Le grand livre de l analyse transactionnelle
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Description


Libre et heureux avec l'analyse transactionnelle



Si vous vous sentez parfois prisonnier de scénarios, de rôles, de schémas de comportements et de relations, l'analyse transactionnelle vous offre une grille de lecture éclairante sur les échanges au quotidien. Cet ouvrage pratique et complet vous permettra à travers des exemples, des quiz et des exercices :




  • De comprendre les concepts clés de l'AT : les signes de reconnaissance, les états du moi, les jeux psychologiques, les positions de vie...


  • D'identifier vos besoins fondamentaux, et les enjeux cachés derrière tout échange, appelé "transaction".


  • De prendre conscience des scénarios ou injonctions qui vous ont été imposés, et de vous en libérer.


  • De vivre des relations authentiques et apaisées au sein de votre famille, de votre cercle d'amis, de votre réseau professionnel...




  • Découvrir l'AT, théorie de la communication


    • Les signes d'attention


    • Les positions de vie


    • Les états du moi


    • Les transactions


    • La symbiose et la fusion


    • La méconnaissance


    • Les sentiments authentiques et parasites


    • Les jeux psychologiques


    • La structuration du temps


    • Le scénario de vie


    • Les drivers et personnalités




  • Maîtriser l'AT, théorie du développement


    • Les besoins fondamentaux


    • La construction des positions de vie


    • Les états du moi structurels


    • La construction des émotions


    • La symbiose et la méconnaissance


    • La genèse du scénario de vie


    • Les impasses


    • Les scénarios culturels et transgénérationnels




  • Appliquer l'AT, l'AT en pratique


    • Les contrats


    • Le processus de groupe


    • Le champ psychothérapie


    • Le champ éducation


    • Le champ organisation


    • Le champ guidance


    • L'autonomie




  • Annexe - Historique et institutions

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 décembre 2014
Nombre de lectures 29
EAN13 9782212292466
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0042€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait



  • De prendre conscience des scénarios ou injonctions qui vous ont été imposés, et de vous en libérer.


  • De vivre des relations authentiques et apaisées au sein de votre famille, de votre cercle d'amis, de votre réseau professionnel...




    • Découvrir l'AT, théorie de la communication


      • Les signes d'attention


      • Les positions de vie


      • Les états du moi


      • Les transactions


      • La symbiose et la fusion


      • La méconnaissance


      • Les sentiments authentiques et parasites


      • Les jeux psychologiques


      • La structuration du temps


      • Le scénario de vie


      • Les drivers et personnalités




    • Maîtriser l'AT, théorie du développement


      • Les besoins fondamentaux


      • La construction des positions de vie


      • Les états du moi structurels


      • La construction des émotions


      • La symbiose et la méconnaissance


      • La genèse du scénario de vie


      • Les impasses


      • Les scénarios culturels et transgénérationnels




    • Appliquer l'AT, l'AT en pratique


      • Les contrats


      • Le processus de groupe


      • Le champ psychothérapie


      • Le champ éducation


      • Le champ organisation


      • Le champ guidance


      • L'autonomie




    • Annexe - Historique et institutions

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    Si vous vous sentez parfois prisonnier de scénarios, de rôles, de schémas de comportements et de relations, l’analyse transactionnelle vous offre une grille de lecture éclairante sur les échanges au quotidien. Cet ouvrage pratique et complet vous permettra à travers des exemples, des quiz et des exercices : De comprendre les concepts clés de l’AT : les signes de reconnaissance, les états du moi, les jeux psychologiques, les positions de vie… D’identifier vos besoins fondamentaux, et les enjeux cachés derrière tout échange, appelé « transaction ». De prendre conscience des scénarios ou injonctions qui vous ont été imposés, et de vous en libérer. De vivre des relations authentiques et apaisées au sein de votre famille, de votre cercle d’amis, de votre réseau professionnel…


    France Brécard est psychothérapeute certifiée AT, formatrice et superviseur.
    Laurie Hawkes est psychologue clinicienne, psychothérapeute certifiée AT, formatrice et superviseur.
    Laurie et France ont contribué à fonder l’école d’Analyse Transactionnelle de Paris-Ile de France dont elles sont aujourd’hui associées.
    France BRÉCARD Laurie HAWKES
    LE GRAND LIVRE DE L’ANALYSE TRANSACTIONNELLE
    Septième tirage 2015
    Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
    www.editions-eyrolles.com
    Dans la même collection :
    Le grand livre de l’art-thérapie , Angela Evers
    Le grand livre de l’ennéagramme , Fabien et Patricia Chabreuil
    Le grand livre de l’hypnose , Dr Gregory Tosti
    Ce titre a fait l’objet d’un reconditionnement (nouvelle mise en pages, nouvelle couverture) à l’occasion de son septième tirage. Le texte reste inchangé par rapport au tirage précédent.
    En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
    © Groupe Eyrolles, 2008 pour l’édition originale © Groupe Eyrolles, 2015 pour la présente édition ISBN : 978-2-212-56049-7
    Sommaire

    Introduction
    Galerie de portraits
    Première partie
    DÉCOUVRIR L’AT, THÉORIE DE LA COMMUNICATION
    Chapitre 1 : Les signes d’attention
    Chapitre 2 : Les positions de vie
    Chapitre 3 : Les états du moi
    Chapitre 4 : Les transactions
    Chapitre 5 : La symbiose et la fusion
    Chapitre 6 : La méconnaissance
    Chapitre 7 : Les sentiments authentiques et parasites
    Chapitre 8 : Les jeux psychologiques
    Chapitre 9 : La structuration du temps
    Chapitre 10 : Le scénario de vie
    Chapitre 11 : Les drivers et personnalités
    Deuxième partie
    MAÎTRISER L’AT, THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT
    Chapitre 12 : Les besoins fondamentaux
    Chapitre 13 : La construction des positions de vie
    Chapitre 14 : Les états du moi structurels
    Chapitre 15 : La construction des émotions
    Chapitre 16 : La symbiose et la méconnaissance
    Chapitre 17 : La genèse du scénario de vie
    Chapitre 18 : Les impasses
    Chapitre 19 : Les scénarios culturels et transgénérationnels
    Troisième partie
    APPLIQUER L’AT, L’AT EN PRATIQUE
    Chapitre 20 : Les contrats
    Chapitre 21 : Le processus de groupe
    Chapitre 22 : Le champ psychothérapie
    Chapitre 23 : Le champ éducation
    Chapitre 24 : Le champ organisation
    Chapitre 25 : Le champ guidance
    Chapitre 26 : L’autonomie
    Bibliographie
    Historique et institutions
    Remerciements
    Table des matières
    Introduction
    C ERTAINS LIEUX, À CERTAINES ÉPOQUES , deviennent des centres intellectuels et créatifs tels que les sociétés en retirent des changements définitifs dans leur façon de penser, de vivre, de créer.
    Ce fut le cas à Vienne autour des années 1900. En plus d’apporter au monde l’art nouveau, une architecture d’un style nouveau, et une manière totale de concevoir l’art, Vienne fut aussi le berceau de la psychanalyse, et le lieu de la découverte de l’inconscient. Il a été beaucoup écrit sur les rapports de Freud avec Vienne, et sur le fait qu’il fallait que ce fût à Vienne que le père de la psychanalyse fît part au monde de ses idées entièrement nouvelles sur l’hystérie et la maladie mentale.
    Un jour, sans doute, faudra-t-il écrire un livre sur la Californie des années 1960, et sur ses rapports avec la psychologie humaniste. La Californie d’il y a près de cinquante ans n’était pas seulement le lieu de naissance du « Flower Power » et de la musique qui accompagnait ses adeptes, elle fut aussi le creuset des nouvelles théories de la psyché qui, tout en faisant référence à Freud et à sa théorie, renouvelaient le rapport au langage de l’inconscient et à la relation avec le patient.
    Ainsi, pendant qu’à Esalen, face au Pacifique, Perls échafaudait sa Gestalt-thérapie, à Palo Alto, quelques intellectuels mettaient au point les théories connues plus tard sous le nom de PNL. Pendant ce temps-là, à San Francisco, le mardi soir, se réunissait un groupe de passionnés sous la houlette d’un psychiatre d’origine canadienne, naturalisé américain. Éric Berne, puisque c’est de lui qu’il est question, entraînait ses disciples à la découverte de l’analyse transactionnelle.
    Les séminaires de San Francisco, tout au long de ces années 1960, furent un moment d’intense réflexion, d’échange et de créativité. Chacun venait avec ses cas, ses idées. On confrontait sa pensée, et le maître, Éric Berne, encourageait chacun à réfléchir, à trouver de nouveaux concepts, à apporter sa pierre à l’édifice de l’analyse transactionnelle. Lui-même, écrivain prolifique et efficace, lançait vers le monde le résultat de ces confrontations. Il en résulta plusieurs livres, certains destinés aux professionnels, d’autres au grand public. L’un d’eux 1 fut un best-seller et propulsa l’analyse transactionnelle sur le devant de la scène. Cela lui fut à la fois bénéfique et nuisible.
    En peu de temps, tout le monde connut l’AT et ses états du moi. Chacun se reconnut dans ce que Berne décrivait des jeux psychologiques. Il devint une vedette, et l’analyse transactionnelle une théorie à la mode. Mais le mieux étant souvent l’ennemi du bien, ce succès faillit tuer l’AT. Parce que Berne expliquait simplement et brillamment les rapports humains, les spécialistes prirent l’analyse transactionnelle pour une théorie simpliste. Parce qu’elle plaisait au plus grand nombre, les intellectuels pensèrent qu’elle était superficielle ; enfin parce qu’elle était souvent efficace, certains eurent vite fait de la classer dans les théories pouvant être dangereuses.
    Berne, alors, écrivit un deuxième livre pour le grand public 2 , livre qui devait montrer toute la complexité des concepts de l’analyse transactionnelle et remettre un peu de sérieux dans cet engouement pour l’AT. Mais Berne mourut ayant à peine fini son livre, laissant ses héritiers orphelins, et l’analyse transactionnelle en cours d’élaboration.
    Ce succès, suivi du décès prématuré de Berne, aurait pu voir définitivement la fin de l’analyse transactionnelle. Mais les transactionnalistes – ainsi qu’on les appelle – continuèrent l’œuvre initiée par Berne. Ils apportèrent chacun des idées nouvelles, affinant la théorie, la faisant vivre et évoluer. Aux concepts de base, ils ajoutèrent de nouvelles réflexions, de nouveaux éclairages. Par leur travail, leurs rencontres, ils permirent à une théorie naissante en 1970, date de la mort de Berne, de se faire connaître et accepter en dehors des frontières des États-Unis. Colloques, conférences, congrès furent des lieux où la pensée de Berne et de ses successeurs se développa, où les professionnels du monde entier purent se confronter les uns aux autres et faire avancer la théorie.
    Aujourd’hui, près de quarante ans après la mort de Berne, où en est l’analyse transactionnelle ? Elle est bien vivante et, malgré certaines difficultés, certaines attaques, elle se porte bien. Les professionnels qui l’utilisent, dans le champ de la psychothérapie, mais aussi dans les autres champs – organisation, éducation, guidance –, sont formés avec sérieux et compétence, et en sont les meilleurs ambassadeurs. Et ce sont souvent ses utilisateurs – patients en psychothérapie, participants aux groupes de formations, éducateurs, professeurs – qui font connaître et apprécier l’analyse transactionnelle.
    Sans doute l’idée de Berne de guérir le patient en une séance n’est plus tout à fait d’actualité. Il existe d’ailleurs aujourd’hui plus d’une façon d’exercer le métier d’analyste transactionnel : certains le voient plus sous un jour cognitivo-comportemental, d’autres s’attachent à ses racines psychanalytiques, mais, malgré des différences notables dans les pratiques, il existe une manière de penser la relation à l’autre, de décrire les comportements, héritée de Berne et des prémices de sa théorie : toute personne est vue comme étant « O.K. » 3 . Chacun a la possibilité de penser, donc de changer.
    Dans ce livre, nous avons choisi de développer séparément trois aspects de l’analyse transactionnelle, en trois volets à la fois indépendants et se complétant mutuellement.
    La première partie, consacrée à la théorie de la communication, est une bonne introduction aux concepts de base de l’analyse transactionnelle. Elle concerne particulièrement ceux qui découvrent l’analyse transactionnelle et veulent pouvoir s’en servir dans leur vie quotidienne pour mieux comprendre leurs relations et leurs comportements.
    La deuxième partie concerne l’analyse transactionnelle comme théorie du développement. Elle permet à ceux qui ont déjà une connaissance de l’AT (ou qui viennent de lire la première partie) d’approfondir leur compréhension de la théorie. Elle leur montre combien cette dernière a continué d’évoluer et de s’enrichir au long des années.
    Dans une troisième partie sont abordées les applications plus pratiques : les contrats, mode de travail indispensable pour nous ; les différents champs d’application ; et enfin ce vers quoi tendent tous ceux qui font un travail en analyse transactionnelle : l’autonomie.

    1 . Games People Play , en français, Des jeux et des hommes . Voir en bibliographie .
    2 . What do You Say After You Say Hello ? En français, Que dites-vous après avoir dit bonjour ? Voir en bibliographie .
    3 . Le sens de ce terme sera expliqué plus loin, notamment aux chapitres 2 et 13 .
    Galerie de portraits
    P OUR FAIRE COMPRENDRE la théorie, rien ne vaut des exemples. Afin de rendre ces exemples concrets et vivants, nous avons choisi de vous présenter toujours les mêmes personnages. Autour d’un jeune couple, Pierre et Charlotte, nous vous ferons rencontrer leurs parents, leurs familles et leurs amis. Ainsi vous pourrez les retrouver tout au long de ces pages comme des amis dont vous connaîtrez peu à peu la vie, les joies et les difficultés.
    Pierre, Charlotte, Julien et quelques autres
    Pierre et Charlotte sont un jeune couple, mariés depuis près de trois ans. Ils ont un bébé de 5 mois, Julien, gardé à la maison par une nounou d’origine africaine. Charlotte a fait des études de pharmacie et elle occupe un poste d’adjointe au directeur de production dans un grand laboratoire pharmaceutique. Pierre est un spécialiste de l’informatique. Il travaille dans une société de services où il met au point des logiciels spécifiques pour les besoins des clients de la société.
    Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ?
    Pour mieux comprendre les caractères, les qualités et les difficultés de nos héros, voici en quelques mots la biographie des deux principaux personnages.

    Pierre
    Il est de caractère plutôt réservé et on le dit timide. Il a du mal à entrer en communication avec les autres, reste facilement dans son coin et ne parle pas beaucoup. Charlotte, sa femme a du mal à cerner ce qu’il ressent et est parfois agacée par son manque d’initiatives. À la maison, il fait confiance à Charlotte pour gérer le quotidien. Toujours prêt à l’aider, il ne le fait que quand elle le lui demande et devant les problèmes, il a tendance à se reposer sur sa femme pour prendre les décisions.
    Il est très apprécié dans son travail car il est sérieux et fiable et sous ses dehors plutôt modestes, il est extrêmement compétent et créatif.
    Un peu d’histoire
    Pierre est le fils aîné d’Annette et Michel, deux journalistes qui se sont rencontrés pendant leurs études. Michel, son père, est grand reporter et parcourt le monde pour une agence de presse de réputation internationale. Il est rarement à la maison et a beaucoup laissé la responsabilité de ses deux fils à sa femme qui, après avoir arrêté de travailler pour élever ses enfants, a repris un poste de journaliste dans un magazine littéraire.
    Quand Annette, juste après son mariage s’est trouvée enceinte, elle a plutôt mal vécu sa grossesse. Elle était la fille d’une mère assez indifférente qui l’avait eue trop jeune, et qui avait tout quitté pour suivre son mari, médecin, en Afrique. Si Annette a de très bons souvenirs de son enfance africaine, surtout grâce à la nounou qui l’a élevée et qui a su un peu remplacer sa mère défaillante, elle a peu de souvenirs agréables de ses rapports avec sa mère. Son mariage avec Michel l’a épanouie, mais la grossesse a été pour elle un moment de grande angoisse. Elle se sentait peu apte à avoir un enfant, craignait d’être une mauvaise mère, avait peur d’être envahie par les besoins de l’enfant. Loin d’attendre son enfant dans la sérénité, elle a eu l’impression de vivre neuf fois mois de tensions et d’anxiété. Elle était peu soutenue par son mari qui continuait à courir le monde et ne comprenait pas ses angoisses. Peu proche de sa mère, elle ne pouvait pas lui parler, et n’osait se confier à d’autres femmes. Bref quand le bébé est arrivé, Annette n’était pas au mieux psychologiquement. L’accouchement a été difficile, le bébé avait le cordon autour du cou, il a eu du mal à respirer et on l’a séparé de sa mère quelques jours pour le laisser en observation. De nouveau les angoisses ont assailli Annette. Elle a cru que le bébé était malade ou anormal, qu’on lui cachait la vérité. Quand enfin tout est rentré dans l’ordre, quand elle a pu rentrer à la maison avec son enfant, elle était épuisée. Déjà assez fragile psychologiquement, Annette a mal supporté toutes ces épreuves. Elle a sombré dans une dépression qu’elle a essayé de masquer, mais qui a eu pour conséquence une difficulté à s’occuper du bébé, à être proche de lui, à avoir des contacts chaleureux avec lui.
    Pierre a donc grandi dans un monde assez froid, avec une mère anxieuse et à distance. Ses rapports avec son père ont été plutôt lointains. Il admire l’homme, mais connaît peu le père. Son jeune frère, arrivé à un meilleur moment pour sa mère, a été mieux accueilli et a eu une relation plus affectueuse avec elle.
    Pierre a été un bébé sans problème, très sage, un petit garçon rêveur et un jeune homme silencieux. À l’école, plutôt bon élève, il ne faisait pas beaucoup remarquer mais réussissait avec facilité sans qu’on y prête vraiment attention. Il a eu du mal à se faire des amis, mais peu à peu a établi des relations très solides avec deux ou trois camarades dont il est toujours proche.
    Sa rencontre avec Charlotte a été une révélation. Il a été séduit par elle au premier regard. Timide et peu sûr de lui, il n’osait pas aller vers elle. Mais Charlotte a été touchée par ce grand gaillard aux yeux bleus et à l’air un peu mélancolique. Comme c’est une jeune femme volontaire et énergique, elle a pris l’initiative d‘aller vers lui et d’entamer une relation plus intime. Très vite, il devint clair pour elle que rendre Pierre heureux faisait partie de sa mission sur terre. Pour Pierre, avoir été remarqué par Charlotte était déjà tellement inespéré qu’il ne demandait rien de plus. C’est donc Charlotte qui a parlé de se marier et d’avoir des enfants. Pierre ne pouvait qu’être d’accord. Et voilà comment, 18 mois après leur mariage, le petit Julien est né.

    Charlotte
    C’est une belle jeune femme rousse aux yeux verts. Quand on la voit, on est frappé par son physique et son allure élégante, mais elle-même n’a pas l’air d’avoir conscience de son charme et de sa beauté Ce qui compte pour Charlotte c’est d’être intelligente, elle préfère être reconnue pour ses compétences, son travail, sa culture, ses idées. Elle peut être drôle et légère, mais elle est cependant le plus souvent sérieuse, inquiète de mal faire. Énergique et travailleuse, elle est rarement satisfaite d’elle-même. Exigeante avec elle, elle l’est aussi avec ses subordonnés qui souffrent parfois de ses critiques et de ses difficultés à accepter ce qui n’est pas parfait à ses yeux.
    Un peu d’histoire
    Charlotte est la fille aînée d’Andrée et de Charles. Andrée, sa mère est une femme un peu mondaine, qui s’est mariée très jeune avec un ami de ses frères. Elle n’a jamais travaillé et a dévolu sa vie à son mari et à ses enfants. Elle a pris très à cœur la carrière de son mari, un ingénieur, devenu directeur technique dans l’industrie automobile. Elle a été une épouse idéale, attendant son mari dans un intérieur parfait, recevant les personnes importantes pour lui, lui faisant une vie facile pour qu’il puisse se consacrer à son travail.
    Quand Andrée s’est trouvée enceinte, elle a été folle de joie. Elle se voyait sereine, entourée d’enfants beaux, affectueux, intelligents. Elle pensait que sa vocation était de construire une famille et elle était sûre d’avoir choisi le mari parfait pour cela. La grossesse était pour elle la première étape dans ce chemin de vie. Attendre un bébé a été pour elle un grand moment de bonheur, elle se sentait bien, comblée, heureuse. Bien que mettant au monde son premier enfant, elle a bien vécu l’accouchement et une jolie petite fille a fait son apparition au monde au milieu d’un aréopage d’admirateurs déjà séduit par la jolie frimousse de la petite rouquine.
    Pendant deux ans Charlotte a vécu au paradis. Pour elle le monde était amour, joie, stimulations et admiration. Sa mère était toute à son écoute, son père toute dévotion. Les visiteurs, parents, voisins, amis n’avaient d’yeux que pour elle. Charlotte se sentait une petite princesse entourée de sa cour.
    Et puis un beau jour, patatras, un intrus est venu détruire ce paradis. Charlotte avait deux ans et demi. Elle s’était bien rendu compte que sa maman avait un peu changé, qu’elle était un peu moins disponible et surtout un peu plus grosse, mais rien de vraiment catastrophique. Mais il est arrivé un jour où, après avoir disparu quelques jours, sa maman est rentrée avec un paquet qui hurlait et qui prenait toute son attention… Un paquet en forme de poupon rouge et moche que tout le monde regardait et appelait Sébastien. Pour la princesse Charlotte, c’était une révolution. D’un coup elle n’était plus la seule, l’unique, l’admirée. Ce nouveau bébé avait l’air d’attirer tous les regards et Charlotte semblait oubliée à côté de ce Sébastien gigotant et hurlant.
    Charlotte essaya de lutter, elle cria plus fort que Sébastien, mais on lui fit remarquer qu’elle se devait d’être grande et raisonnable. Elle essaya d’attirer l’attention par tous les moyens, mais sa mère semblait fascinée et définitivement conquise par cette espèce d’idiot de bébé. Seul son père, quand il était là, semblait encore s’intéresser à elle. Mais il fallait qu’elle le sollicite beaucoup, qu’elle lui montre comment elle faisait des progrès à parler, à grandir. Sans le savoir Charlotte en conçut une grande colère et une grande tristesse. Le monde ne fut plus jamais aussi beau que pendant ses deux premières années d’enfance.
    Plus tard à l’école, Charlotte se rattrapa un peu. Élève brillante et intelligente, elle était facilement en tête de classe et recueillait à nouveau tous les compliments. Elle prit l’habitude de séduire par son intelligence. Son père était vraiment fier d’elle quand elle rapportait de bonnes notes. Même sa mère, tout occupée de son fils, se détournait de lui pour la féliciter. C’est donc tout naturellement qu’elle poursuivit de longues études et trouva facilement un travail où elle réussit bien, en travaillant énormément, de sorte qu’elle se sent parfois bien coupable vis à vis de son mari et de son bébé.
    Autour de Pierre et Charlotte gravitent leur famille, leurs amis, leurs collègues. Vous les rencontrerez tout au long des pages de ce livre. Ils vous permettront, par leurs histoires, par leurs caractères, de mieux comprendre ce que nous expliquons. Vous ferez connaissance avec eux chapitre après chapitre. Mais pour vous y retrouver voici quelques indications sur leur vie.
    La famille de Pierre
    Outre Annette et Michel , les parents de Pierre, il y a Jean – dit Jeannot – son jeune frère, un garçon facile à vivre et indépendant qui a pris pas mal de distances avec sa famille. Il est parti finir ses études de droit aux États-Unis, et est resté là-bas travailler dans un grand cabinet d’avocats. Il a peu de contacts avec Pierre et semble vouloir faire sa vie aux USA.
    Jacques , le cousin de Pierre. C’était un garçon un peu gâté, assez frivole. À la suite d’un terrible accident de moto, il a perdu l’usage de ses jambes et a beaucoup changé. Il est devenu plus profond, a changé de perspectives dans sa vie et a trouvé de nouveaux intérêts et de nouvelles relations.
    Les amis de Pierre
    Marc : élevé un peu à la dure, il est celui qui n’a jamais mal, qui ne ressent pas la souffrance. Tout va toujours bien pour lui et il est peu sensible aux difficultés des autres.
    Arnaud : ami d’enfance de Marc, Arnaud s’est toujours senti une âme de voyageur. Pour réaliser son rêve de vastes horizons et d’art, il a appris la photographie. A force d’obstination, il a réussi à se faire connaître dans le milieu.
    Dominique, marié à Dominique : c’est le couple fusionnel par excellence. Ils sont comme deux jumeaux, pensent, sentent, vivent de la même façon. Ils ne se disputent presque jamais et sont toujours et partout ensemble. On ne voit pas l’un sans l’autre.
    La famille de Charlotte
    Andrée, sa mère, est très convenable, conformiste un peu coincée. Elle est dépendante de son mari, mais peut lui faire des scènes épouvantables quand elle a l’impression qu’il ne s’intéresse pas à elle et à tout ce qu’elle fait pour lui.
    Charles est un homme très sûr de lui. Intelligent, cet ingénieur est devenu directeur technique dans l’industrie automobile, responsable de quelques centaines de personnes. Il est fier de sa réussite et peut parfois être arrogant. Il est facilement critique et admet peu la contestation.
    Sébastien, le frère de Charlotte a été l’enfant adoré de sa mère. Il s’est protégé d’elle en se mettant à distance et en lui racontant le moins possible ce qu’il faisait. Il a fait des études d’attaché de presse – il n’a pas l’air très motivé au travail pour l’instant et va de boulot précaire en boulot instable.
    Sarah, la fiancée de Sébastien, est très jeune, très gaie et très spontanée. Elle est toujours prête à rire et à s’amuser. Elle choque parfois les parents de Sébastien par sa façon de s’habiller très à la mode et par son franc-parler un peu déroutant.
    Tante Monique une brune à lunettes a été abandonnée par son mari avec trois enfants et s’en est mal remise. Elle est assez agressive et lance souvent des piques
    La grand-mère veuve, encore pleine d’énergie. C’est la mère d’Andrée, et elle a une relation très proche avec sa petite fille Charlotte.
    La cousine Philippine : elle est née mal-voyante, et elle a été élevée assez durement sans beaucoup tenir compte de son handicap. Ses parents ont tenu à ce qu’elle se débrouille le plus possible par elle-même. Elle est courageuse, et réussit bien dans sa vie.
    Marjorie, la meilleure amie de la mère (connue en pension). Elle a un mari John, alcoolique, qu’elle a beaucoup aidé à s’en sortir.
    Les amis de Charlotte
    Pâquerette : très surprotégée par sa mère, elle a du mal à affronter le monde et ses difficultés.
    Hubert, un ami de fac, c’est le rigolo de service. Toujours prêt à faire des blagues, il met de l’animation partout où il passe. Même si ce n ‘est pas toujours de très bon goût.
    Colette, amie de lycée – c’est une solitaire de nature, quoique mariée avec deux enfants. La vie est souvent lourde pour elle. Elle a l’impression de manquer de temps pour elle. Mariée jeune, a une fille de 8 ans et un fils de 5 ans.
    Jasmina une amie de fac – jeune femme d’origine algérienne, elle a fait beaucoup d’efforts pour se sortir de sa condition de jeune fille des banlieues. Elle a fait ses études à la force du poignet et peut être fière de sa réussite. Diabétique, elle gère sa maladie avec beaucoup de courage. Elle est mariée à Thomas, et a un bébé de 8 mois, Willy.
    Les collègues de Charlotte
    Zoé, l’assistante, est une jeune femme qui a parfois du mal à supporter les critiques de Charlotte. Elle y répond par de la colère et des crises de larmes. Bien que d’apparence solide elle est plus fragile qu’il n’y paraît et a vécu une très forte dépression après plusieurs épreuves douloureuses à vivre.
    Claire, une collègue de Charlotte est plutôt manipulatrice sous des dehors aimables. Charlotte s’en méfie beaucoup .
    Aude, fragile, perfectionniste, perd facilement ses moyens quand c’est difficile. Il faut beaucoup la rassurer et ne pas la brusquer .
    Jerôme, le stagiaire, finit ses études et fait un stage de trois mois. Pas très attentif, il oublie ce qu’on lui demande, a parfois des pannes d’oreiller et met Charlotte en colère par sa légèreté.
    Voici donc notre galerie de personnages. À vous de faire connaissance avec eux tout au long de ces pages.
    PREMIÈRE PARTIE
    DÉCOUVRIR L’AT, THÉORIE DE LA COMMUNICATION
    Chapitre 1
    Les signes d’attention

    Charlotte rentre chez elle, toute contente : elle a réussi à boucler un gros budget dans les temps impartis, et en ne dépassant pas les sommes allouées – exercice particulièrement difficile dans sa profession. Quand elle arrive à la maison, elle se sent légère et impatiente de partager sa réussite avec Pierre. Elle le découvre, immuable, devant son ordinateur. Le bébé a été lavé, nourri et couché par la nounou, et Pierre s’adonne à son sport préféré, surfer sur Internet. Joyeuse, Charlotte se précipite vers Pierre pour lui raconter son succès. Celui-ci l’écoute calmement, la félicite sans montrer autant d’enthousiasme que le désirerait Charlotte, puis retourne à son ordinateur. Charlotte se sent un peu déçue, elle aurait aimé plus de chaleur. Et pourtant elle le connaît, son Pierre. Il ne faut pas trop compter sur lui pour s’emballer et donner les signes d’attention dont Charlotte a besoin et qu’elle attend de lui.
    D ANS CET EXEMPLE, nous voyons une des difficultés majeures de la communication : Charlotte attend un signe de Pierre, et Pierre répond sans enthousiasme à cette attente. Cette anecdote nous montre plusieurs choses :
    les signes de reconnaissance sont importants dans les échanges entre êtres humains ;
    la façon de les demander, de les donner et de les recevoir est différente pour chacun ;
    les besoins de chacun ne se rencontrent pas toujours.
    Selon l’analyse transactionnelle (AT), le signe d’attention, appelé aussi stroke en anglais, est l’unité de la vie sociale. Ces signes peuvent être verbaux ou non verbaux : une parole, un sourire, un regard, un signe de tête pour montrer que nous nous connaissons sont autant de signes de reconnaissance. Ils peuvent être positifs ou négatifs : des compliments ou des critiques. Enfin, nous les recevons différemment suivant qu’ils sont formulés de façon conditionnelle ou inconditionnelle.
    Les différents signes de reconnaissance
    En analyse transactionnelle, toute intervention qui crée une reconnaissance de l’autre est appelée « signe de reconnaissance ». Nous faisons souvent à peine attention à ce flot constant d’échanges avec les autres. Mais, si ces signes viennent à manquer, nous nous sentons mal, et parfois même nous déprimons.
    Les signes conditionnels ou inconditionnels
    Si les signes conditionnels renvoient à notre comportement – à ce que nous faisons –, les signes inconditionnels renvoient à notre personne – à ce que nous sommes –, et sont très chargés d’intensité. Quand ils sont positifs, ils nous remplissent de chaleur et de joie, nous sommes agréablement touchés et nous nous sentons bien. Cependant, certaines personnes refusent ces signes positifs. Ayant été élevées dans la pénurie, elles ont du mal à accepter le positif.
    Les signes inconditionnels négatifs sont difficiles à entendre. Ils nous renvoient une image de nous-mêmes négative, et peuvent être destructeurs quand, par exemple, ils s’adressent à un enfant qui n’a pas les moyens de relativiser ce qu’il perçoit.
    LES SIGNES DE RECONNAISSANCE INCONDITIONNELS
    LES SIGNES INCONDITIONNELS POSITIFS TYPIQUES
    Je t’aime énormément ;
    je te trouve intelligent ;
    j’apprécie ton sens de l’humour.
    LES SIGNES INCONDITIONNELS NÉGATIFS TYPIQUES
    Tu es méchante ;
    tu es vraiment insupportable ;
    je déteste tes grands airs.
    Les signes conditionnels, eux, sont moins chargés d’intensité – qu’ils soient positifs ou négatifs. Il est agréable de savoir qu’on apprécie notre coiffure, mais cela nous touche moins que de nous savoir aimés ! Les signes conditionnels négatifs sont parfois difficiles à entendre, mais ils permettent, si nous les écoutons avec un peu de distance intérieure, de modifier des comportements problématiques, de progresser dans notre travail, d’apprendre d’autres façons d’agir. Dans ce cas, tout dépend de la façon dont ils nous sont présentés.
    LES SIGNES DE RECONNAISSANCE CONDITIONNELS
    LES SIGNES CONDITIONNELS POSITIFS TYPIQUES
    j’aime ta robe ;
    j’apprécie beaucoup ton travail ;
    tu as bien compris ce dont je parle.
    LES SIGNES CONDITIONNELS NÉGATIFS TYPIQUES
    je déteste que tu me fasses attendre ;
    tu as fait une grosse bêtise ;
    ton rapport n’est pas assez travaillé.
    Nous baignons dans un flux constant de signes de reconnaissance. À moins de vivre très isolés, nous recevons toujours quelques signes non verbaux en quittant notre maison le matin, en arrivant au travail, ou en allant au marché. Selon les circonstances, ces signes sont plus moins nombreux, plus ou moins chargés d’intensité.
    Les signes verbaux sont plus explicites, plus simples à intégrer. Ils demandent, de la part de l’émetteur, d’au moins s’impliquer un peu dans la relation. Il est plus difficile pour le receveur de les ignorer.
    Les signes de reconnaissance verbaux et non verbaux
    LES SIGNES DE RECONNAISSANCE VERBAUX
    LES SIGNES POSITIFS TYPIQUES
    Quelle bonne soirée, j’ai passée, merci ;
    j’adore ta nouvelle coiffure ;
    très bien, ton intervention ce matin, auprès de l’équipe.
    LES SIGNES NÉGATIFS TYPIQUES
    Tu t’es encore trompé ;
    tu es vraiment mal coiffée ;
    comment as-tu pu acheter une telle horreur !
    Les signes non verbaux sont souvent plus discrets, donc plus faciles à ignorer. Un sourire, un signe de tête, un clin d’œil nous rapproche de la personne qui nous les envoie. Même si ces signes sont moins chargés d’intensité émotionnelle, leur absence ou la non-réponse à l’un d’eux peuvent être vécues comme douloureuses. La preuve en est cette réflexion, souvent entendue dans les entreprises : « Il est méprisant, il ne me salue pas quand on se rencontre. »
    LES SIGNES DE RECONNAISSANCE NON VERBAUX
    LES SIGNES POSITIFS TYPIQUES
    Un sourire ;
    un petit signe de la main ;
    un clin d’œil ;
    un geste amical.
    LES SIGNES NÉGATIFS TYPIQUES
    Un regard qui se détourne à mon approche ;
    la grimace d’un collègue à la lecture de mon rapport ;
    des gestes insultants ;
    pas de réponse à ma demande.
    Ces différents exemples montrent que, selon les signes que nous recevons, nous pouvons nous sentir plus ou moins bien. Les signes positifs, conditionnels ou inconditionnels, sont en général bienvenus, mais ils peuvent aussi tomber à plat : si nous attendions un signe de reconnaissance sur notre intelligence ou notre compétence, nous pouvons nous sentir mal compris en recevant un signe sur notre gentillesse ou notre aspect physique.

    Charlotte fait une présentation devant la direction des nouveaux projets de la société. Cet exposé lui a demandé beaucoup de travail, et elle se sent angoissée. À la fin de la séance, un de ses collègues vient la voir et lui dit combien il l’a trouvée belle pendant qu’elle faisait sa présentation. Charlotte se sent mal à l’aise et légèrement agacée par cette intervention. Ce n’est pas le signe qu’elle attendait : elle voulait être félicitée pour son travail.
    À l’inverse de notre exemple, si nous attendons des mots d’amour, nous serons déçus d’entendre des compliments sur notre efficacité !
    Dans d’autres cas, nous recevons mal les signes positifs, parce qu’ils ne correspondent pas à ce que nous pensons de nous, ou parce que nous ne les croyons pas sincères. Parfois encore, nous donnons peu de la valeur à ce que nous disent nos amis, sous prétexte que, en tant qu’amis, ils ne sont pas objectifs ! Ce sont là quelques façons de filtrer les signes de reconnaissance. Nous avons chacun notre manière de procéder, en fonction de notre culture, de notre propre image, de ce que nous avons appris à penser de nous. Filtrer les signes positifs, c’est dommage. Mais certaines personnes arrivent aussi à filtrer les signes négatifs. Ce peut être une force, et parfois une faiblesse.
    Nous recevons parfois des signes de reconnaissance qui ne sont pas sincères, on les appelle des strokes en toc. Ils ont l’air authentique, mais nous sentons bien qu’ils sont donnés mécaniquement, ou pour obtenir quelque chose de nous. Ils nous semblent manipulateurs et sont plus dérangeants qu’agréables à entendre. Il est plus sage de ne pas les croire.

    Charlotte a une collègue, Claire, spécialiste de ce genre de manipulation. Elle arrive le matin tout sourire et complimente Charlotte pour son esprit de synthèse, et sa grande capacité à rédiger des rapports intelligents, bien présentés. Puis, peu de temps après, elle lui demande de l’aide et lui laisse faire tout le travail. Après deux ou trois expériences de ce type, Charlotte a compris et ne se laisse plus faire.
    La confusion entre signes de reconnaissance négatifs conditionnels et signes de reconnaissance négatifs inconditionnels est une autre difficulté. Les signes négatifs conditionnels sont nécessaires dans certaines relations : apprentissage, éducation, vie professionnelle. Les signes inconditionnels négatifs sont toujours destructeurs : ils portent sur l’essence même de la personne et l’enferment dans le négatif.
    Cependant, il arrive qu’on prenne un signe conditionnel négatif (« Tu n’as pas bien travaillé ») pour un signe inconditionnel négatif (« Tu es nul »). Les personnes qui font cette confusion ont des difficultés à entendre la critique, alors qu’une critique bien formulée peut se révéler constructive.
    Les signes de reconnaissance conditionnels négatifs sont indispensables pour faire progresser une personne dans son éducation ou son apprentissage : elle doit savoir que ce qu’elle fait n’est pas adapté. Cependant, l’impact des signes négatifs est tel que la personne peut se décourager et s’inhiber. C’est souvent le cas des enfants, qui prennent les signes conditionnels pour des signes inconditionnels. Il faudrait cinq signes de reconnaissance positifs pour compenser un signe de reconnaissance négatif. Il est donc important, dans les situations d’apprentissage, de donner aussi des signes positifs.
    En France, dans les études, dans la vie professionnelle, on privilégie souvent les signes négatifs pour faire progresser les étudiants ou les salariés. Cette façon de faire a des avantages : elle crée des élites solides face à la critique, sachant réagir dans les moments difficiles. En revanche, elle présente de graves inconvénients pour les personnalités plus fragiles, moins brillantes, qu’elle décourage et empêche de faire des expériences qui leur seraient nécessaires – même si ces expériences ne sont pas toujours couronnées de succès.

    Depuis son enfance, tout le monde répète à Pierre qu’il est timide. Pour lui, cette étiquette est plutôt négative. Aussi, devant chaque nouvelle situation de rencontre ou d’échange, Pierre se sent-il démuni, pas à la hauteur. Il a tendance à fuir le contact et à se réfugier chez lui, devant son ordinateur par lequel il ne se sent pas jugé.
    Nous verrons, dans la deuxième partie de ce livre, de quelle manière nous sommes tributaires des signes de reconnaissance au cours de notre développement. Mais, dans cette première partie sur la communication, il est bon de souligner que les signes de reconnaissance sont indispensables à notre survie, et que nous sommes souvent prêts à beaucoup de choses pour en obtenir. Ainsi, plutôt que d’affronter l’indifférence et l’absence de signes de reconnaissance, nous préférons parfois recevoir des signes négatifs.

    Une scène d’autrefois : Charlotte, âgée de six ans, joue avec son petit frère, Sébastien, pendant que toute la famille est à table. Personne ne s’occupe d’eux. Soudain, Charlotte veut absolument le jouet de son frère, elle pince Sébastien pour qu’il le lâche. Le petit garçon hurle. Toute la famille se retourne. Sébastien est consolé, Charlotte réprimandée. À première vue, Charlotte n’a que ce qu’elle mérite. Mais en réalité, ce qui se joue dans cette petite scène ordinaire, c’est la manière dont Charlotte obtient des signes négatifs, plutôt que de supporter le vide de la non-attention.
    Le manque et la dépendance
    Le besoin de signes de reconnaissance peut nous amener à des stratégies plus ou moins conscientes pour satisfaire cette demande. On voit ainsi des personnes âgées isolées parler à la caissière du supermarché, ou aux passants dans la rue, juste pour remplir le vide créé par le manque. Sous la pression de ce besoin, certains peuvent s’accrocher à des personnes (amis, collègues, conjoints) qui leur donnent ces signes de reconnaissance tant attendus. Et des relations qui semblent néfastes perdurent, parce que la peur du manque de signes de reconnaissance est plus forte que la difficulté à vivre cette relation.
    Dans le manque de signes de reconnaissance, nous nous flétrissons, nous nous isolons, nous perdons notre capacité à vivre. C’est pourquoi ce manque peut conduire à la dépression. La dépression étant une maladie qui dresse une barrière entre soi et les autres, les personnes dépressives entrent dans un cercle vicieux : elles auraient besoin de plus de signes de reconnaissance pour guérir, et leur maladie les empêche de rechercher et de trouver ces signes.
    Il est frappant de voir combien nous sommes tous différents dans notre besoin de signes de reconnaissance. Certains vont chercher des signes sur leur beauté, d’autres sur leur intelligence, leur compétence, ou leur gentillesse ; certains, encore, sur ce qu’ils sont en tant que personnes, et d’autres sur ce qu’ils font. Mais, au-delà de la qualité des signes que nous recherchons, nous sommes aussi différents sur la quantité de ce besoin. Une personne peut se sentir bien toute la journée, parce qu’elle a reçu un signe positif d’un être cher – alors qu’une autre ne se sent dopée que par les signes de reconnaissance reçus en grande quantité (par exemple, les hommes politiques en meeting, ou les artistes recevant une ovation à la fin d’un spectacle).
    Il est nécessaire de prendre conscience de notre besoin de signes de reconnaissance, et d’apprendre à trouver la quantité et la qualité de signes de reconnaissance qui nous sont utiles. Pour cela, nous vous proposons un tableau dit de l’économie des signes de reconnaissance ( figure 1 ). Ce tableau permet de faire l’état de votre façon de gérer les signes, positifs ou négatifs. Suivant la façon dont vous l’aurez rempli, vous pourrez mettre en place de nouvelles stratégies pour recevoir ce qui vous convient.
    Le tableau de l’économie des signes de reconnaissance
    Nous voyons comment Pierre gère son rapport aux signes de reconnaissance ( figure 1 ). Il n’est pas à l’aise dans la zone « donner » : il ne sait pas bien donner de signes positifs, encore moins de signes négatifs. Quand on lui en donne et qu’il doit les accepter, il laisse plus facilement entrer les signes négatifs que les signes positifs. Il demande très peu de signes positifs, mais il attire – de façon modérée – les signes négatifs. Enfin, il sait refuser les signes positifs, soit en ne les entendant pas, soit en les dévalorisant. Dans la dernière colonne, nous voyons qu’il a du mal à s’encourager et peut être extrêmement critique à son propre égard.
    Pour remplir votre propre tableau ( figure 2 ), pensez à une journée ordinaire, et calculez approximativement le nombre de signes de reconnaissance positifs ou négatifs que vous donnez, recevez, demandez, refusez et vous donnez à vous-même. Notez-les de 0 à 100, et montez les colonnes en positif et en négatif.


    Figure 1 – Tableau de l’économie des signes de reconnaissance de Pierre


    Figure 2 – Votre tableau de l’économie des signes de reconnaissance
    Comment changer
    Pour chaque colonne, regardez ce que vous voulez augmenter ou diminuer.
    DONNER
    Pour augmenter les signes positifs, donnez-vous comme consigne de donner au moins trois signes positifs de plus par jour et par personne que vous côtoyez. À la fin de la journée, faites le point, et voyez comment vous avez rempli la consigne : était-ce difficile ? Avec qui était-ce le plus facile ? Quel genre de signes avez-vous eu du mal à donner ? Quels sont ceux que vous donnez facilement ? Voilà les points que vous pouvez améliorer, jour après jour. Cela fonctionne comme un apprentissage : plus on pratique, plus on progresse.
    Êtes-vous de ceux qui ont du mal à donner des signes négatifs (c’est un cas plus rare) ? Alors, exercez-vous à en donner un ou deux par jour, d’une façon appropriée, et pour faire progresser la personne à qui vous le donnez.
    Pour diminuer les signes négatifs, chaque fois que vous êtes sur le point de faire une critique, demandez-vous si cette critique est utile à la personne, et si cela l’aide à s’améliorer. Si vous pensez que le signe négatif est indispensable, faites-le de manière conditionnelle, en attirant l’attention de cette personne sur son comportement et non sur ce qu’elle est.
    ACCEPTER
    Accepter les signes positifs n’est pas toujours facile. Certains ont tendance à ne pas les écouter, à les déformer, ou à se justifier. Pour les accepter, la seule consigne est de dire merci, de les accepter en parole, et d’en garder au moins quelque chose.
    Il nous arrive aussi de refuser les signes positifs en croyant qu’ils sont faux, uniquement parce que nous n’avons pas été habitués à recevoir ni à accepter les signes de reconnaissance. Dans ce cas, il est intéressant de se demander pourquoi nous refusons un signe positif, quelle croyance à notre propre sujet empêche que nous les acceptions.
    Accepter les signes négatifs est encore plus difficile. Souvent, ils peuvent nous paraître déplacés ou injustes. Là encore, plutôt que nous défendre et nous justifier, il est intéressant d’apprendre à les écouter et à nous demander en quoi ils possèdent un peu de vérité. Entendre les signes de reconnaissance négatifs peut nous permettre de mieux nous connaître, et de comprendre l’image que nous renvoyons aux autres.
    DEMANDER
    La meilleure manière d’obtenir des signes de reconnaissance est encore de les demander. Mais, très souvent, on se dit que cela ne se fait pas.
    Faites l’expérience de demander à vos amis de vous dire quelque chose de gentil. Ou alors, lorsque vous faites quelque chose de nouveau, osez demander à des gens bien intentionnés ce qu’ils en pensent. Vous verrez que, très vite, vous trouverez des personnes qui sauront vous encourager. Vous courrez aussi le risque de recevoir des signes négatifs. Mais si vous apprenez à mieux les gérer, vous pourrez affronter ce risque.
    En revanche, si vous avez pris conscience de votre tendance à demander des signes négatifs, demandez-vous pourquoi. Que cherchez-vous ? Cela vous aide-t-il ? Sinon, pouvez-vous inverser la tendance et demander plutôt des signes positifs ?
    REFUSER
    Certains signes de reconnaissance – particulièrement les signes négatifs, mais parfois aussi les signes positifs – sont tellement douloureux à entendre que nous les prenons tels quels, sans nous demander qui et pour quelle raison on nous les a donnés.
    Refuser, pour notre bien, les signes positifs, cela signifie ne pas laisser entrer les signes positifs qui ne nous conviennent pas – soit parce qu’ils ne correspondent pas à ce dont nous avons besoin, soit parce que nous les trouvons « en toc ».
    Refuser les signes négatifs revient à ne pas prendre pour argent comptant toute les critiques, et à regarder calmement ce que nous pouvons en garder. Un grain de vérité critique fait moins mal qu’une critique à 100 %.
    Il est important, par contre, de toujours refuser les signes inconditionnels négatifs. Même si vous n’êtes ni gentil, ni compétent, ni sérieux à un moment de votre vie, ce n’est qu’un comportement. Il ne s’agit pas de vous dans toute votre complexité.
    SE DONNER
    Plus nous nous critiquons, plus nous sommes durs et exigeants avec nous-mêmes, plus nous sommes en manque de signes de reconnaissance positifs venant de notre part, et plus nous sommes dépendants de l’extérieur pour nous en donner. Si nous apprenons à être notre meilleur ami en nous félicitant de nos réussites, en nous encourageant quand c’est difficile, nous deviendrons plus autonomes. Regardez comment, dans une journée, vous vous donnez des signes négatifs, et sur quels sujets. Puis donnez-vous pour consigne de vous donner au moins trois signes positifs par jour, surtout sur les sujets où vous manquez de confiance.
    À l’inverse, se donner des signes négatifs peut être important pour progresser. Mais la façon dont vous vous critiquez peut vous aider ou, au contraire, vous décourager. Faites-vous des critiques constructives fondées sur les faits, et non sur des aspects subjectifs.

    Exercice
    L E PETIT TÉLÉGRAPHISTE
    Cet exercice se pratique en groupe d’au moins cinq personnes.
    Dans le groupe, on désigne une personne comme étant le petit télégraphiste. Les autres écrivent chacun sur une feuille un signe de reconnaissance (de préférence positif, conditionnel ou inconditionnel) destiné à une personne du groupe. Ils notent le nom du destinataire, et le petit télégraphiste est chargé de transmettre ces billets. Ensuite, chaque participant lit les signes qu’il a reçus.
    Il est possible de répondre, commenter ou garder le signe pour soi. À la fin, le petit télégraphiste est récompensé par un stroke donné par chacun des participants.

    Exercice
    L ES CADEAUX DE N OËL
    Cet exercice est à jouer en famille ou entre amis, au moment des fêtes, mais aussi dans toutes les occasions où l’on se retrouve en groupe.
    Tous sont réunis autour de la table ou du sapin de Noël. Une première personne s’adresse à l’un des participants, en commençant sa phrase par : « Ce que j’aime chez toi, c’est… » Puis, celui qui a reçu le stroke prend à son tour la parole et s’adresse à une troisième personne, en disant : « Ce que j’aime chez toi c’est… » Et ainsi de suite, jusqu’à ce que le tour complet soit fait. On peut recommencer l’exercice plusieurs fois jusqu’à épuisement des signes.
    Consigne : celui qui reçoit le signe de reconnaissance l’accepte sans commentaire, en disant merci. Les signes donnés doivent êtres sincères, et ressentis par celui qui les donne.
    Les signes d’attention nous sont indispensables. Notre bien-être, notre rapport à la vie dépendent de la façon dont nous les donnons, et dont nous les recevons. Par conséquent, nous ne devons pas rester passifs devant notre besoin de signes de reconnaissance. Il est de notre responsabilité de faire en sorte que nos besoins soient satisfaits – et nous avons les moyens de demander et de recevoir les signes qui nous sont nécessaires.
    Chapitre 2
    Les positions de vie
    Comment vous voyez-vous ?

    Ce soir encore, Charlotte rentre de son travail contente d’elle : elle a réussi une présentation difficile. Elle se tourne vers Pierre, lui raconte son succès, et attend qu’il la félicite. Mais Pierre semble indifférent à sa joie. Charlotte part dans la cuisine, préparer le dîner. Elle se sent incomprise, abandonnée et en colère. Pierre est retourné à son ordinateur, beaucoup plus simple à comprendre que les femmes. Il se sent vaguement coupable, mais ne sait pas trop de quoi. Il se dit que, avec Charlotte, il n’est guère à la hauteur : non seulement elle est beaucoup plus brillante et intelligente que lui, mais il ne sait pas la comprendre.
    D ANS CET EXEMPLE, nous voyons que Charlotte a une vision assez positive d’elle-même, alors que Pierre a une vue plus dévalorisée de lui-même. Chacun a ainsi une vision de lui-même et des autres, et cette vision est soit positive soit négative : c’est ce que l’on appelle la « position de vie ».
    Selon Berne, la position de vie est un concept de valorisation ou de dévalorisation, que l’on retrouve tout au long de sa vie. Il s’agit d’un système de croyances sur soi, sur les autres et sur le monde, qui concerne la valeur fondamentale – et souvent constante – que chaque individu attribue à lui-même et aux autres.
    Élaborée très tôt, la position de vie est le résultat, pour chacun, de la façon de s’être senti accueilli dans l’enfance. C’est la position que le petit enfant choisit en fonction de sa compréhension du monde, de la manière dont il se voit et dont il voit les autres. Et même si cette position évolue tout au long de notre vie, la position primaire fondamentale reste toujours sous-jacente à notre vision du monde.
    Les différentes positions de vie
    Les quatre positions répertoriées
    +/- JE SUIS O.K., LES AUTRES NE LE SONT PAS
    Les personnes situées dans cette position se sentent plus importantes que les autres. Elles voient leurs prochains comme peu capables, faibles, sans ressource, ou même mauvais. Quand quelqu’un est dans cette position, l’autre ne peut rien lui apporter.
    -/+ JE NE SUIS PAS O.K., LES AUTRES LE SONT
    Dans cette position, les personnes se considèrent peu importantes, ou moins que les autres. Elles se sentent dévalorisées, incapables et sans ressource. Elles perçoivent les autres comme plus forts, capables et adaptés au monde qu’elles-mêmes. C’est une position que l’on qualifie de dépressive.
    -/- JE NE SUIS PAS O.K., LES AUTRES NON PLUS
    Les personnes se plaçant dans cette position ont une vision d’elles-mêmes et des autres très négative. Elles ont l’impression de ne pas valoir grand-chose, et que les autres ne valent pas mieux. C’est une position désespérée, et ceux qui s’y trouvent peuvent être suicidaires.
    +/+ JE SUIS O.K., LES AUTRES AUSSI
    Dans cette position, les individus ont une bonne image d’eux-mêmes et des autres. Ils peuvent communiquer à égalité, dire ce qu’ils sont, et entendre leurs interlocuteurs. Cette position permet d’aller de l’avant avec l’autre.

    Exercice
    R ÉFLEXION
    Voilà une liste de situations de la vie courante, professionnelles ou privées. Pour chacune de ses situations, demandez-vous ce que vous diriez, sur vous et sur les autres, si cette situation vous arrivait.
    La personne rencontrée il y a trois jours, qui vous a tellement plu, vous appelle pour vous inviter à dîner.
    Votre patron ne répond pas au mail dans lequel vous avez détaillé vos idées concernant le projet qu’il vous a confié.
    On vous confie la responsabilité d’un nouveau service.
    Votre ami(e) d’enfance vous prévient au dernier moment qu’il (elle) ne peut pas déjeuner avec vous.
    Vous présentez votre nouveau projet devant toute votre équipe.
    Vous vous présentez à un nouveau poste, et vous êtes assis plus bas que la personne qui vous reçoit.
    Votre conjoint vous reproche une erreur que vous avez faite.
    Votre mère vous appelle pour vous inviter à déjeuner dimanche prochain, alors que vous aviez envie de vous promener avec des amis.
    Vous devez annoncer à votre nouvel assistant que vous ne pouvez pas prolonger son CDD.
    Vous obtenez une promotion à la place de votre collègue de bureau, qui l’attendait depuis deux ans.
    Demandez-vous à quelle position de vie correspond chacune de vos réponses. Puis cherchez d’autres situations, et notez les positions de vie qui y correspondent.
    Les quatre positions de vie sont résumées dans le tableau ci-dessous ( figure 1 ). Ce tableau montre comment nous nous situons par rapport aux autres, en fonction de la position adoptée.


    Figure 1 – Diagramme des positions de vie ou O.K. Corral
    Cette façon de dessiner ses positions de vie s’appelle l’« O.K. Corral ». Elle permet de voir le temps que nous passons dans chaque position et de comprendre mieux comment se passent nos relations avec les autres.
    Bien que nous ayons une position fondamentale de départ, nous changeons de position selon notre humeur et la quantité de stress que nous subissons. Nous changeons aussi en fonction des situations ou des personnes que nous rencontrons. Nous pouvons avoir une position +/- dans notre vie professionnelle, en restant en position -/+ dans notre vie amoureuse. De même, il nous arrive de traverser des périodes positives, durant lesquelles nos liens sont solides et enrichissants, nous obtenons ce que nous désirons, et nous nous sentons +/+. Mais il suffit de quelques orages dans notre vie affective ou professionnelle pour que nous revenions à notre position favorite.

    Charlotte est majoritairement dans la position +/-. Elle a une position haute vis-à-vis des membres de son équipe et de Pierre. Cependant, elle passe aussi par la position -/+ en particulier lorsqu’elle a des difficultés avec son patron et qu’elle n’arrive pas à l’amener à ses arguments. Étant combative et volontaire, Charlotte est rarement en position -/-. Pourtant, cela lui arrive certains soirs de découragement, quand rien n’a réussi au bureau, qu’elle rentre pour trouver Pierre absorbé par son ordinateur, et que le bébé hurle sans que rien ne semble le calmer. Heureusement cette position ne dure jamais longtemps, et Charlotte retrouve de l’énergie. Quand tout va mieux, que le bébé s’est réveillé en gazouillant, qu’elle a eu le sentiment d’avoir bien travailler, et que ses collaborateurs ont avancé en faisant ce qu’elle leur avait demandé, elle se sent à nouveau en position +/+.
    On peut donc dessiner le diagramme des positions de vie de Charlotte de la façon suivante ( figure 2 ).


    Figure 2 – Diagramme des positions de vie de Charlotte

    Pour Pierre, le diagramme est inversé. Il a tendance à être dans la position -/+. Il se sent peu important et a l’impression que les autres se débrouillent mieux que lui. Quand il est en butte aux colères de Charlotte ou à l’indifférence de ses collègues, il traverse des périodes durant lesquelles il se sent mal, en position-/- même s’il ne le montre pas. Cependant, grâce à ses réussites professionnelles, à l’amour de Charlotte, au plaisir d’avoir un beau bébé, il prend conscience de son bonheur et atteint la position +/+. Et depuis quelque temps, il lui arrive de se rebeller et de tenir la position +/ –, lorsqu’il s’estime dans son bon droit, surtout dans sa vie professionnelle.


    Figure 3 – Diagramme des positions de vie de Pierre

    Exercice
    D ESSINEZ VOTRE PROPRE DIAGRAMME
    Dans la semaine qui vient, gardez à portée de main quatre feuilles de papier. Chacune a un titre :
    Je suis O.K., vous êtes O.K.
    Je suis O.K., vous n’êtes pas O.K.
    Je ne suis pas O.K., vous êtes O.K.
    Je ne suis pas O.K., vous n’êtes pas O.K.
    Pour chaque situation, mettez une croix sur la feuille qui représente votre position. À la fin de la semaine, totalisez les croix sur chaque feuille et dessinez votre enclos O.K.
    La position sociale et la position psychologique
    Nous avons tous une position privilégiée – même si nous nous apercevons que cette position n’est pas toujours celle que nous montrons, et qu’il y a un décalage entre ce que nous ressentons et ce que nous exprimons. Nous pouvons avoir l’air sûrs de nous, donner une image dominatrice, et pourtant nous sentir comme un enfant effrayé. À l’inverse, certaines personnes vont paraître faibles, sans ressource, en position basse, et se sentir intérieurement en colère et méprisantes.
    Cette différence entre ce que nous montrons et ce que nous sommes est la différence entre notre position sociale – celle que nous avons adoptée dans la relation à l’autre –, et notre position psychologique – celle que nous avons construite au cours de notre développement. La position sociale est le plus souvent une protection construite pour se défendre de la position psychologique. C’est pourquoi on rencontre plus de personnes montrant une position haute pour cacher leur faiblesse ressentie, que le contraire.
    Si nous ne voyons que la position sociale, les personnes en position +/– paraissent difficile à supporter : elles peuvent se montrer arrogantes et peu soucieuses de l’autre. Cependant, si nous arrivons à garder à l’esprit que, derrière chacun de ces adultes pleins de certitudes, il y a un enfant qui se bat contre sa peur, peut-être pourrons-nous mieux les supporter.
    Les personnes en position sociale -/+ peuvent paraître plus faciles à vivre. Elles ont tendance à nous situer en position haute et à nous parer de beaucoup de qualités – ce qui n’est pas désagréable. Cependant, derrière cette apparence d’humilité, il peut y avoir beaucoup de colère, de ressentiment et d’humiliation. Ces émotions refoulées empêchent de rencontrer la « vraie » personne.
    La position haute et la position basse
    Nous avons tous déjà rencontré des personnes qui veulent absolument avoir raison. Si nous sommes honnêtes, cela nous arrive aussi. Quel besoin avons-nous de montrer que nous savons mieux que l’autre ? C’est une façon de garder la position haute.
    Si nous regardons un enfant de six ou sept ans, nous voyons combien il a de mal à reconnaître ses erreurs, à avouer s’être trompé. Quand nous défendons notre position à tout prix, nous sommes souvent comme cet enfant refusant de dire qu’il ne sait pas, de peur d’être en position basse.
    Beaucoup de conflits entre personnes, entre groupes, entre pays viennent de cette difficulté. La position haute semble la seule possible, et il faut la maintenir coûte que coûte. On a souvent dit que l’arrivée d’Hitler au pouvoir avait permis aux Allemands de retrouver leur position haute, perdue en 1918.

    Charlotte a demandé à un de ses collaborateurs un rapport sur un produit concurrent. Celui-ci lui a remis son travail, mais Charlotte ne le retrouve plus. Zoé, son assistante, a cherché partout et ne l’a pas trouvé non plus. Charlotte se sent vaguement fautive, pourtant elle pense que c’est Zoé qui l’a mal rangé. Elle devient agressive envers son assistante et s’énerve. Mais, deux jours plus tard, en fouillant dans un de ses tiroirs, elle retrouve son dossier. Un peu confuse, Charlotte le montre à Zoé, s’excuse du bout des lèvres, et finit par lui dire que cela ne serait pas arrivé si cette dernière était mieux organisée. Pour Charlotte, il est vraiment difficile de reconnaître ses erreurs. Elle a l’impression d’être faible, en butte à tous les méchants qui pourraient lui faire du mal.
    Pourquoi la position basse est-elle si dangereuse ? C’est sans doute qu’au cours de notre enfance, alors que nous étions faibles, apeurés et fragiles, les personnes ayant le pouvoir profitaient de notre faiblesse. La position basse nous apparaît comme la réminiscence de ces expériences négatives où nous nous sentions dominés et abusés. En restant en position haute, nous avons la pensée ou l’illusion d’être forts, que personne ne peut nous atteindre.
    La position basse peut aussi être défensive. Une personne maltraitée, ayant vécu des difficultés dans son enfance, peut accumuler beaucoup de haine, de colère, et ne pas le montrer. Elle peut donner une apparence de gentille personne en position -/+, parce qu’elle a compris qu’elle risquait moins d’être agressée de cette façon. Mais cela ne l’empêche pas de se sentir psychologiquement +/ –, ou -/-.

    Claire, la collègue de Charlotte, se montre souvent en position basse. Elle ne sait pas se débrouiller, admire Charlotte pour ses qualités d’organisatrice et son esprit de synthèse, et lui demande souvent conseil. Pourtant, quand on la connaît bien, on s’aperçoit que, sous cette position sociale aimable, Claire cache beaucoup d’agressivité. Elle se sent en sécurité en position -/+, mais elle envie Charlotte, dit du mal d’elle, et voudrait prendre sa place.
    La position de vie -/- est une position désespérée. Les personnes qui se sentent dans cette position ont une vision très négative et pessimiste d’eux-mêmes et des autres. Cette position est rarement défensive, parce qu’elle ne nous aide pas à vivre, mais elle est, le plus souvent, existentielle. Pour éviter de ressentir ce désespoir, les personnes dans cette position de vie adoptent une position défensive – /+ ou +/ –, et se situent dans la position -/- en situation de difficulté ou de stress. Elles vont alors contacter de nouveau ce sentiment désespéré, dans lequel elles n’ont aucune importance, et les autres ne peuvent rien pour elles.

    Zoé est généralement une personne sans aspérités. Elle se présente comme aimable, efficace, plutôt satisfaite de sa vie. Or, deux ans auparavant, elle a sombré dans une grave dépression. Sans qu’elle en ait parlé à personne, elle a été confrontée à plusieurs difficultés simultanées. Sa mère est tombée gravement malade, atteinte d’un cancer au pronostic défavorable ; son compagnon, avec lequel Zoé vivait depuis deux ans, a déclaré qu’il s’ennuyait dans cette relation et qu’il voulait vivre sa vie ailleurs ; et, dans son travail, elle s’est trouvée en butte aux harcèlements d’un patron misogyne et agressif. Tous ces stress cumulés ont eu raison de son état psychique. Après avoir serré les dents pendant plusieurs semaines, elle s’est réveillée, un matin, incapable de se lever, dans un état de fatigue avancé, ayant perdu le goût de vivre. Elle se sentait nulle, ne pouvant maîtriser sa vie, et ne voyait personne sur qui s’appuyer. Pour elle, le monde était un univers hostile où elle n’avait plus sa place.
    Notre position de vie favorite est inconsciente et compulsive. Elle n’est pas raisonnée. Cependant, certains peuvent choisir de se mettre dans une position haute ou basse, de façon volontaire. Dans ce cas, c’est de la stratégie, et ce n’est plus une partie de notre personnalité. Cette façon de faire peut soit être une manière de faciliter la communication ou de rétablir un échange, soit être une manipulation pour obtenir quelque chose de l’autre. Certains escrocs, par exemple, savent se montrer en position basse pour inspirer confiance et profiter des gens qu’ils abusent.
    La position +/+ pour de vrai
    À première vue, il semble que la position +/+ soit la position à atteindre. Dans cette position, nous nous sentons bien, à l’aise, heureux de vivre, nous percevons le monde comme agréable et les autres comme nos égaux, des partenaires qui nous aident à avancer. Malheureusement, cette position ne se décrète pas. Ce n’est pas une manière simple, voire simpliste, de dire « tout le monde est beau, tout le monde est gentil ». C’est d’abord une façon de s’accepter, d’accepter le monde, et d’accepter l’autre – malgré les défauts, les difficultés, ce que nous n’aimons pas chez nous ou chez nos partenaires. Ce n’est pas si facile. Cela demande humilité, compassion et amour. Certains sages, certains saints atteignent cette position. Mais bien souvent, malgré notre bonne volonté, nous sommes pris en flagrant délit de dévalorisation de nous ou de l’autre. N’est pas le dalaï-lama qui veut.
    Nous pouvons cependant chercher à atteindre cette position, en nous pardonnant nos erreurs, en pardonnant les erreurs de ceux qui nous entourent, en prenant du recul, en développant notre compréhension de nous-mêmes et des autres. Après un travail d’introspection, nous sommes souvent plus à même de nous accepter et d’accepter le monde tel qu’il est.
    Finalement, notre position de vie privilégiée est sans doute celle que nous avons construite dans notre petite enfance, sous l’influence de nos rapports précoces au monde. Cette position est susceptible de revenir à la surface en cas de stress plus ou moins intense. Nous pouvons toutefois modifier notre position de vie en changeant notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Ce changement nous permettra d’être plus souvent en position +/+ - même s’il nous arrivera encore de retrouver notre position défensive.
    Chapitre 3
    Les états du moi
    Êtes-vous Adulte, Parent ou Enfant ?
    L ES ÉTATS DU MOI constituent la base de l’analyse transactionnelle. Notre psychisme se compose de trois états du moi qui contiennent tout ce que nous pensons et avons pensé, ressentons et avons ressenti, croyons, voulons – toutes nos expériences, présentes et passées, avec les traces conscientes et non conscientes laissées par ces expériences.
    Par amour du vocabulaire simple, Berne a appelé ces états Parent, Adulte, Enfant. Les majuscules permettent de distinguer l’usage de ces termes désignant les états du moi de leur acception ordinaire.
    Le schéma qui les représente ( figure 1 ) est également simple. Il se compose de trois cercles empilés. C’est devenu la marque de fabrique de l’analyse transactionnelle.


    Figure 1 – Les états du moi
    Selon les moments de la journée, les circonstances et notre façon de gérer celles-ci, nous changeons d’état du moi : en effet, des situations différentes font appel à des aspects différents de nous, et nous avons chacun nos propres tendances à réagir d’une façon plutôt que d’une autre.

    Retrouvons Charlotte dans son cadre professionnel. Après un trajet éprouvant dans la circulation, elle arrive en pestant contre tous les imbéciles qui ne savent pas conduire. Du haut de son Parent, elle critique les incompétents « à qui on ne devrait jamais accorder le permis, qui dépassent n’importe où, et semblent ignorer le clignotant ! » Une fois calmée, elle arrive à se mettre au travail. Son assistante lui soumet un problème délicat qui occupe toute son attention. Très concentrée, elle réfléchit rapidement aux solutions possibles. Son Adulte est en pleine effervescence. Quelques coups de fil plus tard, une issue est en vue, Charlotte se détend. Près de la machine à café, elle retrouve ses collègues qui racontent des histoires drôles. Elle éclate de rire, avec tout l’humour dont elle est capable dans son état Enfant.
    Dans cette première partie, nous étudierons l’aspect observable, perceptible de l’extérieur, des états du moi. On appelle cela « état du moi fonctionnel », parce que chacun remplit des fonctions définies, importantes, dans l’interaction humaine. Les états du moi fonctionnels correspondent au « comment » de nos comportements et de nos échanges.
    Il ne s’agit là que d’une manifestation extérieure, qui ne reflète pas toute la complexité sous-jacente aux états du moi. Mais ce premier abord est utile pour étudier nos comportements, comprendre ce qui marche bien, face à qui, pourquoi, et – quand la communication se bloque – comprendre le problème et trouver des solutions. Pour les curieux du dessous des cartes, il est possible, dès la fin de ce chapitre, de se rendre en deuxième partie, et de lire le chapitre sur la structure des états du moi, afin de comprendre les racines de ces manifestations. Dans ce chapitre, nous nous interrogeons sur le « pourquoi » de nos actes (ou inhibitions), pensées, et sentiments.
    La fonction Adulte
    Description
    L’Adulte, c’est notre aspect rationnel, raisonnable, sensé : il est en contact avec la réalité présente. Par exemple, je suis en face de mon médecin, une femme très brune qui porte des lunettes, dont l’aspect extérieur est proche de celui de ma tante Monique qui me lançait souvent des piques. Si je suis capable de voir simplement cette femme brune comme étant médecin, sans projeter ma tante sur elle, alors je peux écouter tranquillement ses explications ; par contre, si je superpose l’image de ma tante sur elle, je ne suis plus à même de bien écouter ce qu’elle a à me dire, j’ai l’impression que c’est Monique qui me fait des reproches. Dans l’Adulte, je ne préjuge pas de la rencontre, je suis présent et conscient, attentif à ce qui se passe.
    Lorsque nous sommes dans l’Adulte, nous faisons face à la situation avec le maximum d’efficacité. Nous disposons de toutes nos ressources, nous pouvons réfléchir et nous exprimer clairement. Dans la plupart de nos tâches professionnelles, il est utile, voire indispensable, de pouvoir nous servir de cette partie de notre personnalité :
    le chirurgien qui opère ;
    le comptable qui établit un bilan ;
    le traducteur cherchant la meilleure façon de retranscrire un texte ;
    le vétérinaire réfléchissant aux différents symptômes d’un chien ;
    le jardinier examinant un arbuste pour déterminer son état de santé ;
    le pilote vérifiant les différents instruments de vol ;
    le cuisinier goûtant son plat ;
    le cavalier étudiant le galop de son cheval, pour savoir s’il a besoin d’être ferré ;
    l’informaticien qui résout une difficulté avec un programme…
    Dans toutes ces circonstances, il vaut mieux avoir « l’Adulte aux commandes », selon l’expression consacrée. Imaginez un chirurgien ou un pilote d’avion pris de panique ! Nous souhaitons qu’ils aient la tête sur les épaules et les idées claires.

    L’Adulte constitue un des points forts de Pierre. Face à une crise, il reste calme, trouve des solutions, continue à réfléchir clairement. Du moins, tant qu’il s’agit d’une crise professionnelle. Car, dans la vie privée, si Charlotte s’emporte contre lui, il lui arrive de ne plus savoir répondre et de se renfermer. Il passe alors dans l’Enfant.
    L’Adulte de Charlotte est aussi présent une grande partie de la journée de travail. Mais il ne ressemble pas à celui de Pierre, car ces deux-là ont des personnalités très différentes. En effet, deux personnes dans l’Adulte ne vont pas nécessairement avoir les mêmes comportements. Le côté très neutre – apparemment détaché – de Pierre, fonctionne bien dans son métier d’informaticien, alors que Charlotte doit imaginer les réactions de ses interlocuteurs. Et la gestion de son équipe est également très importante. Si elle se comportait comme Pierre, cela ne marcherait pas. De même si, lui, voulait sonder les états d’âme de ses collaborateurs (eux aussi assez réservés), ou pis ceux des ordinateurs, il s’épuiserait. Chacun utilise donc dans son métier des façons différentes d’être Adulte.

    Exercice
    R ÉFLEXION
    Pensez à un moment où vous avez été bien en phase avec ce qui se passait autour de vous et en vous, en pleine possession de vos moyens.
    Était-ce dans le cadre professionnel, lorsqu’il y avait eu un problème à résoudre et que vous étiez conscient de savoir explorer la situation, d’arriver à comprendre ce qui se passait, d’avoir des idées, et de les mettre en œuvre ?
    Était-ce dans la pratique d’un hobby ? Lors d’un cours de théâtre, alors que vous perceviez ce qui était nécessaire à votre personnage ? À cet instant, les suggestions du professeur enrichissaient vos propres perceptions, tout s’additionnait pour créer un moment productif…
    Ou bien était-ce lorsque vous étiez en train de monter un meuble en kit, que vous lisiez les instructions, assembliez peu à peu les pièces et, en cas de problème, vous arrêtiez pour réfléchir, étudier l’ensemble ?

    Les comportements typiques de l’Adulte
    Poser des questions pour évaluer un problème ;
    examiner des propositions en vue d’une décision ;
    répondre à une question aussi clairement que possible, après réflexion ;
    se concentrer sur une tâche ;
    prendre le temps de réfléchir avant d’agir ;
    agir aussi vite que nécessaire, en cas d’urgence ;
    prendre en compte les différents aspects d’une situation.
    Les problèmes avec l’Adulte
    QUAND IL Y A « TROP » D’ADULTE

    « On a les défauts de ses qualités », dit la sagesse populaire. C’est bien le cas de Pierre, dont la qualité d’Adulte imperturbable peut devenir un défaut lorsqu’il s’agit de manifester plus d’émotions. Un jour, une jeune collaboratrice a éclaté en sanglots pendant qu’il lui expliquait une procédure. Désemparé, il a continué son discours, espérant qu’elle allait se ressaisir. Puis il a renoncé, a marmonné une vague conclusion, et laissé la jeune femme seule dans son bureau.
    Certains parlent d’« Adulte robotique 1 » dans ce cas : il peut paraître froid, insensible, à trop analyser les choses, alors qu’on voudrait qu’il soit touché, plus proche. Ou bien on lui pose une question simple, et on reçoit une réponse longue, pleine de détails superflus. Ce type se rencontre surtout chez certaines personnalités dites « obsessionnelles ».
    QUAND ON « PERD » L’ADULTE
    Parfois on n’arrive pas à garder la tête froide, on perd ses moyens – peut-être parce qu’on s’énerve, ou qu’on a peur. Heureusement, nous ne sommes pas tous pilote d’avion ou chirurgien, ce n’est donc pas dramatique – mais ce peut être contrariant, voire ennuyeux pour notre carrière. Nous risquons de nous retrouver au bord des larmes pendant une réunion, déstabilisés par les attaques d’un collègue, ou de nous mettre à crier contre notre directeur.
    Faire connaissance avec son Adulte

    Exercice
    R EPÉRER VOS FONCTIONNEMENTS
    Pensez à un moment récent où vous avez perdu vos moyens.
    Comment cela a-t-il commencé ? Qui était présent ?
    À quel moment avez-vous perdu votre Adulte, ne vous trouvant plus en mesure de réfléchir calmement à la situation ?
    Voyez-vous ce qui, dans la situation, a causé ce changement d’état ?
    Cela vous fait-il penser à d’autres circonstances comparables ?
    Au contraire, dans des moments semblables, mais durant lesquels vous avez pu rester dans l’Adulte, voyez-vous quelles petites différences vous y ont aidé ? S’agissait-il de différences dans la situation extérieure, ou dans votre état intérieur ?
    L’aspect Adulte de notre personnalité est manifestement le plus utile dans nombre de situations. Il serait commode de disposer d’un moyen infaillible de le rendre disponible à volonté ! Évidemment, cela n’est pas possible. Pour mobiliser le plus librement possible différentes parties de nous-mêmes, il faut avoir effectué un certain travail sur soi-même, car bien des problèmes nous en empêchent 2 .
    Il est toutefois possible de s’entraîner à mettre en œuvre certains comportements plutôt que d’autres. Même s’il s’agit d’une démarche volontariste ne provenant pas de changements profonds, cela peut être utile pour mieux gérer une situation difficile ou répétitive. Et, parfois, un changement superficiel peut entraîner une modification plus importante. Je me comporte autrement, ce qui entraîne des réactions différentes chez les autres, et je peux me voir moi-même sous un autre jour.
    Fortifier l’Adulte
    APRÈS LA CRISE
    Si vous avez identifié une situation dans laquelle vous avez tendance à quitter l’Adulte, il peut être intéressant d’y réfléchir au calme. Cet examen vous permet de regarder ces moments d’un autre point de vue, de vous habituer à acquérir un regard Adulte sur eux. Il est souvent utile d’en discuter avec une autre personne non impliquée, qui aide à prendre du recul face à la situation (si vous choisissez un collègue aussi agacé que vous par le chef, vous allez probablement vous défouler tous les deux, mais vous n’allez pas prendre de recul, ni développer votre objectivité).
    PENDANT LA CRISE
    Quand on se trouve dans une situation stressante (par exemple face à un supérieur hiérarchique qui nous adresse des critiques, et que l’on n’arrive plus à penser), il existe des moyens pour favoriser le retour au calme intérieur.
    L’idée est de revenir à la situation présente, et de retrouver vos capacités. Pour cela, il est possible de prendre contact avec ses perceptions sensorielles :
    remarquer la couleur du mur, la couleur des livres dans la bibliothèque, la lumière (plusieurs stimuli visuels) ;
    remarquer différents sons autour de vous : le timbre de voix de l’interlocuteur, le bruit de l’imprimante, le chant d’un oiseau au dehors, le moteur d’une voiture qui passe ;
    toucher plusieurs matières différentes, sentir ce contact : une ou plusieurs étoffes de vos vêtements, la dureté lisse d’une table ;
    respirer aussi lentement et profondément que possible, en inspirant par le nez pour ralentir le rythme, en visant une respiration abdominale.
    Si vous arrivez à apprécier ce contact, cela vous aidera à vous sentir plus calme, à mieux évaluer ce qui se passe actuellement au lieu d’être envahi par d’autres impressions.
    AVANT ET EN DEHORS DE LA CRISE
    Toutes les méthodes antistress sont valables pour favoriser l’état du moi Adulte. En effet, lorsque nous sommes stressés, nous avons tendance à recourir à d’autres façons d’être, qui nous viennent automatiquement. Donc, tout ce qui fonctionne pour vous est bon :
    pratiquer un sport, ou au moins vous remuer physiquement ;
    prendre un bain moussant, vous tremper les pieds dans une bassine ;
    faire du yoga ou de la méditation en rentrant du travail, ou même pendant la journée ;
    caresser un animal dont le contact vous plaît, vous offrir un bain de beauté en regardant ou en écoutant quelque chose que vous trouvez beau ;
    voir un film ou une émission qui vous fait rire ;
    apprendre à vous relaxer ;
    vous offrir un massage ;
    visualiser les situations qui vous impressionnent, en vous imaginant calme et compétent ;
    connaître vos limites, et éviter de vous charger au-delà de vos possibilités personnelles ;
    prévoir du temps pour vous. Ce n’est pas toujours possible, mais c’est tellement précieux ! De petites coupures de quelques minutes valent mieux que rien ;
    quand la coupe est pleine, trouver des modes de défoulement dans des conditions protégées : aller marcher en forêt en marmonnant, crier dans un coussin, insulter une chaise sur laquelle on imagine la personne problématique, taper dans un punching-ball…
    et vos autres méthodes personnelles !

    Une petite image pour n’importe quand
    Notre système nerveux comporte deux modes (sympathique et para-sympathique), fonctionnant comme un accélérateur et un frein. On peut prendre l’image de deux boutons séparés : quand on tourne l’un, on monte le volume, et on augmente le stress. Quand on tourne l’autre, on adoucit la musique, et on diminue le stress. Peut-être préférez-vous l’image d’une pédale de frein et d’une pédale d’accélérateur. Quelle que soit l’image qui vous convient, quand vous sentez monter la tension, ce petit truc peut vous aider : lâchez la commande « plus de stress », et activez celle « moins de stress ».
    La fonction Parent
    On appelle cet aspect de la personnalité « Parent », parce que ses comportements ressemblent à ceux d’un parent face à des enfants dont il a la charge. Dans un contexte d’éducation, il nous est extrêmement utile. Mais il se manifeste également dans d’autres situations, face à des personnes adultes. Et là, cela peut bien fonctionner, comme pas du tout. On appelle parfois « Parentale » une personne qui a tendance à nous traiter comme si nous étions des enfants.

    Charlotte est en train de flâner dans un grand magasin, son petit Julien sur le ventre, enroulé dans une grande écharpe à bébé. Une femme l’apostrophe d’un air désapprobateur : « Mais madame, on n’est pas en Afrique ! Vous croyez que c’est une façon de transporter un enfant ? » Ce commentaire Parental n’est pas du goût de Charlotte ! Un peu plus loin, une autre dame l’aborde beaucoup plus gentiment : « Oh, que c’est mignon ! Mais vous devez être fatiguée, à porter tout ce poids devant vous. Vous n’avez pas mal au dos ? Voulez-vous que je vous apporte un siège ? » Encore une interaction Parentale – bienveillante, certes –, mais qui a également le don d’agacer Charlotte, qui trouve qu’on se mêle trop de ses affaires.

    Exercice
    R ÉFLEXION
    Imaginez qu’un de vos collègues n’arrive pas, ce lundi matin. Pourtant votre équipe est plutôt soudée : on se tient au courant, personne n’aurait l’idée de faire « bureau buissonnier » sans prévenir. Il a déjà deux bonnes heures de retard…
    Que ressentez-vous ? Irritation ? Inquiétude ? Curiosité ? Autre chose ?
    L’exprimez-vous ? Auprès de qui ?
    Et vos autres collègues, comment réagissent-ils ? Certains continuent de vaquer à leurs occupations en pensant : « On ne sait rien, mieux vaut rester efficace en attendant. » C’est une réaction Adulte. D’autres commencent à critiquer ce jeune irresponsable. D’autres encore parlent d’alerter la police, d’aller voir à son domicile s’il est arrivé quelque chose.
    Enfin, un appel arrive depuis une cabine téléphonique : « Tout va bien, ce n’est pas grave, juste une panne de voiture loin de tout. Le mobile est déchargé. Impossible d’avertir plus tôt. » Les réactions sont variées quand le jeune homme arrive. Qui va se précipiter vers lui pour s’enquérir de l’aventure, peut-être pour lui proposer une tasse de café ? Qui le sermonne ?
    La personne située en Adulte va probablement proposer que tous se remettent au travail. Les autres réactions suggérées relèvent du Parent fonctionnel.
    Cet état du moi possède deux facettes distinctes, deux familles de comportements très différents. On les appelle « Parent Normatif » (PNf), et « Parent Nourricier » (PNr).
    Le Parent Normatif
    DESCRIPTION
    C’est l’aspect de nous qui prend les situations en charge, endosse les responsabilités. Dans le Parent Normatif, nous pouvons encadrer, diriger, prendre des décisions, et les proposer fermement à autrui (voire les imposer). C’est un aspect de la personnalité structurant, très utile dans l’éducation. « Tout le monde assis ! Taisez-vous, et sortez vos livres d’histoire ! Toi aussi, Gilles. »
    Il s’avère indispensable dans les situations d’urgence : les pompiers qui évacuent un immeuble en flammes utilisent un ton très autoritaire, « Sortez ! », « Par ici ! » Ils n’ont pas le temps d’être polis.

    Dans le couple, c’est Charlotte qui occupe le plus souvent cette position, c’est elle qui prend les initiatives pour les sorties ou les vacances. « On devrait aller au Kenya, il paraît que c’est très bien. Je vais m’en occuper, d’accord ? » Parfois, Pierre s’y oppose, mais globalement il est plutôt content de la laisser décider. Il n’est pas trop sûr de ce qu’il veut. Donc ça leur convient à tous les deux.
    La situation se gâte, quand il s’agit d’organiser la garde de leur petit Julien. Là non plus, Pierre n’a pas d’idées, et n’est guère conscient des problèmes et des besoins. Charlotte n’est pas mécontente de choisir elle-même la nounou (elle n’a pas confiance en Pierre pour savoir jauger les capacités de la personne). Mais elle doit penser à tout… appeler la nounou en cas d’imprévu… trouver une baby-sitter quand la nounou est en vacances… Elle finit par reprocher à Pierre de ne s’occuper de rien. « J’ai l’impression d’avoir deux gosses à la maison ! »

    Les comportements typiques du Parent Normatif
    Gronder un enfant, lui faire la leçon : « Ce n’est pas bien d’avoir poussé ton petit frère, tu ne dois plus faire ça » ;
    morigéner quelqu’un d’un air réprobateur, prodiguer des conseils ;
    affirmer son opinion politique, en étant sûr d’avoir raison : « Untel est un candidat lamentable, son programme est nul ! » ;
    émettre des jugements sur la conduite d’autrui ou son habillement ;
    montrer à quelqu’un comment faire : « Tu mets ça ici, et ça là » ;
    poser un interdit : « Ne traverse jamais la rue sans regarder » ou : « Vous ne devez pas entrer dans cette pièce » ;
    donner un ordre : « Va dans ta chambre ! » ou bien : « Sors de cette maison, et tout de suite ! »
    LE PARENT NORMATIF AVEC SOI-MÊME
    Ce que nous mettons en œuvre avec autrui, nous pouvons également l’appliquer à nous-mêmes. De même que, enfants, nous avions besoin d’une structure apportée par nos parents, arrivés à l’âge adulte nous nous structurons grâce à notre Parent Normatif. Tentés par un second dessert, nous allons nous l’interdire : « Non, tu as déjà pris un kilo ce mois-ci, sois raisonnable. » Parfois, c’est plus sévère. Une personne exigeante avec ses collaborateurs ou ses enfants est en général au moins aussi dure avec elle-même.

    Charlotte veut que tous les documents émanant de son équipe soient impeccablement présentés dans la forme, et irréprochables sur le fond. Quand quelqu’un essaie de faire passer une proposition incomplète, elle peut se mettre en colère, donnant des signes de reconnaissance négatifs forts comme : « Tu appelles ça un document client ? Tu vas me réécrire ça pour demain, et cette fois je veux quelque chose de sérieux. » De même, si elle s’aperçoit qu’elle a commis une erreur – ou, pis, si on le lui fait remarquer –, elle est furieuse contre elle-même : « Quelle imbécile ! Comment ai-je pu écrire ça ? »
    Toutefois il arrive que la façon de traiter autrui ne corresponde pas à la façon de se traiter soi-même – dans un sens ou dans l’autre. Certains exigent plus des autres, notamment de leurs enfants (fais ce que je dis, pas ce que je fais). Et d’autres tolèrent bien des manquements chez leurs proches, mais ne se pardonnent rien à eux-mêmes.
    LES PROBLÈMES AVEC LE PARENT NORMATIF
    LE PARENT CRITIQUE
    Le Parent Critique est un Parent Normatif négatif, excessif, disproportionné, néfaste. Il cherche ce qui ne va pas, ne fait de remarques que sur cela (signes de reconnaissance négatifs uniquement). Ce phénomène peut être plus ou moins lourd :

    Charlotte sort d’une réunion avec des clients, qui ne s’est pas très bien passée. Elle va ensuite en rendre compte à son chef, qui répond :
    Première version : « Vous avez été mauvaise, là. Il va falloir vous ressaisir, et vite. »
    Seconde version : « Quoi ? Mais vous l’avez fait exprès ! Et vous vous prenez pour une professionnelle ? Même un étudiant n’aurait pas commis une erreur pareille ! Quelle gourde, ma pauvre fille ! »
    La seconde version est celle d’un Parent Critique très fort, toxique, destructeur. La première, quoique négative, est plus supportable. Mieux vaudrait un Parent Normatif plus mesuré. Par exemple : « Vous n’avez pas bien géré cette situation, Charlotte. Je compte sur vous pour rattraper cela. »
    Le Parent Critique interne, tourné contre nous-mêmes, peut nous gâcher la vie. Il ne se contente pas de peser sur nous, il nous attaque à tort et à travers, avec une sévérité parfois extrême. Par exemple, certaines femmes sont enclines à se critiquer pour le moindre kilo pris à l’occasion des vacances. Elles le vivent comme une catastrophe, se jugent méprisables d’avoir pu se laisser aller de la sorte, décident de jeûner pendant des jours, comme pour expier un péché.
    Le perfectionnisme du Parent Critique peut nous donner une vision tellement sévère et dévalorisante de notre travail, que nous n’en sommes jamais contents. Tout ce que nous faisons est soumis à notre évaluation impitoyable, rien ne trouve grâce à nos yeux. « C’est nul, je n’y arriverai jamais, je suis un(e) incapable ! » En général, notre intention consciente est de nous améliorer grâce à cette exigence. Hélas, une telle attitude n’aide que rarement à réussir. La plupart obtiennent de meilleurs résultats en combinant une certaine exigence à une appréciation de leurs qualités.
    LE PARENT NORMATIF TROP FAIBLE OU TROP FORT
    Des enfants qui ne recevraient aucun encadrement par des règles, des lois, des interdits, n’apprendraient pas à vivre en société. Il est nécessaire de leur dire les règles, et même de les leur imposer – ce qui suscite souvent une protestation indignée de la part des petits. Ils nous trouvent méchants, affirment qu’ils ne nous aiment plus. Le parent est censé supporter ces rébellions sans exercer de représailles (inutile de les frapper pour cela), ni faiblir et céder (puisque l’enfant est si fâché, qu’il fasse comme il veut).
    Les coutumes ont beaucoup changé, sur ce point. Autrefois, les parents péchaient par excès de sévérité, et bien des gens avaient des souvenirs d’une enfance triste et pleine de restrictions. Aujourd’hui, nombre de personnes trouvent difficile de frustrer leurs enfants, de leur dire non, de leur poser des limites fermes. Ils détestent que leurs petits leur en veuillent et leur adressent des reproches. Cela les conduit à se laisser mener par le bout du nez, et à accorder aux enfants presque tout ce qu’ils veulent. Hélas, cela ne conduit pas au bonheur. Les enfants deviennent parfois de véritables tyrans, et ne sont pas spécialement heureux. Quant aux parents, ils ne savent plus à quel saint se vouer.
    Récemment, on a pu voir quelques reportages télévisés sur des parents américains débordés par leurs enfants. Découragés, les parents les envoient dans des camps quasi militaires, où les jeunes sont soumis soudain à 100 % de Parent Normatif extrêmement sévère. Ce « tout ou rien » ne peut pas produire de bons résultats. Les enfants sont complètement déboussolés face à ce revirement total. Eux, qui n’ont jamais connu de discipline, tout à coup doivent oublier tout plaisir, toute liberté, obéir sans broncher, ni poser de question, à tous les ordres. Ils se retrouvent isolés, coupés du monde. Les principaux résultats sont une perte de confiance en leurs parents, et des liens affectifs très abîmés.
    AVEC LES ADULTES
    Face à des enfants, le Parent Normatif est une composante indispensable à l’éducation. Il faut bien apprendre ce qui est permis ou non, dangereux ou non. En revanche, avec d’autres adultes, ce mode d’interaction ne passe souvent pas bien, sauf en situation d’urgence :
    soit on le vit mal, par conséquent les contacts avec ces personnes sont évités, ou vécus sur le mode du conflit ;
    soit on accepte le rôle complémentaire, on se soumet. Cela limite le développement.

    Charles, le père de Charlotte, a tendance à vouloir tout régenter. Ce haut dirigeant a toujours prétendu savoir ce qui est bon pour tout le monde – et il a souvent raison, du reste. Au sein de l’entreprise automobile où il exerce la fonction de directeur technique, ses collaborateurs le craignent, car il voit tout de suite ce qui ne va pas, et l’exprime de façon fort critique. Comme ce sont des adultes, certains supportent mal cet autoritarisme. Ils ont l’impression d’être traités comme des idiots, certains se disputent avec lui, parfois même quittent les réunions sur un coup de colère. D’autres l’admirent et boivent ses paroles – ce qu’il apprécie. Mais quand ces derniers se retrouvent seuls face à un problème, ils sont assez perdus : comment décider de la marche à suivre, sans leur maître pour les guider ?
    LES ABUS DE POUVOIR
    À l’extrême, la personne très Parentale, dans un rôle d’autorité, peut devenir un gourou. C’est elle qui sait – et elle seule –, et l’individu n’a plus le pouvoir de décision sur sa propre vie.

    Une étrange affaire
    En 1988, Pierre Granier-Deferre montrait dans son film Une étrange affaire le processus effrayant d’emprise d’un patron, Michel Piccoli, sur un de ses employés, Gérard Lanvin. Peu à peu, le nouveau patron, très séducteur, s’insinue dans l’existence de son subordonné, lui laissant de moins en moins de vie personnelle, le transformant en objet à son service – au point que la femme de cet employé, Nathalie Baye, finit par le quitter ; non parce qu’elle ne l’aime plus, mais, dit-elle, « parce qu’il n’existe plus ».
    Outre les patrons ou supérieurs hiérarchiques charismatiques et manipulateurs, certains soi-disant thérapeutes 3 (psychothérapeutes, médecins ou autres soignants) usent de leur influence sur autrui. Le patient reconnaissant est plus vulnérable à ce que peut conseiller, voire recommander le praticien. Ce peut être le cas aussi pour un avocat, un coach, un conseiller en investissement, un notaire… Toute personne supposée en savoir plus que nous dans un domaine particulier, à qui nous risquons de faire aveuglément confiance. Cet abus de pouvoir passe par le Parent Normatif, qui dit à l’autre ce qu’il doit faire, ce qui est bon pour lui.
    FAIRE CONNAISSANCE AVEC SON PROPRE PARENT NORMATIF
    Normalement, nous possédons tous cette fonction. Mais si certains s’en servent fréquemment, d’autres ont beaucoup plus de mal à faire preuve d’autorité personnelle.
    Vous avez besoin de votre Parent Normatif, si vous avez à :
    affirmer votre opinion fortement en désaccord avec d’autres ;
    diriger une équipe et y remettre de l’ordre ;
    calmer des enfants énervés qui jouent et se bagarrent sur un mode de plus en plus bruyant et agressif ;
    rappeler la loi face à des gens qui en font fi.
    Cela vous est-il facile ou difficile ? Et, lorsque vous imposez ces limites ou ces directives, le faites-vous sur un mode critique ou un peu timide ?
    DÉVELOPPER SON PARENT NORMATIF 4
    Si vous avez du mal à vous imposer, à tenir une position d’autorité, il peut être utile de vous exercer – seul devant votre miroir, d’abord – pour tester des phrases de Parent Normatif. Il faut trouver votre expression Parentale. Votre Parent à vous ne s’exprimera pas comme celui du voisin. Nous n’inventons pas à partir de zéro, nous commençons par observer les autres, ceux qui arrivent à se faire entendre. Puis nous pouvons essayer leurs expressions, leurs mots, et les modifier jusqu’à ce qu’ils nous conviennent.
    Pour cela, l’aide d’un proche peut être précieuse. Comme pour une prestation d’acteur, on peut jouer une situation avec un ami, s’essayer dans cette autre façon d’être. Les groupes de psychothérapie servent également à cela, les participants se prêtant généralement volontiers à de telles mises en scène.
    Parfois, cette lacune est liée à un interdit profond – auquel cas un travail de type psychothérapeutique peut se révéler nécessaire. Mais ce peut être aussi un simple manque de pratique, parce qu’on vient d’une famille de gens doux, dans laquelle personne ne hausse le ton ; ou parce qu’on a adopté le rôle du gentil dans la fratrie, et qu’on a l’impression de ne plus être soi en s’affirmant. C’est pourquoi expérimenter un ton autoritaire, assuré, voire péremptoire, peut nous ouvrir des horizons.
    DIMINUER SON PARENT NORMATIF
    On rencontre au moins aussi souvent le problème inverse : on est trop normatif, voire critique, envers soi ou envers les autres. En prendre conscience est la première étape. Pour arriver à limiter cette tendance, c’est plus délicat. Vous verrez dans la partie sur les égogrammes ( p. 60 ) qu’il est recommandé, au niveau comportemental, de développer les aspects manquants, plutôt que de diminuer ceux qui existent. Quant au niveau plus profond, s’il résiste à l’introspection, ce travail nécessite une aide extérieure.
    Le Parent Nourricier
    DESCRIPTION
    Un autre aspect du Parent s’appelle le « Parent Nourricier », parce qu’il s’occupe d’autrui, le nourrit, le console, l’entoure… Dans un groupe, la personne qui apporte des croissants pour tout le monde, ou manifeste sa sollicitude, aime utiliser cette partie de sa personnalité. Quand on a le moral en berne, qu’on a perdu un être cher, qu’on a traversé une épreuve, on recherche de telles interactions.
    Le Parent Nourricier est nécessaire avant tout avec les enfants, qui ont besoin d’être cajolés, embrassés, rassurés. En grandissant, nous ne perdons pas totalement ce besoin, il existe toujours des situations où nous ressentons la demande que d’autres nous apportent ce genre d’aide. Après avoir subi une interaction désagréable, certains vont vite chercher un(e) ami(e) à qui raconter l’événement et aiment que l’on compatisse avec chaleur ; d’autres souhaitent qu’on reste très neutre ; d’autres préfèrent digérer seuls le problème, et n’en parler à personne.

    Notre jeune couple n’est pas très riche en Parent Nourricier : Pierre ne sait pas réconforter (quand Charlotte a perdu une amie chère et pleurait à gros sanglots, il restait là, les bras ballants, sans savoir quoi faire). Quant à Charlotte, n’ayant guère reçu de réconfort non plus, elle ne sait pas trop l’offrir. Quand ses amies ont des ennuis, elle a tendance à les bousculer un peu : « Bon, il faut te secouer, ne pas te complaire dans tes problèmes. » Elles l’ont toujours trouvée un peu dure, et certaines lui en veulent.
    Depuis la naissance de Julien, le Parent Nourricier de Charlotte se développe quelque peu. Ce petit être a vite touché son cœur, d’une façon qui l’a beaucoup surprise. Elle était là, son bébé dans les bras, à le contempler… Et la carapace a fondu. Elle s’est surprise à roucouler, à lui murmurer des bêtises douces qu’elle aurait naguère jugées ridicules. Cela ne change pas sa personnalité, mais ces circonstances développent d’autres aspects d’elle.
    Au travail, en revanche, c’est son côté Parent Normatif qui se renforce. Il est utile, pour faire tourner l’équipe, de faire usage d’autorité, de décider rapidement, et de communiquer fermement ses directives. Mais là aussi, par moments, perce ce nouveau côté de sa personnalité, une bouffée de douceur inconnue. Son assistante en est agréablement surprise, mais ne dit rien : si elle le faisait remarquer, Charlotte risquerait de se durcir de nouveau.

    Les comportements typiques de Parent Nourricier
    Réconforter une amie en peine ;
    prendre un enfant dans ses bras, et le bercer en lui disant des choses douces parce qu’il s’est fait mal en tombant ;
    prendre des nouvelles d’un voisin malade, lui apporter des fruits frais ;
    se préoccuper de ce que ressent l’autre ;
    rassurer quelqu’un qui a peur ;
    complimenter quelqu’un qui doute de son travail.
    LE PARENT NOURRICIER AVEC SOI-MÊME
    De même que nous assimilons le Parent Normatif, nous incorporons le Parent Nourricier qui nous a été prodigué pendant l’enfance. Cette fois, la petite voix intérieure est douce, réconfortante, aimable. C’est largement grâce à cela que nous pouvons traverser des moments difficiles, même si nous n’avons pas tout de suite d’amis à proximité pour nous soutenir. Nous arrivons à nous encourager nous-mêmes face aux obstacles, à renforcer notre confiance en nous.
    LES PROBLÈMES AVEC LE PARENT NOURRICIER
    LE PARENT SAUVEUR
    Une maman regarde sa fille de 4 ans s’escrimer à nouer ses lacets. Voir l’enfant peiner lui est insupportable, elle voudrait lui éviter toute souffrance. Elle se précipite au secours de la petite, en lui attachant elle-même ses chaussures. Généralement, dès qu’un de ses enfants a des difficultés, elle propose tout de suite : « Tu veux que je t’aide ? Tu veux que je le fasse à ta place 5 ? »
    Le Parent Sauveur ne regarde que ce qui va, même si la prestation est globalement mauvaise. Il va faire des compliments – signes de reconnaissance en toc – sur les qualités, aussi minimes fussent-elles.

    Après un moment difficile avec son chef, Charlotte déjeune avec sa grand-mère – un rendez-vous de longue date. Elle lui raconte cette journée éprouvante. La vieille dame ne peut imaginer que sa petite fille commette une erreur, et affirme : « N’écoute pas ton idiot de chef, ma chérie. De toute façon tu es la meilleure, tu es trop bien pour cette boîte. » Cela fait d’abord du bien à Charlotte, elle a besoin d’être rassurée quant à sa valeur. Mais, finalement, elle ira se confier à une amie plus réaliste, qui l’aidera à comprendre ce qui s’est mal passé pendant sa réunion au lieu de la (sur)valoriser systématiquement.
    Comme avec le Parent Critique, nous pouvons nous faire du tort en ayant ce Parent Nourricier pour nous-mêmes. Par exemple, dans des moments où nous avons un travail urgent à faire, en nous disant avec gentillesse : « Oh, ce n’est pas grave, tu es fatigué, repose-toi, tu le feras plus tard. » Il nous faut suffisamment de Parent Nourricier pour nous traiter avec bienveillance, mais pas au point de ne plus nous canaliser du tout.
    LE PARENT NOURRICIER TROP FAIBLE OU TROP FORT
    Quand on n’est jamais nourricier avec les enfants, ils sont en manque de tendresse et grandissent en ayant peu confiance en eux. Ils sont souvent tristes et peuvent avoir l’impression de ne pas être importants. En tout cas, leurs états d’âme ne semblent guère compter pour leurs parents.

    Marc, le meilleur ami de Pierre, a été élevé à la dure. Ses parents n’étaient pas enclins à s’attendrir sur eux-mêmes, ni sur leurs enfants – surtout pas sur les garçons. « La vie ne fait pas de cadeaux, il faut qu’ils soient armés », disait volontiers le père, ancien militaire de carrière. Marc est un homme droit et fiable, mais il semble toujours un peu loin, surtout pendant les soirées organisées par Charlotte et Pierre, où tout le monde s’amuse bien. Certaines amies de Charlotte viennent le taquiner, il doit se forcer à sourire, tout cela semble être un monde étranger, pour lui.
    Inversement, si on protège et comble tout le temps les enfants, ils n’ont pas l’occasion de développer leurs propres ressources. Nous avons besoin, enfants, de recevoir suffisamment de soins nourriciers pour avoir quelque chose de bon à incorporer en nous ; puis, en grandissant, d’être parfois laissés à nous-mêmes pour gérer les situations, sans toutefois perdre tout soutien.

    Pâquerette, une amie de Charlotte, a toujours été consolée et valorisée par ses parents. À la moindre contrariété, sa mère lui remontait le moral en l’assurant qu’elle était la meilleure, et en essayant de la distraire de son chagrin. Malheureusement, Pâquerette n’a guère appris à se défendre elle-même. Contrairement à Marc, elle n’est pas armée. À la fin de ses études, elle a accepté un poste à l’étranger, pour élargir ses connaissances. Mais, en se retrouvant dans une culture différente, et surtout loin de ses appuis habituels, elle est tombée dans un désarroi terrible quand son chef lui a fait des remarques critiques. Chaque soir, elle rentrait chez elle angoissée et téléphonait à sa mère en pleurant – ce qui, du Japon, lui revenait très cher ! Tant et si bien qu’elle a fini par démissionner et rentrer en France, incapable d’affronter seule ces difficultés.
    AVEC DES ADULTES
    Imaginez une personne qui parle toujours à ses collègues comme à des enfants qui ont besoin de soins et de conseils. Ce serait exaspérant pour la plupart, qui la trouveraient lourde et agaçante. Ceux qui apprécieraient ce traitement risqueraient de se complaire dans cette infantilisation, et auraient du mal à s’autonomiser.
    FAIRE CONNAISSANCE AVEC SON PARENT NOURRICIER
    Si vous êtes parent, vous avez souvent eu à utiliser cette partie de vous. Vos enfants ont sûrement eu des bobos, des peurs, des peines… Vous est-il naturel de leur offrir du réconfort ? Y trouvez-vous du plaisir ? Si on ne vous a pas prodigué de tels soins, vous avez probablement eu à apprendre ces comportements. Est-ce devenu plus facile ? Ou cela vous est-il encore un peu étranger ?
    Si vous n’avez pas d’enfants à vous, avez-vous tendance à vous occuper spontanément des bambins en demande ? Si vous voyez un petit qui pleure, tout seul dans la rue, êtes-vous tout de suite mobilisé, à chercher des yeux l’adulte qui l’accompagne ?
    Et avec les adultes, êtes-vous de ceux qui apportent des croissants pour tout le monde à la réunion du matin, qui prennent des nouvelles de la famille des collègues ? Si vous êtes responsable de quelques personnes, aimez-vous les encourager, les aider, les valoriser ?
    Dans tous ces cas, tombez-vous parfois dans les travers du Parent Sauveur, en aidant trop, protégeant, trouvant des excuses à tout le monde ?
    Ou bien vous renvoie-t-on que vous êtes un peu dur, exigeant (pas assez de Parent Nourricier) ?

    Exercice
    D ÉVELOPPER SON P ARENT N OURRICIER
    Avec les autres
    Si vous vous trouvez un manque de Parent Nourricier, vous pouvez vous mettre dans des situations appelant cette fonction. Mais mieux vaut y aller progressivement, en tenant compte de vos propres tendances. Tout le monde n’est pas bâti sur le même modèle, nous le répéterons tout au long de ce livre, ni en quantité de Parent Nourricier (ou d’autres fonctions que l’on peut acquérir), ni dans la façon de l’exprimer. Certains le font avec des enfants, d’autres avec des adultes, d’autres encore préfèrent bichonner les animaux ou les plantes ; certains par des mots, d’autres par des gestes tendres, d’autres en cuisinant pour leurs amis.
    Cherchez une situation où vous souhaitez réellement vous montrer plus nourricier – mais pas une situation où c’est exigé de vous – avec vos enfants, vos neveux et nièces, certains amis, des collaborateurs même. Imaginez le résultat final, vous dans le rôle de la personne nourricière, rassurante, réconfortante (plus ou moins, c’est selon vous). Puis imaginez au moins deux étapes sur ce chemin.
    Par exemple, disons que vous ne recevez jamais votre neveu seul, et que vous souhaitiez l’inviter pour un week-end, en l’emmenant au zoo et en le gâtant. Mieux vaut, dans un premier temps, commencer par l’emmener au cinéma voir un film de son choix, et peut-être partager ensuite une douceur dans un endroit qui lui plaise. Puis vous vous le faites confier pour un après-midi entier. Ensuite seulement, vous pourrez envisager qu’il passe la nuit chez vous. Ce chemin peut encore comporter d’autres phases intermédiaires. Mieux vaut ne pas se forcer trop vite, cela n’a guère de chance de marcher !
    Cela est un domaine particulièrement important, car énormément de personnes ne sont pas assez nourricières avec elles-mêmes. Elles se bousculent, voudraient être tout de suite et tout le temps efficaces. Mais mal se traiter n’aide pas à bien fonctionner, comme nous l’avons vu au sujet du Parent Normatif envers soi-même. Au contraire, si nous souhaitons retrouver notre Adulte pour mieux gérer les situations, mieux vaut user du Parent Nourricier, nous réconforter intérieurement, nous féliciter de ce que nous avons de bien.
    Avec soi-même
    Une pratique possible est de prendre un moment chaque soir pour repenser à la journée écoulée, et chercher de quoi nous sommes fiers. Inutile de chercher des réalisations spectaculaires (même les lauréats du prix Nobel n’obtiennent ce prix qu’une fois dans leur vie). Tous, nous accomplissons de bonnes choses, chaque jour. S’en réjouir ne peut qu’être bon pour la santé 1 !
    Le matin, vous pouvez songer, avant de vous lever, à ce que vous avez de perspectives sympathiques pour la journée. Si rien d’agréable n’est prévu, il est d’autant plus important de prendre un moment pour chercher des possibilités. Pouvez-vous vous faire du bien en vous accordant une sortie, une lecture, une conversation avec un(e) ami(e) ?

    1. Cela rejoint le chapitre 1 sur les signes d’attention, « Se donner des signes de reconnaissance positifs ».
    La fonction Enfant

    Pierre et Charlotte reçoivent à dîner la famille de cette dernière. Les parents arrivent les premiers, avec des fleurs et une bouteille de bon vin. Sarah, la fiancée de Sébastien, arrive en dernier, les joues roses de joie, l’air mutin. Elle saute au cou de son chéri, embrasse les autres avec enthousiasme, et s’écrie « Oh, la la ! je suis en retard, je n’ai rien apporté que mon sourire, je suis rudement contente de vous voir ! »
    Dans cette scène, Sarah est dans l’état du moi Enfant. Elle est souvent ainsi, désarmante, naturelle. Bien des personnes paraissent de même jeunes de caractère – certains les disent immatures ou infantiles, surtout s’ils se comportent, eux-mêmes, très différemment. Mais, dans certaines circonstances, c’est à la fois approprié et sympathique.

    Exercice
    R ÉFLEXION
    Pensez à votre entourage personnel et professionnel. Y a-t-il des gens que vous trouvez très enfants ? Des gens peut-être attendrissants, agaçants, mignons, craquants, immatures, irresponsables, adorables, rigolos, intimidés, effacés, râleurs, imprévoyants ?
    Et vous-même, vous autorisez-vous des moments où vous correspondez à certains des adjectifs ci-dessus ? Cela vous réussit-il (vous arrivez à charmer les autres, par exemple) ? Ou bien cela vous nuit-il (on ne vous prend pas au sérieux, vous ne vous sentez pas respecté) ?
    L’état du moi Enfant présente, comme l’état du moi Parent, deux facettes : Enfant Libre et Enfant Adapté, détaillés ci-dessous.
    L’Enfant Libre (ou Spontané ou encore Naturel)
    DESCRIPTION
    Quand on est dans sa fonction Enfant Libre, on ne se préoccupe guère de l’opinion des autres, de leur regard, de leur jugement. On fait ce qu’on a envie de faire, on réagit spontanément, sans souci des convenances. Dans l’exemple ci-dessus, Sarah se comporte en Enfant Libre, elle arrive certaine d’être bien accueillie malgré son retard, décidée à amadouer tout le monde avec sa joie de vivre. De même, dans Harold et Maud, la vieille dame est une personne totalement libre, à la fraîcheur enfantine. Peu lui importent les règles de bienséance ! Le privilège de l’âge la dispense de s’y plier.

    Pierre est bien loin de ce portrait ! La spontanéité n’est vraiment pas son fort. Au contraire, face à une communication, il semble comme ralenti, il prend le temps de réfléchir à ses réactions, comme s’il redoutait toujours de commettre une erreur. Tandis que Charlotte, elle, répond volontiers du tac au tac et apprécie les échanges assez vifs. S’il se passe quelque chose d’amusant, elle est la première à rire (elle reproche parfois à Pierre de n’être pas très drôle). Heureusement, s’il ne se lance pas lui-même dans l’humour, il apprécie celui des autres. Pierre et Charlotte partagent donc tout de même des moments d’amusement. Mais la championne dans ce domaine est bien Sarah, la fiancée de Sébastien. Totalement à son aise, elle semble ne se poser aucune question et s’autoriser à réagir comme elle le sent – que ce soit pour plaisanter, se fâcher, s’effrayer ou demander ce dont elle a envie.

    Les comportements typiques de l’Enfant Libre
    En entendant une bonne nouvelle, sauter de joie, s’exclamer ;
    à la fête foraine, sur un manège qui tourne vite, hurler de bonheur et d’excitation ;
    à une soirée, prendre sans hésiter le dernier canapé, alors que les autres n’osent pas finir l’assiette ;
    s’écrier : « J’ai une meilleure idée ! », dès que quelqu’un émet une proposition ;
    vouloir obtenir quelque chose tout de suite, se sentir incapable d’attendre, trépigner d’impatience ;
    fondre en larmes en entendant une nouvelle triste ;
    se fâcher parce que la vendeuse, occupée avec un client, ne nous sert pas assez vite ;
    profiter pleinement d’un bon moment, s’exciter, rire en grande complicité avec un(e) ami(e).
    LES PROBLÈMES AVEC L’ENFANT LIBRE
    Cet aspect de notre personnalité a beau être plein de charme, il n’est pas toujours approprié. Il peut être préférable de se contenir, de retarder une réaction, soit pour tenir compte de l’autre personne, soit pour ne pas être impulsif. Cela dépend des circonstances et de nos interlocuteurs.
    AU TRAVAIL
    Dans le cadre professionnel, l’équipe souhaite que tous fassent leur part du travail. Si certains ne participent pas suffisamment parce qu’ils n’en ont pas envie, les collègues seront vite irrités. Et les plaisanteries qui fusent à tout moment pendant les réunions peuvent finir par être lassantes.

    C’est le cas d’Hubert, un copain de fac de Charlotte, qui est toujours occupé à organiser des blagues pour surprendre ses amis. « C’est à se demander quand il trouve le temps de travailler », protestent certains. L’un d’eux, qu’Hubert qualifie de mauvais coucheur, a retrouvé un poisson en décomposition dans ses dossiers, après avoir passé une semaine à chercher d’où provenait cette odeur nauséabonde. Hubert et son jeune stagiaire en riaient aux larmes – mais le collègue, non !
    Même plus discrètement, on peut passer dans l’Enfant Libre d’une façon qui ne tienne pas suffisamment compte des autres – par exemple, au cours des réunions, en interrompant les autres à tort et à travers chaque fois qu’on a une idée, une réaction.
    DANS LES MOMENTS SENSIBLES
    L’Enfant Libre, avec son absence de tact, peut choquer. Parfois, quand on se sent mal, on a envie d’être laissé en paix. La personne spontanée qui asticote ou insiste est alors vécue comme plus pénible que charmante. Le problème vient de ce qu’elle n’est pas consciente du besoin de l’autre, mais seulement du sien propre.

    Sarah a fait cette expérience récemment, avec Sébastien. Parfois, le jeune homme est préoccupé par sa situation professionnelle. Depuis qu’il a quitté son école d’attachés de presse, après des stages peu ou pas rémunérés, il n’a décroché que de petits contrats sans suite. Comme il se retrouve de nouveau au chômage, il traverse une période particulièrement renfermée. Sarah trouve cela bien lourd. Elle essaie de le dérider en plaisantant, en le forçant à sortir, en lui racontant tous ses petits potins. Quand on fait cela pour elle, elle oublie ses soucis. Mais lui, au contraire, a fini par être exaspéré. Un soir il s’est mis à crier, lui a dit de partir, de le laisser, de le quitter même, si elle ne pouvait pas supporter qu’il ait des soucis. La jeune femme est rentrée chez elle en pleurs.
    SELON LES INTERLOCUTEURS
    Les personnes très sérieuses sont généralement déconcertées par celles qui expriment beaucoup d’Enfant Libre. Au mieux, elles trouvent cette nouveauté rafraîchissante, au pire insupportable. Et le plus souvent, elles froncent les sourcils, s’étonnent, réprouvent plus ou moins.

    Pierre trouve Sarah adorable mais fatigante. Chaque fois qu’elle vient chez lui, après le départ du couple « Sébastien et Sarah », il s’exclame : « Heureusement que je ne suis pas marié avec elle ! » Quand ils sont allés à quatre au théâtre voir une pièce drôle, il sursautait chaque fois que Sarah riait à gorge déployée. Son rire à lui est un rire retenu, britannique, « Ha, ha, hm… », et non « Hahahahaha !!! »
    FAIRE CONNAISSANCE AVEC SON PROPRE ENFANT LIBRE
    Songez aux moments où vous agissez comme bon vous semble, suivant votre humeur du moment. Vous parlez fort, vous exclamez, hélez un ami dans la rue, poussez un cri si on vous bouscule, prenez ce qui vous fait envie… Mais peut-être vous vient-il surtout à l’esprit les moments où vous retenez de telles réactions ?
    Selon nos tendances innées et notre éducation, nous avons plus ou moins présent cet état du moi fonctionnel. Les personnes qui manifestent beaucoup leur Enfant Libre n’en sont pas toujours conscientes. Parfois il leur semble évident que c’est approprié, que les gens devraient être comme elles, et que le monde en serait plus léger. Cela n’est pas faux, le monde serait sans doute plus léger, mais il y manquerait une certaine structure et des règles protectrices.

    Exercice
    P LUS OU MOINS D ’E NFANT L IBRE ?
    Ressemblez-vous à Sarah ? Êtes-vous spontané, drôle, pas particulièrement soucieux de ce que souhaitent les autres, ni des conséquences de vos actes ? En ce cas, vous avez facilement accès à votre Enfant Libre, et une voie de développement pourrait consister à le contenir par moment. La sagesse populaire dit : « Tourne sept fois ta langue dans ta bouche. » Il est parfois bien utile de réfléchir avant de réagir !
    Ou bien ressemblez-vous plutôt à Pierre ? Alors, vous avez peut-être envie de vous libérer davantage – ce qui est plus facile à dire qu’à faire… En général, les gens sérieux et responsables ont l’impression que, s’ils se laissent aller, des catastrophes risquent de se produire. Pour commencer à se désinhiber, mieux vaut expérimenter à petites doses, constater que la première expérience s’est bien passée, se rassurer grâce à cela. Avec des amis de confiance, il est possible de sortir voir un spectacle d’humour, de s’autoriser à rire fort, de déclencher une bataille de coussins, ou de goûter des plats nouveaux et manifester qu’on aime ou pas par des mimiques éloquentes.
    Si vous avez envie de vivre plus de spontanéité, plusieurs directions sont possibles :
    vous sermonner souvent avec votre Parent Normatif (peut-être Critique, même) est votre plus gros obstacle. En effet, le Parent Normatif est incompatible avec l’Enfant Libre. Il n’est pas possible de se forcer à être spontané ou libre. Donc, la première piste consiste à interposer votre Adulte entre votre Parent Normatif et votre Enfant : si vous vous critiquez, prenez un peu de recul pour évaluer cette critique avec autant d’objectivité que possible ;
    logiquement, le Parent Nourricier va bien avec l’Enfant Libre. Pour vous encourager à oser, rien de tel que de vous traiter gentiment, comme si vous aviez en vous une présence bienveillante qui vous donne la permission d’être vous-même ;
    enfin, il peut être intéressant de cultiver vos plaisirs. Que vous préfériez regarder des films drôles, dîner dans un bon restaurant, passer du temps avec des amis, cultiver votre jardin, danser sur une musique que vous aimez… tout cela est propice au développement de votre Enfant Libre, surtout si vous avez en tête que vous avez le droit de profiter de ce que vous vous offrez.
    L’Enfant Adapté
    Quand nous sommes dans l’Enfant, nous pouvons être spontanés, excités, joyeux, tristes ou en colère, en nous moquant de ce que pensent les autres. Mais très souvent, au contraire, nous nous sentons Enfant de façon douloureuse, en étant terriblement conscients du regard des autres, comme s’il pesait sur nous. Cette pression, réelle ou imaginaire, peut nous entraîner à faire ce qui est attendu de nous (nous soumettre), ou bien à résister (nous rebeller). En réalité, ce n’est pas la pression qui produit ce résultat, mais notre façon d’y réagir.
    L’ENFANT ADAPTÉ SOUMIS (EAS)
    DESCRIPTION

    Quand elle est invitée quelque part, Andrée, la mère de Charlotte et Sébastien, est à l’opposé de Sarah. Autant la jeune femme arrive décontractée, en s’attendant à passer un bon moment, autant Andrée s’efforce d’être la convive parfaite. Elle réfléchit au cadeau idéal, à ce qu’elle pourra porter qui sera approprié à la circonstance. Si ce sont des amis qui reçoivent, elle aide à la cuisine, aide à débarrasser, se rend utile du mieux qu’elle le peut. En cas de dîner professionnel, elle reste sagement assise, tout en guettant l’occasion de mettre la main à la pâte si cela semble avisé. Elle sourit à tout le monde, rit aux histoires drôles, écoute les convives d’un air absorbé même s’ils l’ennuient.
    Quand nous sommes dans l’Enfant Adapté soumis, nous ne faisons pas de vagues. Non seulement nous nous plions aux demandes, mais souvent nous tâchons de les anticiper. Nous voulons susciter l’approbation, ne pas déplaire, et encore moins provoquer de conflits.
    L’opinion d’autrui compte énormément pour nous, dans cet état. Si nous attirons l’attention par un acte inhabituel, nous pouvons ressentir une gêne intense, voire de la honte. De même que nos Adultes ne se ressemblent pas tous, notre façon d’être dans l’Enfant Adapté soumis peut varier énormément. Ce n’est pas étonnant, puisque nous cherchons à nous intégrer à l’entourage, et que tous les entourages n’attendent pas la même chose. Dans la famille Dupont, on nous veut discrets et effacés, dans la famille Durand on souhaite des enfants actifs et animés.

    Le jour où Andrée et Sarah ont déjeuné ensemble pour la première fois, toutes deux étaient un peu mal à l’aise. L’enjeu était élevé pour chacune : plaire à l’autre comptait énormément. Une telle situation est très propice à nous mettre dans l’Enfant Adapté – ce qu’ont fait les deux femmes, mais sur un mode bien différent. Sarah animée, un peu énervée, riant fort. Andrée se contrôlant, tapotant soigneusement ses lèvres avec sa serviette, croisant délicatement ses chevilles sous la table. Plus Sarah devenait nerveuse, plus Andrée était figée ; et comme la jeune fille n’arrivait pas à obtenir de sourire approbateur de sa future belle-mère, Sarah exagérait, amplifiait ses efforts. Quand elle eut un rire strident, Andrée sursauta, et regarda autour d’elle, vite. Elle aurait trouvé terrible qu’on les dévisage ! Mais, par chance, personne ne semblait les avoir remarquées.
    L’Enfant Adapté soumis entre en bonne complémentarité avec le Parent Normatif. Ce dernier donne des directives, il aime trouver en face quelqu’un qui le suive – et qui mieux qu’un Enfant Adapté soumis pour cela ? « Apportez-moi le dossier Truc », lance Charlotte à sa secrétaire, oubliant toute délicatesse. « Tout de suite », répond cette dernière, obéissante.
    Dans l’éducation, cet aspect de la personnalité est indispensable pour devenir socialisé. Si nous ne faisions que ce dont nous avons envie, nous serions assez odieux ! La politesse est basée sur l’Enfant Adapté soumis. L’adaptation à la vie en société également. Nous apprenons à tenir compte d’autrui au lieu de n’écouter que nos impulsions propres.

    Dans leur couple, c’est Pierre qui manifeste le plus cet aspect de sa personnalité. Quand Charlotte se met en mode chef, annonçant l’emploi du temps du week-end, il accepte généralement sans piper mot. Décrète-t-elle qu’ils iront à la campagne ? – il est d’accord –, que c’est une séance cinéma qu’il leur faut ? – d’accord aussi. Le plus souvent, cela permet un fonctionnement assez harmonieux de la famille. Charlotte aime décider, et Pierre est un compagnon agréable. Mais, lorsque cela ne lui convient pas, il a du mal à exprimer sa propre envie (il manque d’Enfant Libre), et devient un peu passif – ce qui n’arrange pas grand-chose, car son désir à lui, restant secret, n’est jamais satisfait. Pierre arrive seulement à refuser les projets lui semblant irréalistes, grâce à son Adulte solide qui lui permet d’expliquer ce qui ne va pas dans l’idée proposée.

    Les comportements typiques de l’Enfant Adapté soumis
    S’excuser avec une grande gêne, si jamais on arrive en retard ;
    chercher à arranger tout le monde ;
    accepter de rester tard au bureau sans protester, alors qu’on a des projets et qu’il n’y aura pas de contrepartie intéressante ;
    baisser les yeux en parlant à quelqu’un ;
    marmonner, parler tout bas comme si on ne voulait pas prendre trop de place ;
    dire oui en souriant, alors qu’on n’est pas du tout d’accord ;
    proposer le dernier canapé à son voisin, quand on en a envie ;
    boire les paroles du professeur, chercher ses bonnes grâces (beaucoup d’enseignants adorent cela !).
    LES PROBLÈMES AVEC L’ENFANT ADAPTÉ SOUMIS
    Trop souvent, trop fort
    Lorsque nous réagissons énormément avec l’Enfant Adapté, nous manquons de crédibilité, de solidité. La personne qui s’adresse à nous ne trouve pas d’interlocuteur consistant. Elle n’est pas sûre de pouvoir compter sur nous.

    Une des jeunes collaboratrices de Charlotte, Aude, était déjà là avant son arrivée – Charlotte ne l’aurait pas engagée, si elle avait eu le choix. Leurs tempéraments sont si différents ! Aude est très effacée, nerveuse, peu sûre d’elle. Dès que Charlotte lui demande d’effectuer une tâche, elle s’affole, se précipite, se lance vite dans la réalisation, sans prendre le temps de réfléchir. Souvent, cela produit des catastrophes, elle commet de nombreuses erreurs. C’est son Enfant Adapté soumis qui prend les commandes, au lieu de l’Adulte que Charlotte aimerait trouver.
    Ne pas avoir le sentiment d’être soi
    Si on réagit dans l’Enfant Adapté soumis, on est tellement attentif aux autres, à ce qu’ils veulent (ou à ce qu’on imagine qu’ils veulent), qu’on n’écoute guère ses propres désirs. À la longue, on ne sait plus vraiment qui l’on est, ce que l’on aime ou pas. Ce problème trouve généralement son origine dans la petite enfance. Mais il a tendance à s’accentuer avec le temps, car, plus on s’adapte à autrui, plus le phénomène se renforce.

    Pierre vit ce problème, par moments. De temps en temps, Charlotte se met en tête de lâcher les commandes dans le couple. « C’est à toi de proposer, cette fois », annonce-t-elle, sans se rendre compte qu’elle donne là un ordre un peu paradoxal : Pierre doit s’affirmer… en obéissant à sa femme ! « De quoi as-tu envie ? – Je ne sais pas, et toi ? » Cela peut tourner en rond un moment. Pas moyen de soutirer à Pierre une aspiration personnelle. Tant et si bien que Charlotte, exaspérée, finit par décider elle-même en poussant de grands soupirs.
    FAIRE CONNAISSANCE AVEC SON PROPRE ENFANT ADAPTÉ SOUMIS
    Songez aux moments où vous coopérez. Il y a quelque chose à faire, vous vous exécutez ; on est censé écouter, vous écoutez – des moments où vous vous montrez poli, courtois, même avec des gens qui vous déplaisent ; d’autres où vous refusez de suivre un ami dans une petite aventure, « parce qu’il ne faut pas, c’est interdit ! » ; d’autres où vous avez très envie de porter certains vêtements, d’agir d’une certaine façon, mais vous n’osez pas, car « ça ne se fait pas ».
    Ce qui fait la différence entre cette coopération ou cette politesse, et l’Adulte, c’est que vous avez l’impression qu’il le faut – que vous serez mal perçu si vous agissez autrement – et que vous n’avez pas le sentiment de décider, mais plutôt d’être forcé de vous comporter de cette façon.
    Peut-être vous vient-il aussi à l’idée des moments où vous êtes gêné, embarrassé, avec l’impression que les voisins vous observent d’un œil critique.
    Prenez quelques notes. Décrivez cet aspect de vous. Dans quel genre de circonstances se manifeste-t-il ? Est-ce que cela vous réussit plutôt ? Ou cela vous pèse-t-il ?

    Exercice
    P LUS OU MOINS D ’E NFANT A DAPTÉ SOUMIS ?
    Il est bien rare que quelqu’un se plaigne de ne pas être suffisamment dans l’Enfant Adapté soumis (ce sont plutôt les autres qui peuvent réclamer un tel changement, s’ils nous trouvent trop libres).
    Le problème le plus souvent vécu est de s’y trouver trop, de trop guetter l’approbation d’autrui. Mais, comme avec l’excès de Parent Normatif, on ne peut guère se demander de diminuer cet aspect de soi. Comme il est très lié à l’autocritique, si on se critique encore plus parce qu’on est trop soumis, on va seulement se sentir plus mal et être encore plus Enfant Adapté soumis. Mieux vaut donc viser à augmenter son Parent Nourricier et son Enfant Libre, dans la mesure du possible, et, si cela bloque trop, là encore se faire aider dans ce but
    L’ENFANT ADAPTÉ REBELLE (EAR)
    DESCRIPTION
    C’est la réaction inverse. La pression venant de l’extérieur (toujours réelle ou imaginée) est ressentie très fortement. Mais cette fois, au lieu de s’y plier, on se cabre, on refuse, parfois très ouvertement, voire violemment, parfois très subtilement, sur le mode passif-agressif. Le problème est que, dans cet état-là, on rejette même les offres qui nous conviendraient.

    C’est une difficulté que rencontrent encore Charlotte et sa mère. La jeune femme se sent contrainte par la pression parentale et se raidit, parfois avant même qu’un mot ne soit prononcé. Lorsque Pierre, Julien et elle déjeunent dans sa famille, les petits heurts sont fréquents. Le sommet arrive quand sa mère lui propose d’emporter les restes du repas. Ceux-ci sont généralement délicieux, et Charlotte adore les desserts de sa mère. Mais elle proteste toujours avec irritation : « Non, maman ! Tu ne vas pas encore nous encombrer, on a de quoi se nourrir ! »
    Les parents auront reconnu le « Non ! » de l’enfant de 2 ans. Quoi qu’on lui demande, il commence par ce mot magique, nouveau, si puissant – ce mot qui l’a aidé à forger son identité, en sélectionnant ce qu’il allait ou non accepter.

    Les comportements typiques de l’Enfant Adapté rebelle
    Maugréer dès qu’on nous demande quelque chose ;
    dire non avant même de savoir si la proposition nous tente ;
    faire de la provocation : choisir délibérément des vêtements qui ne conviennent pas à notre milieu professionnel, qui vont choquer ;
    saboter le travail qui nous est demandé ;
    faire le contraire de ce qu’attend l’autre : s’il insiste sur l’importance de la ponctualité, arriver en retard.
    LES PROBLÈMES AVEC L’ENFANT ADAPTÉ REBELLE
    Ça ne « passe » pas
    C’est le problème contraire de celui de l’Enfant Adapté soumis qui accepte tout sans discrimination : l’Enfant Adapté rebelle refuse à peu près tout, ce qui risque de bloquer les échanges. Cette attitude est particulièrement difficile à supporter pour toute personne encline à employer le Parent Normatif. Paradoxalement, hélas, ce dernier risque plus que d’autres de susciter un Enfant Adapté rebelle en réponse. Les gens qui prodiguent une foule de conseils dont nous n’avons pas besoin, ou, pis, nous donnent des ordres, éveillent chez beaucoup d’entre nous une résistance plus ou moins butée.
    Même en s’y prenant autrement, on peut se trouver bien embarrassé face à une personne qui tend à se rebeller. Il faut déployer des trésors d’ingéniosité pour contourner cette défense et parvenir à être entendu comme un interlocuteur, et non comme quelqu’un qui impose.

    En rentrant de chez les parents de Charlotte, Pierre ose à peine émettre la moindre remarque. Parfois, il préférerait qu’elle accepte d’emporter un plat, un dessert. C’est si bon, et cela leur éviterait de cuisiner ce soir-là. Il en a parlé, une fois, sur le chemin du retour. « Pourquoi ne veux-tu pas accepter ce que nous offre ta mère ? », s’enquit-il, dans l’Adulte, selon son mode favori. « Ah, tu ne vas pas commencer, toi aussi ! Laisse-moi tranquille, c’est ma mère, j’ai bien le droit de la gérer comme je veux ! » Il s’est vite rendu compte qu’elle restait un bon moment bloquée dans ce mode de refus (l’Enfant Adapté rebelle). Dans ce cas, mieux vaut attendre qu’elle se calme, elle ne peut rien entendre avant.
    Confondu avec l’Enfant Libre
    Toujours en révolte, l’Enfant Adapté rebelle peut sembler très libre. Contrairement à la personne trop soumise qui sourit à tout le monde, il sait refuser. Mais au fond, il fait la moue à tout le monde, ce qui n’est pas la liberté. L’Enfant Libre, lui, accepte les gâteaux de sa mère, s’il en a envie. Sinon, il les laisse sans s’irriter particulièrement. Il fait ce qu’il veut ! Alors que l’Enfant Adapté rebelle perçoit une pression, à laquelle il ne peut résister que par le combat.
    FAIRE CONNAISSANCE AVEC SON PROPRE ENFANT ADAPTÉ REBELLE
    Pensez à des gens que vous trouvez autoritaires et qui vous hérissent. Leur résistez-vous ? Comment ? Ouvertement ou secrètement ?
    Ce comportement est-il assez caractéristique, chez vous ? Êtes-vous du genre à vous buter facilement face aux demandes ? Ou, au contraire, est-ce inhabituel, et faut-il un interlocuteur quelque peu tyrannique pour éveiller votre côté rebelle ?
    Lorsque vous êtes dans le refus, cela vous réussit-il ? Par exemple, est-ce une bonne façon, pour vous, de défendre votre territoire ? Ou bien cela vous fait-il manquer de bonnes occasions ? Avez-vous acquis une réputation de personne difficile ?

    Exercice
    P LUS OU MOINS D ’E NFANT A DAPTÉ REBELLE ?
    Il n’est pas facile de décider de développer son côté rebelle… Mais, si vous avez envie de vous rebiffer davantage, vous pouvez vous y encourager consciemment :
    Pensez à des choses qui vous révoltent, et en vous imaginant avoir une réaction de protestation vigoureuse.
    Vous pouvez vous inscrire dans un mouvement associatif ou politique qui exprime assez bien votre désir de résistance.
    Exercez-vous auprès de personnes qui ne vous intimident pas trop, pour avoir plus de chances d’oser.
    Récapitulatif : schémas et quiz
    Un schéma récapitulatif permet de représenter graphiquement tous les états du moi fonctionnels. On y retrouve les trois cercles du début du chapitre, avec les subdivisions décrites dans le Parent et l’Enfant.


    Figure 2 – États du moi fonctionnels
    Quiz : arrivez-vous à les identifier ?
    Charlotte a organisé une fête chez elle à l’occasion de ses trente ans, en invitant ses copains de fac, Hubert, Pâquerette, Colette et Jasmina ; son équipe : Zoé, Claire, Aude et Jérôme ; et son frère, Sébastien, avec sa fiancée Sarah. À votre avis, dans quel état du moi fonctionnel se trouvent-ils dans les situations ci-dessous ? Sébastien est content de retrouver les copines de sa sœur, qui venaient à la maison étudier en groupe, alors qu’il était encore au lycée. Il leur fait de grands sourires et les embrasse. Sarah est tout intimidée. Contrairement à son habitude, elle reste un peu en retrait, souriant discrètement à tout le monde. Charlotte jette régulièrement un coup d’œil sur le buffet, pour s’assurer qu’il y a toujours de quoi nourrir ses convives. Le téléphone mobile de Jasmina sonne, elle fronce les sourcils, reconnaît le numéro de sa maison, répond d’un air soucieux. Le bébé serait-il malade ? Colette reste dans son coin. Elle trouve qu’il y a beaucoup de monde, songe qu’elle serait bien chez elle, à écouter de la musique. Sarah et Zoé se sont découvert une passion commune pour la chanteuse Zazie, elles discutent avec animation de leurs mélodies préférées. Pâquerette les écoute avec envie, elle aimerait bien participer, mais se sent inhibée. Colette remarque qu’il n’y a plus d’eau, elle emporte le broc à la cuisine pour le remplir. Pierre est ravi de discuter informatique avec Hubert, ils échangent des tuyaux sur les meilleurs programmes de comptabilité personnelle. Un peu plus tard, ils discutent football, et le ton monte : l’un trouve que l’OM est de loin le meilleur club, l’autre assure que le PSG va gagner haut la main. Jasmina oublie enfin son rôle de mère, et rigole avec Charlotte en évoquant leurs frasques d’étudiantes. Pâquerette a envie de prendre le dernier éclair au chocolat, mais elle n’ose pas. Et si quelqu’un d’autre le voulait ? Charlotte réclame le silence pour prendre la parole, parler de cette occasion et de son importance. Hubert lance des plaisanteries décalées, absurdes, pendant le discours. Tous rient, Charlotte aussi, parce que c’est vraiment drôle et pas méchant. Pierre porte un toast à sa « magnifique femme ». Charlotte rougit, ravie – c’est si rare qu’il la complimente ! Jasmina verse une larme. Hubert a fini le dernier éclair au chocolat. Et même ceux au café ! Zoé se venge en s’emparant des trois dernières tartelettes aux fraises. Pas question de laisser cet égoïste tout dévorer ! Elle en parle à Claire, qui approuve et termine les petits fours. Jérôme boit un peu trop, Charlotte lui enjoint de lui donner ses clés de voiture. En fin de soirée, les femmes se retrouvent à la cuisine et aident Charlotte à ranger. Au moment du départ, chacun a passé une bonne soirée, les embrassades sont particulièrement chaleureuses. Au fait, où était Aude ? Après le départ des autres, Charlotte se rend compte qu’elle n’est pas venue.
    Réponses Sébastien est en Enfant Libre, ce qui est assez rare chez lui, signe qu’il se sent vraiment bien dans cet environnement. Sarah est en Enfant Adapté soumis. Charlotte est en Parent Nourricier, soucieuse du bien-être de ses invités. Jasmina est également en Parent Nourricier, elle a eu du mal à laisser son bébé aux soins de Thomas. Colette n’est pas à l’aise en grand groupe, elle est dans l’Enfant Adapté soumis. Les deux jeunes femmes sont dans l’Enfant Libre. Pâquerette est en Enfant Adapté soumis, sa spontanéité est bridée. Colette est dans l’Adulte (son point fort), elle remarque un problème et met en œuvre la solution. Les deux hommes sont dans l’Adulte, avec peut-être des moments d’Enfant Libre. À présent, c’est l’Enfant Libre qui a pris le dessus, ils s’amusent sur un mode compétitif. Jasmina quitte le Parent Nourricier pour passer en Enfant Libre – une occasion trop rare pour les jeunes mamans, si occupées par leurs petits ! Pâquerette est encore en Enfant Adapté soumis, n’écoutant pas ses envies, songeant aux autres, à ce qu’ils vont penser d’elle. Charlotte est probablement dans son Parent Normatif, elle soumet son petit monde aux règles du genre. Hubert est dans l’Enfant Libre et y entraîne les autres. Pierre est pour une fois dans son Parent Nourricier envers Charlotte. Et Charlotte en est tout émue, elle passe en Enfant Libre. Jasmina est peut-être en Enfant Libre, elle aussi, à avoir envie que son Thomas soit capable de la traiter ainsi. Ou bien elle est en Parent Nourricier, émue pour son amie. Décidément, Hubert ne décolle pas de son Enfant Libre : il fait ce qu’il veut, quand il le veut. Zoé est dans l’Enfant Adapté rebelle : elle mange les tartelettes, même si elle n’en a pas envie, juste pour embêter Hubert. Claire est dans le même cas. Jérôme était probablement dans l’Enfant, peut-être Adapté soumis (intimidé de se trouver chez sa chef, buvant pour se donner une contenance), ou bien Libre (ne réfléchissant pas au fait de boire, alors qu’il est censé rentrer en voiture). Charlotte est repassée en Parent Normatif, elle interdit au jeune homme de se mettre en danger. Les autres femmes sont dans le Parent Nourricier : elles ne veulent pas que Charlotte se retrouve dans une maison sale le lendemain de sa fête, elles prennent soin d’elle. Mais si elles se mettent à protester au sujet des garçons qui ne font rien, elles seront dans l’Enfant Adapté rebelle. En se quittant tout contents de leur soirée, les gens sont dans l’Enfant Libre. Aude a dû rester coincée dans son Enfant Adapté soumis, avoir tellement peur de ne pas savoir comment se comporter qu’elle a préféré ne pas venir, et ne pas oser téléphoner, car elle s’est décidée tard et ne voulait pas déranger.
    Un profil de personnalité : l’égogramme
    Qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ?
    On peut représenter graphiquement les parties de nous-mêmes que nous avons tendance à mettre en œuvre le plus souvent. Bien entendu, il est impossible de mesurer avec exactitude ce que nous sommes. L’intérêt d’un tel diagramme est de nous offrir une vision simplifiée, résumant notre fonctionnement habituel, en mettant en évidence dans quelle proportion nous investissons notre énergie dans chaque catégorie d’états du moi. Un histogramme nous permet de visualiser cette répartition, puis de nous demander si cela nous convient.

    L’égogramme de Charlotte
    Nous avons vu que Charlotte est assez autoritaire, et souvent certaine d’avoir raison. Elle a un Parent Normatif important (80). Au contraire, son Parent Nourricier (30) est assez faible, quoiqu’il se développe au contact de son petit Julien. Elle va facilement dans l’Adulte (60), quand tout se passe bien. Mais, en cas de contrariété, elle perd ce fonctionnement pour redevenir critique. Elle sait s’amuser, être spontanée, donc son Enfant Libre (50) est bien présent. Mais comme, après la naissance de son frère, Sébastien, elle a souvent subi des remontrances quand elle s’exprimait, elle perd rapidement cet état, pour partir dans l’Enfant Adapté rebelle (80) qui lui est très facilement accessible. Quant à l’Enfant Adapté soumis (55), elle sait se servir de cette partie d’elle-même, à condition que ses interlocuteurs ne la rendent pas butée.


    Figure 3 – Égogramme de Charlotte

    L’égogramme de Pierre
    Pierre a pour points forts l’Adulte (90), qu’il active presque à volonté, et l’Enfant Adapté soumis (70), dont la capacité d’adaptation lui a permis d’éviter les conflits depuis l’enfance. Il peut facilement y glisser, si on se montre trop agressif envers lui. Il lui arrive aussi de se rebiffer – mais seulement s’il juge la situation inacceptable – grâce à son Enfant Adapté rebelle (40). Sinon, il préfère maintenir la paix. Du côté de l’Enfant, il n’est pas souvent en Enfant Libre (35), la spontanéité ne lui a pas trop réussi dans sa famille d’origine. Il ne sait guère non plus manifester de sollicitude envers autrui, même envers ses proches, étant pauvre en Parent Nourricier (20). Et, comme le Parent Normatif (40) attire souvent la résistance d’autrui, il évite de s’imposer par ce biais, sauf quand la situation l’exige.


    Figure 4 – Égogramme de Pierre
    Dans un couple
    Les deux partenaires du couple peuvent présenter des égogrammes plus ou moins semblables ou différents. Certains cherchent chez l’autre leur semblable et apprécient le confort de fonctionner sur le même mode : tous les deux Adulte, ou Enfant, ou Parent…
    Pour d’autres, au contraire, l’intérêt du couple réside dans la différence, c’est le complémentaire qui attire. Une personne Enfant peut rechercher quelqu’un dont le fort Parent va l’étayer, la protéger, l’orienter, la personne Parentale préférant occuper seule cette fonction, face à quelqu’un de plus malléable. Et un individu sérieux, voire austère, peut être charmé par un être drôle, spontané, et passionné.
    Parfois, après un temps de vie commune, c’est l’inverse qui nous tente : si nous avons eu un conjoint qui nous ressemble, nous avons envie d’une relation plus stimulante, qui nous emmène dans d’autres parties de nous-mêmes. Si, au contraire, nous étions avec notre complément, souvent cela commence à sembler difficile ; nous avons envie d’une relation plus évidente, avec quelqu’un qui nous ressemble et que nous comprenons aisément.

    La comparaison des deux égogrammes de Pierre et de Charlotte permet des observations intéressantes. On voit que tous les deux ont un Adulte assez fort, ce qui leur permet de bien se rencontrer dans cette façon d’être, et de communiquer. Par ailleurs, Charlotte présente beaucoup de Parent Normatif, et Pierre en présente peu. L’inconvénient est que, parfois, Charlotte trouve son mari un peu mou, manquant d’autorité à son goût. En revanche, cela leur évite bien des problèmes, car deux grands Parents Normatifs sous le même toit ont tendance à produire des étincelles ! Tôt ou tard, ils ne seront pas d’accord sur un point important et s’affronteront avec véhémence. Le fait que tous deux aient assez peu d’Enfant Libre leur convient également ; comme le dit Pierre, après les visites de Sarah : « Heureusement que je ne suis pas marié avec elle ! » Le problème, c’est que leur petit Julien risque de trouver qu’on ne s’amuse pas beaucoup, dans cette maison (heureusement, il pourra fréquenter sa tante Sarah, qui lui offrira des moments de plus grande liberté affective). Le fait qu’aucun des deux n’excelle en Parent Nourricier présente le même avantage – et un inconvénient similaire : la famille risque de manquer de chaleur.
    Votre propre égogramme

    Exercice
    D ESSINEZ VOTRE ÉGOGRAMME
    À partir de ce que vous avez lu dans ce chapitre, vous pouvez évaluer sur une échelle de 0 à 100 la quantité relative d’énergie que vous mettez dans chaque état du moi fonctionnel.
    Par exemple, si vous êtes dans l’Adulte aussi souvent, aussi facilement, que vous le voulez, il cotera 100.
    En revanche, si vous trouvez que vous perdez l’Adulte dans certaines circonstances (comme la plupart d’entre nous), il cotera plus ou moins haut selon les cas. Peut-être 30, ou 50…
    Procédez de même avec les autres états du moi, en évaluant :
    votre capacité de Parent Normatif à prendre en charge et diriger, proclamer une opinion ;
    votre capacité de Parent Nourricier à vous occuper des autres, à les réconforter ;
    votre capacité à vous amuser, à être spontané, à montrer ce que vous ressentez ;
    votre tendance à vous adapter aux autres, en leur obéissant, ou bien en vous rebellant, en grognant et en refusant tout. Et ainsi de suite…
    votre tendance à vous adapter aux autres, en leur obéissant, ou bien en vous rebellant, en grognant et en refusant tout. Et ainsi de suite…
    Si votre côté Parent est différent avec vous-même de celui que vous manifestez à autrui, vous pouvez subdiviser les colonnes Parent Normatif et Parent Nourricier en deux parties : Parent Normatif avec les autres/Parent Normatif avec moi-même, Parent Nourricier avec les autres/Parent Nourricier avec moi-même.
    Vous pouvez aussi inviter votre conjoint, si vous en avez un, à remplir de son côté une grille évaluant ses états du moi fonctionnels. Cela vous permettra de comparer vos égogrammes et de voir les zones de ressemblance et les zones de complémentarité.


    Figure 5 – Dessinez votre égogramme
    Comment cela peut-il changer ?
    Au niveau des résultats, il est évident qu’on ne vise pas à rétrécir un de ses états du moi fonctionnels. Cela ne marcherait pas. Mieux vaut augmenter l’énergie investie dans d’autres parties de nous-mêmes. Selon le principe des vases communicants et de la constance de l’énergie, s’il y a plus d’énergie d’un côté, il y en aura moins de l’autre.
    Quand on est trop souvent Parent Critique, par exemple, on a deux directions de travail :
    travailler sur cette façon d’être (avec un professionnel, si on n’y arrive pas tout seul) pour adoucir notre rapport avec autrui et avec nous-mêmes, et se trouver plutôt en Parent Normatif ;
    développer d’autres aspects de soi, comme le Parent Nourricier, l’Adulte, ou l’Enfant Libre, ce qui tend à diminuer naturellement notre côté Parent Normatif.
    Pour développer vos aspects un peu faibles, cela se passe comme si vous commenciez un nouveau métier demandant de faire montre de qualités différentes de celles que vous manifestez naturellement. Ne dit-on pas que la fonction crée l’organe ?
    Si ces capacités ne sont pas trop éloignées de ce qui vous est habituellement accessible, vous pourrez les acquérir assez facilement. Ce sera une question d’entraînement.
    En revanche,

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