La tyrannie du paraître
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Description


Oser être soi-même



"Je me sens seul(e) contre tous", "Je ne suis pas à la hauteur", "Personne ne me remarque", "J'ai le sentiment d'être bloqué(e)", "Je ne suis pas moi-même avec les autres"...

Si ces impressions vous sont familières, vous souffrez peut-être de l'impératif du paraître qui sévit dans tous les secteurs de la société.



Il n'est plus possible aujourd'hui de prétendre à une vie épanouie sans s'exposer d'une manière ou d'une autre. Le monde dans lequel nous vivons nous impose à travers la publicité ou les réseaux sociaux, des objectifs de performance, une image séduisante, un modèle inaccessible de réussite. Quels sont les moyens de vaincre la honte, la peur du ridicule, le sentiment de solitude qui résultent de cette contrainte sociale, pour oser enfin être soi ? Peut-on contourner l'exhibitionnisme ambiant, se réaliser sans se perdre ou se renier, quand il faut se montrer pour exister ?



Cet ouvrage propose une réflexion originale sur la tyrannie du paraître, les phobies sociales qu'elle entraîne et les moyens de s'en libérer.




  • Qu'est-ce qui ne va pas ?


    • L'effet solitude : "je suis perdu"


    • L'effet transparence : "on ne me voit plus"


    • L'effet paralysie : "je ne peux plus avancer"


    • L'obligation de se couper en deux : "je me dédouble"


    • Les réactions psychosomatiques : "mon corps réagit malgré moi"


    • L'extension du domaine des sentiments




  • Aux sources du malaise


    • La honte et ses méfaits


    • L'oeil de l'Autre


    • Quelque chose à cacher ?


    • Le poids de la famille et de l'histoire


    • L'identité sexuelle




  • Comment réagir ?


    • Les remèdes dangereux ou insuffisants


    • Une période cruciale dans la vie de Sigmund Freud


    • Rentrer en soi sans s'isoler


    • Transformer sa honte en fierté


    • Les leviers de la transformation



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 avril 2013
Nombre de lectures 110
EAN13 9782212223293
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Si ces impressions vous sont familières, vous souffrez peut-être de l'impératif du paraître qui sévit dans tous les secteurs de la société.



Il n'est plus possible aujourd'hui de prétendre à une vie épanouie sans s'exposer d'une manière ou d'une autre. Le monde dans lequel nous vivons nous impose à travers la publicité ou les réseaux sociaux, des objectifs de performance, une image séduisante, un modèle inaccessible de réussite. Quels sont les moyens de vaincre la honte, la peur du ridicule, le sentiment de solitude qui résultent de cette contrainte sociale, pour oser enfin être soi ? Peut-on contourner l'exhibitionnisme ambiant, se réaliser sans se perdre ou se renier, quand il faut se montrer pour exister ?



Cet ouvrage propose une réflexion originale sur la tyrannie du paraître, les phobies sociales qu'elle entraîne et les moyens de s'en libérer.




  • Qu'est-ce qui ne va pas ?


    • L'effet solitude : "je suis perdu"


    • L'effet transparence : "on ne me voit plus"


    • L'effet paralysie : "je ne peux plus avancer"


    • L'obligation de se couper en deux : "je me dédouble"


    • Les réactions psychosomatiques : "mon corps réagit malgré moi"


    • L'extension du domaine des sentiments




  • Aux sources du malaise


    • La honte et ses méfaits


    • L'oeil de l'Autre


    • Quelque chose à cacher ?


    • Le poids de la famille et de l'histoire


    • L'identité sexuelle




  • Comment réagir ?


    • Les remèdes dangereux ou insuffisants


    • Une période cruciale dans la vie de Sigmund Freud


    • Rentrer en soi sans s'isoler


    • Transformer sa honte en fierté


    • Les leviers de la transformation



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Oser être soi-même
« Je me sens seul(e) contre tous », « Je ne suis pas à la hauteur », « Personne ne me remarque », « J’ai le sentiment d’être bloqué(e) », « Je ne suis pas moi-même avec les autres »... Si ces impressions vous sont familières, vous souffrez peut-être de l’impératif du paraître qui sévit dans tous les secteurs de la société.
Il n’est plus possible aujourd’hui de prétendre à une vie épanouie sans s’exposer d’une manière ou d’une autre. Le monde dans lequel nous vivons nous impose à travers la publicité ou les réseaux sociaux, des objectifs de performance, une image séduisante, un modèle inaccessible de réussite. Quels sont les moyens de vaincre la honte, la peur du ridicule, le sentiment de solitude qui résultent de cette contrainte sociale, pour oser enfin être soi ? Peut-on contourner l’exhibitionnisme ambiant, se réaliser sans se perdre ou se renier, quand il faut se montrer pour exister ? Cet ouvrage propose une réflexion originale sur la tyrannie du paraître, les phobies sociales qu’elle entraîne et les moyens de s’en libérer.
Gérard Bonnet est psychanalyste, enseignant et chercheur. Il est membre sociétaire de l’Association psychanalytique de France et auteur de nombreux ouvrages sur la sexualité et ses composantes. Il a créé l’EPCI (école de propédeutique à la connaissance de l’inconscient) où il dispense un enseignement destiné à un large public.
II Gérard Bonnet
La tyrannie du paraître
Faut-il se montrer pour exister ?
III Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Avec la collaboration de Charline Malaval
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2013 ISBN : 978-2-212-55621-6
IV Également dans la collection « Comprendre et agir » :
Juliette Allais,
Décrypter ses rêves
La Psychogénéalogie
Au cœur des secrets de famille
Juliette Allais, Didier Goutman, Trouver sa place au travail
Dr Martin M. Antony, Dr Richard P. Swinson, Timide ? Ne laissez plus la peur des autres vous gâcher la vie
Lisbeth von Benedek, La Crise du milieu de vie
Valérie Bergère, Moi ? Susceptible ? Jamais !
Marcel Bernier, Marie-Hélène Simard, La Rupture amoureuse
Jean-Charles Bouchoux, Les Pervers narcissiques
Sophie Cadalen, Inventer son couple
Christophe Carré, La Manipulation au quotidien
Marie-Joseph Chalvin, L’Estime de soi
Cécile Chavel, Les Secrets de la joie
Claire-Lucie Cziffra, Les Relations perverses
Michèle Declerck, Le Malade malgré lui
Ann Demarais, Valerie White, C’est la première impression qui compte
Sandrine Dury, Filles de nos mères, mères de nos filles...
Jean-Michel Fourcade, Les Personnalités limites
Laurie Hawkes, La Peur de l’Autre
Steven Hayes et Spencer Smith, Penser moins pour être heureux
Jacques Hillion, Ifan Elix, Passer à l’action
Lorne Ladner, Le Bonheur passe par les autres
Mary C. Lamia et Marilyn J. Krieger, Le Syndrome du sauveur
Lubomir Lamy,
L’amour ne doit rien au hasard
Pourquoi les hommes ne comprennent rien aux femmes...
Virginie Megglé,
Couper le cordon
Face à l’anorexie
Entre mère et fils
Bénédicte Nadaud, Karine Zagaroli, Surmonter ses complexes
Ron et Pat Potter-Efron, Que dit votre colère ?
Patrick Ange Raoult, Guérir de ses blessures adolescentes
Daniel Ravon, Apprivoiser ses émotions
Alain Samson,
La chance tu provoqueras
Développer sa résilience
V Dans la collection « Les chemins de l’inconscient », dirigée par Saverio Tomasella :
Véronique Berger, Les Dépendances affectives
Christine Hardy, Laurence Schifrine, Saverio Tomasella, Habiter son corps
Martine Mingant, Vivre pleinement l’instant
Gilles Pho, Saverio Tomasella, Vivre en relation
Catherine Podguszer, Saverio Tomasella, Personne n’est parfait !
Saverio Tomasella,
Oser s’aimer
Le Sentiment d’abandon
Les Amours impossibles
Hypersensibles
Dans la collection « Communication consciente », dirigée par Christophe Carré :
Christophe Carré,
Obtenir sans punir
L’Auto-manipulation
Manuel de manipulation à l’usage des gentils
Nathalie Dedebant, Jean-Louis Muller, Emmanuel Portanéry, Catherine Tournier, Transformez votre colère en énergie positive
Florent Fusier, L’Art de maîtriser sa vie
Pierre Raynaud, Arrêter de se faire des films
Dans la collection « Histoires de divan »
Laurie Hawkes, Une danse borderline
VII Table des matières Introduction P ARTIE 1 Qu’est-ce qui ne va pas ? Chapitre 1 – L’effet solitude : « Je suis perdu » Le diagnostic de la solitude Un mal de plus en plus répandu « Étranger au paradis » La perte de l’estime de soi Le sentiment de persécution Chapitre 2 – L’effet transparence : « On ne me voit plus » La femme invisible Un fantasme vieux comme le monde Le risque de dépersonnalisation Chapitre 3 – L’effet paralysie : « Je ne peux plus avancer » « Je bloque » Le rêve d’exhibition VIII Chapitre 4 – L’obligation de se couper en deux : « Je me dédouble » Marilyn, égérie et martyre du système Un dédoublement dangereux Un risque de perversion Chapitre 5 – Les réactions psychosomatiques : « Mon corps réagit malgré moi » Quand le corps s’en mêle À qui profite la tyrannie du paraître Chapitre 6 – L’extension du domaine des sentiments : appréhension, frayeur, trac, panique « J’appréhende » « Je suis effrayé » « J’ai le trac » « Je suis paniqué » P ARTIE 2 D’où cela vient-il ? Aux sources du malaise Chapitre 1 – La honte et ses méfaits Le plus ancien des affects La honte primaire et la honte secondaire Les surprises de la honte La honte de la honte Honte et culpabilité Honte et pudeur IX Chapitre 2 – L’œil de l’Autre Le surmoi visuel Du collectif au personnel Un œil intérieur difficile à localiser Qui incarne cet œil ? Chapitre 3 – Quelque chose à cacher ? Le complexe de Pinocchio Les mauvaises rencontres Chapitre 4 – Le poids de la famille et de l’histoire La famille L’histoire La question des origines Chapitre 5 – L’identité sexuelle Un tournant décisif et révélateur : l’adolescence Le sexe ou le genre P ARTIE 3 Comment réagir ? Se refaire une image Chapitre 1 – Les remèdes dangereux ou insuffisants Les solutions virtuelles : Internet et les réseaux sociaux Les drogues ou les euphorisants Les traitements médicamenteux La chirurgie esthétique Les thérapies relationnelles La folie du roi Candaule X Chapitre 2 – Une période cruciale dans la vie de Sigmund Freud La honte de Freud L’auto-analyse et le partage : une autre exhibition Chapitre 3 – Rentrer en soi sans s’isoler Détricoter la honte Rêver, imaginer, revivre en pensée Raviver ses potentialités exhibitionnistes Se mettre à nu Se refaire une image Comment et pourquoi s’aimer ? Chapitre 4 – Transformer sa honte en fierté Le cinquième élément : la colère ou la rage Indignez-vous Regarder les choses en face Renverser la vapeur Chapitre 5 – Les leviers de la transformation Le look Le talent personnel L’enracinement humain : le socle des origines L’humour et l’esprit Un solide amour-propre La culture telle qu’on la vit Quelqu’un à qui parler XI Conclusion Bibliographie Index des cas cités
XIII À mon père
1 Introduction - Le mal du siècle
Le monde entier est exhibitionniste
Imaginez que vous vous trouviez soudain face à un exhibitionniste comme on en voit de temps à autre. Le geste a beaucoup perdu de son caractère licencieux dans le contexte actuel, et pourtant, vous vous sentirez gêné, décontenancé, et à la limite, agressé. Pourquoi ? Parce que ce geste a une double signification. D’un côté, comme le formule Freud, « l’exhibitionniste montre son sexe pour qu’on lui en montre autant 1 ». Vous ressentez donc inconsciemment son geste comme une invitation à vous exhiber à votre tour. Mais compte tenu des règles de bienséance les plus élémentaires, il vous est impossible de répondre à une invitation de ce genre ! Eh bien c’est ce double impératif contradictoire qui provoque paralysie et malaise profonds. J’ai longuement étudié cette situation en 2 abordant toutes les figures de l’exhibitionnisme, des plus intimes aux plus globales 2 , et un fait s’est imposé à moi comme une évidence : le monde entier est exhibitionniste aujourd’hui, il nous place devant une contradiction analogue, et elle est plus paralysante encore, car cette fois, les deux termes de la contradiction sont clairement notifiés, et nul ne peut s’y dérober .
Une injonction paradoxale
Le monde médiatique actuel nous oblige comme jamais auparavant à nous montrer et à nous faire remarquer si nous voulons nous faire une place. L’homme est contraint « de se dévoiler interminablement », écrit Michel Foucault 3 . Et paradoxalement, la société rend à la fois cette tâche nécessaire et quasi impossible car « nous sommes tous des numéros », des chiffres, des matricules, constatent avec dépit certains internautes sur le Web 4 . Tout est fait pour que nous rentrions dans le rang et agissions le plus discrètement possible. Forcés de nous exhiber pour exister d’un côté, rejetés dans l’anonymat de l’autre : certains psychologues parlent alors d’injonction paradoxale 5 . Elle est faite ici de deux ordres contradictoires : « restez dans l’anonymat/faites-vous remarquer » .
3 Les régimes autoritaires ont toujours manié ce double langage, car il est le plus sûr moyen de garder la mainmise sur le peuple. C’est la raison pour laquelle je parlerai de tyrannie, à cette différence près qu’aujourd’hui, elle n’est plus le fait du prince ou d’une autorité, mais du système médiatique tout entier. Je vais donc envisager les conséquences de ce nouvel état de fait sur les personnes.
Une question de vie ou de mort sociale
Faut-il en déduire pour autant qu’il s’agit du « mal du siècle » ? Au temps d’Alfred de Musset, l’expression désignait un certain romantisme nostalgique, mais aujourd’hui ? Je pense qu’elle est tout à fait justifiée, car nul ne peut se dispenser de répondre à cette injonction, qui est à la source de bien des souffrances . Ce mal est devenu l’équivalent de l’énigme que le Sphinx posait aux voyageurs à l’entrée de la ville de Thèbes, et à laquelle Œdipe a répondu avec le brio que l’on connaît : il fallait la résoudre ou mourir. De même aujourd’hui, c’est une question de vie ou de mort sociales, et même parfois de vie ou de mort réelles. Combien ne savent pas comment exister aux yeux de leurs proches, de leurs amis, de leur entourage, et sont de fait exposés à la dépression ? Les suicidés au travail qui défrayent régulièrement la chronique ne sont pas seulement les victimes des mauvaises conditions dans lesquelles ils exerçaient leur profession, ce sont surtout des personnes qui, précisément, ne se sentaient plus exister. On ne les voyait plus, on ne les considérait plus, ces employés étaient devenus des numéros parmi tant d’autres. Sans en arriver là, bien des femmes et des hommes 4 sont désorientés par ce double langage qui les pousse à paraître, et les traite de telle façon qu’ils n’y parviennent jamais.
Affronter la contradiction
Certes, les solutions ne manquent pas. Pour se montrer en répondant aux exigences du siècle, les techniques se sont multipliées au fil des ans : relooking , prothèses, lifting, chirurgie esthétique, cours de maintien, de danse, coaching, etc. Nous en parlerons bien sûr, mais ce sera pour en démontrer les limites, car celles-ci n’ont d’intérêt que dans un contexte de remise en cause plus profonde. Tous les professionnels exerçant dans ces différents domaines le répètent à l’envi : il ne sert à rien de se lancer dans des opérations ou des manipulations coûteuses, exigeantes, si l’on n’a pas d’abord affronté le problème du paraître pour lui-même .
Et c’est possible. Car il y a au moins un lieu de notre psychisme où les contraires coexistent : dans notre inconscient, nous rêvons à la fois d’un retour au nirvana et de réussite merveilleuse, de régression à l’ombre du sein maternel et de gloire. Et quand nous sommes confrontés à une injonction à paraître qui nous désarçonne, nous sommes tentés de nous précipiter dans un sens ou dans l’autre au risque de nous y perdre. C’est en commençant par affronter la contradiction en ce lieu que nous avons le plus de chances d’en sortir. C’est encore l’occasion ou jamais de surmonter des handicaps profonds, anciens, et de se refaire une image intérieure qui vaut toutes les opérations esthétiques et toutes les exhibitions du monde. En tout cas, cette image-là devient gage de survie .
5 La voie que nous allons suivre
Comment mener à bien cette opération délicate ? Nous allons partir des manifestations du mal du siècle qui se présentent au jour le jour, dans la vie de chacun, prendre la mesure de leurs effets, en allant des plus courants aux plus graves. Nous nous tournerons ensuite vers la vie psychique pour comprendre en quoi il est si difficile d’affronter les contradictions que le monde actuel fait resurgir : car c’est là que se trouvent les raisons les plus profondes de nos difficultés. Nous verrons enfin les moyens dont nous disposons tous pour affronter la situation, et parvenir à nous montrer et à nous affirmer à partir de ce que nous avons d’unique et d’irremplaçable.
Ce livre s’adresse à toutes les personnes trop discrètes ou trop effacées en raison de leur histoire et de leur éducation, à celles qui se sentent prises au piège du système et qui cherchent les raisons pour lesquelles elles sont si mal à l’aise, et souhaitent en sortir. Ces raisons se trouvent d’abord au fond d’elles-mêmes, dans les blocages accumulés au cours de leur existence. Car il ne suffit pas de s’en prendre à la tyrannie du paraître, c’est le travail des sociologues, politiques et réformateurs en tous genres. Il faut commencer par chercher comment se dégager du malaise intérieur que cet impératif paradoxal provoque, l’analyser sérieusement, et voir sur quoi il a prise. Il sera alors possible de réagir en puisant dans nos capacités psychiques, car on le verra, elles existent. Si chaque époque a ses excès, ceux-ci obligent l’être humain à avancer un peu plus dans la connaissance des moyens dont il dispose pour y faire face. Toute oppression d’origine humaine trouve aussi en l’homme ses propres solutions.

1 . Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle , Œuvres complètes, PUF, Quadrige, 2010, p. 90.

2 . Bonnet G., Figures de l’exhibitionnisme aujourd’hui , PUF, 2005.

3 . Foucault M., Histoire de la sexualité , t. 1, La volonté de savoir , Gallimard, coll. « Tel », 2001.

4 . C’est en particulier le titre d’un blog signé Bernard Gensane.

5 . Cette appellation est issue des travaux de l’école de Palo Alto aux États-Unis, qui parle aussi de « double lien » et en fait l’une des sources de la schizophrénie.
7 P ARTIE 1
Qu’est-ce qui ne va pas ?
9 Les principales manifestations du malaise à paraître
Entre l’exhibitionnisme personnel et l’exhibitionnisme ambiant, il existe d’autres différences significatives dont je n’ai pas parlé précédemment. Confronté à un exhibitionniste dans la rue, vous êtes certes mal à l’aise, mais il suffit de vous montrer indifférent et de passer votre chemin. C’est d’ailleurs le plus sûr moyen de lui couper ses effets. En revanche, face à l’exhibitionnisme ambiant, c’est tout simplement impossible. Nous ne pouvons pas l’éviter, il nous environne totalement, il nous enveloppe, et quand nous ne pouvons pas y répondre, nous ne sommes pas seulement gênés de façon passagère, mais le malaise qui s’installe est permanent . De plus, comme tout mode d’expression qui donne le primat à l’image, son exigence nous fascine, nous laisse sans voix et nous paralyse. Aussi, la première chose à faire pour se dégager de son emprise est de prendre du recul et d’en déconstruire clairement les effets. Les médecins le savent depuis toujours, face à une maladie nouvelle, il faut commencer par en repérer précisément les symptômes. C’est de cette façon qu’on prend vraiment connaissance de ses risques et qu’on se donne une chance de s’en sortir.
Alors, « qu’est-ce qui ne va pas ? ». Nous allons interroger les personnes qui souffrent de la tyrannie du paraître dans leur vie quotidienne, et qui se trouvent dans l’incapacité de réagir. Je partirai de l’observation des souffrances les plus courantes - la solitude, la transparence, la paralysie -, pour analyser ensuite les plus complexes, dans lesquelles s’installent le clivage et les manifestations psychosomatiques. Nous découvrirons finalement les sentiments qui dominent dans ces moments-là.
11 L’effet solitude : « Je suis perdu » Chapitre 1
« La pire souffrance est dans la solitude qui l’accompagne. »
Malraux
Le premier des troubles provoqués par la tyrannie du paraître est une sensation bien connue : qui n’a pas éprouvé un jour l’impression désagréable d’être seul, complètement abandonné, au sein d’un monde bruyant où il se sentait perdu ? Nous nous sommes tous sentis comme l’enfant qui a lâché la main de sa mère dans un grand centre commercial et qui n’a plus aucun repère. Les personnes qui ne parviennent pas à satisfaire les exigences du paraître se retrouvent souvent dans cette situation et souffrent d’une solitude écrasante. Cette impression se répercute ensuite à 12 tous les niveaux de leur existence. Comment nouer des relations intéressantes quand on a la conviction d’être le vilain petit canard ? Plus le temps passe, plus on souffre de la solitude, et plus on a tendance à s’y enfermer car on y trouve des bénéfices cachés. C’est là que s’immisce le véritable problème.
Cette solitude est l’un des fléaux de notre époque. Patrick Chamoiseau fait ce constat : « Nous sommes aujourd’hui des sociétés d’individus 1 . »
Le diagnostic de la solitude
Au cours de ma carrière, j’ai consulté de longues années dans des dispensaires dépendant des hôpitaux psychiatriques à Paris. On m’a parfois demandé quelle était la souffrance que j’avais le plus souvent rencontrée, et la même réponse me vient à chaque fois : la solitude. Bien sûr, nous inscrivions d’autres diagnostics sur les registres médicaux qu’il nous fallait remplir. Mais dans la plupart des cas, les maladies ainsi répertoriées étaient bien moins dangereuses que la solitude. Je commencerai par sa forme la plus commune, la plus connue aussi, et on verra ensuite comment elle évolue chez certains de façon beaucoup plus conséquente.

Voici l’histoire de Marie, à laquelle j’aurai l’occasion de revenir régulièrement. Marie est informaticienne de formation et réside à Paris où elle a été envoyée récemment pour travailler comme cadre dans une grande entreprise. Cette jeune maman célibataire se retrouve seule du jour au lendemain 13 dans un petit appartement parisien, loin de sa famille. Partagée entre ses obligations professionnelles, de fréquents déplacements, et le soin de sa petite fille, elle ne dispose pas de temps pour elle, et éprouve de plus en plus la sensation de ne pas exister. Originaire de province, elle ignore tout des exigences parisiennes et elle est convaincue qu’elle ne sait pas s’habiller ou s’apprêter comme toutes les jeunes femmes qu’elle côtoie à longueur de journée. « Quand je fais mon parcours quotidien en métro, parmi des voyageurs qui se présentent tous plus agréablement les uns que les autres , confie Marie, je me sens totalement isolée . »

Et ce n’est pas peu dire. Plus elle se confie, plus Marie exprime un véritable désespoir, proche de la dépression. Tout lui paraît insipide, vide, dénué d’intérêt. Elle dort très mal, d’un sommeil agité et peuplé de cauchemars, au point que le médecin consulté lui a proposé des antidépresseurs. Elle les a refusés. Elle a préféré consulter un psychothérapeute dont le cabinet est situé à deux pas de son lieu de travail. C’est en effet la première fois de sa vie qu’elle se trouve dans un état pareil, sans proches avec qui partager sa souffrance, sans la présence chaude et affective d’un compagnon ou d’une compagne. L’ami avec qui elle a eu sa petite fille ne pouvait pas la suivre à Paris et en a profité pour rompre sans appel. Chaque soir, elle doit réprimer une envie irrépressible de tout plaquer et de retourner d’où elle vient. Là-bas, elle se sentait reconnue, appréciée, valorisée pour elle-même. Aujourd’hui, elle partage sa journée avec des collègues de travail qui sont froids avec elle. Quand elle rentre chez elle, ses voisins lui disent à peine bonjour. Elle se sent totalement dévalorisée. Le contraste est vraiment trop important entre son ancien monde dont elle connaissait les codes, 14 les habitudes, et ce nouvel univers exigeant sur les apparences, dont elle ne maîtrise ni les lois ni les coutumes.
Elle perçoit bien qu’elle devrait faire un effort pour paraître à son avantage et se sentir reconnue. Ce serait certainement la meilleure façon de faciliter les contacts, d’autant qu’elle est consciente de pouvoir attirer les regards. Mais les tenues vestimentaires et les parures les plus courantes, si valorisées aujourd’hui, varient avec une telle rapidité qu’il est difficile de faire un choix qui traduirait de plus sa personnalité propre. Marie s’était fiée jusque-là aux goûts de son milieu, de sa famille proche et aujourd’hui lointaine, et quand il lui faut s’habiller le matin pour partir au travail, elle n’a personne à qui demander un avis. Elle hésite de longs moments, et quand elle a enfin l’impression d’avoir déniché la robe qui convient, elle s’aperçoit que ses souliers ne sont pas appropriés ou bien qu’elle serait mieux en jean. Certains jours, c’est une véritable torture, et elle se sent alors plus seule que jamais.
Un mal de plus en plus répandu
Cette impression de solitude dépasse largement le cas des personnes « déplacées » comme Marie. Combien se sentent seules au monde, incapables d’avoir des relations, quels que soient l’âge ou la condition ? Et pourtant, il y a souvent foule autour d’elles, mais tous ces gens qui les entourent vivent à leurs yeux sur une autre planète, et d’autant plus que ces voisins pourtant si proches ne disent rien, ou en tout cas n’entrent pas en communication facilement. C’est une des caractéristique du monde visuel envahissant actuel : on voit et côtoie de plus en plus de monde, et on se parle 15 de moins en moins, dans les espaces commerciaux bien sûr, mais aussi dans les transports en commun, dans les administrations où chacun attend son tour en se plongeant dans les documents et pièces requises que le préposé va lui demander.

Marie décrit très bien cette situation à propos de ses déplacements journaliers. Quand elle prend le métro matin et soir, il ne manque pas de monde autour d’elle, et pourtant, c’est le moment où elle se sent le plus isolée. « Quand je parviens à trouver une place , confie-t-elle, je me fais toute petite, me réfugie dans un livre, une revue ou écoute ma musique préférée. Si quelqu’un jette les yeux sur moi, même furtivement, je détourne les miens et rentre un peu plus dans ma coquille. On ne sait jamais à qui on a affaire, et je ne vois pas pourquoi on s’intéresserait à moi. Je me sens réduite à ma plus simple expression, comme dans mes rêves où je rapetisse à la façon de certains personnages de dessins animés . »

Marie ne fuit pas réellement le contact, mais elle ne comprend pas pourquoi on s’intéresserait à elle plutôt qu’à une autre. La loi commune n’est pas seulement de se bien montrer, elle est aussi d’en rester là et de ne pas rechercher le contact. Certains font exception bien sûr, ils sortent un moment de l’anonymat, « font des réflexions à voix haute », mais aux yeux d’une personne comme Marie, c’est à leurs risques et périls, car on les regarde alors avec réprobation. C’est le même sentiment qu’exprime Jean, cadre dans une entreprise de la Défense à Paris, qui passe de longues heures dans le RER. Il vit pourtant dans la région parisienne depuis très longtemps :

16 « Autrefois, je me levais pour laisser s’asseoir une femme âgée. Aujourd’hui, comme les autres, je fais semblant de me plonger dans mon livre pour cacher ma gêne. Pourtant, ce n’est pas l’éducation que j’ai reçue, ce n’est pas moi 2 . »

« Étranger au paradis »
Cette solitude a un inconvénient au niveau strictement personnel : elle est mauvaise conseillère car on se laisse facilement prendre à ses pièges. Pourquoi ? Au plus profond de notre inconscient, on l’a vu, les contraires coexistent. Nous sommes toujours partagés entre deux plaisirs contraires : le plaisir de nous exhiber, de nous montrer, et celui de retourner dans le nirvana confortable des premiers temps de la vie. Comme le dit l’expression populaire, « nous avons toujours deux fers au feu », et généralement on alterne les deux. Quand nous nous retrouvons sous les feux de l’impératif à paraître et que les circonstances sont telles que nous sommes dans l’incapacité de réagir, c’est spontanément la seconde alternative qui l’emporte : l’envie de nirvana. On est alors aspiré par un temps antérieur, aujourd’hui disparu, où l’on vivait dans une réelle solitude, mais où on était aussi « le centre du monde ». « Sa Majesté le bébé », écrit Freud dans son article sur le narcissisme, car on l’a vite oublié : il n’y a pas plus seul qu’un bébé. Il évolue dans 17 un monde d’adultes dont la vie et les coutumes lui sont totalement étrangers : il comprend mal la plupart de leurs réactions, et il éprouve bien des difficultés à se faire comprendre. Par contre, il se replie autour de son univers dont le mystère nous échappe. Rien ne vaut une situation comme celle de Marie pour raviver les impressions de ce monde perdu. Elle est amenée à régresser, à se laisser glisser dans ce passé lointain, en particulier quand elle se retrouve le matin dans le métro, sortie depuis peu d’un sommeil trop tôt interrompu, et qu’elle se recroqueville autour du petit espace qui lui est imparti.
La solitude est finalement vécue comme une souffrance, et en même temps, nous attire vers le temps béni qu’on appelle le narcissisme primaire, période où l’enfant vivait replié sur lui-même sans se préoccuper du monde alentour, car il pouvait compter sur le dévouement sans limites des parents. Et on se prend facilement au jeu. La chanson Étranger au paradis , qui fut interprétée avec succès au siècle dernier par Gloria Lasso ou Dani Moreno, exprime admirablement ce vécu si particulier, et il n’est pas étonnant que ce titre soit encore demandé par les jeunes aujourd’hui. On y décrit une personne totalement seule dans un pays dont elle ne connaît rien, et ce pays devient pourtant un paradis dès qu’un ange la prend par la main pour la guider. L’ennui, c’est qu’on ne trouve pas si facilement l’ange en question dans le monde actuel, et qu’à la longue, le paradis en lui-même se transforme vite en un désert où l’on meurt de soif... de tendresse.
18 La perte de l’estime de soi
Certes, le repli dans la solitude procure inconsciemment une certaine satisfaction, mais au niveau conscient, c’est l’inverse : il résulte chez certaines personnes un sentiment que la psychanalyse appelle « la perte de l’estime de soi ». Le soi, c’est la partie sociale du moi, celle qu’on se construit au fur et à mesure de l’existence pour se poser face aux autres. Les psychanalystes anglais, Winnicott en particulier, parlent de self , auquel ils ont accordé une grande importance. Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’y revenir.
Cette fois, il ne s’agit pas de narcissisme primaire, celui de la petite enfance, mais de narcissisme secondaire qui s’élabore à partir du stade du miroir, vers deux ans, grâce auquel on se forge une image de soi positive et cohérente. Dans ce contexte, on n’a pas besoin d’un ange, comme l’étranger au paradis, car on se construit un double qui, tel un ange, nous permet non seulement de nous aimer, mais aussi de nous montrer et d’exister psychiquement aux yeux des autres. Freud parle plus précisément de moi idéal ou d’idéal du moi. C’est cette partie du moi qui va donner naissance à un soi, ou à un self , grâce auquel on parvient à s’adapter aux exigences du paraître 3 .
Dès l’instant où la solitude s’installe et qu’on se laisse prendre à ses sirènes, on perd confiance en ce soi . Certes, cette perte d’estime est injuste, puisque le monde environnant n’est pas étranger au malaise et à l’enfermement qui s’ensuit. L’ennui, c’est que ce soi 19 s’est construit dans des périodes plus fastes, aux époques où il se sentait tout-puissant, capable de conquérir le monde. Notre narcissisme d’origine est a priori sans limites, et il croyait pouvoir s’imposer aux yeux des autres sans coup férir. La désillusion est alors d’autant plus terrible, et ceux qui ont fait preuve d’une audace à toute épreuve dans la moyenne enfance ou à l’adolescence souffrent le plus de cette perte de l’estime de soi et de ses conséquences.
Le sentiment de persécution
Cela peut aller dans certains cas jusqu’au sentiment de persécution, de façon passagère, légère, ou sur un mode beaucoup plus grave. On se sent un peu « parano ». Intervient alors un processus psychique bien connu : la projection. Le moi idéal, qui n’est pas parvenu à se créer un self à toute épreuve et capable de faire face aux exigences du monde environnant, projette en l’autre la toutepuissance qu’il s’accordait au départ. S’il ne parvient pas à vaincre l’obstacle, il devient persuadé qu’un autre l’en empêche (un autre, les autres, ou les circonstances). Il n’est pas rare que cette impression se généralise.
On connaît l’expression « seul contre tous », qui est utilisée quand on veut faire triompher une cause à laquelle on est particulièrement attaché. Dans le cas présent, il faut inverser la formule : c’est « tous contre soi ». Cette fois, on finit par penser que tout ce monde bien mis qui nous entoure dans un grand magasin, dans le métro ou dans les appartements voisins nous regarde de façon malveillante. 20 On projette en eux la force d’affirmation de soi dont on a hérité comme tout le monde, et on se sent écrasé.
L’impression d’abord légère, discrète, angoissante devient peu à peu une conviction solidement ancrée. Mieux vaut donc en prendre conscience le plus tôt possible car on peut ainsi en limiter les effets, et garder un certain sens critique. Tout le monde éprouve un jour ou l’autre des impressions de ce genre. Il faut surtout veiller à ne pas trop les prendre au sérieux. Et la première façon d’y parvenir, c’est de tout mettre en œuvre pour rompre l’isolement et se faire quelques amis et connaissances sur qui compter.

1 . Chamoiseau, P., L’empreinte à Crusoé , Gallimard, 2012.

2 . Témoignage publié dans Lemonde.fr du 22 juillet 2011, le jour où a eu lieu le massacre perpétré par Anders Breivik, et qui a été plus lu que les nouvelles en provenance d’Oslo ! On trouvera un commentaire dans le journal Le Monde du 8 août 2012, p. 10.

3 . Winnicott D., La capacité d’être seul , Payot, 2012.
21 L’effet transparence : « On ne me voit plus » Chapitre 2
Avoir des amis, un compagnon, et même tout un réseau de connaissances, n’est pas pour autant la garantie du bien-être. Au contraire, la fréquentation de gens qui sont eux-mêmes à l’aise pour se montrer peut parfois avoir sur une personne donnée l’effet inverse. Elle est alors d’autant plus gênée qu’elle a l’impression désagréable que l’entourage s’en sort sans effort, et bien mieux. Le malaise que je viens d’évoquer rejaillit cette fois dans la sphère privée où l’on finit par ne plus se sentir visible du tout.
Le thème de L’homme invisible est bien connu depuis le roman de H.G. Wells (1897) et surtout grâce au film de James Whale (1933), ainsi qu’aux nombreux feuilletons télévisés que ce roman a inspirés par la suite. Le succès de ces productions est révélateur d’un univers qui érige la visibilité en valeur absolue, et qui rejette dans 22 l’ombre un certain nombre de personnes qui s’estiment incapables d’y satisfaire. Cette fois, ce n’est pas seulement la solitude qui l’emporte, mais la conviction que l’on n’existe plus du tout aux yeux des autres, ce qui peut entraîner des réactions de violence insensée dont témoigne le film de Whale en particulier.
La femme invisible
Voici le témoignage de Sophie. Il est assez succinct, mais présente l’intérêt de résumer un grand nombre de confidences d’autant plus rares et discrètes que leurs auteurs sont généralement bien en peine de les formuler.

Depuis environ deux ans, je vis de plus en plus mal les rencontres entre amis. J’ai vraiment l’impression que je n’existe pas à leurs yeux. Ils parlent, échangent entre eux, et n’écoutent absolument pas ce que je peux dire. Mon point de vue ne les intéresse pas : ils ne prennent même pas la peine de me contredire. Mes propos sont a priori nuls et non avenus. Au moment de convenir d’une autre rencontre, on tient compte des obligations des uns et des autres, mais pas du tout des miennes. C’est toujours à moi de m’adapter, et si je ne peux pas, ce n’est pas grave... alors qu’on met tout en œuvre pour que les autres ne soient pas absents. Mon mari estime que j’exagère, que je « me fais des idées noires » et que je me monte la tête inutilement. Je finis par penser qu’il a sans doute raison, mais c’est plus fort que moi.

Bien sûr, il serait utile de savoir ce qui s’est passé il y a deux ans pour que Sophie amorce un tel changement de caractère. Il n’en reste pas moins qu’elle exprime clairement un vécu que partagent 23 bien des personnes souffrant du même complexe : elles sont convaincues qu’elles n’existent pas aux yeux des autres, et que s’il s’agissait d’un autre membre de leur entourage, il serait mieux considéré. Elles estiment généralement qu’on n’accorde pas grand prix à leur parole, qu’on les sollicite « par automatisme », sans les prendre en compte le moins du monde en tant que personnes ayant leur mot à dire. Enfin et surtout, elles « se font des idées noires », expression qui désigne bien le désarroi dans lequel ces personnes restent figées, rendant peu à peu les relations impossibles.
Le roi nu
Pour définir des complexes si particuliers, les contes sont souvent d’excellents guides.

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