Le harcèlement émotionnel
114 pages
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Description


Plus d'attention, d'écoute, de protection, d'amour... Il arrive qu'un proche - conjoint, parent, enfant, ami - en demande trop. Nous avons beau donner toujours plus, ses émotions nous tyrannisent et prennent le pas sur la complicité et la joie. L'amour et l'affection sont réels, mais nous nous épuisons dans une relation étouffante, dans laquelle nous ne distinguons plus ce qui nous fait souffrir de ce qui fait souffrir l'autre.



Pourquoi l'émotivité de la personne aimée devient-elle harcelante ? À quoi est dû ce sentiment de confusion face à elle ? Faut-il se détacher pour se protéger ? Comment vivra cette partie de soi que seul l'autre reconnaît ?



La psychanalyste Virginie Megglé nous éclaire sur les liens fusionnels qui renvoient à la dépendance des premiers jours, celle du petit enfant vis-à-vis de sa mère. Elle nous explique comment nous affranchir du harcèlement émotionnel, pour retrouver notre intégrité et aimer librement l'autre.



Avant-propos


Introduction


 


Première partie De la fusion à la dépendance


Chapitre 1 – En quête de fusion


Chapitre 2 – Vouloir (l’autre) toujours plus, lui en vouloir


Chapitre 3 – Qui de nous harcèle l’autre ?


Chapitre 4 – Après le rêve, le désenchantement


Chapitre 5 – Nous nous aimions si tendrement


 


Deuxième partie Les coulisses du harcèlement émotionnel


Chapitre 6 – Au commencement était la fusion


Chapitre 7 – Une redoutable insécurité


Chapitre 8 – Au nom de l’amour : quelques techniquesde harcèlement


Chapitre 9 – Des terrains affectifs qui prédisposent au harcèlement émotionnel


Chapitre 10 – L’accord des inconscients : à la vie, à la mort


 


Troisième partie Sortir de la fusion ? Au risque de s’aimer


Chapitre 11 – Changer de scénario, est-ce possible ?


Chapitre 12 – Au risque de vivre, au risque d’aimer


Chapitre 13 – Cesser de s’accrocher (autant que faire se peut)


Chapitre 14 – De la tourmente à une joyeuse dépendance


 


Quatrième partie Les mots de la dépendance


Vers une clarification


 


Conclusion


 

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 mars 2020
Nombre de lectures 4
EAN13 9782212770735
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0650€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Il n’est de douleurs si terribles que celles infligées par ceux que l’on aime
Plus d’attention, d’écoute, de protection, d’amour… Il arrive qu’un proche – conjoint, parent, enfant, ami – en demande trop. Nous avons beau donner toujours plus, ses émotions nous tyrannisent et prennent le pas sur la complicité et la joie. L’amour et l’affection sont réels, mais nous nous épuisons dans une relation étouffante, dans laquelle nous ne distinguons plus ce qui nous fait souffrir de ce qui fait souffrir l’autre.
Pourquoi l’émotivité de la personne aimée devient-elle harcelante ? À quoi est dû ce sentiment de confusion face à elle ? Faut-il se détacher pour se protéger ? Comment vivra cette partie de soi que seul l’autre reconnaît ?
La psychanalyste Virginie Megglé nous éclaire sur les liens fusionnels qui renvoient à la dépendance des premiers jours, celle du petit enfant vis-à-vis de sa mère. Elle nous explique comment nous affranchir du harcèlement émotionnel, pour retrouver notre intégrité et aimer librement l’autre.
Virginie Megglé est psychanalyste et auteure de nombreux livres.
Virginie Megglé
Le harcèlement émotionnel
S’aimer sans s’étouffer
Éditions Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Avec la collaboration de Solange Cousin
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Éditions Eyrolles, 2020
ISBN : 978-2-212-57335-0
À ma cousine Sophie
Table des matières
Avant-propos
Introduction
P REMIÈRE PARTIE De la fusion à la dépendance
Chapitre 1 – En quête de fusion
Deux en un…
Des mots pour dire les maux : fusion
Des mots pour dire les maux et mieux se (re) connaître : harcèlement émotionnel
Le désordre émotionnel
Le revers de la fusion
Chapitre 2 – Vouloir (l’autre) toujours plus, lui en vouloir
Quand l’idéal se craquelle
Le tiers exclus
Attention, relation, perversion
Chapitre 3 – Qui de nous harcèle l’autre ?
À qui la faute ?
Déstabilisante insécurité
Infantilisation
Subtile incohérence de la fusion passionnelle
Mon besoin est un ordre
Contre, tout contre
Un harcèlement émotionnel sournois
Chapitre 4 – Après le rêve, le désenchantement…
Accroc… et à cran
Quand le meilleur devient le pire et que l’élu ne l’est plus
Chapitre 5 – Nous nous aimions si tendrement…
L’empathie ne se commande pas…
Fusion et mimétisme obsessionnel
Faire payer, ne pas céder sur son désir
D EUXIÈME PARTIE Les coulisses du harcèlement émotionnel
Chapitre 6 – Au commencement était la fusion
Retour sur le fusionnel, ce fonctionnement originel
Une dépendance vitale et ses déplacements
Trop fusionnelle ?
Excessivement dépendants à tout âge !
Une ressource ambiguë
Ce qui produit un effet de harcèlement
Un besoin toujours croissant
Il n’est de douleur plus poignante que celles infligées par qui l’on aime…
Chapitre 7 – Une redoutable insécurité
Retour sur l’insécurité : l’insécurité originelle
Dans l’intimité
L’inquiétude au quotidien
L’inquiétude du pire sollicite le pire
Un terrain propice aux techniques de harcèlement
Une atteinte répétitive
Chapitre 8 – Au nom de l’amour : quelques techniques de harcèlement
Quand l’attente nous jette dans la tourmente
Appâter, séduire, porter aux nues, lâcher, revenir
L’effet de déception…
La cruauté du silence
Chapitre 9 – Des terrains affectifs qui prédisposent au harcèlement émotionnel
Qui souffre de dépendance affective ne l’a pas choisi…
Le traumatisme en héritage…
Chapitre 10 – L’accord des inconscients : à la vie, à la mort
Les transactions inconscientes
Les transactions souterraines
L’écho d’une pression parent-enfant
Le chantage au cœur de la fusion
Une redoutable interprétation
Donner du sens, sans imaginer le pire ?
Une sensibilité décuplée
Le réveil de la tyrannie du nourrisson inquiet
Le temps décomposé
T ROISIÈME PARTIE Sortir de la fusion ? Au risque de s’aimer
Chapitre 11 – Changer de scénario, est-ce possible ?
Prendre le risque de déplaire pour apprendre à ne plus se déplaire
Dans la réalité : apprendre à se sevrer
Accepter une vulnérabilité renforcée
Sortir de la fusion addictive produit une recrudescence émotionnelle
Quel recours ?
Se sauver d’une relation délétère est un réflexe vital
Comment échapper à l’emprise amicale de qui nous maltraite ?
Sortir de la bulle…
Comment ne plus se laisser blesser par qui ne veut rien entendre ?
Prises de conscience salutaires…
Chapitre 12 – Au risque de vivre, au risque d’aimer
Les techniques pour résister aux techniques de harcèlement
Des obstacles s’imposent ?
« C’est difficile de rompre avec une sœur, avec son meilleur ami. »
« Difficile d’apprendre à ne plus compter sur quelqu’un quand on a pris l’habitude de compter sur lui. »
« La fusion c’est la passion, ne va-t-elle pas céder la place à l’ennui ? »
Une précision s’impose
Peut-on éviter qu’une situation ne se dégrade ?
Si vous avez dû vous sauver
Chapitre 13 – Cesser de s’accrocher (autant que faire se peut)
Ma vie ne dépend plus de la tienne, mais j’ai encore besoin de toi…
Le temps de la désintoxication
Un sevrage douloureux
Seule la bienveillance encourage à prendre soin de soi
La possibilité de blesser et le refus de le faire
Accompagner la cicatrisation
La parole et le silence, une question de mesure
En cas de crise
S’accorder le temps du repos
Chapitre 14 – De la tourmente à une joyeuse dépendance
À deux…
Se sauver, recouvrer la santé (seul)
Fusionnel toujours un peu
Aimable fusion…
Moins aimable fusion
Q UATRIÈME PARTIE Les mots de la dépendance
Vers une clarification
Affectif
Affection
Autre
Crise
Crise fusionnelle
Déception
Dépendance
Dépendance affective
Dépendance fusionnelle
Dépendance harcelante
Dépendances névrotiques ou addictives
Emprise
Exclusivité
Exclusivité plurielle
Fusion
Fusion névrotique
Fusionnel sadique ou à tendance perverse
Guérir
Guérison
Induire
Insécure
Insécurité
Pathologique
Perversité
Point de vulnérabilité émotionnelle
Préférence
Respect
Rupture
Sécurité affective
Séparation et sevrage
Sevrage thérapeutique
Sous-texte
Trahison
Conclusion
Avant-propos
Nous sommes des êtres de désir. Fruit du désir de nos parents (même s’il arrive que ce désir ait été contrarié ou contrariant), fruit de leur accouplement, portés par un élan vital, nous sommes nous-mêmes animés d’un désir. Désir de vivre. Désir d’amour. De partage, de création, d’évolution, de conquête… Partant du principe que ce désir est animé depuis l’inconscient par des motivations qui nous échappent, et qu’il ne nous apparaît pas toujours clairement.
Ce désir nous appelle à la rencontre de l’autre, des autres. Nous aspirons pour le réaliser à des relations idéales, mais la réalité contredit l’idéal et parfois l’entache. L’amour, au cœur de notre vie, nous laisse alors peu de répit, que ce soit en couple ou en famille mais aussi dans nos relations amicales.
Nous avions enfin rencontré l’amour, le vrai, tout allait bien, nous étions sûrs que c’était lui, que c’était elle… Ou bien nous avions une amie d’enfance, nous nous étions promis de ne jamais nous trahir, et soudain… On ne sait quel grain de sable est venu se faufiler dans la relation et plus rien n’est comme avant. On ne peut pas toujours situer depuis quand, mais c’est à l’occasion d’un changement de lieu, de travail, d’habitudes… La relation devient invivable. Sans nous l’avouer tout de suite, nous nous sentons trahis, déstabilisés, excédés. Nous faisons bonne figure. Gardons fière allure. Mais notre quotidien peu à peu se transforme en enfer.
Le plus souvent cela survient dans le cadre d’une relation amoureuse. Nous formions jusque-là un couple indépendant, notre vie amoureuse ne nous posait aucun problème… Nous décidons de vivre ensemble, d’habiter sous le même toit, et voilà que les disputes ne cessent. Elle ou il nous harcèle. Nous ne le reconnaissons plus. Nous ne nous reconnaissons plus. Le moindre retard de l’autre nous contrarie, nous nous mettons à trembler à sa première absence, son humour nous agace. Nous le harcelons pour le lui faire comprendre, ou évitons de le harceler, mais cet évitement même nous harcèle, car il nous obsède. Chaque pensée est un enfer, nous nous sentons sous son emprise ou abandonné. Piégé, utilisé ou maltraité. Nous souffrons, sans imaginer le plus souvent que l’autre puisse souffrir : s’il souffrait comment ne serait-il pas sensible à la souffrance qu’il nous inflige ?
Nous n’avons pas (encore) (vraiment) (tout à fait) envie de le sortir de notre vie, mais nous n’en pouvons plus. Nous ne savons plus ce qu’est la patience, nous qui étions pourtant réputés pour être sages, posés, mesurés.
Cela se produit aussi entre une mère et son enfant, entre amis, dans le cadre d’une relation professionnelle, entre voisins. Nous étions jusque-là dans les meilleurs termes imaginables et soudain « ça craque ». La relation nous échappe !
L’autre nous obsède. Nous ne le supportons plus… Nous sommes envahis par sa pensée, par « ce qui se passe mal » ou la peur que « ça se passe mal ».
L’admirateur qui nous couvrait de cadeaux devient un bourreau, la championne des câlins se transforme en furie. Celui qui nous avait secourus nous fait couler.
Nous le fuyons, il nous poursuit. Nous la désirons, elle s’enfuit. Nous perdons pied, nous paniquons. Tout était si paisible et voilà qu’il/elle ne supporte plus le calme et rejette tout geste de tendresse. La fusion se transforme en prison. Nous sommes devenus esclaves de nos sentiments à son égard. Soit il nous abonne à son silence, soit nous croulons sous une avalanche de textos. Il nous rend dépendants de sa conduite indécise, nous plonge dans l’incertitude. La culpabilité nous envahit, aussi harcelante que l’inquiétude propre à ce type de relations. Comme si elles ne pouvaient se maintenir qu’à travers l’inquiétude qu’elles sécrètent en contrepartie de l’admiration ou de l’exclusivité qu’elles exigent. Comme si l’on ne pouvait que s’y soumettre ou s’en extraire définitivement. Notre vie dépend de celle de l’autre et son mal-être devient le moteur ou la raison d’être de la relation, jusqu’à ce qu’elle devienne invivable ou que chacun de son côté se prenne en charge pour passer de la fusion au partage, à la conjugaison de deux personnalités.
Les effets de ces dépendances excessives qui se traduisent physiquements par des tremblements, des bouffées d’angoisse, tel un martèlement émotionnel, de quoi sont-ils les symptômes ? Qu’est-ce qui s’y joue ? Les crises, les sentiments d’impuissance, de désespoir, de découragement, d’épuisement que ces dépendances suscitent peuvent se révéler à tout âge, dans plusieurs types de relation, mais elles ne surgissent pas par hasard. Elles sont l’occasion de mieux se connaître, de devenir soi, de grandir.
Introduction
« L’ingéniosité du premier romancier consista à comprendre que dans l’appareil de nos émotions, l’image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif. »
Marcel Proust, Du côté de chez Swan
Quand nous avons subi des carences affectives dans l’enfance ou vécu par exemple des situations douloureuses car conflictuelles, celles-ci resurgissent dans le cadre de relations amoureuses, amicales, ou même professionnelles. Nous avons spontanément tendance à attendre de l’autre qu’il y remédie. C’est là que peut s’installer une dépendance excessive, car l’attente est déplacée (d’hier à aujourd’hui, du passé au présent). Nous attendons, plus ou moins consciemment, de l’autre — l’amour ou l’ami — qu’il ou elle répare nos blessures d’hier, apaise nos besoins restés en suspens. Nous verrons que non seulement — exception faite des personnes qui expriment clairement le besoin de venir en aide — nul ne peut pourvoir à nos besoins d’hier ni nous réparer, mais que de surcroît, une telle attente peut décontenancer.
Nous pouvons ainsi nous-mêmes être l’objet d’une demande d’attention affective démesurée, troublante d’un point de vue émotionnel, ou exprimer une telle demande, souvent blessante pour celui ou celle à qui l’on reproche le mal qui nous a été fait par le passé comme si c’était elle ou lui qui en était la cause.
Ainsi, quand resurgissent des souffrances d’hier, elles perturbent et déséquilibrent la relation et donnent lieu à des débordements émotionnels, de part et d’autre.
Si on ne considère pas ces excès, dans le but de rétablir un équilibre affectif, ils induisent des dépendances douloureuses, maladroites, inquiétantes, qui nous maltraitent autant l’un que l’autre et produisent cet effet de harcèlement insupportable à vivre.
Si, en contrepartie, on les considère, on apprend à mieux se connaître, on se répare soi-même et on parvient également à discerner ce qui vient de nous, ce qui vient de l’autre. Ce qui vient d’une situation passée, ce qui appartient à proprement parler au présent. On est plus à même de trouver les solutions adéquates.
On parle de nos jours très souvent de dépendance affective. C’est une question devenue essentielle. J’ai moi-même eu l’occasion à plusieurs reprises d’écrire sur ce sujet 1 . Mais cette notion de dépendance affective peut donner lieu à une certaine confusion : elle n’est en effet pas évidente à délimiter hors cadre thérapeutique. Elle ne se laisse pas cerner facilement : c’est le propre de l’affect ! Il me semble important de souligner ici, aujourd’hui, que nous sommes des êtres dépendants affectifs, pas essence. Que la dépendance affective en elle-même n’est pas une maladie. De même que nous avons besoin d’oxygène ou de nourritures alimentaires, nous avons un besoin tout aussi vital d’aimer, de nous sentir aimés, d’affection, de tendresse, de présence et de chaleur humaine. La recherche clinique prouve qu’un enfant alimenté suffisamment, en termes de calories, de vitamines, de sels minéraux, mais de façon mécanique et privé d’affection, est malheureusement entravé dans son développement et devient un adulte souffrant, y compris physiquement.
Hors ces cas de carence avérée, la frontière n’est pas délimitée entre le normal et le pathologique. Ce qui nous renseigne est subjectif. Selon, entre autres, le tempérament, l’histoire personnelle et familiale. Quand la souffrance se manifeste ou s’installe dans une relation, elle demande que l’on s’interroge sur la qualité et la nature de la dépendance affective. Cette dépendance est vitale, il ne peut être question de la supprimer. Mais quand on se met à son écoute, elle nous invite à mieux prendre soin de soi, en comprenant ce qui s’y joue, dans le cadre d’une relation, lorsqu’elle se fait douloureuse. Par l’attention que nous lui porterons, nous apprendrons à pourvoir à l’essentiel et à mettre fin à ses excès.
C’est dans cet esprit que nous avons imaginé une quatrième partie, en fin de volume, pour éclairer ce qui peut relever du normal ou du pathologique. Et amener à faire des distinctions, des nuances, selon les situations.
Vous pourrez vous reporter à ce glossaire en cours de lecture pour ensuite la reprendre là où vous l’avez laissée. Selon un parcours plus intuitif que rationnel, car ainsi fonctionne notre affectivité ! La plupart des mots du glossaire sont signalés en italique dans le texte.
La question des dépendances affectives est au cœur de la vie. Cette dimension de l’humain a été trop longtemps négligée. Il est normal qu’elle nous préoccupe. Les difficultés qu’elle nous pose nous invitent, si nous nous mettons à son écoute, à prendre soin de nous en profondeur. À apprendre, peu à peu, pas à pas, une façon d’être plus apaisée, plus apaisante… À ne plus se torturer ni se laisser torturer émotionnellement parlant.

1 . Virginie Megglé, Les séparations douloureuses , Eyrolles, 2015.
P REMIÈRE PARTIE
De la fusion à la dépendance
Chapitre En quête de fusion 1
Deux en un…
La fusion est le premier mode de vie que nous ayons connu, le plus attachant, le plus émouvant… Initiée dans le ventre de notre mère, elle se poursuit naturellement les premiers temps de notre vie. Il nous arrive par la suite de la rechercher pour nous rassurer mais aussi de la reproduire. Nous avions fait un avec notre mère, nos parents ont fait un lorsqu’ils se sont accouplés. Elle symbolise cet état symbiotique où nous étions portés, pris en charge, enveloppés, là où nous ne connaissions pas la frustration. Grâce à elle, par l’intermédiaire de notre mère, nous nous sentions en communion avec l’univers. Alors nous nous y ressourçons.
Ainsi est-il fréquent de voir un petit enfant se réfugier sous une couette ou se replier en position de fœtus, quand il se sent contrarié sans avoir les mots pour le dire. Comme lorsqu’il faisait un avec maman.
Nous imaginons facilement la fusion comme la rencontre ou l’extrême proximité de deux corps, principalement entre une mère et son enfant. Ainsi est-il fréquent d’accuser une mère d’être « trop fusionnelle ». Mais non seulement il existe des pères également « trop fusionnels » d’un point de vue physique, mais la fusion n’est pas seulement charnelle. Ainsi, certains pères entretiennent-ils une communion « d’âme à âme » avec leur enfant. Qu’il soit fille ou garçon.
Ce type de relation prolonge et reproduit le mode premier de communication : le langage maternel, un langage sans parole, inarticulé, qui reste inscrit depuis la conception en chacun de nous.
Ainsi, la relation entre l’écrivaine Colette et sa mère Sidonie était caractéristique de la fusion à distance. Une abondante correspondance épistolaire et plusieurs ouvrages en témoignent. L’écrivaine portait à l’origine le même prénom que sa mère « Sidonie Gabrielle ». Elle reproduisit ce mode de relation avec sa fille, qu’elle prénomma de son pseudonyme d’écrivain : Colette !
Entre frère et sœur, nous avons gardé confusément le souvenir d’avoir partagé le même ventre… la même chambre parfois, la même école, les mêmes jeux, les mêmes vêtements par choix ou par obligation, les mêmes amis et plus tard les mêmes amants, les mêmes moments de solitude. Les douleurs n’étaient pas (toujours) les mêmes, ni l’avenir forcément, mais la fusion subsiste, plus ou moins latente, même lorsque frère et sœur installent entre eux une distance géographique pour s’en protéger. C’est pourquoi lorsqu’ils se retrouvent autour d’un héritage, les émotions sont si fortes et sources de tant de confusions.
Lorsque deux sœurs évoquent des périodes du passé, et que leurs souvenirs diffèrent, chacune est persuadée que sa version est la bonne. Difficile d’admettre la vérité de l’autre ! Le même souvenir ne devrait-il pas être semblable en tout point ? Ayant partagé le même espace fusionnel, elles imaginent leur(s) passé(s) semblable(s), et peinent à se différencier sinon dans une déchirante opposition.
Avec nos amis, sans avoir besoin de l’exprimer, nous partageons la même expérience intra-utérine et en secret la même nostalgie d’un monde sans heurt. Prenant parfois plaisir à partager nos états d’âme, en contemplant, par exemple, un même paysage, à nous fondre dedans, silencieusement.
Des mots pour dire les maux : fusion
Fusion, formé sur le participe passé du latin fundere , signifie l’action de se fondre , mais aussi de se répandre . La fusion ne connaît pas de limite . Elle implique le passage du solide au liquide et la réunion de deux corps – ou plus – sans discernement. On parle ainsi de famille fusionnelle, alors qu’elle comprend plus de deux corps. Toute cohabitation implique une certaine fusion, on infuse dans le même milieu. C’est pourquoi l’on prend souvent plaisir aux retrouvailles. Elles ravivent tous les espoirs, nous replongent dans le temps d’avant, quand tout allait si bien… Elles ont le charme des (re) commencements. On y rentre en fusion, se plongeant l’un dans l’autre dans un même souvenir ou ce que nous croyons être le même. Pas besoin de mots alors pour dire ensemble joyeusement « Tu te souviens… ? »
La communication fusionnelle est celle de la fluidité, de l’empathie, de la transmission de pensée, heureuse, dans sa version positive.
Quand on est fusionnel, l’autre, à l’égal du nourrisson avec sa mère (et réciproquement), n’est pas tout à fait un autre ! Mais un prolongement vital dont la présence est rassurante, et la disparition inquiétante.
La peur de le perdre plane plus ou moins évidente, pas toujours avouée. Ou la sensation d’être en baisse d’énergie sitôt qu’il ou elle s’éloigne. Nous avons besoin de compter sur elle ou lui en permanence, d’être rassuré sur sa présence. Nous ne saurions le dire mais sommes persuadés qu’il ou elle nous appartient, et que nous sommes au centre de son monde. C’est ainsi que dans une relation fusionnelle, nous donnons à l’autre et prenons sur lui, sur elle, si ce n’est tout pouvoir, tout du moins un immense pouvoir. Sans en avoir toujours conscience ni surtout conscience de ce que cela implique.
D’ailleurs, l’expression « relation fusionnelle » en elle-même est paradoxale, puisque la relation suppose des éléments distincts tandis que la fusion indique la réunion, sans distinction de plusieurs éléments en un seul.
Aussi la fusion est-elle plutôt une façon d’être au monde où l’autre n’existe pas en lui-même mais « comme une partie de moi »… « Il correspond à mon désir, à mon attente… Il entre dans ma bulle. » Comme à deux dans une même bulle, mais chacun ayant l’impression que l’autre est dans la sienne. Le désir d’autonomie entre en contradiction avec la fusion et quand pointe une contrariété, l’être fusionnel, comme un oisillon affamé, piaille d’impatience pour qu’on reste avec lui… Ses réactions perturbent l’harmonie et maltraitent l’émotivité de sa moitié, qui souffre de le voir souffrir parce que ça la fait souffrir et qu’elle souffre à sa place, dans son âme, dans sa chair, sans savoir dans l’instant comment l’apaiser.
Ainsi, cette interdépendance absolue, si naturelle (et incontournable) entre une mère et son nourrisson, laisse-t-elle surgir dans un couple, entre ami.e.s, ou entre frère et sœur des sensations pénibles d’étouffement, d’enfermement, d’aliénation, de persécution… autrement dit une dépendance mortifère.
Des mots pour dire les maux et mieux se (re) connaître : harcèlement émotionnel
Certains mots ont une forte résonance. Ils nous touchent, entrent en écho avec ce que nous vivons. Nous les adoptons sans en connaître précisément le sens car ils disent quelque chose de nous que nous ne parvenions à exprimer jusque-là. Ainsi en fut-il du harcèlement quand il a surgi il y a quelques dizaines d’années en psychologie. Dérivé de harceler , il signifie au sens propre le fait de soumettre ou d’être soumis à l’action d’une herse . Pour ameublir, labourer, rendre plus perméable, un sol. Le préparer à en recevoir les semences. Par la suite, au sens figuré, il a signifié le fait d’être tourmenté.
Une herse , c’est cet instrument à dents de bois, de fer ou d’acier, fixé à un bâti que l’on traîne sur terre pour en briser les mottes ! Ainsi en va-t-il de notre sensibilité quand elle est soumise au harcèlement . Comme une terre ameublie, prête à tout recevoir. C’est dire si une personne harcelée est malléable à merci, rendue sans résistance et peu apte à se défendre.
L’ émotion , quant à elle, est au cœur de notre vie. Elle se traduit par une mise en mouvement. Troublante pour le meilleur ou pour le pire. Être ému, c’est être attendri, bouleversé, affecté , c’est sortir de l’état de tranquillité auquel nous aspirons naturellement. Chacun de nos gestes étant destiné à contribuer à notre équilibre : dormir, boire, respirer, manger, se promener, travailler aussi bien sûr, produire, créer, c’est être en quête d’apaisement. Mais ce faisant, nous sommes soumis, à travers nos rencontres, à divers heurts, qui nous ébranlent dans nos certitudes et nous émeuvent .
L’émotion ne répond pas à un mouvement volontaire, elle est de l’ordre pulsionnel. Comme une réponse irraisonnée à un choc plus ou moins défini. Ainsi la joie ou la peur nous ébranlent-elles, hors toute volonté. Bouleversantes, quand soudain elles nous envahissent, elles sont immédiatement reconnaissables, comme l’est aussi la plupart du temps ce qui les déclenche. Mais il en existe une multiplicité de nuances que nous ne saurions nommer et qui pourtant nous traversent dans la journée et nous remuent sans que nous sachions (dire) pourquoi. Parcourus de sensations étranges, nous perdons notre calme. Ébranlés, stressés, euphorisés, ivres de bonheur ou sous le coup d’un chagrin…
Il en va avec les émotions comme avec les couleurs, leur gamme est infinie. Et certaines circonstances nous soumettent à des secousses imperceptibles pour le regard extérieur et pourtant indéniables pour qui les subit.
Le lien amoureux en est parcouru. De multiples. Des plus aimables et revivifiantes aux plus mortifères, lorsque l’amour s’assombrit.
Quand l’émotion est joyeuse, elle semble naturelle, nous la chérissons : elle soulève l’enthousiasme. Nous replonge dans la plus délicieuse des fusions : l’accord est parfait, ce qui émeut l’un émeut l’autre, nous en avons le désir, un désir si fort que tout semble miraculeux. Une énergie fabuleuse nous anime, nous nions s’il le faut ce qui aurait semblé pénible en temps ordinaire. Bien qu’elle nous secoue et nous attendrisse, nous ne pourrions la dire harcelante. En soulevant l’enthousiasme, elle envoie des ondes positives !
Le désordre émotionnel
Multiples, complexes, diffuses, au sein d’une relation fusionnelle, les émotions nous mettent pour un rien en effervescence. Quand elles s’imposent, comment faire la part des choses ? La promiscuité rend leur provenance incertaine. Celles de l’autre nous parviennent en direct, sans filtre ni intermédiaire, comme si elles étaient nôtres. Nous ne savons plus discerner ce qui vient de l’un ou de l’autre.
Par essence envahissantes, quand elles sont sources de souffrance, même l’être le plus fusionnel aspire à sortir de la fusion.

À trente-cinq ans passés, cet homme se sent un peu perdu : sa nouvelle compagne lui avait procuré d’immenses joies. Il ne la reconnaît plus !
Ils avançaient ensemble sur un petit nuage, avaient connu bien sûr quelques remous durant le voyage, mais tout était si doux ! Et voilà que surgit un choc imprévisible…
Ébranlé mais de façon négative, en perte de repères, il a l’impression de manquer d’espace vital, d’étouffer et un besoin urgent de respirer.
Celle qui lui renvoyait en miroir une image sublime apparaît soudain comme une intruse, une in-désirée, blessante : elle a fouillé dans ses affaires, il l’a vue faire, n’a rien dit. Les souvenirs l’assaillent : école, privation, intrusion… Punition, culpabilité… Son père, sa violence, le retour de la guerre… Il en veut à son amie de ressusciter ce qu’elle lui avait permis d’oublier…

Toute contrariété donne lieu à des tensions qui infiltrent la relation, la brutalisent, la tourmentent. Il suffit d’une impression désagréable pour mettre à mal l’idéal (amoureux) ! Ou que la volonté de l’un entre en contradiction avec celle de l’autre pour que la paix soit troublée. Les émotions soudain désagréables produisent alors (tel un marteau-piqueur) un effet de harcèlement : la sensation d’être maltraité, incompris, non respecté, écrasé.
L’autre qui était source de bonheur menace de faire notre malheur. Et la relation amoureuse, amicale, fraternelle, d’être synonyme de déception !
Le harcèlement émotionnel définit cet état dans lequel nous avons l’impression, au cœur d’une relation, d’être soumis aux désirs de l’autre, sans qu’il ne tienne compte de notre volonté ni de notre sensibilité. La relation n’a de cesse d’être contrariante. De nous mettre en émoi. Tout fait choc, nous ne connaissons plus la paix, nous nous sentons écrasés. L’insécurité s’installe, malmenant le désir amoureux ou amical. Les réactions sont le plus souvent excessives, comme l’avaient d’ailleurs été les prémisses de la relation. Le coup de foudre qui l’avait inaugurée ou l’émerveillement qui accompagne une naissance sont également deux formes de bouleversement émotionnel.
Ainsi, celui qui était tout amour et dont la présence avait fait miroiter tant de promesses, devient-il la cause d’autant de tourments… La fusion ne supporte pas la contrariété ! Idyllique à l’origine, elle a inévitablement ses revers.
Le revers de la fusion
Ainsi, contrairement à toute attente, puisque tout y semble lisse et couler de source, la fusion exacerbe l’émotivité. Nous y sommes remués en permanence, mais plutôt en douceur comme dans le ventre maternel, et les émotions heureuses sont si naturelles et bénéfiques que nous les supposons définitives… Aussi, lorsque pointe un désagrément, il produit une onde de choc qu’accentue et dramatise un effet de traîtrise ! Un refus suffit à déclencher une tourmente intérieure. Celui qui l’a émis ne comprend pas pourquoi son geste, légitime à ses yeux, est vécu comme une attaque personnelle. La réaction qu’il déclenche en retour l’agace, il la juge démesurée. Ne s’y attendant pas, le voici lui aussi pris en traître , ou avec la sensation inattendue d’être sur un terrain adverse !

Retrouvons la femme de X, citée plus haut, surprise en flagrant délit, lui reprochant le choc d’avoir été surprise ! Peu importe la raison qui la mena à fouiller dans les affaires de son compagnon…
Imaginons qu’il rechigne plus tard à se coucher en même temps qu’elle. Elle se sent désemparée, sans comprendre pourquoi il refuse de répondre à ses besoins. De l’extérieur nous pouvons imaginer qu’il lui en veut. Mais elle n’y songe pas, elle a été si heureuse de ne découvrir rien de suspect, qu’elle l’en aime d’autant plus et le veut à ses côtés. Pourtant la suspicion suffit à pervertir la fusion…

La dépendance fusionnelle apparaît négative quand l’un des partenaires d’un couple rechigne à suivre l’autre, et que celui-ci se sent désemparé parce que l’autre ne répond pas à ses besoins, sans comprendre lui-même ce qui lui arrive.
Que le refus soit spontané ou utilisé pour reprendre pouvoir sur l’autre, il est vécu par qui le reçoit comme un désaveu.
Comment émettre un avis différent sans contrarier son partenaire ? La fusion exacerbe la sensibilité. Chacun voudrait le monde à sa mesure. Ce qui ne va pas en ce sens active des frustrations à peine tolérables.
Les fonctionnements intimes de part et d’autre de la fusion s’apparentent, mais leurs expressions diffèrent. Quand une tension s’amorce, il n’est pas rare que l’un tente d’exprimer ouvertement ce qu’il ressent tandis que l’autre se referme sans rien laisser deviner. Que l’un soit hyper-réactif et l’autre soudain hyper-distant, l’un et l’autre pourront se sentir également agressés ou déçus, trahis ou abandonnés, simultanément ou consécutivement. L’un deviendra froid. L’autre attaquant. L’un sera placide, l’autre visiblement agressif. L’un fera des reproches à voix haute, l’autre n’en pensera pas moins, mais n’exprimera rien. Après l’idylle des premiers temps, la dépendance s’avère désastreuse. L’homme solide et contenant serait-il brutal, autoritaire, fourbe peut-être, condescendant ou grossier ? La femme qui avait incarné à merveille la liberté apparaît capricieuse, hystérique, inconstante ? La confiance se craquelle.
Il était fort, il devient autoritaire, elle était charmante, elle se fait cassante…
Elle semblait maîtresse d’elle-même, elle se déchaîne, il semblait tendre, il apparaît vulgaire… Les épidermes à vifs… L’un est pris d’insupportables démangeaisons affectives tandis que l’autre se carapace pour que rien ne transparaisse. L’un reproche à l’autre de ne rien ressentir, l’autre de ne pas savoir se contenir… Tous deux dans l’hyperréactivité , chacun devient méconnaissable pour l’autre ! Hystérique ou passif agressif, les deux faces d’une même pièce !
On a envie de rester amants ou aimants, de préserver le lien amical ou fraternel, de rester comme avant mais que l’autre change pour que tout redevienne… comme avant ! Quand tout semblait… aussi doux que le ventre de maman.
Dès le premier malaise, la dépendance n’est plus signée des dieux. Chacun a mal et le manifeste plus ou moins. Volontairement ou pas. Celui qui s’anesthésie semble ne pas souffrir, mais la déception, la colère, l’amertume, le désarroi sont bien là, intériorisés, réveillant en lui les réactions de l’enfant qu’il fut.
La fusion donne alors lieu à un rapport de force masqué. Chacun voudrait imposer son style, sa raison ou sa façon d’être, comme un enfant qui a besoin de s’opposer à sa mère.
Elle crée (ou entretient), quand elle est subie, un déséquilibre, comme si l’un devait toujours prendre le dessus sur l’autre. Le moral de l’un dépend de celui de l’autre ; sa santé aussi, il arrive ainsi que lorsque l’un est enfin épanoui l’autre devienne dépressif et inversement…

Certaines personnes se savent fusionnelles, d’autres l’ignorent ou peinent à l’admettre. Un homme en apparence libre peut perdre consistance en l’absence de sa femme, lorsqu’elle gagne en indépendance. Son apparente liberté reposait de fait sur la dépendance que leur type de relation entretenait jusque-là chez elle.

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