Malaise dans la Civilisation
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Description

Cet ouvrage est une nouvelle traduction de Das Unbehagen in der Kultur de Sigmund Freud, paru en 1929.



Freud écrit Das Unbehagen in der Kultur en 1929. C’est un Freud de la maturité, qui a connu les luttes intestines dans les sociétés de psychanalyse, un Freud souffrant de son cancer à la mâchoire et qui voit la montée du nazisme, un Freud qui a connu la première guerre mondiale. Certains le trouvent pessimiste, je le trouve d’une grande lucidité : il ne se fait pas d’illusions sur l’être humain, déconstruit l’illusion de la religion qui maintient tant d’hommes dans un état infantile et dont nombreux sont ceux qui ne peuvent s’en passer, et déconstruit l’illusion d’une bonté originelle de l’homme - dont Rousseau, qui était probablement psychotique, et doté de la grande intelligence de certains psychotiques, mais qui délirait peut-être sur ce point-là - se faisait le porte-parole. Ainsi, il ne se fait sans doute pas que des alliés, mais il ne cherche pas à plaire, et n’est-ce pas le propre du psychanalyste, et de l’inventeur de la psychanalyse, en particulier, que d’être en quête de vérité, même si la vérité, dans une cure, dans nos relations avec nos semblables, ne saurait être que « mi-dite » comme l’articulera Jacques Lacan, le « semblant » étant aussi ce qui permet de vivre en communauté.



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EAN13 9782491083076
Langue Français

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Exrait

Malaise dans la Civilisation
Sigmund Freud
Traduction Sandrine Laure
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Éditions Sandrine Laure 2021
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un grand merci à ceux qui ont relu le texte, respectivement pour le français, et pour l’usage des termes psychanalytiques.
Sandrine Laure.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Préface
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII

 
Préface
 
Il existe différentes traductions de Das Unbehagen in der Kultur , texte rédigé par Freud à l’été 1929, en Bavière, un an avant l’arrivée des nazis au Reichstag. Je me suis appuyée pour l’essentiel sur la traduction de Charles et Jeanne Odier, dont le Malaise dans la civilisation fut publié en 1934 dans la Revue française de psychanalyse, puis en 1971 aux Presses Universitaires de France, et sur la traduction récente de Pierre Cotet, René Lainé et Johanna Stute-Cadiot, dont Le malaise dans la culture , fut publié en 1995 chez Quadrige/PUF. J’ai également lu Le Malaise dans la culture , traduction de Dorian Astor, publiée en 2010 aux éditions Flammarion, mais cette dernière m’a parue non seulement très calquée sur le texte d’origine, mais ne pas respecter l’usage qui est fait de termes psychanalytiques tels que celui de «  Angst », traduit à juste titre, me semble-t-il, par la plupart des traducteurs par « angoisse », laquelle est à différencier de la peur «  Furcht » devant un objet, devant un danger réel, là où l’angoisse (qui ne serait pas sans objet, écrit Jacques Lacan) apparaît devant un danger interne.
La traduction de Ch. et J. Odier est très belle, je pense. C’est une traduction riche qui s’autorise souvent des ajouts et des sauts de traduction ; on peut peut-être lui reprocher de s’éloigner parfois du texte. L’intérêt de ces traducteurs est qu’ils sont contemporains de Freud. Charles Odier, (1886-1954), psychiatre et psychanalyste suisse et cofondateur en 1926 de la Société Psychanalytique de Paris, rencontra Freud.
La traduction de Pierre Cotet et de ses collègues est plus respectueuse du texte originel me semble-t-il ; c’est aussi une belle traduction, fluide et agréable à lire, où l’usage des termes psychanalytiques est dans l’ensemble respecté, même si je ne rejoins pas les auteurs sur certains points de traduction. La traduction de « Kultur » par «  culture » par exemple, dont je reconnais le caractère délicat, ou celle de «  seelich » par « animique », là où j’ai privilégié le terme de «  psychique ». Ils ont traduit « Sehnsucht » par « désirance », là où j’ai simplement traduit ce terme par «  nostalgie  ».
Je ne rejoins pas mes collègues sur la traduction de « Hilflosigkeit » par le néologisme souvent employé de « désaide » ; je lui ai préféré le terme de «  détresse  », que l’on trouve dans les dictionnaires franco-allemands, et qui correspond bien, je pense, à la situation du nourrisson « hilflos », « san s secours », impuissant et dépendant de son entourage.
J’ai rédigé un petit lexique de termes psychanalytiques à la fin de l’ouvrage, afin de justifier mes choix de traduction ; je ne prétends pas apporter de grandes différences et une grande nouveauté dans cette traduction, mais je me suis attelée à ce travail dans un essai de rigueur, du moins je l’espère.
Inscrite au Collège Psychanalytique du Sud-Est, d’orientation lacanienne, et travaillant essentiellement avec mes formateurs sur les textes de Freud et de Lacan, entre autres (mais aussi sur ceux de Winnicott, Frances Tustin, Mélanie Klein, Henri-Rey Flaud…), j’ai voulu rendre hommage à Freud et à ce texte, qui est l’un des premiers écrits de Freud que j’aie découverts et un peu un livre de chevet.
Je suis traductrice littéraire spécialisée en anglais, même si j’ai appris l’allemand à l’université, aussi ce travail m’a-t-il demandé du temps.
Freud écrit Das Unbehagen in der Kultur en 1929. C’est un Freud de la maturité, qui a connu les luttes intestines dans les sociétés de psychanalyse, un Freud souffrant de son cancer à la mâchoire et qui voit la montée du nazisme, un Freud qui a connu la première guerre mondiale. Certains le trouvent pessimiste, je le trouve d’une grande lucidité : il ne se fait pas d’illusions sur l’être humain, déconstruit l’illusion de la religion qui maintient tant d’hommes dans un état infantile et dont nombreux sont ceux qui ne peuvent s’en passer, et déconstruit l’illusion d’une bonté originelle de l’homme - dont Rousseau, qui était probablement psychotique, et doté de la grande intelligence de certains psychotiques, mais qui délirait peut-être sur ce point-là - se faisait le porte-parole. Ainsi, il ne se fait sans doute pas que des alliés, mais il ne cherche pas à plaire, et n’est-ce pas le propre du psychanalyste, et de l’inventeur de la psychanalyse, en particulier, que d’être en quête de vérité, même si la vérité, dans une cure, dans nos relations avec nos semblables, ne saurait être que « mi-dite » comme l’articulera Jacques Lacan, le « semblant » étant aussi ce qui permet de vivre en communauté.
Il existe, de nos jours, une ignorance, une méconnaissance de la psychanalyse, les propos de certains psychanalystes sont déformés, repris hors contexte, et cela m’a incitée à traduire ce texte.
Sigmund Freud commença par traiter les sujets hystériques. Il était alors élève de Charcot, qui considérait l’hystérie comme une pathologie d’origine organique, plus précisément neurologique. Freud donna la parole aux hystériques, renonça à l’hypnose et écouta Anna O., qui lui enjoignit de la laisser parler.
Freud était un homme des Lumières, et l’inventeur de la psychanalyse voulait traiter ses patients, ce qui clochait chez eux, leurs symptômes, qui les faisaient souffrir.
Il se rendit cependant progressivement compte qu’il rencontrait des résistances dans la cure, et travailla à la levée de ces résistances et du refoulement. Le transfert peut être un formidable moteur de la cure. Freud observe pourtant en 1912 que le transfert, qui est « par ailleurs le levier du succès » se transforme ici en moyen de résistance 1 . »
Cependant, même si la guérison était censée venir « de surcroît », Freud ayant compris, et c’est là son génie, qu’il ne fallait pas agir directement sur les symptômes, susceptibles de se déplacer, il rencontra aussi des points intraitables dans ses cures.
En avançant dans sa clinique et dans le traitement de ses patients et patientes, Freud élabora le concept de la pulsion de mort, si novateur et dérangeant et d’une profonde modernité, me semble-t-il. En effet, les deux pulsions, d’après Freud, pulsion de vie et pulsion de mort, sont indissociables, et c’est lorsqu’il y a désintrication de ces pulsions qu’il y a problème, la pulsion de vie ayant affaire au sexuel, la pulsion de mort ramenant l’individu vers l’inanimé, l’inorganique.
Cette pulsion est au cœur de l’humain, et c’est en fin clinicien et observateur que Freud a élaboré ce concept, en 1920, après la Grande Guerre.
Il fait un pas de plus en 1929, dans son ouvrage Malaise dans la Civilisation ( Das Unbehagen in der Kultur), où il critique la religion et se penche sur cette pulsion de mort à l’œuvre dans les guerres, cette pulsion inhérente à l’être humain ; ainsi Freud fit preuve d’une profonde lucidité, me semble-t-il, et c’est sa position éthique de ne pas avoir reculé devant les découvertes qu’il faisait.
« On le voit, c’est simplement le principe de plaisir qui détermine le but de la vie, qui gouverne dès l’origine les opérations de l’appareil psychique ; aucun doute ne peut subsister quant à son utilité, et pourtant l’univers entier – le macrocosme aussi bien que le microcosme – cherche querelle à son programme. Celui-ci est absolument irréalisable ; tout l’ordre de l’univers s’y oppose […] or, il nous est beaucoup moins difficile de faire l’expérience du malheur 2 . »
Freud a observé que la civilisation impose du refoulement, des renoncements à la satisfaction des pulsions, alors domestiquées, de la sublimation, mais l’homme n’en est pas plus heureux pour autant.
Quelques années auparavant, le chercheur et clinicien observe dans Au-delà du Principe de Plaisir qu’il y a répétition. Le sujet répète inconsciemment des situations où il a échoué ; c’est ce qui caractérise le névrosé. Jean-Daniel Causse, quant à lui, observe, dans le fil de Freud et de son Malaise dans la Civilisation, que l’être humain n’est pas fait pour le bonheur : « la clinique conduit progressivement Freud à modifier cette perspective et à admettre qu’il y a en l’être humain une faille que rien ne peut combler et donc que quelque chose ne guérit pas. Il y a de l’incurable », de l’incurable, de l’intraitable, « il y a une part qui n’est pas traitable sur un plan thérapeutique alors qu’elle est au cœur de l’être humain et de son monde. Cette faille, Freud l’a nommée […] castration 3 . »
La castration, c’est ce à quoi l’être humain a affaire, castration que le névrosé refoule ( Verdrängung ), que le sujet pervers dénie ( Verleugnung) , c’est le « je sais bien mais quand même » du sujet pervers, et que le sujet psychotique, sujet peu ou pas divisé, dans la « radicalité », forclôt, il n’y a pas accès ( Verwerfung) .
Freud observait que le sujet tenait à ses symptômes. L’éthique de la psychanalyse est, me semble-t-il, de ne pas reculer devant la vérité, la vérité du sujet.
Lacan pensait qu’en fin d’analyse, il ne s’agit pas pour un sujet de répondre à une norme sociale ou d’être adapté, ni d’être sans symptômes, mais de « savoir y faire avec son symptôme ».
Vouloir traiter l’intraitable… La psychanalyse n’est pas une promesse de bonheur ; une analyse est un travail, une rencontre, me semble-t-il ; en fin d’analyse un sujet pourra peut-être être un peu plus au clair avec son désir et son fantasme, et se repérer dans sa structure psychique.
Nous avons tous affaire et chacun, au un par un, me semble-t-il, au trauma, et à l’intraitable, l’intraitable du symptôme qu’une analyse peut aider à « réduire », et peut-être à l’intraitable de la jouissance telle que l’articulait Lacan.
Que dire en effet de la jouissance ? Au-delà du plaisir, n’est-elle pas ce qui ne se dit pas, ou alors elle pourrait se « mi-dire », comme la vérité, en analyse, n’est-elle pas aussi ce sur quoi peut achopper l’analyse ?
Pour en revenir au trauma, celui-ci n’est-il pas différent et singulier pour un sujet névrosé, confronté au refoulement, et pour un sujet dit psychotique, qui a particulièrement affaire à l’impossible du réel, à l’envahissement de l’imaginaire non pacifié par le Nom-du-Père, le symbolique ? Ici se pose la question de la jouissance, d’une jouissance qui n’est pas bordée, qui a affaire au Réel.
Le psychanalyste, placé en position de sujet supposé savoir, comme l’écrivait Lacan, ne sait pas à la place de l’autre : c’est le sujet qui sait. L’analyste ne va pas non plus agir directement sur les symptômes du patient (qui seraient susceptibles de se déplacer), le psychanalyste est ce que Lacan appelait « un miroir plan ». Le temps, c’est le temps de l’inconscient. La psychanalyse n’est pas et ne saurait être un produit formaté, il ne s’agit pas d’être « productif », toujours plus aliéné au discours capitaliste. Ainsi, certains sujets, notamment schizophrènes, entre autres, auront besoin d’un accompagnement à vie ou durant de longues années.
Ainsi, la psychanalyse se différencie des TCC, thérapies cognitivo-comportementales, qui se soucient peu d’éthique, de subjectivité, de l’inconscient et du maniement du transfert.
« Le produit TCC », écrit Jacques-Alain Miller, « fut lancé le 26 février 2004 […] il est présenté aux administrations et aux assurances comme un produit formaté […] offrant à la plupart des problèmes d’ordre psy une solution rapide au moindre coût […] la formation de leurs opérateurs est peu exigeante 4 . »
Il n’en reste pas moins que le psychanalyste fait avec l’intraitable, et cela pose peut-être aussi la question de son désir, de ce que Lacan a articulé comme étant le désir de l’analyste, au-delà du contre-transfert.
À l’ère de la montée des fondamentalismes religieux et de l’intolérance, dont Lacan avait fait la triste prédiction, Malaise dans la civilisation déconstruit la religion, et se penche sur la pulsion de mort. C’est un ouvrage précieux et novateur, me semble-t-il. Avec la découverte de l’inconscient, le Moi n’est plus maître en sa demeure et c’est la troisième blessure narcissique infligée à l’homme que Freud a observée, dans son article « Une difficulté de la psychanalyse ».
« Quant aux besoins religieux, leur rattachement à l’état infantile de dépendance absolue, ainsi que la nostalgie du père que suscite cet état, me semble irréfutable » 5 .
Freud était aussi un patriarche qui veillait sur sa famille, sa belle-sœur, dont le fiancé était mort, et ses patients, ses élèves dans certains cas, et il me semble utile de rappeler qu’il a donné la parole à des femmes qui ne l’avaient pas ; c’était un chercheur rigoureux, qui élabora le Complexe d’Œdipe en lien avec l’observation et la clinique, il a fait l’hypothèse d’un père de la horde mythique, père jouisseur, tel que l’articulera Lacan, qui avait toutes les femmes, contre qui les fils se ligueront, et, une fois le père mort, ce père mythique à la fois imaginaire, réel et symbolique, les fils feront l’expérience de la culpabilité et de la castration (à entendre au niveau symbolique), ils ne peuvent pas jouir de toutes les femmes - et certaines sont particulièrement interdites -, d’où l’interdit de l’inceste, que l’on retrouve, observe Freud, dans toutes les cultures, avec ses effets structurants.
On pense aux observations de Claude-Lévi Strauss qui repéra l’interdit de l’inceste dans toutes les cultures, avec des variantes d’une culture à l’autre.
Bien sûr, Freud considérait les femmes comme « le continent noir », il s’interrogeait sur leur désir énigmatique, question que reprendra Jacques Lacan.
Il faut néanmoins rendre, me semble-t-il, au père de la psychanalyse ce qui lui appartient, une fabuleuse découverte, celle de l’inconscient, l’intrication de la pulsion de vie à la pulsion de mort (on notera la très grande modernité de Freud dans sa découverte de cette pulsion de mort qu’il observe à l’œuvre dans la guerre ; on pense notamment à Pourquoi la Guerre 6 , ses échanges avec Einstein, pulsion de mort qui fait pourtant encore grincer des dents de nos jours, notamment auprès de celles et ceux qui voudraient croire que l’homme est fait pour être heureux et serait un être fondamentalement bon, là où Freud, dans Malaise dans la Civilisation 7 , observe, avec un pessimisme lucide, celui d’un homme qui a connu la Première Guerre Mondiale, et voit la deuxième approcher, la « méchanceté foncière » de l’être humain.
Freud évoque la première déception de l’homme, la « ruine de ses illusions narcissiques » en lien avec la découverte de Copernic, c’est l’humiliation « cosmologique », la deuxième étant liée aux travaux de Darwin : « Nous savons tous que les travaux de Charles Darwin […] ont mis fin à cette prétention de l’homme […] l’homme n’est rien d’autre, n’est rien de mieux que l’animal. C’est là […] la seconde humiliation du narcissisme humain, l’humiliation biologique 8 . » La troisième humiliation est d’ordre psychologique : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison […] troisième humiliation de l’amour-propre humain, je l’appellerai la psychologique. Quoi d’étonnant alors à ce que le moi n’accorde pas ses faveurs à la psychanalyse et refuse opiniâtrement d’avoir foi en elle 9 . »
Plus loin, il ajoute « Dans certaines maladies et, de fait, justement dans les névroses, […], le moi se sent mal à l’aise, il touche aux limites de sa puissance en sa propre maison, l’âme. Des pensées surgissent subitement dont on ne sait d’où elles viennent, des impulsions qui semblent provenir d’une personne étrangère […] La psychanalyse entreprend d’élucider ces cas morbides inquiétants […] et finalement peut dire […] » : « Il n’y a rien d’étrange qui se soit introduit en toi, c’est une part de ta propre vie psychique qui s’est soustraite à ta connaissance et à la maîtrise de ton vouloir 10 . »
Ainsi, l’homme, qui doit faire avec le principe de réalité, s’il le peut, l’homme qui fait comme il peut, au cas par cas, a affaire au malaise inhérent à sa condition humaine, ce malaise qu’il retrouve au plus profond de lui.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
I
 
On ne peut se défendre de l’impression que les hommes se trompent généralement dans leurs critères d’évaluation. Tandis qu’ils s’efforcent d’acquérir le pouvoir, le succès ou la richesse, ou qu’ils les admirent chez autrui, ils sous-estiment en revanche les vraies valeurs de la vie. Mais dès que l’on porte un jugement d’un ordre aussi général, on s’expose au danger d’oublier la pluralité et la richesse que présentent le monde des hommes et la vie de l’âme. Il existe des hommes que leurs contemporains ne se refusent pas à honorer, bien que leur grandeur repose sur des qualités et des exploits, dont les objectifs et les idéaux demeurent étrangers à la masse. On admettra volontiers cependant que seule une minorité sait reconnaître ces grands hommes, tandis que la majorité ne veut rien savoir d’eux. Mais cela ne saurait être aussi simple, compte tenu des divergences entre la pensée et les actes des hommes et de la multiplicité de leurs désirs.
L’un de ces hommes éminents se déclare dans ses lettres mon ami. Je lui avais adressé l’un de mes petits écrits, où je traite la...

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