Manager 3.0
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Manager 3.0 , livre ebook

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Description

Manager 3.0 est un wake up call pour le monde de l’entreprise et les professions libérales.
L’intelligence artificielle (IA) monte en puissance. Elle a commencé à impacter significativement la vie des entreprises et le contenu des tâches des managers. Elle exige le développement de nouvelles compétences. Certains managers seront capables de transcender ce changement disruptif, d’autres pas.
Quelle est la différence qui fera LA différence ? Le manager qui sera à l’aise dans le monde de l’IA est celui qui se sera adapté créativement et aura développé son intelligence émotionnelle. Nous l’appelons le Manager 3.0.
Le Manager 3.0 collabore avec les robots et coopère avec ses alter ego.
Sur un ton libre et percutant mêlant analyses, illustrations, métaphores, exemples et sources bibliographiques, l'auteur nous interpelle en mettant l’humain et l’éthique au centre de la disruption technologique.
Dans ce livre découvrez
•la puissance et le potentiel de l’IA;
•des conseils concrets pour gérer le changement amené par la transformation digitale;
•des outils pour développer votre intelligence émotionnelle et votre créativité
•sept principes forts et accessibles pour passer à l’action et emmener vos équipes vers le succès durable dans un monde en perpétuelle mutation.
Devenez un Manager 3.0 !
Extrait de l'Avant-ProposLes robots sont là. Ils sont là pour rester et ils pourront faire beaucoup de choses, souvent mieux que les humains. En fait, tout ce qui implique des tâches répétitives pilotées par des données pourra leur être confié. Ce qui nécessite des interactions sociales complexes et de la créativité disruptive restera par contre l’apanage des humains.En effet, ce qu’ont les humains mais pas les robots, c’est cette intelligence sociale et émotionnelle qui est propre à notre espèce, qui nous permet de fonctionner avec les autres et de gérer le changement, avec tous les espoirs et les peurs qui l’accompagnent. C’est cette créativité inspirée et parfois artistique qui nous apporte des solutions vraiment originales. C’est cette intelligence élevée qui nous permet de nous projeter dans le futur et de créer les mythes fondateurs et fédérateurs pour notre avenir.C’est pourquoi, afin d’optimiser les ressources disponibles, de gagner en efficacité et potentiellement de réduire les coûts, les managers avisés vont être amenés à collaborer (du latin co-laborare) avec les robots, c’est-à-dire à diviser et à répartir au mieux le travail entre les humains et les machines : cela leur apportera une plus grande productivité, moins d’erreurs, et davantage de temps qui pourra être consacré à d’autres activités créatrices de valeur.En même temps, il sera important qu’ils coopèrent (du latin co-operare) encore mieux avec leurs alter ego, ce qui signifie œuvrer ensemble, de façon créative, dans un but commun, avec un lien émotionnel fort. Les capacités de communication, d’écoute active, d’empathie, d’innovation inspirée - qui sont propres aux humains - seront les meilleurs atouts pour bien vivre cette transition vers le monde de demain.Comme dans les arts martiaux, utilisons l’énergie de l’adversaire ! Le courant technologique est trop fort pour que l’on puisse lui résister : tout plaide donc pour en tirer parti au mieux et en conscience. Le manager qui se sera adapté et qui réussira à collaborer efficacement avec les robots, tout en coopérant naturellement avec ses alter ego dans ce nouveau monde refaçonné par l’évolution technologique, nous l’appellerons le Manager 3.0.Le Manager 1.0 vivait au temps de la deuxième révolution industrielle. Il faisait tourner un système. Son mode de fonctionnement était le command and control : « Je te dis ce que tu dois faire ! » L’information était pour lui source de pouvoir, il la conservait jalousement. La compétition sur le marché et dans l’entreprise faisait partie des dures règles du jeu.Le Manager 2.0 est apparu au début des années 2000. Il est participatif mais garde le pouvoir. L’information est accessible sur la base du need to know : « Je te donne ce que tu as besoin de savoir ». La coopération est encouragée pour autant qu’elle ne freine pas la vitesse d’exécution.Le Manager 3.0 a quant à lui une intelligence augmentée par sa capacité à collaborer avec les robots et à coopérer avec ses alter ego. Chacun est dans son rôle. Il a effectué un travail de connaissance de lui-même et a libéré son organisation des contraintes limitantes. L’information est disponible partout et tout le temps. La créativité et le challenge du statu quo font partie de son quotidien. C’est un visionnaire, il donne la direction. Il est un pourvoyeur de ressources pour ses équipes. La DIFFÉRENCE qui fait LA différence, c’est sa capacité à se remettre en cause et à développer en continu son intelligence émotionnelle pour coopérer avec ses alter ego et gérer le vent du changement.Avec Manager 3.0, comprenez comment mettre l'intelligence artificielle en oeuvre dans votre entreprise en mettant toutes les chances de succès de votre côté. Recevez des clés concrètes pour gérer la transformation digitale en faisant de vos equipes des acteurs du changement.  

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2020
Nombre de lectures 304
EAN13 9782379790904
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Christian du Jardin
MANAGER 3.0
Sept principes pour accompagner le changement induit par l’Intelligence Artificielle
ISBN numérique : 978-2-37979-090-4 ISBN papier : 978-2-37979-089-8 © Copyright Juin 2020 Christian du Jardin

Conception de la couverture : BCG Studio Graphique Illustration de la couverture : Raphaël Boyer Mise en page de la couverture : Iggybook Paris Illustrations du livre : Denis Dorbolo (PictoBello.com) Mise en page et édition : Iggybook Paris

Mentions légales Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, du texte, des illustrations et/ou de la nomenclature contenus dans le présent ouvrage, et qui sont la propriété de l’auteur, est strictement interdite.


À tous les managers qui m’ont inspiré.


Une fois pris dans l’événement, les hommes ne s’en effraient plus. Seul l’inconnu épouvante les hommes. Mais pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus l’inconnu.

Antoine de Saint-Exupéry, Artiste, aviateur, écrivain (1900 - 1944), Terre des Hommes (1938)

Après avoir inventé le feu, nous avons fait beaucoup de bêtises avant d’inventer l’extincteur. Notre avenir sera une course entre la technologie et la sagesse. Assurons-nous que la sagesse gagnera.

Stephen Hawking, Physicien théoricien et cosmologiste (1942 – 2018), Brèves réponses aux grandes questions (2018)


Remerciements

MANAGER 3.0 est un projet qui a vu le jour grâce aux efforts de nombreuses personnes remarquables qui m’ont accompagné pendant les 24 mois de sa préparation. Je suis profondément reconnaissant à tous ceux et celles dont l’enthousiasme et l’énergie ont encouragé ma passion pour la rédaction de ce livre et m’ont permis d’en faire une réalité.
Je tiens à exprimer mes remerciements spécialement à : Pascale Debliquy, mon épouse et ma coach de vie, qui m’a poussé à prendre la plume pour délivrer mon message et m’a soutenu tout au long du processus; Caroline Bachot, ma business coach, qui m’a donné du rythme et m’a obligé à rester concentré sur mon objectif; Oriane Ponseele et Marie-Claude Debliquy qui, avec patience et rigueur, m’ont apporté une aide très précieuse à la rédaction et à la correction des textes; Mes relecteurs, qui ont mis de l’ardeur à lire le manuscrit et à me challenger pour porter le discours plus loin; Denis Dorbolo (PictoBello.com), illustrateur de talent, qui a été brillant dans sa capacité à exprimer la quintessence du propos par ses dessins; Aux membres de l’équipe de Iggybook qui ont pris en main le manuscrit pour le transformer en livre : ce sont des alchimistes.


AVANT-PROPOS
Ce livre est un wake up call – un réveil – pour les managers, les entreprises, les organisations et les professions libérales qui n’ont pas encore réalisé que, dans les dix ans qui viennent, tout va changer suite à la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA) 1 et qu’ils vont devoir s’adapter.
L’énergie qui me fait avancer chaque jour est celle du partage et de la transmission. J’ai vécu diverses expériences professionnelles et personnelles, j’ai appris, j’ai suivi des formations, j’ai beaucoup lu, j’ai débattu intensément. Mon désir en partageant mes réflexions avec vous est de vous faire gagner du temps, de vous faire prendre conscience du changement qui nous entoure et que nous allons chacun traverser en tant que personne et en tant que manager, en raison de l’accélération technologique qui est en cours. L’IA va contribuer à façonner une société qui sera demain à la fois dans la prolongation et dans la disruption de ce que nous connaissons aujourd’hui.
Après deux ans de lectures et de recherches intensives, « je sais que je ne sais pas ». Le sujet de l’IA est interpellant. J’ai fondé mon analyse sur des études solides et fiables réalisées par des auteurs et des organisations de renom. J’ai interrogé nombre d’experts. Les sources sont multiples au bas des pages et dans la bibliographie. Cependant, plus on commence à comprendre, plus les questions se posent : technologiques, organisationnelles, sociales, éthiques. Considérez que je suis un non-expert qui parle à des non-experts. Tout évolue, et cela aussi est passionnant. Si une partie de ce que vous allez découvrir se révèle incomplète ou inexacte, je vous demande d’être indulgent. N’hésitez pas à me contacter afin de m’en faire part, car ensemble nous pouvons toujours apprendre plus. Einstein, chercheur génial, n’a-t-il pas dit en toute humilité : « En théorie, la théorie et la pratique sont identiques, en pratique, elles ne le sont pas » ?
Mon souhait est de vous éveiller à l’IA, à ses enjeux et à son potentiel d’innovation. Après avoir débroussaillé et démystifié l’IA, je me veux porteur d’un message tout à fait optimiste, car telle est ma nature. Il va falloir collaborer avec les robots et leur confier les tâches qu’ils font mieux que nous, c’est un fait. Mais il va surtout falloir développer notre capacité à coopérer avec nos alter ego les humains et pour cela, travailler notre intelligence émotionnelle et notre créativité.
Il est important que nous fassions grandir nos aptitudes à ressentir les choses, à entrer en connexion avec les autres, à être créatifs de façon vraiment originale, voire artistique, à rêver et à inspirer, à nous connecter à quelque chose de plus grand que nous. L’homme, le manager, qui aura réussi cela disposera d’une intelligence augmentée de l’IA et de sa capacité à mieux utiliser son intelligence émotionnelle. Il sera mieux armé pour traverser le changement et guider son entreprise sur le chemin de la transformation digitale et de la prospérité.
En effet, le grand défi de toute mutation technologique se trouve dans le mot « mutation ». Il nécessite d’accompagner l’organisation et ses employés vers ce monde qui change. Il implique de faire le deuil du passé pour entrer dans une nouvelle ère. Il demande de raconter une histoire inspirante d’une part et de gérer les barrières et les peurs d’autre part.
Le livre est construit autour de sept principes qui sont autant de prises de conscience et de compétences à développer par le manager de demain, que nous appellerons le Manager 3.0.
Pour rendre le tout aisé à parcourir et à comprendre, pour que le propos soit facilement accessible aux managers curieux et pressés dont je fais partie, chaque principe est résumé et illustré en fin de chapitre. Des pistes de réflexion sont proposées pour ancrer les concepts présentés.
À un concert sans places numérotées, il y a les rapides qui sont bien placés aux premiers rangs et qui profiteront à fond de l’expérience de la soirée… et les autres qui risquent de faire grise mine parce que mal installés, trop loin ou trop près. C’est le même scénario que l’on retrouve avec la mise en œuvre de l’IA. Il y aura les adopteurs précoces qui seront prompts et agiles à comprendre ce qui se passe. Ils s’en feront une alliée. Ils se rendront indispensables pour accompagner les changements et ils y prendront plaisir. Ils attireront autour d’eux les compétences qui leur permettront de connaître le succès dans la durée. Et il y aura les autres, qui subiront une révolution qu’ils auront vue arriver trop tard ou qui les aura effrayés au point de les paralyser.
Soyez dans la clairvoyance de ce qui arrive. Soyez un adopteur précoce de l’IA.
Soyez un Manager 3.0. Il n’est pas encore trop tard mais c’est maintenant que cela se joue.
Bonne lecture.
Christian du Jardin


1 . Pour la clarté et la fluidité du texte, le terme « intelligence artificielle » sera systématiquement remplacé par l’abréviation IA dans la suite de l’ouvrage.


INTRODUCTION


Des changements sans précédent dans l’histoire de l’humanité
« On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter. » (E. Kant 2 )
Nous sommes à l’aube de la quatrième révolution industrielle. Les changements qu’elle va entraîner seront sans précédent en complexité et en importance au regard de ce que l’humanité a pu connaître jusqu’à présent. Voici ce que nous en dit Klaus Schwab 3 , l’homme de Davos : « Nous ne savons pas encore ce qui va se passer, mais une chose est sûre : notre réponse doit être globale et impliquer toutes les parties prenantes au niveau mondial. »
Lors de la première révolution industrielle – à la charnière entre les XVIII e et XIX e siècles –, l’eau et la vapeur ont permis de mécaniser la production.
La seconde révolution industrielle – que l’on positionne à la fin du XIX e siècle et au début du XX e – a exploité l’énergie électrique pour créer la production de masse. Elle a donné accès à une multitude de produits dans tous les domaines et les a rendus accessibles à un très grand nombre, pour le confort du quotidien dans les pays développés.
La troisième révolution industrielle est électronique et a utilisé les technologies de l’information pour automatiser la production. Elle a émergé à partir des années 60 et s’est prolongée avec l’arrivée des ordinateurs personnels et de l’Internet. Grâce à l’hyperconnectivité, elle a gommé de nombreuses frontières pour les entreprises et les hommes. Le smartphone nous relie à tout instant à une énorme communauté d’amis, de collègues et d’experts, réels ou virtuels. En 2019, le cap des 53 % de la population mondiale connectés à l’Internet a été dépassé. 4
La quatrième révolution industrielle – qui s’amorce – est celle du numérique, des big data , de la robotique, des objets connectés, de la réalité augmentée, de l’IA. C’est au début des années 2010 que le concept de quatrième révolution industrielle a commencé à faire vraiment parler de lui. Cette révolution évolue à un rythme très accéléré par rapport aux précédentes. De plus, elle se caractérise par une fusion des technologies qui brouille les lignes entre les sphères physique et virtuelle. L’innovation sera collaborative et basée sur l’association des technologies. Cette nouvelle créativité, souvent disruptive, va perturber pratiquement toutes les industries existantes, bouleversant les anciens modèles d’affaires et en créant de nouveaux. Une myriade de jeunes entreprises exploiteront la puissance de l’IA pour trouver des solutions novatrices à des problèmes complexes.

« L’avenir de nos vies, de notre travail, de nos entreprises et, surtout, l’avenir de notre monde dépendent de notre bonne compréhension des changements vertigineux qui nous attendent. » James Canton 5 appelle cela être future-ready.
Automate, robot, intelligence artificielle (IA) : de quoi parle-t-on ?
Un automate est une machine qui exécute, de façon répétitive et immuable, un programme préétabli. Les automates existent depuis bien longtemps. L’un des tout premiers dont on ait une description est le pigeon d’Archytas de Tarente 6 . Cette machine volante, qui était appelée « pigeon » par analogie avec la forme de l’oiseau, était branchée sur une petite chaudière qui chauffait de l’eau et mettait l’engin sous pression. Lorsque cette dernière était suffisante, le mécanisme était projeté en l’air, capable de voler sur quelques dizaines de mètres. Les maîtres horlogers suisses du XVIII e siècle ont quant à eux montré beaucoup de créativité : les plus belles pendules étaient souvent des fantaisies décoratives dotées de multiples automates. Le lapin Duracell bien connu en est un lui aussi.
Le robot est un automate évolué : il fonctionne au moyen de capteurs qui alimentent un système logique et des actionneurs. Il est conçu pour accomplir automatiquement des tâches imitant ou reproduisant, dans un domaine précis, des actions humaines. Il est capable de donner des réponses ou d’engager des actions en fonction des informations qu’il capte, et peut en conséquence évoluer dans un environnement dynamique. Les actionneurs peuvent être mécaniques ou digitaux. Dans ce dernier cas, il s’agit alors d’une information digitale qui est émise par le robot, le principe étant que l’actionneur exerce une « action » sur son environnement. Sa structure correspond à un cahier des charges bien précis, ce qui lui permet d’effectuer les tâches prédéfinies qui lui ont été assignées. Ni plus, ni moins, mais de façon extrêmement rigoureuse et a priori sans stress ni fatigue.
Les robots travaillent très fort depuis toujours
Sachez que le mot « robot » vient du tchèque robovat qui signifie « corvée » ou encore « travailler très fort ». Il a été créé pour la pièce de théâtre R.U.R. Rossum’s Universal Robots 7 de l’écrivain Karel C apek. Écrite en 1920 et jouée pour la première fois à Prague en 1921, ensuite à New York en 1922, cette pièce sera montée à Paris par la Comédie des Champs-Élysées en 1924.
Les robots mis en scène sont des machines biologiques à l’apparence humaine, capables de penser mais dénuées de sentiments, et destinées à accomplir des tâches pour alléger la vie des hommes de façon ultra-efficace et peu coûteuse : robot-dactylo, robot-majordome, robot-ouvrier, etc.
Un des personnages résume comme suit l’essentiel de la situation : « Un robot peut remplacer deux travailleurs et demi. La machine humaine étant terriblement imparfaite, elle devrait disparaître tôt ou tard. » Plus loin dans cette tragi-comédie, Radius, le chef des robots, explique ce qui est en train de se passer : « Le pouvoir de l’homme est anéanti. En prenant possession de l’usine, nous devenons les maîtres de tout. Un nouveau monde est né. C’est l’ère du robot. »
Dans cette histoire, des millions de robots remplacent progressivement les hommes, et la compagnie RUR gagne une fortune. Les hommes, devenus anachroniques et inutiles, sont condamnés à l’inactivité et à l’oisiveté. L’humanité tombe vite en décadence et perd sa capacité à se développer : plus d’idées, plus d’initiatives, même plus de bébés. Les robots font les guerres et finissent par se révolter contre leurs maîtres, les hommes, qu’ils exterminent. L’histoire finit cependant bien car deux robots découvrent l’Amour !
Karel Capek était-il un visionnaire ? Une partie de son histoire est réelle en tout cas : les robots ont pris leur place dans notre environnement quotidien et professionnel. Pour la suite, c’est maintenant que cela se joue.
L’IA peut être définie comme un système logique évolué constitué d’algorithmes et capable d’apprentissage, ou comme un ensemble de modèles utilisant des programmes informatiques complexes capables d’évoluer et de simuler certains traits de l’intelligence humaine. Plus les tâches attendues sont sophistiquées et l’environnement complexe et changeant, plus les algorithmes devront être élaborés. Les dernières technologies les font fonctionner en couches successives, imitant en cela l’organisation des circuits neuronaux du cerveau humain.
La croissance exponentielle des données disponibles, grâce entre autres à l’arrivée de l’Internet des objets et aux nouvelles compétences des algorithmes, permet d’envisager des performances et des applications jamais considérées jusqu’à présent. Un ordinateur utilisant l’apprentissage machine sur des quantités énormes de données sera capable, par itération, de créer des modèles que les humains n’auraient peut-être pas attendus ou espérés.
La quatrième révolution industrielle amenée par l’IA étant caractérisée par la fusion des technologies, les systèmes d’IA équiperont des robots machines ou réaliseront des tâches virtuelles, comme par exemple la détection de tumeurs cancéreuses ou l’optimisation de l’analyse de la solvabilité des clients. Un robot pouvant être matériel ou virtuel, nous emploierons indifféremment les termes « robot » ou « IA » en fonction de notre propos dans la suite de notre ouvrage.
Finies les aventures téléphoniques avec les centres de contact qui rendent fous, merci les ACA !
Un ACA (agent conversationnel animé, aussi appelé chatbot en anglais) est un petit personnage virtuel équipé d’un logiciel d’IA qui a une représentation humanoïde et qui va communiquer et dialoguer avec l’humain. Il est enrichi de données afin de pouvoir décrypter une question et d’être capable de répondre à cette question en fonction de son analyse. L’ACA a aussi été entraîné en apprentissage machine à imiter les expressions vocales et faciales des opérateurs. Il donnera ainsi l’impression d’avoir des émotions simples comme la surprise, la joie ou la tristesse. L’interaction ressemblera à un dessin animé, si ce n’est que le calcul des animations et la mise en scène se font ici en temps réel. Rien n’est préenregistré. C’est parce qu’il a la capacité de se mouvoir, d’interpréter, de prendre des décisions et de les communiquer avec des nuances et parfois aussi avec de l’humour que l’agent virtuel peut être perçu comme ayant des capacités émotionnelles.
Les ACA sont des robots rendus capables et efficaces grâce à l’IA. Ils sont conçus pour apprendre et améliorer leurs performances au fur et à mesure de leurs conversations et interactions avec les humains. Ils sont déjà utilisés dans les services clients, mais ils font aussi leur apparition par exemple comme tuteurs interactifs dans des programmes d’éducation ou comme aides-soignants dans des services hospitaliers. Certains ACA jouent également le rôle du recruteur dans la sélection de candidats. Ils peuvent être plus ou moins sympathiques, voire dominants ou exigeants.
Les neuf intelligences
La définition de ce qu’est l’intelligence fait débat et l’arrivée de l’IA ne fera que renforcer le questionnement. Cette définition-ci semble faire consensus : « L’intelligence est l’ensemble des processus retrouvés dans des organismes ou des systèmes, plus ou moins complexes, vivants ou non, qui permettent de comprendre, d’apprendre ou de s’adapter à des situations nouvelles. L’intelligence est donc une faculté d’adaptation (apprentissage pour s’adapter à l’environnement ou au contraire, faculté de modifier l’environnement pour l’adapter à ses propres besoins). Dans ce sens général, les animaux, les plantes ou encore les systèmes informatiques (apprentissage automatique) font preuve d’une intelligence. 8 »
Howard Gardner 9 , le pape des intelligences multiples, souligne quant à lui l’existence de plusieurs formes d’intelligences indépendantes, correspondant à des zones différentes d’activation dans notre cerveau et dont nous sommes tous dotés dans des proportions extrêmement variables : L’intelligence verbo-linguistique : elle touche tout ce qui a trait au langage écrit ou parlé. Elle concerne l’aptitude à penser, à communiquer et à exprimer des idées parfois complexes. L’intelligence logico-mathématique : il s’agit de la faculté de penser de manière abstraite et de faire preuve de logique. Cette intelligence permet d’analyser les causes d’un phénomène et d’expliquer le pourquoi des choses de façon déductive. L’intelligence corporelle kinesthésique : elle est liée aux aptitudes physiques à utiliser son corps. Les conséquences de chaque mouvement sont bien comprises. L’intelligence spatiale : elle est caractérisée par la capacité de se faire une représentation mentale du monde et de se repérer dans l’espace. Cela concerne aussi l’aptitude à visualiser, sous des angles différents, un objet absent. L’intelligence musico-rythmique : elle permet d’apprendre le langage musical et d’apprécier les subtilités de la musique, les rythmes et les mélodies. L’intelligence interpersonnelle : elle aide à identifier et comprendre ce que vivent les autres, et permet à un individu de réagir de manière adaptée à son environnement social. L’intelligence intrapersonnelle : celle-ci est centrée sur la connaissance de soi. Elle permet d’expérimenter les émotions, de les différencier et d’adopter un comportement adéquat. L’intelligence naturaliste : elle oriente vers l’observation de la nature et encourage à se montrer sensible au vivant au sens le plus large. L’intelligence spirituelle : elle pousse les hommes à s’interroger sur le sens et l’origine des choses. Elle concerne les questionnements et les comportements en rapport avec le domaine sacré de la vie.
Les robots ont toujours été très forts en intelligence logico-mathématique, c’est incontestable. Le constat d’aujourd’hui est qu’ils gagnent du terrain sur les autres intelligences, mis à part probablement, et pour le moment, les intelligences intrapersonnelle et interpersonnelle. Celles-ci se trouvent souvent reprises sous l’appellation d’intelligence émotionnelle (IE). Quant à l’intelligence spirituelle, elle est encore, et pour un bon moment sans doute, le propre de l’être humain même si des œuvres de fiction prêtent déjà une certaine conscience aux machines.
C’est l’intelligence émotionnelle (IE) qui fera la différence
Citons les chiffres qui nous viennent de l’excellent article de la Harvard Business Review (HBR) « How artificial intelligence will redefine management » 10 . Cette analyse, qui reprend les messages-clés de l’étude effectuée en 2015 par Accenture The impact of cognitive computing in management 11 , a été l’élément déclencheur de ma réflexion quant aux effets de l’IA sur la vie des managers de demain. Ces chiffres sont à la fois rassurants et interpellants (voir les figures 1 et 2 ci-après).
Les 1770 middle et senior managers interrogés ont estimé que les tâches d’administration, de coordination et de contrôle occupent en moyenne 53 % de leur temps. Or, ce sont ces activités-là qui pourront être demain majoritairement effectuées avec plus de rapidité, de précision et d’efficacité par nos alliés les robots. Il en résulte qu’à terme, 25 % à 50 % des tâches de management seront menacés. Ou, façon plus positive de voir les choses, que 25 % à 50 % du précieux temps des dirigeants seront bientôt libérés pour d’autres occupations. Autre bonne nouvelle : 86 % des managers interrogés considèrent positivement l’aide bientôt apportée par l’IA.


Figure 1 : Le temps passé par les managers sur les différentes catégories de tâches en pourcentage
Dans cette étude, il était ensuite demandé aux managers d’énoncer les compétences qu’ils estimaient devoir développer pour maintenir le succès dans la durée. Sans trop de surprise voit-on apparaître dans le top trois des réponses 1) les connaissances techniques et digitales, 2) la technologie de l’information, et 3) l’analyse et l’interprétation des données.
Plus préoccupant que ce constat de devoir monter en puissance sur les aspects techniques, il est mentionné dans l’étude que les compétences d’intelligence émotionnelle – telles que la capacité à coopérer et à travailler en réseau, le développement des personnes et le coaching – ne semblent être considérées comme importantes que par 21 % des personnes interrogées. Or, tout le challenge est là ! Car, comme le confirme l’analyse de la HBR, les compétences clés à développer pour réussir dans le monde de demain en tant que manager se nomment : créativité, collaboration, empathie et jugement.


Figure 2 : Les pourcentages des personnes interrogées qui ont inclus cette compétence à développer dans leur top trois
Est-ce grave, docteur ?
De toute évidence, une prise de conscience forte s’impose. Car il faut réaliser que ce ne sont pas seulement les métiers à tâches répétitives de l’industrie manufacturière ou du service qui seront concernés et impactés par l’essor de l’IA, mais TOUS les métiers. Que vous soyez directeur des ressources humaines, manager des ventes, médecin spécialisé, expert-comptable, courtier en assurances, avocat, patron de PME, professeur d’université, chercheur en biotechnologie ou autre, votre métier et celui de votre équipe seront réinventés en tout ou en partie dans les cinq à quinze ans qui viennent. Prenez-en conscience, toutes les études le confirment !
Trois logiques pourront se décliner en matière d’impact sur l’emploi : La logique substitutive dans laquelle un emploi sera totalement automatisé et donc disparaîtra ; La logique rationalisante, où le travail sera piloté par des algorithmes qui indiqueront à un humain les gestes à effectuer (par exemple au travers d’un casque de réalité virtuelle, ou de scripts pour des vendeurs de solutions en business to business) ; et enfin La logique capacitante, grâce à laquelle l’humain sera aidé, et donc augmenté, par l’IA.
Selon les experts, tous les métiers seront touchés. Le fait qu’un emploi soit substitué ou augmenté ne sera pas uniquement déterminé par la technologie. La vision et la stratégie de l’entreprise feront la différence. Elles pourront être court-termistes à la recherche d’économies, ou au contraire visionnaires visant la création de bien-être et de valeur pour toutes les parties prenantes : les clients, les employés, les actionnaires, la société et la planète.
Maintenant que le diagnostic est posé sur les impacts possibles de la quatrième révolution industrielle et de l’IA sur votre activité de manager et sur le métier de votre entreprise, ce qui serait grave serait de l’ignorer ! N’hésitez pas à monter dans le train du changement avec les adopteurs précoces : vous serez dans les 16 % des managers qui ont vu l’innovation avant les autres 12 . Ces acteurs-là ont compris comment fonctionne le monde et n’hésitent pas à sortir de leur zone de confort pour embrasser la nouveauté. Le futur leur appartient bien plus sûrement qu’aux retardataires. Mettez-vous en route pour les rejoindre !
Et maintenant, la toute bonne nouvelle !
Les robots sont là. Ils sont là pour rester et ils pourront faire beaucoup de choses, souvent mieux que les humains. En fait, tout ce qui implique des tâches répétitives pilotées par des données pourra leur être confié. Ce qui nécessite des interactions sociales complexes et de la créativité disruptive restera par contre l’apanage des humains.
En effet, ce qu’ont les humains mais pas les robots, c’est cette intelligence sociale et émotionnelle qui est propre à notre espèce, qui nous permet de fonctionner avec les autres et de gérer le changement, avec tous les espoirs et les peurs qui l’accompagnent. C’est cette créativité inspirée et parfois artistique qui nous apporte des solutions vraiment originales. C’est cette intelligence élevée qui nous permet de nous projeter dans le futur et de créer les mythes fondateurs et fédérateurs pour notre avenir.
C’est pourquoi, afin d’optimiser les ressources disponibles, de gagner en efficacité et potentiellement de réduire les coûts, les managers avisés vont être amenés à collaborer (du latin co-laborare ) avec les robots, c’est-à-dire à diviser et à répartir au mieux le travail entre les humains et les machines : cela leur apportera une plus grande productivité, moins d’erreurs, et davantage de temps qui pourra être consacré à d’autres activités créatrices de valeur.
En même temps, il sera important qu’ils coopèrent (du latin co-operare ) encore mieux avec leurs alter ego, ce qui signifie œuvrer ensemble, de façon créative, dans un but commun, avec un lien émotionnel fort. Les capacités de communication, d’écoute active, d’empathie, d’innovation inspirée – qui sont propres aux humains – seront les meilleurs atouts pour bien vivre cette transition vers le monde de demain.
Comme dans les arts martiaux, utilisons l’énergie de l’adversaire ! Le courant technologique est trop fort pour que l’on puisse lui résister : tout plaide donc pour en tirer parti au mieux et en conscience. Le manager qui se sera adapté et qui réussira à collaborer efficacement avec les robots, tout en coopérant naturellement avec ses alter ego dans ce nouveau monde refaçonné par l’évolution technologique, nous l’appellerons le Manager 3.0.



Le Manager 1.0 vivait au temps de la deuxième révolution industrielle. Il faisait tourner un système. Son mode de fonctionnement était le command and control : « Je te dis ce que tu dois faire ! » L’information était pour lui source de pouvoir, il la conservait jalousement. La compétition sur le marché et dans l’entreprise faisait partie des dures règles du jeu.
Le Manager 2.0 est apparu au début des années 2000. Il est participatif mais garde le pouvoir. L’information est accessible sur la base du need to know : « Je te donne ce que tu as besoin de savoir ». La coopération est encouragée pour autant qu’elle ne freine pas la vitesse d’exécution.
Le Manager 3.0 a quant à lui une intelligence augmentée par sa capacité à collaborer avec les robots et à coopérer avec ses alter ego. Chacun est dans son rôle. Il a effectué un travail de connaissance de lui-même et a libéré son organisation des contraintes limitantes. L’information est disponible partout et tout le temps. La créativité et le challenge du statu quo font partie de son quotidien. C’est un visionnaire, il donne la direction. Il est un pourvoyeur de ressources pour ses équipes. La DIFFÉRENCE qui fait LA différence, c’est sa capacité à se remettre en cause et à développer en continu son intelligence émotionnelle pour coopérer avec ses alter ego et gérer le vent du changement.
Management 4.0 ?
Vigilant, curieux et toujours en recherche de nouveauté et d’excellence, le Manager 3.0 a commencé à s’intéresser au management 4.0. Il est convaincu qu’il faut continuellement innover et se réinventer. Le modèle de l’entreprise libérée, qui porte plus loin ce qu’il pratique déjà en se faisant le promoteur actif de la coopération et de l’intelligence collective, le séduit. Sociocratie, halocratie, harmocratie, organisation opale, nombreux sont les concepts qui prônent plus de co-gestion, de co-décision, de co-organisation, de co-création, ... et moins de structure et de contrôle. « C’est celui qui sait qui fait » et « c’est ensemble qu’on œuvre à notre projet commun », a-t-il retenu de tout cela.
Mais il s’interroge : comment utiliser au mieux ces nouveaux paradigmes pour avancer dans la transformation digitale nécessaire à son entreprise ? Car il est maintenant impératif de mettre l’IA à l’agenda stratégique du business et urgent de mettre les équipes en route vers le changement. Cela nécessite une direction claire et du rythme. Il faut prendre des risques, vaincre des barrières et entrainer l’adhésion du plus grand nombre. Confortable, le chemin ne le sera pas. Une stratégie organo-intuitive, une structure minimale et une gouvernance très libérée, est-ce la bonne approche ?
Lorsque le chasseur est face au tigre de la savane avec les hommes de son clan, ce n’est pas le bon moment pour s’asseoir par terre et disserter en intelligence collective des différents scenarii de fuite ou de combat, même si le processus de décision a été savamment étudié et adopté par consensus en grand conseil dans la case !
Le Manager 3.0 est un pragmatique. Il adoptera chaque bonne pratique du management 4.0 au juste rythme pour le meilleur de son entreprise et de ses collaborateurs, étant donné le contexte et les challenges rencontrés. Sa priorité est la mise en mouvement de son organisation vers plus d’IA chaque fois que cela est pertinent et dans la ligne stratégique choisie. Car c’est une question de survie dans la durée.





2 . Emmanuel Kant, artiste, écrivain, philosophe (1724 - 1804)

3 . Klaus Schwab, Founder and Executive Chairman, World Economic Forum, 25 octobre 2017

4 . Union Internationale des Télécommunications, agence des Nations Unies pour le développement spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication, basée à Genève (Suisse)

5 . James Canton, écrivain et futuriste de renom, auteur de Future Smart , Éd. Da Capo Press (2016)

6 . Archytas de Tarente, mathématicien grec (435 - 347 av. J.-C.)

7 . Karel Capek, R.U.R Rossum’s Universal Robots, Éd. la Différence (2011)

8 . https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence

9 . Howard Gardner, Les intelligences multiples , Éd. Retz (2004)

10 . Vegard Kolbjørnsrud, Richard Amico, Robert J. Thomas, Harvard Business Review , « How artificial intelligence will redefine management » (Novembre 2016)

11 . Accenture Institute for High Performance and Accenture Strategy, The impact of cognitive computing in management (2015)

12 . Simon Sinek, Start with the WHY , Penguin Editions 2009


PREMIÈRE PARTIE :
À la découverte de l'IA


À LA DÉCOUVERTE DE L'IA


La montée en puissance de l’IA va nous secouer
L’IA va apporter du changement et de l’incertitude dans tous les domaines de notre vie, comme nous n’en avons encore jamais connu. Accrochez donc votre ceinture ! Cela ressemblera aux montagnes russes dans les parcs d’attractions : frissons, cris, trous d’air, accélérations ; tout y est ! Et tout sera là aussi avec l’IA si vous n’êtes pas prêts !
Que peut-on attendre de cette technologie ?
Microsoft reprend sur son site experiences.microsoft.fr, dédié entre autres choses à l’IA, la définition du Larousse : il s’agit d’un « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence ». On parle donc de programmes capables de performances habituellement associées à l’intelligence humaine : Capacité de raisonner, c’est-à-dire de prendre des décisions ou de donner des avis suivant des règles précises ; Capacité de traiter de grandes quantités de données et d’en retirer du sens ; Faculté de discerner des patterns et des modèles parfois indétectables par un humain ; Aptitude à comprendre et à analyser ces modèles pour les perfectionner ; Capacité à interagir avec l’homme ; Faculté d’apprendre progressivement ; Faculté d’améliorer continuellement ses performances.
Citons aussi, pour son caractère officiel cette fois, la définition de l’IA donnée par Légifrance 13 : « L’IA est un champ interdisciplinaire théorique et pratique qui a pour objet la compréhension de mécanismes de la cognition et de la réflexion, et leur imitation par un dispositif matériel et logiciel, à des fins d’assistance ou de substitution à des activités humaines. »
Avec nos mots à nous et de façon concise, nous définirons l’IA comme des algorithmes qui simulent une partie de l’intelligence humaine, qui démontrent une capacité d’adaptation par itération sur de très grandes quantités de données, et qui sont capables d’interactions matérielles ou virtuelles avec leur environnement. L’apprentissage de la machine peut être supervisé par l’homme qui va l’alimenter de solutions (par exemple : ceci est un chat ou ceci n’est pas un chat), ou non supervisé lorsque c’est à la machine elle-même qu’il appartient de détecter ce qui lui est nécessaire pour développer ses compétences de reconnaissance de formes ou d’anomalies.
Synthétiquement, les tâches exécutées par les algorithmes d’IA seront de six types : Classer des données (aussi bien des images que du texte, de la voix...) ; Effectuer des régressions statistiques dans des objectifs de prédiction ; Faire des regroupements de données (partitionnement) ; Détecter des anomalies ; Produire des recommandations ; Générer de nouvelles données.

L’informatique à l’ancienne n’a pas vocation à s’adapter de façon autonome. Par exemple, les logiciels de bureautique, tels Excel ou PowerPoint, et les ERP ( Enterprise Resource Planning ) de gestion des processus de business sont des programmes qui nécessitent qu’on leur donne des ordres. Ils sont capables d’effectuer des opérations, mais toujours les mêmes et a priori avec des résultats absolument prévisibles. En réalité, ce sont des automates digitaux. Ce que l’IA apporte de plus, c’est d’une part une capacité de calcul phénoménale et d’autre part une possibilité d’adaptation qui va permettre au logiciel d’évoluer avec son environnement et par son apprentissage.
L’IA couvre donc un vaste sujet. Ne nous y trompons pas, il n’est pas nouveau, mais en perpétuelle mutation.
Depuis 1956, année qui vit la naissance du concept à l’occasion d’une université d’été à Dartmouth 14 , les progrès ont été continus avec de nombreuses phases d’enthousiasme et de déception. En 2017, une étape décisive a été franchie, l’IA parvenant désormais aussi bien qu’un être humain à identifier les mots dans une conversation orale et ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour la traduction automatique et les commandes par la voix de tous les systèmes connectés qui nous entourent. Siri, Cortana et Google Assistant sont déjà dans nos poches, dans nos voitures et dans nos cuisines, avec toujours plus d’efficacité, de suggestions de services et même de reparties humoristiques ou choquées suite à nos interpellations.
Harry Shum 15 , à qui l’on demandait s’il faut craindre ou aimer l’IA, a répondu avec un petit sourire en coin : « Bien sûr qu’il faut aimer l’IA ! Après tout, qu’est-ce que l’opposé de l’intelligence artificielle ? La stupidité naturelle ! ». Et si cette « stupidité naturelle » – que nous traduirons plus positivement par « candeur optimiste » – était, avec le rire, ce qui nous distingue, nous les humains, des machines ? Cher Monsieur Shum, j’espère bien que l’IA ne va pas éteindre cette apparente et poétique stupidité qui nous caractérise, et qui apporte de l’émotion et de l’imprévu dans nos vies ! Et que le futur ne sera pas OU/OU mais bien ET/ET : fait ET d’intelligence artificielle ET de candeur optimiste !
Cependant, reconnaissons que tout n’est pas rose.
Car l’IA est aussi une composante essentielle de l’une des quatre forces disruptives qui vont bouleverser le monde économique d’ici moins de quinze ans 16 . Pour ne pas mourir idiots, et surtout pour nous permettre de nous préparer au mieux – nous, nos enfants, nos collègues et nos entreprises – il nous faut comprendre ce qui est en train de se passer. Mon but en publiant ce livre est de vous éveiller face au choc de l’IA dont il est important de prendre conscience.
Les quatre forces qui vont affecter significativement notre environnement économique
Force disruptive 1 : nous entrons dans l’âge de l’urbanisation et ce sont les pays émergents, principalement en Asie, qui mènent la danse. En 2025, 440 villes des pays émergents représenteront 50 % du PNB mondial. La moitié de la population mondiale vivant en ville aura son habitat en Asie, 46 des 200 plus grandes villes seront chinoises. La force économique de nombreuses villes chinoises – qui actuellement ne sont pas sur notre écran radar – excédera celle de la Suède !
Force disruptive 2 : nous vivons une accélération technologique sans précédent. La rapidité des développements et de l’adoption des nouvelles technologies transforme le monde à grande vitesse. La puissance de calcul des ordinateurs n’a jamais été aussi impressionnante. En 2020, d’après les estimations, nous sommes déjà entourés de 20 à 50 milliards d’objets connectés, soit en moyenne cinq capteurs par habitant : l’IA trouve là son principal terrain de jeu.
Force disruptive 3 : notre population vieillit trop vite, en particulier – mais pas seulement – dans les pays développés. En 2025, les plus de 65 ans représenteront 21 % de la population dans les économies développées et 8 % dans les pays émergents. Ces pourcentages auront un impact très brutal sur les forces de travail disponibles. Très basiquement calculé, il y aura en 2050 dans nos pays 16 pensionnés pour 10 enfants ! Il faudra que la productivité suive grâce à la technologie et que les flux migratoires soient intégrés pour permettre de faire face à cette tension sur le travail. Quel âge aurez-vous en 2050, vous qui me lisez ? Avec les espérances de vie aujourd’hui annoncées, cela vous concerne aussi !
Force disruptive 4 : les échanges commerciaux se font avec une volatilité toujours plus grande dans un monde toujours plus connecté. En 2019, on comptait chaque mois 2,5 milliards d’utilisateurs actifs de Facebook, soit 1,7 fois la population chinoise. Ces flux économiques font apparaître, trop vite, de très grands joueurs comme les GAFA 17 – qui, à eux quatre, ont une capitalisation boursière supérieure à celle d’Euronext 18 – mais également une multitude d’entrepreneurs malins et agiles qui n’ont aucun scrupule à secouer le monde établi et conventionnel. N’oublions pas le groupe chinois Alibaba qui, avec une capitalisation de plus de 300 milliards d’euros, aurait droit de cité dans le club fermé des GAFA. Alibaba a fait de Liège son hub européen. Deux vols relient chaque semaine la Chine (via Zhengzhou) à la Belgique (via Liège). Un trafic aérien que le géant de l’e-commerce a complété récemment d’une toute nouvelle ligne ferroviaire reliant Zhengzhou à Liège, inaugurée le 2 mars 2019. On parle d’une nouvelle « route de la soie » !
Gordon Moore a fini d’avoir raison et cependant l’accélération continue
Gordon Moore est informaticien et cofondateur d’Intel. Énoncée en 1965 et réévaluée en 1975, sa prédiction – portée au rang de loi – affirmait que le nombre de transistors présents dans un processeur doublerait tous les dix-huit mois, et qu’avec eux doublerait également la puissance de nos appareils pour un coût plus ou moins constant. Sa prophétie s’est révélée étonnamment exacte pendant plus de 40 ans, mais elle est arrivée à son terme : Intel a en effet annoncé en 2016 que le doublement de la puissance de ses futurs processeurs n’aurait plus lieu au même rythme. Le consortium qui regroupe les grands constructeurs de puces électroniques a également acté la fin de la loi de Moore, alors que les feuilles de route étaient calquées sur elle depuis toujours.
Ce sont les impératifs financiers – les investissements augmentant exponentiellement avec la puissance de calcul – ainsi que les limites liées à la physique atomique, qui sont les nouveaux challenges. L’accélération technologique n’est cependant pas terminée, elle est même aujourd’hui renforcée par une prolifération sans précédent de données captées par absolument tout ce qui nous entoure, grâce à l’Internet des objets et à son incroyable potentiel.
C’est dans cette marmite bouillonnante de technologies que l’IA se nourrit. Une première prise de conscience médiatique a eu lieu en 2011, lorsque l’ordinateur Watson de IBM a gagné contre les deux meilleurs joueurs de Jeopardy! Quatorze ans après la confrontation entre Deep Blue et le champion d’échecs Garry Kasparov – confrontation qui avait vu la défaite de ce dernier – les équipes d’IBM ont fait participer Watson au célèbre jeu télévisé américain de culture générale. Pour être autorisé à jouer, Watson devait être capable de comprendre l’énoncé des questions, de buzzer pour prendre la main, de trouver les réponses en quelques secondes, et, grâce à un système de synthèse vocale, d’énoncer les réponses et de choisir le thème et le montant de la question suivante, conformément aux règles du jeu. Watson a remporté Jeopardy! à l’issue de trois manches diffusées aux États-Unis les 14, 15 et 16 février 2011, face aux champions Ken Jennings et Brad Rutter !
Cinq ans plus tard, en mars 2016, c’est le software AlphaGo – créé par DeepMind, filiale de Google – qui a battu le célèbre champion sud-coréen Lee Sedol au Go. Dans ce jeu très populaire en Chine, le nombre de combinaisons possibles est astronomique, supérieur à celui des atomes observables dans l’univers. Les programmes informatiques, bien que très forts en calcul, n’arrivent pas à passer toutes les possibilités en revue pour choisir la meilleure en temps voulu. Ils doivent dès lors imiter les concepts stratégiques de l’homme. Pour vaincre Lee Sedol, AlphaGo a été alimenté de milliers de parties jouées par des professionnels et des amateurs, lui permettant ainsi « d’apprendre », pendant plusieurs mois, à copier le raisonnement humain.
Ce record n’a tenu que 19 mois : en octobre 2017, une nouvelle version du software , appelée AlphaGo Zéro, a en effet été déclarée nouveau champion du jeu de Go. Ce programme a été capable d’apprendre tout seul, en s’affranchissant cette fois de la connaissance humaine. En cinq jours seulement, il a conçu des concepts stratégiques qui lui ont permis de devenir le champion absolu. AlphaGo Zero, victorieux sur le score sans appel de 100 à 0, « est sans doute le plus fort joueur de Go de l’histoire », estiment Demis Hassabis et David Silver, deux de ses concepteurs, dans l’étude Mastering the game of Go without human knowledge publiée dans la revue Nature 19 .
Bien que les logiciels soient très efficaces au jeu de Go car ils gagnent de façon spectaculaire face aux champions humains, ils ne sont pas encore très efficients car ils le font au prix d’une dépense en énergie bien supérieure à celle nécessaire au joueur humain pour assurer sa partie.
Nous sommes tous déjà accros !
L’assistant SIRI de mon iPhone 8, qui capte en temps réel et par la voix mes SMS et mes emails, est tout simplement dérivé de ces nouvelles technologies. Et je l’ai en poche ! Quand j’ai acheté ce nouvel iPhone début 2018 pour remplacer mon collector 4S acquis en 2012, je n’étais absolument pas conscient de la force de cette fonctionnalité. Maintenant, y ayant goûté, je n’y renoncerais plus !
Plus généralement, la reconnaissance et la synthèse de la parole, c’est-à-dire le traitement du langage naturel pour engager des conversations simples entre hommes et machines ou pour traduire automatiquement des propos, sont le premier type d’application de l’IA à trouver usage dans de multiples champs d’activités. Un deuxième type d’usage est la reconnaissance de motifs particuliers au sein de données massives non structurées. Nous sommes ici dans les domaines de l’analyse d’images ou de vidéos, de la reconnaissance de visages, et de la détection d’anomalies dans des environnements définis. Cela permet aussi bien des diagnostics médicaux qui deviennent de plus en plus fiables et peuvent sauver des vies, que la conception de robots qui font la cueillette des fraises. Rubion, le robot de Octinion 20 , une société innovante basée à Louvain en Belgique, navigue à travers les plants, détecte les fraises mûres, les cueille sans les meurtrir, et les place dans une barquette. Cette innovation belge n’est pas seulement une réponse à la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur, elle permet aussi aux producteurs d’améliorer la qualité de leurs produits, ce qui profite au consommateur.
Très prosaïquement, UberEATS dispose de plusieurs modèles fonctionnant sur sa plateforme d’apprentissage machine Michelangelo 21 . Celle-ci génère les prévisions de temps de livraison des repas, en fonction du temps de préparation, du temps de livraison et de nombreux autres facteurs influençant la prestation des livreurs, tels que le trafic et la météo. Chaque étape du processus de livraison est analysée et optimisée. Mais le plus grand bénéfice de la plateforme d’IA de UberEATS est tiré de la qualité des recommandations personnalisées que le système fait à ses utilisateurs en matière de suggestion de commande ainsi que de la convivialité de l’application qui permet à ceux-ci de naviguer aisément dans les cartes de plus de 320 000 partenaires restaurateurs dans plus de 500 villes à travers 36 pays.
Une IA n’est pas l’autre
La majorité des spécialistes sont aujourd’hui d’accord sur une typologie à trois niveaux de l’IA : ANI : Artificial Narrow Intelligence ou IA monoactivité ; AGI : Artificial General Intelligence ou IA capable de résoudre des problèmes très variés, à l’image de ce que peut faire un humain ; ASI : Artificial Super Intelligence ou super IA ayant des capacités supérieures à celles de l’espèce humaine dans de nombreux domaines.
Une ANI est capable de réaliser un seul type d’activité, pour laquelle elle a été prévue et entraînée : effectuer des traductions complexes, répondre à des questions adressées à un service client, repérer des erreurs dans un contrat juridique, analyser une image obtenue par résonance magnétique pour détecter une anomalie au cerveau, conduire une voiture dans un environnement sécurisé, prévoir les interventions de maintenance en usine, etc. Le logiciel créé par DeepMind, capable de battre les meilleurs joueurs de Go, est une solution ANI.
C’est dans des usages ANI que les spécialistes de l’IA ont le plus investi au cours de ces 5 dernières années, et les résultats sont là, beaucoup plus rapidement que prévu ! Une ANI utilise une combinaison d’algorithmes avancés. Ces techniques ont trouvé tout leur sens dans le traitement des signaux sonores et visuels, avec toutes les avancées qui ont suivi dans le domaine de la reconnaissance du langage, des images en général et des visages en particulier.
Machine learning et deep learning sont les entraîneurs personnels de l’IA
Il existe aujourd’hui déjà des dizaines de domaines dans lesquels les solutions ANI ont démontré leur supériorité sur les humains, dans les tâches pour lesquelles elles ont été préparées. Le Machine Learning – l’apprentissage machine – est une technique pour développer de l’IA. C’est un processus par lequel un algorithme évalue et améliore ses performances sans l’intervention d’un programmeur, en répétant son exécution sur des jeux de données, jusqu’à obtenir de manière régulière des résultats pertinents. Cette méthode permet d’entraîner l’algorithme en faisant l’économie du hard coding de millions de lignes de codes résultant d’arbres de décision complexes.
C’est l’apprentissage machine qui a permis d’obtenir des progrès spectaculaires dans le domaine de la reconnaissance visuelle par ordinateur. Le processus revient à proposer des centaines de milliers, voire des millions, d’images qui sont ensuite taguées par des humains qui doivent identifier tantôt un chat, tantôt un bateau, ou tout autre thème, en écartant les images qui n’en comportent pas. L’algorithme sera ensuite nourri de cette information et tentera de construire un modèle de reconnaissance automatique.
Une fois le degré de fiabilité désiré atteint, on pourra dire que la machine a « appris » à quoi ressemble un chat ou un bateau.
Le Deep Learning – l’apprentissage profond – est une variante élaborée du Machine Learning . L’apprentissage profond s’inspire de la structure et du fonctionnement du cerveau humain. On parlera donc de réseaux de neurones artificiels (ANN en anglais pour Artificial Neural Network ). Dans ces réseaux, les neurones sont organisés en couches distinctes qui ont des capacités distinctes. Chaque couche est ainsi spécialisée dans un aspect de la reconnaissance de l’image : la forme, les bords, les contrastes, la densité de l’image, etc. C’est la combinaison des couches entre elles, le réseau neuronal, qui donne sa puissance à l’approche. Cette dimension de couches et donc de profondeur est à l’origine de l’expression « apprentissage profond ».
Une IA performante doit se nourrir de millions de données
Les relations entre l’IA et l’Internet des Objets ( IoT – Internet of Things ) peuvent être comparées aux relations entre le cerveau humain et le corps. Notre corps capte de multiples signaux sensoriels, notamment par la vue, l’ouïe et le toucher. Le cerveau leur donne un sens et identifie les objets ou les actions à mettre en œuvre. Il prend des décisions et envoie si nécessaire des signaux pour commander au corps des mouvements tels que la saisie d’un objet ou la course pour fuir un danger.
Tous les capteurs connectés, qui font de plus en plus partie de notre environnement technologique et que l’on place sous le concept de l’Internet des objets, sont l’équivalent de notre corps pour le cerveau. Ils enregistrent des millions d’informations sur ce qui se passe autour de nous et dans le monde. L’IA est ainsi semblable à notre cerveau qui donne un sens aux informations reçues et décide des actions à mettre en œuvre. Et l’analogie est parfaite, car ce sont aussi les objets connectés qui, comme notre corps, vont ensuite exécuter des actions physiques ou communiquer avec leur environnement.
Les promesses de l’IA sont donc fortes grâce à l’Internet des objets et aux nouvelles possibilités de génération de données aujourd’hui disponibles grâce aux supercalculateurs et aux algorithmes conçus pour ce faire. Par ailleurs, pour la première fois, l’exploitation de ce que certains appellent les dark data (données sombres) est accessible.
Gartner 22 définit les données sombres comme étant les informations que les entreprises collectent, traitent et stockent dans le cadre de leurs activités commerciales ou opérationnelles, mais qu’elles n’utilisent généralement pas à d’autres fins (par exemple l’analyse des relations avec les clients ou la valorisation financière des informations pertinentes pour d’autres acteurs). Les organisations conservent souvent ces données sombres à des fins de conformité uniquement. Leur stockage et leur sécurisation entraînent la plupart du temps plus de dépenses (et parfois plus de risques) que leur valeur. Ces données sont susceptibles d’avoir une valeur intrinsèque élevée si elles sont travaillées : l’IA le permet aujourd’hui.
L’apprentissage machine et l’apprentissage profond, combinés à l’explosion des données rendues disponibles par les capteurs connectés, ont permis à l’IA de faire des bonds gigantesques ces dernières années. L’Internet des objets a permis de développer une meilleure IA et l’IA a rendu les objets connectés vraiment utiles. Dans le monde industriel, l’IA est utilisée pour prédire mieux que jamais les plans de maintenance et pour améliorer les processus en vue de gagner en productivité avec des millions d’euros d’économie à la clé, ou pour un impact sur la planète mieux maîtrisé. Du côté du consommateur, plutôt que d’avoir à s’adapter à la technologie avec des interfaces trop compliquées, c’est de plus en plus la technologie qui s’adapte à lui. La reconnaissance vocale et visuelle nous permet déjà de révolutionner notre relation à notre smartphone ou à nos ordinateurs portables et autres assistants personnels high-tech.
C’est la convergence des technologies qui a rendu tout cela possible. Les processeurs sont de plus en plus petits et puissants. Les batteries miniaturisées permettent de mettre des capteurs de plus en plus intelligents pratiquement partout. La connectivité haut débit et sans-fil, encouragée par la multiplication des smartphones, facilite l’envoi de paquets de données toujours plus importants sans infrastructure filaire. Tout se retrouve dans le cloud dans lequel l’espace de stockage est quasi illimité et à des coûts de plus en plus compétitifs. Ce même cloud abrite également les nouvelles capacités de calculs ainsi que de multiples solutions d'IA parfois très accessibles financièrement.
Une IA superintelligente dans vingt-cinq ans ?
Après les ANI, voici venir les AGI, Artificial General Intelligence . Une AGI est une IA capable de réaliser de très nombreuses activités différentes, comme le peut un être humain. En 2020, il n’existe aucune AGI opérationnelle et il faudra encore beaucoup d’années pour atteindre ce niveau d’IA. Les meilleurs pronostics parlent d’une arrivée possible en 2040. Une AGI demandera une puissance de calcul comparable à celle du cerveau humain. D’après l’étude de Deloitte Springwise AI innovation report 2016 , le hardware de ce mégacalculateur est envisageable et existerait même déjà en Chine : Tianhe-2, qui exécute 34 quadrillions d’opérations par seconde. La limitation se trouve du côté du software . On parle d’une IA qui devrait être capable de coder son propre développement. De nombreux outils apparaissent chaque jour. Ils nous permettent de faire progresser très vite cette quête de l’AGI. Les hommes n’ont pas trop de mal à imaginer ce que pourrait faire une AGI, c’est-à-dire une intelligence virtuelle capable d’avoir des comportements et des activités proches de celles des personnes « normales » qu’ils côtoient quotidiennement.
Les experts ont aujourd’hui compris que l’AGI n’est qu’une étape dans l’évolution potentielle des outils de l’IA. Nous entrerons aussitôt après dans l’ère de l’ASI, Artificial Super Intelligence , en clair : une IA qui disposera d’une capacité supérieure à celle de tout être humain, dans des domaines d’expertise comparables. La croissance exponentielle de la puissance des outils, évoquée plus haut, fait que les écarts entre les potentiels de l’ASI et ceux de l’espèce humaine vont croître à une vitesse... vertigineuse.
Avec l’ASI, on entrera dans un monde que même les scientifiques experts ont beaucoup de mal à appréhender. Que se passera-t-il quand le décalage entre l’intelligence humaine et l’ASI sera du même ordre de grandeur que celui qui sépare l’intelligence d’une fourmi de celle d’un homme ? Comment réagiront ces millions d’outils ASI face aux humains, ces créatures aux potentiels de calcul et d’analyse limités en comparaison des leurs ? Le scénario de la singularité technologique anticipe que l’emballement de l’IA pourrait induire des changements imprévisibles sur la société humaine.
Combien d’années faudra-t-il pour atteindre le niveau ASI d’IA ? Cette étape, nommée Singularity par les experts en IA, peut arriver très vite : dès 2045 si on fait confiance aux prévisions de l’un des plus renommés d’entre eux, Ray Kurzweil 23 , qui travaille depuis 2012 chez Alphabet Inc. Dans son livre posthume, le mathématicien de génie Stephen Hawking 24 confiait son interrogation à propos de l’IA : « L’avènement d’une IA super-intelligente peut être la meilleure ou la pire des choses. Après avoir inventé le feu, nous avons fait beaucoup de bêtises avant d’inventer l’extincteur. Notre avenir sera une course entre la technologie et la sagesse. Assurons-nous que la sagesse gagnera. »
Des chiffres pour éveiller les consciences
Dans son dossier de 2016 The Future of Jobs 25 , le Forum Économique Mondial nous présente une mesure quantitative de l’impact estimé de la quatrième révolution industrielle. Ce travail est basé sur les interviews de 371 DRH de grandes entreprises, représentant plus de 13 millions d’employés dans 9 industries et 15 pays majeurs émergents et développés.
D’après cette solide étude, il y aura des disparitions mais aussi des créations d’emplois. Le ratio entre les deux fait continuellement débat. En revanche, contrairement à ce qui est communément admis au regard des expériences du passé récent, durant lequel la désindustrialisation et les délocalisations ont surtout détruit des postes dans l’industrie et la production dans les pays développés, cette quatrième révolution industrielle va surtout toucher les emplois de cols blancs peu, moyennement et hautement qualifiés. On serait dans un ratio de 3 à 1 entre les emplois perdus de type administratif et ceux qui le seront dans l’industrie, la production et la construction. En outre, l’étude constate qu’il sera parfois difficile aux personnes ayant perdu leur travail de répondre aux attentes des nouvelles opportunités créées. Tout cela sera complexe à anticiper car en 2020, les compétences critiques pour les jobs du futur sont soit encore inconnues, soit considérées comme peu importantes. De façon un peu provocante mais très parlante, il est annoncé que 65 % des enfants qui entrent aujourd’hui dans l’enseignement primaire occuperont à terme une fonction qui n’existe pas encore à ce jour. On peut anticiper qu’une large part des nouveaux métiers seront liés, d’une manière ou d’une autre, au développement de l’IA...
Le débat est ouvert et les études se multiplient avec divers angles d’approche. Ainsi l’édition 2018 de Deloitte sur les tendances du capital humain 26 , réalisée sur la base d’entretiens menés avec 11 000 dirigeants de 124 pays (dont 649 responsables en Belgique, répartis en 70 % de dirigeants et 30 % de responsables HR) semble montrer que les nouveaux emplois créés en marge des progrès technologiques feront plus que compenser la destruction de postes. Le rapport indique aussi que les nouvelles technologies viendront surtout compléter les travailleurs humains : à eux de s’adapter pour survivre à cette nouvelle cohabitation.
Dans son allocation d’ouverture des Trends Summer University 2018 , Olivier Ezratty

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