Les JUIFS DE QUEBEC
268 pages
Français

Les JUIFS DE QUEBEC , livre ebook

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Description

La communauté juive de Québec, malgré sa petite taille, a été témoin de débats de première importance dans ­l’évolution de la population juive au pays. C’est à Québec, en 1738, qu’arrive Esther Brandeau, la première personne d’origine juive dont l’histoire canadienne retient le nom, rapatriée en France parce qu’elle n’est pas de confession catholique. C’est à Québec, en 1832, que le parlement du Bas-Canada adopte une loi accordant aux Juifs les mêmes privilèges et avantages qu’aux autres citoyens du pays, notamment le droit de siéger à la Chambre d’assemblée. C’est aussi à Québec, en 1910, qu’est prononcé un discours hostile aux Juifs par le notaire Louis-Joseph ­Plamondon, plus tard jugé coupable d’avoir tenu des propos diffamatoires et d’avoir menacé la sécurité physique des Juifs. C’est malheureusement à Québec, en mai 1944, qu’est perpétré l’acte antisémite probablement le plus grave de l’histoire québécoise, l’incendie criminel de la synagogue de la congrégation Beth Israël Ohev Sholom la veille de son inauguration.
L’histoire juive de Québec est également façonnée par des personnalités fortes, toutes origines confondues, qui se sont illustrées par leur engagement communautaire et ont contribué, souvent de manière exceptionnelle, à l’avancement de leur milieu d’appartenance : Abraham Joseph, marchand fortuné de la Grande-Allée et propriétaire de la Stadacona Bank, qui se présente deux fois comme candidat à la mairie ; Léa Roback, l’une des activistes ­syndicales les plus en vue de son époque ; Sigismund Mohr, ingénieur qui pave la voie à la construction du premier aménagement hydroélectrique commercial au Canada, soit les chutes Montmorency ; Maurice ­Pollack, commerçant et philanthrope, qui donne son nom à l’un des pavillons du campus de l’Université Laval ; Marcel Adams, important promoteur immobilier et constructeur des Galeries de la Capitale…
Les Juifs de Québec raconte ces quatre cents ans d’histoire féconde par des textes et des images d’archives incomparables.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 avril 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760542495
Langue Français
Poids de l'ouvrage 54 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de
atrimoine urbain Pierre Anctil
et Simon Jacobs
LES JUIFS
de Québec
Quatre cents ans
d’histoire
Presses
de l’Université
du Québec
LES JUIFS de Québec4248G-Liminaires.indd 1 2015-03-09 15:314248G-Liminaires.indd 1 2015-03-09 15:31Collection dirigée par Lucie K. Morissetatrimoine urbain
Bouleversés par l’accroissement de la mobilité et L’analyse des idées autant que celle des objets
des échanges culturels, les rapports entre les collectivités y sont ainsi mises à contribution afn de comprendre
et leur environnement bâti restent au cœur des les ingrédients qui animent l’environnement et les
constructions identitaires modernes. Patrimoine représentations qui forgent le paysage construit ;
urbain, collection de la Chaire de recherche du Canada il s’agit, dans une perspective transversale, de nourrir
en patrimoine urbain (ESG-UQAM), propose d’explorer une réinvention du patrimoine, comme projection
les constitutions matérielles et les confgurations dans l’avenir de nos sociétés.
imaginaires de cet environnement. De l’architecture Jeunes chercheurs et chercheurs expérimentés
à la ville et de la création à la commémoration, des quatre coins de la planète of frent dans Patrimoine
les ouvrages de la collection auscultent le patrimoine urbain leurs réfexions en partage à un large public,
sous ses diverses manifestations, afn d’en connaître intéressé par l’histoire, par les constructions mythiques
les atours et les processus, d’apprendre à reconnaître ou simplement par le monde qui l’entoure. Acteurs,
ses surgissements et, au bout du compte, décideurs et témoins des scènes architecturales,
d’accompagner l’attachement des collectivités urbanistiques ou touristiques, citoyens et curieux
pour le monde qui les entoure. sont donc conviés à la découverte et au débat.

4248G-Liminaires.indd 2 2015-03-09 15:31LES JUIFS
de Québec
4248G-Liminaires.indd 3 2015-03-09 15:31Collection de la Chaire de recherche du Canada
en patrimoine urbainatrimoine urbain
La trace et le rhizome La ville
Les mises en scène du patrimoine culturel Phénomène de représentation
Xavier Greffe Sous la direction de Lucie K. Morisset
et Marie-Ève Breton2014, ISBN 978-2-7605-4131-3, 216 pages
2011, ISBN 978-2-7605-2657-0, 352 pages
Droit de cité pour le patrimoine
Jean-Michel Leniaud De la ville au patrimoine urbain
2013, ISBN 978-2-7605-3754-5, 320 pages Histoires de forme et de sens
André Corboz et Lucie K. Morisset
Art Deco 2009, ISBN 978-2-7605-2479-8, 336 pages
A Mode of Mobility
Michael Windover Quel avenir pour quelles églises ?
2012, ISBN 978-2-7605-3512-1, 320 pages What future for which churches ?
Sous la direction de Lucie K. Morisset,
Montréal et son aménagement Luc Noppen et Tomas Coomans
Vivre sa ville 2006, ISBN 2-7605-1431-5, 624 pages
Jean-Claude Marsan – Textes choisis
Le combat du patrimoine 2012, ISBN 978-2-7605-3464-3, 320 pages
à Montréal (1973-2003)
Montreal, City of Spires Martin Drouin
Church Architecture during the British 2005, ISBN 2-7605-1356-4, 402 pages
Colonial Period – 1760-1860
Les églises du QuébecClarence Epstein
Un patrimoine à réinventer2012, ISBN 978-2-7605-3422-3, 272 pages
Luc Noppen et Lucie K. Morisset
Habiter l’Arménie au Québec 2005, ISBN 2-7605-1355-6, 456 pages
Ethnographie d'un patrimoine
en diaspora
Marie-Blanche Fourcade
2011, ISBN 978-2-7605-2653-2, 304 pages
Presses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
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le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit le développement massif du « photocopillage ».
4248G-Liminaires.indd 4 2015-03-09 15:31
Membre deLES JUIFS
de Québec
Quatre cents ans
d’histoire
Sous la direction de
Pierre Anctil
et Simon Jacobs
Presses de l’Université du Québec
4248G-Liminaires.indd 5 2015-03-09 15:31Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales Bibliothèque et Archives nationales du Québec and Library
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada and Archives Canada cataloguing in publication
Vedette principale au titre : Main entry under title :
Les Juifs de Québec : quatre cents ans d’histoire Les Juifs de Québec : quatre cents ans d’histoire
(Patrimoine urbain ; 13) (Patrimoine urbain ; 13)
Comprend des références bibliographiques. Includes bibliographical references.
Textes en français et en anglais. Text in French and English.
ISBN 978-2-7605-4248-8 ISBN 978-2-7605-4248-8
1. Juifs – Québec (Province) – Québec – Histoire. I. Anctil, Pierre, 1952-. 1. Jews – Québec (Province) – Québec – History. I. Anctil, Pierre, 1952-.
II. Jacobs, Simon, 1961 avril 26-. III. Collection : Patrimoine urbain ; 13. II. Jacobs, Simon, 1961 April 26-. III. Series : Patrimoine urbain ; 13.
FC2946.9.J5J84 2015 305.892’40714471 C2015-940008-2F FC2946.9.J5J84 2015 305.892’40714471 C2015-940008-2E
La production de cet ouvrage a bénéficié du soutien financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada,
qui subventionne la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, et du Fonds de recherche du Québec sur la société et la culture.
Cet ouvrage s’inscrit dans la programmation du groupe PARVI, le groupe interuniversitaire de recherche sur les paysages de la représentation,
la ville et les identités urbaines.
inancière du gouvernement du Canada Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide f
par l’entremise du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC)
pour son soutien financier.
Couverture
Conception/réalisation – Starling/Richard Hodgson
Photographies 1. Le Magasin Pollack, situé au 85, rue Saint-Joseph, vers 1925 : Collection de la Fondation Pollack
2. Cinq Juifs russes descendent à Pointe-à-Carcy, 1911 :
PA-010400, Fonds William James Topley, Bibliothèque et Archives Canada3
1
3. Vue extérieure de la deuxième synagogue de la rue Crémazie peu après son inauguration en 1952 :
Fonds Saul M. Berkowitz, Bibliothèque et Archives nationales du Québec42
4. Le rituel du shabbat, l’un des plus importants du judaïsme : Laëtitia Boudaud
Édition critique et révision française
Chantal Ringuet
Mise en pages
Le Graphe
eDépôt légal : 2 trimestre 2015
› Bibliothèque et Archives nationales du Québec
› Archives Canada
© 2015 – Presses de l’Université du Québec
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au Canada
4248G-Liminaires.indd 6 2015-03-09 15:31Yiddish : Di Yidn fun der shtot Kvibek; a geshikhte fun 400 yor
Hébreu : Ha’Yehoudim shel ha’ir shel Kvibek; 400 shanim shel historia4248G-Liminaires.indd 8 2015-03-09 15:31Remerciements
ès le départ, j’ai compris que pour compléter Mes remerciements vont aussi à Pierre Anctil,
profesun tel projet et pour mener à bien la recherche seur d’histoire juive canadienne à l’Université d’Ottawa D nécessaire il me fallait obtenir le soutien de et qui a accepté le poste de vice-président de l’organisme.
personnes issues de la communauté juive de Québec ainsi Né à Québec, mais sans être d’origine juive, il a ajouté
que de personnes venues d’autres horizons. Cela semblait une perspective complètement différente au projet et une
important pour ajouter une certaine profondeur à l’ini- expérience administrative fort précieuse. J’avais déjà
rentiative et pour préparer l’héritage des générations futures. contré Pierre Anctil il y a quelques années lorsque j’étais
Je tiens à remercier les nombreux membres de la président de la communauté juive. Il en allait de même
communauté juive de Québec, jeunes et moins jeunes, qui de Normand Joachim, Daniel Amar et Enza Martucelli
m’ont ouvert les portes de leur demeure, qui m’ont donné (du Congrès juif canadien), d’Ira Robinson (professeur
accès à leurs documents personnels et qui ont voulu discu- en études juives canadiennes à l’Université Concordia),
ter du passé avec moi. Je pense en particulier aux familles de Denis Vaugeois (historien et directeur des Éditions du
Adams, Bigman, Ferstman, Fish, Gardner, Joseph, Lax, Septentrion), de Jean-François Royal (directeur du Musée
Lazarovich, Skolnik, Prager, Pollack, Rosenheck, Salmon, des religions du monde à Nicolet) et de Roch Samson
Soloman et Weiser, pour n’en nommer que quelques-unes. (anthropologue retraité de Parcs Canada). Toutes ces
Toutes ont contribué à la préparation de ce livre et à la personnes ont travaillé à la préparation de l’exposition de
préservation de l’histoire. Shalom Québec et elles ont contribué à la recherche
J’aimerais aussi souligner la contribution de tous de fonds. Je n’oublie pas Lorraine O’Donnell,
coordonnaceux qui ont participé à la création de ce projet. Je pense trice à la recherche, ainsi que la frme de design GID, qui
ici surtout à Arthur Aron, l’une des rares personnes a réalisé le concept présenté à la gare du Palais en 2008.
dont les racines remontent à la période où la
commuSimon Jacobs
nauté juive atteignait son apogée, et à Frédéric Potok,
Directeur de Shalom Québecqui est récemment arrivé à Québec et qui est devenu
Février 2015
secrétaire trésorier de l’organisme Shalom Québec.
IX
4343G-00b_Rem.indd 9 2015-04-21 13:354248G-Montage_final.indd 10 2015-03-11 11:25A v ant-pr opos
e livre est l’aboutissement d’une longue période ville, dont un certain Samuel Jacobs, qui était arrivé en
de recherche et d’étude qui a commencé en 2005 1759, et un autre encore, Samuel W. Jacobs, qui avait été C avec la fondation de l’organisme à but non lucratif l’un des principaux avocats du procès Plamondon de
1913Shalom Québec. L’initiative visait à soumettre un projet 1914. Au fur et à mesure que mes recherches avançaient
een vue des célébrations du 400 anniversaire de la ville de apparaissaient des parcelles d’histoire que je voulais à tout
Québec qui se sont déroulées en 2008. prix préserver.
Avant de déposer une demande de subvention, j’avais L’exposition a été présentée en 2008, à la gare du
déjà commencé à explorer l’histoire de ma communauté. Palais, dans un secteur de la ville où les Juifs de la grande
eJ’étais originaire de l’Angleterre et mes racines avaient été migration s’étaient installés au début du xx siècle.
transplantées au cours des années 1980 dans la ville de L’événement a été un grand succès. Six mois plus tard,
l’exQuébec, où le parcours historique de ma propre famille position était accueillie au Musée des religions du monde
ressemblait à plusieurs égards à celui de la communauté à Nicolet, puis au Centre communautaire juif Ben Weider
de ma ville d’adoption. Ma mère avait des origines juives à Montréal. Grâce à l’exposition, j’ai rencontré plusieurs
eanglaises qui plongeaient jusqu’au début du xviii siècle, personnes d’origine juive qui avaient résidé à Québec et
tandis que mes grands-parents paternels avaient immigré j’ai pu accumuler de nouveaux éléments d’histoire, dont
au tournant du siècle dernier depuis la Pologne, c’est-à- une partie a servi à produire ce livre. Il y aurait d’ailleurs
dire à une période où bon nombre de Juifs ashkénazes suffsamment de matière pour mener ce projet encore plus
s’étaient établis à Québec. Comme j’avais fondé une famille loin… peut-être dans un avenir rapproché.
dans mon pays d’adoption, je désirais que mes enfants Un des aspects les plus marquants de l’histoire de
connaissent leurs propres antécédents historiques… que la communauté juive de Québec, et qui distingue cette
je devais d’abord moi-même découvrir. dernière de celle des Juifs de Montréal, est son déclin
proJ’ai vite réalisé que l’un des premiers Juifs à avoir gressif au cours des dernières décennies. Cela a incité
cerattiré l’attention des autorités à l’époque du Régime tains chercheurs à décrire l’évolution historique des Juifs
français était Esther Brandeau, une jeune femme déguisée du Québec en se basant seulement sur le récit
montréaen homme arrivée à Québec en 1738. Son histoire n’était lais, reléguant ainsi l’information concernant les Juifs de la
pas très différente de celle de Yentl, une œuvre du grand capitale à quelques notes en bas de page. Pour cette raison,
romancier Isaac Bashevis-Singer, et cela était certainement j’ai dû commencer cette exploration en partant
pratiassez pour piquer ma curiosité. Une fois engagé dans ce quement de rien. Nulle part on ne trouvait des archives
projet, j’ai aussi appris que d’autres personnages histo- organisées où était préservée l’histoire riche et complexe
riques qui portaient mon nom s’étaient illustrés dans la des Juifs de Québec.
XI
4248G-Montage_final.indd 11 2015-03-11 11:25LES JUIF S DE QUÉBEC. QUATRE CENTS ANS D’HIST OIRE
Cet ouvrage tente de mettre en valeur l’histoire des Montréal), si bien que dans ce contexte, leur contribution
communautés juives de taille plus petite et qui ont sou- à l’évolution de la société est restée assez discrète. Quand
vent été délaissées au proft des populations vivant dans je me suis lancé dans le projet de Shalom Québec en 2005,
les grands centres du Canada. Même si les immigrants seules deux photographies des archives de la ville avaient
qui se dirigeaient vers d’autres destinations séjournaient été associées clairement à la communauté juive de Québec.
seulement quelques jours à Québec, plusieurs y ont reçu de Il y avait aussi très peu de témoignages dans d’autres
l’aide avant de poursuivre leur route. En fait, mon inten- dépôts d’archives. De nos jours, Sigismund Mohr demeure
tion est de montrer que l’histoire des Juifs de Québec est très peu reconnu, même s’il fut l’un des premiers
promobeaucoup plus soutenue et diversifée qu’on l’a cru jusqu’à teurs de l’électricité à Québec. Souvent, Maurice Pollack
maintenant. J’espère que ce livre va ajouter quelques est le seul personnage historique juif dont la population
nuances à une fresque d’événements et de contextes francophone se souvient, alors que des dizaines de petits
cult urels riches et diversifés. marchands juifs ont exercé leur métier en même temps
Je me suis souvent demandé : « Pourquoi la commu- que lui dans le quartier Saint-Roch et dans la haute-ville.
nauté juive de Montréal s’est-elle tellement développée, Plusieurs immigrants qui sont arrivés de l’Europe
tandis que celle de la capitale a stagné ? » J’ai fnalement de l’Est ne parlaient ni l’anglais ni le français. Certains,
découvert quelques raisons qui expliquent cette tendance, comme la famille Assh, ont appris le français dès leur
dont le fait que Montréal et New York (un autre grand arrivée. Pourtant, les Juifs de Québec ont souvent été
foyer de population juive) avaient développé des liens associés à la communauté anglophone de la ville. Il en est
durables. Il ne faut pas négliger non plus l’importance du ainsi car ils ont été dans l’obligation légale de fréquenter
commerce dans la métropole québécoise. Québec, elle, des écoles protestantes de langue anglaise. Lorsque des
était surtout une ville administrative et militaire. La capi- Juifs sont arrivés du Maroc au cours des années 1950, les
tale a été un point de départ historique pour un grand autorités gouvernementales les ont obligés à fréquenter
nombre de nouveaux immigrants, mais pas leur destina- l’école anglophone, même s’ils ne connaissaient pas un
tion fnale. Cette situation a marqué la communauté juive mot d’anglais. Cette rupture linguistique et religieuse a
de Québec, qui n’a jamais connu une grande croissance. beaucoup contribué à faire croire aux francophones que
Très peu de familles sont demeurées dans la ville sur une les Juifs n’appartenaient pas à leur société, une vision
période de plus de trois générations. qui prévaut parfois encore aujourd’hui. Par exemple, le
Les petites communautés ont ceci de particulier texte de présentation utilisé dans le docu-fction Les Juifs
qu’elles ne peuvent compter que sur une seule synagogue de Québec : une histoire à raconter, tourné en 2008 pour
(même si l’on sait qu’il y avait au moins deux lieux de le Canal D, annonce qu’il est question de « la rencontre
prière juifs à Québec pendant la première vague d’im- d’une jeune Québécoise et d’un personnage intrigant,
migration en provenance de l’Europe de l’Est). Cette Ham, un vieux Juif sympathique qui prétend avoir plus de
obligation pour tous de se réunir sous un même toit est 400 ans et qui tient boutique sur la rue Saint-Joseph ».
devenue rapidement un problème car il n’y a pas qu’une Cette situation m’amène à m’interroger : « Si Ham a
vraiseule manière de pratiquer le judaïsme. On trouve en effet ment 400 ans, pourquoi n’est-il pas décrit lui aussi comme
plusieurs divergences entre les mouvements orthodoxes, un Québécois ? »
conservateurs et réformés. J’ai rencontré le rabbin Prager en 2009 dans son
Le nombre relativement restreint de Juifs à Québec appartement de Jérusalem. Aujourd’hui, il est décédé.
a aussi empêché la communauté de présenter une image Pendant plus de trente ans, il avait dirigé la
congrévisible et identifable à la population générale (on pense gation religieuse de Québec et il demeurait toujours
ici à la Bibliothèque publique juive et aux écoles juives de très intéressé à discuter de l’avenir de la communauté.
XII
4248G-Montage_final.indd 12 2015-03-11 11:25A v ant-propos
Il croyait fermement en l’importance de promouvoir le au sein de la communauté, on entend un mélange de
frandialogue religieux, ce qui permettait d’expliquer le sens çais, d’anglais, d’hébreu, et même un peu d’espagnol. Le
du judaïsme et, peut-être, de soutenir la conversion d’indi- yiddish, toutefois, a pratiquement disparu. Une nouvelle
vidus qui manifestaient un désir intense de devenir Juifs. génération émerge à Québec et j’espère de tout cœur que
Depuis ce temps, la congrégation dont il était le chef a les familles juives seront plus nombreuses à venir s’installer
beaucoup changé. Elle accueille davantage de membres ori- dans la ville et à y rester pour de bon.
ginaires de la France et du Maghreb, et moins de membres
Simon Jacobsissus de l’Europe de l’Est et de l’Angleterre. Aujourd’hui,
XIII
4248G-Montage_final.indd 13 2015-03-11 11:254248G-Montage_final.indd 14 2015-03-11 11:25Tabl e des matièr es
Remer ciements ....................................................... IX
Simon Jacobs
A v ant-pr opos . . XI
Simon Jacobs
Intr oduction . ....................................................... . 1
Pierre Anctil
P ARTIE I. PREMIERS REFLETS
Chapitre 1 : Une présence juive en Nouv elle-France ?................................ . 9
Pierre Anctil
Chapitre 2 : “No Litvaks Need Apply”. Judaism in Quebec City . ......................... 21
Ira Robinson
The.First.Organized.Community. ........................................... 22
The.Eastern.Europeans.................................................. 24
New.Synagogue. ..................................................... 29
Postwar. .......................................................... 30
Decline. 33
Chapitre 3 : Les débuts de la vie juive à Québec (1760-1900) . .......................... 37
Christian Samson
Capsule : Annette Pinto (Joseph). Une grande philanthr ope. 51
Christian Samson
Chapitre 4 : Sigismund Mohr, un pionnier de l’électricité à Québec . ...................... 55
Antonin Zaruba
Les.débuts.en.Europe.et.en.Amérique.(1827-v..1871).. .............................. 55
Une.période.d’activité.dans.la.télégraphie.et.la.téléphonie.(v..1871-1883). .................. 56
Des.expérimentations.avec.l’électricité.(1883-1893). ............................... 56
Sigismund.Mohr.aujourd’hui............................................... 62
XV
4248G-Montage_final.indd 15 2015-03-11 11:25LES JUIF S DE QUÉBEC. QUATRE CENTS ANS D’HIST OIRE
Capsule : Les origines juives de Sigismund Mohr . ................................. 64
Pierre Anctil
Chapitre 5 : A Family of Decent F olk. The Serchuks and Herzbergs of fin-de-siècle Québec. ...... 67
Franklin Toker
Early.Generations.in.Canada. ............................................. 70
Later.Generations..................................................... 74
The.Serchuks.and.Herzbergs.and.French.Canada. 74
Were.the.Clans.Authentically.Jewish.?.. ....................................... 76
P ARTIE II. L’ Â GE D’OR DE LA VIE JUIVE À QUÉBEC
eChapitre 6 : La grande migration est-eur opéenne au début du xx siècle .................... 81
Pierre Anctil
Capsule : L’antisémitisme au cœur de Saint-Roch. L’aff aire Plamondon . 111
Christian Samson
Capsule : Léa Roback. Une militante inlassabl e. .................................. 115
Christian Samson
Chapitre 7 : Maurice Pollack. Homme d’affair es et philanthrope . ........................ 119
Pierre Anctil
Chapitre 8 : Bâtir une synagogue à la haute-ville (1932-1952) . ......................... 139
Pierre Anctil
Chapitre 9 : L’internement de Juifs allemands sur l es Plaines d’Abraham à l’été 1940 ........... 165
Pierre Anctil
Chapitre 10 : Finding a Rabbi for Quebec City. The Interplay betw een an American Yeshiva
and a Canadian Congregation . .............................................. 181
Ira Robinson
The.Congregation. .................................................... 182
The.Yeshiva. ........................................................ 183
Rabbinic.Qualifications.................................................. 184
Crossing.the.Border.................................................... 185
An.Outlying.Community. 185
The.Quebec.City.Ambiance................................................ 186
Level.of.Congregational.Judaic.Knowledge...................................... 187
Fundraising.for.the.Yeshiva. .............................................. 188
The.Intermarriage.Crisis.. 189
The.Disintegration.of.the.Quebec.City.Community.................................. 192
Conclusion. ........................................................ 193XVI
4248G-Montage_final.indd 16 2015-03-11 11:25Tabl e des matières
Chapitre 11 : Marcel Adams à Québec. Les destins cr oisés d’un homme et d’une ville . .......... 195
Guy Mercier, Frédérik Leclerc et Francis Roy
La.rencontre.d’un.homme.et.d’une.ville........................................ 195
Un.homme.en.quête.de.liberté. ............................................ 198
Un..et.une.ville.face.à.leur.avenir........................................ 202
P ARTIE III. LEGS ET TÉMOIGNA GES
Chapitre 12 : Dynamisme et complexités du judaïsme c ontemporain à Québec . ............... 221
Marylin Bernard
Une.communauté.en.mutation. 222
Une.seule.congrégation.pour.tous. .......................................... 225
La.survie.sans.la.force.du.nombre. 226
Une.lueur.d’espoir.pour.l’avenir. ........................................... 229
Chapitre 13 : Growing Up Jewish in Quebec City .................................... 231
Bernice Pedvis Shaposnick
Chapitre 14 : Sept ans à Québec (1984-1991) ...................................... 237
Marc-Alain Wolf
Notic es biogr aphiques ................................................ 243
XVII
4248G-Montage_final.indd 17 2015-03-11 11:254248G-Montage_final.indd 18 2015-03-11 11:25Intr oduction
Pierre Anctil
a communauté juive de Québec a joué un rôle s’installer en Nouvelle-France, mais nous n’avons pas de
décisif dans l’histoire juive canadienne. De petite preuves soutenues que d’autres arrivées juives aient eu lieu
eL taille et éloignée des grands centres, elle a néan- à cette époque. Au début du xviii siècle, il n’était pas très
moins été témoin de débats de première importance dans diffcile pour un Juif, co mpte tenu de l’état primitif des
l’évolution de la population juive au pays. C’est à Québec, établissements, de prétendre s’être converti ou de taire ses
par exemple, qu’en 1738, est arrivée une jeune femme du origines. Une fois la colonie passée sous le contrôle de la
nom d’Esther Brandeau, la première personne d’origine Grande-Bretagne, des Juifs continuent d’arriver à Québec,
juive dont l’histoire canadienne retient le nom. Descendue dont Samuel Jacobs dès 1759. Ce dernier arrive
littéraleà quai sous un déguisement masculin, elle est aussitôt ment sur les talons des forces militaires britanniques et
démasquée, puis confée par les autorités à la garde d’une décide de rester sur place. En 1761, Aaron Hart s’installe à
congrégation religieuse, avec l’intention bien arrêtée de Trois-Rivières et au cours des années suivantes il convainc
lui arracher une conversion au christianisme. L’affaire ne des membres de sa propre famille de le rejoindre, ou de
tourne pas comme prévu et, devant l’entêtement de la prendre racine dans d’autres petites localités de la vallée
jeune femme, le gouverneur Hocquart décide de la rapa- du Saint-Laurent. Alors peu nombreux, dispersés sur un
trier en France l’année suivante aux frais du roi. C’était immense territoire et peu enclins à suivre à la lettre les
une première affirmation au pays de la pérennité de préceptes de la loi mosaïque, ces Juifs appartiennent à
l’identité juive, dans ce cas soumise à la contrainte une classe marchande anglophone en plein essor à la fn
ede forces politiques hostiles. Esther Brandeau n’a sans du xviii siècle et qui se distingue par sa loyauté à la
doute pas été la seule parmi ses coreligionnaires à vouloir couronne d’Angleterre. Il en va ainsi jusqu’au jour 1
4248G-Montage_final.indd 1 2015-03-11 11:25LES JUIF S DE QUÉBEC. QUATRE CENTS ANS D’HIST OIRE
où le fils d’Aaron Hart, Ezekiel, décide de se porter arrivent en nombre suffsant pour que la population juive
candidat à une élection en vue de pourvoir le siège de de la ville atteigne, dès le début des années 1910, près de
Trois-Rivières au parlement du Bas-Canada. Élu à deux quatre cents personnes. Ces immigrants yiddishophones
reprises, soit en 1807 et en 1809, Hart sera chaque fois exclu s’installent surtout dans le bas de la ville et ouvrent des
de la Chambre d’assemblée sous prétexte qu’il est Juif. commerces de petite taille dans la rue Saint-Joseph et
Il n’oubliera pas l’affront qui lui est fait, de même qu’à dans le quartier situé à l’est de la gare du Palais. Ils sont
tous ceux qui partagent son identité religieuse. Au cours entreprenants et déterminés à se tailler une place dans
des années suivantes, des démarches légales sont entre- une économie en pleine expansion ; aussi ils offrent des
prises par des membres de la communauté juive pour marchandises à bon marché et innovent sur le plan du
corriger cette injustice et donner à cette minorité les pleins marketing. Cependant, leur présence et leurs succès ne font
droits civils et politiques. Ces efforts portent leurs fruits en pas que des heureux. Un climat de suspicion et
d’agita1832 lorsqu’une loi du parlement du Bas-Canada, réuni tion antisémite gagne certains milieux francophones de
à Québec, accorde aux Juifs les mêmes privilèges et avan- Québec, souvent à l’écoute des opinions racistes émises par
tages qu’aux autres citoyens du pays, notamment le droit de la droite catholique française. Un discours hostile aux Juifs,
siéger à la Chambre d’assemblée. Le geste, qui fait date dans prononcé en 1910 par le notaire Louis-Joseph Plamondon,
l’histoire, est appuyé par Louis-Joseph Papineau et le Parti met le feu aux poudres, et des membres de la communauté
canadien. C’est un tournant décisif qui permet une parti- juive locale subissent des violences de la part de voyous.
cipation pleine et entière des Juifs à la société canadienne et L’événement, qui a lieu dans la paroisse Saint-Roch, émeut
qui ouvre la voie à des apports de premier plan. suffsamment pour que deux commerçants de Québec,
Au moment où la loi de 1832 est promulguée, il n’y a Ortenberg et Lazarovitch, décident de poursuivre
l’oraqu’une vingtaine de Juifs à Québec et moins d’une centaine teur pour cause de dommages. S’amorce alors un procès
dans l’ensemble du Canada. En 1852, la communauté juive qui va devenir sans doute le plus célèbre de l’histoire juive
de Québec est toutefois suffsamment importante pour canadienne. En 1914, un tribunal déclare le notaire
couqu’une première synagogue soit inaugurée dans la ville, pable d’avoir tenu des propos diffamatoires et d’avoir
dans un emplacement situé sur l’actuelle rue Saint-Jean, menacé la sécurité physique des Juifs de Québec. Le
juge1près de l’ancienne église protestante St. Matthew . D’autres ment confrme qu’on ne peut s’en prendre à une minorité
fondations institutionnelles suivront peu de temps après, religieuse impunément ni attaquer sa réputation sans se
dont l’ouverture d’un cimetière juif aux abords du chemin soucier des conséquences que ces actions impliquent. Les
2 eGomin . Au xix siècle, la plupart des Juifs de Québec ont Juifs de l’ensemble du pays y voient une confrmation de
des origines britanniques ou allemandes, et ils forment un leurs droits fondamentaux.
groupe bien intégré à la vie économique locale. En 1874, De nouvelles tribulations et de nouveaux affronts
Abraham Joseph, un marchand fortuné de la Grande- attendent toutefois la communauté juive lorsqu’il est
quesAllée, ouvre une banque privée, la Stadacona Bank, qui tion, à partir de 1932, d’ériger pour la première fois une
émet des billets et ouvre des bureaux dans la rue Saint- synagogue à la haute-ville. À deux reprises, d’intenses
camPierre. Pendant près d’un demi-siècle, l’homme s’illustre pagnes s’organisent pour barrer la route aux projets de la
dans la vie sociale et politique de Québec, au point où congrégation Beth Israël Ohev Sholom et pour empêcher la
il se présente deux fois comme candidat à la mairie. construction d’un temple juif dans le quartier Montcalm.
Le siècle suivant s’ouvre sur une nouvelle migration, Le confit s’envenime, au point où des manifestations
celle des Juifs est-européens issus de l’Empire russe. Ils populaires importantes se déroulent à l’été 1943 sur le site
choisi, à l’angle des rues Crémazie et de Salaberry. À l’hôtel
de ville, le maire Borne aggrave la situation en tentant, par
1. Aujourd’hui, l’église a été transformée en bibliothèque municipale. des moyens légaux, de s’emparer du terrain où le lieu de
2. Ce cimetière se trouve aujourd’hui aux abords du boulevard René-Lévesque, près de
l’Université Laval.2
4248G-Montage_final.indd 2 2015-03-11 11:25Introduction
culte doit être bâti, pour le transformer en parc munici- elle n’en a pas moins laissé l’impression d’une résistance
pal. La tension atteint fnalement à son comble quand la farouche et spontanée à toute forme d’atteinte à la liberté
synagogue est l’objet d’un incendie criminel en mai 1944, de conscience. De nouveaux exemples de forte présence
c’est-à-dire à la veille de son inauguration offcielle. C’est émergent au siècle suivant, c’est-à-dire quand les Juifs
probablement l’acte antisémite le plus grave de l’histoire obtiennent le droit de s’installer à demeure dans la ville.
québécoise. Le Congrès juif canadien et un grand nombre Nous avons déjà mentionné le rôle qu’a joué Abraham
de leaders communautaires protestent énergiquement Joseph (1815-1886) dans l’évolution du milieu des affaires,
contre cette injustice fagrante, et l’affaire fait le tour du à une époque où Québec devient le siège d’un parlement
pays en quelques heures. Malgré les obstacles qui se dressent provincial. Joseph, qui appartenait à la grande lignée
sur son chemin, la congrégation Beth Israël Ohev Sholom d’Aaron Hart, avait su conjuguer une pratique stricte du
maintient le cap et mène son projet à terme. L’affaire se judaïsme avec ses responsabilités de citoyen et de membre
règle fnalement quand la synagogue tant attendue voit le de l’élite commerciale. Cet héritage si caractéristique des
3jour en 1952 . Après avoir soulevé la frayeur d’une partie Juifs d’origine britannique allait être repris par l’épouse de
de l’élite francophone, l’édifce se révèle être une contri - Montefore Joseph, le fls et héritier d’A braham. Annette
bution de grande valeur dans l’évolution architecturale Pinto (1857-1921), née en Grande-Bretagne, fgure parmi
de la ville. Conçu par Bercovitz et Eliasov, il est un des une longue liste de femmes d’origine juive qui se sont
premiers lieux de culte à Québec qui met en pratique investies à Québec dans des activités à caractère
philandes notions avancées de modernisme. Fait à noter, il en va thropique et sont allées à la rencontre des moins
fortude même d’une autre réalisation de ces architectes, le maga- nés. On retrouve le même engagement, bien que sous
sin de grande dimension bâti par Maurice Pollack au début une forme très différente, chez Léa Roback (1903-2000).
des années 1950, à l’angle du boulevard Charest et de la Née au sein d’une famille yiddishophone originaire de la
rue du Pont. Ces deux réalisations éclatantes montrent que Pologne, Roback grandit sur la côte de Beauport, où sa
la communauté juive se projetait dans l’avenir au-delà des famille tient pendant quelques années un magasin général.
années 1930 et 1940, à une période sombre où la méfance Elle s’initie très tôt aux principes du socialisme
révoluà l’endroit des Juifs s’exprimait assez ouvertement dans la tionnaire, et elle commence dès les années 1930 à militer
ville et ailleurs au pays. au sein des milieux ouvriers de Montréal. Elle deviendra
L’histoire juive de Québec nous permet aussi de une des activistes syndicales les plus en vue de son époque.
découvrir quelques personnalités fortes qui se sont illus- L’histoire retient plusieurs autres contributions
trées par leur engagement communautaire et ont contri- juives importantes concernant l’entrée de Québec dans la
bué, souvent de manière exceptionnelle, à l’avancement de modernité, dont celle, remarquable, de Sigismund Mohr
leur milieu d’appartenance, toutes origines confondues. (1827-1893), un immigrant originaire de Breslau en Prusse
Malgré des revers parfois cuisants et par-delà des situations (aujourd’hui Wroclaw en Pologne). Lorsqu’il arrive à
d’hostilité prolongée, ces individus ont continué d’illus- Québec, vers 1871, Mohr détient depuis plusieurs années
trer des valeurs d’ouverture et d’accueil au pluralisme. Ils un diplôme d’ingénieur et il s’affaire à mettre sur pied une
ont aussi défendu la liberté d’expression et partagé leur entreprise qui projette d’introduire dans la ville l’éclairage
richesse au proft des plus démunis. Reconnue pour avoir des rues au moyen de l’électricité. Ses premières tentatives
été la première Juive arrivée au pays, Esther Brandeau en ce sens se déroulent en 1885 et elles pavent la voie à la
n’a pas hésité à s’élever contre l’idée que la colonie était construction du premier aménagement hydroéle ctrique
réservée aux tenants de la foi catholique et aux seuls commercial au Canada, aux chutes Montmorency, une
sujets du roi de France. Si elle est passée en coup de vent, entreprise dont les retombées économiques et
technologiques seront colossales dans la région. Une autre période
s’amorce au tournant du siècle lorsque Québec accueille
3. De nos jours, le Théâtre Périscope occupe le bâtiment de l’ancienne synagogue. 3
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des Juifs issus de l’Empire russe, dont un jeune homme du ceux-ci par les résidents. Parmi ces éléments
transfornom de Maurice Pollack (1884-1968), qui arrive en 1902. mateurs, signalons l’idée que la québécitude était
transDe nouvelles occasions d’affaires se présentent alors dans missible au-delà de l’identité des canadiens-français, et
une ville dont la richesse collective et le niveau de vie s’ac- qu’il était possible pour des immigrants de s’en prévaloir.
croissent d’une année à l’autre. C’est dans ce contexte que Cette stratégie de reconfguration et de remodelage cultu -
Pollack ouvre en 1906 un modeste magasin de vêtements rel avait déjà été expérimentée par les Juifs européens au
dans la rue Saint-Joseph. Quelques décennies plus tard, cours de circonstances nombreuses et variées. Au début
ecelui-ci deviendra l’un des plus importants commerce du xx siècle, d’autres communautés empruntèrent aussi
de la ville. L’homme, qui a un sens très poussé de l’in- cette voie dans la ville, dont les personnes originaires de
novation, introduit à Québec des techniques de mise en la Chine, de la Grèce et des pays arabophones du
Moyenmarché plus performantes et il fait la promotion de formes Orient, non sans un certain succès. Leur masse
démograarchitecturales et commerciales modernistes. Comme ses phique était toutefois nettement inférieure à celle des Juifs,
coreligionnaires arrivés avant lui, Pollack s’engage dans de même que leur niveau de concentration résidentielle
des activités philanthropiques. En 1957, il donne son était beaucoup plus bas. De plus, les Juifs occupaient déjà
nom à l’un des pavillons du nouveau campus de l’Uni- une place dans l’imaginaire québécois et ils étaient, en
versité Laval à Sainte-Foy. Et que dire de Marcel Adams quelque sorte, « attendus » au sein d’une société qui
pra(1920- ), arrivé à Québec en 1951 après un séjour de tiquait les rites catholiques avec beaucoup d’assiduité. Il
quelques années en Israël ? Natif de la Roumanie et sur- était en effet diffcile d’ignorer les références constantes
vivant de l’Holocauste, Adams se lance dans le domaine au judaïsme dans les Évangiles et le rappel des origines
de l’immobilier lorsqu’il constate que ses compétences en juives proclamées du Christ et des premiers apôtres dans
tannerie industrielle ne lui sont d’aucun secours dans le la prédication du dimanche.
contexte canadien. Débute alors un cheminement excep- Les contributions présentées dans cet ouvrage sont
tionnel durant lequel le jeune immigrant entreprend des basées sur les avancées les plus récentes de la recherche.
projets de plus en plus audacieux et novateurs, dont la À plusieurs égards, elles offrent au lecteur une matière
construction en banlieue de Québec de centres commer- nouvelle. Il en va de même de plusieurs photographies
ciaux de grande envergure. En s’engageant très tôt dans et illustrations qui sont intégrées dans ce livre. Depuis
cette voie, Adams est l’un des premiers à répondre aux quelques années, de nouvelles données historiques se
formes inédites de mobilité urbaine qui se dessinent dans sont ajoutées à la somme de connaissance déjà existante
l’agglomération de Québec à partir des années 1960 et qui sur ce thème. Ce fut le cas, entre autres, à l’occasion de
insuffent un nouveau dynamisme au commerce de détail. l’exposition présentée en 2008 à la gare du Palais, intitulée
Ces parcours très variés d’immigrants juifs, qui « Plusieurs fbres, une seule étoffe : les Juifs de Québec »
touchent à des périodes fort différentes, ouvrent des et organisée par Shalom Québec. Il en résulte,
peutperspectives que nous commençons à peine à explorer être pour la première fois, une vision d’ensemble de ce
en matière d’interprétation historique. Depuis quelques qu’a été l’expérience juive dans la ville de Québec. Nous
années l’on prend conscience que la diversité culturelle avons aussi de nos jours une meilleure connaissance des
et religieuse a des racines profondes à Québec, et que ce différentes vagues migratoires juives, qui chacune ont
phénomène a eu des retombées considérables sur l’évolu- produit une configuration culturelle particulière et
tion de la ville et, surtout, sur son ouverture au monde. ont donné naissance à des formes de judaïsme uniques.
Dans ce contexte émerge aussi l’idée que les différentes De même, nous comprenons mieux dans l’ensemble de
formes de la judéité, de même que ses principaux représen- ces périodes les interactions entre les populations
majotants, ont joué un rôle majeur dans l’apparition des grands ritaires et la communauté juive locale. Contrairement
paradigmes de la modernité à Québec et l’adoption de à ce qui était admis jusqu’à présent, celles-ci semblent
4
4248G-Montage_final.indd 4 2015-03-11 11:25Introduction
beaucoup plus signifcatives que ce que nous croyions. l’étude des minorités n’en est qu’à ses débuts et un long
Tout comme les identités juives sont multiples à Québec, chemin attend encore ceux qui se proposent d’en tracer
les réactions des francophones d’origine catholique ont les contours principaux. C’est que les universitaires
franaussi beaucoup varié, de l’antisémitisme doctrinaire à la cophones, surtout absorbés par la question nationale, ont
volonté d’ouverture, en passant le plus souvent par l’indif- beaucoup tardé à s’intéresser à ce sujet, ce qui a permis aux
férence. On en veut pour preuve les différences impor- préjugés les plus courants de se répandre. Cette position
tantes de perception à propos des Juifs que l’on retrouve n’est guère tenable aujourd’hui, alors que la diversité
cultuau cours des années 1930 et 1940 dans des quotidiens tels relle et religieuse est sans cesse en croissance à Québec, et
Le Soleil et L’Action catholique. Toutefois, il se dégage de que l’immigration internationale frappe avec insistance
ce récit foisonnant des éléments d’échanges mutuels et aux portes de la ville. Manifestement, nous avons
beaud’imbrication culturelle plus complexes que ce qui était coup à apprendre de l’expérience des générations
précéannoncé au départ. Ceux-ci s’opposent à la perception, dentes et de la façon dont elles ont accueilli l’expression
assez répandue jusque-là, d’une présence juive à Québec de la différence.
qui aurait été épisodique et superficielle. À Québec,
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