Programmes spatiaux secrets et alliances extraterrestres, tome IV : Émergence du Dragon rouge – Origine et développements du programme spatial secret chinois
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Description

Comment la Chine a-t-elle connu sa vertigineuse ascension et rattrapé son retard technologique pour devenir une superpuissance militaire dans l’espace ?
Cette incroyable transition débuta au sein de programmes hautement confidentiels des forces aériennes américaines, il y a plus de 75 ans ! Alors qu’il habite aux États-Unis, un brillant scientifique chinois est désigné pour travailler, pendant plus d’une décennie, aux technologies militaires américaines les plus secrètes. Puis un jour, de façon très étrange, il sera ciblé par le FBI, puis renvoyé en Chine dans le cadre d’un échange de prisonniers par le président Eisenhower. Cet épisode l’amènera à développer en Chine, sous l’égide de l’armée, un programme spatial secret (PSS) utilisant des systèmes inusités de propulsion électromagnétique qui, à présent, mettent au défi la domination de l’armée américaine au sol et dans l’espace.

Ce livre vous révélera :
les origines du PSS chinois dans le travail novateur du Dr Tsien Hsue-shen, qui a transmis à la Chine sa connaissance avancée des PSS de l’Allemagne nazie et des États-Unis ;
d’anciennes technologies aéronautiques enfouies dans de mystérieuses pyramides chinoises qui ont été secrètement étudiées et soumises à une rétro-ingénierie ;
d’anciens artefacts de contacts extraterrestres dans les régions lointaines du Tibet et du désert de Gobi ;
la participation de la Chine à un PSS dirigé par les Nations unies et destiné à engendrer une plus grande coopération internationale en réponse à l’existence de la vie extraterrestre ;
les armes de l’espace et le vaisseau spatial à propulsion électro­magnétique que la Chine développe et déploie présentement.

D’ici 2030, l’économie chinoise va dépasser celle des États-Unis, et la Chine a l’intention d’utiliser ses vastes ressources économiques pour projeter sa présence loin dans l’espace. Les États-Unis et la Chine sont-ils voués à un affrontement violent lors d’une inévitable guerre spatiale, ou doivent-ils devenir des partenaires stratégiques pour guider la transition paisible de l’humanité vers une civilisation galactique ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 septembre 2020
Nombre de lectures 12
EAN13 9782896265510
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Michael E. Salla
Programmes spatiaux secrets et alliances extraterrestres Tome IV
ÉMERGENCE DU DRAGON ROUGE
Origine et développements du programme spatial secret chinois
Traduit de l’anglais (É.-U.) par Marie-José Thériault
Programmes spatiaux secrets et alliances extraterrestres, tome IV – Émergence du Dragon rouge

Titre original anglais : Rise of the Red Dragon – Origin and Threat of the China’s Secret Space Program Exopolitics Consultants. RR2 Box 4876 Pahoa, HI 96778 USA
© 2020 Michael E. Salla Ph.D.

© 2020 Ariane Éditions inc. pour l'édition française 1217, av. Bernard O., bureau 101, Outremont, Qc, Canada H2V 1 V7 Téléphone : 514-276-2949, télécopieur : 514-276-4121 Courrier électronique : info@editions-ariane.com
Site Internet : www.editions-ariane.com
Boutique en ligne : www.editions-ariane.com/boutique
Facebook : www.facebook.com/EditionsAriane

Tous droits réservés.
Aucune partie de ce livre ne peut être utilisée ni reproduite d’aucune manière sans la permission écrite préalable de la maison d’édition, sauf de courtes citations dans des magazines ou des recensions

Traduction : Marie-José Thériault
Révision : Marc Vallée
Révision linguistique : Monique Riendeau
Graphisme et mise en page : Carl Lemyre
Conversion au format ePub : Carl Lemyre

Première impression : juillet 2020 ISBN papier : 978-2-89626-550-3 ISBN ePub : 978-2-89626-551-0

Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2020 Bibliothèque et Archives nationales du Canada, 2020 Bibliothèque nationale de Paris, 2020

Diffusion
Québec : Flammarion Québec – 514 277-8807 www.flammarion.qc.ca
France et Belgique : D.G. Diffusion – 05.61.000.999 www.dgdiffusion.com
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Imprimé au Canada
Préface
L’art suprême de la guerre, c’est soumettre l’ennemi sans combattre.
– Sun Tzu, L’Art de la guerre
Le 20 novembre 2019, le lieutenant-général nouvellement retraité Steven Kwast, de la Force aérienne des États-Unis (US Air Force), déclara publiquement que la Chine était à mettre sur pied une force spatiale dotée de « cuirassés et de destroyers » pouvant être utilisés dans l’espace à l’encontre de matériels militaires américains. Deux ans plus tôt, James Sheehy, dirigeant principal de la Technologie à la Naval Aviation Enterprise, un important groupe de recherche de la Marine américaine (U.S. Navy), avait révélé sans ambages que la Chine développait des aéronefs, des navires et des vaisseaux spatiaux hybrides pourvus de systèmes électromagnétiques très évolués qui révolutionneraient l’industrie aérospatiale. Ces avancées rendraient également désuets les véhicules à carburant fossile. De telles déclarations sont l’indice d’un danger manifeste et immédiat.
De hauts responsables du Pentagone nous mettent ouvertement en garde contre le fait que la Chine est déjà en bonne voie d’être capable de détruire la totalité des réseaux militaire et civil de communication par satellite des États-Unis. Les efforts que déploie la Chine pour se servir de l’intelligence artificielle (IA) comme d’une arme afin d’en retirer un avantage asymétrique sur son plus grand rival technologique, les États-Unis, sont encore plus préoccupants. Des analystes de la sécurité nationale affirment que le développement technologique et économique de la Chine est si rapide que le pays est en voie d’atteindre son objectif, qui est d’imposer son hégémonie au monde avant la date butoir de 2049. Selon la perspective historique actuelle du Parti communiste chinois (PCC), cette date marquera le centenaire de la victoire du Parti communiste dans la guerre civile et de la fin du « siècle de l’humiliation » imposé par les grandes puissances occidentales.
L’analyste politique Graham Allison, doyen de la Harvard Kennedy School of Government, met en garde contre le « piège de Thucydide », une situation explosive typique qui a lieu quand une puissance émergente (la Chine) affronte une puissance dominante (les É.-U.) pendant des décennies dans le but de lui arracher l’hégémonie mondiale. D’autres éminents analystes de la politique chinoise, notamment Michael Pillsbury, auteur de The Hundred Year Marathon ( Le marathon de cent ans ), et le brigadier-général Robert Spalding, auteur de Stealth War ( Guerre furtive ), donnent une description approfondie du pouvoir militaire, économique et technologique qu’a développé la Chine dans les dernières décennies. Ces deux auteurs mettent plus spécifiquement en garde contre l’utilisation que fait la Chine de stratégies de guerre furtives développées il y a plus de deux mille ans, durant la période des Royaumes combattants, par le très respecté génie militaire Sun Tzu et d’autres stratèges. Le but de la Chine est d’amener les démocraties occidentales à ressentir une fausse impression de stabilité jusqu’à ce qu’elle soit prête à mettre rapidement en place une série de mesures visant à retirer aux États-Unis leur hégémonie mondiale sans tirer le moindre coup de feu. Pillsbury et Spalding en viennent tous les deux à la conclusion qu’il est peu probable que la Chine change quoi que ce soit à son système politique répressif. Bien au contraire, elle exportera les avantages d’un régime totalitaire ayant de plus en plus recours aux technologies de pointe de l’IA pour contrôler la vie de ses citoyens et se répandra dans le monde entier. Comment la Chine, de petit dernier industriel ayant du mal à nourrir son immense population, est-elle devenue un tel poids lourd technologique et économique, capable de défier la suprématie des États-Unis sur Terre et dans l’espace ?
La réponse nous vient du père du programme spatial « propulsion par moteur-fusée » de la Chine, Tsien Hsue-shen. Curieusement, Tsien entreprit sa brillante carrière aux États-Unis, où il se fit connaître et joua un rôle de premier plan dans le démarrage de la fuséologie américaine en créant le légendaire Jet Propulsion Laboratory (JPL – Laboratoire de recherche sur la propulsion par réaction) du California Institute of Technology (Caltech). Le JPL allait devenir l’un des plus importants établissements scientifiques de développement des fusées ayant assuré l’expansion du programme spatial de la NASA. En vertu de ses impressionnantes réalisations scientifiques tant au JPL qu’au Massachusetts Institute of Technology (MIT), en 1950 Tsien fut hissé dans tout le pays au rang de vedette nationale en tant que fuséologue précurseur. Les grands quotidiens publièrent régulièrement des entretiens où il exprimait ses idées sur les fusées modernes ainsi que sur les avions supersoniques à réaction qui transporteraient un jour leurs passagers d’un bout à l’autre du pays en moins d’une heure.
Ce qui reste largement méconnu, par contre, est que Tsien avait également aidé la Force aérienne de l’armée des États-Unis (US Army Air Force) à examiner des véhicules aérospatiaux supersoniques en forme de soucoupe, glanés en Allemagne nazie ou obtenus au Nouveau-Mexique sur des sites d’écrasements d’ovnis remontant à 1947. Tsien ne s’est pas contenté d’aider les scientifiques américains à étudier les exotiques systèmes de propulsion de ces « soucoupes volantes », il est aussi intervenu directement dans la mise au point, par la Force aérienne de l’armée des États-Unis, d’un programme pluridécennal de rétro-ingénierie des véhicules supersoniques ainsi récupérés, afin d’alimenter un futur programme spatial secret à volets multiples.
Alors qu’il était au sommet de sa gloire et de son influence scientifique au pays, un ensemble d’événements impensables eut lieu. Accusé d’être un sympathisant communiste par le FBI, Tsien se vit retirer toutes ses habilitations de sécurité, puis il fut déporté en Chine après une longue bataille juridique. Hébété, forcé de rentrer dans son pays, Tsien y emporta avec lui une mine de secrets militaires et technologiques américains.
Il n’y a pas lieu de s’étonner si, à son retour en Chine en 1955, Tsien a aidé à lui seul l’Armée populaire de libération à développer des fusées qui ont formé l’épine dorsale de son programme naissant de missiles nucléaires et balistiques. Tout en secondant la Chine dans la mise au point de fusées modernes destinées aux missiles nucléaires et aux systèmes de lancement de satellites, Tsien a suivi de près l’évolution dans toute la Chine de technologies aérospatiales de pointe similaires à celles qu’il avait étudiées aux États-Unis et dont quelques-unes provenaient de l’Allemagne nazie. Pour ce faire, il a enquêté sur les observations d’ovnis répandues partout au pays ; il a étudié le contenu de mystérieuses pyramides de la province du Shaanxi censées renfermer de très anciennes technologies aériennes ; il a récupéré des objets à l’emplacement d’un écrasement d’ovni ayant eu lieu il y a 12 000 ans à la frontière du Tibet et de la Chine ; il a épluché les comptes rendus de moines bouddhistes tibétains qui parlaient de soucoupes volantes et de contacts fréquents avec leurs occupants ; il s’est penché sur les frappes menées en 1980 en Mongolie par les Chinois et les Soviétiques sur une importante base d’ovnis appartenant à une civilisation inconnue et technologiquement évoluée, et sur son éventuelle capture.
Dans les années 1980, le président Ronald Reagan et le chef suprême de la Chine, Deng Xiaoping, ont signé des accords d’assistance technologique d’envergure en vertu desquels la Chine a pu bénéficier de quelques-unes des meilleures technologies de pointe des États-Unis. Il est généralement admis que Reagan a conclu ces accords pour contrer la menace soviétique et affaiblir le rôle de l’Union soviétique dans l’arène internationale, mais il réagissait en réalité à un tout autre danger.
Il est de notoriété publique que le président Reagan a insisté à plusieurs reprises sur le besoin d’une coopération internationale accrue pour répondre à une menace extraterrestre imminente. Les accords américains d’assistance technologique ont jeté les bases qui ont permis à la Chine d’aller de l’avant dans son ambitieux programme de modernisation industrielle. Ils ont aussi ouvert la voie à une collaboration secrète entre des scientifiques chinois et leurs homologues américains en vue de comprendre le fonctionnement de plusieurs vaisseaux extraterrestres récupérés, à l’étude aux États-Unis. De nombreuses personnes bien informées confirment que des scientifiques chinois travaillaient dans des installations ultra-secrètes où des technologies extraterrestres récupérées étaient décortiquées par rétro-ingénierie dans le but d’alimenter un éventuel programme spatial international secret et conjoint. Les États-Unis désiraient en retour accéder à la riche base de données de la Chine sur les soucoupes volantes et les technologies anciennes trouvées dans ses mystérieuses pyramides du désert de Gobi, du Tibet et d’ailleurs.
En authentique visionnaire, Tsien a joué un rôle décisif dans le développement et l’implantation d’un programme pluridécennal de rétro-ingénierie pour l’Armée populaire de libération, étape nécessaire à la réalisation d’un rêve encore plus grand : un programme spatial secret pour la Chine qui ferait appel à des technologies de propulsion exotiques basées sur l’électromagnétisme et la physique des champs de torsion. Tsien allait renouer avec le rôle qu’il avait joué des décennies auparavant quand il avait aidé la Force aérienne des États-Unis à mettre au point un plan stratégique pour l’examen minutieux de véhicules récupérés qui comprenaient non seulement des fusées V2 mais aussi des soucoupes volantes allemandes et extraterrestres. La montée fulgurante de la Chine en tant que grande puissance de l’espace dotée d’un programme spatial militaire secret qui rivalise aujourd’hui avec les programmes beaucoup plus anciens des États-Unis et de la Russie, doit son succès à Tsien Hsue-shen.
D’après Zhuang Fenggan, qui fut nommé directeur adjoint de la section des mathématiques et de la physique de l’Académie chinoise des sciences en 1994, « Tsien a monté à partir de rien le secteur des fusées […]. Il était alors le plus important scientifique et l’expert le plus influent [1] ». Ernest Kuh, professeur d’électrotechnique à l’Université de Californie à Berkeley, a dit ceci : « Tsien a révolutionné la science des missiles en Chine, et, à vrai dire, toute la science militaire. […] Il est le plus important scientifique et ingénieur du pays [2] . »
Dans les années 1990, la Chine a commencé secrètement à développer des véhicules aérospatiaux à l’aide de technologies exotiques quand, grâce à la rapidité de son expansion économique, elle a pu disposer des ressources nécessaires à la monumentale entreprise que Tsien planifiait depuis longtemps. Le programme scientifique spatial de la Chine, propulsé par fusée traditionnelle, dissimule efficacement le déploiement d’un programme spatial secret beaucoup plus ambitieux et dirigé par l’armée, dont l’objectif à court terme est de remettre en cause la prépondérance des États-Unis dans les opérations spatiales. À long terme, la Chine entend supplanter les États-Unis en tant que puissance hégémonique mondiale et tirer parti de ses immenses ressources économiques pour projeter son autorité et son influence militaires jusqu’aux limites de notre système solaire et au-delà.


[1] Iris Chang, Thread of the Silkworm (Basic Books, 1995) livre numérique Kindle, emplacement 112 sur 7499.
[2] Iris Chang, Thread of the Silkworm (Basic Books, 1995) livre numérique Kindle, emplacement 109 sur 7499.
Chapitre 1
Le génial Tsien Hsue-shen participe au lancement du programme de missiles spatiaux des États-Unis
Sans nul doute le plus important membre du programme spatial de la Chine […] Tsien Hsue-shen a été responsable du développement des missiles et des lanceurs chinois de 1956 à 1991.
– Space Tech Asia, 2017
Tsien Hsue-shen (Qian Xuesen, en chinois [pinyin]) était un mathématicien, physicien, cybernéticien et ingénieur en aérospatiale chinois dont l’illustre carrière scientifique a durablement marqué les États-Unis et la Chine. Au bout du compte, les fruits de son labeur ont amené ces deux nations fières à se confronter dans une lutte acharnée pour la suprématie mondiale. Comment cela est-il arrivé ? Le génie et le destin ont tous deux joué un rôle dans le triomphe personnel de Tsien et le brusque discrédit qu’ont jeté sur lui les États-Unis, mettant fin à sa carrière dans ce pays en 1955. En l’accueillant à son retour comme un enfant prodigue, la Chine, son pays natal, a aussi pu profiter de ses nombreux talents et des secrets qu’il avait récoltés aux États-Unis. Tsien a vécu jusqu’à 98 ans. Son décès, en 2009, a été souligné par les médias des deux continents. Il a œuvré toute sa vie à établir les fondements des audacieux programmes spatiaux nationaux secrets de ces deux pays.
Né en 1911 à Hangzhou, en Chine, Tsien obtient un diplôme de génie mécanique à l’Université Jiao-tong de Shanghai en 1934. Il est stagiaire à la base aérienne de Nanchang avant de se rendre aux États-Unis en 1935, muni d’une bourse de la Boxer Indemnity pour étudier au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) à l’âge de 24 ans [3] . Titulaire d’un diplôme de maîtrise en sciences du MIT avec spécialisation en génie mécanique, sur le conseil de celui qui deviendra un mentor, un ami et un collègue, il s’inscrit au Caltech, à Pasadena (Californie), pour y poursuivre des études de doctorat.
C’est ainsi que le légendaire physicien et ingénieur en aérospatiale Theodore von Karman, dont les théories et les expériences lui ont valu d’être qualifié de « père de l’âge supersonique », est devenu, au Caltech, le directeur de thèse du jeune homme [4] . Von Karman a eu un rôle clé dans le développement des programmes spatiaux des États-Unis, que ceux-ci fassent appel à des systèmes de propulsion par moteurs-fusées traditionnels ou à des systèmes exotiques. Pendant la Seconde Guerre mondiale et tout de suite après, Karman a été le principal conseiller scientifique de Henry « Hap » Arnold, le général commandant de la Force aérienne des États-Unis, qui a été officiellement lancée en 1941. Visionnaire anticipateur, il allait devenir le seul général cinq étoiles à servir dans deux corps d’armée : les Forces terrestres de l’armée des États-Unis (US Army) et la Force aérienne.
Von Karman relate comme suit sa première rencontre avec Tsien et l’évolution rapide de leur grande amitié :
Un jour de 1936, il est venu me demander conseil sur la poursuite de ses études de cycles supérieurs. J’avais sous les yeux un jeune homme mince et pas très grand, au regard grave, qui répondait à mes questions avec une précision inhabituelle. Sa perspicacité et sa rapidité d’analyse m’ont impressionné sur-le-champ, et je lui ai suggéré de s’inscrire au Caltech.
Tsien était d’accord. Il s’est penché avec moi sur de nombreux problèmes mathématiques. Il avait beaucoup d’imagination ainsi qu’une disposition pour les mathématiques, qu’il associait avec succès à une grande aptitude à visualiser correctement l’aspect physique des phénomènes naturels. Encore tout jeune étudiant, il m’a aidé à débrouiller certaines de mes théories sur des sujets difficiles. Je n’avais pas souvent croisé de pareils talents, si bien que Tsien et moi sommes devenus de proches collaborateurs [5] .
Ces dons particuliers étaient aussi des signes avant-coureurs de l’aptitude de Tsien pour les phénomènes paranormaux. Plus tard dans sa vie, il a mené une rigoureuse enquête scientifique sur la nature de la télépathie, un champ reconnu avec circonspection par les scientifiques chinois.
Tsien a obtenu son doctorat en 1939 et est devenu le protégé de von Karman. Il a été initié au domaine tout nouveau de la propulsion par moteurs-fusées et, en collaboration avec deux autres ingénieurs du Caltech, il a construit des versions préliminaires américaines de la fusée V2 de l’Allemagne nazie. L’autobiographie de von Karman témoigne du lien étroit qui s’est développé entre lui et Tsien, puisque ce dernier est le seul de ses étudiants à qui il consacre tout un chapitre. Iris Chang, la biographe de Tsien, résume ainsi leur relation :
Ils étaient très bien assortis. Karman avait une grande intuition physique – le don de visualiser des problèmes aérodynamiques et d’en isoler les éléments clés. De son côté, Tsien possédait la ténacité et une aptitude pour les mathématiques appliquées, indispensables dans la résolution de problèmes sur papier. Le partage des tâches semblait bien défini. Si Karman avait soudain une vue d’ensemble de la structure générale d’une théorie, c’était souvent Tsien qui donnait méticuleusement corps à celle-ci par une suite interminable de formules mathématiques. Si les mathématiques étaient pour Karman, un homme spontané et sociable, essentiellement un instrument, le moyen d’arriver à une fin, Tsien, plus studieux, y voyait plutôt une fin en soi. Il en appréciait l’élégance et la grâce formelle [6] .
Martin Summerfield, ancien président du laboratoire de propulsion et de combustion de l’Université de Princeton, a aussi étudié au Caltech et il était un ami de Tsien. Il se remémore comment Tsien est rapidement devenu un allié indispensable de von Karman :
Il était le bras droit de Karman. Il mettait en forme avec empressement toutes sortes de projets et d’idées de Karman, il y travaillait jour et nuit, puis il lui apportait très vite un manuscrit ou des calculs brillants. Il était pour lui un proche collaborateur, ses bras et ses jambes, et trouvait des solutions aux formules dont Karman avait eu l’idée. Il était génial et travaillait rapidement. C’était quelqu’un de très inhabituel [7] .
Au début de 1937, Tsien se joint à un groupe restreint de diplômés du Caltech qui étudient la faisabilité d’utiliser un jour des fusées pour créer des véhicules aérodynamiques. Le 29 mai 1937, il rédige un rapport intitulé « The Effect of Angle of Divergence of Nozzle on the Thrust of a Rocket Motor » (L’effet de l’angle de divergence de la tuyère sur la poussée du moteur d’une fusée) que le groupe retient et intègre à sa bible [8] . Les travaux de Tsien et des autres étudiants diplômés impressionnent à ce point von Karman qu’il aide le groupe à se faire officiellement reconnaître sous la désignation de Guggenheim Aeronautical Laboratory of the California Institute of Technology (GALCIT) Rocket Research Group (Groupe de recherche sur les fusées du laboratoire d’aéronautique Guggenheim du California Institute of Technology) [9] .
Après sa première communication sur les fusées à l’Institute of Aeronautical Sciences (IAS) de New York en janvier 1937, le California Tech , un journal étudiant, publie un reportage sur le groupe de fuséologues du Caltech :
La fusée n’est plus une fiction. Au cours des trois prochains mois, Frank J. Malina, A. M. O. Smith et Hsue-she Tsien, des étudiants de cycle supérieur en aéronautique du Caltech, détiendront plus d’information fiable sur la propulsion par moteurs-fusées que tout le savoir qu’en a récolté le monde au cours de ses expériences antérieures [10] .
Le California Tech relate une des expériences en fuséologie auxquelles Tsien aspire :
Un des objectifs de cette expérience est de détecter quelques-unes des caractéristiques de la Terre à une altitude de 600 à 900 milles [965 à 1 450 km]. Les fusées projetées comporteront trois sections distinctes. La consommation énergétique d’un engin qui décolle dans les couches inférieures et denses de l’atmosphère est considérable, si bien que ces fusées seront autant que possible lancées du sommet d’une haute montagne. Une fois franchie la couche dense de l’air, la fusée se délestera d’un poids mort et poursuivra sa montée avec une moindre consommation de carburant. Enfin, à un moment préétabli, la seconde section sera éjectée et la fusée atteindra « sur son élan » une altitude supérieure [11] .
Bientôt, les journalistes d’importants organes de presse tels que le Popular Mechanics et les quotidiens de Los Angeles s’enquièrent auprès de Tsien et de son groupe de fuséologues du Caltech des possibilités de ces fusées.
Mai 1938 : le premier article cosigné par Tsien et von Karman, « Boundary Layer in Compressible Fluids » (La couche limite des fluides compressibles), est publié. Il étudie les couches limites d’objets à déplacement rapide tels que les fusées et les missiles. Un autre article dont Tsien est l’auteur paraît en octobre dans Aeronautical Sciences : « Supersonic Flow Over an Inclined Body of Revolution » (Le flux supersonique au-dessus d’un corps rotatif incliné) [12] . Tsien y étudie la portance d’un projectile se déplaçant à des vitesses supersoniques et la façon dont le nombre fixe de Mach est directement proportionnel à l’angle d’attaque du projectile.
Les articles théoriques de Tsien et son travail expérimental au sein du groupe du Caltech suscitent un grand intérêt parmi les intellectuels et dans la presse. D’autres articles suivent prestement, si bien que Tsien attire vite l’attention à l’échelle nationale pour ses travaux innovateurs sur l’aérodynamique supersonique. Après l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais en 1941, les États-Unis s’allient officiellement avec la Chine au moment de la Seconde Guerre mondiale. Von Karman intervient personnellement afin de procurer à Tsien la nécessaire habilitation de sécurité pour travailler à un certain nombre de projets financés par l’armée. La lettre d’appui de von Karman dit : « Je ne mets aucunement en doute la loyauté de Tsien envers les États-Unis [13] . » Iris Chang précise dans son livre que l’habilitation de sécurité récemment obtenue par Tsien autorise ce dernier à travailler sur des contrats secrets – pour les Forces terrestres de l’Armée américaine, la Marine militaire, la Force aérienne, le département de la Guerre (Department of War) et le Bureau de recherche et de développement scientifiques (Office of Scientific Research and Development) – et à des niveaux de sécurité plus élevés que ceux qui lui avaient été consentis jusque-là [14] . Cette habilitation de sécurité est cruciale, car elle permet à Tsien de collaborer avec von Karman au Caltech à un certain nombre de projets aéronautiques de pointe que financent les différentes forces militaires.
Au milieu de 1943, après que des photos de la Force aérienne eurent montré que l’Allemagne nazie construisait des rampes de lancement de fusées dans le nord de la France, von Karman fut prié de produire un rapport « devant évaluer la capacité des moteurs-fusées des États-Unis à propulser des missiles de longue portée [15] ». Avec le soutien technique de Tsien et d’un autre membre du groupe de fuséologues du Caltech (GALCIT), von Karman produisit un rapport en date du 20 novembre 1943, par lequel il recommandait la création d’un nouveau laboratoire de recherche, le Jet Propulsion Laboratory (JPL) (laboratoire de recherche sur la propulsion par réaction). Le GALCIT fut renommé JPL en prévision de son financement militaire. Des années après, Karman écrira : « Notre proposition fut la première note de service officielle du programme de missiles des États-Unis [16] . »
Après avoir obtenu un financement de trois millions de dollars du Service du matériel de l’Armée américaine (une somme considérable à l’époque), le laboratoire entama ses activités sous sa nouvelle appellation de JPL le 1 er juillet 1944. Puisque le JPL est né au sein du groupe de fuséologues formé en 1936 par des étudiants diplômés du Caltech auquel il s’était joint en 1937, Tsien est considéré comme l’un de ses membres fondateurs.
Tsien dirigeait la première section de « Recherche et analyses » du JPL. En tant que chef de section, il avait, entre autres responsabilités, celle de se familiariser avec le travail qu’effectuaient les huit autres sections du laboratoire, soit celles de la « propulsion subaquatique, du propergol liquide, du propergol solide, des agents propulseurs, de la conception technique et, enfin, celle de la commande à distance [17] ». Chang signale qu’« en sa qualité de chef de section au JPL, Tsien était de plus en plus reconnu comme l’un des plus éminents spécialistes à l’échelle mondiale de la propulsion par réaction [18] ».
Au début de septembre 1944, von Karman eut une rencontre secrète à l’aéroport La Guardia avec le général Arnold qui lui fit part en toute franchise de certaines avancées futures de l’industrie aérospatiale. Le général s’intéressa surtout à tout ce que les services du renseignement de la Force aérienne avaient recueilli sur les progrès des Allemands en matière de technologie aérospatiale et sur les nombreuses inventions en cours de développement. Von Karman lui-même fit la lumière sur cette rencontre secrète dans son autobiographie intitulée The Wind and Beyond :
À mon arrivée à l’aéroport, un officier d’ordonnance me conduisit en voiture au bout de la piste où était garé un véhicule officiel de la Force aérienne. L’officier d’ordonnance s’esquiva aussitôt. Le général Arnold était dans la voiture. En me voyant approcher, il congédia son chauffeur. Il n’y avait absolument personne d’autre. Nous étions tout à fait seuls.
Le général Arnold alla droit au but : « Nous avons gagné cette guerre ; elle ne m’intéresse plus. Je ne pense pas qu’il nous faille perdre du temps à tenter de savoir si nous l’avons gagnée par la force ou par une quelconque supériorité qualitative. Une seule chose devrait nous préoccuper. Quel sera l’avenir de la puissance aérienne et de la guerre aérienne ? Quel sens donner aux nouvelles inventions que sont la propulsion par moteurs-fusées, les fusées, le radar, et les autres dispositifs électroniques [19] ? »
On peut se demander à quels autres « dispositifs électroniques » concernés par « l’avenir de la puissance aérienne et de la guerre aérienne » faisait allusion le général. À la fin de 1944, de nombreux pilotes de l’US Army Air Force révélèrent que de mystérieuses boules lumineuses suivaient leurs aéronefs et entravaient les raids de bombardement nocturnes. Ces « Chasseurs fantômes », invisibles au radar, furent soupçonnés de faire partie d’un système d’armes nouveau et inédit que les nazis étaient à mettre au point [20] . On sut plus tard que les Allemands non seulement élaboraient d’autres dispositifs électroniques d’une grande importance pour l’avenir de la puissance aérienne et de la guerre aérienne, mais qu’ils avaient réalisé des percées majeures touchant la propulsion électromagnétique et les systèmes d’alimentation en lien avec la conception d’un nouvel aéronef supersonique en forme de soucoupe.
Von Karman poursuit son compte rendu de la rencontre secrète :
Je l’écoutais, bouche bée. J’avais toujours admiré l’ampleur de la vision d’Arnold, mais cette fois-là, il m’impressionna plus que jamais. On était en septembre 1944. La guerre n’était pas terminée. De fait, l’offensive allemande des Ardennes (la bataille des Ardennes) ne serait pas lancée avant le mois de décembre. Pourtant, Arnold se projetait déjà bien au-delà de la guerre et, comme toujours, il se rendait compte que le technicien de génie qui pourrait lui apporter des réponses ne serait pas cantonné dans une bureaucratie militaire ou civile, mais qu’il le trouverait dans une université ou dans l’ensemble de la population [21] .
Von Karman révéla enfin la dimension visionnaire de la mission que le général Arnold désirait lui confier à l’égard des nouvelles inventions qui auraient une incidence sur l’avenir de l’aviation militaire :
« Qu’attendez-vous de moi, mon général ? » demandé-je.
« Je veux que vous veniez au Pentagone, que vous rassembliez des scientifiques qui prépareront le plan directeur de la recherche aérienne des vingt, trente ou même cinquante prochaines années . »
Le défi était de taille. J’étais à la fois flatté et heureux. « Mon général, dis-je, je n’aime vraiment pas travailler au Pentagone, mais je le ferai à une seule condition : personne ne me donnera d’ordres et je ne donnerai d’ordres à personne. »
Arnold sourit. « Je vous assure, monsieur von Karman, que vous n’aurez d’autre supérieur que moi. Pour ce qui est de donner des ordres, laissez cela à ma discrétion [22] .»
Von Karman prit immédiatement congé du Caltech. En octobre 1944, il débuta en tant que conseiller auprès de la Force aérienne et entreprit de rassembler le « Scientific Advisory Group » (Groupe scientifique consultatif) qui allait concevoir le plan directeur requis par Arnold. Il demanda aussitôt que Tsien se joigne à lui dans un rôle de direction. Chang explique :
Au bout d’à peine quelques semaines, Karman lança à Tsien une intéressante invitation. Il lui demanda de venir à Washington, D. C., travailler à ses côtés dans une équipe de trois personnes et en tant que membre du Groupe scientifique consultatif qui devait aider le chef d’état-major de la Force aérienne à étudier toutes les options possibles d’interventions aériennes en cas de guerre. Tsien collaborerait avec deux proches associés de Karman, Hugh Dryden et Frank Wattendorf, en tant que membre de son équipe, et il ferait aussi partie d’un groupe d’élite d’environ trois douzaines de scientifiques et d’ingénieurs de premier plan [23] .
Tsien démissionna peu après de son poste de directeur de la section Recherche et analyses du JPL et alla rejoindre von Karman à Washington, D. C. Des années après, dans son autobiographie, von Karman explique pourquoi il avait confié d’aussi lourdes responsabilités à Tsien, bien que celui-ci ne soit pas encore citoyen américain :
À 36 ans, Tsien était un génie incontesté et ses travaux dynamisaient énormément les progrès dans l’aérodynamique à grande vitesse et la propulsion par réaction. C’est pour cette raison que je l’ai intégré au Groupe scientifique consultatif [24] .
Il est essentiel de connaître la participation de Tsien au groupe scientifique d’élite dirigé par von Karman qui étudiait le recours à des systèmes de propulsion supersonique dans les guerres aériennes, maritimes et spatiales de l’avenir pour comprendre ce qu’il mettrait à la disposition de la République populaire de Chine après son retour controversé dans son pays en 1955.
À l’arrivée de Tsien à Washington, D. C., le général Arnold l’exhorta, avec les autres membres du Groupe scientifique consultatif, à « se pencher sur l’éventualité de vols supersoniques, de véhicules aériens sans pilotes, de bombes à puissance explosive accrue, de la reconnaissance aérienne et même de l’énergie nucléaire comme source de propulsion [25] ». L’un des thèmes abordés par le général Arnold était classifié « Double Top Secret » (doublement top secret) : la recherche et le développement de soucoupes volantes que l’on présumait être d’origine extraterrestre.
Au début de 1942, le président Roosevelt ordonna la tenue d’une enquête très secrète sur la technologie des soucoupes volantes qu’avaient pu s’approprier la Force aérienne et la Marine militaire américaines après les incidents de Cape Girardeau (Missouri) en avril 1941 et de Los Angeles (Californie) en février 1942. Dans mon livre intitulé US Air Force Secret Space Program , je me penche en détail sur ces deux incidents et je m’appuie pour ce faire sur des documents pertinents [26] . Pour résumer, en ces deux occasions les épaves de plusieurs vaisseaux spatiaux tenus pour être d’origine extraterrestre ont été récupérées. Peu après l’incident du Raid aérien de Los Angeles, l’Armée américaine a confié l’enquête à Interplanetary Phenomenon Unit (IPU) (unité des phénomènes interplanétaires) qu’elle avait créée dans ce but.
En réponse à une demande présentée en 1984 en vertu de la loi sur l’accès à l’information (Freedom of Information Act), la Force aérienne a dû admettre qu’il y avait bien eu une unité des phénomènes interplanétaires après avoir nié son existence pendant des décennies. Le lieutenant-colonel Lance R. Cornine écrit :
Comme vous le mentionnez dans votre lettre, la soi-disant Interplanetary Phenomenon Unit (IPU) a été démantelée et, à notre connaissance, tous ses dossiers, le cas échéant, ont été transférés à la fin des années 1950 à la Force aérienne. Cette « unité » était une initiative interne, un simple sujet d’intérêt pour le chef d’état-major adjoint du renseignement. Elle n’a jamais constitué une « unité » dans le sens militaire du terme, elle n’a jamais non plus eu d’existence officielle, elle n’a pas eu à rendre des comptes, elle n’a assumé aucune fonction d’enquête, elle ne s’est vu confier aucune mission en ce sens, aucune autorité en la matière, et il se pourrait qu’elle n’ait même jamais tenu de registres officiels. Seule la mémoire institutionnelle en a gardé le souvenir. Nous nous trouvons par conséquent dans l’impossibilité de répondre à vos questions quant aux fonctions de cette unité, à la date exacte de la cessation de ses activités et à l’identité de la personne responsable. Ce troisième aspect serait de toute façon hors de propos, puisque personne n’en avait la charge. Nous ne possédons aucun dossier, aucun document concernant cette unité [27] . »
Cornine reconnaît dans sa lettre que l’IPU a existé jusqu’à la fin des années 1950, mais minimise son importance et la réduit à un simple « sujet d’intérêt » sous prétexte qu’elle n’a jamais constitué une quelconque « unité militaire opérationnelle ». Mais une autre demande d’accès à l’information, adressée cette fois au commandement du renseignement et de la sécurité des Forces armées des États-Unis (US Army Intelligence and Security Command), a obtenu, le 9 avril 1990, une réponse du colonel William Guild. Il y mentionnait que « tous les dossiers afférents à l’ unité ont été remis au bureau des enquêtes spéciales de la Force aérienne en liaison avec l’opération “Bluebook” [28] ». [ sic ] Ainsi, selon les dossiers du renseignement de l’armée, l’IPU était une unité officielle liée à l’étude des ovnis, ce qui était en contradiction avec les propos de la Force aérienne sur l’inactivité de l’IPU. D’après un vétéran de 22 ans, Clifford Stone, cette IPU « ultrasecrète » était dirigée par le général Douglas McArthur [29] .
Au début de 1944, après deux ans d’enquête par l’IPU, le président Roosevelt décida de sursoir à la recherche et au développement des États-Unis sur les technologies des soucoupes volantes récupérées jusqu’après la guerre. Dans une note de service « Double Top Secret » datée du 22 février 1944, Roosevelt explique le raisonnement qui a présidé à cette décision :
NOTE DE SERVICE À L’INTENTION DU COMITÉ SPÉCIAL SUR LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE NON TERRESTRES
Je suis d’accord avec les propositions du Bureau de la recherche et du développement scientifiques (OSRD – Office of Scientific Research and Development) avancées par M. Bush et le professeur Einstein pour la mise sur pied d’un programme distinct dans les plus brefs délais. Je suis également d’accord pour que l’application du savoir-faire non terrestre dans le domaine de l’énergie nucléaire serve au perfectionnement d’armes de guerre supérieures afin d’assurer la défaite de l’Allemagne et du Japon. Compte tenu des dépenses déjà engagées dans le projet de bombe atomique, il serait difficile de l’approuver sans un appui supplémentaire du département du Trésor et de l’armée. J’ai donc pris la décision de renoncer à une telle entreprise. Dans les cercles bien informés des États-Unis, l’opinion est que notre principal objectif du moment n’est pas de nous engager dans ce genre d’études exploratoires, mais bien de gagner la guerre au plus tôt.
Divers points ont été soulevés concernant les difficultés qu’une telle entreprise poserait à la recherche déjà ardue dans le domaine des armes supérieures en même temps qu’aux groupes qui soutiennent nos efforts de guerre, et je reconnais que le moment est mal choisi. Je crois pour ma part que, lorsque la guerre aura été gagnée et que la paix sera rétablie, un jour viendra où des sommes excédentaires pourront être affectées à la poursuite d’un programme portant sur la compréhension de la science non terrestre et de sa technologie qui nous est encore largement inconnue. J’ai eu des conversations privées avec M. Bush à ce sujet et au sujet des conseils de plusieurs éminents scientifiques, selon lesquels les États-Unis devraient profiter le plus possible des merveilles qui nous ont été transmises ainsi. J’ai entendu le général Marshall et d’autres militaires dire que les États-Unis doivent assumer leur destinée dans ce domaine pour la sécurité de la nation de l’après-guerre, et j’ai confirmé qu’il en sera ainsi.
J’apprécie les efforts et le temps consacrés à bien se familiariser avec la proposition qui a été faite afin de trouver des façons de faire progresser notre technologie et notre nation, et à accepter le fait que notre planète n’est pas la seule de l’univers à abriter la vie intelligente. Je félicite aussi le comité pour le soin évident apporté à organiser et planifier la proposition de M. Bush et pour la délicatesse de sa présentation. J’ose espérer que le comité comprendra le contexte qui dicte cette décision à notre administration [30] .
Dans leurs recherches pour vérifier l’authenticité de cette note de service, Robert Wood et son fils Ryan ont constaté que le degré de confidentialité « Double Top Secret » était rarement utilisé mais néanmoins légitime [31] . D’autres aspects de cette note de service attestent de son authenticité, y compris certains documents divulgués et d’autres ayant été déclassifiés concernant l’incident du raid aérien de Los Angeles [32] .
La note de service de Roosevelt du 22 février 1944 est très importante, puisqu’elle démontre que ce qu’il fallait faire des soucoupes volantes récupérées faisait l’objet d’un vaste débat entre éminents scientifiques et chefs militaires. Ces discussions incluaient très certainement le général Arnold à titre de commandant de la Force aérienne et Vannevar Bush en tant que premier conseiller scientifique du président Roosevelt.
Résumons la situation : en octobre 1944, le général Arnold nomme von Karman à la tête du Groupe scientifique consultatif de la Force aérienne. Tsien fait partie de ce groupe à la fois en qualité de conseiller et de collaborateur immédiat de von Karman. Le groupe a pour mission de mettre au point pour l’après-guerre un plan directeur de recherche et de développement en aéronautique. La note de service de février 1944 de Roosevelt montre clairement qu’Arnold désirait que von Karman intègre à son plan directeur ses conclusions sur la technologie des soucoupes volantes secrètement entreposées à la base aérienne de Wilbur Wright Field en vue de son développement après la guerre.
Il faut insister sur le fait que Tsien faisait partie d’un groupe restreint de trois personnes qui travaillaient directement sous les ordres de von Karman en même temps qu’il agissait comme conseiller auprès du Groupe scientifique consultatif. Tsien bénéficiait aussi d’une habilitation de sécurité qui l’autorisait à travailler à des projets secrets pour l’OSRD – le Bureau de la recherche et du développement scientifiques. Après la guerre, les travaux scientifiques de Tsien lui valurent les louanges de Vannevar Bush, le directeur de l’OSRD [33] . La note de service de Roosevelt, datée du 22 février 1944, constitue une importante preuve documentaire du lien existant entre les travaux de Tsien avec von Karman et l’OSRD, et les projets que nourrissait la Force aérienne d’étudier et d’effectuer la rétro-ingénierie des vaisseaux spatiaux extraterrestres récupérés.
Figure 1. Note de service de Franklin D. Roosevelt
Muni d’une habilitation de sécurité « ultrasecrète », Tsien a visité des laboratoires scientifiques partout aux États-Unis dans le but d’évaluer les potentialités des technologies aéronautiques en développement. Entre février et avril 1945, par exemple, il a exploré les laboratoires RCA, le National Advisory Committee for Aeronautics (Comité consultatif national pour l’aéronautique, prédécesseur de la NASA), le JPL, ainsi que d’autres installations de recherche qui travaillaient sur les dernières avancées dans le domaine de la construction d’aéronefs [34] . Ces tournées terminées, Tsien s’est attaqué au premier jet de Future Trends of Development of Military Aircraft , une étude à long terme de différentes méthodes de propulsion, de contrôle et d’aérodynamique à haute vitesse [35] . Tsien a ensuite eu une chance exceptionnelle, celle de constater de ses propres yeux jusqu’où l’Allemagne nazie avait développé ses propres technologies révolutionnaires aérospatiales.
Figure 2. Le nom de Tsien mis en évidence sur une liste des membres du Scientific Advisory Board (SAB – Conseil scientifique consultatif) apparaissant dans le tome 1 de Toward New Horizons.

[3] Données biographiques de Tsien Hsue-shen, tirées de l’article nécrologique “Qia Xuesen obituary: Scientist regarded as the father of China’s space programme”, https://www.theguardian.com/technology/2009/nov/01/qian-xuesen-obituary (consulté le 10/18/19).
[4] “Caltech, Theodore von Karman 1881-1963”, http://calteches.library.caltech.edu/2237/1/rannie.pdf (consulté le 10/19/19).
[5] Theodore von Karman et Lee Edson, The Wind and Beyond (Little, Brown and Company, 1967), p. 309.
[6] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 64.
[7] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 64.
[8] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 73.
[9] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 73.
[10] Cité par Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 75.
[11] Cité par Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 76.
[12] Tsien Hsue-shen, “Supersonic Flow over an Inclined Body of Revolution”, en ligne à : https://tinyurl.com/wbjxnzn (consulté le 10/20/19).
[13] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 92.
[14] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 92.
[15] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 103.
[16] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 104.
[17] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 106.
[18] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 106.
[19] Theodore von Karman et Lee Edson, The Wind and Beyond , p. 267-268.
[20] Zoe Krasney, “What Were the Mysterious ‘Foo Fighters’ sighted by WWII Night Flyers?” https://tinyurl.com/y3nhdo9c (consulté le 10/26/19).
[21] Theodore von Karman et Lee Edson, The Wind and Beyond , p. 268.
[22] Theodore von Karman et Lee Edson, The Wind and Beyond , p. 268.
[23] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 106.
[24] Theodore von Karman et Lee Edson, The Wind and Beyond , p. 308.
[25] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 110.
[26] Michael Salla, US Air Force Secret Space Program: Shifting Extraterrestrial Alliances and Space Force (Exopolitics Consultants, 2019), p. 5-12.
[27] Consultable en ligne : http://www.textfiles.com/ufo/UFOBBS/1000/1723.ufo (consulté le 9/15/15).
[28] Cité par Ryan Wood, Majic Eyes Only , p. 4 ; et Timothy Good, Above Top Secret (William Morrow and Company, 1988), p. 267.
[29] Clifford Stone affirme avoir collaboré de 1969 à 1991 à un programme de récupération d’épaves d’ovnis dirigé par la Force aérienne des États-Unis : “Testimony of Sergeant Clifford Stone, US Army, September 2000”, Disclosure : Military and Government Witnesses Reveal the Greatest Secrets in Modern History (Crossing Point Inc., 2001), p. 325-326.
[30] Note de service “Double Top Secret” du 22 février 1944, accessible en ligne : http://majesticdocuments.com/pdf/fdr_22feb44.pdf (consulté le 11/29/19).
[31] “Documents dated prior to 1948”, http://majesticdocuments.com/documents/pre1948.php (consulté le 11/7/19).
[32] Voir Michael Salla, US Air Force Secret Space Program , p. 21-30.
[33] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 92, 118.
[34] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 110.
[35] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 111.
Chapitre 2
Tsien Hsue-shen, l’opération LUSTY et l’examen secret des soucoupes volantes nazies
L’Allemagne pourrait avoir récupéré une soucoupe volante dès 1939.
– Général James H. Doolittle, Force aérienne des États-Unis
En mars 1945, au moment de l’effondrement de l’Allemagne nazie, le général Arnold demanda à von Karman : « Pourquoi ne pas vous rendre en Allemagne constater par vous-même les progrès qu’ont réalisés les Allemands dans le domaine de la recherche et du développement [36] ? » Résultat, von Karman rassembla une équipe d’éminents scientifiques qui interrogeraient des ingénieurs et des techniciens allemands ayant participé à des recherches de pointe en aérodynamique et qui inspecteraient des installations de recherche et développement de technologies récupérées. Ce programme du renseignement de la Force aérienne reçut officiellement le nom de code « opération LUSTY » ( LU ftwaffe S cience and T echnolog Y ). Tsien était le seul ressortissant étranger du groupe de scientifiques de von Karman. Il reçut un grade temporaire de colonel et on lui attribua le titre d’« expert-conseil [37] ».
Selon une feuille de route de la Force aérienne, l’opération LUSTY était constituée de deux équipes :
Le 22 avril 1945, la Force aérienne de l’Armée américaine (USAAF) a associé les objectifs du renseignement technique et du renseignement post-hostilités au sein de la division Exploitation sous le nom de code LUSTY. L’opération LUSTY avait pour but d’exploiter les documents scientifiques, les installations de recherche et les aéronefs allemands ayant été saisis. L’opération employait deux équipes. La première, sous la direction du colonel Harold E. Watson, ancien pilote d’essai de Wright Field, recueillait des armes et des avions ennemis en vue d’un examen plus approfondi aux États-Unis. La seconde équipe recrutait des scientifiques, rassemblait des documents et inspectait des installations [38] .
Tsien faisait partie de la seconde équipe. De la fin du mois d’avril au début de juin 1945, il alla en Allemagne, en Suisse, en Suède et en Norvège interviewer d’anciens scientifiques nazis et examiner des installations saisies. Le 5 mai, plus particulièrement, Wernher von Braun fut l’un des premiers fuséologues nazis interrogés par Tsien, qui le sonda sur les programmes de fusées V1 et V2. Le magazine Aviation Week relata l’importance de cette rencontre dans la livraison de 2007 qui annonçait le choix de Tsien comme personnalité de l’année : « Personne ne savait que le père du futur programme spatial des États-Unis se faisait interroger par le père du futur programme spatial de la Chine [39] . » Tsien et von Karman visitèrent l’installation souterraine de Nordhausen où les fusées V2 avaient été assemblées et lancées en ayant Londres pour cible. Von Karman écrivit :
Après en avoir terminé de notre travail à Braunschweig, nous sommes allés à Nordhausen, dans les monts Harz, à environ cinquante milles [quatre-vingt km] au sud de Braunschweig. Le travail sur les fusées V2 s’était déroulé au sein d’un extraordinaire réseau souterrain de mines de sel. Cette curieuse installation avait aussi fourni les moteurs Junkers d’un des chasseurs à réaction allemands de la Seconde Guerre mondiale, le Messerschmitt 263. Tout ce travail avait été effectué par une main-d’œuvre servile [40] .
Dans Thread of the Silkworm , Iris Chang donne des informations très détaillées sur les différents scientifiques que Tsien a interrogés et les installations qu’il a visitées [41] . Il focalisait son attention sur le développement des technologies et sur son principal champ d’expertise, les principes relatifs à la croisière supersonique. Tsien et la Force aérienne s’intéressaient plus particulièrement aux tunnels aérodynamiques conçus pour les tests d’objets qui se déplaçaient à des vitesses supersoniques.
Quelques historiens militaires se sont penchés sur les deux équipes de l’opération LUSTY et leurs réalisations respectives. Mais la population dans son ensemble n’a jamais su que l’opération LUSTY aurait aussi eu une troisième équipe :
L’existence d’une troisième équipe sous le commandement du colonel William Shelly est très peu connue. Les activités de ce groupe ultrasecret se déroulaient hors du cadre des structures de commandement. Il avait pour mission de s’emparer de la totalité des équipements, du personnel et des documents rattachés à la recherche allemande sur les soucoupes volantes [42] .
L’existence de cette troisième équipe est difficile à démontrer. Les historiens militaires traditionalistes ont beau admettre que l’Allemagne nazie développait des technologies supersoniques en matière de missiles et d’avions à réaction, ils rejettent l’existence d’un programme allemand lié aux soucoupes volantes. De fait, un ouvrage plus récent de Graham Simons, paru en 2016 et intitulé Operation LUSTY: The Race for Hitler’s Secret Technology , mentionne certaines données pertinentes à l’appui d’un programme lié aux soucoupes volantes, mais les écarte comme n’étant que des rumeurs non confirmées.
Quelques chercheurs ont analysé des rapports de l’Allemagne nazie sur les soucoupes volantes et le développement de ces vaisseaux dans des installations secrètes. Le livre de Henry Stevens, Hitler’s Flying Saucers (2003), propose l’analyse la plus détaillée des nombreux articles de journaux et documents officiels qui ont paru ou qui ont fait surface [43] . Avec d’autres auteurs, Stevens a inclus des témoignages importants de scientifiques tels que Giuseppe Belluzzo et Rudolph Schriever qui, en mars 1950, ont presque simultanément fait publiquement état de leur participation dans les programmes allemands de soucoupes volantes [44] .
Ci-dessus : Photographiés en Allemagne, 1945. De gauche à droite : Hugh L. Dryden, Ludwig Prandtl, von Karman et Tsien. Photo 1.17-12 Figure 3. Source : Forces armées des États-Unis/Caltech.
Stevens avait en outre analysé des documents probants qui reproduisaient les témoignages crédibles de personnes ayant vu ces vaisseaux et constituaient une preuve que les Allemands construisaient et faisaient l’essai de véhicules en forme de soucoupe [45] . Plusieurs de ces documents probants concernent le compte rendu établi en Allemagne d’un immigrant polonais du Texas qui, en 1944, avait aperçu une soucoupe volante dans l’enceinte d’une installation sécurisée où il était prisonnier de guerre. Un Télétype du FBI, daté du 7 novembre 1957, résume cette entrevue :
IL NOUS A INFORMÉS LORS D’UNE INTERVIEW QUE, PRISONNIER DE GUERRE EN MILLE NEUF CENT QUARANTE-QUATRE, IL AVAIT OBSERVÉ UN VÉHICULE CIRCULAIRE DE SOIXANTE-DIX À QUATRE-VINGT-DIX MÈTRES DE DIAMÈTRE ET D’ENVIRON QUATRE MÈTRES DE HAUTEUR. IL A VU LE VÉHICULE S’ÉLEVER LENTEMENT À LA VERTICALE JUSQU’À POUVOIR FRANCHIR UN MUR DE QUINZE MÈTRES DE HAUTEUR PUIS SE DÉPLACER LENTEMENT À L’HORIZONTALE SUR UNE COURTE DISTANCE AVANT D’ÊTRE CACHÉ À SA VUE […] [46] .
Des témoignages sans équivoque reproduits dans des articles de journaux historiques rapportent que les prototypes de soucoupes volantes nazies pouvaient atteindre des vitesses supersoniques. Un document de la CIA daté du 12 janvier 1954 relate une interview avec le célèbre ingénieur allemand George Klein, dans laquelle ce dernier donne un aperçu des divers projets de soucoupes volantes auxquels il a collaboré en Allemagne nazie.
Un journal allemand […] a publié récemment un entretien avec George Klein, le célèbre ingénieur et spécialiste allemand de l’aviation, dans laquelle ce dernier relate avoir participé à la construction expérimentale de « soucoupes volantes » entre 1941 et 1945. Klein dit avoir été présent quand, en 1945, la première « soucoupe volante » avec pilote a décollé pour atteindre une vitesse de 2 090 km/h en trois minutes. Ces expériences ont donné lieu à trois projets : le premier, réalisé par Miethe, était un aéronef circulaire non rotatif de 41 m de diamètre ; un autre, conçu par Habermohl et Schriever, consistait en un grand anneau giratoire ayant pour centre un habitacle sphérique stationnaire pour l’équipage [47] .
Le témoignage de Klein aurait certainement pu être porté à l’attention de l’équipe scientifique de l’opération LUSTY, qui l’aurait par conséquent interrogé ou inscrit sur une liste de suivi.
Figure 4. Télétype du FBI au sujet du témoin polonais d’une soucoupe volante allemande.
De nombreux documents du FBI et articles de journaux rassemblés par la CIA démontrent clairement que, dans le cadre de l’effort de guerre, les Allemands concevaient plusieurs véhicules de type soucoupe volante dont certains pouvaient atteindre des vitesses supersoniques. Ces sources fournissent des informations détaillées sur le développement et les essais de prototypes, mais sont avares de renseignements sur la réussite d’un de ces programmes. Pour démontrer que des prototypes de soucoupes volantes ont été des réussites, il faut puiser, par le truchement du Freedom of Information Act des États-Unis, à même des sources autres que l’information qui figure dans les banques de données de la CIA ou du FBI.
Des lanceurs d’alerte rapportent que quatre soucoupes volantes avaient été récupérées et expédiées aux États-Unis. Un cryptologue de l’armée qui se cachait sous le nom d’emprunt de « Kewper » soutient qu’il a été recruté par la CIA en 1958 pour se pencher sur des observations d’ovnis. Kewper affirme avoir vu de ses propres yeux quatre soucoupes volantes allemandes nazies qui avaient été rapportées aux États-Unis à la fin de la guerre. L’ufologue chevronnée Linda Moulton Howe, qui l’a interviewé pour la première fois en 1998, a dit être convaincue que Kewper était un témoin crédible des événements qu’il avait dévoilés [48] .
Les véhicules ont d’abord été entreposés à la base de Wright Field (rebaptisée Wright-Patterson Air Force Base en septembre 1947), où l’opération LUSTY expédiait le matériel aérospatial allemand saisi. En 1958, les quatre véhicules avaient été transférés à la nouvelle installation S-4 de la Zone 51 (Area 51) pour y être entreposés et examinés plus en profondeur ; c’est là que Kewper les a vus. Lors d’un entretien avec Howe, Kewper évoque les différents types de soucoupes volantes allemandes dont il a été témoin :
Les deux premiers véhicules que nous avons vus à la Zone 51 étaient presque identiques. Ils étaient plus petits, pas du tout aussi grands qu’un autre qui se trouvait à l’arrière. Le colonel Jim [de la Force aérienne ; « guide touristique » officiel de la Zone 51/S4] a signalé que ces deux soucoupes étaient des « véhicules Vril ». Nous lui avons demandé ce que signifiait « Vril ». Le colonel a répondu que c’étaient des soucoupes fabriquées en Allemagne dans les années 1920 et 1930. Il a ensuite indiqué trois autres véhicules qui étaient devant nous et précisé qu’il s’agissait de vaisseaux extraterrestres récupérés au Nouveau-Mexique. Plus loin, il y en avait encore trois autres, immenses, qui reposaient au-dessus du sol sur des chevalets en métal. Le disque tout au fond était gigantesque. Le colonel Jim a dit que c’était un vaisseau allemand de la Seconde Guerre mondiale, construit en 1938, et qu’il avait été placé sur des chevalets plus élevés parce qu’il était doté d’un emplacement de pièce que les Allemands, a-t-il dit, qualifiaient de « rayon de la mort ». Il différait des autres par sa forme, il était de couleur foncée et sa coupole, qui était plus grande, s’élevait à environ 3 ou 4 m de la soucoupe. Son diamètre était d’environ 15 à 18 m [49] .
Kewper relate ensuite ce qui lui a été dit des sites où avaient été récupérées les quatre soucoupes volantes allemandes.
Les quatre autres, dit le colonel Jim, ont été ramassées à l’étranger. Les Messerschmitt Haunebu allemands 1 et 2 ont été récupérés en Allemagne. Je me suis dit que les deux petits vaisseaux Vril devaient avoir été récupérés en Allemagne aussi, mais le colonel Jim fit comme s’il ignorait où ces deux véhicules avaient été ramassés [50] .
Ces véhicules ont manifestement été rapportés aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre d’un programme secret de récupération tel que l’opération LUSTY. Des preuves documentaires et d’autres, provenant de lanceurs d’alerte, appuient l’existence, au sein de l’opération LUSTY, d’une troisième équipe affectée exclusivement à la recherche de soucoupes volantes allemandes devant être ensuite expédiées aux États-Unis.
Nous en revenons donc aux travaux de recherche de Tsien sur les supersoniques, et sur ses déplacements en Allemagne occupée en tant que membre de la deuxième équipe de l’opération LUSTY que dirigeait von Karman. Il est certain qu’en plus des fusées et des avions à réaction von Karman et Tsien ont recueilli des données scientifiques sur les prototypes allemands de soucoupes volantes qui avaient été récupérés et expédiés aux États-Unis par la mystérieuse troisième équipe de l’opération LUSTY. Il n’aurait guère été sensé que les scientifiques de la deuxième équipe interrogent des membres essentiels du personnel nazi sur la technologie relative aux fusées et à la propulsion par réaction recueillie par la première équipe tout en se désintéressant des inestimables technologies dont s’était emparée la troisième équipe.
Il importe de souligner ici que von Karman était le principal conseiller scientifique du général Arnold et le chef de son Groupe scientifique consultatif. Cela signifie que lui et son équipe, y compris Tsien, devaient avoir accès à l’ENSEMBLE des technologies nazies saisies pour pouvoir renseigner judicieusement Arnold sur leurs applications aérospatiales potentielles. Il est par conséquent vraisemblable que von Karman, Tsien et les autres scientifiques de la deuxième équipe de LUSTY aient interrogé des scientifiques et des techniciens allemands ayant travaillé sur des soucoupes volantes ou sur des composantes indispensables au fonctionnement de celles-ci.
La possibilité que des engins circulaires puissent atteindre des vitesses supersoniques sans se conformer à des principes aéronautiques connus, tels que la présence d’ailes pour un décollage aérodynamique, a forcément dû intriguer Tsien. Les soucoupes en forme de disque pointaient vers un système de propulsion nouveau genre qui générait un effet antigravitationnel tout à fait inattendu. Les scientifiques et les ingénieurs allemands interrogés ont dû répondre à des questions sur la conception, la navigation et les systèmes de propulsion des soucoupes en cours de développement et expliquer ce qui provoquait leur effet antigravitationnel. En cherchant à savoir pourquoi les Allemands exploraient un concept si peu traditionnel relativement aux principes aérodynamiques connus, Tsien a dû entendre parler pour la première fois de l’origine extraterrestre de certains de ces engins.
L’histoire confirme que Tsien a interrogé Wernher von Braun sur ce qu’il savait du système de propulsion de la fusée V2, d’abord développé à Peenemünde (de 1941 à 1943), puis transféré à une installation souterraine de Nordhausen pour échapper aux raids aériens des forces alliées. Von Braun a-t-il divulgué quelque chose au sujet du programme nazi de soucoupes volantes et de l’origine mystérieuse de ces dernières ? Cela est fort possible, compte tenu de ce qu’il a révélé à la presse allemande en 1959 alors qu’il était de passage. Voici ce qu’il a répondu à un journaliste qui l’interrogeait au sujet de l’échec d’une fusée Juno II de la NASA :
Nous sommes confrontés à des puissances infiniment plus grandes que ce que nous avions présumé jusqu’ici et dont nous ignorons encore tout de la base. Nous ne pouvons rien dire de plus pour le moment. Nous veillons maintenant à entrer plus étroitement en contact avec ces puissances […] [51] .
Von Braun fait ici allusion à une puissance spatiale inconnue, possiblement extraterrestre, capable d’entraver les fusées américaines. Il aurait certainement évoqué le rôle de son mentor, Herman Oberth, dans le développement de la fusée V2. Généralement considéré comme le père de la fuséologie allemande, Oberth était stationné à Peenemünde de 1941 à 1943 ; en outre, les nazis lui ont octroyé une médaille pour son « comportement et son courage exceptionnels […] lors de l’assaut » des bombardiers alliés durant l’opération Hydra [52] .
Outre sa connaissance approfondie des fusées et de leur performance de vol supersonique, Oberth était très au fait des ovnis et de leurs origines mystérieuses. Il y a fort à parier que son expertise englobait également les prototypes de soucoupes développés par la SS. Cela ressort d’entretiens où Oberth démontre une grande compréhension des comportements des ovnis en vol et de la façon dont la gravité peut être influencée par des charges électriques. Dans un entretien de 1968, Oberth affirme que :
[…] nous ne pouvons pas construire aujourd’hui des engins qui volent comme des ovnis. Leur comportement en vol se fonde sur des champs gravitationnels artificiels, ce qui expliquerait leur capacité à changer brusquement de direction. […] Cette hypothèse expliquerait aussi pourquoi les disques sont empilés dans un vaisseau mère cylindrique ou en forme de cigare quand ils quittent la Terre : l’ensemble des disques ne nécessite qu’un seul champ de gravitation.
Ils génèrent des charges électriques de haute tension qui repoussent l’air de leur trajectoire […] et de solides champs magnétiques qui influencent l’air ionisé des altitudes supérieures. […] Cela peut aussi expliquer leur luminosité. […] Et cela pourrait également expliquer pourquoi le vol des ovnis est silencieux. Enfin, une telle hypothèse expliquerait de même les effets électromagnétiques importants que l’on observe parfois, mais pas toujours, à proximité des ovnis [53] .
Il vaut la peine de rappeler ici l’admonestation du général Arnold à l’intention de von Karman avant le départ de ce dernier pour l’Allemagne à la tête de l’opération LUSTY. Le général lui donna l’ordre de se renseigner sur les inventions aérospatiales nazies qui comprenaient, outre les fusées V2, « les autres dispositifs électroniques [54] ». Il est clair, d’après la description qu’en fait Oberth, que les « dispositifs électroniques » qui intéressaient Arnold et la Force aérienne, et auxquels travaillaient les nazis pouvaient inclure des ovnis. De plus, à une question concernant la rapidité des avancées technologiques de l’Allemagne nazie avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, Oberth répond ceci : « Nous ne pouvons pas nous attribuer seuls le mérite de nos progrès fulgurants dans certains domaines scientifiques. Nous avons reçu de l’aide. » Quand on lui a demandé qui leur avait procuré cette aide, il a répondu : « Les peuples des autres mondes [55] . »
Oberth n’était pas le seul à penser que l’Allemagne avait été aidée par des extraterrestres dans le développement de ses technologies aérospatiales de pointe. William Tompkins, officier d’ordonnance de l’amiral Rico Botta de la Marine américaine durant la Seconde Guerre mondiale, livra des trousses d’information concernant un programme d’espionnage naval à des institutions scientifiques et militaires de premier ordre partout aux États-Unis. Au dire de Tompkins, ces trousses renfermaient des informations ultrasecrètes sur la façon dont les Allemands recevaient l’aide d’une civilisation extraterrestre. Dans son livre intitulé Selected by Extraterrestrials , Tompkins écrit :
Les agents (espions) de la Marine allemande ont découvert tout ce que ces étrangers « hors de ce monde » avaient donné à Hitler : des ovnis, la propulsion antigravitationnelle, des armes à énergie dirigée, une prolongation de la vie, et de nombreux programmes de manipulation mentale visant à rendre les filles consentantes. Les Reptiliens avaient conclu un accord avec la SS du Troisième Reich : lui donner tous ces joujoux pour qu’elle laisse Hitler libre d’asservir le reste de la planète [56] .
Tompkins dit être allé porter des trousses d’information au Caltech (JPL) à trois ou quatre reprises entre 1942 et 1944 [57] . Quand il travaillait au Caltech/JPL avant d’être transféré à Washington, D. C., ou quand il se rendait à des installations aéronautiques vers la fin de 1944 en tant que membre du Groupe scientifique consultatif, Tsien est probablement tombé sur une des trousses d’information de Tompkins. Cette lecture a dû l’intriguer à l’époque. Lorsque, arrivé en Allemagne, il a inspecté des installations nazies et interrogé des scientifiques nazis capturés, Tsien s’est trouvé en présence de preuves à l’appui des affirmations selon lesquelles les Allemands travaillaient à des soucoupes volantes qui utilisaient des technologies antigravité et que des espèces extraterrestres leur venaient en aide.
On trouve dans le livre L’Histoire cachée de l’Antarctique une analyse détaillée des documents de la SS que Vladimir Terziski, un ancien membre de l’Académie des sciences de la Bulgarie, aurait rendus publics à la fin de la guerre froide [58] . Terziski disait être entré en possession d’un documentaire émanant des archives de la SS qui avait circulé dans les pays membres du pacte de Varsovie. Ce documentaire révélait que différents modèles de soucoupes volantes avaient été construits en Allemagne nazie et avaient fait l’objet de vols d’essai [59] . Il présentait des documents datés de la fin de 1944 et du début de 1945 comportant des données détaillées sur quatre soucoupes volantes de différentes dimensions en cours de développement dans des installations souterraines de la SS et soumises à des essais en vol.
La vitesse de l’engin en forme de soucoupe volante que les nazis avaient construit et mis à l’essai était grandement supérieure aux vitesses supersoniques dont parlait George Klein. De fait, les disques volants des séries Vril et Haunebu I-III étaient tous capables de vols hypersoniques (cinq fois la vitesse du son). Un des documents évoqués plus haut mentionnait les statistiques relatives à quatre modèles de soucoupes volantes : nombre d’engins construits, nombre d’essais en vol pour chacun, système de propulsion utilisé. Tsien et ses collègues ont sans doute trouvé particulièrement curieux deux systèmes de propulsion utilisés avec les divers modèles, et ils se sont sûrement posé la question suivante : les Allemands auraient-ils mis au point une solution de substitution à la propulsion par fusée pour réussir des vols supersoniques ?
L’un de ces systèmes de propulsion porte le nom de « Schumann », forme abrégée de « Schumann SM-Levitator », système dont il est question dans d’autres documents que Terziski a divulgués [60] . Il s’agit d’un dispositif propulseur censé avoir été développé par le professeur Otto Schumann, scientifique allemand recruté par les États-Unis en 1947 dans le cadre de l’opération Paperclip, un effort militaire conjoint qui visait à faire entrer aux États-Unis des scientifiques allemands aptes à faire progresser la recherche et le développement dans divers domaines scientifiques. Cela signifie que Schumann a été interrogé par l’équipe scientifique de l’opération LUSTY entre mai et juin 1945. Aucun compte rendu de cet entretien n’a été divulgué, mais l’équipe de LUSTY a sûrement été suffisamment impressionnée pour recommander que Schumann soit transféré aux États-Unis dans le cadre de l’opération Paperclip. Tsien était par conséquent tout à fait conscient du témoignage de cet homme et de l’importance de celui-ci pour la compréhension de systèmes de propulsion sortant de l’ordinaire.
Schumann était un spécialiste de la recherche en électrostatique à haute tension et plasma à haute pression. Nous savons que sa recherche a été appliquée à la propulsion d’un aéronef, puisque la Force aérienne l’a affecté en 1947 à la base de Wright Field (Ohio) pour y travailler à un projet classifié. Il est question, dans mon livre intitulé US Air Force Secret Space Program , du programme de rétro-ingénierie qui avait été amorcé à Wright Field [61] . Tsien a sûrement été intrigué d’apprendre que l’électrostatique à haute tension et le plasma à haute pression pouvaient être appliqués à la propulsion des aéronefs.
Figure 5. Document présumé de la SS montrant les statistiques de production de soucoupes volantes.
Le Lévitateur Schumann SM aurait amalgamé un dispositif d’énergie de point zéro créé par l’inventeur allemand Hans Coler (alias Kohler) et un système de propulsion mis au point par Otto Schumann [62] . Il a été établi que ce dernier a évalué le dispositif d’énergie de point zéro de Coler, qui devait à l’origine générer suffisamment d’énergie électrique pour propulser un sous-marin. Un rapport émanant d’un sous-comité du renseignement britannique fait état du soutien enthousiaste de Schumann pour le dispositif de Coler qu’il jugeait déjà, en 1926, apte à générer une « nouvelle source d’énergie » à une époque où la Marine allemande mettait clandestinement au point la prochaine génération de ses U-boot (abréviation de Unterseeboot – sous-marins) :
Au terme d’un examen mené le plus minutieusement possible, je présume que nous faisons face à l’exploitation d’une nouvelle source d’énergie dont les développements à venir pourraient revêtir une très grande importance. Toutes les composantes essentielles du dispositif étaient visibles et accessibles. L’inventeur a consenti très volontiers à chacun des essais qui lui ont été proposés dans la mesure où, selon ses propres termes, ceux-ci ne nuiraient en aucune façon au fonctionnement de son appareil. Je ne pense pas que nous ayons affaire à une imposture. J’estime opportun de soumettre ce dispositif à des tests supplémentaires et je suis d’avis que la poursuite de son développement et le soutien apporté à son inventeur seront justifiés et d’une importance capitale [63] .
Figure 6. Document révélant la participation de W. O. Schumann à l’opération Paperclip. Page 2 de trois d’une note de service déclassifiée de l’opération Paperclip datée du 6 juin 1947. Il s’agit d’une liste de scientifiques allemands sollicités par la Force aérienne de l’armée des États-Unis pour effectuer des recherches classifiées à leurs installations de Dayton, en Ohio. Le nom de Schumann sur cette liste démontre qu’à la suite de son débreffage dans l’Allemagne de l’après-guerre, la Force aérienne a estimé que son expertise en aérospatiale était importante pour ses projets classifiés de recherche sur les technologies étrangères. Source ⁠: Richard Sauder, Hidden in Plain Sigh t, 2011.
L’appareil de Coler était censé produire de l’énergie pour alimenter le système de propulsion de l’engin en forme de soucoupe que Schumann mettait au point et qui utilisait l’électrostatique à haute tension pour produire une force similaire à celle de l’effet Biefeld-Brown [64] . Pour résumer, l’effet Biefeld-Brown a été découvert en 1923 quand Thomas Townsend Brown a constaté que des charges électrostatiques à haute tension pouvaient exercer sur un condensateur une force jusque-là inconnue dans le sens du côté chargé positivement. Il a ensuite perfectionné ses expériences et ses mesures auprès d’Alfred Biefeld, un professeur de physique de l’Université Denison, en Ohio, et déposé en août 1927 une demande de brevet britannique, lequel lui a été accordé en novembre 1928 [65] . Par son champ d’expertise, Schumann devait connaître les travaux de Biefeld, et peut-être les a-t-il adaptés pour créer son Lévitateur Schumann.
Le document traitant de la production de soucoupes volantes de la SS indique que 17 vaisseaux Vril-I ont été construits et soumis à 84 essais en vol. Selon des documents nazis additionnels, le Vril-I avait deux membres d’équipage, une durée de vol de 5 h 30 et une vitesse maximale de 12 000 km/h [66] . Ces données sont importantes, compte tenu du témoignage de Kewper selon lequel deux des engins Vril-I ont été expédiés aux États-Unis pour être soumis à des examens plus approfondis et à des procédés de rétro-ingénierie. Puisque ces engins ont été introduits aux États-Unis par la troisième équipe de l’opération LUSTY, il va de soi que Tsien, von Karman et les autres scientifiques de la deuxième équipe ont connu l’existence du « Lévitateur Schumann SM » qui alimentait le Vril-I. Le document de la SS mentionnait toutefois un autre système propulseur.
Il y était aussi question des essais, des statistiques de production et des systèmes de propulsion de trois prototypes Haunebu différents. Les engins de la série des Haunebu avaient été équipés de systèmes de propulsion E-IV, la désignation allemande du moteur Tachyonator-7. L’ufologue Rob Arndt décrit comme suit le moteur Tachyonator :
[…] un moteur révolutionnaire à gravitation électromagnétique qui améliorait l’appareil à énergie libre de Hans Coler en lui ajoutant un convertisseur énergétique couplé à un générateur à courroie Van de Graaff ainsi qu’à une dynamo à tourbillons Marconi (un réservoir sphérique de mercure), afin de créer de puissants champs électromagnétiques rotatifs qui affectaient la gravité et réduisaient la masse. Ce moteur a reçu le nom de Thulé-Triebwerk (Thrustwork, ou moteur Tachyonator-7) [67] .
Le dernier engin de cette série, le Haunebu-III, est censé avoir pu se déplacer à 40 000 km/h, soit presque la vitesse de libération de la Terre. Soulignons que ce document a été créé en 1944-1945 pour un véhicule que la SS avait échoué à militariser. Dans L’Histoire cachée de l’Antarctique , je fais état d’une colonie allemande secrètement établie en Antarctique pendant le conflit mondial. Laissée à elle-même après la guerre, cette colonie a apporté aux engins de la série des Haunebu d’importantes améliorations qui leur ont permis d’échapper à l’attraction gravitationnelle de la Terre et de se rendre sur la Lune, voire au-delà [68] .
Dornier, Siemens, IG Farben, Messerschmitt, Zeppelin et Krupp sont quelques-unes des entreprises qui ont construit des composantes clés des exotiques véhicules aérospatiaux Vril et Haunebu [69] . On peut dire sans crainte de se tromper que certains des scientifiques et des ingénieurs ayant collaboré à ces projets ont été soumis à des séances de débreffage par l’équipe scientifique de l’opération LUSTY, et peut-être même Tsien les a-t-il interrogés.
Peu après être rentré aux États-Unis le 20 juin 1945, Tsien rédigea sa contribution au rapport secret sur les objectifs de développement de l’aviation militaire des vingt à cinquante prochaines années qu’attendait le général Arnold. Les révélations quasi illimitées dont Tsien avait bénéficié grâce au Groupe scientifique consultatif lui permirent de soupeser ce qui se passait dans les principales organisations aérospatiales américaines. Ces révélations incluaient ce qu’il avait pu voir en Allemagne occupée dans le cadre de l’opération LUSTY et ce dont von Karman lui avait fait part en privé. Tout cela lui apporta de solides informations sur les technologies aérospatiales qu’élaborerait à l’avenir l’Armée américaine. Il avait été très bien placé pour apprendre de première main comment l’Armée américaine réagirait aux potentialités révolutionnaires des moteurs à réaction, de la propulsion par moteurs-fusées et, surtout, des systèmes de propulsion antigravitationnels découverts dans les soucoupes volantes. Tsien faisait partie d’un groupe fermé de scientifiques chevronnés dont le rôle consistait à tracer les grandes lignes de la future Force aérienne des États-Unis qui disposerait non seulement d’avions supersoniques et de missiles propulsés par fusées, mais aussi d’un programme spatial secret qui intégrerait des technologies de soucoupes volantes récupérées par rétro-ingénierie.
À l’automne de 1945, Tsien reprit son enseignement et sa recherche au Caltech où, en novembre, il obtint son agrégation. Il établit et regroupa en un ouvrage décisif sur l’aéronautique les études scientifiques qu’il avait menées avec ses collègues au Caltech avant de se joindre au Groupe scientifique consultatif à Washington, D. C. Voici ce qu’en dit le journaliste Mark Wade :
À son retour d’Allemagne, Tsien établit le texte des principales conclusions du projet et les regroupa en un volume de 800 pages, Jet Propulsion , qui devint la bible secrète de la recherche technique américaine de l’après-guerre en aéronautique et en fuséologie [70] .
De son expérience au sein du Groupe scientifique consultatif, Tsien tira au moins six articles pour publication dans un ensemble de neuf volumes établis par von Karman et intitulés Toward New Horizons [71] . Il s’agissait de la partie non classifiée du plan directeur pluridécennal de la future Force aérienne que le général Arnold avait sollicité. Il n’est pas surprenant que les programmes allemands de soucoupes volantes et leurs technologies révolutionnaires de propulsion antigravitationnelle n’y soient pas mentionnés. Ces informations sont encore à ce jour ultrasecrètes.
Wilbert Smith, haut fonctionnaire au ministère des Communications du gouvernement du Canada (aujourd’hui Patrimoine Canada), nous donne une idée du très grand sérieux qui accueillit dès le départ la question des soucoupes volantes. Dans un rapport officiel adressé à ses supérieurs en 1950, il relève certains points essentiels relatifs aux soucoupes volantes et indique que Vannevar Bush, conseiller scientifique du président Truman, dirigeait le petit groupe d’enquête. Voici ces points essentiels :

A. Cette affaire est l’une des plus hautement classifiées du gouvernement des États-Unis, sa cote étant même supérieure à celle de la bombe à hydrogène .
B. Les soucoupes volantes existent.
C. Leur modus operandi est inconnu, mais un petit groupe dirigé par Vannevar Bush y déploie des efforts soutenus.
D. Les autorités américaines considèrent que toute cette affaire est d’une importance capitale [72] .

Il importe de souligner ici que, lorsqu’il était membre du Groupe scientifique consultatif, Tsien s’était familiarisé de très près avec les principes de l’énergie nucléaire, y compris avec l’utilisation destructrice qu’en avait fait le projet Manhattan. La possibilité d’utiliser l’énergie nucléaire comme mode de propulsion éveilla tout particulièrement sa curiosité. L’un de ses articles pour la collection en plusieurs volumes Toward New Horizons est du reste intitulé « Possibility of Atomic Fuels for Aircraft Propulsion of Power Plants [73] » (Possibilité de combustibles nucléaires pour la propulsion des groupes motopropulseurs des aéronefs). Tsien a peut-être déjà associé ce qu’il a découvert de la recherche de pointe de l’Allemagne nazie sur les nouveaux systèmes de propulsion à son intérêt pour l’énergie nucléaire en tant que source d’alimentation pouvant être appliquée à l’aérospatiale.
Le travail de Tsien au sein du Groupe scientifique consultatif et de l’opération LUSTY ainsi que sa participation au plan directeur de la Force aérienne des États-Unis ravirent von Karman. Il fit part de sa satisfaction au général Arnold et, en décembre 1945, ce dernier attribua officiellement à Tsien une Mention élogieuse pour son étude « excellente et exhaustive » des nouvelles technologies de propulsion et pour son « inestimable » contribution aux systèmes de propulsion nucléaire [74] .
Des éloges similaires vinrent à Tsien du conseiller du président, Vannevar Bush, qui dirigeait le Bureau de la recherche et du développement scientifiques (OSRD) [75] . Puisque Wilbert Smith avait révélé que Bush dirigeait un petit groupe chargé d’étudier la question des soucoupes volantes, la reconnaissance de ce dernier pour le travail de Tsien revêt une importance capitale et elle est d’autant plus louangeuse qu’elle a eu lieu juste après l’achèvement de l’opération LUSTY. Von Karman, Arnold et Bush ont compris que le génie de Tsien Hsue-shen leur était indispensable pour comprendre non seulement la fuséologie et la propulsion par réaction, mais aussi le développement des soucoupes volantes et leurs systèmes de propulsion révolutionnaires.

[36] Cité par Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 110.
[37] Voir le New York Times , “Key Chinese Scientist”, https://tinyurl.com/vj2bqgd (consulté le 11/30/2019).
[38] “Operation LUSTY”, National Museum of the United States Air Force, https://tinyurl.com/yx9lrnlx (consulté le 10/22/13).
[39] Magazine Aviation Week , https://archive.aviationweek.com/issue/20080107# (consulté le 01/20/2020).
[40] Theodore von Karman et Lee Edson, The Wind and Beyond , p. 279.
[41] Iris Chang, Thread of the Silkworm , p. 111-116.
[42] Voir “Operation Lusty, Team 3”, http://airwar1946.nl/whif/L46-team-3.htm (consulté le 11/30/2019).
[43] Henry Stevens, Hitler’s Flying Saucers: A Guide to German Flying Disks of the Second World War (Adventures Unlimited Press, 2003).
[44] Voir Henry Stevens, Hitler’s Flying Saucers , p. 55-68.
[45] Voir Henry Stevens, Hitler’s Flying Saucers , p. 144-165.
[46] Ce document est reproduit dans Henry Stevens, Hitler’s Flying Saucers , p. 151, et est consultable en ligne : http://p3.pstatp.com/large/363900043f7594da86eb (consulté le 11/14/2017).
[47] Document de la CIA consultable en ligne : http://alien-uforesearch.com/documents/cia/german-nazi-ufo-flying-saucer-examined-by-cia.php (consulté le 11/14/2017).
[48] Earthfiles, http://www.earthfiles.com/news.php?ID=1503&category=Real+X+Files (consulté le 9/24/14).
[49] Earthfiles, http://www.earthfiles.com/news.php?ID=1501&category=Real+X+Files (consulté le 11/14/17).
[50] Earthfiles, http://www.earthfiles.com/news.php?ID=1501&category=Real+X+Files (consulté le 11/14/17).
[51] Cité par Timothy Good, Above Top Secret (William Morrow and Company, 1988), p. 370.

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