Mixité sociale et progrès humain
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Description

Cet ouvrage aborde la question de la vie sociale, qui consiste à attribuer des espaces à des activités et à des populations, en montrant que la variété, la diversité, le mélange, la mixité peuvent devenir des principes organisateurs d'une certaine "urbanité" : être urbain, afficher une certaine courtoisie, une capacité à rendre service, coopérer ; autant d'éléments qui permettent d'établir des relations sociales et un bien-vivre ensemble. Toute société est mixte par définition, les frottements entre les différents groupes apportent toujours d'énormes richesses.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 18
EAN13 9782296498846
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Au Carrefour du Social
Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza
L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner, insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers d’usagers en mal d’adaptation personnelle ou sociale. En collaboration avec les éditions L’Harmattan de Paris, la collection Au Carrefour du Social veut promouvoir ce modèle et offrir une réflexion ou des rapports de ces pratiques et de ces innovations.

Déjà parus

Serge DALLA PIAZZA (dir.), Un enfant handicapé : égaliser ses chances. Aide et intervention précoces , 2012
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Diversité culturelle et progrès humain. Pour un développement humain , 2011.
Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, L’économie ne peut être que sociale , 2011.
Serge DALLA PIAZZA, Ces étrangers parmi nous , 2011.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Rendre la commune aux citoyens, Citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la mondialisation , 2010. Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Jeunes, inactifs, immigrés : une question d’identité . Vivre dans un désert industriel , 2010.
Marc GARCET, Construction de l’Europe sociale , 2009.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, L’avenir de l’homme en question , 2009.
Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, En marche vers un idéal social , 2005.
Titre
Sous la direction de
Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA








MIXITÉ SOCIALE ET PROGRÈS HUMAIN

Au centre, la personne



Actes de l’université d’été 2011

de l’AIGS, Association Interrégionale de Guidance et de Santé, et de l’IEM, Institut d’Études Mondialistes
Dédicace

Merci à
Illustration de couverture : Jamal Lgana
Bibliographie : Hélène Scarciotta
Copyright

© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-97706-8
EAN : 9782296977068
UNIVERSITÉ D’ÉTÉ 2011
LISTE DES PARTICIPANTS AYANT APPORTÉ UNE CONTRIBUTION ÉCRITE :

DALLA PIAZZA Serge , Docteur en Psychologie, AIGS DAMOISEAU Chantal , Usagère de la réadaptation DEROOVER Lucie , Animatrice, AIGS
DETHIER Rose-Marie , Psychologue
DONNAY Jean-Marie , Psychologue
GARCET Marc , Secrétaire Général, Fondateur de l’AIGS
GASPAR Dona , Citoyenne usagère
JAMAR Mireille , Coordinatrice du secteur formation, AIGS KRAMER Michèle , Assistante sociale, thérapeute de famille, AIGS LONGRÉE Bruno , Usager de l’asbl Together
MAES Patrick , Professeur à la Haute École de la Province de Liège MARIAGE Alain , Ingénieur architecte, Concepteur du plan communal de développement rural
MIGNANO Nathalie , Chargée de mission, Forem MOSTAERT Louis , Administrateur asbl Together MUDJIR Michel , socio-économiste FOPÈS
NATALIS Stéphanie , Coordinatrice de l’asbl Together
PAILLOT Danièle , Usagère asbl Together PANHUYS Henry , socio-économiste et politologue PIRON Anne , Usagère asbl Together
VANDORMAEL Luc , Adjoint à la Direction, AIGS
WETTINCK Christian , Juge de paix émérite
ZAOUAL Hassan , Professeur des Universités, France
ADDENDA : textes session 2010 MAIRLOT Madeleine , Romaniste
SQUELARD Gilles , Psychologue, Attaché à l’Administrateur stratégique, AIGS
Sous la direction de Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA
INTENTIONS
Toute forme de vie sociale repose bien sûr sur les populations qui la composent, mais aussi sur un territoire donné à un moment donné. Les regroupements humains se réalisent naturellement selon les appartenances sociales, culturelles ou raciales. Dans des quartiers différenciés en ghettos des murs s’érigent, des murs qui ne sont pas seulement symboliques.
Dans les journées de l’université d’été 2011, nous voulons montrer que la variété, la diversité, le mélange, la mixité peuvent devenir des principes organisateurs d’un bien vivre ensemble. À l’envers de la ségrégation, la diversité rassemble des groupes humains de tous les âges, de toutes les races et cultures, de la famille à l’individu, de la personne handicapée à la personne valide, du citoyen à son groupe d’appartenance, du travailleur à l’inactif économique.
Une journée est consacrée à la cohésion sociale, à la relation entre famille et société. Cette journée traite de la politique de cohésion sociale européenne en rapport avec les flux migratoires, le regroupement familial, la place de la famille dans le frottement social. Une place est faite à l’éducation et à la formation comme facteurs d’acculturation.
La seconde journée lie les concepts d’économie solidaire, de culture et de territoire. L’homme in situ reste celui de tous les espoirs. La mondialisation n’empêche pas la diversité des cultures et accentue leur brassage.
Une journée entière est consacrée aux usagers. La parole est ainsi donnée aux citoyens. Certaines personnes handicapées, comme les malentendants par exemple, revendiquent une culture propre. Nous posons la question de la cohabitation des personnes handicapées, non valorisées sur un plan social et hors du circuit économique productif, et des personnes valides.
Dans le prolongement, la 4 e journée traite des rapports entre la culture des professionnels et celle des usagers de services, rapports que nous pouvons envisager comme ceux de l’offre et de la demande.
Au terme de ces journées, nous voulons montrer que toute société est mixte par définition, et que ses groupes d’appartenance sont culturellement diversifiés. Leur frottement apporte toujours d’énormes richesses sauf quand les représentations érigent des barrières en dévalorisation certains d’entre eux. Encore faut-il en avoir conscience.
Une organisation de
– L’ AIGS , Association Interrégionale de Guidance et de Santé
– L’ IEM , Institut d’Études Mondialistes
Siège : 84, rue Saint-Lambert à B – 4400 Herstal (www.aigs.be) Avec le soutien du programme européen DAPHNÉ .
COHÉSION SOCIALE : FAMILLE ET SOCIÉTÉ
DIVERSITÉ CULTURELLE ET COHÉSION SOCIALE
LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN
Marc GARCET

Secrétaire Générale de l’AIGS

Ce titre est la grande porte d’entrée de l’histoire immédiate, dont le mouvement nous oblige à prendre des ancrages conceptuels pour entamer une réflexion.
CHAPITRE I
1.1 LÉVI-STRAUSS ET LE STRUCTURALISME
On ne peut entamer une réflexion enveloppant l’anthropologie culturelle sans nous rapprocher de la réflexion de Claude Lévi-Strauss qui introduit le structuralisme dans l’analyse anthropologique. Ce faisant, il emprunte un concept de la science linguistique qui est le système des signes, issus de la détermination mutuelle de la chaîne sonore du signifiant et de la chaîne conceptuelle du signifié. Ce système instaure la structure. Le sens d’un terme se définit par sa relation avec les autres mots de la langue : c’est la signification différentielle. En appliquant cette analyse à l’anthropologie, Lévi-Strauss en garde l’esprit anti-historiciste. Le structuralisme est une combinatoire qui opère sans égard à l’histoire. Il diffère cependant de toute théorie de la forme. Formalisme et structuralisme se séparent en raison des attitudes différentes qu’ils adoptent envers le concret. À l’inverse du formalisme, le structuralisme refuse d’opposer le concret à l’abstrait et de privilégier ce dernier. La forme se définit par une matière qui lui est étrangère. La structure n’a pas de contenu distinct. Elle est le contenu même appréhendé dans une organisation logique comme propriété du réel.
Le structuralisme selon Lévi-Strauss est l’ensemble des théories qui, en sciences sociales et humaines, privilégie l’étude et l’analyse des structures. Appliqué aux mouvements intellectuels en France dans les années 1960, il affirme la prééminence du tout par rapport aux parties. Se rattachent à cette ligne de pensée, Michel Foucault, Jacques Lacan et Roland Barthes.
1.2 PIERRE BOURDIEU – L’HABITUS
Par contre, Pierre Bourdieu, se réclamant de Karl Marx, Émile Durkheim et Max Weber, met en évidence l’habitus et le champ, deux concepts clés de sa sociologie.
1.2.1 L’habitus
Il le définit simplement comme la façon dont les structures sociales s’impriment dans nos êtres et nos corps par l’intériorisation de l’extériorité. À cause de notre origine sociale et donc de nos premières expériences puis de notre trajectoire sociale se forment de façon le plus souvent inconsciente des inclinations en manière de percevoir, de faire, dispositions que nous intériorisons et incorporons durablement. Elles résistent aux changements. L’habitus fonctionne comme un système, car les dispositions sont unifiées et constituent d’ailleurs un élément d’unité de la personne. L’habitus renvoie à tout ce qu’un individu possède et qui le façonne. On a pu dire que l’habitus se forme d’avoirs qui se transforment en êtres. En somme, l’habitus désigne une manière d’être, de penser et de faire commune à plusieurs personnes du même réseau social. L’habitus n’entraîne pas mécaniquement des conduites identiques, mais plutôt des tendances à certaines conduites. C’est l’habitus qui explique la reproduction, à l’insu des acteurs eux-mêmes, des rapports sociaux.
1.2.2 Le champ
C’est une sphère de la vie sociale qui est devenue progressivement autonome à travers l’histoire. Il s’agit au fond des institutions, mais à condition de considérer les institutions non comme des choses, mais comme des configurations de relations entre agents individuels ou collectifs. On peut par exemple parler du champ économique, artistique, journalistique, religieux, etc. Chaque champ se caractérise par les rapports de force entre dominant et dominé. Les agents sociaux s’y affrontent pour conserver ou transformer les rapports de force. Il se caractérise par des mécanismes spécifiques de capitalisation de ressources qui leur sont propres.
1.2.3 Influences de la diversité culturelle
La pression des cultures a bousculé ces concepts intégrés. La diversité culturelle mélange des champs dans un même espace et dans un même habitus. La particularité de la diversité culturelle que nous connaissons depuis la mondialisation se situe dans la décomposition et la dissociation entre l’habitus et le champ. Dans le monde d’après 2000, la diversité culturelle traverse différents champs artistiques, religieux, historiques, sociaux et économiques. Cette mixité crée la diversité et la complexité de l’histoire récente.
1.2.4 2010-2011, rencontre et mondialisation – déplacement des pouvoirs politiques vers le pouvoir monétaire
L’histoire de l’Institut d’études mondialistes témoigne en juillet 2011 d’un épisode historique où la diversité culturelle, amenée par l’élargissement de l’Union européenne, rencontre la mondialisation et le déplacement des pouvoirs du politique vers le monétaire. La nouvelle cohésion planétaire met en péril les éléments d’identité de certaines populations européennes, asiatiques et africaines. Les deux concepts : diversité culturelle et cohésion sociale sont maintenant mises en tension extrême en Europe et ailleurs dans le monde.
Ce contexte d’actualité est une opportunité pour mieux comprendre comment, dans notre laboratoire de la pensée et de l’action sociale, nous pouvons mettre ensemble diversité culturelle, cohésion sociale et développement humain auxquels il faut d’emblée ajouter territoire et climat.
CHAPITRE II
Éclosion progressive d’un nouveau paradigme – l’histoire des quarante dernières années
2.1 MIGRATION HISTORIQUE DE LA PENSÉE SOCIALE ET DES CULTURES COLLECTIVES
En 1979, nous nous trouvions dans une situation sociopolitique bien différente de celle que nous connaissons maintenant. Nous étions dans un monde bipolaire où les rapports de forces s’exprimaient dans les dérives du communisme et du capitalisme. Il n’y avait pas de globalisation, pas d’OMC. La CEE comportait 12 pays. La Chine n’était pas entrée dans le concert international. L’Institut d’études mondialistes prônait une approche transdisciplinaire unissant le droit, les sciences sociales et politiques et une gouvernance nationale. Nous regardions alors le mondialisme comme une philosophie humaniste, égalitaire. Pour structurer les temps culturels et historiques, il me paraît intéressant de donner quelques repères.

2.2 COMPRENDRE LA CULTURE GLOBALE DU MONDE D’AUJOURD’HUI 1
En 2011, le premier repère est de considérer tous les éléments constitutifs de la culture actuelle. Après 2000, la culture englobe toutes les connaissances, les perspectives et inquiétudes de la biosphère. Rappelons-nous la session « développement durable et développement humain » de l’Université d’été. Le climat est un des éléments les plus prégnants de la culture au quotidien, individuel et collectif. La culture est maintenant alimentée en plus par les géologues qui identifient une nouvelle période : l’anthropocène. Cette manière d’identifier notre période du vivant historique par des termes géologico-anthropologiques interpelle la pensée et nos références culturelles.
Examinons cette nouvelle approche « culturelle ».
Nous savons que les phases du vivant sur terre ont été découpées en trois ères : le mésozoïque, le secondaire, le paléozoïque qui inclut tout le vivant de la période primaire, le cénozoïque qui inclut le vivant et ses transformations des périodes tertiaire et quaternaire. Le quaternaire se situe vers un million d’années. Il est qualifié d’Holocène, se caractérise par des périodes glaciaires et interglaciaires. Néandertal (180.000 ans) et Cro-Magnon (20.000 ans) figurent parmi les espèces humaines connues dans nos régions.
2.3 L’ANTHROPOCÈNE 2 – PREMIÈRE PÉRIODE : LA RENAISSANCE (1453)
Un groupe de chercheurs du GIEC 3 a estimé avoir réuni des éléments suffisants pour distinguer qu’à partir de la Renaissance (XV e au XVI e siècle), à la sortie d’un refroidissement de l’Europe du Nord, l’homme, par son développement démographique et ses activités industrielles ou urbanistiques, a progressivement transformé la biosphère. Grâce à la maîtrise des sciences et des techniques, la société humaine produit tant de force et d’énergie, qu’elle met en tension, voire en échec, l’homéostasie générale que la Terre avait bâtie jusque-là (dès le XVII e siècle par l’industrialisation, l’accélération de l’urbanisation au XVIII e et XIX e siècle et au XX e siècle, l’énergie atomique). En même temps, on assiste à la création de mégalopoles en Asie, en Europe, aux États-Unis et à la production d’énergies nouvelles.
Il est intéressant de constater que des climatologues, des démographes, des économistes, des physiciens, des chimistes en arrivent, après cette analyse globale des circonstances endogène et exogène, à identifier cette période sans équivalence dans le développement humain. Le fait de l’isoler est un sujet d’étude, saisissant la dimension culturelle de panique et en fixant ses contours physique et environnemental. Le fait anthropologique rejoint le fait géologique. Ces savants ont mis en évidence que l’énergie et la production en CO² développées par l’activité humaine étaient supérieures à celles développées par l’activité géologique et géothermique de la Terre elle-même à travers les éruptions volcaniques, témoins de son bouillonnement intérieur.
Nous n’allons pas refaire le monde à travers cette introduction, cependant pour comprendre les trois éléments que nous mettons en discussion, il faut les analyser sous leur dimension d’anthropologie, culturelle et environnementale.
Sur le plan démographique, depuis les débuts de l’anthropocène jusqu’à notre époque, la population humaine de la terre, qui était de 500 millions d’habitants (30 millions sur le continent européen) a été multipliée par 1.200. L’humanité compte six milliards 967 millions d’individus inégalement répartis sur la surface de la Terre ce 17 août 2011. En initiant l’anthropocène vers le XV e /XVI e siècle, à l’époque névralgique de la Renaissance, nous posons notre questionnement en sachant que l’humanité n’aurait jusque-là jamais connu tant de diversité culturelle, linguistique, religieuse, artistique, philosophique. En voyageant à travers l’Europe sociale, j’ai très souvent identifié notre période à une « Renaissance ».
L’histoire des hommes passe par les étapes d’affirmation d’identité politique, culturelle, d’accaparement de territoires par de familles, des pouvoirs, des groupes politiques. Mais il faut, à la triade que nous avons mise en évidence, la diversité culturelle, la cohésion sociale et le développement humain, ajouter le territoire et le climat. Le territoire devient dans les années historiques du XIX e et du XX e siècle l’enjeu majeur des conflits entre États Nations en recherche de cohésion nationale ou régionale.
2.4 DEUXIÈME PÉRIODE :
COLLUSION DES POUVOIRS TEMPORELS ET SPIRITUELS ET DES TERRITOIRES
De 843 à 1806, l’espace européen a été placé sous la double autorité temporelle et spirituelle du Saint-Empire romain germanique. La diversité culturelle de l’époque était très faible. Elle n’est d’aucune façon tolérée. Le pouvoir spirituel est exclusif. La cohésion sociale est cimentée par la religion unique et la lutte contre l’hérésie.
2.5 TROISIÈME PÉRIODE :
AFFIRMATION DES DIVERSITÉS RELIGIEUSES – LA RÉFORME (1517) – LA RÉFORME GRÉGORIENNE (1582) – AFFIRMATION DES SOUVERAINETÉS NATIONALES ET DES EMPIRES DÈS 1789 – LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
L’effacement formel de collusion des pouvoirs spirituels et temporels s’opère sous l’effet du droit public national issu de la Révolution française. Un droit constitutionnel s’établit. Celui-ci peut se résumer en deux phrases : avant la Révolution française, le Roi de France identifie l’État ; après la Révolution française, le peuple est considéré comme souverain. La constitution donne le cadre du droit public national. Il est l’élément juridique de cohésion nationale, sociale et politique, d’identité, de reconnaissance d’un peuple par rapport à un territoire. La souveraineté du peuple s’exerce sur un territoire dont l’État assure la souveraineté.
2.6 QUATRIÈME PÉRIODE :
LES EMPIRES EMPORTÉS PAR LA 1 ère GUERRE MONDIALE
Avec l’ère moderne, les empires touchent à leur fin : fin de l’Empire romain germanique en 1806, fin de l’Empire napoléonien en 1815, fin de l’Empire austro-hongrois en 1918, fin de l’Empire ottoman en 1920. La fin des empires ouvre une nouvelle ère : l’ère internationale. Elle commence en 1910 par l’émergence dans de nombreux pays laboratoires du droit international. Le but est de remédier pacifiquement aux tensions inéluctables entre les états souverains pour les faits de cultures, les valeurs, les hégémonies et les impérialismes. C’est par le Traité de Versailles, en 1919, qu’est créée la Société des Nations, première initiative de droit public international. Elle ouvre l’ère moderne du droit public international qui changera progressivement les rapports de pouvoir et d’influence entre tous les états sur les territoires. Il est question de la cohésion internationale par la réduction des risques de guerre.
Il ne faut pas considérer la Société des Nations comme un échec du droit public international. C’est une étape extrêmement importante, car elle crée l’Organisation internationale du travail et le Bureau international du travail qui édictent des principes internationaux relatifs aux conditions de travail. Le Droit international du travail est un des premiers éléments positifs à prendre en compte pour aborder les quatre points que nous avons mis sur la table (cohésion sociale, diversité culturelle, développement humain et environnement). Où que l’on soit dans les territoires qui ont souscrit à la charte de l’Organisation internationale du travail, les États sont tenus de respecter des conditions minimales du droit du travail.
2.7 CINQUIÈME PÉRIODE :
DROIT PUBLIC INTERNATIONAL (1945)
C’est le 25 juin 1945, avec la création de l’Organisation des Nations Unies par la Charte de San Francisco adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies et approuvée par tous les états fondateurs, que le droit public international fixe dorénavant des règles aux rapports d’État à État. Elle crée une instance d’arbitrage. Le Conseil de sécurité institue des agences spécialisées disposant de pouvoirs limités, mais reconnus par tous les États signataires. En 1945, au-delà du bilan catastrophique d’une guerre mondiale de cinq années, une ère nouvelle s’installe. En même temps que la population se développe de manière accélérée, facilitée par les progrès de la science, de la médecine, il y a moins d’épidémies et d’endémies. Sauf des guerres localisées, une paix relative existe sur une partie importante de la terre.
2.8 SIXIÈME PÉRIODE :
ÈRE DE L’INTERNATIONALISATION (AVRIL 1949)
L’ère de l’internationalisation s’est progressivement affirmée par le développement d’instances, d’alliances internationales à dimension mondiale, constituant des délégations des souverainetés nationales. C’est ainsi que se sont créés, sur le plan mondial et dans la foulée des conséquences de la Deuxième Guerre mondiale, l’OTAN, l’OTASE (organisation du traité de l’Asie du Sud-est), l’organisation du traité Atlantique Nord, le traité Atlantique et Pacifique, le Pacte de Varsovie, etc. Ces alliances unifient la cohésion des forces militaires au cas où l’un des membres de l’alliance serait agressé. Nous nous trouvons à l’époque de la division du monde issu de la Deuxième Guerre mondiale un monde partagé entre les deux puissances : le cercle des alliés de l’Union Soviétique et les pays communistes et le cercle des alliés des pays capitalistes avec le leadership des États-Unis. À l’ère des grandes alliances, il faut aussi souligner les compétences prémonitoires du Traité du Gatt (octobre 1947). Le Gatt est une alliance douanière qui organise les règles par lesquelles les échanges économiques ont pu s’opérer à travers le monde par des mesures dites de contingentement. Les accords du Gatt facilitent les relations commerciales maritimes, par air et par terre. La révision des accords du Gatt a jeté les bases de ce qui deviendra l’Organisation mondiale du commerce. (01/01/1995)
2.8.1 Un nouvel espace souverain d’échange (OMC)
Nous constatons que l’OMC par la libération du politique, culturel, industriel et du commerce a créé un nouveau concept « d’espace souverain ». Il n’est plus lié à la souveraineté territoriale des États, mais c’est maintenant un espace libre et international au sein duquel se réalisent des échanges commerciaux en sachant que tout ce qui se base sur l’échange est forcément commercial pour autant qu’il passe par le biais financier. Ainsi les productions des matières premières, leur transformation, les produits culturels, les produits finis, les équipements, les machines, les véhicules, voitures, trains, avions, satellites, transporteurs spatiaux sont englobés dans la sphère économique.
2.8.2 Un nouveau vecteur de communication culturelle – internet
L’innovation technologique amplifie le mouvement. Elle accélère l’envahissement de la diversité culturelle par la visibilité et la communication mondiale entre les citoyens.
2.9 SEPTIÈME PÉRIODE : LA GLOBALISATION
L’Organisation mondiale du Commerce a été créée par un Traité (1/1/1995) international très important qui fixe des règles par lesquelles des échanges économiques, commerciaux, financiers, monétaires, des moyens de production physiques, des moyens de production humains, intellectuels peuvent être échangés dans tous les pays signataires de l’OMC. En conséquence, moyennant le respect de certaines règles fixées la libre circulation peut s’opérer sur l’espace terrestre. Cette situation a été accélérée par la fin de l’hégémonie soviétique sur les pays de l’est de l’Europe, stigmatisée par la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. Nous arrivons ainsi à considérer que le monde en 2011 ne peut être que multiculturel puisque la mobilité des populations entraîne avec elle, leur culture native et que la circulation des cultures est totale. L’Organisation des Nations unies établit l’égalité des cultures, il ne peut plus être question d’en éliminer l’une ou l’autre. Les cultures sont donc en concurrence. Elles ne sont plus en guerre. Elles ne pourraient être en guerre dans le contexte du droit public international que nous connaissons !
La globalisation économique et culturelle apporte la globalisation du climat et ses impacts sur le rapport au monde et à la durabilité. C’est la diversité culturelle. La question est la cohésion sociale et le développement humain.
CHAPITRE III
Il y a sur les territoires des tensions de plus en plus fortes entre la culture dominante et une multiculturalité obligée. Cette tension est une nouvelle réalité à laquelle la conscience collective doit s’accoutumer. Pour recentrer notre sujet, nous considérerons seulement l’espace européen que nous connaissons bien. 4

@legende : Figure 1 : l’immigration, principal moteur de la croissance démographique en Europe (extrait du journal le Monde du samedi 30 juillet 2011).
La population de l’Union européenne totalisait 502,5 millions d’habitants au 1 er janvier 2011. Les vingt-sept se sont peuplés de 1.4 million d’habitants supplémentaires en 2010 et 5,4 millions d’enfants sont nés dans l’Union en un an, soit un taux de natalité stable, de 10,7 °/oo. Mais plus que l’accroissement naturel, qui se solde par une hausse de 514.000 habitants (+1
°/oo), c’est l’immigration qui a contribué à grossir les rangs des Européens : le solde migratoire affiche 854.000 personnes (+1,7 °/oo). Les dix-sept pays de la zone euro, avec 332 millions d’habitants, accueillent à eux seuls un million d’habitants en plus et, signe de leur attrait, bénéficient de l’essentiel du solde migratoire (700.000 personnes).
Ces totaux recouvrent de fortes disparités. Certains pays conservent un taux de natalité élevé, comme l’Irlande (16,5 °/oo), le Royaume-Uni (13 °/oo) ou la France (12,8 °/oo), soutenant l’accroissement naturel de leur population. L’Irlande a ainsi gagné 46.000 habitants par croissance naturelle, quand le solde migratoire lui en a fait perdre près de 34.000. Le Royaume-Uni ajoute un solde naturel de plus de 245.000 habitants et un bilan migratoire de 163.000 personnes. La France a vu sa population augmenter de 284.000 habitants par accroissement naturel et de 75.000 habitants par le solde migratoire. Huit pays, parmi lesquels la Lettonie, la Bulgarie, la Hongrie, l’Allemagne et la Roumanie enregistrent une croissance naturelle négative, leur taux de natalité restant inférieur au taux de mortalité. L’Allemagne a ainsi perdu 50.000 habitants en 2010, mais elle demeure le pays le plus peuplé de l’UE avec 81,7 millions d’habitants devant la France (65 millions) et le Royaume-Uni (62,4 millions). 5 Le nombre d’immigrés (extraeuropéens) est de 41 millions. 6 Il faut ajouter les entrées illégales estimées entre cent et trois cent mille par an.
Depuis 20 ans, les mouvements des cultures et la religion peuvent se traduire de manière objective de la manière suivante : l’Union européenne compterait 270 millions de chrétiens et plus de 53 millions de musulmans. Ce nombre a augmenté de huit cent mille en 2009. Les autres données ne sont pas interprétables selon nos informations.
3.1 MÉCANISMES RÉGULATEURS
Il n’y a pas de mécanismes régulateurs culturels dans la circulation des personnes au sein de l’Union européenne pour ses ressortissants. Les régulations culturelles sont donc impossibles. C’est un fait nouveau. 7 La culture a été une des dimensions trop négligées jusqu’à présent dans la compréhension des phénomènes interindividuels et collectifs. Elle est totalement subjective. Elle comporte des éléments qui tiennent à l’affectivité, à l’émotion, à la croyance, à des valeurs, à l’éthique, aux sentiments religieux. Autant de matières où il est extrêmement difficile de légiférer tant sur un plan individuel que collectif sauf quand des règles élémentaires n’ont pas été respectées.
3.2 CONSÉQUENCE COLLATÉRALE SUR LA PROTECTION DE LA VIE
Parmi les valeurs universelles, la protection de la vie est très intimement liée à l’acceptation de la diversité des croyances et des cultures. Nul ne peut attenter à la vie de l’autre. Le droit international a très largement évolué. Les conflits en Europe ont suscité cette évolution. Le crime contre l’humanité a été reconnu sur le plan collectif et sur un plan individuel comme une atteinte à des groupes, ou des personnes. Le tribunal de Nuremberg en a été un des premiers exemples. Le Tribunal international de La Haye a déjà établi des jurisprudences en matière de la responsabilité individuelle pour certains « exterminateurs » lorsqu’ils ont agi dans la perspective d’éliminer un peuple ou un individu du fait de sa particularité idéologique, raciale, culturelle ou religieuse.
3.3 DISCRIMINATION
Le très grand nombre de migrants volontaires ou par nécessité est en proie à la discrimination pour cause d’incompréhension, de religion, d’habitude culturelle, de pauvreté.
CHAPITRE IV
Période de gouvernance – conséquences sur la cohésion sociale.
Réactions internes sur les territoires : ces cinq dernières années permettent de mettre en évidence à quel point les politiques intérieures des pays européens sont sous tension à cause de la concurrence économique et de la libre circulation des cultures sur le territoire européen. La plupart des sociologues et politologues interprètent la montée des partis populistes identitaires comme une réaction à la diversité culturelle.
Ces partis populistes en Europe ont des plateformes politiques communes :
– l’élimination des étrangers par l’exclusion ou le renforcement des règles d’entrée dans les pays ;
– l’expulsion des pauvres, des personnes déficientes ;
– la valorisation du citoyen autochtone et leur défense contre la menace culturelle étrangère ;
– la révision des règles de protection sociale.
Dans les faits, nous assistons à la création d’un concept sociologique nouveau du « citoyen de premier ordre » et des « citoyens de deuxième ordre ».
Selon les régions, ces caractéristiques seront considérées avec des nuances. Le concept de droits sociaux acquis et partagés grâce au travail de ces « citoyens de premier ordre » n’est pas admis par la pensée populiste. Les biens-nantis doivent pouvoir capitaliser individuellement pour s’assurer de manière totale les garanties d’une protection sociale pour toute la vie. Il en découle qu’une protection sociale « de second ordre » devrait quand même être assurée pour les « citoyens d’un deuxième ordre ». Cette position est contraire au droit public moderne, car les constitutions de tous les pays se fondent sur l’égalité des droits. C’est la raison pour laquelle les partis populistes préconisent que la protection sociale soit assurée par des pouvoirs privés : banque assurance. La protection deviendrait alors un acte privé, une forme d’assurance dont la couverture dépendrait de la capacité de cotiser. Le repli identitaire et son cortège de dérives sont d’ailleurs à la base du drame en Norvège. 8
La Belgique peut aussi être prise en exemple pour illustrer la tension entre ces quatre facteurs : cohésion sociale, diversité culturelle, territoire, climat. On retrouve ces phénomènes quand, sur un territoire déterminé, un fait culturel attaché au lien identitaire entre le territoire et la culture est mis en échec. En Flandre, la NVA, depuis les dernières élections, forme avec le Vlaams Belang un groupe de culture politique important en Flandre (près de 1/3 des électeurs), un groupe prêt à rompre la cohésion sociale avec les autres groupes du pays. Il en résulte que la situation actuelle créé un état de déséquilibre du fait de l’ébranlement de la cohésion sociale sur le territoire national. La diversité culturelle est stigmatisée et identifiée comme la cause de cette situation. Alors que le grand problème en Flandre pour les vingt prochaines années, à l’instar des Pays-Bas, est la montée des eaux maritimes exigeant des infrastructures importantes et construction de digues gigantesques, les tensions communautaires créent un aveuglement collectif et une déraison.
CHAPITRE V
Rôles de l’université d’été, de l’institut d’études mondialistes dans la discussion des quatre éléments.
Depuis sa création en 1979, les 4 éléments repris plus haut sont le sujet de toutes les thématiques traitées au sein de l’IEM. Les thèmes mis en discussion aux différentes périodes citées préalablement sont les suivants : 1980 Mass-media et nouvel ordre mondial – 1981 L’économie mondiale – 1982 Le désarmement – 1987 Le règlement des conflits – 1993 Sociétés bloquées, sociétés éclatées et l’avenir ? – 1994 l’environnement et le citoyen –1997 les populations d’ici et d’ailleurs, visa pour XXI e siècle, etc.
Qu’en reste-t-il ?
L’IEM, l’université d’été et l’AIGS postulent que l’échange organisé, planifié, structuré des idées, des savoirs, des techniques permet l’élaboration d’espaces de compréhension, de connexion en vue d’une synthèse. C’est un laboratoire de la pensée sociale. Depuis trente-deux ans et plus particulièrement depuis quinze ans au sein de l’AIGS, l’université d’été a été, pour la plupart d’entre nous, un laboratoire de la pensée sociale dans toute sa diversité. Entre nous existe toute la diversité du monde extérieur dont nous sommes l’expression. Nous sommes chacun issu d’un groupe identitaire avec sa culture, avec son rapport à l’intime, au cosmos, à la croyance, à l’affectif, aux valeurs éthiques, à la société. En plus, la microsociété qu’est l’AIGS ajoute encore de la complexité. Nous y retrouvons la pensée médicale, psychologique, sociale, éducative, formative, d’assistance, et la pensée de l’économie sociale, sociopolitique, communale, la pensée des citoyens dans le développement local, la pensée des citoyens bénéficiaires de nos actes techniques et institutionnels dans les rapports individuels ou collectifs. L’AIGS est bien l’expression de la société contemporaine.
Depuis 1964, nous avons tous suivi les mutations de notre société. Aucun d’entre nous n’a fait l’impasse sur l’intériorisation des expériences, des savoirs acquis par les échanges scientifiques. L’université d’été constitue au sein de l’AIGS cet espace, lieu d’intériorisation des différences et de la diversité culturelle de notre sociologie et microsociologie locales. Certains d’entre nous ont élargi leur pensée à la sphère internationale européenne, nationale. Nous avons tous entre nous un respect de la pensée de l’autre. Dans ce laboratoire sont d’application les règles de l’entreprise et les règles de la société civile régissant le droit public ainsi qu’il a les règles du travail. La cohésion sociale de l’entreprise passe par un dialogue organisé et structuré entre toutes les instances qui forment la cohésion de l’entreprise à travers des organes électifs. L’entreprise régit et organise la cohésion sociale en métabolisant à travers les règles de cordialité, des rapports humains respectueux d’échange autour des droits et des devoirs des travailleurs et de l’entreprise dans l’intérêt général. L’université d’été est le lieu de convergence où, sur un territoire déterminé à un moment déterminé, nous redevenons des apprenants de gestion positive de sociétés et de personnes afin de hisser et de garantir la meilleure qualité de vie aux bénéficiaires de nos services.
Continuité de la pensée sociale à travers l’université d’été Les publications
Nous avons considéré comme une priorité de faire vivre et de communiquer le cheminement de la pensée sociale à travers l’université d’été et au-delà par les travaux de certains d’entre nous.
De manière non exhaustive, nous voudrions souligner que l’université d’été a été à la base d’une réflexion continue que nous avons menée, Serge Dalla Piazza et moi-même dans trois ouvrages :
– En marche vers un idéal social ;
– L’avenir de l’homme en question ;
– L’économie ne peut être que sociale.
C’est aussi à travers les échanges au sein de l’université d’été et de l’institut d’études mondialistes que nous avons taillé les concepts sur lesquels s’est bâtie « l’Europe sociale ». Ces réflexions se poursuivent dans tous les esprits. Nous voulons offrir aux collègues l’opportunité de travailler ensemble ou seul, sur des sujets qui ont été au cœur de leur vie professionnelle. Nous devons aussi mettre à l’actif de l’Institut d’études mondialistes et de l’université d’été, la somme des réflexions portant à l’objectivation la plus pertinente de plusieurs collègues :
Jean Marie Donnay, depuis près de vingt ans, a lui-aussi glané, collecté, confronté des données scientifiques d’allure sociologique, psychologique, médicale, pour mettre en scène des dispositifs individuels et collectifs d’aide aux personnes dans des processus de psychothérapie, de réadaptation, de formation ou d’insertion. Nous souhaitons donner corps à toutes ces recherches par une publication que Jean-Marie Donnay prépare dans le cadre de la collection « au carrefour du social » aux éditions l’Harmattan.
Une autre voie d’approfondissement et de recherche est menée par d’autres collègues. Elle porte sur l’analyse des systèmes en place dans la dynamique des groupes au sein des familles, des interfamilles, des sociétés structurées où se mélangent de manière très étroite des pulsions affectives, émotionnelles, la pensée rationnelle, les croyances et le désir de vie et de construire ensemble, de réussir l’éducation des enfants. Nous devons à Hannelore Schrod et à ses collègues, le Docteur Razafinimanana, Janine Renier, Paule Dechany, une somme de travaux que nous voudrions aussi porter au tableau des valeurs intellectuelles ou culturelles sûres à communiquer aux générations qui viennent.
Nous savons le travail de chercheur du social que réalise Luc Vandormael. Ses interventions de ces cinq dernières années témoignent de la mise en culture de concepts qu’il a non seulement expérimentés lui-même, vu expérimenter par ailleurs sur un plan individuel, collectif dans le cadre d’interventions socio-sanitaires, d’éducation permanente, socio-éducative ou sociopolitique. Nous attendons aussi de sa part bientôt une contribution pour une édition de toutes ses contributions.
Nous ne pouvons taire le travail spécifique réalisé jusque-là, avec un éclairage très personnel, par Rose-Marie Dethier. Sa réflexion sur l’esthétique et la recherche d’harmonie dans l’expression humaine et leur construction sur le plan de la culture, de l’émotion, du savoir, de la connaissance chasse la technicité au profit de l’essentiel humain.
Le Docteur Michel Martin a et continue à influencer la pensée de l’action sociale. Il nous a accoutumés à faire le chemin de l’intime à l’individu et de l’individu au collectif. Il nous a conté les histoires pour nous faire voir à quel point « moi », « je », « l’autre », « l’image que je veux donner à l’autre » forment la psychologie de l’humain. Mais tout cela n’est pas qu’une histoire, car l’humain n’est pas seulement animal, il est aussi pensée et action. L’ouvrage de Michel Martin « Hédonisme et responsabilité : une éthique pour le plaisir » illustre bien la réflexion menée à travers l’Institut d’études mondialistes. Je me souviens de sa magnifique présentation à la session que nous avions consacrée à « l’Utopie comme levier de la création et de la transformation sociale ».
L’art de la gouvernance dans la diversité et le respect.
Nous ne pouvons ramener l’AIGS à l’IEM et à l’université d’été. Celle-ci n’est seulement qu’un laboratoire où certains plus que d’autres prennent l’habitude de manipuler les fioles, de les agiter dans l’espoir qu’un produit nouveau puisse en sortir. L’AIGS est aussi une structure d’économie sociale de gestion de services médicopsychosociaux dotée d’une direction multidisciplinaire où la diversité culturelle est reconnue.
1 Touraine A. (2005) Un nouveau paradigme pour comprendre le monde aujourd’hui . Paris : Fayard.
2 Lorius C. et Carpentier L. (2011) Voyage dans l’Anthropocène. Paris : Actes Sud.
3 Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat.
4 Extrait du journal Le Monde du jeudi 4 août 2011.
5 Grégoire Allix, journaliste.
6 Fondation Schuman.
7 Voir site Institut Thomas More « immigration extra-européenne : un défi majeur de l’Union Européenne ».
8 Tuerie par Breivik du 22 juillet 2011 de plusieurs dizaines de jeunes au nom d’une défense contre l’envahissement culturel.
DIALOGUE DES CULTURES DANS LA COHÉSION SOCIALE
Luc VANDORMAEL
Adjoint à la direction de l’A.I.G.S.

1 REPÈRES INSTITUTIONNELS
1.1 LA COHÉSION SOCIALE : DU GLOBAL AU LOCAL
Dès les années 1980, les politiques européennes ont visé à un renforcement de la cohésion économique et sociale en vue de réduire les écarts entre les différentes régions de l’Union. C’est la raison pour laquelle ont été créés les fonds structurels (FEDER, FSE, Interreg).
La notion de cohésion territoriale est apparue dans le traité d’Amsterdam (1997). Lors du sommet européen de Lisbonne (2000), l’Union s’est fixé un objectif stratégique ambitieux pour la décennie 2000-2010 : devenir l’économie fondée sur la connaissance la plus concurrentielle et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative des emplois, avec une plus grande cohésion sociale.
Enfin, le traité de Lisbonne (2007) consacre la triple ambition de la « cohésion économique, sociale et territoriale » parmi les objectifs de l’Union européenne. Cependant, les tensions entre ces trois volets sont constantes et figurent d’ailleurs au cœur des discussions pour la formation d’un gouvernement fédéral en Belgique.
En 2008, la Région wallonne s’est approprié la stratégie de cohésion sociale élaborée par le Conseil de l’Europe en promulguant un décret relatif aux plans de cohésion sociale dans les villes et communes de Wallonie.
L’objectif final de cette stratégie est le bien-être de tous. La méthode est la capacité de la société de réunir tous ses acteurs (les secteurs marchand, public, associatif et les citoyens eux-mêmes) pour travailler ensemble (de manière coresponsable) à l’atteinte de cet objectif. En outre, cela n’est possible que si certaines conditions de base sont réunies (volonté de partager les connaissances, les liens, les valeurs, les sentiments…). Fondant son approche sur l’accès aux droits fondamentaux, le législateur wallon a donc invité chaque entité locale à proposer un plan établi (et à réaliser) en partenariat avec les services et associations présents sur son territoire. Les objectifs de ce plan concernent la lutte contre toute forme de pauvreté, de précarité ou d’insécurité et le développement social des quartiers. Quatre axes sont préconisés : l’insertion socioprofessionnelle, l’accès au logement, l’accès à la santé et le retissage des liens sociaux, intergénérationnels et interculturels.
Le dernier axe invite donc à articuler la cohésion sociale sur l’interculturalité.
1.2 DE L’EXCEPTION CULTURELLE À LA DIVERSITÉ CULTURELLE
En 1948 entraient en vigueur les accords internationaux du G.A.T.T. Ces règles libérales comportaient néanmoins des accords de sauvegarde, particulièrement pour protéger les industries naissantes des pays en voie de développement et les industries culturelles nationales menacées par l’empire cinématographique d’Hollywood. De telles exceptions étant contestées par les États-Unis dès les années ‘60, il a fallu attendre 1986 et l’Uruguay Round pour que soient adoptés les accords du G.A.T.S. prévoyant une libéralisation relative au commerce des services. La France n’eut alors de cesse de s’opposer à cet accord, entériné en 1993 par le Parlement européen, et de réclamer un statut spécial pour la culture. La question était la suivante : faut-il aller vers une déréglementation de l’audiovisuel ou laisser l’Union et/ou chacun des ses États décider de leurs politiques cinématographiques et audiovisuelles ? En d’autres termes : Les lois du marché doivent-elles s’appliquer aussi à la culture ? Un compromis fut finalement adopté par l’Europe en 1994. La clause d’exception culturelle est reconnue temporairement. Elle n’est pas exclue définitivement des accords, mais n’y est pas incluse pour l’instant… Ainsi les chaînes françaises se voient-elles imposer par l’État des quotas de production et de diffusion d’œuvres nationales ou européennes.
Dominique Piot-Morin envisage quant à lui cette lutte sous un autre angle : « les impératifs de rentabilité du marché viennent en contradiction avec le souhait de donner aux créations la possibilité de se faire connaître et de donner au public le choix d’une véritable offre culturelle diversifiée ».
L’UNESCO avance l’idée d’une diversité culturelle, en deux temps :
1° Le 2 novembre 2001 est adoptée une déclaration sur la diversité culturelle « patrimoine commun de l’humanité ». L’UNESCO réaffirme notamment que « la culture doit être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social et qu’elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ». De même, il est constaté que « la culture se trouve au cœur des débats contemporains sur l’identité, la cohésion sociale et le développement d’une économie fondée sur le savoir ».
2° Le 20 octobre 2005 est adoptée la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Elle comprend huit principes directeurs :
– La diversité culturelle est liée au respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– Les États ont le droit de protéger la diversité culturelle sur leur territoire ;
– Il faut reconnaître l’égale dignité de toutes les cultures et les respecter ;
– La coopération et la solidarité internationales doivent aider les pays en développement à créer et renforcer les moyens nécessaires à leur expression culturelle ;
– Les aspects culturels du développement sont aussi importants que les aspects économiques ;
– La diversité culturelle est une condition essentielle pour un développement durable ;
– L’accès équitable à une diversité d’expressions culturelles du monde entier encourage la compréhension mutuelle ;
– Quand ils adoptent des mesures pour protéger la diversité culturelle, les États devraient aussi veiller à promouvoir l’ouverture aux autres cultures du monde.
2 LA DIFFICULTÉ DE CONCILIER DIVERSITÉ CULTURELLE ET APPARTENANCE AUX VALEURS COMMUNES D’UNE SOCIÉTÉ
2.1 DÉMOCRATISATION CULTURELLE VERSUS DÉMOCRATIE CULTURELLE
Deux modèles s’affrontent.
Selon l’UNESCO, il n’y a pas de culture supérieure, mais des cultures différentes.
D’aucuns considèrent ainsi que la cohabitation de cultures relativement autonomes est une source d’enrichissement de la société. Comme l’écrit Jean-Pierre Nossent, « Dans cette posture, l’égalité est la première. Au plan culturel, les populations sont appréhendées en termes de potentiel et non en termes de manques. Et les diverses communautés comme apports et enrichissements ». Nossent évoque un autre modèle, qui « se centre sur le rapport inégalitaire entre celui qui est cultivé et celui qui ne le serait pas. Il voit les institutions éducatives et culturelles comme ce par quoi ceux qui savent et sont capables vont amener la masse ignorante à la culture et l’intégrer à l’ordre démocratique ». Ses défenseurs parleront de « La » culture, censée procurer à chacun un minimum de partage de savoirs et de valeurs nécessaires au vivre ensemble dans la cohésion sociale. Pour eux, pour construire le « nous » indispensable à l’État démocratique, il faut instruire le peuple, mais, ce faisant, on lui inculque la culture des classes dominantes. C’est un processus d’assimilation. Telle est la voie empruntée par les politiques de démocratisation culturelle dans le but de réduire les inégalités d’accès à « La » culture. En France, André Malraux demeure la figure emblématique de cette démarche, notamment illustrée par l’ouverture de maisons de la culture.
En Belgique, Marcel Hicter a tenu à se démarquer du label « démocratisation culturelle » et a introduit la notion de démocratie culturelle en la décrivant par la formule suivante : « Mon option est donc : ni la culture pour tous, ni la culture pour chacun, mais la culture par chacun et avec chacun dans une optique de développement de tous. [...] Il n’y a pas de culture extérieure à l’homme, pas de matière culturelle à quoi il faut faire accéder le peuple, qu’il faut porter au peuple, que l’on puisse contreplaquer. [...] C’est le sens des responsabilités au sein de nos diverses communautés : cette culture-là [...] exige envers les autres une attitude d’accueil, de dialogue ; [...] il s’agit de contester la notion patrimoniale de la culture pour la remplacer par la définition de la culture par la population elle-même ».
2.2 LA SUPERPOSITION D’AUTRES CLIVAGES
Les deux modèles résumés ci-dessus en réfèrent à un clivage gauche-droite, ou encore humaniste-nationaliste. La réalité sociologique de notre pays en a généré un autre, entre une Wallonie majoritairement socialiste et laïque et une Flandre majoritairement chrétienne. La vie sociale et culturelle fut longtemps organisée en piliers, chaque « camp » possédant ses propres organisations : mutuelles, syndicats, mouvements de jeunesse, associations culturelles et sportives. Afin de protéger les minorités dans chacune des communautés, les partis politiques votèrent la loi du 16 juillet 1973 dite « Pacte culturel ». Il s’agissait de garantir le pluralisme philosophique et idéologique dans les institutions culturelles. Quarante ans plus tard, le modèle semble quelque peu figé, ne tenant pas compte des nouveaux modes d’organisation associative qui se développent largement en dehors de ces vieux piliers traditionnels. Néanmoins, il est plus que jamais question d’un clivage nord-sud, de la coexistence de deux cultures différentes au sein de la Belgique.
La colonisation et les politiques d’immigration volontaire (économique) puis forcée (les demandeurs d’asile) ont accentué la cohabitation de cultures différentes sur un même territoire. Faut-il alors rappeler que les cultures de ces personnes allochtones ont toujours été considérées comme inférieures à la culture occidentale ? Les vieilles thèses raciales (eux primitifs différents de nous civilisés) ont la vie dure, bien qu’elles soient aujourd’hui contredites par les anthropologues évolutionnistes et les travaux de Goody, Eisenstein et Mc Luhan, qui ont montré l’influence des nouvelles formes de communication sur le développement humain (écriture alphabétique, imprimerie, techniques de l’audiovisuel). En conséquence, chez les décideurs, la volonté d’intégration a largement supplanté celle d’émancipation des ces communautés immigrées.
La crise des banlieues, en France en 2005, et les récentes émeutes de Londres, tout comme les nombreux incidents qui opposent régulièrement des bandes de jeunes aux forces de police dans les grandes villes de notre pays, renvoient à des causes socio-économiques (infra qualification, chômage, discriminations à l’embauche, etc.), urbanistiques (quartiers en voie de ségrégation), mais touchent aussi aux questions d’identité culturelle. Dans notre capitale fédérale, le terme « maroxellois » est aujourd’hui monnaie courante pour qualifier ces fils d’immigrés ballottés entre leur culture d’origine et celle de leur milieu d’accueil. Les évènements du 11 septembre 2001 ont quant à eux exacerbé la crainte des différences, voire parfois la haine – entretenue par certains leaders politiques -, entre occidentaux et musulmans. D’aucuns s’enfoncent ainsi dans la voie de la radicalisation, rendant très difficile l’exercice du vivre ensemble. Un des symboles de ce malaise est le fameux foulard (quand il ne s’agit pas de la burqa ou du niqab). Les points de vue divergent au sein même des milieux laïques. Pour certains, la tolérance prime. Pour d’autres, il s’agit d’une entrave à la liberté de la femme et tout signe distinctif religieux doit être banni de l’espace public.
Existe-t-il une troisième voie ? Pour prendre en compte des pratiques religieuses au sein de la société et les discriminations dont pourraient être victimes leurs adeptes, le Québec a initié le concept d’accommodement raisonnable. En synthèse, il s’agit par exemple pour une entreprise de s’accorder avec un de ses travailleurs sur des mesures non disproportionnées qui lui permettent d’exercer son activité professionnelle sans enfreindre les préceptes de sa religion ou ses valeurs. Cette tentative pour essayer de vivre ensemble dans la diversité est cependant l’objet de polémiques, ne serait-ce parce qu’elle est difficile à cadrer et qu’elle porte en elle les germes d’autres discriminations à l’égard de ceux qui n’adhèrent pas aux prescrits religieux… D’où le terme « accommodement déraisonnable » lancé par ses détracteurs.
Enfin, comme nous venons de l’évoquer à propos des débats sur l’exception culturelle, la mondialisation progressive des échanges économiques et culturels a favorisé la diffusion de modèles culturels dominants qui ciblèrent d’abord les jeunes (musique, cinéma, modes vestimentaires) avant d’atteindre toutes les couches de la société et de générer une grande uniformisation des goûts.
S’il fallait aujourd’hui représenter « la culture pour tous », ce serait peut-être une large base d’influence américaine mélangée avec des soupçons de différentes cultures au gré des modes et des domaines (artistique, médiatique, culinaire, etc.).
La nouvelle culture mondiale standardisée pourrait donc être vue comme le résultat d’une certaine forme de mélange ; un nouveau produit dans lequel différents ingrédients se seraient dissous (ou auraient été absorbés), mais à parts très inégales.
Le développement d’une interaction équitable des diverses cultures, fondée sur des expressions culturelles partagées dans le dialogue et le respect mutuel restera-t-il alors un vœu pieux de l’UNESCO ?
2.3 LE DIALOGUE DES CULTURES : DE LA MULTICULTURALITÉ A L’INTERCULTURALITÉ
La multiculturalité, ou multiculturalisme, désigne la reconnaissance institutionnelle de différentes entités culturelles, ethniques ou sociales et récuse le processus de l’assimilation, même si celui-ci est inévitable dans les faits. La coexistence de diverses communautés est ainsi encadrée, mais il s’agit d’un exercice de juxtaposition qui risque d’engendrer la séparation et il serait plus juste de parler de respect du pluralisme.
L’interculturalité vise à instaurer une interpénétration entre les cultures sans gommer les spécificités de chacune d’entre elles. La communication interculturelle implique des attitudes d’altérité et de partage des savoirs, des modes de vie et d’expériences de travail en commun, où les différences ne sont pas pensées en termes d’inégalité et de hiérarchie. L’interculturel vise également à connaître et comprendre ce que les hommes ont de semblable, de sorte qu’il s’agit d’une manière pertinente de minimiser les conflits et les confrontations par le dialogue.
Après la déclaration de Faro sur la stratégie du Conseil de l’Europe pour développer le dialogue interculturel (2005), les ministres des Affaires étrangères de cette instance ont lancé, en 2008, le livre blanc sur le dialogue interculturel . Le slogan en est « vivre ensemble dans l’égale dignité » et les dangers du non-dialogue y sont dénoncés : « Quelle est notre vision de la société de demain ? S’agit-il d’une société où les individus vivront dans des communautés séparées, caractérisées au mieux par la coexistence de majorités et de minorités aux droits et responsabilités différenciés, vaguement reliés entre elles par l’ignorance mutuelle et les stéréotypes ? Ou, au contraire, nous représentons-nous une société dynamique et ouverte, exempte de toute discrimination et profitable à tous, qui privilégiera l’intégration de tous les individus dans le plein respect de leurs droits fondamentaux ? »
Le document constate cependant que le concept de dialogue interculturel demeure imprécis et pose dès lors un cadre ainsi que des recommandations pour le rendre plus opérationnel. Aucune sphère n’échappe à ces recommandations : les quartiers, les lieux de travail, les médias, le système éducatif, la famille, le monde politique…
Le Conseil de l’Europe rappelle que le corpus des droits humains reconnaît notre humanité commune et l’individualité particulière de chacun. L’identité est un ensemble d’éléments complexe et sensible aux contextes.
Amin Maalouf abonde dans le même sens. Pour lui, l’identité est forcément complexe et ne se limite pas à une seule appartenance. Elle est somme d’appartenances, mais constitue néanmoins un tout. Les identités deviennent meurtrières quand elles sont conçues de manière tribale et intolérante, quand le « nous » s’oppose aux « autres ». C’est l’intégrisme. Mais comment sortir de cette fuite en avant qui touche tant le monde occidental que le monde musulman ? Citons Maalouf : « Il ne fait pas de doute que la mondialisation accélérée provoque, en réaction, un besoin d’identité et un renforcement du besoin de spiritualité. Or, seule l’appartenance religieuse apporte, ou du moins cherche à apporter, une réponse à ces deux besoins ». « Je ne rêve pas d’un monde où la religion n’aurait plus de place, mais d’un monde où le besoin de spiritualité serait dissocié du besoin d’appartenance […] Séparer l’Église de l’État ne suffit plus ; tout aussi important serait de séparer le religieux de l’identitaire ». « L’évolution actuelle pourrait favoriser, à terme, l’émergence d’une nouvelle approche de la notion d’identité. Une identité qui serait perçue comme la somme de toutes nos appartenances, et au sein de laquelle l’appartenance à la communauté humaine prendrait de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir un jour l’appartenance principale, sans pour autant effacer nos multiples appartenances particulières ».
3 DIVERSITÉ ET ÉGALITÉ
3.1 DIVERSITÉ CONTRE ÉGALITÉ ?
En 2009, Walter Benn Michaels a lancé un pavé dans la mare avec son ouvrage intitulé La diversité contre l’égalité . Selon lui, la promotion de la diversité culturelle est en train d’écraser la lutte contre les inégalités socio-économiques. Sous le couvert d’être la garante de l’égalité, elle va à l’encontre de celle-ci. À terme, cette conversion provoquera la disparition de la gauche. « Chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les minorités visibles occupent la place qui leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? Une politique de gauche vise-t-elle à répartir les inégalités sans discrimination d’origine ou à les supprimer ? » En d’autres termes, la société serait plus préoccupée par la disparition du racisme que par la disparition de la pauvreté… Faut-il préciser que l’ouvrage a fait polémique ?
Prenant bonne note de la critique émise par Michaels, Édouard Delruelle, Directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances, prône une autre orientation qui n’éluderait pas la lutte contre les inégalités générées par le capitalisme. Elle tient dans trois principes simples que nous allons ensuite commenter :
– Articuler les politiques de lutte contre les discriminations avec des politiques sociales généralistes (éducation, emploi, formation, logement, urbanisme, etc.) ;
– Ne pas dissocier la question des droits individuels de celle des droits collectifs (le droit à l’emploi durable de qualité pour tous) ;
– Ne pas dissocier la question des droits humains des conditions de leur activation par leurs titulaires (des acteurs institutionnels et collectifs stimulants).
3.2 FAIRE CHANGER LES RACISTES ET LES RICHES
Comme la lutte des classes est (était ?) une utopie du monde socialiste, le dialogue des cultures serait-il à présent la nouvelle utopie du capitalisme social ? Étant attaché aux idées d’une gauche orthodoxe, on pourrait alors adresser un même reproche à la stratégie pour le développement du dialogue interculturel et à celle pour la cohésion sociale évoquée supra (qui mobilise aussi chaque citoyen et plus seulement l’État dit jadis « Providence »). Il est bon de rappeler que ces stratégies s’inscrivent dans une volonté de pacification des rapports sociaux et de stabilité de la société, rompant avec la vision d’un changement global qui serait imprimé par des conquêtes sociales (des luttes, des conflits…) en vue d’une émancipation des masses populaires.
On tente de nous persuader que cette vision des choses est dépassée. Un capitalisme à visage humain incluant l’objectif d’amélioration du bien-être social dans les stratégies économiques correspond davantage au modèle prôné par l’Europe, mais comment croire à une coresponsabilité sincère de tous les acteurs en faveur du dialogue et du bien-être de chacun alors qu’ils n’ont pas les mêmes intérêts ?
C’est que, dans une société où coexiste une pluralité d’intérêts et d’identités, les stratégies précitées se singulariseraient, selon leurs concepteurs, par leur capacité à développer des processus consensuels non violents pour résoudre tout conflit, soit distributif (la répartition des ressources), soit identitaire (reconnaissance des différents choix de vie dans le cadre d’un accès équitable aux droits).
Le cas échéant, ces modèles seraient aussi bien menacés par les racistes, voire les tenants d’une nation forte qui prônent la suprématie de leur modèle par rapport aux autres et refusent le principe de l’ouverture interculturelle, que par les détenteurs du capital pour lesquels toute dépense sociale constitue un manque à gagner.
Et c’est pourquoi la tolérance qui génère un dialogue et une confiance actifs ne suffit pas, même si une société tolérante est plus qu’une société où les différences peuvent cohabiter, où elles peuvent en plus affirmer leurs identités en accueillant celles des autres. Il faut y ajouter la solidarité. Comment pourrait-on en effet s’ouvrir à l’autre dans un monde régi par les lois de la concurrence et de la réussite individuelle ?
Tolérer ne peut être synonyme de laisser chacun faire ce qu’il veut. La citoyenneté (indissociable de la démocratie) nécessite aussi qu’on se comporte en fonction de l’intérêt général et qu’on s’insurge contre les injustices, tout comme il faut refuser la prépondérance d’un lien qui serait supérieur au lien citoyen, car seul celui-ci nous protège contre la fragmentation.
3.3 DROITS INDIVIDUELS ET DROITS COLLECTIFS
L’individualisation des droits, qui met les femmes et les hommes au centre des processus qui les concernent, a cependant eu quelques effets qui font controverse.
Ainsi, ces quinze dernières années, les politiques d’intégration ont été marquées du sceau de l’État social actif, renvoyant de plus en plus au sujet la responsabilité de son sort alors que les responsabilités publiques collectives étaient en recul que les principes de solidarité sociale étaient (récemment encore) particulièrement remis en question par les sphères financières mondiales et la Commission européenne, qui pressent les États de diminuer leurs dépenses.
Remontons aux origines historiques de l’article 23 de notre Constitution qui garantit à chacun l’accès aux droits fondamentaux. Évoquant le « Contrat social » de Jean-Jacques Rousseau ainsi que les textes écrits lors de la Révolution française, Pierre Rosanvallon note que le grand problème était depuis lors « d’accorder le principe de solidarité (la société a une dette envers ses membres) avec le principe de responsabilité (chaque individu est maître de son existence et doit se prendre en charge). Il s’agissait en quelque sorte d’articuler un droit avec un comportement ». Les pères fondateurs de la sécurité sociale (une assurance obligatoire), poursuit-il, ont « remplacé cette notion subjective de comportement et de responsabilité individuelle par la notion objective de risque ». [...] « La prestation est un dû, pas une libéralité ». Avec l’avènement de l’État social actif, on assiste à un formidable retour en arrière ; l’octroi de l’aide subordonné à un comportement est redevenu la règle et on évoque sans rire le « droit à l’insertion », alors que le droit au travail n’est absolument pas appliqué dans les faits. Ici aussi, c’est donc le principe de solidarité qui est mis en jachère.
2.3 QUEL(S) PROJET(S) POUR ACTIVER LES DROITS HUMAINS AINSI QUE DE NOUVEAUX MODES DE DIALOGUE ET DE SOLIDARITÉ AU QUOTIDIEN ?
Ayant évoqué la (sur)responsabilisation individuelle, il faut également mettre en garde contre une conception de l’intégration du sujet qui ne prendrait en compte que son seul bien-être personnel. L’épanouissement culturel et social de la personne figure parmi les droits fondamentaux, mais cet épanouissement ne saurait être harmonieux sans une participation volontaire à la société. Si être soi parmi les autres en les respectant constitue donc le défi à relever, cela est impossible sans articuler la construction identitaire sur le lien social.
Dans son livre blanc sur le dialogue interculturel, le Conseil de l’Europe évoque cette nécessaire participation citoyenne en ajoutant qu’elle favorise aussi la cohésion sociale. En plus des mesures de gouvernance démocratique qui concernent les acteurs institutionnels (pensons entre autres aux discriminations positives et à des mesures de vigilance), il faut envisager des mesures éducatives, une stratégie pédagogique et des méthodes de travail préparant les éducateurs à gérer les situations de diversité culturelle. Il faut enseigner les compétences interculturelles ! Ceci concerne le monde de l’enseignement, mais encore les sphères d’apprentissage informel (associations de jeunesse, sportives, culturelles, etc.).
Et voilà qui nous ramène dans le champ de notre activité professionnelle (le travail social) et qui nous pousse à évoquer la question du rôle des acteurs collectifs pour promouvoir le retissage des liens, qu’ils soient sociaux, intergénérationnels ou interculturels.
Allons au fait : on ne peut raisonnablement envisager le dialogue sans développer des actions collectives qui vont créer un dénominateur commun entre les participants d’origines différentes : la réussite du projet. Et encore faudra-t-il souvent se livrer à un exercice de transdisciplinarité…
Un colloque organisé en 2009 à Ottignies-Louvain-La-Neuve avait pour thème « Travail social et culture : quand culture et travail social se parlent, des femmes et des hommes s’émancipent » . Les organisateurs voulaient montrer l’impact de projets ou action culturelle et action sociale se rejoignent. La potentialité intéressante du rôle des médias utilisés dans l’animation socioculturelle y a particulièrement été mise en exergue, mais deux recommandations ont été ainsi formulées :
– L’expression artistique reste encore trop perçue comme quelque chose d’occupationnel par les travailleurs sociaux. Il faut donc intégrer des relais entre les institutions culturelles et sociales afin que les partenariats soient féconds ;
– Il faut former aux outils de travail collectif et de développement communautaire. Les travailleurs sociaux sont trop dans l’accompagnement individuel et le contrôle. Ils ne savent pas vraiment comment travailler la vie de groupe.
Ceci n’est qu’un exemple parmi les nombreuses bonnes pratiques que le livre blanc du Conseil de l’Europe nous invite à adopter. Nous l’avons choisi parce que les ateliers organisés cet après-midi mettront en lumière diverses expériences de ce type et nous permettront de dialoguer entre nous, notamment à propos des idées contenues dans cet exposé.
ATELIER : COHÉSION SOCIALE ET NOUVELLES CULTURES
UN PLAN COMMUNAL
DE DÉVELOPPEMENT RURAL

Alain MARIAGE
Ingénieur Architecte

Je voudrais compléter l’information fournie par Vincent Legrand en vous livrant un témoignage personnel sur le sujet « opération de développement rural ». Il y a près de 20 ans que j’ai découvert cette politique de la Région wallonne et j’ai eu la chance de la vivre de l’intérieur dans des communes aussi différentes que Waremme ou Hamoir. Je parle bien ici de « vivre » cette opération, car il ne s’agit pas du tout pour moi d’appliquer ici et là-bas une technique qui serait à la fois audit du passé et prophétie du futur…
Fort de mon expérience, je crois pouvoir déclarer sans hésitation qu’une opération de développement rural est bien un levier capable de renforcer la cohésion sociale d’un groupe humain. Cette opération a en effet pour première conséquence de provoquer des rencontres. Or, pour qu’une cohésion entre des éléments s’établisse, il faut d’abord qu’ils entrent en contact. En fait, dans le cadre d’une telle opération, c’est une multitude de rencontres qui (re)deviennent possibles. Rencontres entre voisins, entre habitants de villages qui font partie de la même entité administrative, entre natifs de l’endroit et immigrés de toutes origines, entre jeunes et moins jeunes… Rencontres aussi entre citoyens et élus. Et rencontres entre citoyens et techniciens.
Vous me direz qu’il y en a d’autres, des occasions de rencontre… Je vous ferai remarquer que celles-ci ont une durée et que c’est capital pour la densité des échanges. Je vous dirai aussi que ces rencontres, quand l’opération développement rural est bien menée et que ceux qui y participent sont gens de bonne volonté, présentent cette particularité de placer tout le monde sur un pied d’égalité. Souvent, dans le cadre d’une opération de développement rural, les élus écoutent plus qu’ils ne parlent, et les techniciens aussi.
Pour créer de la cohésion, il faut se parler, s’écouter, et s’entendre. L’opération de développement rural, c’est comme un forum vivant, comme une nouvelle place publique ouverte au cœur d’une communauté humaine. C’est une occasion rare de pratiquer « la chose publique ». Il y a certes des risques de dérapage, de récupération, de manipulation. Mais il y a aussi, très vite et très souvent, un sentiment fort qui s’installe chez les participants et que je pourrais résumer ainsi : oui, on peut faire autrement.
Une opération de développement rural est donc une belle occasion de débattre. Non pas de débattre stérilement, juste pour le plaisir d’un bon mot ou d’une pique assassin. Mais débattre pour construire, pour choisir des projets ! Les techniciens, et j’en suis un, ont à mes yeux, un rôle de facilitateurs, de médiateurs parfois. De colporteurs aussi. Ils viennent avec du liant dans leurs valises. Ils sont un peu comme les sages-femmes d’autrefois. Ils ne conçoivent pas l’enfant, mais ils l’aident à naître dans les meilleures conditions. Ce type de rencontre demande à chacun de pratiquer l’humilité et l’écoute de l’autre. Mais c’est aussi une belle occasion de retrouver l’usage de la parole libre ! Un usage que l’existence d’un respect mutuel permet. Et quand le respect vit au sein d’une communauté, la cohésion sociale se porte souvent bien.
Une opération de développement rural peut-elle être qualifiée de nouvelle culture ?
Je la sens plutôt comme la renaissance d’une culture ancienne. Une culture « paysanne » (et le mot n’a rien de péjoratif), faite de partage et de solidarité. Est-ce nouveau d’avoir envie d’apprendre ensemble ? Nouveau de vouloir construire ensemble ? Il est important de souligner le caractère concret d’une opération de développement rural. Elle ne débouche pas que sur un livre épais. Elle n’est pas faite que de mots, dits ou écrits. Elle est ancrée dans le réel. Elle est basée sur la réalité de l’endroit. Elle encourage l’innovation, l’expérimentation. Et ça, ce n’est pas facile et ce n’est pas courant. Notre société nous a beaucoup désappris l’audace. C’est peut-être en cela qu’une opération de développement rural peut avoir un caractère nouveau. Je le voudrais en tous cas : réapprendre ensemble l’audace !
Tenter ensemble de nouvelles pistes en sachant que si on se casse le nez, on se soignera les uns les autres ! La cohésion naît ou se renforce souvent dans l’épreuve. Et si elle grandissait aussi dans le pari sur demain ?
J’y crois.
ÉCONOMIE SOLIDAIRE, CULTURE ET TERRITOIRE
UNE ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE EST-ELLE POSSIBLE ?
Serge DALLA PIAZZA
Docteur en Psychologie, AIGS

Nous devions être 4 ce matin et cet après-midi, nous ne serons que 3 ! Le professeur Hassan Zaoual est décédé inopinément dans la nuit du 19 au 20 juillet. Ceux qui ont rencontré Hassan ne peuvent l’oublier, tant sa pensée et sa clairvoyance étaient grandes. C’était un homme d’idée et de contact. Il défendait avec opiniâtreté des idées humanistes qui ne lui ont pas fait que des amis dans la confrérie des économistes. Cette journée lui est consacrée et va notamment tenter de traduire sa pensée qui pourrait se résumer ainsi :
Les croyances et les cultures locales jouent un rôle essentiel dans le développement économique. Sa théorie des sites symboliques d’appartenance, dont il est le principal initiateur, sert de fondement explicatif. Le développement économique ne peut s’imaginer sans diverses dimensions cachées. Dans ce sens, il fondait sa pensée sur le pluralisme et une ouverture extraordinaire sur le monde entier. Cet esprit universel nous manque déjà profondément.
Il me revient d’introduire cette 2 e journée de l’université d’été 2011 de l’AIGS. C’est avec un très grand plaisir que je reçois 2 éminences grises et acteurs de l’action sociale. Ils doivent élever les débats de la sphère économique et nous montrer que si les fondements des économies sont toujours locaux, les effets sont de plus en plus étendus, comme les ronds dans l’eau ou ce qu’on appelle l’effet papillon. Nous l’avons bien constaté avec la crise de 2008-2009, où la cupidité spéculative de quelques financiers a mis à mal l’économie occidentale.
Cela montre sa fragilité et ses aspects interdépendants. Cela montre aussi les limites d’une mondialisation incontrôlée, car l’économie des pays émergents a mieux résisté à ces chocs, à la fois spéculatifs et à la fois issus de crédits non remboursables.
« C’est tout un projet de civilisation pour ceux qui ont pris conscience que l’avenir de l’humanité ne doit aucunement continuer à être confié aveuglement à l’expertise économique. » Ces termes introductifs de Hassan Zaoual fixaient d’emblée l’enjeu de la journée. Cet enjeu est en effet planétaire et se situe dans la préservation identitaire. Chaque groupe social a évolué avec des caractéristiques adaptatives qu’il estime les plus propices, les plus efficaces. Il s’y accroche. Et, souvent, il l’exporte quand il ne l’impose pas aux autres. De là est né le racisme, mais aussi toutes les tyrannies et autres suprématies. Parfois, au cours du temps et des époques, l’efficacité d’une forme économique paraît incontestable et devient un modèle. Il attire les convoitises, exacerbe les envies, fait des émules et aspire un nombre incalculable d’individus provenant de régions ou de pays moins nantis. Et l’immigration, surtout dans sa partie cachée, donne toujours un souffle extraordinaire aux économies nanties.
Il revient aussi à Hassan Zaoual d’avoir montré qu’un système économique repose d’abord sur des échanges au sein d’un groupe social avant d’être mondial, autant sur des croyances que sur des réalités. Sa démarche décloisonne l’économie et les faits de société. Cela l’amène à forger de nouveaux concepts transdisciplinaires et pratiques comme le site symbolique d’appartenance 9 , l’homo situs , la rationalité située. L’ Homo situs est « l’homme de la situation : varié, variable, conjuguant plusieurs paramètres, beaucoup plus experts que tous les experts du développement produits par l’économie dominante » 10 . Il propose une économie non violente et modulable tenant compte des particularités de chaque contexte humain et intégrant les impératifs de durabilité au plan des sociétés et des écosystèmes. Face aux risques et aux menaces de la mondialisation uniforme, cette orientation, sans tomber dans le relativisme intégral, laisse entrevoir une civilisation de la tolérance et de la diversité, seul rempart contre l’entropie liée à l’homo œconomicus .
Cette notion de « situ » est donc au centre du débat et il nous appartient de rendre hommage à son concepteur, non pas pour exacerber les particularismes, mais bien pour élargir au maximum une conscience collective du genre humain. Cette conscience a pour fonction essentielle de relativiser nos croyances et nos certitudes et nous engager vers la tolérance absolue. Qu’on ne s’y trompe pas, si nous rejoignons ici quelque part l’hétérotopie de Foucault évoquée l’année passée, nous atteignons aussi les rivages de la cognition située à un niveau individuel. La cognition située étudie les contextes d’émergence des connaissances, depuis ses caractéristiques intrinsèques et celles de l’individu.
Il s’agit d’un carrefour, d’une synthèse, de synthèses. La connaissance de l’homme situé nous aide dans cette démarche de découverte et de tolérance de l’autre. L’auteur japonais Murakami nous dit que : « pris dans l’engrenage d’une société, d’un système privilégiant l’efficience, l’homme perd peu à peu de sa dignité ». 11 Il ajoute : « Nous sommes tous des œufs fragiles face à un mur solide. Ce mur a pour nom système. Il est trop haut, trop solide, trop froid. Si nous avons un quelconque espoir de gagner, il ne peut provenir que de notre foi dans le caractère unique et irremplaçable de nos âmes et de la chaleur que l’on obtient en les unissant. »
Henry Panhuys va nous faire l’honneur de nous servir de guide provisoire. Il va nous rappeler qu’il y a 3 formes économiques principales dans nos régions : l’économie libérale dont le but est le profit immédiat de quelques-uns, l’économie redistributive des états dont on a vu le rôle essentiel récemment, et une autre forme encore, l’économie sociale et solidaire. Il va interroger nos esprits sur les conditions où l’économie sociale et solidaire deviendrait une alternative aux deux autres formes économiques. Les modèles issus des pays du sud restent essentiels pour permettre une réappropriation locale et une expertise en la matière. Il est connu pour avoir exploité le concept de « situé » dans le domaine culturel et social. Il oppose culture mondiale occidentalisée et américanisée aux particularismes qui font preuve d’une résistance parfois opiniâtre. Il défend une perspective de pluralisme qui déglobalise.
Enfin, Michel Mudjir, avec son esprit pragmatique, nous fournira des exemples, des expériences locales pour asseoir ces concepts nouveaux pour nous, travailleurs du monde médicopsychosocial.
Je reste avec une insatisfaction intellectuelle et j’espère aujourd’hui avoir un début de réponse. L’économie est d’abord informelle et relationnelle, donc d’abord individuelle. Peut-elle vraiment devenir sociale et solidaire ? 12
9 Un site symbolique d’appartenance peut être aussi bien une ville, un quartier, une croyance, qu’une entreprise.
10 Repris dans Afrik.com du 1 er août 2011.
11 Haruki Murakami, le plus grand écrivain japonais contemporain. Propos repris dans son discours de réception du prix Jérusalem en 2009.

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