Le partage de l
199 pages
Français

Le partage de l'uvre

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199 pages
Français

Description

L'artiste ne saurait être l'unique auteur de son œuvre, ne serait-ce que parce qu'il peut difficilement éviter d'avoir recours à des compétences qui lui sont généralement étrangères - qu'il s'agisse de savoirs traditionnels comme la gravure, ou des apports de nouvelles technologies telles que le numérique, la robotique, ou l'intelligence artificielle. Comment les artistes vivent-ils ce partage de compétences ? La réflexion porte sur le processus de collaboration et de réalisation de trois œuvres singulières, signées respectivement Miquel Barceló, Eduardo Kac et Céleste Boursier-Mougenot.

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Date de parution 25 juin 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140152849
Langue Français
Poids de l'ouvrage 25 Mo

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Exrait

Anne Sauvageot
Le partage de l’œuvre Essai sur le concept de collaboration artistique
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Série Sociologie des arts
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-20533-5 EAN : 9782343205335
LE PARTAGE DE L’ŒUVRE
Essai sur le concept de collaboration artistique
Collection Logiques Sociales Série Sociologie des Arts Dirigée par Bruno Péquignot Comme phénomène social, les arts se caractérisent par des processus de production et de diffusion qui leurs sont propres. Dans la diversité des démarches théoriques et empiriques, cette série publie des recherches et des études qui présentent les mondes des arts dans la multiplicité des agents sociaux, des institutions et des objets qui les définissent. Elle reprend à son compte le programme proposé par Jean-Claude Passeron : être à la fois pleinement sociologie et pleinement des arts. De nombreux titres déjà publiés dans la Collection Logiques Sociales auraient pu trouver leur place dans cette série parmi lesquels on peut rappeler : Déjà parus : ROKHAYANDOYE Mame, Le cinéma ouest-africain francophone, Et pourtant, ils tournent!,2019. PAPADOPOULOS Kalliopi,La scène artistique pékinoise, génération 60,2019. SEGRE Gabriel,Portrait sociologique de Hugo. Itinéraire musical d’un adolescent à l’ère numérique,2017. PEQUIGNOT Bruno et PREVOST-THOMAS Cécile,Arts, culture, mémoire, 2017. DOUXAMI Christine,Le théâtre noir brésilien, un processus militant d’affirmation de l’identité afro-brésilienne, 2015 GAUDEZ Florent,Les frictions créatives art-polique. L’art, le politique et la création tome 3, 2015. GAUDEZ Florent,La création artistique subversive. L’art, le politique et la création tome 2, 2015. GAUDEZ Florent,La création politique dans les arts. L’art, le politique et la création tome 1, 2015. KIRCHBERG Irina et ROBERT Alexandre,Faire l’art. Analyser les processus de création artistiques, 2014. Pita CASTRO Juan Carlos,: une enquêteDevenir artiste biographique, 2013.BARACCA Pierre,Arman, quand les objets ont remplacé la peinture (1954-1962),2013. GIREL Sylvia,La mort et le corps dans les arts aujourd’hui, 2013.
Anne Sauvageot
LE PARTAGE DE L’ŒUVRE
Essai sur le concept de collaboration artistique
DU MÊME AUTEUR
Figures de la publicité, figures du monde, PUF, 1987 Voirs et savoirs. Esquisse d’une sociologie du regard, PUF, 1994 Les cinq sens de la création, Art, Technologie, Sensorialité(dir. M.BORILLOet A.SAUVAGEOT), Ed. Champ-Vallon, 1996 Lépreuvedes sens, De l’action sociale à la réalité virtuelle, PUF, 2003 Sophie Calle, L’art caméléon, PUF,2007 Images etmirages @ nanosciences,croisés Regards A. S (dir. AUVAGEOT, X. BOUJU& X. MARIE), Hermann, 2011 Jean Baudrillard, La passion de l’objet, PUM, 2014 Luc et Christian Boltanski, Fraternité,La Lettre volée, 2017
A Pascal Amphoux
Introduction
L’artiste ne saurait être l’unique auteur de son œuvre. Le concept même d’auteur a été profondément remis en question ces dernières décennies par les sciences humaines et sociales, notamment par Barthes et Foucault, qui ont largement amenuisé cette figure emblématique de l’auteur littéraire, et par extension celle de l’artiste, quelque soit le registre esthétique dont celui-ci relève. L’illusion du génie isolé que le romantisme a portée aux nues et que la rationalité économique a consolidée est désormais démystifiée, ne serait-ce que parce que l’artiste, loin d’être "maudit" est au cœur d’un environnement historique, social, marchand dont il ne peut faire abstraction. Tout artiste s’inscrit en effet dans la longue filiation de ceux qui ont nourri ses manières de penser et ses manières de faire, autrement dit sa manière d’être. Les artistes sont donc – même s’il n’est pas envisageable de récuser leur part de singularité – empreints de ceux qui les ont engendrés. Au plus profond, que signifie dès lors l’attribution d’une œuvre d’art, où commence-t-elle et où s’arrête-t-elle et surtout de quelles contributions a-t-elle bénéficié ? La sociologie, tout particulièrement, préfère considérer une œuvre d’art comme la résultante de la somme des interactions dont elle est le fruit. Toute œuvre est aussi celle des autres, au premier degré du fait des nombreuses collaborations qu’elle a nécessitées – techniques, médiatiques, institutionnelles, financières…, de manière plus diffuse, par la somme des contraintes et des pressions qui se sont exercées sur elle – les lois d’un marché de l’art très concurrentiel, les tenailles du monde de la critique, les attentes d’un public acquis ou en passe de l’être… Toutes incidences qui font de l’artiste, comme le souligne Pierre-Michel Menger, un professionnel 1 à part entière et non pas un créateur éthéré, soumis aux seules exigences du talent qui lui serait dévolu. Les études sociologiques pragmatiques, fouillantin situ l’œuvre et les acteurs qui la conduisent – de sa conceptualisation jusqu’à sa réalisation – ont illustré l’incroyable fourmilière dont sa fabrication est issue. Contraintes et soutiens divers s’entrecroisent jusqu’à l’aboutissement de l’œuvre dont on sait qu’elle ne sera parachevée que par 1  PIERRE-MICHELMENGER,Profession artiste, Extension du domaine de la création, Paris, Edition Textuel, 2005
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les regards de son public. Au cours de cette effervescence moins spontanée que laborieuse, se situent au premier rang les collaborations techniques que nécessite – hier et encore davantage aujourd’hui – la réalisation d’œuvres qui, pour la plupart d’entre elles, incluent des savoir-faire que l’artiste à lui tout seul ne peut regrouper. Alors même que l’art contemporain se prévaut si souvent d’importer des technologies de plus en plus sophistiquées tant du point de vue de la nature des matériaux que duprocess, l’artiste peut difficilement éviter d’avoir recours à des compétences qui lui sont très généralement étrangères, qu’il s’agisse de savoirs traditionnels – la gravure par exemple – ou des apports des nouvelles technologies – le numérique, la robotique, l’intelligence artificielle, entre autres. De tels apports ne sauraient intervenir sans orienter tangiblement, la conception de l’œuvre telle qu’elle a été pensée initialement, sa concrétisation, voire sa scénarisation.
L’ouvrage proposé ici s’inscrit dans cette problématique. Il n’entend pas réduire à néant la créativité des artistes – tant s’en faut – mais examiner au plus près la nature et le poids des collaborations qu’implique tout accomplissement artistique. Il ne s’agit pas d’un tour d’horizon voué à des généralisations hâtives mais d’une focalisation sur la réalisation de trois œuvres précises signées par trois artistes différents dont la notoriété dans le domaine de l’art contemporain international est acquise. J’ai en effet choisi de réaliser des entretiens soutenus avec d’une part, ces trois artistes relevant de lieux et de registres esthétiques différents, d’autre part avec les collaborateurs ayant contribué de manière significative à leur œuvre. Il s’agit de Miguel Barceló à propos des vitraux réalisés en tandem avec le verrier Jean-Dominique Fleury dans la chapelleSant Perede la cathédrale de Palma de Majorque (2006-2007), Eduardo Kac à propos de son œuvreTélescope Intérieur, réalisée en partenariat avec Thomas Pesquet lors de son séjour au sein de la Station Spatiale Internationale (Mission Proxima, 2017) et Céleste Boursier-Mougenot à propos d’offroad, une œuvre présentée en 2014 au Musée des Abattoirs de Toulouse avec, entre autres, Guilhem de Gramont, constructeur. Trois artistes donc et trois œuvres avec pour chacune d’elles des collaborations dont il m’a été parfois difficile, au moins pour deux d’entre elles, d’isoler et de privilégier un seul des acteurs mobilisés.
Les raisons de ce choix ne peuvent pas ne pas interpeler le lecteur. Les raisons sont multiples et certaines me sont pour partie personnelles. La première tient au fait que je m’intéressais déjà depuis plusieurs années à ces auteurs dont j’ai suivi le travail, certes à distance, mais avec beaucoup d’intérêt. Les trois œuvres en question, par ailleurs, ont nécessité un montage institutionnel et une collaboration complexe – ce qui ne veut pas dire nécessairement conflictuelle – avec des professionnels de compétences diverses. Très différents dans leur démarche et leur positionnement dans le contexte de l’art contemporain – ce qui renforce l’intérêt de cette étude – ils ne sont pas pour autant sans partager quelques points communs. Outre leur
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