Quand le passé ne passe pas
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Description

Marie FACCHINERI


Quand un passé ne passe pas


9 processus thérapeutiques pour retrouver le présent


Récits d’histoires réelles


Pourquoi notre vie d’aujourd’hui est-elle parfois impactée par d’anciennes blessures, personnelles ou transgénérationnelles ?


Car certains passés ne passent pas (deuil, abus sexuel, trahison, abandon, rejet...) et peuvent longtemps peser et limiter notre potentiel d’épanouissement.


De telles épreuves exigent d’être « digérées » et pacifiées pour que leur onde de choc ne tourmente plus. Un trauma ne peut être traité durablement par le déni, le silence ou l’amnésie. Il est alors parfois nécessaire, ou incontournable, de revenir sur certains passés pour les clarifier et libérer les émotions qui y sont rattachées (peur, tristesse, colère, culpabilité...).


Mais comment se libérer de ces poids indésirables ?


L’auteure tente d’apporter des réponses à travers le récit de neuf thérapies réelles, brèves ou longues, qui se sont avérées favorables et libératrices. Huit sont issues de sa pratique et expérience thérapeutique. Le neuvième lui a été rapporté.


Au fil du texte, vous verrez l’importance de mettre en lumière certaines mémoires traumatiques.


Vous réaliserez les moyens thérapeutiques pour ce faire et comprendrez que ces efforts d’introspection sont sources de créativité et de bonheur, car « je ne doute pas que la finalité de la vie réside dans notre présence au monde et dans notre ouverture de cœur ».




Après 20 ans de travail personnel puis 10 ans de formation professionnelle, l’auteure s’est installée dans une pratique d’accompagnement thérapeutique, en individuel et groupe. Tout en continuant sa propre recherche, elle soutient désormais celles et ceux qui aspirent au discernement et à l’harmonisation de leur vie.



Marie Facchineri est diplômée en Psychologie Biodynamique
É
volutive et formée à la Psychologie archétypale, l’accompagnement des couples, la Thérapie par les Mouvements Oculaires, le Voice Dialogue et tout spécialement la conduite de
constellations
familiales et systémiques.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782490591657
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Quand un passé ne passe pas
Marie Facchineri
Quand un passé ne passe pas
9 processus thérapeutiques pour retrouver le présent
Récits d’histoires réelles
M+ ÉDITIONS 5, place Puvis de Chavannes 69006 Lyon mpluseditions.fr
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
© M+ éditions Composition Marc DUTEIL
ISBN : 978-2-490591-65-7
À ma mère, pour toutes les raisons…
Préface
« Ces Liens Invisibles » est diffusé dans les salles de cinéma, dans plusieurs pays. Dans chaque ville où il est projeté, je choisis un spécialiste du transgénérationnel pour répondre aux questions des spectateurs, à la suite de la projection. J’ai contacté Marie Facchineri, au feeling, pour lui proposer l’échange avec le public pour les séances dans sa région. Nous avons tout de suite sympathisé, partageant la même vision de l’accompagnement thérapeutique et une passion commune pour les symboles et les archétypes. Marie était justement en train d’écrire ce livre quand je l’ai contactée. J’ai accepté d’en écrire la préface car, même si ce sujet passionne (le film fait salle comble), l’impact des secrets de famille dans nos vies reste encore largement méconnu.
Le secret est lié à la honte.
La honte déteste les mots.
La bonne nouvelle, c’est qu’elle ne peut survivre au fait d’être partagée et accueillie avec bienveillance. C’est tout le travail de Marie Facchineri, si bien décrit dans ce livre. Nommer, assumer… Pour libérer…
Le parcours courageux de ces 9 personnes en témoigne. Car du courage il en faut… Il en faut pour faire éclater un système familial dysfonctionnel, pour apporter lumière et libération.
La force d’un film et d’un livre, c’est l’écho qui résonne en chacun de nous. La prise de conscience peut alors être un tournant dans le parcours de certains. Des spectateurs m’écrivent régulièrement pour exprimer qu’ils ont pu, à leur tour, libérer la parole et poser des actes forts. Je pense qu’il en sera ainsi aussi à la lecture de ce livre…
Plus nous prenons soin de nos blessures et de nos besoins, plus les langues se délient, plus nos zones d’ombres sont éclairées, moins certaines violences et souffrances se répètent… Plus nombreux, alors, nous pourrons devenir pleinement nous-mêmes… libres…
Merci donc à Marie Facchineri de nous immerger au cœur de cette thématique, à travers ces témoignages poignants, qu’elle a su retranscrire avec la finesse et la bienveillance qui la caractérisent.
 
 
Marine Billet
Réalisatrice du film « Ces Liens Invisibles », sur les secrets de famille et la psychogénéalogie. (cf. fin du livre)
 
Prologue
Cher lecteur, l’ouvrage que vous tenez entre vos mains met en perspective, et je l’espère en lumière, pourquoi notre vie d’aujourd’hui est parfois affectée par des blessures passées (deuil brutal, abus sexuel, trahison, abandon, rejet…), personnelles ou dites transgénérationnelles   1  ; traumas vécus par un ancêtre donc nous portons la mémoire. Dans ce cas, il peut s’agir d’un membre de notre lignée paternelle ou maternelle, que nous avons connu ou pas, et dont parfois même nous ignorons tout. Ainsi, certains passés ne sont pas passés, et le traumatisme, qui en est la conséquence, peut longtemps demeurer agissant, durement ou subtilement. Au fond, tant qu’une épreuve n’a pas été « digérée », l’onde de choc qu’elle produit continue d’impacter la personne qui l’a vécue ou qui en est la loyale héritière dans la famille. Bien sûr, les raisons sont nombreuses pour expliquer qu’un vécu douloureux n’a pu être élucidé et que les émotions qui y sont rattachées (culpabilité en particulier, peur, tristesse, colère…) demeurent cristallisées, dans l’attente d’une résolution ultérieure. Toujours est-il que le psychisme est ainsi fait que toute expérience douloureuse doit être conscientisée et clarifiée autant que possible. C’est pourquoi un trauma ne peut être traité durablement par le déni, le silence ou encore l’amnésie. Les transmissions transgénérationnelles en sont en particulier la preuve. Ainsi, lorsque certaines mémoires traumatiques familiales n’ont pu être pacifiées, elles continuent subtilement d’opérer d’une génération à l’autre, se transmettant donc d’inconscient à inconscient, jusqu’à se manifester un jour chez l’un des descendants par divers symptômes physiologiques et/ou psychiques. Probablement parce que celui-ci, plus que les autres, aura les potentialités de s’en emparer pour les clarifier et en libérer la charge émotionnelle.
Alors parfois il s’avère nécessaire, voire incontournable, de revenir sur certains passés qui peuvent limiter notre potentiel d’épanouissement aujourd’hui. Mais comment s’y prendre pour se délester de ces charges indésirables, personnelles ou appartenant à notre arbre généalogique ?
Avant d’y répondre au travers des neuf récits qui suivent, je voudrais partager d’abord quelques mots sur la genèse de ce livre. En définitive, cet ouvrage résulte de mon itinéraire personnel de résolution. Résolution de l’histoire de ma famille, de certaines mémoires transgénérationnelles qui ont longtemps pesé sur ma destinée, et résolution des énigmes de mon existence. Ce long cheminement a amené la lumière sur les ombres de ma vie et m’a finalement offert d’en trouver le sens, confirmant ainsi une vocation qui sommeillait en moi depuis toujours. J’ai donc changé de métier pour enfin me former à celui de thérapeute à travers différents cursus : thérapie psychocorporelle biodynamique, psychologie archétypale, thérapie par les mouvements oculaires et constellations familiales et systémiques, entre autres. Pendant environ dix ans, j’ai ainsi reçu ces différents enseignements pour me rendre capable d’accompagner mes semblables sur ce chemin de résolution et ce voyage vers soi-même. La finalité de cet ouvrage se trouve là, dans la tentative de partager combien l’introspection ou quête de guérison est, de mon point de vue, le plus grand cadeau que nous puissions nous offrir. L’accompagnement de celles et ceux qui, en particulier, ne peuvent plus supporter l’oppression d’un passé qui ne passe pas est ma mission de vie désormais. À travers les itinéraires de mes clients, j’ai rencontré tant de vérité – certaines résolutions sont si incroyables – que je voulais partager avec le plus grand nombre ces thérapies réussies.
Dans les pages qui suivent, je vous présente donc le récit de neuf processus thérapeutiques réels, brefs ou longs, qui se sont avérés favorables et libérateurs. Huit sont issus de ma pratique et expérience thérapeutique. Le neuvième m’a été rapporté. Au fil de ces histoires, vous découvrirez certaines méthodes thérapeutiques incontournables dans ce travail de libération et donc d’évolution personnelle. Vous percevrez également combien tous ces efforts d’introspection sont finalement source de créativité et d’épanouissement. Cet ouvrage ne détaille pas toutes les aides disponibles pour sortir de la souffrance, mais il présente des méthodes de catharsis   2 que je considère étonnamment valides, efficientes et pour certaines, rapides. Volontairement, je n’ai pas abordé ces pratiques d’un point de vue trop technique. Des auteurs tout à fait qualifiés, pionniers dans leur domaine, ont largement décrit ces méthodes que j’emploie avec tant de gratitude, en individuel ou en groupe. Vous trouverez quelques noms en fin d’ouvrage, dans la brève bibliographie. Dans chaque récit, j’ai néanmoins pris soin d’être précise dans le déroulement des techniques pour en faciliter la compréhension à celles et ceux qui les découvrent. Enfin, j’ai choisi de présenter les récits dans deux styles différents : soit le client parle à la première personne, soit la thérapeute rapporte ses paroles.
 
À présent, je voudrais chaleureusement remercier les personnes derrière ces récit anonymisés, pour leur confiance et pour m’avoir autorisée à partager leur histoire avec vous. Chacune est particulière – nous sommes tous uniques – et témoigne d’une résolution spécifique, obtenue grâce à des procédés thérapeutiques, seuls ou combinés, rapides ou longs et soutenus ou pas par une approche psychocorporelle. J’espère que ce recueil résonnera favorablement en vous, et si tel en est le besoin, qu’il vous ouvrira un chemin nouveau, ou bien pourra aider un proche. Puisse-t-il donner espoir à celles et ceux qui cherchent des moyens pour désamorcer leurs troubles et ainsi harmoniser leur existence.
 
Je vous laisse à présent à la lecture de cet ouvrage et vous souhaite une bonne traversée de ces cas douloureux mais dont l’issue est belle.
 
 
« L’individu effectivement mène une double vie : en tant qu’il est lui-même sa propre fin et en tant que maillon d’une chaîne à laquelle il est assujetti contre sa volonté. »
Sigmund Freud
Neuf récits pour retrouver le présent
Qu’ont-ils fait de mon enfance ?
Deuil et culpabilité
Je fais le deuil. Des larmes coulent doucement. Je fais le deuil d’une partie de moi qui a pris fin avec la mort d’Élie. Une période heureuse de mon existence est morte avec cet accident. Celle de mon enfance. De cette enfant que j’étais, la candeur et l’innocence se sont envolées. M’ont été volées. M’ont été enlevées, sans que je ne puisse rien y faire.
J’avais sept ans lorsque le drame est arrivé, et mon cousin Élie en avait huit. Comme chaque année, nous étions réunis pour les vacances d’été dans notre maison familiale de Provence. Chaque année, tout le clan s’y retrouvait et, chaque année, cette période était pour moi synonyme de grands bonheurs. Cette maison de ma grand-mère, qui me semblait immense à l’époque, trônait au cœur d’un ensemble naturel de toute beauté. Tout le monde ne pouvait pas toujours s’y trouver au même moment, mais lors des grands croisements, il nous arrivait parfois d’y être une trentaine dont souvent la moitié de cousins et cousines. Quand j’y repense, quelle animation il y avait dans ces moments-là ! Les adultes avaient sûrement une grosse logistique à gérer, mais pour nous les enfants, c’était des semaines extraordinaires. En fonction de nos choix d’activités ou de jeux, nous étions soit en bande complète soit en plus petits groupes. Mais pratiquement chaque après-midi, nous allions tous nous baigner en contrebas de la maison. Certains après la sieste, d’autres après la grosse chaleur, mais à un moment ou un autre, tous les jeunes s’y retrouvaient en même temps. La rivière était toute proche à vol d’oiseau mais comme la maison était perchée au sommet d’un vallon, il fallait suivre la petite route sinueuse sur trois kilomètres pour y arriver. Les plus dynamiques, petits ou grands, y allaient à pied ou en vélo, et les autres descendaient en voiture. Que de rires, de jeux et de joies nous avons vécus au bord de cette rivière. Et puis tout s’est arrêté l’été de mes sept ans. Tout ça s’est envolé avec cet accident.
Ce jour-là, il était presque dix-neuf heures, et justement, nous nous apprêtions à revenir de la rivière. Certains étaient déjà rentrés et nous restions huit à en profiter jusqu’au dernier moment, mes parents, mon oncle, ma tante et leurs deux garçons ainsi qu’Élie et moi. Comme chaque année, Élie était confié à mes grands-parents les quinze premiers jours des vacances car ses parents étaient encore pris par leur travail. Pour lui et moi, c’étaient quinze jours supplémentaires de délices car nous nous entendions à merveille tous les deux. Élie avait une belle petite bouille à la tignasse blonde, et si tout le monde aimait ses pitreries et ses numéros de clown, j’étais sa principale admiratrice. En fait, nous étions toujours fourrés ensemble malgré nos tempéraments opposés. J’étais un peu réservée, et lui plutôt solaire, mais notre sensibilité profonde nous reliait.
Pour descendre à la rivière en début d’après-midi, mes parents avaient emmené en voiture mes trois cousins, alors que mon oncle, ma tante et moi-même étions descendus un peu plus tard en vélo. Et ce soir-là, au moment d’embarquer pour le retour, comme ça nous arrivait parfois, Élie et moi avons voulu échanger nos places. Je ne sais plus dire si c’est lui qui m’a demandé de lui prêter le vélo ou si c’est moi qui lui ai demandé sa place dans la voiture. Toujours est-il que je suis montée à l’arrière avec mes deux autres cousins et qu’Élie, lui, est reparti en vélo, escorté de mon oncle et ma tante. Avec la voiture, en moins de dix minutes, nous étions arrivés à la maison alors qu’Élie, lui, n’est jamais revenu…
Environ à la moitié du parcours, mon cousin, qui pédalait en première position sur la route, suivi de mon oncle puis de ma tante, a totalement oublié de respecter l’unique stop de l’unique croisement de ce court trajet. Il n’y avait jamais de voiture sur cette toute petite route de campagne, et ce soir-là, à ce seul moment où il ne l’aurait pas fallu pour que la vie poursuive son cours tranquille, une malédiction s’est abattue sur Élie et ma famille toute entière. Mon oncle a hurlé pour qu’il s’arrête mais en vain. Élie était trop élancé et n’a pas réussi à freiner à temps. Une voiture est passée. Mon cousin a été percuté et projeté par-dessus le véhicule, puis est retombé sur des rochers qui bordaient la route, mort sur le coup…
À la maison, le téléphone a sonné mais je n’y ai pas prêté attention. Puis, avec mes deux autres cousins, ma grand-mère m’a rapidement emmenée chez notre voisine qui vivait à deux cents mètres de là. Ensuite, je ne sais plus… Il ne me reste, de façon désordonnée, que quelques images et sensations étranges. Je me souviens par exemple de la précipitation de ma grand-mère lorsqu’elle est repartie, nous laissant là pour ainsi dire sans explication. Puis un peu plus tard, je revois de nombreuses voitures passer sur cette petite route qui conduisait chez mes grands-parents. Mais surtout je me souviens que nous avons dormi sur place et que le lendemain, une de mes tantes nous a emmenés chez une autre voisine et amie de ma grand-mère, qui vivait tout en bas, près de la rivière. J’aimais beaucoup aller chez elle car elle avait plein d’animaux, et pour nous, enfants de la ville, c’était merveilleux. Tous les deux ou trois jours, dans la fraîcheur du matin, nous adorions aller lui acheter ses bons œufs et ses fromages. On ne nous a pas expliqué pourquoi nous y dormions. Peut-être y avons-nous passé trois jours, peut-être davantage, je ne m’en souviens plus. Quoiqu’il en soit, je crois avoir vécu cette escapade imprévue presque comme un privilège. L’amie de ma grand-mère nous avait donné des tas de petites responsabilités autour de la vie des animaux, et la rivière étant à deux pas, nous vivions des vacances de rêve. Je me souviens quand même que la seule chose qui clochait, c’était l’absence d’Élie. Mon Dieu, comme il est facile de tromper l’innocence des enfants… C’était il y a quarante-neuf ans, et une partie de moi est encore prisonnière là-bas.
Lorsque nous sommes revenus chez ma grand-mère, tout avait changé. Finis les jeux organisés par nos parents ou les activités surprise. Finies les veillées tardives et l’effervescence des repas. La joie avait quitté la maison et les grands ne parlaient plus guère. Je me souviens qu’ils s’isolaient et n’assuraient notre garde qu’à tour de rôle. Heureusement pour eux, nous n’étions que quatre enfants en cette première période de vacances. Enfin plutôt, nous n’étions plus que trois ! Élie n’était plus là et n’a plus jamais été avec nous… Je n’ai aucun souvenir de ce qu’ils nous ont dit à ce moment-là. Élie a dû repartir chez ses parents. Élie est à l’hôpital et on ne peut pas aller le voir tout de suite. Élie est parti un peu en avance chez tante Isabelle. En début ou fin de vacances, nous y allions toujours quelques jours pour profiter de la mer. Allez savoir ce qu’ils nous ont dit… Je me souviens en revanche d’une atmosphère très pesante qui neutralisait notre vitalité d’enfant à tous les trois. Nous n’avons pas su la vérité et pourtant nous sentions une gravité. Lorsque nous étions dehors, éloignés des parents, notre naturelle spontanéité reprenait ses droits mais à leurs côtés, nous redevenions tous les trois très sages pour ne pas les déranger. Même le soir, dans la grande chambre, nous ne chahutions plus comme d’habitude. Nous parlions à voix basse pour ne presque plus faire de bruit. Puis chacun est rentré chez soi beaucoup plus tôt que prévu. Les vacances ont été écourtées et nous ne sommes pas passés chez tante Isabelle sur le retour.
Je ne sais plus combien de temps plus tard mes parents m’ont appris la mort d’Élie. Comme il nous retrouvait seulement l’été et quelques rares fois pour Noël, j’imagine qu’ils ont dû prendre leur temps. Le temps de pouvoir comprendre. Le temps de trouver les mots. Le temps de pouvoir se regarder en face à nouveau. Je ne sais pas. Je n’ai rien su à ce moment-là. Personne ne m’a expliqué comment les uns et les autres sont parvenus à reparler des circonstances de l’accident. Je sais seulement qu’une culpabilité générale a écrasé cette famille, nous reliant tous tacitement à ce drame. Peut-être quelqu’un en a-t-il posé le socle, volontairement ou pas, ou bien s’est-elle installée d’elle-même. Pourtant, bien que je n’aie jamais entendu la moindre accusation ouverte de l’un ou de l’autre, cette sorte de pénitence invisible s’est bel et bien mise en place, divisant la responsabilité entre chacun de nous, jusqu’à moi. Oui, jusqu’à moi ! Et ça, je ne l’ai, toute ma vie, que trop su…
Combien de fois, devenue adulte, me suis-je demandé qui s’était senti le plus fautif dans ce grand malheur. Mes grands-parents, à qui l’on avait confié Élie ? Mes parents, qui ne l’ont pas ramené dans leur voiture ? Mon oncle et ma tante, qui l’ont laissé pédaler en premier sur la route ? Ou bien étaient-ce les parents d’Élie, qui étaient tout bonnement absents ? Ou encore moi, qui lui ai prêté mon vélo contre sa place dans la voiture ? Je l’ai déjà dit, Élie et moi échangions souvent ce seul vélo de ma grand-mère à notre taille contre le retour en voiture. Seulement voilà, toutes les autres fois, nous arrivions bien tous les deux à la maison ! Moi, j’ai oublié lequel de nous avait voulu échanger ce jour-là, et j’espère que mes parents, mon oncle et ma tante l’ont oublié aussi… Oui, j’espère qu’ils l’ont oublié ! En tous cas, allez savoir pourquoi, des années durant, je me suis sentie coupable d’être simplement en vie ! L’esprit familial, j’ose le croire sans le savoir, a d’ailleurs beaucoup renforcé ce sentiment et probablement même, en est à l’origine… En fait, après sa mort, Élie est devenu quelqu’un d’autre. Sa mémoire, comme celle de tous les morts de ma famille d’ailleurs, a depuis, sans cesse, été enjolivée et maintenue sur le plus haut piédestal. Chacun lui rendant souvent hommage par toutes sortes de louanges, il est devenu, au fil des décennies, l’icône de ma famille, honoré pour ses qualités, les vraies et également celles qu’ils inventaient… C’est tout cela, je crois, qui a achevé d’engrammer en moi cette culpabilité d’être en vie à sa place. Je devenais tellement ordinaire face à lui, encensé, que j’ai plus d’une fois imaginé qu’ils auraient sûrement préféré ma mort à la sienne. En tous cas, mon cœur d’enfant a cru que cela aurait été préférable puisqu’Élie semblait valoir tellement plus que moi…
Je m’appelle Nathalie et la petite fille de sept ans, c’était moi. Aujourd’hui, j’ai cinquante-six ans, et il m’a fallu attendre jusque-là pour déposer cette triste histoire dans un cabinet de thérapie. Peut-être parce que dans ma famille, ça ne se faisait pas d’aller consulter. Ce qui est sûr en tous cas, c’est que ça ne se disait pas. Voyez-vous, il y a quelques années, lorsque j’ai interrogé chacun pour reconstituer les circonstances de l’accident, j’ai justement découvert que quatre d’entre eux avaient suivi une psychothérapie pour surmonter la mort d’Élie. Et d’ailleurs, à ma grande surprise, ils l’ont partagé sans pudeur ni malaise. Les parents d’Élie d’abord, m’ont avoué que sans une aide extérieure, ils n’auraient tout simplement pas pu y survivre. Et puis mon oncle et ma tante ont de même vanté les bienfaits d’un soutien psychologique en une telle situation. Pour ma grand-mère, personne n’a jamais su ; quant à mes parents, ils se sont toujours félicités d’avoir pu traverser seuls cette tempête. Pourquoi d’ailleurs une telle vantardise alors qu’aux yeux de tous, ils ont ensemble décliné dans un lent et bourgeois alcoolisme ? Ma mère notamment s’est détruite jusqu’à périr d’une cirrhose l’année dernière. Et mon père, toujours dans un refus absolu de reconnaître son addiction, continue d’être un grand consommateur quotidien d’alcool, l’air de rien !
Lorsque la thérapeute m’a demandé ce qui a déclenché le besoin de la consulter maintenant, ma réponse laconique fut sans équivoque : «  La colère !  » Puis, je lui ai expliqué qu’avant son décès, ma mère avait décidé de faire don de son corps à la science, sans prévenir personne. Chacun a bien sûr été choqué de découvrir son choix a posteriori , mais moi, j’ai immédiatement été saisie par une immense colère. D’abord, j’ai cru qu’elle était seulement due à cette découverte choquante. Puis je l’ai imputée à la relation difficile que nous avions, elle et moi, les dernières années de son long suicide. Ces deux premières raisons étaient très vraies mais, sans pouvoir l’expliquer j’ai eu peu à peu l’impression qu’elles n’étaient que superficielles et que la puissance de cette colère répondait à une cause bien plus profonde.
Quelques mois plus tard, c’est dans un rêve incroyable que la réponse me fut donnée, en même temps qu’elle ôta le voile sur quarante-neuf ans de cécité ! Au premier plan de ce scénario onirique, il y avait l’image de ma mère défunte dont je voulais m’approcher pour me recueillir. Mais à chacun de mes pas, son corps s’envolait à l’opposé de moi, m’empêchant toujours plus de l’atteindre. L’adulte que j’étais cherchait à crier pour stopper cet étrange phénomène mais aucun son ne sortait de ma bouche. Et plus je cherchais à crier en vain, plus ma colère montait. Et plus ma colère augmentait, plus le corps de ma mère s’éloignait jusqu’à devenir presque invisible. Dans le rêve, je me suis mise à pleurer d’impuissance. Puis peu à peu, le phénomène s’est inversé et soudain, en même temps que son corps réapparaissait, mon corps rapetissait, jusqu’à me retrouver petite fille. Puis l’image s’est floutée. Je ne voyais plus grand-chose et je me sentais perdue. Lorsque la netteté est revenue, ce n’était plus le corps de ma mère mais celui d’Élie qui s’est mis à s’envoler sans que je puisse le rejoindre. Je me suis réveillée en sueur tant la scène était poignante et, en une seconde, une colère m’envahit que je reliai immédiatement au décès de ma mère. Puis très vite, je compris surtout que cette colère si forte, éprouvée lorsque j’avais appris qu’elle avait fait don de son corps à la science, s’était en fait ancrée sur une colère bien plus ancienne… En effet, lorsque j’étais petite fille, Élie avait été enterré sans que je le sache, et pour les pseudo-funérailles de ma mère, cette fois non plus il n’y avait pas de corps ! Je n’ai pu matérialiser aucun des deux décès, ce qui m’a privée de faire leur deuil. Voilà pourquoi il était temps pour moi de prendre soin de l’histoire de mon enfance. Je venais de devenir grand-mère et je ne voulais pas risquer de transmettre à ma petite-fille ces mémoires restées obscures.
Une fois mon récit achevé, j’ai très clairement signifié à la thérapeute mon besoin de revisiter la mort d’Élie pour en finir avec cette culpabilité familiale. Au bout de seulement trois séances, elle m’a parlé de la technique des constellations familiales qui, d’après elle, permettrait de clarifier certaines mémoires transgénérationnelles. Elle m’a expliqué tout ça, que je ne connaissais pas, et comme je me sentais suffisamment en confiance avec elle, j’ai accepté de m’ouvrir à cette pratique qu’intuitivement je trouvais pourtant un peu bizarre. En revanche, bien que cette méthode puisse se travailler en individuel, elle m’orientait plutôt vers sa pratique en groupe. Mais pour moi, il n’était pas question d’aller m’exposer au milieu d’inconnus car je trouvais cela bien trop impudique et probablement trop confrontant. Elle a eu beau m’expliquer le bien plus large intérêt de travailler avec des êtres vivants plutôt que des objets, de fait, inertes, j’ai maintenu mon refus du groupe.
Le rendez-vous suivant, nous avons programmé une séance un peu plus longue pour réaliser cette constellation en individuel et j’ai suivi à la lettre toutes ses indications. Je devais d’abord estimer quels membres de ma famille étaient le plus touchés par la culpabilité de ce décès. Puis, il me fallait concevoir que des papiers cartonnés allaient représenter symboliquement chacune de ces personnes. Ensuite, en les baptisant des prénoms de chacun, je devais les disposer au sol, un à un, de la façon la plus intuitive possible, pour ainsi produire une image représentative de ma famille. Au départ, j’ai eu un peu de mal à m’y retrouver car ces papiers cartonnés avaient des couleurs, des formes et des tailles différentes. Je me suis néanmoins exécutée, mais comme j’étais encore un peu septique, je crois avoir été plus mentale qu’intuitive. Je dois dire que représenter des personnes par des cartons de couleur me paraissait tout de même un petit peu étrange. Qu’à cela ne tienne ! J’avais une raison très importante de me prêter à cette expérience et comme j’en espérais beaucoup, j’ai obtempéré avec sérieux.
J’ai posé les cartons représentant mes parents ainsi que mon oncle et ma tante, côte à côte, sur un bord de la pièce. Puis trois mètres en face d’eux, j’ai positionné deux autres cartons plus petits ; un carré figurant Élie et à sa gauche, un rond me représentant. Ensuite, j’ai placé les parents d’Élie tout à fait à droite de la pièce, regardant vers nous deux, et mes grands-parents maternels tout à fait à gauche, faisant de même. Sur son invitation, je me suis ensuite reculée pour pouvoir observer et commenter cette première image, qui déjà révélait bon nombre d’informations. Sans émotion particulière, j’ai décrit qu’ainsi représentée, la structure de ma famille formait un huis-clos carré qui semblait étriqué. Les adultes étaient répartis et positionnés sur trois côtés, signifiant probablement la distance qui les séparait, voire les opposait. Mais surtout, ils étaient tous positionnés en direction d’Élie et moi, comme point focal de la famille. À ce stade, tout était assez fidèle à la réalité.
Je sentais que nous allions passer à la seconde étape mais je ne voyais absolument pas par quel cheminement. La thérapeute, qui me guidait d’une voix basse et me parlait lentement semblait, elle, très précise. J’ai continué de suivre ce qu’elle m’indiquait et allais me poster à pieds joints sur la pochette me représentant pour regarder et peut-être sentir autrement les choses. De là, mon système familial m’est immédiatement apparu très différent, et cette nouvelle vision globale m’a été très inconfortable. Je regardais un à un ces cartons au sol et je réalisais qu’il était assez facile d’imaginer à leur place les êtres humains qu’ils personnifiaient, comme elle m’en avait prévenue. Rapidement, je me suis sentie assez mal à l’aise d’être là, sous les regards virtuels de tous les membres de cette famille. Ainsi, je ressentais presque le poids de leur examen critique. Je n’étais pas à la bonne place et assez naturellement, j’ai reculé d’un pas pour me placer, ou peut-être me cacher, derrière Élie. À nouveau, la thérapeute m’a invitée à observer si cette seconde posture déclenchait un nouveau ressenti, plus confortable cette fois, ou pas. Ça n’a pas été le cas. J’ai en revanche ressenti un peu de tristesse de m’être ainsi postée derrière lui, en second plan donc, ce qui pour moi a très vite eu une signification amère.
Dans ce pas à pas, je me sentais de plus en plus présente à ce qui se déroulait. Sans me l’expliquer, avec facilité finalement, je faisais une singulière et double expérience. J’étais l’adulte consciente de sa démarche thérapeutique en cours, et à la fois, je ressentais les soubresauts de mes sentiments d’enfant. C’était, en même temps, étrangement inconfortable et plaisant, inédit et inexpliqué. Ensuite, exécutant...

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