Les Sorcières dans le Béarn (1393-1672)
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Description

Pousouères, brouches, haytilhères sont les noms que les Béarnais donnaient aux sorcières qui allaient soi-disant courir au sabbat, sur les landes d’Ogeu, de Marcerin ou de Sauvagnon...


Vastin Lespy, auteur d’un toujours d’actualité dictionnaire du béarnais ancien et moderne, nous livre là une très intéressante étude sur les sorcières en Béarn, du moyen-âge jusqu’à la fin du XVIIe siècle, siècle exalté où culminera la chasse aux sorcières. Même si le Béarn, au contraire de ses voisins basques, conservera toujours une modération devenue depuis légendaire...


Outre son étude, Lespy nous livre une cinquantaine de documents d’époque, en français et surtout en béarnais, qui témoignent, en filigrane, de l’aveu poignant de la haine et de l’opprobre qui s’abattirent sur les femmes de ces siècles-là.


Puissent ces siècles d’obscurité et d’obscurantisme rester du seul domaine de l’Histoire...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782824053639
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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isbn

Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2005/2011/2014/2020
Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0399.3 (papier)
ISBN 978.2.8240.5363.9 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.


AUTEUR

vastIN LESPY








TITRE

LES SORCIÈRES dans le béarn (1393-1672)




AVANT-PROPOS
En conscience, je leur eusse plustost
ordonné de l’elléllore que de la ciguë.
MONTAIGNE, Essais, iii , 11.
O n raconte qu’un bûcheron, travaillant dans les environs d’une petite ville que l’on ne nomme point par discrétion, fut assailli par trois chats d’une taille extraordinaire. Ils se mettent à le mordre, à le griffer, à le déchiqueter de la belle façon. D’abord, il fait le signe de la croix, puis, saisissant une bûche, il en frappe les assaillants et les force à déguerpir. Peu de temps après, notre homme est arrêté, on le conduit en prison. Après de longues angoisses, il apprend qu’on l’accuse d’avoir attaqué trois des principales dames de la ville et de les avoir battues de façon à les obliger de garder le lit. Il protesta avec l’énergie du désespoir contre une pareille calomnie ; finalement, il se rappela l’attaque des chats, raconta la chose, on comprit que ces trois dames étaient trois sorcières ; mais, pour ne point faire de scandale, on renvoya le bûcheron en lui enjoignant de ne point parler de son aventure (1) .
La croyance à la sorcellerie serait moins maudite, si elle n’eût jamais poussé les hommes à d’autres énormités qu’à celle d’admettre la possibilité de pareilles rencontres et de telles métamorphoses.
Sans entrer dans aucune des considérations générales qui se rattachent à son origine, à l’excessive diffusion de cette erreur, aux effrois qu’elle causa pendant des siècles, aux terribles répressions qui en furent partout la suite ; j’ai seulement le dessein de montrer que cette croyance funeste exista dans le pays où nous sommes, et que la sorcellerie y fut, comme ailleurs, cruellement frappée, avec moins d’implacabilité toutefois. Je vais l’indiquer d’après des textes tirés des Archives de notre département (2) ; je dois la communication de ces pièces à l’obligeance inépuisable de M. Paul Raymond. Au point de vue historique, on n’a pas encore, que je sache, traité de la sorcellerie en Béarn (3) . Je signale cette lacune, me bornant à présenter l’analyse de quelques-uns des éléments qui pourront servir d la combler.


Sprenger, Malleus maleficarum .
Voir l’ Appendice où ces documents, inéditsjusqu’à ce jour, sont reproduits dans l’ordre chronologique.
M. Barthety a publié, dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau ’ un travail très intéressant sur des habitudes et des pratiques qui certainement sont les vestiges de l’existence ancienne des croyances superstitieuses dans nos contrées.


I.
D ans un ouvrage récemment publié par M. Reuss, sur la Sorcellerie en Alsace (4) , il est dit que « Pierre de Lancre, conseiller au parlement de Bordeaux, et président d’une commission d’enquête pendant les dernières années du règne de Henri IV, fit torturer et brûler des milliers de sorciers et de sorcières dans le Béarn, la terre de Labour et le pays basque ». Ces lignes contiennent plus d’une erreur. D’abord, « des milliers de victimes » ; sans doute, il y eut des hécatombes, mais elles ne furent bas monstrueuses à ce point ; puis, le conseiller au parlement de Bordeaux ne fut pas « le président » de cette commission d’enquête ; on n’appelle non plus « la terre de Labour » qu’une partie de I’Italie, et le Labourd, ici, n’est point distinct du pays basque ; enfin, la rigide et expéditive justice de Pierre de Lancre n’eut pas à frapper en Béarn, où la juridiction de la cour souveraine de Bordeaux n’avait rien à faire ; de Lancre ne sévit que dans le Labourd, et particulièrement à Bayonne, à Hendaye, à Saint-Jean-de-Luz. Voici, pour le dire en passant, quelle avait été l’origine de l’enquête qui aboutit à de si nombreuses exécutions. « Sorciers et sorcières exerçaient une terrible puissance chez les Basques. Personne n’eut osé leur fermer sa porte. Le seigneur de Saint-Pée, d’Urtuby, fut obligé de faire la fête (un sabbat) dans son château. Sa tête en fut ébranlée à ce point qu’il s’imagina qu’une sorcière lui suçait le sang. Il se rendit à Bordeaux, s’adressa au Parlement, qui obtint du Roi que deux de ses membres, MM. d’Espagnet et de Lancre, seraient commis pour juger les sorciers du pays basque. C’est en 1649 que procéda chez nos voisins la commission absolue, sans appel, de MM. d’Espagnet et de Lancre ! » (5)
Bien avant ce temps-là, la sorcellerie avait été chez nous l’objet de poursuites devant la justice civile du pays. Le plus ancien des textes béarnais, relatif à notre sujet, remonte à la fin du XIV e siècle. Une femme de la commune de Lucq, accusée de sortilège, avait été appréhendée par ordre de maître Pierre d’Erms, notaire et procureur de très-noble, haut et puissant seigneur, Mathieu, comte de Foix, vicomte de Béarn, etc., etc. À la requête suppliante de quelques amis de cette femme, le comte, par grâce spéciale, la fit mettre en liberté sous caution. Les requérants s’étaient engagés, sur leurs corps et personnes, à payer cent marcs d’argent, si, dans le délai de huit jours, ils ne livraient l’accusée en vie, à quiconque la réclamerait au nom du souverain. L’acte notarié où se trouvent ces détails, fut passé le 24 juillet 1393, « au premier étage » de l’abbaye de Lucq, et eut pour témoins M gr Menaut de Castanhs, prieur du monastère, et frère Arnaud de Navalhes, moine sacristain.
C’est la seule et unique fois que des noms de nos religieux se trouvent dans la procédure écrite contre les sorcières ; et encore n’y sont-ils rattachés que d’une manière très-indirecte. Il n’est pas indifférent d’en faire la remarque : tout près de notre pays, dans la Navarre, espagnole, c’est à la juridiction des moines qu’étaient soumis les procès intentés pour cause de maléfices. Un exemple si voisin avait donc été pour le Béarn de nulle conséquence.
II.
La femme dont je viens de parler était poursuivie comme posoère [posoèra/pousouèra] ; tel est le mot ancien qui, dans notre idiome, signifiait « sorcière » ; il était presque toujours accompagné de celui de faytilhère [haitilhèra] , et la « sorcellerie » était aussi, presque constamment, désignée sous les noms réunis de posoèrie [posoeria/pousoueria] et faytilherie [haitilheria] . Evidemment le nom de posoeria appartient au radical latin de potio, onis , auquel se rattache pareillement le mot français « poison » ; quant à faytillerie, il dérive de factura, que Du Cange traduit par «  sortilège, maléfice  », et auquel il rapporte « faiture et faicturerie », employés dans ce sens, en français, aux XIV e et XV e siècles. Il cite, entre autres exemples : « Jacquette et aussi son mary estoient accusez de avoir donné ou fait plusieurs maladies à plusieurs personnes par leurs sorceries et faictureries ». Du Cange rapproche de ce mot celui de fatuarii , les gens qui devinent, prédisent l’avenir. Qui ne trouve là le fatum des Latins, la destinée, d’où fata (6) , la « fée » en français, la fada, hade (7) , dans nos idiomes méridionaux. On voit par ce que je viens de dire combien, en béarnais, posoerie et faytilherie exprimaient avec exactitude ce que généralement on croyait qu’était la « sorcellerie » : l’art de préparer des « poisons » et tout ensemble la prétendue faculté d’exercer une « fatale » influence sur les choses et le destin des hommes.
III.
En Béarn, comme dans les autres pays, on imputait aux femmes particulièrement de pratiquer des maléfices. Une espèce de code que suivaient en Allemagne les tribunaux chargés de juger les causes de sorcellerie est intitulé Malleus maleficarum, le « Marteau des sorcières » ; il est connu depuis les dernières années du XV e siècle. Sprenger, qui en fut l’auteur, s’exprime ainsi : « Il faut dire l’hérésie des sorcières et non des sorciers ». En France, le mot suivant date du règne de Louis XIII : « Pour un sorcier, dix mille sorcières » (8) . Les textes béarnais que j’ai eus sous les yeux, et qui vont de 1393 à 1672, confirment la justesse de cette observation, réduite à ces termes : que les femmes, en bien plus grand nombre que les hommes, ont été accusées de sortilèges. Entre ces deux dates, on ne trouve qu’un sorcier emprisonné (1452) et un autre condamné à mort (1592). On pourrait dire qu’il n’est question, dans nos textes, que de femmes dénoncées et jugées pour crimes de sorcellerie. Dans l’un d’eux, on voit au commencement d’une phrase la désignation de « sorciers et sorcières », et la phrase se continue — elle est assez longue — comme s’il ne s’agissait que de « sorcières ». N’est-ce pas là un indice curieux d’une force d’habitude d’esprit née de la persistance continue de certains faits. Ce qui semblerait peut-être prouver encore que, dans notre pays, d’après la croyance superstitieuse, les femmes, plus que les hommes, pouvaient être coupables de maléfices, c’est que, depuis fort longtemps, on se sert aussi du mot brouxes [broixas/brouixas] pour signifier « sorcières », et que le qualificatif identique, à forme masculine, broigs [broixs/brouixs], est très rarement employé par application aux « sorciers ».
Le mot brouxes est commun au Béarn et à l’Espagne, et l’on ne peut dire lequel des deux pays le doit à l’autre. Martin d’Arles, chanoine de l’église de Pampelune, dans son livre des Superstitions , qui est écrit en latin, parle des sorcières très nombreuses sur le versant septentrional des Pyrénées, in regione Basconica , et les désigne sous le nom « vulgaire », de broxœ , en espagnol brujas . Dans le comté de Foix, on les appelle aussi bruesches (9) .
Mais pourquoi tant de sorcières et si peu de sorciers poursuivis ? La grande et triste superstition qui nous occupe régna au moyen âge (10) , et personne n’ignore quel peu de cas on faisait alors de la femme. On ne voyait en elle — je cite les sermonnaires de ce temps — que « dame Ève », celle qui entraîne l’homme au mal. « Entre Adam et Dieu, dans le Paradis, il n’y avait qu’une seule femme ; elle n’eut pas de repos jusqu’à ce qu’elle fut parvenue à faire bannir son mari de ce jardin de délices et à condamner le Christ au supplice de la croix ». Ainsi s’exprimait, au XIII e siècle, Jacques de Vitry, patriarche de Jérusalem, et prédicateur fameux de son temps dans toute la France (11) . Tel était, dans les chaires sacrées du moyen âge, le thème fréquemment développé au sujet de la malice féminine. C’était alors une créance commune que « les femmes, inférieures aux hommes en intelligence et en volonté, cédaient plus facilement aux impulsions mauvaises. Le jurisconsulte allemand qui a fait le Marteau des sorcières va même jusqu’à démontrer que le manque de foi du sexe faible est indiqué dans son nom ; d’après cet audacieux linguiste, le mot femina serait composé de «  fide mi n us  » (12) .
Dans l’étude que M. Yon nous a lue dernièrement (13) et qui est si bien faite pour plaire aux délicatesses du goût, notre honorable confrère disait : « La femme respectée et honorée contribuait à civiliser, à policer la société féodale ».
Comment concilier cette opinion fort juste, rappelée par M. Yon, avec celle que je viens de reproduire, affirmant que la femme, â cette époque, « était regardée comme un être dangereux et méprisable ». L’autorité d’un illustre et savant prélat nous met parfaitement d’accord : « La vérité est, dit M gr Dupanloup, que les femmes ont tout surpassé dans le bien comme dans le mal » (14) . On le voit, les deux opinions contradictoires ne sont pas exclusives l’une de l’autre ; elles nous donnent la raison d’être d’une brillante institution et d’un fléau du moyen âge : la chevalerie, qui eut pour les « dames » tous les respects, les hommages, les dévouements qu’elles méritent, et la croyance à la sorcellerie, qui fut si horriblement impitoyable contre les femmes.
IV.
Aucune des pièces authentiques qui se rapportent à l’existence des sorcières dans le Béarn, ne contient rien qui ait trait à leurs réunions nocturnes, aux fêtes du Sabbat. Mais, à l’aide de quelques souvenirs populaires, il est permis d’indiquer des localités de notre pays où les malheureuses servantes du Malin auraient été rassemblées pour leurs ébats sacrilèges. On sait que les lieux ordinaires de ces attroupements étaient des landes désertes, ou quelques points qui s’élèvent au-dessus de collines couvertes de bois. Tels sont, dans le Béarn, Ogeu, tout près d’Oloron, Marcerin, du côté d’Orthez, et Sauvagnon, dans le voisinage de Pau. Là, nous voyons l’aspect et la configuration du sol qui répondent parfaitement aux descriptions que l’on a faites des lieux du Sabbat dans d’autres contrées. Mais, ce n’est point par fantaisie que je signale ici, Ogeu, Marcerin et Sauvagnon. Ces localités nous sont particulièrement désignées par les souvenirs populaires, comme je le rappelais, il n’y a qu’un instant, souvenirs que les expressions proverbiales ou les contes du pays nous ont conservés. On dit communément (15) dans le Béarn : — Las brouxes d’Ogeu , les sorcières d’Ogeu ; autour de cette commune, il n’y a, sur une plaine étendue, que de stériles bruyères, la lande, si propice aux rondes fantastiques. — A Marcerii, nou y-ha ni glèise ni moulii, mes ue houratère oun lou Diable apère [A Marcerin, no/nou i a ni glèisa ni molin/moulin, mes ua horatèra ond lo/houratèra ound lou diable apèra]. À Marcerin, on...

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