 134 ». Ils ont en tout cas suscité de nombreuses réflexions historiques et morales. On ne se rend certainement pas à Versailles par hasard, mais animé de positions idéologiques pouvant être radicalement antithétiques. Ainsi, aux yeux du très conservateur Nikolaï Karamzine, la Révolution a, par son despotisme populaire, « ruiné la Cour des Bourbons, jadis somptueuse et magnifique, "le modèle de toute l’Europe, l’origine du goût et de la mode" 135 ». Si le Palais des Tuileries où réside la famille royale après le 6 octobre 1789 conserve un certain nombre des cérémoniaux (comme celui de la messe en public) qui avaient été en vigueur à Versailles pendant un siècle et trois règnes 136 , l’écrivain russe souligne combien la fréquentation des lieux diffère, ceux-ci étant selon ses dires peuplés d’une « cohue de gens mal vêtus, vociférant, sans vergogne » : « Quelle différence d’avec la cour de France d’autrefois, si brillante et si vétilleuse sous le rapport de l’étiquette 137 ! » Versailles privé de cour apparaît à Karamzine qui visite les lieux en avril 1790 comme un « corps sans âme », une ville « orpheline 138 », images qui nourrissent les rêveries ruinistes et le topos de la cité-fantôme que cristallisèrent le domaine et la ville tout au long du xix e siècle

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