Le Temoignage sexuel et intime, un levier de changement social?
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Description

On assiste aujourd’hui à une prolifération, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité, l’intimité et l’inclusion sociale. Ces récits abordent l’orientation sexuelle, l’expression de genre, la séropositivité au VIH, le travail du sexe, etc. Leurs thèmes sont tabous et les sujets parlant sont couverts d’opprobre, que ce soit à travers la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Cependant, les histoires véhiculées participent à l’expansion d’un discours sur la justice sociale, lequel s’inscrit dans le sillage des différentes formes d’intervention et d’action sociales menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus et à travers le récit au « je » s’exprime une parole collective qui porte non seulement des identités et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté de changement. Émergent des « cultures du témoignage » qui impliquent les témoins, les personnes qui sollicitent les témoignages, celles qui les consomment et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet.
Le présent collectif réunit des textes mobilisant des savoirs scientifiques et des expériences du terrain ainsi que des extraits d’entrevues menées avec des personnes ayant témoigné publiquement de leur vécu dans les communautés sexuelles et de genres au Québec. Les auteur.e.s, issu.e.s de milieux variés, exposent les jalons théoriques et méthodologiques du témoignage sexuel et intime comme ceux d’un important levier de changement social.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 octobre 2019
Nombre de lectures 11
EAN13 9782760548213
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

F OND E PAR H ENRI D ORVIL ( UQAM ) ET R OBERT M AYER ( U NIVERSIT DE M ONTR AL )

L analyse des probl mes sociaux est encore aujourd hui au c ur de la formation de plusieurs disciplines en sciences humaines, notamment en sociologie et en travail social. Les milieux francophones ont manifest depuis quelques ann es un int r t croissant pour l analyse des probl mes sociaux, qui pr sentent maintenant des visages variables compte tenu des mutations des valeurs, des transformations du r le de l tat, de la pr carit de l emploi et du ph nom ne de mondialisation. Partant, il devenait imp ratif de rendre compte, dans une perspective r solument multidisciplinaire, des nouvelles approches th oriques et m thodologiques dans l analyse des probl mes sociaux ainsi que des diverses modalit s d intervention de l action sociale, de l action l gislative et de l action institutionnelle l gard de ces probl mes.
La collection Probl mes sociaux et interventions sociales veut pr cis ment t moigner de ce renouveau en permettant la diffusion de travaux sur divers probl mes sociaux. Pour ce faire, elle vise un large public comprenant tant les tudiants, les formateurs et les intervenants que les responsables administratifs et politiques.
Cette collection tait l origine codirig e par Robert Mayer, professeur m rite de l Universit de Montr al, qui a sign et cosign de nombreux ouvrages t moignant de son int r t pour la recherche et la pratique en intervention sociale.
D IRECTEUR H ENRI D ORVIL, P H. D. cole de Travail social, Universit du Qu bec Montr al
C ODIRECTRICE G UYLAINE R ACINE, P H. D. cole de Service social, Universit de Montr al
Le t moignage sexuel et intime, un levier de changement social?
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399
T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca
Internet: www.puq.ca
Diffusion / Distribution:
C ANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
F RANCE
Sof dis, 11, rue Soufflot, 75005 Paris, France - T l.: 01 53 10 25 25
Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
B ELGIQUE
Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119, 1030 Bruxelles, Belgique - T l.: 02 7366847
S UISSE
Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.32
Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones):

Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street, Chicago, IL 60610 - Tel.: (800) 888-4741

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Le t moignage sexuel et intime, un levier de changement social?
Sous la direction de Maria Nengeh Mensah
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Le t moignage sexuel et intime, un levier de changement social?
(Probl mes sociaux et interventions sociales; 84) Comprend des r f rences bibliographiques. Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7605-4819-0 ISBN 978-2-7605-4820-6 (PDF) ISBN 978-2-7605-4821-3 (EPUB)
1. Minorit s sexuelles - Qu bec (Province). 2. S ropositifs - Qu bec (Province). 3. Travailleurs du sexe - Qu bec (Province). 4. Minorit s sexuelles dans les m dias. I. Mensah, Maria Nengeh, 1967- . II. Collection: Collection Probl mes sociaux interventions sociales; 84.
HQ73.3.C32Q8 2017
306.7609714
C2017-941379-1 C2017-941380-5

R vision Julie Pelletier
Correction d preuves M lissa Guay
Conception graphique Richard Hodgson
Mise en page Interscript
Image de couverture iStock
D p t l gal: 4 e trimestre 2017 Biblioth que et Archives nationales du Qu bec Biblioth que et Archives Canada
2017 - Presses de l Universit du Qu bec Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada D4819-1 [01]
Ce livre repr sente non seulement l aboutissement, mais aussi l envol d un fructueux partenariat de recherche-action que j ai eu le privil ge de diriger au fil des derni res ann es. Je tiens donc d abord remercier les chercheuses et les chercheurs communautaires et les intervenant.e.s des organismes et des associations qui se sont impliqu .e.s dans l tude des cultures du t moignage depuis 2010: Action Sant Travesti.e.s et Transsexuel.le.s du Qu bec (ASTTeQ), Aide aux trans du Qu bec (ATQ), AIDS Community Care Montreal (ACCM), Alliance f ministe solidaire (AFS), Arc-en-ciel d Afrique, Centre d histoire orale et de r cits num ris s (Universit Concordia), Centre de lutte contre l oppression des genres (Universit Concordia), Chaire de recherche du Canada en ducation la sant (Universit du Qu bec Montr al - UQAM), Chaire de recherche sur l homophobie (UQAM), Chaire de recherche en repr sentation sexuelle et film documentaire (Universit Concordia), Coalition des organismes communautaires qu b cois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA), Groupe de recherche et d intervention sociale (GRIS-Montr al), PolitiQ - Queers solidaires, Power - Prostitutes of Ottawa-Gatineau Work, Educate, Resist, R ZO - Sant et mieux- tre des hommes gais et bisexuels et Stella, l amie de Maimie. Sans les collaborations continues entre nous, bon nombre de r flexions et d articulations n auraient tout simplement pas eu lieu.
Par ailleurs, cet ouvrage a t rendu possible gr ce un financement d quipe en mergence du Fonds de recherche du Qu bec - Soci t et culture (FRQSC, 2015-2017) et, au pr alable, gr ce une subvention de d veloppement de partenariat du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH, 2011-2014).
Un grand merci A.J. Ausina Dirtystein, Isabelle Robichaud et Myriam Pomerleau qui, durant leurs stages de recherche et leurs assistanats au sein de l quipe Cultures du t moignage Testimonial Cultures, m ont aid e mettre en forme une premi re mouture de ce manuscrit. Merci Henri Dorvil, directeur de la collection Probl mes sociaux et interventions sociales, qui a cru au projet d dition, et merci aux valuateurs du manuscrit qui ont permis d en resserrer le propos.
Merci aux personnes t moins qui, en livrant publiquement leur v cu, en ont inspir d autres, Monica, Vincent, "Annik , Maxime, Ken, Mathieu-Jo l et "M lodie .
Merci mes enfants, Hugo et Arthur, et leurs histoires aussi.
MNM
REMERCIEMENTS
LISTE DES FIGURES ET DES TABLEAUX
LISTE DES SIGLES
INTRODUCTION Cultures du t moignage et changement social: l exp rience des communaut s sexuelles et de genres au Qu bec
Maria Nengeh Mensah et A.J. Ausina Dirtystein
1. La force du t moignage dans le champ du social contemporain
2. D faire les tabous, l expression de voix communautaires
3. Une r flexion multidisciplinaire et intersectorielle
3.1. Savoirs et pouvoirs
3.2. Appareils m diatiques
3.3. Communaut s interpr tantes
3.4. Acteurs en interaction
3.5. Exp riences
Bibliographie
PARTIE 1 SAVOIRS ET POUVOIRS
C HAPITRE 1 MA SORTIE DU PLACARD Un tabou intersexe qui perdure
Janik Bastien-Charlebois
1. Mon r cit
2. Perspectives f ministes, rencontres intersexes et activisme
3. Les victoires et les d fis de l exp rience intersexe
Bibliographie
C HAPITRE 2 UNE AUTOR FLEXION CRITIQUE SUR LES SAVOIRS EXP RIENTIELS ET LA RECHERCHE PARTICIPATIVE
Edward Ou Jin Lee
1. Au-del des cat gories sexuelles et de genres
2. L apport des savoirs exp rientiels
3. Le r gime d immigration, le discours lib rant et les limites des r cits num riques
4. Les savoirs r flexifs
5. Des savoirs r flexifs ancr s dans une pist mologie du point de vue situ
6. Repenser le point de d part pour la recherche participative future: quelques principes
6.1. La reconnaissance des conditions historiques, conomiques et politiques
6.2. La coconstruction des savoirs
6.3. L autor flexion critique
6.4. Vers une thique de redevabilit
Bibliographie
C HAPITRE 3 L ANGLONORMATIVIT ET LA CISNORMATIVIT (Re)penser les analyses f ministes intersectionnelles anglophones et francophones
Alexandre Baril
1. L intersectionnalit , perdue dans la traduction?
2. "T outes les analyses f ministes intersectionnelles sont anglophones
3. La dominance mondiale de l anglais ou de l anglonormativit
4. "T outes les analyses f ministes francophones sont cisgenres
5. Le silence des francophones par rapport aux enjeux trans ou la cisnormativit
6. "M ais il y en a parmi nous qui sont braves : tre trans et francophones
6.1. La conceptualisation en fran ais de la conscience trans
6.2. L incidence des relations de pouvoir linguistiques et de l anglonormativit
7. La reconceptualisation des inter-sections entre l intersectionnalit anglophone et francophone
8. Une thique de la responsabilit
Bibliographie
C HAPITRE 4 LA PORNOGRAPHIE EN LIGNE ET L HYPERSEXUALISATION DES JEUNES AU QU BEC
Elizabeth Mercier
1. La pornographie au croisement des nouvelles technologies
2. L hypersexualisation et les fronti res de l intime
3. Le priv est politique
Bibliographie
P ARTIE 2 APPAREILS M DIATIQUES
C HAPITRE 5 L AUTOPORNOGRAPHIE COMME T MOIGNAGE SEXUEL ?
Julie Lavigne et Myriam Le Blanc lie
1. Quelques d finitions
2. Doing it Ourselves: The Trans Women Porn Project de Tobi Hill-Meyer
3. Fluid: Women Redefining Sexuality de Madison Young
Conclusion
Bibliographie
C HAPITRE 6 LE T MOIGNAGE F MINISTE CHEZ GR IS LIDIS R AL, LA M RE DES PUTAINS
A.J. Ausina Dirtystein
1. La r volution de l me: militer par le biais de la cr ation
2. L affirmation de sa v rit et la sortie de l ombre
3. Quatre points f ministes importants
Bibliographie
C HAPITRE 7 LES IN GALIT S DE LA REPR SENTATION ET DES DISCOURS DES PERSONNES TRANS DANS LES ESPACES SOCIAUX ET M DIATIQUES
Karine Espineira
1. Les savoirs situ s et l acte de recherche
2. Une recherche sur les constructions m diatiques
3. La transsexualisation de la repr sentation des personnes trans
4. Rassurer la soci t pour tre acceptable?
Bibliographie
P ARTIE 3 COMMUNAUT S INTERPR TANTES
C HAPITRE 8 LA D MYSTIFICATION DE L HOMOSEXUALIT ET DE LA BISEXUALIT DANS LES COLES Retomb es de l intervention par les t moignages du GRIS-Montr al
Olivier Vallerand, Am lie Charbonneau et Marie Houzeau
1. Les m thodes d intervention et de recherche
2. Le contexte
3. La composition des chantillons
4. L volution des r ponses des jeunes
5. La transformation des interventions
6. Une pr sence visible qui renforce le changement
Bibliographie
C HAPITRE 9 LE POINT DE VUE DES HOMMES DE MINORIT S ETHNIQUES AU QU BEC SUR LE RACISME TRAVERS LA PORNOGRAPHIE GAIE
Simon Corneau, Kim Bernatchez et Dominic Beaulieu-Pr vost
1. La mise en contexte
2. Quelques r sultats pr liminaires de l tude sur la pornographie gaie
2.1. Un chantillon d hommes de minorit s ethniques
2.2. Des diff rences sociod mographiques entre les deux groupes
2.3. Des diff rences entre les deux groupes sur les plans des repr sentations sociales et des attitudes
3. La pornographie: un v hicule de st r otypes ethnosexuels?
Bibliographie
C HAPITRE 10 LE T MOIGNAGE COMME OUTIL D INTERVENTION ET DE FORMATION PASSAGES
Val rie Boucher, Genevi ve Roberge-Remigi, Karine-Myrgianie Jean-Fran ois et Laurence Sabourin-Laflamme
1. Que veut dire la culture du t moignage Passages?
2. L approche d intervention qui favorise le t moignage
3. Ce que permet le t moignage
Bibliographie
C HAPITRE 11 LE T MOIGNAGE PUBLIC DES FEMMES VIVANT AVEC LE VIH
Marie-Eve Manseau-Young et Maria Nengeh Mensah
1. Du d voilement au t moignage public
2. Les enjeux du t moignage public pour les femmes
3. La transformation des repr sentations sociales
4. Le t moignage, une intervention individuelle et collective
5. Le r le des organismes communautaires
6. L intervention par le t moignage: une posture critique
Bibliographie
P ARTIE 4 ACTEURS EN INTERACTION
C HAPITRE 12 LA CONCEPTION D UN JEU D ACTUALIT SUR LE TRAVAIL DU SEXE "Une vue de quelque part
Sandra Gabriele et Nathalie Zina Walschots
1. La cr ation d un jeu d actualit au service de la critique culturelle
2. Le travail du sexe dans le journalisme
3. Le travail du sexe dans les jeux
4. L adoption d un nouveau point de vue
5. Les questions soulev es par les premiers essais du jeu
6. Une affaire risqu e
Bibliographie
C HAPITRE 13 L ACCOMPAGNEMENT AU T MOIGNAGE "LA VEILL E L ECTRONIQUE
Fran ois-Xavier Charlebois
1. Qu est-ce que La Veille lectronique?
2. Le contexte social stigmatisant dans lequel vivent les PVVIH et leurs proches
3. Le caract re transformateur du t moignage sur le VIH
3.1. Une coute accueillante et le temps de s exprimer
3.2. Une transformation individuelle et collective
4. La diffusion publique
5. Le r cit personnel comme action de r sistance
Bibliographie
C HAPITRE 14 LE T MOIGNAGE POUR LUTTER CONTRE LA DISCRIMINATION La coproduction d un t moignage pour la campagne Je suis s ropo
Ren L gar et Bruno Laprade
1. Pourquoi une campagne sur le t moignage?
2. Je suis s ropo : la campagne
3. La coproduction de la campagne Je suis s ropo : un processus d accompagnement
3.1. Avant le t moignage
3.2. Pendant le t moignage
3.3. Apr s le t moignage
3.4. Les attentes et les craintes
4. L importance de l accompagnement social
Bibliographie
P ARTIE 5 EXP RIENCES
C HAPITRE 15 LA DIMENSION SENSIBLE DE L EXP RIENCE DU T MOIGNAGE PUBLIC
Maria Nengeh Mensah
1. Une conception mouvante du t moignage
2. L exp rience du t moignage public comme lieu d affects
3. Les tudes sur l affect
3.1. Le t moignage, un objet culturel "collant
3.2. Le tournant affectif
4. Des exp riences diverses du t moignage sexuel et intime
4.1. Extrait d une entrevue avec Monica Bastien
Maria Nengeh Mensah
4.2. Extrait d une entrevue avec Vincent Chevalier
Thomas Waugh
4.3. Extrait d une entrevue avec Annik Delorme
Maria Nengeh Mensah
4.4. Extrait d une entrevue avec Maxime Durocher
Maria Nengeh Mensah
4.5. Extrait d une entrevue avec Ken Monteith
Maria Nengeh Mensah
4.6. Extrait d une entrevue avec Mathieu-Jo l Gervais
Maria Nengeh Mensah
4.7. Extrait d une entrevue avec M lodie Nelson
Maria Nengeh Mensah
Bibliographie
NOTICES BIOGRAPHIQUES
Figure 7.1
Corpus de l Institut national de l audiovisuel, France (1946-2010)
Figure 8.1
R partition des gar ons selon leur attirance sexuelle
Figure 8.2
R partition des filles selon leur attirance sexuelle
Figure 8.3
Proportion des r pondants l aise ou tr s l aise avec des mises en situation li es l amiti
Figure 8.4
Proportion des r pondants l aise ou tr s l aise avec des mises en situation li es la famille
Figure 8.5
Proportion des r pondants l aise ou tr s l aise avec des mises en situation li es aux signes d affection en public
Figure 8.6
volution des niveaux d aise par rapport une soeur lesbienne
Figure 8.7
volution des niveaux d aise par rapport un fr re gai
Figure 8.8
Accord ou niveau d aise des r pondants par rapport l adoption par des couples de femmes lesbiennes
Figure 8.9
Accord ou niveau d aise des r pondants par rapport l adoption par des couples d hommes gais
Figure 8.10
Proportion des r pondants connaissant au moins une personne homosexuelle
Figure 8.11
Proportion des r pondants selon le changement dans l aise exprim e avant et apr s l intervention concernant les mises en situation portant sur les lesbiennes
Figure 14.1
Affiche de la campagne Si j tais s ropositif , COCQ-SIDA, 2010
Figure 14.2
Affiches de la campagne Je suis s ropo , COCQ-SIDA, 2012


Tableau 9.1.
Diff rences sociod mographiques
Tableau 9.2.
Diff rences sur les plans des repr sentations sociales et attitudes en regard de la pornographie gaie
ATQ
Aide aux trans du Qu bec
COCQ-SIDA
Coalition des organismes communautaires qu b cois de lutte contre le VIH/sida
FFQ
F d ration des femmes du Qu bec
FVVIH
Femmes vivant avec le VIH/sida
GRIS
Groupe de recherche et d intervention sociale
LGBTQI2
Personne lesbienne, gaie, bisexuelle, qui s identifie comme trans, queer ou en questionnement, non binaire, intersexe ou bispirituelle
PVVIH
Personnes vivant avec le VIH/sida
CULTURES DU T MOIGNAGE ET CHANGEMENT SOCIAL
L EXP RIENCE DES COMMUNAUT S SEXUELLES ET DE GENRES AU QU BEC
Maria Nengeh Mensah et A.J. Ausina Dirtystein
Malgr plusieurs avancements majeurs qu a connus la soci t contemporaine en mati re d ouverture la diversit , force est de constater que les personnes appartenant des groupes sociaux minoris s en raison de leur sexualit et de leur expression de genre ou du d veloppement de leur corps sexu , sont encore victimes de discrimination et fortement stigmatis es (Bruckert et Chabot, 2010; Bastien-Charlebois, 2011; Hannem et Bruckert, 2013; Parent et al ., 2010; R seau juridique, 2012; Habib et Lee, 2015; Veale et al ., 2015; Chamberland et al ., 2011). Le motif de leur exclusion sociale tant souvent invisible, le t moignage sexuel et intime repr sente pour elles une strat gie importante permettant de raconter leurs histoires personnelles jusque-l pass es inaper ues, indicibles ou inaudibles. Ainsi, le t moignage public est-il utilis pour sensibiliser et duquer, dans un objectif de changement social. travers des conf rences, des entrevues livr es aux m dias journalistiques, l expression artistique et sur les r seaux socionum riques, le t moignage donne la parole au "je , ouvrant sur le ressenti et l affect et permettant de demander et d offrir la reconnaissance et l coute.
Trois communaut s sexuelles et de genres au Qu bec usent du t moignage public dans une telle perspective: les personnes LGBTQI2 1 , les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH) et les personnes ayant une exp rience de travail du sexe. Pour ces derni res, le t moignage permet d attester de conditions de travail et de vie diverses, et constitue un moyen privil gi de mobilisation personnelle et politique dans le contexte de la criminalisation de l achat et de la publicit de services sexuels (R seau juridique, 2014). Bien que les porte-paroles d organismes, tels Stella, l amie de Maimie, refusent de dire publiquement "je suis travailleur du sexe par crainte d tre discr dit .e.s et d tre marqu .e.s du stigmate de la putain (Pheterson, 1996; Mensah, 2006), c est pourtant par le biais du t moignage sexuel et intime concernant les effets d vastateurs qu ont les lois criminelles sur leur s curit et leur dignit qu elles parviennent se faire entendre des chercheurs, des avocats et des juges qui sont pr ts les couter (Himmel, 2010). Une culture du t moignage existe galement chez les PVVIH, qui s exposent pour leur part des poursuites criminelles en cas de non divulgation de leur statut s rologique positif au VIH leurs partenaires sexuels (R seau juridique, 2012). Cette criminalisation contribue la permanence du pr jug selon lequel le sida est une maladie honteuse d coulant d une responsabilit manqu e et de comportements socialement r prouv s.
En vue de lutter contre de tels pr jug s, des associations comme la Coalition des organismes communautaires qu b cois de lutte contre le VIH/sida (COCQ-SIDA), travaillent rassembler les forces des organismes et des divers intervenants qui cherchent mettre fin la stigmatisation des personnes s ropositives. La r v lation publique du statut s rologique positif au VIH est v cue par les personnes s ropositives comme une sortie du placard (Mensah et Haig, 2012), leur exp rience n est pas sans faire cho celle du d voilement de l orientation sexuelle par les lesbiennes, les gais et les bisexuel.le.s ( coming out ), ou de l auto-identification de genre chez les personnes trans ou queer. Le t moignage relatif l exp rience du d voilement de l orientation sexuelle est d ailleurs l outil que le Groupe de recherche et d intervention sociale (GRIS) de Montr al emploie depuis 1998 afin de d mystifier l homosexualit et la bisexualit en milieu scolaire. Le t moignage est galement au c ur des actions de l Organisation internationale des intersexes (OII), pr sente sur les m dias socionum riques 2 . Les personnes intersexu es ayant subi des chirurgies correctrices l enfance, souvent leur insu, ou de l hormonoth rapie non consensuelle, sont les mieux plac es pour d noncer personnellement ces traitements de la part du corps m dical (Gosselin, 2011). Les personnes trans r clament aussi de faire entendre leurs voix (Zimman, 2009; Rak, 2005). Toutefois, bien qu elles partagent une strat gie d intervention sociale - ayant diverses formes et modalit s - ces communaut s sexuelles et de genres ne se sont jamais regroup es formellement pour partager leurs savoirs, confronter ensemble les pr jug s et revendiquer collectivement des changements sociaux sur la base des usages qu elles font du t moignage.
En r unissant diff rents textes qui interpellent des savoirs scientifiques et du terrain ainsi que des extraits d entrevues men es avec des personnes ayant t moign publiquement au Qu bec, le pr sent ouvrage vise faire conna tre la force du t moignage dans le champ du social contemporain. Cette force r side - entre autres lieux, mais pas uniquement - au croisement des positionnements sociaux et identitaires qui la composent, l affirment et l interrogent, que sont la corpor it , l expression de genre, la s ropositivit au VIH/sida ou encore le travail du sexe. Ainsi, la force du t moignage est-elle avant tout li e une r gulation particuli re dont font l objet les communaut s sexuelles et de genres.
1. L A FORCE DU T MOIGNAGE DANS LE CHAMP DU SOCIAL CONTEMPORAIN
Pour comprendre la complexit de la r gulation sociale qui se joue dans l intervention par le t moignage, notre r flexion prend assise sur les id es du philosophe Michel Foucault (1969, 1976, 1982), qui a con u les modalit s de cette r gulation comme tant la fois classificatoire et constitutive. Classificatoire puisqu une s rie de cat gories identitaires collent la peau des personnes qui t moignent publiquement propos de leur sexualit ou d une partie intime de leur vie. Constitutive, en ce que la criminalisation, la pathologisation et la stigmatisation produisent une naturalisation de ces identit s, diff rentes selon le groupe social minoris et la situation v cue (dossier criminel, diagnostic psychiatrique, interaction stigmatisante, etc.). La r gulation l uvre d termine les discours et les savoirs qui sont produits sur les communaut s sexuelles et de genres, savoirs qui guident non seulement les politiques publiques et la l gislation, mais galement les imaginaires populaires et les interactions sociales quotidiennes lors desquelles survient la discrimination. Le concept de pratique discursive (Foucault, 1969; Healy, 2005) permet de penser le contexte dans lequel s inscrivent les pratiques du t moignage public, celui-ci tant expos d abord comme strat gie de r sistance, d intervention et d action, puis comme lieu d affects, moteur de cr ation d une parole et d une identit collectives et contestataires. D s lors, nous avons privil gi ici de ne pas rester centr es sur les cat gories identitaires pour ce qu elles sont, et plut t, de nous attarder d cliner l endos et le revers de la r gulation de mani re transversale aux multiples positionnements sociaux des personnes et des groupes.
La lecture transversale des enjeux li s l usage du t moignage sexuel et intime chez les trois communaut s cibl es et entre elles repr sente une posture critique originale. Bien qu elles partagent une strat gie d intervention sociale, ces diff rentes communaut s sexuelles et de genres ne se sont jamais regroup es formellement pour partager leurs savoirs, confronter ensemble les pr jug s et revendiquer collectivement des changements sociaux sur la base des usages qu elles font du t moignage. Les d fis d un tel assemblage sont de taille: le stigmate de la putain (Pheterson, 1996), le mythe de "l galit -d j -l 3 et l ignorance quasi totale des r alit s trans, queer et intersexes dans la majorit des pratiques de recherche et d intervention en mati re de diversit sexuelle et de genre constituent des obstacles importants. Nous pensons que cet ouvrage est un premier pas dans cette direction.
Par ailleurs, le cadre g n ral des analyses th oriques et des m thodologies qui sont discut es dans cet ouvrage emprunte plusieurs autres sources, vu le caract re interdisciplinaire du collectif d auteur.e.s. Premi rement, l interactionnisme symbolique, par le biais des th ories de la stigmatisation (Goffman, 1975; Hannem et Bruckert, 2013; Paugam, 1991; Rintamaki et Weaver, 2008), sont centrales pour penser l action sociale des personnes minoris es, pour saisir les diff rentes strat gies que les personnest moins adoptent afin de contr ler les informations qu elles livrent et de se pr senter comme des sujets politiques capables d insuffler des transformations sociales. Deuxi mement, des cultural studies (DuGuay et al ., 1997; Grossberg, 2010; Hall, 1993), nous retenons deux id es directrices.
D abord, bien qu on lui attribue une origine spontan e, le t moignage public s inscrit dans une dynamique entre diff rents acteurs et au sein d une ou de plusieurs "culture(s) du t moignage (Ahmed et Stacey, 2001). Est entendu par t moignage public, un objet culturel qui porte sur une partie intime de la vie, en l occurrence la sexualit , le corps ou l identit de genre, et qui peut circuler dans plusieurs m dias - t l vision, radio, vid o, Internet, m dias sociaux et mobiles, conf rence devant un groupe, texte imprim , uvre artistique, etc. (Gaudard et Modeata, 2003, 2007; Idj raoui-Ravez, 2012). Le t moignage public rev t donc une dimension vraisemblablement construite, faisant appel des savoirs et des pouvoirs particuliers, et mobilisant des appareils m diatiques et des symboles multiples (Foucault, 1976; Frosch et Pinchevski, 2011; Guegan et Michinov, 2011; Lambert, 2013). Puis, la th orisation du sociologue Kenneth Plummer (1995, 2003) qui soutient que les processus de production et de r ception des t moignages sont intelligibles partir des interactions survenant entre quatre acteurs cl s: les personnes-t moins; ceux qui sollicitent les t moignages; ceux qui les consomment; et l environnement social et m diatique dans lequel le t moignage est livr et entendu. Plummer (1995) et Ahmed et Stacey (2001) avancent que les t moignages publics sur le sexe et le genre favorisent l mergence de communaut s de soutien et d coute, ainsi que l essor d une culture de r sistance, d o la nomination des cultures du t moignage. En prenant l exemple des r cits de victimes d agression sexuelle, ces auteurs montrent comment les t moignages publics deviennent sources d empowerment et de transformation. La dynamique de r sistance est analyser, selon nous, selon une perspective f ministe critique. Troisi mement donc, les auteur.e.s de ce collectif d veloppent en ce sens. En effet, les th orisations f ministes permettent d entrevoir comment la r gulation sociale s op re pour les groupes sociaux qui sont au c ur de cet ouvrage. On s interroge, notamment, sur la fa on dont les cat gories binaires de genre et de d sir, mais aussi de race, de langue, d ge et de capacit (Baril, 2015; Butler, 1990, 2006; Sedgwick, 1990; Scott, 1992; Mohanty, 2003; Ramazanoglu, 1993), reproduisent des rapports de pouvoir sp cifiques - le sexisme, le racisme et l h t ronormativit , pour en nommer quelques-uns. Ces questionnements f ministes donnent lieu aussi plus g n ralement la production de connaissances largies sur les interactions sociales et les moyens de r duire m me les in galit s (Fraser, 2005; Fricker, 2007; Lamoureux, 2001; Young, 1990, 2000).
2. D FAIRE LES TABOUS, L EXPRESSION DE VOIX COMMUNAUTAIRES
Les sujets abord s par les t moignages qui nous int ressent sont tabous aux yeux de l opinion publique ou m connus. En effet, on pourrait croire que pour une large part de la population g n rale, les contenus qu abordent et v hiculent les t moignages publics des communaut s sexuelles et de genres seraient mals ants voquer, en vertu des convenances sociales ou morales, en dehors d un contexte th rapeutique ou de confidences intimes. On pourrait banaliser cette mati re brute dont s abreuvent les m dias sensations: orientation sexuelle, travail du sexe, s ropositivit , bisexualit , transidentit s, intersexuation. Or, les personnes t moins incarnent l opprobre; elles sont l objet de la criminalisation, de la pathologisation et de la stigmatisation de la part des institutions m dicale, juridique et culturelle (Bastien-Charlebois, 2011; Hannem et Bruckert, 2013; Lavigne, 2012; Manirabona, 2011; R seau juridique, 2012). Les histoires v hicul es invitent donc la tol rance et participent ainsi l expansion d un discours sur la justice sociale et la constitution d une voix collective (Fraser, 1998, 2005; Fricker, 2009). Plusieurs auteurs confirment que ce discours s inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des m dias et des diff rentes formes d intervention et d action culturelle men es par des groupes minoritaires (Bromley, 2010; Gillett, 2003; Jochems et Rivard, 2008; Lebow, 2012; Paasonen, 2011; Polletta et John, 2006; Rak, 2005).
Nous avons d velopp , ailleurs, l id e selon laquelle, compte tenu de leurs singularit s et de leurs intersections plurielles, les porte-paroles de ces groupes minoritaires forment des communaut s (Mensah et al ., 2017) ayant en commun l identification ou l expression d une sexualit , d un corps ou d une identit de genre hors-normes. Au-del des individus donc, et travers le r cit au "je , une parole collective s exprime, la communication d une exp rience partag e par une communaut (Frisch, 1990; Idj raoui-Ravez, 2003; Mensah et Haig, 2012). Cette voix collective articule non seulement des identit s et des valeurs pr cises, mais aussi des man uvres politiques et une volont d action sociale (Polletta et John, 2006; Pullen, 2009), et le terme le plus appropri pour parler de cet assemblage, selon l historien Jeffrey Weeks (2000), est celui de la "communaut , des voix communautaires. Dans ce contexte, le t moignage public repr sente une importante strat gie d intervention pour revendiquer la valeur sociale des histoires individuelles qui composent ces voix.
3. U NE R FLEXION MULTIDISCIPLINAIRE ET INTERSECTORIELLE
ce jour, aucune recherche-action au Canada ou ailleurs, qu elle soit th orique ou empirique, ne s est int ress e aux liens existants entre les personnes LGBTQI2, les PVVIH et les personnes ayant une exp rience de travail du sexe. La mobilisation des connaissances sur ces trois groupes s engage r solument dans un champ de recherche encore non d frich en sciences humaines et sociales. La r alisation du pr sent ouvrage est le r sultat d un premier d broussaillage de th matiques explorer, que nous avons r alis lors d un colloque de mise en commun des travaux de l quipe de recherche-action Cultures du t moignage Testimonial Cultures, log l UQAM 4 . Nous avons suscit la rencontre de groupes et de personnes du Qu bec qui ont en commun une pratique sociale (le t moignage), mais qui diff rent les uns des autres sur le plan des sp cificit s sociosexuelles de leurs pratiques testimoniales. Par ailleurs, parce que chacun et chacune font un usage multiple du t moignage (expression personnelle, ducation, plaidoyer, cr ation artistique, r forme juridique, etc.), et ce, sous des formes vari es (oral, crit, audiovisuel, num rique, etc.), une r flexion multidisciplinaire et intersectorielle est n cessaire pour v ritablement parler des conditions de production et de r ception du t moignage public.
Soulignons d embl e la qualit des diff rentes personnes investies dans cet ouvrage: elles poss dent assur ment toutes une connaissance fine du sujet et des enjeux associ s au t moignage public dans leur champ d expertise. Professeur.e.s d universit , charg .e.s de cours, intervenant.e.s sociaux dans le r seau communautaire et institutionnel, militant.e.s, chercheurs et chercheuses ind pendant.e.s, sp cialistes des communications, tudiant.e.s, les auteur.e.s proviennent des disciplines suivantes: travail social, communication, tudes f ministes, sociologie, histoire de l art, sexologie, tudes litt raires et s miologie. De plus, les personnes t moins, dont des extraits d entrevue de recherche sont publi s la fin de ce livre, ont des profils assez vari s allant de retrait e artiste professionnel, intervenante sociale et escorte, ou encore directeur g n ral d un organisme communautaire et blogueuse. Cette diversit de statuts et de perspectives chez les auteur.e.s du pr sent ouvrage constitue un de ces apports importants. Derri re cet ouvrage collectif donc, des auteur.e.s provenant de milieux et de disciplines vari s formulent les jalons th oriques et m thodologiques du t moignage sexuel et intime comme ceux d un important levier de changement social.
Le livre est divis en cinq sections th matiques, cinq mani res de r fl chir au t moignage public et aux transformations qu il g n re. Chaque section est compos e de trois ou de quatre chapitres qui d veloppent le th me, sauf pour la derni re section qui regroupe sept extraits d entrevues de recherche. Les textes pr sent s ont le souci d exercer, les uns par rapport aux autres, la mise en lumi re non seulement de l intersectionnalit des oppressions v cues et d nonc es par le t moignage, mais aussi de nous faire voir la transversalit des enjeux.
3.1. Savoirs et pouvoirs
Un des apports majeurs de la philosophie foucaldienne est d informer notre r flexion sur les pratiques du t moignage au moyen de deux concepts: le savoir et le pouvoir. Le savoir concerne les m thodes et les contenus qui sont consid r s comme acceptables un moment de l histoire d une soci t donn e et dans un domaine d fini (Foucault, 1969, 1971). Le pouvoir recouvre, quant lui, les m canismes particuliers qui sont reconnus comme permettant d induire des comportements ou des discours (Foucault, 1976). Ces deux termes n ont pas pour fonction de d signer des entit s mesurables, mais bien de neutraliser les effets de l gitimit de certains discours vis- -vis des autres, et de rendre visible ce qui les rend, une certaine poque, acceptables et accept s. Le savoir et le pouvoir sont des termes penser au pluriel, vu l existence de rapports de force la fois multiples et diffus, produisant des discours permettant de contr ler qui est ou non dans la norme.
Savoirs et pouvoirs constituent ici une grille d analyse de la r alit , et non la r alit elle-m me. Selon la d finition que Foucault retient de ces termes, il n est pas possible de les s parer: il n y a pas d un c t , du savoir et de l autre, du pouvoir. Un l ment de savoir, pour tre consid r comme tel, doit tre conforme un ensemble de r gles et de contraintes caract ristiques, ce qu il nomme l ordre du discours (Foucault, 1971). De m me, un m canisme de pouvoir, pour fonctionner, doit se d ployer selon des proc dures, des instruments, des moyens et des objectifs qui peuvent tre valid s dans des syst mes plus ou moins coh rents de savoir (Foucault, 1982). Dans cet ordre d id es, la premi re th matique explor e met en vidence la position exp rientielle de celles et de ceux qui ont choisi le t moignage comme arme de positionnement face au silence que l avis institutionnel de la m decine, de l acad mie, du milieu f ministe, litt raire ou journalistique leur ont impos insidieusement. Cette projection d shumanisante qui oriente ne pas parler, par honte ou par peur pour soi-m me, t moigne d une lourde tradition politique et religieuse l encontre de ce qui structure la sexualit - les sciences humaines et sociales par exemple (Foucault, 1976). Cette derni re, n ayant pour r f rence que la maternit et le couple h t rosexuel monogame, camoufle les autres r alit s. C est pourquoi le t moignage de certain.e.s favorise le changement d angle de vue et permet de rompre avec cette lecture restreinte et st r otyp e des savoirs exp rientiels et r flexifs.
Le premier chapitre est un texte de Janik Bastien-Charlebois, qui invite r fl chir la place accord e aux corps qui ne rentrent pas dans les st r otypes sexuels et de genre. Son puissant t moignage recadre la place de l individu face la m decine occidentale soucieuse de plaire aux conventions genr es, imposant finalement l h t rosexualit . Le r cit de la sociologue revoit les limites d une telle m decine correctionnelle en la d crivant comme une agression et invite repenser la place de chacune et chacun au sein de la soci t en tant qu tre complet de fait et non plus en tant que sujet d sincarn attendant d avoir l approbation d une institution pour commencer vivre. Le deuxi me chapitre est d Edward Ou Jin Lee, chercheur, militant et organisateur communautaire Montr al. Il met en avant l id e selon laquelle le t moignage est essentiel dans la recherche scientifique participative, en tant qu outil contextualisant et mati re penser les r gles m thodologiques et thiques de la recherche avec des tres humains. En revisitant ses propres exp riences de recherche avec des personnes LGBTQ, racis es et migrantes, il r interroge la place de la colonisation des savoirs et de la violence pist mique envers des personnes ayant une identit de genre et une orientation sexuelle en marge.
Troisi mement, la recherche d Alexandre Baril aborde l intersectionnalit entre la normativit linguistique et celle du genre, port e par des f ministes anglophones et des francophones cisgenres. Combinant la g n alogie critique, la d construction et l autoethnographie, Baril confronte les savoirs et les pouvoirs de l anglonormativit et de la cisnormativit , et d veloppe la notion du "fardeau temporel qu imposent les exp riences de traduction linguistique, sociale et culturelle requises pour se voir exister et soutenu dans ses d marches de transition. travers son parcours personnel d homme trans francophone, il t moigne en vu d apporter une solution thique qui nous permettra de (re)penser les intersections et les solidarit s entre les f ministes anglophones et francophones, une thique de la responsabilit . Enfin, le chapitre d Elizabeth Mercier interroge, quant lui, le paradoxe entre les discours qui d noncent l hypersexualisation des jeunes aux Qu bec face la pornographie en ligne et la volont d une ducation sexuelle restant dans le domaine du priv , ne jouant pas en la faveur des pratiques et des identit s en marges, qui devraient rester dans l ombre d apr s les t moignages m diatis s que l auteure reprend pour appuyer son propos.
3.2. Appareils m diatiques
La deuxi me th matique du livre concerne les rouages de trois des dispositifs de diss mination publique impliqu s dans les cultures du t moignage des communaut s sexuelles et de genres. En effet, une des caract ristiques de notre objet d tude est qu il fait appel des appareils m diatiques et des symboles multiples. Cette seconde mani re de voir le t moignage s int resse la place que tient le t moignage mod le dans le champ des repr sentations sociales et ce qu il apporte en termes de r f rences visuelle et textuelle.
Le contexte actuel d accroissement des moyens de production et de diffusion des t moignages et d ouverture de possibilit s de nouvelles formes de socialisation par l interm diaire des m dias socionum riques est non-n gligeable. En effet, les t moignages de personnes s ropositives, de travailleuses ou de travailleurs du sexe et de personnes lesbiennes, gaies, bi, trans, queer ou intersexe prolif rent aujourd hui, notamment, sur internet, les blogues, les sites Web, Twitter et autres. Ce contexte a-t-il une influence sur la r gulation sociale? Favorise-t-il les savoirs et les pouvoirs des personnes marginalis es? Le sentiment de communaut et la mobilisation s en trouvent-ils renforc s? C est aussi en r f rence ce contexte que sera pens e la r ception des t moignages, les retomb es de ce dernier en mati re de changement social tant au fondement du travail social des organisations communautaires dans ce domaine. S il devient de plus en plus facile de produire et de diffuser des t moignages l aide d appareils m diatiques vari s, il reste voir si, en contrepartie, il n est pas plus difficile d tre entendu, de b n ficier d une audience et d interagir avec des publics puisqu une vaste quantit de contenus et d informations se font concurrence. Autrement dit, est-ce que la banalisation des t moignages sexuels et intimes, des pratiques de d voilement public qui, selon certains, feraient fonctionner les m dias, contribue banaliser les t moignages des groupes sociaux marginalis s et, ainsi, limiter leur potentiel d intervention dans une optique de lutte la discrimination et la stigmatisation? En amor ant des r ponses cette question, les collaboratrices et collaborateurs de cet ouvrage approfondissent nos connaissances relatives aux assemblages testimoniaux que sont l autopornographie, l uvre litt raire et la repr sentation dans les m dias de masse, et leurs cons quences sur la soci t .
L analyse de Julie Lavigne et de Myriam Le Blanc lie questionne l autopornographie en tant que t moignage sexuel dans la lign e d une pornographie f ministe ducative et positive. Puis, le texte de A.J. Ausina Dirtystein montre comment l crivaine Gris lidis R al, ayant eu une proximit avec "le monde de la prostitution et ayant choisi de parler en son nom, d veloppe tout un corpus litt raire qualifi de r volutionnaire. L criture testimoniale de Gris lidis R al a, selon Dirtystein, un r le de liant entre l art, le changement social et la politique. Elle permet un activisme inclusif, intersectionnel et transdisciplinaire qui saura inspirer la mobilisation f ministe pour les g n rations venir. Enfin, la chercheuse Karine Espineira signe le troisi me texte de cette section, en abordant les in galit s dans l espace m diatique vis- -vis des personnes trans et en soulevant les effets des t moignages dans les programmes de t l vision et leur institutionnalisation en France, en tant que construction. Son propre t moignage en tant que femme trans donne son analyse une double lecture, qui invite repenser la recherche universitaire souvent refroidie par le positionnement personnel, sous l angle d une n cessit , pour d loger les savoirs m diatiques conventionnels de leur structure fig e.
3.3. Communaut s interpr tantes
Les troisi me et quatri me th matiques du livre s attardent sur le travail d interpr tation des t moignages que r alisent les diverses communaut s. Le concept de "communaut interpr tante a t cr par le critique litt raire Stanley Fish (1980), figure de proue en tudes culturelles, les cultural studies qui animent notre cadre th orique et m thodologique. Selon sa perspective constructiviste, les communaut s interpr tantes sont des groupes de "lecteurs qui s entendent entre eux sur les l ments qu ils jugent les plus significatifs d un objet, d un ph nom ne ou d une situation sociale - les objets, ph nom nes et situations sont entendus dans cette perspective comme des "textes sociaux (DuGuay, 1997; Grossberg, 2010). Chaque communaut d veloppe une interpr tation du sens du texte, sa lecture en quelque sorte, en fonction de ses int r ts propres, de ses exp riences subjectives. Ainsi, le t moignage public signifie-t-il quelque chose dans la mesure o il est re u, interpr t ; sa signification n existe qu en lien avec la compr hension que d gage un groupe partir de r f rents partag s.
La th matique des "Communaut s interpr tantes s attarde expliciter comment le t moignage public est interpr t comme une construction sociale dynamique et interactive. Un premier chapitre, r dig par Olivier Vallerand, Am lie Charbonneau et Marie Houzeau de l organisme GRIS-Montr al, voque les recherches que ce dernier a pu r aliser en terme de d mystification de l homosexualit et de la bisexualit dans les classes du primaire jusqu l universit . travers un dispositif toujours en volution, le GRIS offre une communication entre les personnes t moins et la soci t qui re oit leurs t moignages, de fa on tablir un dialogue, une compr hension et am liorer le regard et l coute envers les minorit s sexuelles dans les coles. Le deuxi me chapitre est une analyse de Simon Corneau, Kim Bernatchez et Dominic Beaulieu-Pr vost qui informe et analyse le point de vue des hommes gais sur les minorit s ethniques au Qu bec travers le m dium pornographique. Ces chercheurs et chercheuses questionnent la pornographie actuelle, mettent en vidence le racisme inh rent certaines repr sentations et r sument la perception des hommes gais propos de celles-ci et de leur usage de la porno au quotidien. En effet, la pornographie gaie, tant un point de r f rence pour de nombreux hommes en mati re de sexualit s, de corps et de genre social, pourrait servir duquer et ainsi remettre en cause les id es re ues concernant l hypersexualisation des minorit s ethniques ou racis es, des hommes noirs en particulier. Le troisi me chapitre est sign par l quipe de travailleuses communautaires la maison d h bergement Passages pour femmes Montr al. Val rie Boucher, Genevi ve Roberge-Remigi, Karine-Myrgianie Jean-Fran ois et Laurence Sabourin-Laflamme d crivent comment le t moignage s inscrit dans les activit s quotidiennes de l intervention, comme coconstruction des savoirs certes, mais aussi comme lieu de formation professionnelle. Le quatri me chapitre sous cette th matique fait appel des r cits d exp rience de femmes vivant avec le VIH. Les auteures, Marie-Eve Manseau-Young et Maria Nengeh Mensah, pr sentent les significations, tant individuelles que collectives, de cette mise en visibilit au regard des lectures f ministes et interactionnistes qui posent la parole des femmes comme un levier de transformation.
3.4. Acteurs en interaction
La section suivante, intitul e "Acteurs en interaction , r unit trois chapitres propos des processus de production et de r ception des t moignages qui sont intelligibles pr cis ment partir de diff rentes interactions. Premi rement, Sandra Gabriele et Nathalie Zina Walschots se penchent sur les rapports entre les travailleuses du sexe, les m dias d information et les lois qui criminalisent l achat et la publicit des services sexuels au Canada. Elles font tat d une recherche-cr ation novatrice qui a con u et mis en essai un jeu d actualit , Le plus vieux jeu du monde ( The Oldest Game ) autour des cons quences mat rielles et n gatives de la criminalisation du travail du sexe. Cette recherche-cr ation am ne les chercheurs et chercheuses constater les difficult s li es au fait de vouloir rompre avec les aprioris de la repr sentation des principales concern es dans l actualit comme dans les jeux vid o. Se situer du c t du point de vue des femmes qui ont livr leurs t moignages et qui luttent pour la d criminalisation appara t tre la solution qu elles ont privil gi e. Deuxi mement, Fran ois-Xavier Charlebois signe un texte propos de l accompagnement social particulier qu offre le projet d art communautaire, La Veille lectronique, une installation de sensibilisation au VIH/sida. Finalement, Ren L gar et Bruno Laprade t moignent, leur tour, de leurs r les respectifs dans la r alisation de la campagne Je suis s ropo de la COCQ-SIDA: une personne t moin, Bruno, est accompagn e avant, pendant et apr s le t moignage sur sa s ropositivit ; un accompagnateur, Ren , soutien Bruno et ouvre sur les attentes de chacun quant au processus de dicibilit qu ils ont v cu. En ressort une r flexion critique sur les besoins des personnes et des organismes qui leur viennent en aide.
3.5. Exp riences
La derni re th matique de ce livre nous plonge dans sept "Exp riences de t moignage. Pour commencer, Maria Nengeh Mensah aborde la dimension sensible de l exp rience du t moignage: les affects. Conjuguant une approche interactionniste du t moignage la philosophie du bonheur et de ses valeurs affectives, l auteure explore comment l exp rience du t moignage public, consid r comme un objet culturel utile l intervention sociale, constitue galement un lieu d affects. L affectivit du t moignage public est vraisemblablement, selon elle, un marqueur de son efficacit et de sa port e transformative.
L ouvrage se termine avec sept extraits comment s des entrevues de recherche que nous avons r alis es aupr s de personnes t moins 5 . Le but de ces entrevues individuelles tait de documenter les exp riences des personnes issues de communaut s sexuelles et de genres qui ont livr un t moignage dans un m dia, travers l art ou lors d une prise de parole en public. Nous voulions faire conna tre ces exp riences.
Essentiellement, la participation cette recherche a demand ces personnes de consentir l enregistrement sonore de l entrevue d environ une heure, de choisir les modalit s d identification, de diffusion et de reproduction de l entrevue et de r pondre une s rie de questions li es l exp rience du t moignage. Nous avons cibl le processus qui les a amen es prendre la d cision de partager un r cit intime ou personnel publiquement, leur perception des risques et cons quences possibles, l exp rience de la r v lation elle-m me aussi bien que sa r percussion imm diate et plus long terme.
Les personnes t moins interrog es avaient plusieurs options d identification de leur entrevue. Elles pouvaient choisir de rendre leur entretien public et accessible tous, par exemple, en autorisant la publication d extraits dans ce livre. Si telle tait la d cision, la personne pouvait utiliser son vrai nom ou un nom d artiste, selon son degr d aisance tre reconnue par les ventuels lecteurs et lectrices. Elles pouvaient aussi choisir de garder l anonymat et nous demander de pr server leur confidentialit , ce qui a t le cas pour plus de la moiti des personnes t moins rencontr es. Les entrevues confidentielles n ont videmment pas t incluses dans le pr sent ouvrage, mais informent toutes nos discussions.
La premi re entrevue donne la parole Monica Bastien, ancienne directrice de l association Aide aux trans du Qu bec (ATQ), qui voit dans le t moignage un lieu de partage, un espace qui n appartient plus vraiment la personne t moin, mais plut t une multitude de points de vue capable de se r approprier les dires suivant leurs v cus. Pour elle, donner son point de vue sur sa vie et son exp rience doit toujours aller dans le sens du ressenti et aucun t moignage ne peut sonner "faux dans la mesure o chaque voix sa place puisque chaque existence a sa v rit . Suivent les entrevues de l artiste Vincent Chevalier et de la militante Annik Delorme. Tous les deux racontent, sous le couvert d anecdotes, combien l intol rance face la diversit peut faire mal. Pour l artiste, les exp riences douleureuses peuvent nourrir l lan de la cr ation, tandis que chez la professionnelle en relation d aide, garder l anonymat est l ultime facteur de protection de soi. L entrevue de Maxime Durocher, travailleur du sexe cisgenre et h t rosexuel, renverse la figure patriarcale masculine h t rosexuelle et consommatrice de sexe, l image du masculin dominateur, au profit d une personnalit , d une sensibilit et d un militantisme pour les droits des travailleuses et des travailleurs du sexe. L entrevue avec Ken Monteith, directeur de la Coalition des organismes communautaires qu b cois de lutte contre le VIH/sida (COCQ-SIDA) et blogueur se servant des r seaux sociaux pour parler de son quotidien avec cette maladie, affirme un enjeu du t moignage public. Comment, sous l aspect d une r f rence textuelle, visuelle et m diatis e, peut-on amener de nouveaux rep res pour penser les PVVIH selon des crit res plus humanisants donc plus inclusifs. Les deux derni res entrevues voquent l assurance et la confiance consid r es comme tant n cessaires pour faire des t moignages. Mathieu-Jo l Gervais, chercheur et militant, parle d autocensure, d appropriation et d une conception binaire comme des difficult s les plus souvent rencontr es. M lodie Nelson, auteure du livre Escorte et blogueuse professionnelle, montre que le support des ami.e.s, des coll gues et du milieu communautaire est une cl pour que l exp rience du t moignage se d roule bien.
travers cette collection, nous esp rons qu il sera possible pour le lecteur et la lectrice de constater que l exclusion sociale des personnes dont il est question est souvent un profond malentendu entre ce que cette m me personne a ou ce qu elle fait et ce qu elle est , et implique sournoisement la r gulation sociale qui conduit ce que l individu doit tre . De cette mani re, le t moignage public donne du sens, il resignifie, en levant la voix de la personne t moin au-dessus des craintes et des pr jug s, pour positionner socialement son existence. travers son partage et sa r ception, l exp rience des personnes minoris es a plus de chances d tre visible, audible et cr dible. De cette mani re, le t moignage devient un levier de transformation pour celle ou celui qui s accroche, se reconna t dans ses mots et s y "colle . Il peut aussi devenir un instrument de croissance personnelle, un dispositif de cr ation de savoirs - et de pouvoirs - communautaires, ainsi qu une ouverture vers la resignification de repr sentations stigmatisantes.
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1. Personne lesbienne, gaie, bisexuelle, qui s identifie comme trans, queer ou en questionnement, non binaire, intersexe ou bispirituelle.
2. Voir: https://oiifrancophonie.org/nos-realites/temoignages-2/ .
3. Expression initialement prononc e par la fran aise Christine Delphy, lors d une conf rence intitul e "Le mythe de l galit -d j -l : un poison! qui s est tenue Montr al le 11 octobre 2007.
4. Une description d taill e de l quipe et de ses travaux en cours est disponible sur le site Web www.culturesdutemoignage.ca .
5. Le projet de recherche " tude de la culture du t moignage par les minorit s sexuelles et de genre: usages, d fis, enjeux et retomb es d une pratique renouvel e , sous la direction de Maria Nengeh Mensah, a re u l appui financier du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada.
SAVOIRS ET POUVOIRS
MA SORTIE DU PLACARD
UN TABOU INTERSEXE QUI PERDURE
Janik Bastien-Charlebois
Peu de personnes ont d j entendu le mot "intersexe 1 . Parmi celles qui l ont entendu, plusieurs le confondent avec un troisi me genre ou avec la figure mythique de l hermaphrodite, suivant la pr somption que nous poss dons la fois des organes g nitaux typiquement femelle et typiquement m le.
Ce n est pas tout fait le cas, mais parvenir bien rendre qui nous sommes requiert de nouveaux mots ou de nouvelles conceptions du corps et des identit s. De plus, pour qu il soit clair que nous sommes des personnes de chair et d os et non des concepts d sincarn s, nous devons prendre la parole tout en naviguant avec soin entre les euph mismes qui menacent de nous renvoyer dans le silence d un tabou qui contribue la violation de nos droits humains, ainsi qu un langage direct qui peut tre d tourn vers le voyeurisme et investi d autres significations.
En d autres termes, soit nous vivons l objectification et la maltraitance par une m decine qui nous a effac s avec succ s de la m moire sociale, soit nous risquons d tre assujettis aux fantaisies, aux qu tes de sens, ainsi qu la recherche de sensationnalisme d autres personnes. N anmoins, plusieurs d entre nous sont convaincus que notre existence devrait - et pourrait - devenir non dramatique, simplement une des multiples facettes de l exp rience humaine.
Mon r cit n en est qu un parmi plusieurs. Nous avons commenc prendre la parole il y a de cela vingt ans et, depuis, de plus en plus de personnes dont le corps d fie les d finitions m dicales de "m le et de "femelle ajoutent leur voix. Cependant, comme peu de personnes au Qu bec connaissent l intersexuation et un grand nombre de personnes intersex(u )es m nent des vies isol es, je saisis cette occasion offerte par le journal The Gazette de pr senter ma propre histoire de coming out intersexe. Je m ouvre cette fois-ci sur une dimension personnelle parce qu il pourrait s agir d une des rares occasions pour les personnes qui jusqu ici pensaient tre seules de reconna tre les liens entre leur histoire et la mienne, de m me que celle d autres personnes intersex(u )es. Je le fais galement pour sensibiliser le lectorat aux enjeux intersexes.
1. M ON R CIT
Ainsi je suis n e avec un corps intersexu . Sur mon formulaire d attestation de naissance, l obst tricien a coch la case "F , mais a ajout un point d interrogation tout c t . Je l ai appris il y a trois ans seulement, apr s avoir r cup r mes dossiers m dicaux. Si la sociologue f ministe en moi consid re cette petite marque comme plut t amusante, ce qui s est ensuivi est s rieux. L obst tricien m a envoy e imm diatement Sainte-Justine o j ai t soumise une batterie de tests pendant plus de deux semaines. Ceci, je l ai galement appris il y a trois ans et je dois encore d terminer la nature de tous les tests (et interventions?) que j ai subis. Apr s tout, ils ont enjoint ma m re de signer un formulaire de consentement en blanc le lendemain de ma naissance.
Ceci est commun parmi les exp riences v cues des personnes intersex(u )es. Nous connaissons peu nos propres histoires. Sinon, nous sommes conscients de semi-v rit s issues du paternalisme m dical et de la conviction douteuse que "ce que nous ne savons pas ne nous fera pas de mal . Ma m re fut furieuse lorsque je lui ai montr le formulaire de consentement en blanc. Elle ne s en souvenait plus et ajouta qu elle tait dans un si faible tat apr s m avoir donn naissance qu elle ne pouvait saisir la port e de ce qu on lui demandait de signer. De plus, comme nous sommes socialis s faire confiance au jugement m dical, s y opposer tait peu envisageable. Je dois dire cependant que je suis profond ment reconnaissante l endroit de ma m re de m me qu impressionn e qu elle ait r ussi r sister la suggestion d un docteur de modifier mon sexe. Au moment de ma naissance, ceci n aurait consist en rien d autre qu une forme de clitoridectomie.
Elle c da, cependant, aux requ tes de visites annuelles ou bisannuelles r guli res chez le docteur afin qu il examine mes organes g nitaux dans le but de voir "comment ils se d veloppent . Alors j ai grandi avec ces visites o un docteur poli, mais silencieux, me demandait de retirer mes pantalons et de m asseoir sur le papier blanc et froid de la table d examen, puis touchait et manipulait mon sexe, me demandant si je sentais quelque chose. Comment un enfant devrait-il r pondre cette question?
Je n ai pas grandi en pensant que j tais intersexe ou en ayant honte de mon corps. Cependant, j ai senti graduellement que quelque chose clochait: aucun autre enfant n tait assujetti ces visites r guli res afin de se faire examiner et toucher les organes g nitaux; aucune explication ni aucun motif de sant n tait soumis ou ne pouvait tre soumis pour justifier cela; et aucun terme ne m a t transmis pour ma diff rence, l exception de deux fois. Une fois de la part du docteur, qui cherchait visiblement ses mots avec peine tandis qu il se penchait vers moi pour me dire, comme s il s agissait d une chose extr mement d licate: "C est comme si tu avais un petit p nis. Il avait omis les "malformation , "hypertrophie du clitoris et "pseudo-hermaphrodite qui parsemaient mon dossier m dical, diss mination laquelle il ajoutait sa propre contribution. En fait, l analogie du p nis ne me troubla pas du tout. Je me souviens que ceci eut du sens et j eus une r action "Ah ok typique d un enfant cette formule. Le second terme me fut transmis plus tard par le biais de ma m re et refl ta, je crois, la teneur des conversations qu il avait avec elle la suite de mes examens: "hypertrophie clitoridienne . Un mot apparemment scientifique et clinique, mais plus charg que "petit p nis . Il n y a rien de mal avec un p nis, mais il y en a avec une "hypertrophie , qui n est rien de moins qu un "trop de . Aux yeux de qui?
Autour de mes dix ans, j ai dit ma m re que je ne voulais plus tre soumise ces examens. Une fois de plus, elle fut merveilleuse et respecta cette requ te. Au fil des ann es, les docteurs avaient insuffl la honte en moi et je me sentais sale pendant et apr s ces visites. Je n avais cependant pas de mots pour ce type d agression caract re sexuel, comme je ne pouvais l envisager comme tel, ayant t duqu e consid rer les m decins comme des professionnels bienveillants en qui je me devais d avoir confiance et qui d tenaient un droit d acc s mon corps.
Ce processus de d possession est insidieux. Jeunes, nos parents ainsi que des programmes scolaires d information sur la sexualit affirment que notre corps nous appartient. Seulement, l exp rience impr gne en nous d autres messages et c est particuli rement le cas pour les personnes intersexes. Nous apprenons depuis un tr s jeune ge que nos corps appartiennent la m decine et que les docteurs disposent de l autorit finale pour en juger la valeur. La m decine n est certainement pas la seule institution jouant un r le probl matique dans nos vies, mais elle influence grandement les perspectives des gens sur ce qui est sain et ce qui ne l est pas. Sur ce qui devrait tre modifi et ce qui ne le devrait pas.
Bien que ma m re m e t transmis l "offre m dicale de pouvoir "choisir de "corriger mes organes g nitaux, je n ai pas pass mon adolescence me d sesp rer de subir une op ration. Je me sentais bel et bien diff rente sur plusieurs plans et particuli rement sur celui de l expression du genre, mais ne d sirais pas me conformer simplement pour plaire ceux qui m intimidaient puisque je savais fort bien que cela ne serait que retourner leur violence contre moi-m me. Par ailleurs, j avais des indices de mon d sir pour les femmes, mais je les r primais fortement. Comme "intersexe l est aujourd hui, "lesbienne tait un concept que je connaissais tr s peu. Je comprenais mal son sens, de telle fa on qu il m tait difficile de voir qu il s appliquait moi. Avoir un corps diff rent a bel et bien confondu les choses, puisque j avais tendance carter promptement toute question propos de mes sentiments amoureux et de mes d sirs, me disant que j tais suffisamment diff rente ainsi et qu il ne me fallait pas dramatiser les choses. "Plut t d pass e est une bonne fa on de d crire mon rapport mon corps ainsi qu mes sentiments. Il ne s agissait pas d un complet d passement, mais d une trame de d possession s talant en arri re-fond. M me si je n allais plus ces examens r guliers, la m decine conservait son ascendance par laquelle il allait de soi qu elle puisse acc der mon corps et porter des jugements d inad quation sur lui. Bien que je ne sentisse pas visc ralement qu il tait faux ou inad quat, que valaient bien mes propres sentiments en comparaison avec l "expertise professionnelle et adulte de m decins?
Peu avant mes 17 ans, ma m re me confie, alors que nous sommes ensemble bord de sa voiture, que si je d sirais une op ration gratuite, il fallait que je m y soumette avant mes 18 ans. Sinon, ce serait consid r plus tard comme une chirurgie cosm tique que je devrais alors payer de ma poche. Une telle option m apparaissait ce point on reuse qu elle m tait inaccessible pour la jeune personne que j tais. J tais donc aux prises avec un ultimatum. Je ne d sirais pas d op ration, mais demeurais incertaine de si j allais tre aim e comme j tais et craignais de prendre le risque d une r ponse n gative apr s mes 18 ans. De plus, n tait-ce pas ce que je devais faire apr s tout? Ce que la m decine d clare comme "maladie ou "malformation ne peut qu tre soign et non conserv . M me si on m offrait un "choix , le simple fait qu on m en offrait un alors qu on ne le fait pas pour les personnes ayant un corps normatif m envoyait le message qu il tait attendu que je le fasse. Finalement, mais non le moindre, avoir subi l exp rience de me faire r guli rement toucher et manipuler le sexe pendant ma jeunesse m avait transmis l id e qu il ne m appartenait pas compl tement et qu il tombait par cons quent sous le sens que la m decine y retire ce qu elle peut bien y consid rer de trop.
J avais 17 ans lorsque je suis all e voir un m decin pour y avoir mes organes g nitaux examin s nouveau. Il me demanda une fois de plus si je "ressentais quelque chose . Il m informa alors que si je me soumettais une intervention chirurgicale, il tait possible que je perde de la sensibilit . Je lui ai r pondu que "c tait correct . Non seulement je me r signais l id e que j avais un "probl me r gler , mais la sexualit m tait trang re et j tais submerg e par une culture h t rosexuelle h g monique. Alors bref, c tait "correct . J ai sign un formulaire de consentement pour une op ration l h pital Sainte-Justine. Je me souviens m tre sentie inconfortable avec les termes, qui sous-tendaient que je prenais une d cision pleinement et librement clair e, me ch tiant d avance pour tout doute pouvant merger par la suite. D pass e et d poss d e, je suis pass e la machine de conformation guid e tel un automate sur des rails.
La naus e postop ratoire et les lancements de la chair vif frapp rent de plein fouet. Je n avais jamais prouv de telles douleurs aig es - tandis que des nerfs s teignaient - ni n avais t avertie que je les subirais. Pas plus que je ne m attendais ce que mes organes g nitaux ressemblent une pouvantable enflure ind finissable - ni n avais t pr venue qu ils ressembleraient a. Je me souviens d un furtif moment de lucidit pendant la premi re nuit suivant mon op ration alors que je regardais le plafond, pensant: "Un jour, j aurai composer avec tout a. Les r flexes de protection de soi sont cependant robustes. Ce questionnement ne refera surface que 18 ans plus tard et ce, par tapes graduelles.
Me soumettant l h t rosexualit obligatoire, j eus un copain quelques mois apr s l op ration. La sexualit demeurait n anmoins toujours trang re. Un an apr s l intervention chirurgicale, j eus une rencontre de suivi l h pital Sainte-Justine. Le docteur me demanda comment " a allait. Je lui ai r pondu "ok . Comment pouvais-je me plaindre des douleurs secondaires que je ressentais, puisque j avais pris la "d cision de subir une op ration? Et comment pouvais-je exprimer mes doutes, puisque cela reviendrait remettre en question la comp tence et le professionnalisme du docteur? Qui tais-je pour avancer une telle chose? Ce que les docteurs font, ils le font impeccablement et avec une expertise de pointe. En d autres mots, tout "probl me que j prouvais n tait alors que le r sultat de mes propres enjeux psychologiques. Je soup onne une autre dimension l uvre galement. Ayant "consenti l op ration, comment pouvais-je vivre avec le regret de cette transformation majeure?
Quatre ann es plus tard, je v cus le tourbillon d un coming out lib rateur comme lesbienne. Je sens un poids se lever de mes paules tandis qu une partie de mes sentiments me font enfin sens. Je d couvre l amour jusqu un point, mais quelque chose m chappe toujours. En arri re-fond, mon corps me demeure en partie d poss d et sous les hauts et les bas du quotidien se prolonge l cho d un d passement. Les mots me manquent pour tout bien saisir.
2. P ERSPECTIVES F MINISTES, RENCONTRES INTERSEXES ET ACTIVISME
J ai t assez rapidement attir e par les perspectives f ministes et les tudes sur le genre. Ces champs d tudes r sonnent avec mon exp rience, m me lorsqu ils n en parlent pas. ventuellement, je suis tomb e en 2001 sur le bouquin Sexing the Body d Anne Fausto-Sterlin, dont la traduction fran aise est Corps en tout genre (2012), o elle d crit le traitement subi par les personnes intersex(u )es. Je l ai d vor d une couverture l autre, prenant le soin de lire l ensemble des volumineuses notes de fin de livre. Et malgr le fait qu une des chirurgies auxquelles j ai t soumise y tait illustr e, je n ai pas effectu de lien 2 . Mon histoire ne me semblait pas aussi dramatique que celles qui y taient voqu es. Comme mentionn pr c demment, je ne m tais jamais dit: "Tu es intersexe , mais je m tais plut t envisag e comme seule et isol e, comme si aucune personne comme moi n existait en ce monde.
Curtis Hinkle, un activiste intersexe reconnu, visita Montr al pendant les festivit s de la Fiert se tenant au cours de la m me ann e et y donna deux conf rences sur les enjeux intersexes. J tais pr sente la premi re. Elle toucha une corde, mais je conservais l impression que je ne pouvais me consid rer comme intersexe, malgr les points communs que je reconnaissais. Je me suis simplement adress e lui une fois la conf rence termin e pour lui confier que j avais t soumise une intervention chirurgicale. Pour une raison que j ignore, mais que je peux soup onner, il ne m a jamais dit: "Mais tu es aussi intersexe! Peut- tre pr sumait-il que je le supposais d j ou bien ne voulait pas me l imposer. C est donc seulement en 2005 que j ai fait un premier lien, de fa on inopin e. Au cours d une conversation avec une amie, j ai appris qu elle tait pr sente la seconde conf rence de Curtis Hinkle o il mentionna aux personnes participantes qu une personne intersexe tait venue vers lui la suite de la premi re. Ce ne pouvait tre que moi. Finalement, ceci tombait sous le sens. Comme les autres personnes intersex(u )es, j ai souffert de l invalidation du corps avec lequel j tais n e. Les personnes intersex(u )es naissent avec des corps qui pr sentent une combinaison de traits sexuels primaires et secondaires associ s aux traits m les et femelles typiques, ou tant interm diaires. Nous pouvons nous identifier comme femme, homme ou ni l un ni l autre. Nos corps ne dictent pas notre identit . Ainsi une personne peut-elle dire "Je suis une femme intersexe pour faire r f rence sa diff rence corporelle ou l exp rience d tre intersexu e par la m decine et la soci t . Souvent, affirmer que nous sommes intersexes vient avec une conscience politique qui conteste les jugements m dicaux effectu s sur nos corps, ainsi que les interventions non consenties cosm tiques auxquelles nous avons t assujettis.
Aujourd hui, les docteurs auraient suppos ment diminu l approche du silence qu ils employaient pr c demment. Ceci ne se traduit pas par une sortie de l isolement, mais par l exposition des diagnostics. Les personnes intersex(u )es sont ainsi divis es et s par es en une s rie de "syndromes tels que: 5alpha-reductase, klinefelter, turner, mrkh, hyperplasie cong nitale des surr nales, insensibilit partielle ou compl te aux androg nes, turner, hypospade, etc. Comme Claudia Astorino l a d crit loquemment dans un article dont je recommande fortement la lecture "Where Intersex meet Lesbian :
Quand j tais jeune et que je conceptualisais "intersexe comme une condition m dicale que "j avais - et non comme quelqu un que J TAIS, soit une personne intersexe -, j avais cette id e que si seulement je pouvais retirer les parties intersexu es de moi-m me, j acc derais cette v ritable et authentique fille qui se trouvait en moi, immacul e. Ou peut- tre encore cette partie tait-elle aussi entach e et ne pourrais-je jamais tre ce moi v ritable parce que les parties intersexu es s taient immisc es partout ou m avaient chang e, faisant en sorte que je ne pourrais pas retourner maintenant la personne que j tais "suppos e tre . Je r alise aujourd hui que tout a, c est de la foutaise, mais j ai d cheminer pour comprendre que mon intersexuation n tait pas cette chose trang re qui fout le bordel dans mon moi v ritable. Mon intersexuation est une partie de moi. Je suis v ritablement moi-m me avec les parties intersexu es de mon tre, et non malgr elles (Astorino, 2015, traduction libre).
Apr s avoir fait les liens, quelques ann es me furent n anmoins n cessaires avant que je m implique dans l activisme intersexe. M me si j avais acquis plusieurs outils de pens e critique et f ministe travers mon engagement social au sein de la communaut gaie, lesbienne et bisexuelle, je ressentais toujours, profond ment, qu il y avait quelque chose de sale et de honteux en nous. Mais lentement, tr s lentement, j ai commenc partager mon exp rience intersexe de proches ami.e.s qui furent tr s accueillant.e.s. Ce qui me secoua hors de cette p riode de latence fut le fait d entendre, de la bouche d Anne Fausto-Sterling elle-m me lorsqu elle visita l UQAM - l universit o je travaille - en 2009, que les docteurs avaient adopt une nouvelle terminologie pour nous d crire: "D sordres du d veloppement du sexe. J tais furieuse. Toutes mes sensibilit s f ministes et LGBTQI2 se dressaient et fulminaient contre cette d cision profond ment injuste. Je n tais pas un d sordre. Qui plus est, le fait qu on envisage mon corps comme une pathologie est pr cis ment ce qui m a mis sur la route d exp riences d agression sexuelle m dicale et de d possession corporelle.
N anmoins, je n ai vraiment entam mon engagement activiste qu en 2011-2012. Rencontrer d autres activistes pour la premi re fois fut la fois lib rateur et difficile, puisque plusieurs d entre nous prouvent le contrecoup de prendre la pleine mesure de ce quoi nous avons t assujettis. Ce choc est semblable celui que ressentent des victimes d agressions caract re sexuel qui recadrent des agressions qu elles avaient jusque-l presque normalis es en les interpr tant comme tant "la fa on dont les choses sont ou "des choses pour lesquelles elles partagent une certaine responsabilit . Ou que "ceci ou "cela n est "pas vraiment une agression caract re sexuel, "parce qu il s agissait d un compliment , "qu il n y avait pas eu de p n tration , "qu aucune r sistance n avait t offerte , "qu il s agissait juste d affection de la part d une figure d autorit en qui on a appris faire confiance, ou "un d auquel peut s attendre un mari. L inconfort et les blessures taient bel et bien l , mais il n y avait pas de mots pour comprendre et probl matiser ce qui les a caus s.
Rencontrer d autres personnes intersexes est rassurant dans la mesure o l on int gre l id e que nous n avons pas imagin cette "r alit parall le dans laquelle on nous a plac s. Nous prenons conscience du fait que nous partageons plusieurs exp riences communes, divers degr s: informations partielles et dissimul es, silences, objectification m dicale et curiosit perverse, tabou, renforcement de l assignation de genre, sentiment d tre des extra-terrestres ou seuls au monde, d possession du corps, honte, perte de sensations sexuelles, trauma d agression caract re sexuel la suite des examens, photos et interventions non consenties, effets secondaires n gatifs des interventions chirurgicales, effets secondaires n gatifs des hormonoth rapies, pour ne nommer que celles-ci. Je n ai rencontr encore *personne* qui tait heureux ou heureuse avec les interventions non consenties auxquelles il ou elle a t soumis.e, ou qui estimait qu il soit l gitime de soumettre des enfants intersexu s des interventions non consenties, irr versibles et non cruciales pour la sant . Cependant, peu d entre nous sommes pr sents dans l espace public. M me avec la palette de ressources que j avais ma disposition, il m a fallu des ann es avant d y parvenir. Au Qu bec, je ne suis pas la seule y tre parvenue. Mais soutenir le regard public et l engagement politique devient rapidement lourd et plusieurs se retirent.
Lutter pour nos droits humains signifie se heurter de plein front contre le pouvoir, l autorit et le prestige m dicaux. a exige de s immerger dans ce qu ils disent sur nous et dans ce qu ils nous font et d y trouver, au bas mot, bien des pratiques probl matiques. Depuis le tout d but, la vaste majorit des professionnels m dicaux qui s investissent dans la prise en charge m dicale ont t m prisants et irrespectueux l endroit des personnes intersexes qui ont trouv le courage de prendre publiquement la parole pour demander du changement. Et le Qu bec n y fait pas exception. Deux femmes m decins de Sainte-Justine ont d j affirm dans les m dias que les activistes intersexes ne savent pas de quoi ils parlent et qu ils sont gocentriques, contrairement une suppos e majorit de patients qui ne se vanterait pas de sa satisfaction en public. Dans un contexte o il n y a aucune tude ind pendante de suivi long terme prouvant une telle affirmation, ceci est pleinement odieux. La soi-disant majorit satisfaite ne s est jamais montr e en public ces vingt derni res ann es, malgr le fait qu elle serait en meilleure position de le faire que les personnes critiques le sont, car elle ne serait ni endommag e ni dans l tat vuln rable dans lequel plusieurs d entre nous se trouvent. Et pour chapeauter le tout d une touche de paradoxe, tandis que nous aimons pointer du doigt d autres cultures qui pratiquent la mutilation g nitale f minine, notre institution m dicale a d velopp depuis les ann es 1950 une tradition similaire autour des enfants intersexu s. La logique de conformisme est tout fait semblable, seuls les outils st rilis s, les techniques anesth siantes, et l appel plut t performatif un jugement fond sur la science diff rent.
3. L ES VICTOIRES ET LES D FIS DE L EXP RIENCE INTERSEXE
Heureusement, nous avan ons et connaissons quelques petites, mais pr cieuses victoires. Des organisations internationales cl s ont affirm que les violations de nos droits humains au respect de notre int grit physique, de notre autod termination et de notre dignit doivent cesser. Parmi elles se trouve le Rapporteur sp cial de l ONU sur la torture et autres traitements et punitions inhumains et d gradants; le Conseil de l Europe travers sa r solution 1952 sur le droit des enfants l int grit corporelle; le Comit de l ONU pour les droits de l enfant aupr s de la Suisse, du Chili, de l Irlande, de la France, du N pal et du Royaume-Uni; le Commissaire du Conseil de l Europe pour les droits de l homme; le Haut-Commissaire de l ONU pour les droits de l homme; et l Organisation mondiale de la sant dans son dernier rapport " Sexual Health, Human Rights and the Law (OMS, 2015). ce jour, un seul pays interdit les interventions non consenties, cosm tiques et non cruciales pour le maintien de la vie sur les enfants intersexu s. Il s agit de la R publique de Malte. Ceci n est pas tranger au fait que l International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) a tenu le Troisi me Forum intersexe international dans ce pays en 2013, forum auquel j ai eu l occasion de participer.
Tandis que j ai fait un coming out comme lesbienne en claquant la porte du placard derri re moi, faire un coming out comme personne intersexe et partager nos histoires est une entreprise beaucoup plus d licate. Nous nous mettons symboliquement nu devant des personnes qui n ont aucune image mentale pour nous repr senter - l oppos de corps m dicalement normatifs femelles et m les - et qui s emp trent dans leur imagination tenter de produire une image mentale de nous. Je n ai aucun d sir de nourrir le voyeurisme, mais plut t l humanisation. Je suis certaine que plusieurs personnes lisant ce t moignage vont sentir une proximit avec une dimension de l exp rience intersexe, m me si elles ne sont pas intersex(u )es elles-m mes. Je suis certaine aussi qu une telle histoire aidera les gens mieux comprendre ce dont nous parlons quand nous discutons de violations des droits humains des personnes intersex(u )es au respect de notre int grit physique, de notre autod termination et de notre dignit .

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