La responsabilité de l’intellectuel
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Description

« Je synthétise en précisant que nous, les intellectuels qui pensons exactement comme les intellectuels européens et qui avons opté pour leurs caractéristiques, nous ignorons que nous sommes différents d'eux. Les intellectuels européens ont étudié avec soin tout ce qui a été en relation avec leur époque, leur histoire et leur société. Cela a constitue le point de départ pour atteindre un monde meilleur. »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 3
EAN13 9791022521949
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

!
Les Éditions Albouraq
L’islam autrement
Nous présenterons dans cette collection « l’islam autrement », plusieurs textes du Martyre, Docteur Ali Shariati.
En réalité, ces textes sont le fruit de conférences transcrites, que le docteur Shariati donnait.
Il se peut donc que le lecteur puisse ressentir parfois un style familier.
Le lecteur notera aussi la diversité et la multitude de concepts et d’auteurs (philosophes, artistes, poètes, écrivains, scientifiques…) auxquels Ali Shariati se réfère tout au long de ses conférences.
Il nous paraît important de préciser que ces conférences étaient destinées à un public étudiant, donc relativement jeune. Il n’est pas excessif d’affirmer que le docteur Shariati joua un rôle essentiel dans la réconciliation de la jeunesse avec la religion.
Nous avons volontairement voulu préserver ces aspects diversifiés et denses car ils correspondent parfaitement à la personnalité de notre auteur. Une personnalité engagée, impliquée dans la société et totalement dévouée à la réflexion.
L’éditeur
© Dar Albouraq, 2010
Distribué par :
Albouraq Diffusion Distribution
Zone Industrielle
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77330 Ozoir-la-Ferrière
Tél. : 01 60 34 37 50
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Face à l’Institut du Monde Arabe
Site Web : www.orient-lib.com
E-mail : orient-lib@orient-lib.com
Librairie Albouraq
91, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Tel : 01 48 05 04 27
Fax : 09 70 62 89 94
E-mail : librairie11@albouraq.com
Site Web : www.albouraq.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction par quelque procédé que ce soit, sont réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1431-2010
ISBN 978-2-84161-450-9 - EAN 9782841614509
La responsabilité de l’intellecuel
Titre arabe : « Mas’ouliyat al moussaqaf »
Ali Shariati
Traduit par BOUREKHIS Mustapha en collaboration avec Aya Eldika
Du même auteur, chez le même éditeur :
- Connaître l’islam
- Fatima est fatima
- Construire l’identité révolutionnaire
- Le martyre
- Muhammad  , de l’Hégire à la mort
- L’oumma et l’Imamat
- Le chiisme, une responsabilité
- Les caractéristiques de Muhammad 
- La responsabilité de l’intellectuel
- La responsabilité de la femme
- Retour à soi
Les propos de l’imam Khamenei 1 au sujet de Shariati
Je voudrais vous parler ici de quelque chose qui s’est passé en 1347/1969, c’est-à-dire au cours de la dernière année de la vie de Jalal Al Ahmad 2 , quand ce dernier est venu à Machhad 3 . Nous nous sommes alors réunis en présence du docteur Ali Shariati et d’un certain nombre d’amis. Lorsque la conversation en est venue aux oulémas 4 , le regretté Al Ahmad s’est tourné vers Ali Shariati et lui a demandé pourquoi il critiquait les Hawza 5 avec force plutôt que de s’attaquer aux intellectuels.
La réponse du docteur Shariati nous donne une indication sur la manière dont il distinguait les « gens de spiritualité » en tant qu’ils incarnent une certaine position et une certaine situation, et les « gens de spiritualité » en tant qu’ oulémas . Il dit : « La raison pour laquelle je critique les hawza avec insistance est que nous attendons beaucoup d’elles, alors que nous n’attendons pas grand-chose de notre élite intellectuelle qui a grandi dans le giron de la culture occidentale. La hawza est le roc solide dont nous espérons voir sortir beaucoup de choses. Ce n’est que lorsqu’elle ne remplit pas sa fonction que nous la critiquons ».
Je peux dire sans hésiter que Shariati incarne une certaine étape, mais dans un sens bien précis : il a réussi à diffuser de nouvelles idées au sein de la société par l’intermédiaire d’un langage clair et de l’autorité qu’il avait sur la culture et la jeunesse de son époque.
Cela veut dire que Shariati n’avait pas un don en particulier mais qu’il en avait beaucoup quand il s’agissait d’aborder des questions contemporaines, et c’est cela que je veux signifier quand je dis que Shariati représente une étape importante.
Le second aspect qu’il faut aborder, quand on parle de Shariati, concerne les questions qu’il a posées à partir de sa conception de la culture islamique et qu’il faut replacer dans le cadre des fondements philosophiques et cosmologiques de l’Islam.
L’œuvre de reconstruction en question doit donner naissance à une nouvelle étape, qui sera bénéfique pour notre génération. En d’autres termes, ce dont nous avons besoin aujourd’hui c’est de lire Shariati en même temps que Motahari 6 .
Ce qui émerge de ce recoupement entre la beauté des idées de Shariati et la maîtrise de la pensée islamique par Motahari, c’est précisément ce dont notre génération actuelle a besoin.
Ce qui fait de Shariati un précurseur, c’est sa capacité extraordinaire à reformuler l’Islam dans un langage moderne qui s’accorde avec la génération de son temps. Si plusieurs l’ont précédé dans cette voie, aucun n’a connu le succès qui a été le sien 7 .
La stratégie de recherche
Notre débat porte aujourd’hui sur le thème de l’intellectuel et sa responsabilité dans la société, et la manière dont la catégorie de l’intellectuel apparaît dans les sociétés européennes et asiatiques plus particulièrement.
Nous parlerons de sa mission pour l’humanité en général et pour sa propre société en particulier ainsi que de ses devoirs.
Le sujet de l’intellectuel s’avère une question délicate et d’une grande importance sur les plans social et régional. Elle a été posée après la fin de Moyen-Âge. Depuis le dix-septième siècle, une communauté dite des intellectuels est née en Europe. Après le dix-neuvième siècle, elle a commencé à forger une place dans les pays non européens comme les pays africains, asiatiques et d’Amérique latine en son nom, et avec les caractéristiques qui ont façonné sa création en Europe.
L’intellectuel doit se connaître lui-même, sans quoi il ne peut prétendre connaître son environnement immédiat et ni ne peut par voie de conséquence satisfaire à sa mission. Il est recommandé à tout intellectuel -où qu’il soit- de connaître les caractéristiques qui le constituent, les circonstances historiques et sociales de sa naissance et les limites de ses caractéristiques 8 .
L’analyse de soi mène à la connaissance de sa société et de la voie qu’il doit suivre.
A notre époque (deuxième moitié du XX éme siècle) une partie de la population s’est constituée et est communément désignée sous le nom de la classe des intellectuels. Toutefois il est recommandé de nous analyser nous-mêmes afin de distinguer : d’où nous venons, depuis quand et pourquoi nous sommes là, et comment nous avons été créés ?
L’intellectuel original et l’intellectuel imitateur :
La catégorie des intellectuels des sociétés non européennes africaines, asiatiques et d’Amérique Latine, comme je vais l’expliquer par la suite, est une copie qui imite les intellectuels d’Europe. Ceci dit, nous ne pouvons nous connaître nous-mêmes et déceler nos points faibles sans l’analyse de l’original et des circonstances et des conditions historiques et sociales dans lesquelles les intellectuels en Europe sont apparus.
En bref : « On ne peut prétendre à connaître l’Asiatique, l’Africain, l’Arabe et l’Iranien sans connaître, au préalable, l’intellectuel Européen ».
Déformation des concepts :
De nombreux sujets concernant la scène mondiale ont été déformés négativement ; les termes dans lesquels le thème de l’intellectuel a été posé sont confus.
Nous nous sommes trompés dès le début dans la description/désignation de l’intellectuel, et donc dans notre propre explication de nous-mêmes en tant qu’intellectuels. L’équivalent d’intellectuel dans notre langue est intelligentsia dans les langues européennes, qui est un substantif, dont l’adjectif dérivé est intellectuel , et dont l’origine est Intellect ou Intelligence . Le mot ‘’ intellect ‘’ signifie intelligence ou esprit, ou faculté de discerner, de saisir et de déduire des concepts. L’adjectif va caractérise tout homme doué, serein et raisonnable. Le terme « intelligentsia’’ renvoie à l’ensemble des intellectuels d’un pays dont les caractéristiques propres tiennent de la prédisposition mentale et à l’intelligence.
De ce fait tout homme doué est intellectuel. L’intellectuel désigne donc toute personne capable de procéder à un travail par la pensée. Ainsi il existe deux grandes ensembles de personnes dans la société : celui qui fournit un travail manuel et physique et un celui qui accomplit un travail mental comme les écrivains et les poètes. Ceux-ci ont pourtant également recours à une action manuelle, celle de saisir une plume et d’écrire. Les personnes qui accomplissent un travail manuel sont également parfois contraintes d’utiliser leur cerveau pour que le travail soit réalisé selon les normes.
A partir de ce critère de « causalité », nous pouvons dire que [ceux qui utilisent principalement leur intellect pour le travail sont les « penseurs », (littéralement : les gens de la pensée) et ceux qui usent de leur force physique sont « les artisans» (littéralement les ouvriers).
Cette définition est reconnue mondialement. Elle est aussi la définition adoptée en sociologie : les intellectuels qui exercent des activités mentales peuvent être les enseignants et les professeurs des universités, les avocats, les juges, les politiciens, les journalistes, les traducteurs, les écrivains, les poètes, les dessinateurs, les sculpteurs, les artistes, les employés administratifs, les ingénieurs, les médecins et les spécialistes des diverses disciplines scientifiques, les religieux, les philosophes et les historiens. Ils sont tous des intellectuels. Cependant, peuventils tous être des penseurs ?… Non… Car le penseur s’occupe d’autre chose dans un autre domaine. L’« intellectuel » est bien la personne qui a la perspicacité et la clairvoyance. Notons que ces concepts ont été empruntés au français et à la littérature française, notamment à l’époque où la langue française était adoptée par la plupart de nos enseignants. Le synonyme du mot «intellectuel» en langue française est « clairvoyant» [qui s’applique à toute personne lucide, perspicace, consciente de sa situation géographique ou sociale, capable de fournir des analyses aux problèmes qu’elle rencontre.]
En revanche, la personne qui ne cherche pas à comprendre les grandes questions de son quotidien et qui concernent sa société, ne peut en aucun cas être considérée comme clairvoyant ou intellectuel.. Il en est de même pour certaines personnes que nous connaissons qui ont suivi des études supérieures et sont diplômées et qui occupent même des postes scientifiques et qui malgré cela ne sont pas en mesure de prendre des décisions raisonnables ! Elles ne peuvent en aucun cas être considérées comme cultivés, elles appartiennent seulement au groupe des intellectual. 9 [Ne croisons-nous pas des gens connus complètement incultes , qui ont reçu une bonne éducation, distingués par les meilleurs diplômes et qui occupent de bons postes ? Ils ne sont pas de vrais intellectuels, car ils n’ont ni la vision ni la rationalité. Cependant, nous les considérons toujours comme des intellectuels qu’ils ne sont pas.] Ceci dit, toute personne qui exerce une activité mentale comme un banquier, un professeur d’école, un correspondant de presse ou un traducteur croit faire partie des hommes qui pensent ! Mais ont-ils tous une vue clairvoyante ? Il faut alors rechercher d’autres critères d’analyse.
En synthèse, nous pouvons dire que le penseur se caractérise par « une qualité de la pensée d’une personne », tandis que l’intellectuel au sens littéral désigne « une qualité de travail d’une personne ». En conclusion, nous dirons qu’il y a des penseurs lucides /éclairés et d’autres qui ne le sont pas. 10
Pour ma part, j’utiliserai le concept de «cultivé» ou de «diplômé» pour qualifier un « intellectuel» , car le détenteur d’un savoir va l’utiliser dans son travail, et le réalisera en fonction de ce qu’il a appris. Et que signifie «apprendre » ? [C’est se construire une base de connaissances pour s’en servir dans son travail. Ainsi, plus le niveau d’apprentissage est élevé, mieux la personne est placée dans le rang des intellectuels. Les relations entre les penseurs et les non-penseurs ont des degrés différents. Par exemple, quiconque écrit avec un dactylographe effectue un travail mental et physique. Il est donc considéré comme un artisan et un intellectuel à la fois. Quiconque tisse un beau tapis, exerce une activité physique et un travail spirituel et artistique. Il peut alors être considéré comme un homme de pensée. Ainsi de suite jusqu’à ce que nous arrivions au maçon qui utilise sa capacité physique à 99%, et au philosophe qui utilise sa pensée à 99%. Les poètes et les écrivains sont dans leur catégorie au sommet de l’activité intellectuelle.]
La constitution de la classe des penseurs:
Les gens qui se sont intéressés à la pensée ont constitué une catégorie en Europe dès le 17 eme siècle. Mais pourquoi au 17 eme siècle plus particulièrement ? La catégorie des penseurs n’existait-elle pas avant ?
Au Moyen-Âge, il existait des gens qui se préoccupaient de la pensée, en Europe, en Perse (Iran actuel) et dans d’autres pays. Il n’y a aucun doute que chez nous, ce sont les religieux qui constituaient cette classe comme Moulah Sadr 11 , Hafez, 12 Al-Ghazali 13 , Sa’âdi 14 , Al-Firdoussi 15 , Al-Sayed Al-Radiy 16 et le Allamah-Al-Hilli 17 …
En Europe médiévale, c’était les moines, les médecins, les philosophes, les poètes et les sages qui s’investissaient dans la science de la pensée. Donc, pourquoi dire que la classe des gens qui se préoccupaient de la pensée s’est formée durant le 17 eme siècle ? Parce que l’on vise ici un sens particulier. En général, nous considérons que tous les savants, les écrivains et les poètes se préoccupent de la pensée. Nous notons même que dans une tribu ou dans un village isolé, la personne qui sait écrire est considérée comme une personne qui pratique la pensée. On pouvait même considérer comme penseur les superstitieux, les chamans ou les païens, car pour ceux qui travaillent avec les haches et les pelles, ils pratiquent une activité mentale.
Quand nous utilisons le concept aujourd’hui, nous faisons référence à la classe particulière qui gouverne les sociétés et qui gère les affaires en relation avec la pensée et la croyance. Dans cet esprit, en Europe, un éminent religieux est considéré par l’Eglise comme un grand savant et un missionnaire exemplaire car il accomplit un travail mental pur. Pourtant nous ne pouvons dire qu’il fait partie de la classe des penseurs au sens spécifique.
La classe des intellectuels qui est apparue après le Moyen-Âge s’est opposée aux religieux et plus précisément à l’Eglise catholique ; [ses membres ont étudié les nouvelles sciences et la philosophie, très différentes des écoles théologiques, et ce malgré la volonté contraire des érudits catholiques et leur pouvoir dans des écoles et universités non religieuses et opposés à l’église. Ils encourageaient une nouvelle pensée qui stipule que la science est au service de la vie. Cette science s’est introduite dans la société.] Dès lors l’architecture, la poésie, la traduction, la chimie, l’agriculture, l’industrie et bien d’autres sciences et métier se sont organisés hors les murs de l’Eglise et des sciences ancestrales.
Cette nouvelle communauté a bâti des écoles et a dispensé un enseignement distinct des préceptes religieux et de l’Eglise du Pape dés le 16 eme siècle et jusqu’à maintenant.
Au 14 eme et 15 eme siècle, le concept de « savant « désignait essentiellement « les savants de la science religieuse ». Cet usage est toujours d’actualité, pourquoi ? Parce que toutes les activités scientifiques étaient concentrées dans les centres religieux. Ce qui à conduit dire que la connaissance était avant tout la connaissance de la religion, d’autant que toutes les sciences étaient parrainées par l’Eglise et le Clergé.
Cette vision a changé au 17 eme siècle. Les savants non religieux sont devenus un nouveau phénomène et ont constitué une nouvelle réalité sociale. Ils étaient peu nombreux, comme Copernic et Galilée. Peu à peu, leur nombre a augmenté : ils se sont occupés de nombreux champs de connaissance de la vie et ont contrôlé tous ses aspects.

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