Les jeunes et l
167 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Les jeunes et l'emploi

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
167 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Depuis le début de la crise dans l'Union européenne, le taux de chômage des jeunes a bondi de 50%. En Espagne et en Grèce, il touche près d'un jeune sur deux. En France, un sur quatre.



Aussi ce sont donc les jeunes qui paient l'un des plus lourds tributs à la crise ; comme si le chômage qui les frappe était l'une des variables d'ajustement aux désordres de nos économies.



Peut-on se satisfaire de cet état de choses ? Évidemment non, car les conséquences du chômage des jeunes sont multiples et traumatisantes, aussi bien aux plans économique et social qu'à l'échelle individuelle.



Dans ce livre, Christian Vulliez dresse un état des lieux des dysfonctionnements les plus manifestes de nos pratiques économiques ou sociales ayant conduit à cette situation. Pourtant, il n'y a pas de fatalité et des solutions permettant aux jeunes Français de mieux réaliser leurs légitimes ambitions existent bel et bien.




  • "Il n'est de richesse que d'hommes"


  • Croissance, croissance, dis, quand reviendras-tu ? Dis au moins le sais-tu ?


  • Les faiblesses de notre système éducatif


  • Qui a jamais mesuré le coût d'une orientation ratée ?


  • Je fais et j'apprends


  • Génération Y


  • L'entreprise : fondement de l'économie


  • Qui croit encore à la parole de l'Etat ?


  • Rénover - refonder - reconstruire

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 octobre 2013
Nombre de lectures 101
EAN13 9782212236934
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LES JEUNES ET
L’EMPLOI
Depuis le début de la crise dans l’Union européenne, le taux de chômage des jeunes a bondi de 50 %. En Espagne et en Grèce, il touche près d’un jeune sur deux. En France, un sur quatre.
Ce sont donc les jeunes qui paient l’un des plus lourds tributs à la crise ; comme si le chômage qui les frappe était l’une des variables d’ajustement aux désordres de nos économies.
Peut-on se satisfaire de cet état de choses ? Évidemment non, car les conséquences du chômage des jeunes sont multiples et traumatisantes, aussi bien aux plans économique et social qu’à l’échelle individuelle.
Dans ce livre, Christian Vulliez dresse un état des lieux des dysfonctionnements les plus manifestes de nos pratiques économiques ou sociales ayant conduit à cette situation. Pourtant, il n’y a pas de fatalité et des solutions permettant aux jeunes Français de mieux réaliser leurs légitimes ambitions existent bel et bien.

Christian Vulliez a été professeur à HEC, puis directeur de cette Grande École de 1975 à 1984. Il a ensuite été responsable de l’ensemble du dispositif d’enseignement et de formation de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Dans son parcours professionnel, il a créé ou conçu plus d’une vingtaine d’établissements ou de programmes éducatifs en France et dans le monde. Membre du Haut Conseil de l’Éducation (HCE) de 2006 à 2013, il exerce des fonctions de conseil auprès de grands établissements en France et à l’étranger ainsi qu’auprès d’organismes internationaux.
La nouvelle société de l’emploi
Les jeunes et l’emploi
L’obligation de reconstruire
Christian Vulliez
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Christian Vulliez a été professeur à HEC, puis directeur de cette Grande École de 1975 à 1984. Il a ensuite été responsable de l’ensemble du dispositif d’enseignement et de formation de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Dans son parcours professionnel, il a créé ou conçu plus d’une vingtaine d’établissements ou de programmes éducatifs en France et dans le monde. Membre du Haut Conseil de l’Éducation (HCE) de 2006 à 2013, il exerce des fonctions de conseil auprès de grands établissements en France et à l’étranger ainsi qu’auprès d’organismes internationaux.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2013 ISBN : 978-2-212-55681-0
COLLECTION DE LA FONDATION MANPOWERGROUP :
« LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DE L’EMPLOI »
Dirigée par Christian Boghos, Président de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi.
Interroger la société avec le prisme de l’emploi : ses mutations, ses envies d’évolutions, ses constats alarmants, ses sources d’espoir mais aussi ses projets, ses perspectives et avant toute chose ses talents.
Si l’emploi reste une dynamique créatrice pour la société et pour l’entreprise, il est plus que jamais le marqueur de la société future que nous dessinons chaque jour.
Sommaire

Introduction
Chapitre 1 « Il n’est de richesses que d’hommes »
Près d’un million d’habitants de plus tous les trois ans
Croissance de la population active
Répartition hommes/femmes dans la population active
Chapitre 2 Croissance, croissance, dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins, le sais-tu ?
Des décennies d’accoutumance à la croissance
La relation entre la croissance et l’emploi
Chapitre 3 Les faiblesses de notre système éducatif
La vision « macro-éducative »
La vision « micro-éducative » qui est celle de l’établissement
Chapitre 4 Qui a jamais mesuré le coût d’une orientation ratée ?
L’orientation, le maillon faible du système éducatif
Un processus de triage vécu comme injuste
L’indispensable aide à la formulation des choix
Chapitre 5 Je fais et j’apprends
L’apprentissage en quelques dates
Un mode pédagogique en pleine expansion
L’engagement conjoint des parties prenantes
Qu’en est-il à l’étranger ?
Au bout du compte
Chapitre 6 Génération Y
La réalité étonnante des chiffres de la natalité française
S’adapter, évoluer, changer est devenu une sorte d’ADN générationnel
Une génération qui sécrète ses propres valeurs
Des jeunes en situation inégale
Chapitre 7 L’entreprise : fondement de l’économie
Pour créer des emplois, il faut créer des employeurs
Le renouvellement du marché du travail en faveur des jeunes
Chapitre 8 Qui croit encore à la parole de l’État ?
La vision de court terme s’oppose souvent à la vision de long terme
Les emplois d’avenir : principe et objectifs
Les contrats de génération : principe et objectifs
Agir en cohérence et complémentarité avec les institutions européennes et régionales
Chapitre 9 Rénover – refonder – reconstruire
État des lieux
Restaurer la confiance
Recréer une dynamique de croissance
Renforcer la compétitivité
Conclusion
Bibliographie
Index
Introduction
D ans toute société, un niveau élevé de chômage est un drame ; celui des jeunes, un traumatisme.
Depuis le premier choc pétrolier des années 1970, le chômage s’est installé gravement et durablement dans le paysage économique et social de notre pays. Cette situation n’est malheureusement pas une « exception française ». En effet, dans les vingt-huit pays de l’Union européenne, le chômage atteint aujourd’hui 11 % de la population active, soit près de vingt millions de personnes, en augmentation de deux millions en une seule année. L’Autriche est le pays le moins touché (4,5 %) suivi par les Pays-Bas (5,3 %) et l’Allemagne (5,5 %). Au sud de l’Europe, l’Espagne présente la situation la plus dégradée (25 %) devant la Grèce (23 %). L’Italie a une position intermédiaire (11 %). La zone euro connaît ainsi le vingtième mois consécutif au cours duquel le seuil de 10 % de chômeurs est dépassé. À titre de comparaison, en Suisse, ce taux est inférieur à 3 %, et aux États-Unis, à 8 %.
S’agissant de notre pays, le taux de chômage en mars 2013 est de 10,2 % de la population active 1 , soit 3 224 600 demandeurs d’emploi. Mois après mois, il continue de croître.
Ces chiffres recouvrent une grande variété de situations. Dans cet ensemble, si l’on veut bien considérer le taux de chômage des jeunes de 16 à 25 ans, qui est la catégorie qui nous intéresse plus particulièrement, les chiffres ne nécessitent pas de longs commentaires :
Taux de chômage des jeunes de 16 à 25 ans Pays Taux de chômage Pays-Bas, Autriche 8,5 % Allemagne 10,4 % États-Unis 18,2 % Royaume-Uni 21,2 % France 24,9 % Italie 34,8 % Espagne, Grèce 45 %
Source : OCDE, 2011.
Depuis le début de la crise dans l’Union européenne, le taux de chômage des 16-25 ans a augmenté de 50 % passant, en moyenne, de 15 à 23,5 % entre février 2008 et septembre 2012. En Espagne et en Grèce le chômage touche presque un jeune sur deux. Dans notre pays un sur quatre.
Ainsi, partout, ce sont les jeunes (avec les seniors) qui paient un des plus lourds tributs de cette situation insupportable ; comme si le chômage qui les frappe était une sorte de variable d’ajustement aux désordres de nos économies stagnantes, turbulentes et déboussolées.
Peut-on se satisfaire de cet état de choses ? Évidemment non, car les conséquences des dérèglements que nous observons aujourd’hui sont multiples et traumatisantes : au plan économique et social, à l’échelle collective et individuelle. Au plan d’une économie tout entière, la non-utilisation – dans une telle mesure –, d’une force de travail disponible correspond à la situation d’une entreprise dont la capacité de production serait gravement amputée. En termes de coûts économiques, il est aisé d’imaginer ou de mesurer les dommages, les gâchis ou les déficits qui en découlent. Sur le plan collectif, on observe et on déplore les déchirures et les tensions qui déstabilisent les liens sociaux et atteignent le moral de l’opinion. Sur le plan individuel, ces situations génèrent des souffrances personnelles et psychologiques qui font douter de soi, inoculent des sentiments d’inutilité ou suscitent des révoltes. Comment, dans de telles situations d’inactivité ou de succession de « petits boulots », devenir autonome ou citoyen ? Sans oublier que « l’oisiveté est la mère de tous les vices ».
Pourquoi donc les jeunes de moins de 25 ans sontils, en France, deux fois et demie plus nombreux que l’ensemble de la population active à être en recherche d’emploi ? Pourquoi sont-ils aussi deux fois et demie plus nombreux dans ce cas que les jeunes Allemands ? Y aurait-il une sorte de fatalité française qui fait que le chômage des jeunes est chez nous significativement plus élevé que dans tous les pays de l’Europe du Nord ? Voilà qui mérite analyse et temps de réflexion.
Exercer ou obtenir un emploi, c’est toujours la rencontre réussie entre une offre et un besoin utiles et solvables avec une qualification et une compétence destinées à être économiquement valorisées et socialement légitimées.
C’est donc, toujours et encore, une aventure et une convergence individuelles dont le cumul, dans l’instant et dans le temps, établit et construit ce qu’il est convenu d’appeler le « marché du travail » : un marché instable et en perpétuelle mutation.
La réalité, la qualité et l’efficacité de ce marché du travail dépendent donc d’une infinité de relations et de rencontres individuelles réussies. Elles dépendent aussi – et sans doute pour une part déterminante – de facteurs plus globaux qui caractérisent l’état d’une société ou d’une économie à un moment particulier de son histoire.
La responsabilité du taux de chômage si élevé de nos jeunes, depuis si longtemps, est collective. Nul ne peut honnêtement s’en affranchir. Presque tous les acteurs de la société française portent une part, si minime soit-elle, d’un tel échec. On peut certes le déplorer, mais il est sans doute préférable de tenter d’en analyser l’origine et les causes afin d’y apporter des thérapies nouvelles et de meilleures perspectives pour demain.
Ces causes ont trait, pêle-mêle sans ordre aucun, à la situation présente de notre démographie, aux fluctuations erratiques de notre économie, aux défaillances ou aux faiblesses de notre système éducatif, aux actions discontinues des pouvoirs publics, aux comportements et aux engagements inégaux des entreprises ainsi qu’aux attentes, aux valeurs, aux exigences et aux motivations des jeunes.
Les pages qui suivent sont consacrées à ces analyses ainsi qu’aux solutions qui peuvent être apportées aux dysfonctionnements les plus évidents ou choquants de nos pratiques économiques ou sociales ; cela dans le but de permettre aux jeunes Français de la « génération Y » de mieux réaliser leurs légitimes ambitions.

1 . Source : ministère du Travail.
Chapitre 1
« Il n’est de richesses que d’hommes »
L a France bénéficie, depuis plus de soixante ans, de la démographie la plus dynamique d’Europe après l’Irlande. C’est une grande chance pour notre pays tant il est vrai qu’« il n’est de richesses que d’hommes 1 » selon la phrase célèbre de Jean Bodin (1530-1596), un des premiers économistes français du XVI e siècle. Si cette chance engendre des effets de long terme, elle peut, en revanche, générer ou amplifier des difficultés conjoncturelles dans le court terme.
Près d’un million d’habitants de plus tous les trois ans
Rappelons quelques données chiffrées dont il est utile de se souvenir. Au XVIII e siècle la France est le pays le plus peuplé d’Europe (de 25 à 30 millions d’habitants). Du début du XIX e siècle au début du XX e siècle, la population de notre pays croît environ de 10 millions d’habitants, soit d’un tiers en un siècle. Les deux guerres mondiales, et surtout la première, font subir à notre démographie des changements et des discontinuités considérables par les pertes humaines qu’elles provoquent. Ainsi pendant la première moitié du XX e siècle notre population totale demeure stable, avec environ une quarantaine de millions d’habitants.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à une croissance sans précédent du nombre de nos concitoyens (population métropolitaine) comme le montre le tableau qui suit :
Évolution démographique française Années Millions d’habitants 1946 40,125 1952 42,300 1962 46,422 1972 51,485 1982 54,335 1992 57,110 2002 59,686 2012 63,460
Source : Insee, 2013.
Cette croissance représente sur la période considérée (1946-2012) 23,335 millions d’habitants supplémentaires, soit près d’un million d’habitants de plus tous les trois ans. Trois raisons principales expliquent cette évolution : l’excédent naturel des naissances sur les décès (entre 250 000 et 280 000 habitants de plus selon les années) ; l’immigration dont les niveaux ont toujours été positifs (de 60 000 à 100 000 par an) ; l’allongement de la durée de la vie.
Nous n’analyserons pas davantage ici la part respective de ces facteurs pour expliquer cette exceptionnelle croissance, mais chacun d’entre eux y a significativement contribué. N’oublions pas que les progrès considérables de la médecine ainsi qu’une politique familiale ambitieuse, menée avec continuité jusqu’à nos jours, expliquent également cet essor.
Ainsi, en une soixantaine d’années, la population de notre pays a augmenté de plus de 60 %. Jamais notre histoire démographique n’avait connu un pareil bouleversement. À une quasi-stagnation d’un demi-siècle succède une impressionnante dynamique de croissance. Elle accompagne, comme on le verra plus loin, un développement économique considérable qu’on appellera la période des « Trente Glorieuses ».
Sans revenir sur les travaux des démographes qui ont largement analysé ou ausculté ces évolutions majeures, intéressons-nous aux chiffres qui précisent les changements spécifiques à la population active.
Croissance de la population active
La population active est celle qui ne comprend, pour simplifier, ni les jeunes avant une vingtaine d’années ni les seniors de plus d’une soixantaine d’années. Des modifications intéressantes apparaissent alors, en ne prenant en compte que les chiffres du demi-siècle écoulé (1962-2010). Années Population totale (millions) Population active (millions) 1962 47 20 1972 51,5 22 1982 54,5 24 1992 57,2 25 2002 60 27 2010 62,8 29
Source : Insee, 2011.
Si l’on considère qu’une vie active sans trop de ruptures représente une quarantaine d’années environ, ces chiffres indiquent, sur un demi-siècle, des évolutions intéressantes. Ainsi, le pourcentage de la population active au regard de la population totale a progressé en cinquante ans de 42,5 % à 46 %. Ces chiffres indiquent également que la croissance de la population des jeunes comme de celle des personnes âgées ne s’est pas faite au détriment de la population active qui a continué à augmenter de 9 millions.
Le développement en pourcentage et en valeur absolue de cette population active montre que les générations sortant chaque année du marché du travail ont été longtemps moins nombreuses que celles qui y entraient (même si ce n’est pratiquement plus le cas aujourd’hui). Dit autrement, il était nécessaire, sur cette période, qu’il y eût chaque année un nombre significatif d’emplois créés pour correspondre à cette différence et la combler. Aujourd’hui, les experts identifient cette différence avec de très rigoureuses méthodes en prenant en compte les taux annuels de la croissance du PIB et les progrès de la productivité. Il serait sans doute trop fastidieux ici de les suivre dans leurs analyses. En tout cas, elles démontrent assez fidèlement que la différence entre la croissance de la population active et celle des emplois est probablement une des causes quantitatives de l’explication de l’évolution du chômage.
À titre de comparaison, il en va autrement dans des pays comme l’Allemagne par exemple où le solde naturel de croissance de la population 2 est négatif et où, de ce fait, la population active demeure stable ou décroît. Le taux de chômage s’en trouve structurellement réduit. Cela conduit ce pays, où la croissance est aujourd’hui la plus élevée de la zone euro, à mettre en œuvre des politiques d’immigration ciblées pour augmenter sa population en âge de travailler. Notre pays se trouve dans une situation bien différente et n’a nul besoin de pratiquer de la sorte.
Si nous revenons à notre analyse hexagonale, les évolutions de la nature des emplois sur les quarante dernières années témoignent aussi de grands changements qualitatifs :
Évolution des emplois dans le secteur marchand (en millions) Années Secteur marchand dont : tertiaire marchand construction industrie 1972 12,8 5,5 1,7 5,6 1982 13,5 7 1,5 5 1992 13,8 8,2 1,3 4,3 2002 15,9 10,6 1,3 4 2010 16 11,2 1,5 3,3
Source : Insee, 2011.
À ce tableau, si l’on voulait être complet, devrait être ajoutée l’évolution des emplois dans l’agriculture (moins 1,3 % par an sur la période pour une population active de 770 000 aujourd’hui) et le secteur public représentant pour sa part 5,5 millions d’emplois au total, en croissance modérée (en 2010 : 2,5 millions d’agents pour la fonction publique nationale, 2 millions pour la fonction publique territoriale et 1 million pour la fonction publique hospitalière).
Mais ce tableau met surtout en lumière une modification majeure de la nature des emplois marchands : la croissance du tertiaire (de 5,5 à 11,2 millions, soit + 103 %) et l’inexorable déclin de l’emploi industriel (de 5,6 à 3,3 millions, soit – 41 % sur la même période).
Répartition hommes/femmes dans la population active
Une autre évolution est plus significative encore. C’est la modification de la répartition de cette population active entre hommes et femmes, ainsi que le tableau suivant le montre :
Évolution de la population active en France métropolitaine (en millions) Années Population active totale dont : hommes femmes 1962 20 13,2 6,8 1972 22 14 8 1982 24 14 10 1992 25 14 11 2002 27 14,5 12,5 2010 29 15,2 13,8
Source : Insee, 2011.
Ces chiffres décrivent la croissance impressionnante du travail féminin en France en un demi-siècle. D’une répartition de 2/3(H) – 1/3(F) en 1962 nous constatons presque une quasi-parité en 2010 : 52 % (H) – 48 %(F). Sur cette période, si la croissance de la population active est de 45 %, la part de cette croissance imputable aux hommes n’est que de 15 % alors que celle des femmes est de 73 %.
Ces chiffres confortent également le tableau relatif à l’évolution des emplois qui a été précédemment analysé. Le déclin de l’emploi industriel, majoritairement masculin, est accompagné du formidable développement de l’emploi tertiaire, beaucoup plus féminin.
Que de bouleversements liés aux qualifications et à la nature des emplois découlent de ces évolutions ! Ils ne sont évidemment pas indifférents aux caractéristiques et aux changements qualitatifs et quantitatifs de la réalité de l’emploi, donc du chômage, au cours de ces dernières années.
Ayons donc à l’esprit que la vie active ou professionnelle d’une personne a connu, en quarante ans, de profondes mutations auxquelles les hommes se sont adaptés plus ou moins bien. Quand ils n’ont pas pu ou su y parvenir, ces réalités expliquent, pour une part, les progrès du chômage dans notre pays. Mais, en même temps, mesurons aussi combien les augmentations si rapides de notre force collective de travail ainsi que le développement sans précédent de l’activité professionnelle des femmes ont modifié en profondeur le marché de l’emploi, surtout quand la croissance de l’économie n’est pas ou n’est plus au rendez-vous.

1 . Jean Bodin, Les Six Livres de la République (1576).
2 . Différence entre les naissances et les décès.
Chapitre 2
Croissance, croissance, dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins, le sais-tu ?
L e niveau de l’emploi – et donc celui du chômage – est intimement corrélé avec l’état de santé d’une économie. Selon que celle-ci se trouve en croissance, en équilibre ou en récession, les conséquences qui en découlent en matière d’emploi ou de chômage sont profondément différentes. Chaque fois que l’économie progresse significativement, le chômage régresse ; la réciproque est également vérifiée. Certains économistes évoquent même une relation qui voudrait qu’une croissance du PIB de 1 % (en plus ou en moins) correspondrait à une création ou une diminution de l’ordre de 100 000 emplois. Ces données doivent cependant être accompagnées de différents ajustements ou corrections, notamment pour prendre en compte les progrès de la productivité générés normalement par l’activité d’une économie.
Des décennies d’accoutumance à la croissance
D’entrée, deux rappels instructifs méritent d’être ici mentionnés.
Le premier rappel se rapporte à la période d’une trentaine d’années (1916-1946) qui a précédé celle dite des « Trente Glorieuses » (1945-1975), laquelle représente une sorte d’accident heureux dans l’histoire économique de notre pays.
Si le PIB de la France se situait à un niveau N en 1916 (largement expliqué par la production de guerre), il fallut attendre 1927 pour retrouver ce même niveau. Les années qui suivirent la crise de 1929 le virent significativement décroître pour ne l’atteindre à nouveau qu’en 1937. La Seconde Guerre mondiale vit s’effondrer le PIB. Il retrouvera ce niveau peu de temps après la fin de la guerre, en 1947.
Dit autrement, l’importance du PIB de la France n’avait guère été modifiée pendant la trentaine d’années qui ont séparé 1916 et 1947. En revanche, les trente années qui suivent vont complètement « changer la donne », grâce à une croissance économique inconnue jusqu’alors. Même si, aujourd’hui, l’opinion a oublié ces évolutions très contradictoires dans le temps d’un seul siècle, quels bouleversements ont-ils engendré dans les faits et dans nos vies ! Et quelles conséquences ont-elles eu sur le marché de l’emploi !
Ainsi, depuis le premier choc pétrolier de 1974 (suivi de bien d’autres, d’intensité parfois supérieure), certains économistes ne craignent pas d’affirmer que nous en sommes revenus à une évolution historiquement plus normale au regard de la croissance de notre économie depuis cent cinquante ou deux cents ans. En réalité les « Trente Glorieuses » n’auraient été qu’une exception à laquelle nous nous étions trop facilement habitués : dans nos esprits, dans la croissance de nos revenus et dans nos modes de vie. Comme si ces progrès si rapides avaient toujours existé.
Pendant cette période « économiquement » heureuse, l’équation « croissance = emplois » était profondément entrée et ancrée dans le vécu et le système de pensée de nos compatriotes. La nouvelle relation « faible croissance ou stagnation = chômage » prit un certain temps pour être comprise et acceptée par l’opinion, avant d’être vécue de plus en plus douloureusement, comme c’est désormais le cas.
Le second rappel, plus ironique, fait référence aux thèses des inconscients ou des apprentis sorciers qui prônaient, il y a vingt ou vingt-cinq ans, la croissance zéro. Ces beaux esprits du Club de Rome avaient imaginé, puis proclamé, qu’une croissance économique nulle étai

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents