Management de l
222 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Management de l'âme ou Seelenbehandlung selon Sigmund Freud

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
222 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

L'âme on en parle : l'âme des poètes, l'âme féminine, l'âme du monde... Mais aussi les âmes multiples qui animent les automates qui foisonnent de nos jours. L'âme que l'on bichonne et que l'on soigne, qu'on vend ou que l'on échange, et c'est là que Freud nous interpelle avec son « management de l'âme », sa Seelenbehandlung. Quel portrait-robot nous en a-t-il laissé, de cette âme qui pense (avec Aristote), qui s'objective (avec Lacan), qui se déconstruit (avec Derrida), et qui en fin de compte reste insaisissable, imprévisible et innommable dans ses ressorts comme dans ses visées.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 janvier 2015
Nombre de lectures 23
EAN13 9782336368184
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Études Psychanalytiques
Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat
La collection Etudes Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école », dans la psychanalyse.

Dernières parutions

Valérie BLANCO, L’effet divan , 2014.
Frédérique F. BERGER, Symptôme de l’enfant, Enfant symptôme , 2014.
Soti GRIVA, Crimes en Psychothérapie. A-Voros , 2014.
Jacques PONNIER, Adler avec Freud. Repenser le sexuel, l’amour et le souci de soi , 2014.
Laurence KAPLAN DREYFUS, Encore vivre : À l’écoute des récits de la Shoah. La psychanalyse face à l’effacement des noms , 2014.
Stoïan STOÏANOFF-NENOFF, Fre u daines, 2014.
Francine Hélène SAMAK, De Freud à Erickson. L’hypnose revisitée par la psychanalyse, 2014.
Christiane ANGLES MOUNOUD, Aimer = jouir, l’équation impossible ? , 2014.
Christophe SOLIOZ, Psychanalyse engagée : entre dissidenceet orthodoxie , 2014.
Mina BOURAS, Elle mange rien, 2014.
Vanessa BRASSIER, Le ravage du lien maternel , 2013.
Christian FUCHS, Il n’y a pas de rapport homosexuel, ou de l’homosexualité comme générique de l’intrusion , 2013.
Thomas GINDELE, Le Moïse de Freud au-delà des religions et des nations. Déchiffrage d’une énigme , 2013.
Touria MIGNOTTE, La cruauté. Le corps du vide , 2013.
Pierre POISSON, Traitement actuel de la souffrance psychique et atteinte à la dignité. « Bien n’être » et déshumanisation , 2013.
Gérard GASQUET, Lacan poète du réel , 2012.
Audrey LAVEST-BONNARD, L’acte créateur. Schönberg et Picasso. Essai de psychanalyse appliquée , 2012.
Gabrielle RUBIN, Ces fantasmes qui mènent le monde , 2012.
Titre
Stoïan STOÏANOFF-NENOFF








Management de l’âme
ou SEELENBEHANDLUNG
selon Sigmund Freud
Du même auteur
Freudaines , « Études psychanalytiques », L’Harmattan, 2014.

Lacâneries , « Les impliqués », L’Harmattan, 2014.

“Pour une clinique du réel, Lacan et ses didacti(c)hiens”, Forum de IFRAS, L’Harmattan, 1998.

“Qu’en dira-t-on ? Une lecture du Livre XII du Séminaire de Jacques Lacan”, Forum de IFRAS, L’Harmattan, 1996.

“Transmission de la psychanalyse”, Forum de IFRAS/PUN, 1992.
Copyright

© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-71829-3
Remerciements
Qu’un hommage soit ici rendu à Christiane Riboni, ainsi qu’à Marie Chantal Brigaudiot, qui ont relu le manuscrit de Seelenbehandlung.
Abréviations
├c = prouvable en logique classique,
├i = prouvable en logique intuitionniste
⊥ = contradiction (constante du faux)
∀ = quel que soit
∃ = il existe
□ = nécessaire
¬◊ = impossible
# = épissure ou forclusion
¢ =castration borroméenne
5ψ = Freud S. : Cinq psychanalyses .
AE = Lacan J. : Autres Écrits, Seuil.
ALI = Associati on Lacanienne Internationale.
E518 = Lacan J. : Écrits, p.518.
G.W. = Freud S. : Gesammelte Werke, tome V.
H&L = L’Homme aux Loups.
H&Li = L’Homme à la Licorne.
H&R = L’homme aux Rats.
L01 = Lacan J. : Le Séminaire , livre I.
LEF5 = Lettres de l’École Freudienne , n°5.
PUF = Presses Universitaires de France.
PUN = Presses Universitaires de Nancy.
PUC = Presses Universitaires de Caen
Sc2 = Scilicet ? n°2.
iR = imaginarisation du Réel.
rI = réalisation de l’Imaginaire.
sS = symbolisation du Symbolique.
Introït
Introduire quelqu’un à la lecture d’un livre c’est une manière de l’apprivoiser, de le choyer, de l’allécher, bref toutes choses inutiles ici puisque celui qui met son nez dans un de mes bouquins sait a priori à quoi s’attendre. Ayant saucissonné mon texte en diverses tranches ( slices ) il m’est difficile de le présenter comme un tout, sauf à admettre qu’il y sera prioritairement question du traitement de l’âme, tel que Freud l’évoque dans un de ses textes. Et d’autorité je m’en suis approprié le titre : Seelenbehandlung . Où Seele est l’âme. L’âme dont on parle : l’âme des poètes, l’âme féminine, l’âme du monde, l’âme que l’on rend et qu’on sauve, ainsi que celle qu’on ausculte in utero : là où elle s’incarne. Mais aussi les âmes multiples qui animent les automates qui foisonnent de nos jours. L’âme que l’on bichonne et que l’on soigne, qu’on vend ou que l’on échange, et c’est là que Freud nous interpelle avec son ‘management de l’âme’, sa Seelenbehandlung . Quel portrait-robot nous en a-t-il laissé, de cette âme qui pensait jadis (avec Aristote), qui désormais s’objective (avec Lacan), qui se déconstruit (avec Derrida), qui se morcèle et se multiplie (avec Hacking), qui souffre (avec Dante et Milton), qui doute avec toute l’énergie de la mécréance paranoïaque (avec le Président Schreber mais aussi l’Empereur chinois Tchi Houang-ti,), âme qui en fin de compte reste insaisissable, imprévisible et innommable dans ses ressorts comme dans ses visées.
C’est donc un parcours en spirale que je vous propose, non sans quelque rapport avec l’actualité, puisqu’il y est question de l’identité et du ‘propre’ de chacun. Et qui donc est le ‘zozo’ qui a évoqué l’âme noire de la démocratie en ces termes : « Société qui ne peut jamais s’assurer de ses contours, qui accepte tacitement l’abandon des repères derniers de certitude et l’indétermination de son avenir ».
Allons-y. A l’armée comme dans la vie le meneur, le chef, c’est celui qui est toujours le premier à braver le BMC comme la mitraille.

A) A partir du moment où le plus-de-jouir de Lacan consiste à sucer la plume d’Etienne Gilson, ce qu’il avoue, il ne nous reste plus qu’à nous délecter du jus du calame de la cohorte des plumitifs qui lui ont emboîté le pas, à commencer par celui de son élève le plus éminent, j’ai nommé Alain de Libera. La tâche à laquelle s’est attelé cet érudit suisse, digne successeur des encyclopédistes du XVIII ème siècle français, serait (aux dernières nouvelles) de bâtir une ‘Archéologie du sujet’, projet à quoi un psychanalyste ne peut qu’applaudir. Le tracé qu’il inaugure devrait nous conduire rétroactivement aux quatre causes d’Aristote, voire jusqu’au tétramorphe biblique, dont Lacan s’est servi pour construire ses quatre discours. Introït, intromission aurait osé un Jean Laplanche, est un terme qui nous avertit de la difficulté qui nous attend là où il y a lieu de vaincre, en dépit des monstres qui gardent la caverne platonicienne.

B) Horreur à vous faire dresser sur la tête vos idées décolorées ( grue colorless ideas ) et pousser le chat à déserter le mat ( the cat is on the mat ) du bateau ivre. Le ton est donné, nous ferons dans la linguisterie. Jusqu’à s’éduire le « potentiel » de John Sanders Pearce aux fins de lui faire épouser l’ Urverdrängung freudienne, sa ‘forclusion’ [#], dira Lacan. Aux sons des kakettements (sic) crispants d’un Kripke en dissidence avec lui-même, une gigue épistémique dessinera désormais la tresse de nos primesauts rituels, autour du totem en forme de crâne-idée de Lacan. Marri de « l’effet tragique d’une désuétude de structure », Heidegger le cocu traverse les lignes ennemies pour tomber dans les pièges de l’incompréhension que lui ont tendus Alain Badiou et Barbara Cassin, eux-mêmes aux prises avec la ‘caméra cachée borroméenne’ du « Barbara, Celarent, Darii, Ferio, Baralipton », de sinistre mémoire. La convivialité c’est sidérant.
Du banquet de Platon au baquet de Messmer il n’y a qu’un plat bassin qu’on se passe et repasse. Supplétif de la ‘nausée’ de Jean-Paul Sartre.

C) Ici nous orientons ce maudit ‘stade du miroir’, le miroir aux alouettes, vers ‘le pathos de la personnalité multiple’. « Qu’en est-il du mode d’inscription du vécu intra-utérin, (et aussi de ses suites immédiates) ? » Interrogation qui nous enjoint de collecter des observations susceptibles de rendre compte de la réinscription de ces « souvenirs non-sus » de l’âme, sur l’étendue de la voûte étoilée et les constellations signifiantes privilégiées censées y gouverner la vie ultérieure de l’intéressé. Cassiopée dessine un W, afin de guider la destinée du Président Schreber, lui-même identifié à Andromède. Or, un effet de bougé dans cette inscription produit un résultat caléidoscopique sur les futures identifications du sujet, éventualité qui fournira le thème sur quoi se centrera la suite de ce travail. Ceci nous sera prétexte d’une longue incursion dans un ouvrage paru en 1989 et intitulé : L’âme réécrite , que l’on doit à Ian Hacking. Philosophe qui s’intéresse à la psychopathologie des ‘personnalités multiples’.

D) Au chapitre de la félicité des ‘états multiples de l’Être’ sera entrevue cette discordance immémoriale par quoi nous touchons au réel sociétal. La guerre des désirs est à observer avec la lorgnette de la logique modale, appareil à sonder la créance de la moindre tentative de négociation. Car négocier c’est désirer le refoulement, ou mieux, la castration borroméenne [¢], qui conditionne l’objet de la négociation au taux le plus avantageux pour les partenaires. Mention sera faite de ceux qui caressent à rebrousse-poil l’ontologie lacanienne dès lors qu’ils sont sous pilocarpine, ou soumis à la machine à détecter le mens i onge. Car être droit dans ses bottes a un prix : résister à l’invidia. Il ne s’agit pas ici de l’homme invisible mais de celui qui sait apprécier à leur juste valeur la volupté d’âme ainsi que les jeux de prestige et de prestance sans en faire une affaire de vie ou de mort.

E) C’est dans de vieilles outres qu’on déguste du bon vin et les outrances sans nom. Du Pommard, pourquoi pas. Cet été je me suis offert une semaine de vacances nourri-logé-pas-cher, dans un lieu miraculeux où l’on vous offre de surcroît toutes sortes d’animations, et vous voyez que mon âme gaëlique y est déjà sertie. J’ai nommé Cerisy-la-Salle. Une semaine en compagnie de ce qui était au menu de ce colloque, à savoir Jean Laplanche (décédé en 2012). Ici nous ne sommes pas dans l’œcuménisme à tout crin, mais il est sensible que les idées de Lacan cheminent par des voies imprévisibles. « Hölderlin Gedichte » est un ouvrage visité par Martin Heidegger, qui y pioche de quoi éveiller nos sens assoupis par le ronronnement des ritournelles freudo-lacaniennes en vogue dans les instituts de formation pour psychanalystes. Deux ex-analysants de Lacan s’étaient donné le mot de r’ouvrir (depuis les frontispices de Bonneval) les oreilles du peuple analytique, mais le soufflé est retombé aussi vite qu’il avait cru, laissant à son énigme l’holophrase ‘poordjeli’.

F) Sous le coup de quelque étrange nostalgie et d’un chant venu « Tout au fond de la mer… », nous allons nous promener de champ de bataille en vaine pâture, au gré de quelques vers épars, de sonorités d’autant plus diverses qu’empruntées à des langues différentes, de manière à savourer l’âme de chacune d’elles. Manière aussi de préparer la querelle des universaux qui suivra. En tout cas c’est ‘la magie des mots’ ( Zauber der Wortes, p.301), que Freud désigne comme médium de sa thérapie.

G) Carolingienne désigne à l’ordinaire une sépulture du temps de Charlemagne, par exemple ; mais il n’est pas exclu que ce terme puisse figurer dans le vocabulaire des psychanalystes dès lors qu’il désignerait (au féminin) une Institution psychanalytique, du nom de son fondateur, de son âme, à savoir Charles Melman. Le décryptage de ses bonheurs et de ses craintes nous pousse à interroger ce qu’il en serait des jouissances carolingiennes. Celles d’un chef d’école. Qui écrit : « Nous attendons en général de la psychanalyse qu’elle vienne servir la jouissance, sûrement pas qu’elle puisse la déranger ». Tel est le credo de ce fondateur de toute une pléiade d’écoles de psychanalyse de par le monde. Credo qui n’est pas sans inférer une certaine orientation idéologique. ‘Je bande donc je suis’ est un axiome soluble dans le cogito cartésien pour un sujet qui succomberait à cette même « illusion de la pure subjectivité ». Ce n’est pas le cas d’une femme. Et, nous ne pouvons pas faire ici l’économie d’un descriptif de ce qui serait une âme au féminin. C’est ce que Melman entreprend à partir du cas Dora.

G) « Le désir implique aussi toute la question de la reconnaissance et de l’identité », profère Patrick Guyomard dans son « Laplanche et Lacan » présenté cet été (2014) à Cerisy. D’où une tentative de ma part d’accoupler désir et identité. Saul Kripke pose la question de savoir si Hesperus et Phosphorus 1 correspondent à la même étoile ? La vraie question est de savoir de quels moyens nous disposons pour établir cette identité. On a beau avoir changé de paradigme de scientificité, disons à partir de Galilée, les mêmes craintes quant à la légitimité de notre présence en ce monde se transmettent et persistent. Et au vu des variations individuelles des opinions sur ces sujets, certains se raccrochent à l’idée qu’il y aurait des universaux nommables. Des choses bien nécessaires. Nous retombons comme de juste dans les plates-bandes de Saul Kripke puisque le sous-titre de son ouvrage princeps est ‘ Naming and Necessity’ . Ici intervient de plein fouet la question posée par la distinction entre nominalisme et réalisme platonicien. Qui a raison, qui a tort ? Et on retrouve Russell qui, « constatant qu’il y a des énoncés sensés avec des noms propres vides », soutient qu’il s’agirait là de noms propres « logiques ». Le Nom-du-Père lacanien serait-il de cette trempe ? Mais la difficulté vient de ce que l’effort que l’on fait pour préciser le sens à donner à ‘l’âme des choses’ se heurte à celle de déterminer le lieu d’où elles nous concernent. C’est ainsi que sens et signification s’excluent mutuellement. C’est la formule dont use Freud à propos de ‘perception et conscience’. D’où la nécessité d’adopter parfois une position fictionnaliste. Juger une âme non par rapport à ce qu’elle est mais du point de vue de ce qu’elle devrait être.

H) A présent, il m’appartient de soutenir la thèse d’un inconscient structuré comme un langage et souché sur une sémantique du nombre couplée à une syntaxe du signe, inaugurant ainsi un champ nouveau dit : champ d’effectuation ou ‘champ glagolitique’. J’avais fait allusion, en son temps, à l’existence de deux constituants fondamentaux de l’âme-à-tiers que sont le boson et le fermion, mais j’en étais resté à la théorie d’une certaine époque qui excluait l’éventualité d’une transformation de l’un en l’autre. Aujourd’hui c’est réalisé, et ceci grâce à la notion de supersymétrie précisément. Ce concept n’est-il pas susceptible d’expliciter ce qui fait difficulté en analyse, à savoir le passage de l’image narcissique, dite spéculaire par Lacan : i(a), à cet objet ‘a’, cet enforme de l’âme, qu’il nous a dégoté de derrière les fagots. Pas étonnant qu’il en ait été à la fois fag o-cyté et éreinté. Il était aussi bien nécessaire d’ébaucher un bref compte-rendu de ce qui s’en publie comme travaux psychanalytiques, dans au moins une des revues disponibles de nos jours, et de ce qui s’y inscrit au titre de la parole au féminin. La statistique y trouve son emploi dès lors qu’il apparait clairement que ‘la parité’ y est d’un tiers contre deux tiers, tant dans le nombre des textes admis que dans la composition du ‘Comité éditorial’ de la revue en question. Ça explique peut-être les précautions oratoires de divers ordres qui entravent la parole méritoire de ces Dames.

I) Il en est qui écrivent et mettent en scène des opéras philosophiques. Je me contente ici d’un plagiat. Vous êtes prévenus : « Tout le matériel ou presque de ce ‘Philocafé’ est clandestinement prélevé sur trois contributions inclues dans le tout récent volume des ‘ Temps modernes, consacré à Jacques Derrida » ; ça caricature quelque peu la tonalité à la fois compassée et outrancière qu’adoptent de nos jours les petits maîtres afin d’âmer l’âme, d’une part, et d’asticoter notre république des lettres, d’autre part.

J) Mon propos trouve sa butée, à savoir la connaissance paranoïaque. Ayant discouru ailleurs de la paranoïa en tant que normalité au quotidien, je suis bien aise de céder la parole à Claude Lefort, dont le livre : La complication, Retour sur le communisme, (1999, Fayard) prend après-coup une portée quasi prophétique quant à l’évolution prochaine des régimes politiques dits démocratiques. Voici un passage de son livre, qui nous interroge surtout sur le type d’humanité qu’il annonce :
« Dans une telle société, la cohésion de l’ensemble est censée résulter de la délégation, par le grand nombre, de l’autorité publique à un petit nombre de représentants qui doivent répondre de leur mandat. Comme les individus supposés autonomes sont égaux en droit, /…/ et que rien ne permet de mesurer leur esprit civique (leur éducation et leurs mœurs échappant au contrôle de l’autorité publique), il s’avère que les responsables politiques issus du suffrage n’ont désormais de compte à rendre qu’à des irresponsables [les juges ?] et, de ce fait, puisque leur propre responsabilité devient fictive. /.../ on peut se demander si la société politique elle-même n’est pas en voie de dissolution. »
La définition de la démocratie qu’il nous donne ([CL] p.196) constitue en soi un descriptif de ceux qui y sont assujettis :
« Société qui ne peut jamais s’assurer de ses contours, qui accepte tacitement l’abandon des repères derniers de certitude et l’indétermination de son avenir ».
La citation suivante ([CL] p.205) indique clairement la régression de l’âme qui s’opère, de l’impossible au « tout est possible », à nous en tenir au critère de l’impossible qu’Alexandre Koyré évoquait ci-dessus par référence à l’époque de Paracelse :
« Le phénomène totalitaire, précisément fondé « en dernière analyse sur la conviction que tout est possible », fournit ainsi la « démonstration » d’un changement de plus ample portée. /.../ Il suffit d’observer que la critique du totalitarisme se situe dans le prolongement de celle de la modernité. »
Vous voyez pourquoi ses propres élèves, imbus de l’esprit de progrès, n’ont pas eu assez d’âme (c’est une litote) pour oser, ne serait-ce que citer Claude Lefort.

K) Et si l’inconscient (le discours de l’âme) ne serait pas ‘à traduire’, mais à prendre comme une ‘traduction’ ? Traduction nachträglich , après-coup, des traces que laisse le vêcu de la période néonatale chez l’humain. Avec comme horizon, comme seuil, ce ‘moment’ que Lacan construit au titre de son ‘stade du miroir’. L’âme se mirant dans l’étant de l’être. Progrès certes mais au prix de l’oubli, de la forclusion [#] dira Lacan, de tout ce qui a pu se passer antérieurement à ce surgissement de l’instance du moi. Moment dont dépend le succès de l’opération de l’altérité, à savoir la fondation de la catégorie du Nebenmensch , du prochain, dont certains aimeraient faire la manifestation d’un ordre divin.

L) Faut-il conclure ?
Ce travail aurait pu s’intituler ‘Chronique de notre temps’ 2 , chronique de ce siècle, dont il convient d’évaluer après-coup à quels changements l’œuvre de Freud a contribué. La mode étant à la décrédibilisation, armé de la pensée-Freud, j’en rajoute à toutes les pages dans ce qui suit, à commencer par celle de nos maîtres à penser, commentateurs exclusifs tant du passé que du présent, voire de l’avenir. Bernard-Ermites de jour, bien à l’abri dans leurs coquilles d’emprunt, dès la nuit tombée ils peuplent les estrades et les écrans des petites lucarnes, d’où ils nous apostrophent méchamment à l’abri de leurs gorilles. Car ils prennent bien soin de trier leur interlocuteurs-contradicteurs, de crainte de se faire étriller à leur tour. Rodomontades d’un provincial, me direz-vous, l’affaire est entendue. Il est pourtant des récoltes à faire, des idées à promouvoir et des initiatives à prendre, notamment dans le domaine des pratiques psys (cartels, rencontres informelles ou thématiques, dans des cadres divers), puisqu’il y a lieu de persévérer dans leur mise en œuvre, et les croisades qu’il convient de mener aux fins d’en assurer les conditions de possibilité. De même que l’on n’attire pas les mouches (les ‘peigne-cul’) avec du vinaigre, il y a lieu de tenir le ‘langage des âmes’, sans rien céder sur l’essentiel, à savoir que la psychanalyse est d’abord une pratique de la parole. Pour le reste : chantez, dansez, buvez, autant que le cœur vous en dit.
1 Le Président Schreber s’inquiète du devenir non pas de Phosphorus, mais de Phobos, le satellite de Mars [MN p.76] sur lequel il se croyait en l’an 1895 (figure classique d’une identification), et ce à l’occasion de ce qui se proférait dans la ‘langue des âmes’, à savoir que lui Schreber était nommé ‘Le Voyant’. Nostradamus, en quelque sorte. Et c’est là que se trahit l’énormité de son Ego, lorsqu’il tire de sa position satellitaire cette conclusion : « Effectivement mon cas reste sans exemple /…/ un humain qui a entretenu une relation continue /…/ avec la toute-puissance même de Dieu ». Peut-être avait-il raison ?
2 ‘Notre temps’ où les manières de penser tant le conscient que l’inconscient, ne cessent de fluctuer. Témoin l’ouvrage de Pierre Uzan [PU], où, dans sa ‘Présentation’, l’auteur parle des « microtubules qui composent le squelette des neurones », d’une « théorie quantique unifiée du fonctionnement du cerveau », du « modèle dissipatif » du même, de « l’unité psychosomatique de l’individu », ainsi que « l’effet tunnel ou l’émergence de comportements collectifs dans la théorie, explicables dans le cadre de la théorie quantique des champs à partir de mécanisme spontanés de brisure de symétrie. » Notons que : « L’effet tunnel désigne la propriété que possède un objet quantique de franchir une barrière de potentiel même si son énergie est inférieure à l’énergie minimale requise pour franchir cette barrière ». Il y aurait-il quelque analogie inverse entre cette dernière proposition qui connote une optimisation dynamique (Ça passe quand même ! S’agit-il ici de l’ energuéia aristotélicienne que Lacan enrobe sous le concept de jouissance ?) et celle de Freud relative au ‘principe de plaisir’ en tant qui ferait obstacle à une surcharge en affect (Ça ne passe pas autant) ?
2 Cog, coquillage, cocagne
J’écris ‘cog’ et je fais une coquille puisque je viens de substituer un ‘g’ au ‘q’ dans ‘coq’. Je me relis : ‘j’ai au cul’. Ça se complique. Me voici embarqué dans l’écriture mathématique gq (g à la puissance q). Or, je ne sais pas pourquoi j’en suis arrivé là (j’aurais pu dire « je ne sais plus … » mais c’eut été indiquer que je savais et que je l’ai oublié, alors que ce n’est même pas sûr !). A partir d’une coquille j’en suis venu à une sorte coq-à-l’âne. A une superposition de lettres. Que je traîne désormais comme une casserole au c…Oh, pardon ! C’est cog-ni-tif !
Qui a substitué un ‘ g’ au ‘ q’ dans ‘coq’ ? Apparemment mon clavier. Éventuellement, un de mes doigts. En fin de compte cette unbevue m’est-elle attribuable, à moi en tant que ‘je’, en tant que ‘sujet’ de mes actes ? Actes dont je serais responsable pour autant que j’aurais eu l’impudence, voire l’insolence de vous proposer un ‘j’ai au cul’. Bref, à côté de l’insolence de gauche et l’insolence de droite, je viens plaider devant vous en faveur de l’insolence de l’inconscient.
On a écrit de gros volumes pour décider (ou ne pas décider) si ce qui cause l’acte est un intellect 3 agent immatériel, transitif, oblique et transcendant, qu’on nomme ‘Moi’. Ou alors une cause matérielle, immanente et directe, à savoir mon doigt.
Bref, selon qu’on opte pour l’un ou l’autre de ces points de vue soit on mettra en prison le sujet, le délinquant, et donc moi ; soit on se contentera de lui couper le doigt. Au Moyen Âge on mettait en jugement le cochon qui s’était permis de bouffer les melons… du plaignant. Il est vrai que les cochons n’étaient pas dûment tatoués, ne possédaient pas de carte Vitale, et que l’on n’était pas sûr à quelle tribu ils pouvaient bien appartenir. De surcroît, un objet vagabond, laissé à vau-l’eau, devenait légitimement la propriété de celui qui en était l’inventeur. Libre donc aux passants de cueillir ce qui n’était pas explicitement gardé. Ça reste vrai de nos jours pour ce qu’il en est des bijouteries et des distributeurs de billets de banque. Il suffit de savoir cueillir ce qu’ils recèlent. Quant à établir l’identité des voleurs, aujourd’hui rien de plus simple, il suffit de mémoriser leurs tatouages.
Il nous reste à nous préoccuper de la concordance entre les quelques sorties bizarroïdes de Jacques Lacan, notamment dans son séminaire sur l’Acte, ou celui (Livre XII, inédit) où il s’inquiète de « L’ordre des positions subjectives dans l’être », concordance donc avec ce qui a été mouliné sur ces sujets depuis l’antiquité, mais tout spécialement par les théologiens de la scolastique, chose qu’Alain de Libera nous propose, sans pour autant nous la faciliter. N’est-il pas allé jusqu’à baptiser un des chapitres de [LDR] 4 : « Le sujet suppose s’avoir » ? (s’avoir avec un s’-apostrophe.) Le fait majeur est que cet ouvrage s’ouvre par un exergue qui est une citation de Lacan où il est question d’Aristote.
La concorde à tout prix c’est ce qui rend tout con. La concorde en tant que fondement du vivre ensemble, et objectif de toute éthique et de tout gouvernement qui se respecte. Les instruments de la concorde sous nos climats font triade, que dis-je : c’est la trinité de la liberté, l’égalité et la fraternité. Moyennant quoi la discorde règne. Car ‘accorder ses violons’ est chose impossible et c’est en quoi nous touchons au réel sociétal.

Cette discordance 5 fondamentale, entre ce qui ‘est’ (au sens de l’être), et ce que l’on ‘croit’ (au sens de l’utopie), cette division subjective est au fondement de la psychose. Mais elle est inavouable. C’est ce que les anciens cliniciens avaient repéré sous le nom de réticence 6 , terme tombé en désuétude depuis.
Probablement parce que la chose s’est généralisée au point que l’on serait en droit de dire aujourd’hui que la méfiance, et donc la paranoïa, règne. Pourtant, on a gardé dans la terminologie psychiatrique le terme d’ambivalence, alors que l’on sait depuis Karl Popper que l’usage de ce terme n’est pas falsifiable.
Dans ce premier volume du troisième tome de son Archéologie du sujet *** de Libera (toujours lui, et surtout qu’il se répète, en témoigne le demi-mètre de bouquins de lui qui trône sur les rayonnages de ma bibliothèque), Alain de Libera n’a d’autre ressource que de désigner par des sigles les différentes thèses et propositions dont sont truffés les textes auxquels il se réfère, ce qui constitue un véritable obstacle à le suivre.
Et puisque je vous ballade, prenons le cas de la KK-thesis . Là au moins le recours à la ‘Toile’ s’avère utile. Que nous dit-elle ? L’acronyme KK abrévie la proposition : Knowing that one know (savoir qu’on sait). A partir de là on peut conjuguer ça de diverses façon et employer des substituts (ou synonymes ?) du terme ‘savoir’, notamment ‘connaître’, ou même ‘être conscient de… ‘ ( to be aware of [Aa]), éventualités largement exploitées par de Libera (cf. [LDR] p.563).
A l’exploration de ce champ de propositions s’attache le nom de Jacob Hintikka. Cette KK-thesis intervient à propos de la question de savoir si la logique épistémique serait une branche de la logique modale ( the question of whether epistemic logic is a branch of modal logic ). C’est là que ça se corse.
‘Logique modale’ – que sa quo ? Il se trouve que Lacan en a usé, notamment dans son dire (cf. « l’Étourdit », Scilicet ? 4, p.5) [Sc4] : [α] « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend ». Avec cette rallonge (o.c. p.39) : « Son dire à s’oublier fait le dit s’endurer ». Lacan précise que : « cet énoncé [α] /…/ est de fait modal, existentiel comme tel : le subjonctif dont se module son sujet, en témoignant. » Bien sûr ; quel rapport de tout ça avec de Libera ? Il suffit de se rappeler qu’Alain de Libera fut l’élève et continuateur d’Etienne Gilson pour bien resituer aujourd’hui cette autre précision apportée par Lacan ([Sc4] p.29) :
« J’évoquerai ici la survivance magistrale, combien sensible quand elle s’étreint aux faits ‘modernes’, la survivance de ce discours [discours du Maître] celui d’Aristote et de saint Thomas, sous la plume d’Etienne Gilson, laquelle n’est plus que plaisante : m’est ‘plus-de-jouir’. »
Il est clair que si, à une certaine époque, il suffisait de lire Lacan avec Freud, à présent il convient de le lire aussi avec de Libera, et la cohorte de théologiens et scoliastes qu’il met en scène.
De toute évidence la référence au modal de l’énonciation est partout dans l’œuvre de Lacan, à commencer par le registre de la « parole pleine », et le fameux : « Tu es celui qui me suivra(s) », mais elle insiste dans « l’Étourdit », notamment à la page 51 où la référence freudienne couve sous son obscur éclat :
« Démocrite en effet nous fit cadeau de l’atomos, du réel radical à en élider le pas ( me ), mais dans sa subjectivité, soit de ce modal dont la demande refait la consolidation, moyennant quoi le ‘ den ‘ fut bien le passager clandestin dont le clam fait maintenant notre destin. »
Nous n’irons pas jusqu’à nous ‘pâmer’ puisque l’on sait l’usage que Lacan a pu faire des termes grecs de me on , me den , me funai , sans oublier le me panthès ([LLA] p.198), le pas-tout, termes dont il clame le caractère votif, et donc modal, de leur avènement. Lacan use ici du mot ‘clam’ dont on se refuse qu’il puisse correspondre à CLAM : « Certifications et Langues par Apprentissage Multimédia », et encore moins à CLAM : « Centre de Loisirs d’Art sur Meurthe ».
Sous la désinence ‘Clam’ se trouve pointée toute une variété de mollusques, formés de deux coquilles qui font pince. Tout comme les deux pièces qui constituent un dentier, voire le bec de « l’ara tricolore ». Dont la morsure (mort sûre) « fait maintenant notre destin ». Dirions-nous que Lacan fut « un mordu du Réel » ?
C’est un peu tiré par les ‘je veux’, mais qu’importe. Comme ce champ des raves et de betteraves où Lacan nous entraîne (par assonance), lorsqu’il soupçonne Freud d’accorder quelque matérialité aux ‘mots ravis’, dont la graine était le fonds de commerce des Frères Moraves. Surtout que CLAM peut être renversé en MALeC, voire : MALCut ; choses qui ne font pas peur aux Kkאbbאlistes, où le redoublement du k et le remplacement de ‘a’ par un alef : א iraient de soi. N’est-ce pas là une façon de faire l’amour (de co-naître) avec les lettres qui, du coup, deviennent des ‘lettres d’amour’ ?
Le texte de « L’Étourdit » est suivi d’une « Intervention au séminaire du docteur Lacan » et, en guise d’introduction, Jacques-Alain Miller, contre toute attente puisque les interventions publiées dans Scilicet ? devaient bénéficier de l’anonymat, précise qui s’agit là de l’intervention de François Récanati et qu’elle s’étend sur deux séances du séminaire de Lacan, la première étant celle du 12.12.1972 7 . Le choix par Lacan d’une telle date indique qu’il s’agissait là pour lui d’un événement d’importance. Miller s’inquiète de « l’effet tragique d’une désuétude de structure » et « du suicide que constitue (pour la logique de Peirce) la doctrine du potentiel ». Doctrine qui va impliquer Alain de Libera comme nous allons le voir.
Il est probable que la famille Récanati ait compris toute une série de rabbins, dont l’histoire a retenu le nom. Bref, d’emblée, François Récanati parle d’un ‘après’ (cf. le nachträglich chez Freud) tributaire d’un ‘avant’ (on voit bien pourquoi), ce qui me fait tendre l’oreille, vu qu’il s’agit là pour moi d’un ‘après’ qui succède à la période ineffable qui accompagne la naissance … du sujet (qui est aussi le titre du premier tome de l’ Archéologie du sujet d’Alain de Libera). Récanati écrit par exemple : « Mais le fait que l’avant soit inscrit dans l’après n’implique nullement qu’on puisse l’y retrouver. » C’est bien là le problème ! Freud nous proposait de déchiffrer les souvenirs-écran comme des fables, mais passons. Or, François Récanati fait davantage car son dire nous éclaire sur le problème que pose ce qui est forclos de la parole (au cours de la période dite pré- et néonatale), quand il ajoute (Sc.4, p.56) : « Autrement dit : l’avant est ce qui n’est pas inscrit, qui n’est rien, et l’après est le même rien, mais inscrit ». Sauf que c’est l’inverse : avant, ça s’inscrit dans la chair, et après, ça se réinscrit (partiellement) sous forme de signifiants (agencés dans un souvenir-écran : Grenz-Vorstellung ). Enfin : « le non-inscrit en général », Peirce l’appelle le potentiel, « qui fait problème dans sa détermination ».

Bref, de Libera pond une note [LDR, p.108, n°1] où il cite Récanati (l’unique fois dans ses trois volumes parus [LDR *, **, ***1] et dans laquelle il est question du paradoxe de Moore. Ça consiste à dire : « Le chat est sur le paillasson », pour aussitôt ajouter : « I don’t believe it ». C’est des trucs qui circulent entre linguistes et j’avais mentionné ailleurs un sketch dans ce genre proposé jadis par Antoine Culioli. Je crois bien que l’expression « The cat is on the mat » a été reprise par Lacan dans son Livre XII, à côte des « green, coulourless, ideas . » Ce ‘potentiel’, serait-il à la base de que Joël Dor avait nommé jadis une « paradoxalité inaugurale » et qui se trouve en quelque sorte explicitée par Récanati ?
Il est clair que, dans tout cela, ce qui m’intéresse c’est la formation du crâne-idée de Lacan, et ce qu’il distille sélectivement comme saveurs exquises, rapport à ses fréquents séjours dans des encriers de ses prédécesseurs. Admettons que le potentiel serait à envisager sous l’angle d’un : « J’eusse pu dire », dire par exemple que ‘g à la puissance q’ (gq) n’est rien d’autre que Dieu (GOD) à la puissance q, q tenant lieu ici de facteur exponentiel. Jeu de lettres certes mais tout est permis lorsqu’on est en quête du Graal, à savoir le crâne-idée de Lacan.
S’agissant de faire l’inventaire de ce qu’il y a dans ce crâne, dans cette baratte à idées, certains se sont donné les gants d’aller y voir, sauf que le fruit de leur recherche ne pouvait décemment venir au jour qu’au titre d’un écrit de style universitaire. Ça va loin. Ça va jusqu’à suggérer que l’origine du terme ‘lathouse’ dont Lacan use, serait à chercher du côté de la forme grecque du verbe être, à l’aoriste, s’il vous plait.
Il est vrai que les philosophes ont usé de l’ ousia jusqu’à la nausée, ce qui a probablement motivé Lacan d’en faire son objet petit ‘a’. Il a fallu à Pierre-Christophe Cathelineau toute une thèse 8 pour bien enrober 9 cela de manière à dissuader quiconque d’y aller voir.
Et pourtant. Lacan fait de la topologie et Cathelineau aussi. Je viens d’user du terme ‘enrober’ et donc je suis dans le coup. Mon ‘g au q’ est du même tonneau puisqu’il sous-tend une relation de proximité, voire d’inhérence. Nous avons vu plus haut Lacan proférer un « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit… » et ce bout de phrase suggère aussi bien une relation d’ordre temporel qu’un recouvrement spatial. Suite à quoi nous avons eu aussi un : « la survivance magistrale, combien sensible quand elle s’étreint… » qui met en scène topologiquement une étreinte, une relation d’intimité, voire de fusion entre deux champs. Pierre-Christophe Cathelineau n’est pas en reste. Son truc c’est la tresse 10 . Expliquer ce qu’est une tresse dans un travail philosophique constituerait une lourdeur impardonnable et c’est pourquoi Cathelineau préfère en quelque sorte pulvériser sa ‘tresse’ dans son texte.
Sur le plan universitaire ça passe inaperçu 11 de ceux qui devraient s’y intéresser vraiment. Les indécrottables de mon genre exceptés. Qui prennent le temps de lire les notes en bas de page. Où Cathelineau cache-il le miel de Lacan ? Sous la forme d’un nœud borroméen à quatre qui figure à la page 248 au coin de la note n° 45 attachée au chapitre de la métaphysique. Le quatrième rond est ici le sinthôme, bien entendu, mais pourquoi serait-il présent spécifiquement au titre d’une nomination imaginaire (Ni), alors que les nominations réelle ou symbolique conviendraient peut-être tout autant ? La réponse est simple : il s’agit d’une reprise littérale de Lacan : point, c’est tout. Surtout pas d’extrapolations inusitées ! Restons dans ce qui est déjà admis par les psys en ruche !
La preuve que « l’Étourdit » est une mine pour les chercheurs nous est apportée par Barbara Cassin et Alain Badiou qui lui ont consacré un écrit 12 en deux parties : chacun la sienne. En même temps (mars 2010) paraissait un autre ouvrage 13 où un d’entre eux (Badiou) met en cause Heidegger, en se montrant singulièrement oublieux (de l’être !) d’une séquence importante de la biographie dudit. S’agissant des rapports de Heidegger à la religion catholique, quelqu’un, un historien 14 , disons un inconnu des philosophes, Hugo Ott, précise dans son ouvrage (et je remercie ici mon ami Thierry Bisson de me l’avoir offert), que lors de son mariage avec une protestante Heidegger s’était engagé, par serment, lui le catholique, d’élever son fils au sein de l’Église catholique. Or, après-coup, le moment venu, son épouse s’étant opposée à l’effectuation (rS) de cette clause, Martin courut chez son évêque pour lui annoncer qu’il se considérait désormais comme excommunié. Au moment de son procès devant ses pairs, après 1945, on a argué de son attitude pour en conclure qu’il était athée, d’abord, tout comme tous les fascistes, ensuite. Et pan sur le bec.
Son épouse, la protestante en question, lui aurait ultérieurement fait un enfant « dans le dos » avant de se tirer. Revenons à Barbara Cassin qui, sous le titre « L’ab’sens ou Lacan de A à D », s’en prend à Lacan, l’hypocrite, qui, mine de rien, aurait subverti le dire de Démocrite, sur le me den , précisément. A la page 84 de [PADRS] elle nous ressert une longue citation de Lacan où apparaît le nom de Démocrite ainsi que le mot grec ‘ den’ .

Selon Lacan den serait un mot forgé, une forgerie 15 en somme. Sur quoi Barbara cèle… l’éreinte des particules atomiques sous le trognon 16 du « moins que rien » (p.85). Il restait à Alain Badiou à nous apporter le ‘ Darii Ferio ‘. Vous voyez que je viens vous titiller du côté des formules de l’implication matérielle selon Aristote. Et puisque nous n’en sommes pas à une équivoque près observons (ci-contre) le diagramme du mode implicatif ‘ célarent ‘ 17 que nous propose Wikipédia, puisqu’il exhibe rien moins qu’un nœud borroméen.

Sous le titre « Formules de l’Étourdit » [FE] (et donc dans le même volume [PADRS]), Badiou se fend d’une dissertation sur ‘le rapport de Lacan à la philosophie’ (p.105). Il part d’une citation unique puisée dans « l’Étourdit » et que voici :
« Freud nous met sur la voie de ce que l’ab-sens désigne le sexe : c’est à la gonfle de ce sens-absexe qu’une topologie se déploie où c’est le mot qui tranche ».
Il est question aussi de l’antiphilosophie 18 de Lacan que Badiou tente de contenir en une phrase : « Chez Lacan c’est de ne pas voir ni vouloir que ‘vérité’ soit ce dont tout savoir tient qu’il touche à quelque réel ».
Il est clair que ce que Lacan refuserait de ‘voir’, selon Badiou, est précisément le réel de l’être de la vérité, alors qu’il n’y a rien ‘à voir’ puisqu’il l’être c’est du non-spécularisable. De l’incorporel, du lekton . Par ailleurs faire équivaloir ‘voir’ et ‘vouloir’ c’est être à la limite de prendre les vessies pour des lanternes. Or, ce qui figure dans le ‘miroir de l’être’ est tout autre chose, c’est le Non-du-Père, c’est-à-dire le réel de la structure. Or, Badiou s’étranglerait littéralement s’il venait à dire ça. Il n’est pas structuraliste ! Sachez-le ! A chacun son impossible à dire. Que le miroir en question ait structure de bande möbienne explicite la façon dont savoir et vérité s’embrassent, s’étreignent, s’enrobent, et du coup exhibent la tresse de leur détresse. Car la philosophie dont Lacan se démarque est celle de Kant, qui se soutient de la sphéricité, qui ne souffre pas un liage du style tresse.
Autre embrouille. Lorsque Badiou 19 écrit (o.c. [FE], p.110) :
« /…/ « l’Étourdit » est une autre décision, différente de la décision aristotélicienne. Au regard de cette décision, le réel peut être défini comme le sens en tant qu’ab-sens. Le réel est ab-sens, donc absence de sens, ce qui bien entendu implique qu’il y ait du sens. »
Cette dernière phrase ne rime apparemment à rien, vu que Lacan définit le réel comme impossible. A moins d’en inférer que le sexe c’est du réel.
Il est un autre auteur qui s’enlise dans cette pataugeoire lacanienne, c’est Christian Fierens, qui nous gratifie d’une seconde lecture 20 de « l’Étourdit », à croire que ce serait son pays de cocagne. Il baguenaude, se raconte, rêvasse et s’embrouille évidemment, pour conclure que « le dire de l’analyse /…/ est en tant que tel efficace ». Bravo. Il a beau faire le tour de toutes les sortes d’équivoques que comporte le texte de Lacan, il est plutôt sec pour ce qu’il en est d’illustrer la dite efficacité. J’ai dit ailleurs la pauvreté des modes d’intervention de l’analyste, côté fauteuil, Un mot ici relatif à un paradoxe tiré de « l’Ontologie transitoire [OT] » 21 d’Alain Badiou : « /…/ Platon, dans le Parménide /…/ étudie les conséquences de l’hypothèse : l’un n’est pas. /…/ Or, que dit Platon ? /.../ De ce que l’un n’est pas, résulte que l’autre est Autre en tant que multiplicité absolument pure, intégrale dissémination de soi. »
Formule d’humance derridienne qui m’avertit que si d’aventure je cesse d’être ‘Un’, bien droit dans mes sabots, l’Autre, face à moi (le président de la République, par exemple), se trouve ipso facto pulvérisé. Il n’est tout au plus réductible qu’à une nuée de moulins à vent (aujourd’hui on dit : éoliennes) ou à une cohorte d’éléphants errants (c’est la catégorie des militants hasbeen »). Lacan en distribuait par poignées une certaine époque. C’était sa façon de manier le signifiant hors signification.

Toute honte bue je m’incline devant la façon qu’a Badiou de situer [OT, p.130-131] la mathématique (guise que Lacan n’aurait pas reniée), à savoir que dans ce volume il assume le fait ( Tat ) que (p.127) « la mathématique c’est l’ontologie », d’une part [là je triche, ainsi que dans la suite, mais ça doit vous inciter à y aller voir] », et que la logique est une « mathématisation syntaxique », d’autre part. Adhérerait-il au fait que « la logique épistémique serait une branche de la logique modale » ainsi que ceci a été proposé plus haut par Jacob Hintikka ?. Par quel type de nouage sommes-nous tenus de traduire lacaniennement ces équivalences (J eanne d’Autriche : alias Mateo Sánchez) ?
3 « Cette partie de l’âme que l’on nomme intellect /…/ ce par quoi l’âme pense et conçoit », in De l’âme , p.200 ( De anima, Livre III, §4.20).
4 Cf. in : Alain de Libera : Archéologie du sujet *** 1, La double révolution [LDR], Vrin édit : pp.298 & 510.
5 E839 : « C’est seulement comme instance de l’Inconscient /…/ que l’on saisit la cause à ce niveau /…/ celui où elle prend consistance : la rétroaction du signifiant en son efficace, qu’il faut tout à fait distinguer de la cause finale. C’est même à démontrer que c’est la seule et vraie cause première [acéphale], que l’on verrait se rassembler l’apparente discordante des quatre causes d’Aristote /…/ ».
6 Cf. ‘réticence’ in Lacan, Claude, Migault : « Folies Simultanées », les Annales médico-psychologiques , 1931, t 1, pp. 483-490.
7 On consultera avec quelque profit ce qui se passe notamment aux séances du : 15.5.1955 ; 6.6.1956 ; 13.3.1963 ; 5.5.1965 ; 12.12.1972 ; 13.3.1973.
8 Pierre-Christophe Cathelineau : Lacan lecteur d’Aristote , [LLA] 1993, Éditions de l’Association freudienne Internationale.
9 Ou donc C anrober t ne va-t-il pas pointer le bout (anamorphique) de son nez ?
10 ‘Tressage’ que l’on retrouve sous la plume de François Baudry in : Lacan avec les philosophes , « Le nœud borroméen et l’objet petit ‘a’ », 1991, chez Albin Michel, p.181.
11 On peut commencer à la page 365 de [LLA] : « /…/ rien dans le texte d’Aristote n’oblige le lecteur à tirer l’hypokeimenon du côté de l’ousia, si ce n’est la tresse étrange qu’il compose d’une manière sporadique avec cet autre terme, bien plus chargé qu’est l’ousia ». Auriez-vous songé ici que le $◊a serait une tresse ? Heureusement peu avant (à la page 364), il avait tenté de nous mettre au parfum de ce dont il s’agit lorsqu’il écrit : « L’ambiguïté tout au long du texte aristotélicien se maintient non sans être distinguée à la façon d’une tresse /…/ [entre hypokeimenon et ousia] ousia … qu’honnêtement il vaudrait mieux traduire par étance, par le Wesen à l’occasion [plutôt que par substance] /…/ ». Pour des raisons stratégiques Cathelineau passe ici sous silence le fait qu’il se range radicalement à l’avis de Martin Heidegger, qui dit textuellement (in : Gesamm-tausgabe , II Abteilung, Vorlesungen 1919-1944 ; Band 22, Klostermann édit, p.7) que la différence entre l’être et l’étant est que l’être n’a pas de représentation : « Sein darunter ist nichts vorzustellen ». Ce que Lacan traduira en disant que le réel, son essence (tout comme celle de l’objet ‘a’) est de ne point en avoir. Mais pour bien se démarquer de Heidegger, aux pages suivantes Cathelineau n’en finira pas de lui chercher des noises. A un moment donné Cathelineau dit ceci (p.366) : « Nous avons montré la difficulté avec laquelle Aristote s’efforce de conjoindre –de tresser-la dimension logique et ontologique, nous n’y reviendrons pas (5) /…/. » Allons voir ce que dit cette note n°5 à la page 372 : « /…/ Il y a bien une tresse entre l’ousia et l’hypokeimenon ». Et il ajoute « /…/ les essentialistes américains ou anglais interprètent l’hypokeimenon comme un x susceptible d’être mis en fonction ». A ce x Lacan a donné divers noms qui vont de la ‘res’ romaine au ‘râ’ perse en passant par le ‘ʃaj’ arabe. Cf. aussi le texte de Gilbert Lazard, Le râ persant et le ba chinois, p.170 : « Râ est une postposition et ba une préposition. /…/ râ est la forme moderne attestée en vieux-perse et signifiant ‘pour’ et ‘à cause de’ ».
12 Barbara Cassin et Alain Badiou, Il n’y a pas de rapport sexuel ; Deux leçons sur « l’Etourdit » de Lacan , 2010, chez Fayard. [PADRS]
13 Alain Badiou, Heidegger, Le nazisme, les femmes, la philosophie , 2010, chez Fayard. [HND}
14 Hugo Ott, Martin Heidegger, Éléments pour une biographie , 1988, Bibliothèque historique Payot.
15 Quand Lacan subsume sous un objet unique, l’objet ‘a’, toute une série d’autres objets, il tombe sous le coup de ce de Libera nomme the psychologist’s fallacy [LDR p.534, note].
16 Trognon : terme qui s’épluche comme un oignon, puisque chaque fois qu’on lui ôte une lettre un autre mot apparait.
17 Sous le titre « Barbara, Celarent, Darii, Ferio, Baralipton, » Wikipédia reprend un texte paru dans la revue Portique , revue chère à mon pote Benoît Götz ; texte que l’on doit à Louis Vax qui fut un temps mon professeur de Logique. Il y est dit, par exemple, que : « La logique modale traite du nécessaire, et de ce qui ne l’est pas : le contingent, du possible et de ce qui ne l’est pas : l’impossible. » Choses que pour ma part j’écris : □, ¬ □, ◊, ¬ ◊, « Il en est du logicien comme du chimiste, qui parle de ‘sel’ à table, et de ‘chlorure de sodium’ au laboratoire. Il laisse Maistre Janotus de Bragmardo s’embrouiller dans un raisonnement en Darii pour exiger de Gargantua la restitution des cloches de Notre-Dame. » « Il découle des règles du mode FERIO, dont la majeure est universelle négative et la mineure particulière affirmative, que le propos ne peut avoir pour conclusion qu’une particulière négative [Ǝx : ¬ Φx →x = ¬ x = ø].
18 Badiou en parlait déjà dans sa contribution au colloque : Lacan avec les philosophes , [LP] « Lacan et Platon, Le mathème est-il une idée », 1991, chez Albin Michel, p.133 ; et aussi dans son séminaire de 1994-1995, Lacan, L’antiphilosophie 3 , Fayard. p.167.
19 Enfin, il est une citation de Lacan que Badiou rapporte [dans LP p.137] : « C’est seulement dans la dimension de l’être en tant qu’être, et non pas celle du réel, que peuvent s’inscrire les trois passions fondamentales /…/ », citation dans son commentaire de laquelle il ne tient pas compte du fait qu’en 1954 le réel dont Lacan parle n’a pas encore pris le sens qu’il prendra par la suite : celui de l’impossible.
20 Christian Fierens : Une deuxième lecture de l’Étourdit de Lacan , mars 2012, Point hors ligne, Érès édit.
21 Alain Badiou, Court traité d’ontologie transitoire , [CTOT] ; 1998, Seuil, p.29.
3 Le pathos de la personnalité multiple
Dès lors que j’ai récemment suggéré l’existence d’un rapport de ce qui est forclos, au sens de Lacan, à ce qui se fait jour après-coup, au gré d’une mémoire que je qualifie, faute de mieux, de ‘mémoire corporelle’, j’en viens à la question : « Qu’en est-il du mode d’inscription du vécu intra-utérin, (et aussi de ses suites immédiates) en tant que susceptible de se faire jour, hors de la période de la vie néonatale ? »
Il est indéniable que cette mémoire, dont je postule qu’elle est corporelle et que des bribes de ce qu’elle comporte sont susceptibles de s’inscrire sous la forme de signifiants présents ultérieurement dans le discours du sujet, semble avoir quelque rapport à ce qui se manifesté sous hypnose au titre d’une ‘mémoire retrouvée’. A ceci près que ce qui constitue cette mémoire dite retrouvée est la reconstruction discursive des fantasmes du sujet, finalisée au gré du transfert qui lui est en quelque sorte imposé par l’hypnotiseur, et donc auquel elle répond dans le sens de ses attentes. Il s’agit d’une pathologie de la mémoire, provoquée et imposée par le désir de l’hypnotiseur.
Je m’empresse par conséquent de collecter des observations vierges, hors du contexte ainsi évoqué, et susceptibles de rendre compte de la possible réinscription de ces « souvenirs non-sus » dans la vie ultérieure de l’intéressé.
Une telle occasion s’est présentée de manière fortuite un jour où je me suis plongé dans les rayons de ma bibliothèque à la recherche de volumes, et donc d’auteurs, qu’Alain de Libera cite par brassées. J’en emporte donc une pile de derrière les fagots et parmi eux celui que je n’avais même pas ouvert, paru en 1989 et intitulé : L’âmeréécrite 22 , que l’on doit à Ian Hacking. Ce philosophe qui se mêle de psychopathologie des ‘personnalités multiples’ n’a, à aucun moment, caressé l’hypothèse d’un retour – sous cette forme de pathologie-d’évènements renvoyant au vécu intra-utérin, (ou plus largement liés à la néonatalité), et la meilleure preuve en est qu’il cite bien Otto Rank mais exclusivement au sujet de son étude sur le Double , ignorant son travail sur le Traumatisme de la naissance.
Je serais fort aise de mener par le bout du nez ce cher Ian Hacking et le faire danser en rond sur la scène de sa frime (ainsi que ceci est décrit par Dostoïevski dans un fameux épisode de ses Enragés ), n’était-ce qu’au nom de l’avantage que j’ai sur lui, après-coup, de par la grâce des données nouvelles qui nous parviennent du côté de la science de la néonatalité.
Bref, Hacking développe le cas d’un certain Louis Vivet, né en 1863, et qui a donné beaucoup de fil à retordre à ses multiples soignants, ce qui nous est l’occasion de prendre la mesure des divers diagnostics qui lui ont été appliqués et de la grande variété des méthodes thérapeutiques en usage à cette époque. Ce qui justifie mon intrusion c’est le fait que Louis Vivet était ([AR], p.276) fils d’une prostituée alcoolique, qui le battait et le négligeait. Un prostituée travaille (ça baise), y compris quand elle est enceinte. A partir de ce postulat voici l’occasion rêvée d’examiner ce qui pourrait en résulter, après-coup, pour le fœtus en question.
J’ai en mémoire les descriptions faites par Bernard This 23 , d’expériences avec des sujets in utero tels que palpables à partir de la surface du ventre de leur mère (dans le cadre de l’haptonomie), où ce qui est probant, c’est que le fœtus ‘répond’ en s’approchant de la main qui palpe.
Mais à cette palpation ‘externe’ du ventre de la mère on est susceptible de substituer d’autres modes de palpation ‘interne’, distincts topologiquement. Les partenaires d’une péripatéticienne ont des voix (et voies) spécifiques et leur timbre peut revêtir pour le fœtus de effets insécurisants, voire discordants, et induire ainsi une pathomimie à forme spasmodique. D’autant que la fréquence de ces intrusions (tambour battant) aurait nécessairement des effets d’ Umheimlich . Surtout qu’une prostituée n’est pas sensée jouir et donc le flux hormonal circulant entre le fœtus et sa mère n’est pas forcément porteur ‘que’ d’endorphines apaisantes.
Ce déballage de ce que l’on serait en droit de considérer comme le fruit de ‘mes propres fantasmes’ (et donc a priori sans rapport avec une quelconque réalité) ne nous absout pas du devoir de considérer les conséquences du diagnostic initial (crises d’hystérie) qui, dans ce cas envisagé, celui dudit Vivet, méritent d’être examinées et paraissent tout à fait énormes. Il se trouve que l’enfant a été ultérieurement confié à toute une série d’institutions vu qu’il était atteint d’une kleptomanie et donc sanctionnable à ce titre. On pourrait estimer ‘qu’il ne l’avait pas volé’ mais il n’en reste pas moins que son devenir n’était pas spécialement enviable.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents