Quatre "Jésus" délirants
210 pages
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Description

Ce livre raconte la trajectoire de vie de quatre hommes qui sont devenus des malades mentaux (un paranoïaque et trois schizophrènes) et ont développé le délire d'être Jésus ou Dieu. Pourquoi ont-ils perdu la tête ? Pourquoi sont-ils devenus psychotiques ? Et pourquoi le thème d'être Jésus ? Il s'agit de comprendre un peu mieux de l'intérieur ce qu'est la psychose.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2006
Nombre de lectures 63
EAN13 9782336263847
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Religions et Spiritualité
Collection dirigée par Richard Moreau

La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux.
Dernières parutions
PAMPHILE, Voies de sagesse chrétienne, 2006.
Domingos Lourenço VIEIRA, Les pères contemporains de la morale chrétienne, 2006.
Francis LAPIERRE, L’Evangile de Jérusalem, 2006.
Pierre EGLOFF, Dieu, les sciences et l’univers, 2006.
André THAYSE, Vers de nouvelles Alliances, 2006.
Philippe LECLERCQ, Comme un veilleur attend l’aurore.
Écritures, religions et modernité, 2006.
Mario ZANON, J’ôterai ce cœur de pierre, 2006.
Anne DORAN, Spiritualité traditionnelle et christianisme chez les Montagnais, 2005.
Vincent Paul TOCCOLI, Le Bouddha revisité, 2005.
Jean-Paul MOREAU, Disputes et conflits du christianisme, 2005.
Bruno BÉRARD, Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, 2005.
Camille BUSSON, Essai impertinent sur l’Histoire de la Bretagne méridionale, 2005.
www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296018150
EAN : 9782296018150
Quatre "Jésus" délirants
Essai de compréhension

Émile Meurice
Ouvrages du même auteur :
Psychiatrie et vie sociale
Dessart et Mardaga, Liège, 1977
Charlotte et Léopold II de Belgique,
deux destins d’exception, entre histoire et psychiatrie
CEFAL, Liège, 2005
Le traitement à long terme et la réhabilitation des schizophrènes CEFAL, Liège, 2005

Initiation au Wallon liégeois par les proverbes et expressions CRIWÉ, Liège, 1984
Marèye, ou Apollinaire et le Wallon à Stavelot
Edité par la Province de Liège et E.T.C. (Abbaye de Stavelot), 2004.
Remerciements

Nos vifs remerciements vont aux collègues suivants qui ont lu des textes préparatoires, nous ont prodigué de judicieux conseils et avec qui nous avons eu des échanges fructueux : Albert Demaret, Christian Demoulin, Jean-Marie Gernay, Henri Grivois, Arlette Lecocq, Sonia Lelarge, Paulette Lisin, Pierre Noël et Daniel Schurmans. Il va de soi que leur responsabilité n’est en rien engagée dans le présent texte.

Merci aussi aux amis qui ont relu le manuscrit, et particulièrement à Laurence de Chanaleilles, Jacques Dequinze, Yahne Journau et Robert Maréchal.
Note de l’édition
Le choix d’éditer un livre de psychiatrie dans la collection Religions et Spiritualité appelle quelques commentaires.
Certes, le titre évoque des personnes qui ont prétendu avoir la personnalité de Jésus et l’on voit naître assez de sectes dont les gourous s’attribuent des qualifications de nature religieuse. Ce n’est pas le cas ici : en effet, les « Jésus » dont il est question sont assez clairement des malades mentaux. Le livre du Dr Meurice est donc un ouvrage de psychopathologie que sa clarté d’exposition rend accessible à tout lecteur attiré par les questions de psychologie, tandis que l’originalité de la discussion intéressera les spécialistes.
Cependant, ma décision a été motivée par une autre raison. En effet, le cheminement des quatre personnes dont il est question dans ce livre, est examiné sous un jour particulièrement humain et il s’ouvre aux préoccupations spirituelles de ces sujets qui finiront par s’identifier à Jésus. Bien sûr, ils le feront dans le cadre de ce que l’auteur appelle un « déraillement » de l’esprit. Mais le fait d’être malade n’enlève pas leur humanité à ces gens et ne les empêche pas de rechercher, chacun à sa façon, un sens spirituel à leur existence.
Bien que le sujet soit discrètement évoqué, on ne lira pas ici une discussion sur les relations ou les différences entre religiosité « saine » ou « délirante. », mais on trouvera à travers quatre destins qui arrivent à la maladie psychiatrique, un éclairage particulier (délirant) sur des questions religieuses et de vie spirituelle, qui ont une portée générale. Ce livre a donc bien sa place dans la collection Religions et spiritualité .
Richard Moreau Directeur de la collection
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Remerciements Note de l’édition Introduction Première partie - Jésus-Israël de Lierneux
I. Le délire dans tous ses états II. L’évolution sous traitement par les neuroleptiques III. Essai d’interprétation IV. Quelques questions d’intérêt général en psychiatrie
2ème partie - Les trois Christs d’Ypsilanti
1. LE LIVRE DE ROKEACH : - LES TROIS CHRISTS. II. NOTRE ANALYSE DES TROIS CAS RAPPORTÉS DANS CE LIVRE CONCLUSIONS D’ENSEMBLE SUR LES TROIS « CHRISTS » D’YPSILANTI
3ème partie - Comparaisons, vues générales et conclusions
I. COMPARAISON ENTRE « JÉSUS DE LIERNEUX » ET LES TROIS « CHRISTS » D’YPSILANTI II. QUELQUES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES III. CONCLUSIONS FINALES : POURQUOI CES HOMMES ONT-ILS « PERDU LA TÊTE » ?
Introduction

Pourquoi « perd-on la tête ? »
Pourquoi perd-on la raison ?
Est-ce la biologie ou la psychologie qui est le plus près de l’expliquer ? Et, par ailleurs, lorsque survient la folie, est-ce que l’effondrement de la personnalité nous apprend quelque chose sur la construction de cette dernière - et par conséquent sur la construction de notre propre personnalité ?
Voilà des questions qui sont bien pertinentes en cette période où des progrès scientifiques spectaculaires permettent de mieux connaître le cerveau humain ainsi que son fonctionnement. Des débats passionnés, et parfois des silences méprisants, opposent ceux qui croient en la qualité d’approches différentes. De même s’opposent les conceptions qui voient dans les médicaments neuroleptiques soit un traitement essentiel, soit un simple adjuvant, quand ce n’est pas une espèce de poison.
Pour certains courants de la psychiatrie, l’histoire de l’individu et de ses difficultés relationnelles sont des éléments nécessaires, voire indispensables, pour comprendre quelque peu le pourquoi et le comment de la désorganisation du psychisme. Pour d’autres courants, au contraire, l’histoire du sujet est sans intérêt majeur, et il faut savoir que ces courants sont actuellement devenus très influents et même majoritaires. Certains maîtres actuels vont jusqu’à conseiller à leurs jeunes assistants de ne pas consacrer trop de temps à écouter ce que disent les malades psychotiques ; les psychiatres doivent plutôt, disent ces maîtres, tourner leur attention exclusivement vers les examens biologiques, le perfectionnement des traitements médicamenteux et la remédiation des déficits des patients au moyen de techniques d’apprentissage. Qui a raison ?
L’importance de toutes les découvertes récentes est incontestable, et elle doit être rappelée à ceux qui en sous-estiment l’intérêt. Mais il est par ailleurs faux, pensons-nous, d’y voir les causes uniques, voire principales du délire et des psychoses. Les thèmes des délires évoquent déjà que des préoccupations spécifiquement humaines pourraient témoigner, par leur intensité, du fait que certains problèmes fondamentaux contribuent à déstabiliser gravement des personnalités vulnérables : il serait donc utile de comprendre ces problèmes pour mieux atténuer — voire soulager — la souffrance des patients. Le thème du messianisme qui sera rencontré ici est à ce point de vue d’un intérêt tout particulier. Beaucoup de malades psychotiques font allusion à des préoccupations de type religieux, parfois démoniaque. Chez les sujets dont nous parlerons, ces préoccupations sont centrales : elles offrent donc l’occasion d’examiner de façon assez pure des problématiques qui sont plus camouflées chez beaucoup d’autres patients.

Ce ne sont pas là des questions d’intérêt purement académique. En effet, on ne traite pas un malade mental de la même façon selon la réponse qui est donnée à ces questions. Les patients, et leurs familles souvent désorientées, demandent quant à eux que soient dépassées les attitudes dogmatiques, ils aspirent ardemment à y voir un peu plus clair dans les façons de soigner qui les concernent intensément. La recherche, indispensable dans ce domaine encore plein d’inconnues, ne sera pas orientée de la même façon selon l’importance accordée, ou refusée, à des facteurs psychologiques. L’organisation des soins, elle aussi, dépendra des réponses à ces questions : faut-il davantage de scanners, ou un accompagnement humain plus fourni pour prendre le temps d’écouter les malades ? Les recherches d’ordre biologique ne seront d’ailleurs pas les mêmes selon que l’on considère, ou que l’on néglige, que les mécanismes cérébraux biologiques puissent être en interaction avec des contenus de conscience, des pulsions instinctives ou des préoccupations existentielles.

L’histoire des quatre cas qui vont être présentés dans ce livre nous paraît susceptible d’éclairer quelque peu ces débats. Certes, ces monographies ne répondront pas entièrement, et de loin, à la question Pourquoi perd-on la tête ? Mais nous espérons, qu’après avoir lu ce livre, le lecteur disposera d’éléments assez solides pour voir plus clair dans cette problématique à laquelle nous proposerons une interprétation personnelle.

Des études de délires exceptionnellement documentées
L’originalité de ce livre est d’exposer la vie de quatre hommes qui devinrent des malades mentaux et qui, tous, prétendirent de façon stable être Jésus ou le Christ.
L’un de ces hommes était un patient que nous avons soigné personnellement au cours des longues années de son séjour en hôpital psychiatrique. C’était un paranoïaque qui conserva entièrement son esprit logique mais dont le délire était que l’Eternel lui avait confié la mission de réformer le Monde qui n’est qu’un foyer d’infamie. Il écrivit un nombre incalculable de lettres, de notes et de pamphlets généralement injurieux et menaçants pour ses détracteurs, mais aussi des textes messianiques tels que son Journal manuscrit dont nous analyserons un exemplaire.
Les trois autres patients étaient des schizophrènes internés dans l’hôpital psychiatrique américain d’Ypsilanti (Michigan). Leurs cas furent intensivement étudiés pendant deux ans par une équipe de psychosociologues sous la direction de Milton Rokeach 1 . Ce dernier publia un volumineux résumé de cette expérience, citant, entre autres, textuellement de nombreux propos tenus par ces patients, propos qui avaient été soigneusement enregistrés. C’est dans les transcriptions de ces citations que nous avons puisé pour examiner, en psychiatre, les cas de ces trois hommes.
L’étude de ces quatre cas a donc été rendue possible par le fait que l’on disposait à leur sujet de documents écrits abondants couvrant une grande partie de leur vie, et notamment des périodes qui ont précédé et suivi l’entrée dans la maladie, dans la psychose. Il faut souligner qu’il est assez rare de disposer de telles histoires détaillées de psychotiques au cours de leur vie entière, et plus rare encore de pouvoir les utiliser pour une publication. Certes, on a édité d’assez nombreuses biographies de personnes qui sont devenues psychotiques. Mais ces biographies ne comportent généralement pas d’analyse psychiatrique. Et surtout, lorsqu’une esquisse d’analyse est tentée, il n’y a pas d’effort pour la rattacher aux acquis actuels sur les perturbations biologiques et psychologiques qui existent dans la plupart des cas de psychoses.
La masse de données biographiques et personnelles ainsi rassemblée était bien plus riche que ce dont dispose généralement un psychologue ou un psychiatre à propos de ses propres patients. Certes, nous avons souvent regretté, au cours du présent travail, de n’avoir pas accès à des informations qu’il n’était plus possible d’obtenir pour des malades décédés depuis longtemps, notamment au sujet de leurs relations familiales. Cependant, le dépouillement que nous avons fait des données disponibles nous a assez largement permis de reconstruire de façon assez structurée les étapes les plus significatives du long chemin qu’ont suivi ces hommes depuis la santé de l’esprit jusqu’à la décompensation psychique. Le fait qu’ils soient décédés depuis des décennies permet maintenant de publier les résultats de l’étude en toute discrétion ; on maquillera cependant les éléments qui permettraient une identification, tels que les noms de personnes ou de lieux.
On se trouve donc, au total, devant un ensemble de circonstances assez exceptionnellement favorables pour présenter ces monographies.

Un grand intérêt humain
Pour tous les lecteurs, et spécialement pour ceux qui ne se sentent guère concernés par les questions spécialisées de psychiatrie, les histoires des quatre vies qui vont être racontées sont d’abord, bien légitimement, des histoires humaines très émouvantes, qui décrivent les trajectoires de destins hors du commun, extraordinaires. Et ces histoires sont vraies, elles ont été authentiquement vécues.
Beaucoup de lecteurs pourront, de plus, y découvrir « par l’intérieur » ce qu’est la folie, bien loin des stéréotypes ou des simplifications abusives. Le jargon psychiatrique et médical sera limité au strict minimum et ses termes en seront expliqués à l’intention des lecteurs non spécialisés : que les spécialistes veuillent bien ne pas s’en formaliser. L’essai que nous allons faire de cultiver la clarté ne nous conduira cependant pas à sacrifier la rigueur. On ne peut, notamment, occulter les aspects biologiques dont l’importance est actuellement indéniable. Nous espérons donc que ces exposés et discussions pourront intéresser aussi bien le public cultivé que les parents de malades et les spécialistes, psychiatres et psychologues, qu’ils soient cliniciens ou chercheurs, qu’ils soient dans la pratique ou en formation.
Enfin, comme on le verra au fur et à mesure que ces histoires se dévoileront, elles pourraient, de plus, évoquer des questions humaines fondamentales et qui interpellent chacun de nous, telles que, par exemple : qu’est-ce que mener une vie réussie ? ou au contraire : qu’est-ce qui fait qu’une vie n’est pas supportable ?.

et un intérêt scientifique appréciable ...
Mais, au-delà de cette interpellation humaine, la reconstruction de ces histoires présente, pensons-nous, un intérêt scientifique important. Cette reconstruction peut, à l’époque présente, faire l’objet d’une tentative d’interprétation qui tienne compte de l’évolution récente de courants d’idées ainsi que des données scientifiques qui se sont accumulées ces dernières années. On relèvera en particulier que lorsque des médicaments neuroleptiques ont été absorbés par notre patient paranoïaque (ce que de tels sujets n’acceptent que très exceptionnellement), on a pu faire de très intéressantes observations sur les modalités de déclin puis de disparition de son délire. On a pu en faire d’autres sur les modalités de la réapparition de ce délire, notamment à certains moments où il négligeait son traitement, ce qui éclaire les mécanismes d’action du médicament.

... pour tenter de répondre à des questions importantes
Ces quatre histoires éclairent des questions telles que : - que pouvons-nous apprendre sur la vulnérabilité à la psychose ? - et pourquoi le thème d’être Jésus ? - comment peuvent s’articuler les fragilités et lésions biologiques cérébrales, d’une part, et les superstructures d’élaborations délirantes, d’autre part ? - comment peut-on parler avec un délirant ? - comment les médicaments anti-psychotiques guérissent-ils ? - quel pourrait être - dans le traitement de ces patients - l’ équilibre le plus approprié entre l’usage des médicaments et l’approche psychologique (incluant : la psychothérapie - et quelle psychothérapie ? - , l’apprentissage d’habiletés sociales, etc.) ?

Mais que peuvent prouver des monographies ?
On pourra, à juste titre, objecter que l’étude d’un tout petit nombre de cas n’est guère probante à un niveau général. Ceci demande une mise au point.
En ce moment où les études sur des groupes statistiques sont reines dans les recherches, il faut rappeler la valeur des monographies, c’est-à-dire les études approfondies de cas isolés. Tout d’abord, elles permettent de réaliser une première approche de problèmes trop complexes pour être étudiés d’emblée par voie statistique. C’est le mérite des études monographiques de «débroussailler le terrain » de telle sorte que des chercheurs puissent ultérieurement individualiser des facteurs dont ils étudieront plus spécifiquement le rôle. Remarquons bien, d’ailleurs, que les études statistiques ne démontrent pas des relations de cause à effet : elles établissent seulement que le rapport entre deux événements n’est pas l’effet du seul hasard.
Par ailleurs, les études longitudinales sur un petit nombre de cas permettent de voir, chez un même individu, si la répétition d’événements précipitants est suivie de façon régulière des mêmes conséquences, qui ne surviennent pas en l’absence des facteurs précipitants ; c’est là aussi une méthode à valeur scientifique. Elle est surtout probante lorsque les études longitudinales s’étendent sur une longue période de la vie et qu’elles donnent ainsi l’occasion d’accumuler de nombreuses observations concordantes pour une même personne, ce qui est le cas ici.
Il est vrai cependant que les conclusions individuelles d’une étude monographique n’acquièrent de valeur générale pour des populations plus grandes que dans la mesure où leurs résultats sont confirmés de façon régulière par la comparaison avec d’autres groupes de cas, surtout si l’origine sociale et géographique de ceux-ci est différente. C’est pourquoi nous avons entrepris l’étude d’une série d’autres sujets qui présentent des délires dont les thèmes sont différents de ceux-ci. C’est ainsi que nous avons publié, déjà, le cas de la princesse Charlotte 2 qui fut brièvement Impératrice du Mexique et devint folle à vingt-cinq ans, développant un délire de persécution. Nous avons par ailleurs en chantier l’étude d’autres cas de psychoses survenant dans des familles dont un membre était une personnalité géniale. Il s’agit de la famille de Victor Hugo (dont le frère Eugène et une des filles, Adèle II, devinrent schizophrènes) ainsi que du cas de Camille Claudel, la femme sculpteur dont le frère Paul fut l’illustre écrivain que l’on sait.

Le choix du sujet de Jésus
Il était assez courant, dans les asiles de naguère de voir des malades mentaux se prendre pour des personnages importants : Napoléon, un roi ou une reine ou bien une figure religieuse telle que, dans les régions à tradition chrétienne, la Vierge, Jeanne d’Arc ou rarement Dieu lui-même, et notamment le Christ. C’est moins apparent maintenant que les traitements actifs dont on dispose estompent précocement les délires, c’est-à-dire avant leur élaboration complète (car un délire se construit souvent progressivement). On observe cependant actuellement encore chez un grand nombre de malades schizophrènes des allusions nettes à une filiation divine. Mais si ces éléments délirants sont devenus discrets, souvent fugaces et si les malades traités n’en parlent parfois qu’avec réticence, ils n’en traduisent pas moins, comme nous le verrons, des préoccupations fondamentales de l’individu quant au sens de sa vie. Ce caractère estompé du délire rend difficile d’en faire l’étude et donc de comprendre le malade et plus encore, de comprendre la genèse de son délire. Le plus souvent, un psychiatre préoccupé essentiellement par le traitement médicamenteux risque de ne pas percevoir ces préoccupations discrètes ou de les considérer comme très secondaires. Au contraire, dans les quatre cas que nous présentons, observés en partie dans les années cinquante à soixante, c’est-à-dire avant la généralisation en psychiatrie de l’emploi des traitements médicamenteux nouveaux, la nature divine du délire est centrale et stable. Cela permet d’en faire une étude mieux assurée, dont on espère qu’elle pourra ensuite éclairer les cas les plus nombreux où le délire paraît plus flou.
Concluons donc que l’intérêt de ces cas-ci où la conviction divine est constante et centrale fournit l’occasion d’examiner de façon relativement « pure » un problème qui est assez général en psychiatrie et qui soulève par ailleurs des questions sérieuses au point de vue humain. Si l’insistance est mise ici sur le thème religieux, ce que l’on pourra comprendre éventuellement de la genèse de ce délire particulier sera par ailleurs très utile pour la compréhension d’autres délires, tels qu’ils sont examinés dans les autres publications que nous avons évoquées.
Nous n’avons bien sûr pas, répétons-le, la prétention de résoudre la question de savoir pourquoi et comment l’on devient psychotique. Peut-être cependant éclairerons-nous certains aspects de ce problème. Mais répétons aussi que notre but principal est de vérifier si, à côté de l’indispensable approche biologique, la compréhension de la trajectoire humaine n’a pas, elle aussi, une grande importance dont il faut tenir compte dans le traitement aussi bien que dans les recherches.

Ce livre comporte trois parties.
La première est consacrée à l’exposé et à la discussion du cas de notre malade Jésus-Israël de Lierneux. La deuxième partie de ce livre sera consacrée aux Trois Christs d’Ypsilanti que nous avons étudiés à travers les données du livre de Rokeach 3 . La troisième partie sera consacrée à des discussions générales.
Première partie
Jésus-Israël de Lierneux
Un cas de délire systématisé chronique

On présente ici le tableau clinique d’un patient, aujourd’hui décédé, qui prétendait être Jésus. Il fut, pendant les décennies où il fut colloqué à la Colonie de Lierneux 4 , un cas classique de délire systématisé chronique à thème messianique.

C’est un malade que nous avons trouvé dans cet établissement psychiatrique lorsque nous y avons commencé nos fonctions comme jeune médecin en début de spécialisation ; nous l’avons ensuite souvent personnellement soigné pendant près de quinze ans jusqu’à son décès. Plusieurs autres médecins s’en sont occupés, notamment lorsque nous avons fait des stages à l’étranger. Mais nous avons été en charge de son cas pendant de longues périodes et nous avions une relation d’estime réciproque. Beaucoup de notes écrites dans son dossier sont de notre main.

Pour le présent travail, nous avons aussi utilisé un nombre appréciable de documents divers retrouvés dans le dossier : il s’agit notamment d’écrits que le patient avait rédigés ainsi que des rapports de collaborateurs divers : moniteurs, infirmiers ainsi que l’assistant social qui avait visité sa famille. Nous avons, enfin, interrogé récemment d’anciens témoins de son séjour.

Il n’est pas inutile, à l’intention des lecteurs qui ne sont pas familiers de ces questions, de donner quelques informations préalables sur deux sujets auxquels il sera fait assez fréquemment allusion dans la suite.

Le premier de ces sujets concerne les caractéristiques particulières de l’institution où le malade était retenu et soigné. Le deuxième sujet concerne des particularités de sa maladie mentale.
La Colonie psychiatrique de Lierneux

Dans le monde psychiatrique international, la Belgique est notamment connue pour être le pays où se trouve la Colonie de Geel. Celle-ci est une institution d’accueil familial des malades mentaux dont la tradition remonte au Moyen Âge, autour d’un pèlerinage aux reliques de Sainte Dymphne. Cette princesse irlandaise, poursuivie par son père incestueux, s’était réfugiée au fond de la Campine anversoise afin de lui échapper. Il l’y découvrit cependant et comme elle persistait à se refuser à lui, il la fit tuer, possédé de folie qu’il était. Ce forfait épouvantable attira les foules autour de la tombe de la pieuse princesse et le bruit se répandit que s’y produisaient des miracles, notamment la guérison de malades mentaux. On amena à Geel de tels malades en nombre croissant et les familles de ce village pauvre prirent l’habitude de les héberger temporairement pendant les neuvaines (neuf jours !) de prières, et puis de les garder pour des périodes plus longues ... Dans beaucoup de cas, ces malades étaient « confiés » en attendant la guérison ! C’est ainsi, qu’au cours des siècles, s’accumulèrent, dans cette communauté, de très grands nombres de malades mentaux.
Aux temps modernes, l’Etat belge organisa le système en Colonie, sous contrôle médical. Dans ce système, qui regroupa jusqu’à plusieurs milliers de patients répartis dans les nombreux hameaux de la vaste commune de Geel, des malades généralement paisibles ont séjourné, et séjournent encore, contre rétribution payée par l’Institution, dans une famille dont ils partagent le logement, les repas et, souvent, le travail de façon modérée. Médecins et infirmiers viennent les visiter dans leur famille d’accueil.
Cette institution servit d’exemple pour l’organisation de Colonies psychiatriques dans de nombreux endroits d’Europe.

Geel se trouve dans la partie flamande de la Belgique. Pour les besoins des malades d’expression française, l’Etat créa en 1884, en Wallonie, dans le village ardennais de Lierneux, une Colonie dont le succès fut rapide. Cependant, comme tous les malades que l’on y amenait ne convenaient pas pour le séjour en famille, on construisit par ailleurs pour eux des pavillons à effectif relativement faible, répartis dans un beau parc (c’est dans un de ces pavillons que notre malade Jésus-Israël fut admis, et dans un autre qu’il séjourna plus longuement). Un système d’occupation des malades fut organisé par la suite. Un des ateliers était la cordonnerie où l’on réparait les souliers des patients ; c’est là qu’il fut occupé pendant les premières années de son séjour, après quoi il finit par aller habiter en placement familial.
La psychose

Le terme de psychose est un terme médical qui est, grosso modo, l’équivalent de celui de folie.
Une psychose est en effet un trouble mental où le sujet perd, en tout ou en partie, le contact avec la réalité. Cela signifie principalement qu’il ne prend plus les choses pour ce qu’elles sont : c’est ainsi, par exemple, qu’il se sent abusivement persécuté ou qu’il se prend pour ce qu’il n’est pas, qu’il attribue aux autres des intentions graves qu’ils n’ont pas, etc. Dans certains cas, il peut être halluciné : il peut ainsi entendre des voix qui n’ont pas d’existence objective ou percevoir d’autres types variés d’hallucinations. Son humeur peut être sérieusement décalée par rapport aux circonstances objectives, sans qu’il se rende compte de ce décalage.
Il existe, de façon schématique, des psychoses de deux espèces.
Un premier groupe touche principalement l’esprit : c’est à ce groupe qu’appartiennent les malades dont on parlera tout au long de ce livre ; nous n’en dirons donc pas plus actuellement. Mais il faut signaler une autre espèce, qu’on n’envisagera pas dans la suite de cet ouvrage : elle touche presque essentiellement l’humeur. On y observe des alternances d’accès d’exaltation ou au contraire de dépression grave (appelés mélancoliques). Dans cette psychose, appelée maniaco-dépressive, les facultés intellectuelles ne sont en principe touchées qu’à la suite des troubles de l’humeur. Le pessimisme profond dû à la mélancolie peut faire porter des jugements faux sur les situations et, à l’inverse, l’optimisme aveugle de l’état d’exaltation maniaque peut pousser à se lancer de façon tout à fait inconsidérée dans des entreprises qui seront amèrement regrettées par le sujet lors de son retour à l’équilibre. Car ces états sont transitoires : après quelques semaines ou quelques mois (et plus rapidement si des soins adéquats sont bien suivis), le sujet retrouve son entière conscience. Il est toutefois susceptible de présenter des rechutes qu’un traitement préventif peut souvent espacer ou éviter.
On ne pouvait parler de psychoses sans évoquer le trouble maniaco-dépressif (encore appelé bipolaire). Mais cet état qui n’atteint pas, en tous cas durablement, l’intégrité de l’esprit ne nous retiendra donc pas ici et on n’y reviendra plus.
La durée d’un état psychotique peut être relativement brève : on dit alors que la bouffée est aiguë. Une psychose aiguë peut durer un temps limité, par exemple quelques semaines, et puis guérir entièrement. Mais elle peut aussi se transformer en un trouble plus permanent. Si ce trouble dure d’une façon prolongée - qui peut atteindre des années - on dira qu’il s’agit d’une psychose chronique, et c’est de cela qu’il va s’agir dans ce livre.
La psychose chronique

De tels cas, qui correspondent à ce que l’on appelle vulgairement la folie , sont graves pour deux raisons. Ils altèrent profondément et assez durablement les relations du sujet avec son entourage, sa famille, ses amis, ses collègues. Et souvent, ils le rendent inapte à vivre une vie normale aux points de vue familial, social et professionnel, et cela pendant la plus grande partie de sa vie. On conçoit donc qu’il soit très important de pouvoir soigner ces malades et de faire des recherches pour progresser dans la compréhension des mécanismes qui produisent ces états. On a heureusement fait d’énormes progrès à ces sujets au cours des dernières décennies et la plupart des malades psychotiques peuvent maintenant être soignés au point d’être nettement améliorés et de pouvoir vivre paisiblement dans la société ou dans leur famille. Une certaine proportion de ces patients (environ vingt pour cents) peuvent même revivre de façon pratiquement normale et reprendre une vie familiale et professionnelle plus ou moins complète.
Ce ne fut malheureusement pas le cas des quatre malades dont le destin sera décrit dans ce livre. Ils ont été malades en un temps où n’existaient pas encore, ou à peine, les médicaments “miracles” qui ramènent à la raison.
Ce malheur qui les frappa n’en a pas moins un intérêt scientifique : on a pu étudier en détail l’évolution à long terme des différents stades de leur affection d’une façon telle que l’on peut la comprendre bien mieux qu’il ne soit possible de le faire maintenant alors que les séjours à l’hôpital se limitent à quelques semaines et qu’il est très difficile d’avoir une vue en perspective. De plus, les nécessités évidentes du secret médical et le respect de la vie privée des familles interdisent de publier l’histoire de malades vivants ou dont le décès ne remonte qu’à peu d’années. Les quatre malades dont il sera question sont, eux, on l’a dit, décédés depuis longtemps.
Parmi les psychoses chroniques, il en est de deux espèces principales : les psychoses systématisées (de type paranoïaque) et les psychoses discordantes (de type schizophrénique)
Les psychoses systématisées et la paranoïa

Le premier malade que nous présenterons et qui prétend être Jésus présente un délire systématisé. Cela signifie que, si l’idée de base est fausse (car il n’est pas Jésus !) son délire est logique en soi et qu’à part ce qui relève du délire, son psychisme paraît normal. Le public non averti a souvent peine à admettre qu’une personne qui raisonne si bien, qui se présente d’une façon si civile puisse être un malade mental que l’on déclare totalement irresponsable de ses actes s’il a commis un délit ou que l’on interne sur la base des simples menaces qu’il a émises. Et pourtant, malgré la persistance de l’intégrité d’importants pans de son psychisme, cette personne voit ses rapports avec le monde totalement perturbés, et cela d’une façon qui ne peut être corrigée ni par le raisonnement, ni par la persuasion, ni par la psychothérapie. Seul un traitement médicamenteux (appelé neuroleptique ou antipsychotique) régulièrement suivi peut lui permettre de se distancier de ses idées fausses, voire de les abandonner. Ce traitement prolongé, souvent à vie, lui est indispensable pour reprendre contact avec la vie telle qu’elle est et d’agir en conséquence.
Le drame est que, fréquemment, le sujet ne se considérant jamais comme malade refuse de se laisser soigner ou qu’il cesse de prendre ses médicaments dès que la surveillance se relâche : la rechute survient alors plus ou moins rapidement de façon presque certaine. Les rechutes sont actuellement le principal écueil en psychiatrie des psychoses.
Lorsqu’une psychose chronique se développe sur un fond de caractère gravement marqué par la méfiance et l’orgueil, on parle de paranoïa .

Les thèmes du délire systématisé peuvent être variés. Les plus fréquents comportent des idées de persécution, de jalousie ou de grandeur. C’est le cas du patient auquel cette première partie est consacrée puisqu’il se considère comme un messie : Jésus.
Disons déjà brièvement que les trois malades dont nous parlerons dans la seconde partie de ce livre présentent une psychose différente (non systématisée, schizophrénique) dont nous décrirons les caractéristiques en temps utile. Clarifions toutefois d’emblée que ce qui distingue la schizophrénie, c’est qu’on n’y trouve pas de systématisation, mais qu’on y observe au contraire beaucoup de discordances. Par « discordance » on entend que les éléments du discours et du comportement sont souvent incohérents les uns par rapport aux autres. Un exemple typique de discordance est celui d’une lettre où la plupart des phrases sont correctes en elles-mêmes, mais où il n’y a pas de lien entre elles.

L’exposé sur Jésus-Israël comporte quatre chapitres.
On décrira d’abord l’état du patient tel qu’il se présentait à l’admission puis au cours de l’évolution pendant une longue période d’hospitalisation. Pendant celle-ci, il tenta de faire connaître sa doctrine à travers d’innombrables écrits. Nous en analyserons l’un des plus typiques.
Le deuxième chapitre sera consacré à examiner les questions résultant du fait qu’il a été possible de lui faire prendre une dose modérée de médicament neuroleptique. On examinera les modalités de la relative disparition ou de l’atténuation de la conviction délirante du patient sous l’influence de ce traitement.
Le troisième chapitre sera consacré à un essai d’interprétation des données rassemblées dans les deux premiers chapitres, données auxquelles on ajoutera des informations qui ont pu être rassemblées ultérieurement. C’est sur ces bases, aussi objectives que possible, que l’on tentera d’apporter certains éclairages sur l’interaction de facteurs qui pourraient éclairer la genèse de cet état.
Nous terminerons en discutant dans le quatrième chapitre un certain nombre de points généraux soulevés par cette observation.
I. Le délire dans tous ses états
Les débuts de l’hospitalisation de ce patient

Quand nous avons connu le patient Jésus au début de notre travail de médecin à l’institution appelée alors la Colonie Provinciale de Lierneux 5 , il y avait été colloqué 6 trois ans plus tôt, à l’âge de 39 ans, le 27 janvier 1951 (on verra ci-après quel est l’intérêt de cette date). Son nom (fictif ici) était René X.
La mesure avait été prise sur la base d’un certificat médical portant :

Idées délirantes ; persécution (on le prive de nourriture, se dit empoisonné par son frère, etc....), se prend pour Jésus-Christ ; est âgé de 1 mois (dit être né le 25 décembre 1950). Remet et envoie des écrits, ameute les gens ; aucune méchanceté ; fugue.
Lors de l’examen d’entrée, le médecin-directeur note au dossier que le malade est calme, bien orienté dans le temps et le lieu, qu’il attribue sa collocation au fait qu’il gênait ses frères, commerçants, avec qui il vivait : ils aiment trop l’argent . A la mort du père ils l’ont fait partir, dit-il : ils voulaient qu’il aille travailler à l’usine (notons qu’il a un diplôme d’agronomie). Ils l’ont même violemment frappé et ils ont monté l’entourage contre lui. Ses frères ont détourné de lui la femme qu’il fréquentait, ce qui lui a causé une dépression nerveuse. Il avoue avoir bu de façon excessive et même avoir été un vrai ivrogne.

Quand on lui demande s’il est Jésus, il prend un air gêné et dit qu’il est Jésus par analogie puisqu’il a été trahi par ses frères.
Dans les dernières semaines avant la collocation (relevons que c’est symboliquement peu après Noël), il déclare avoir déchiré sa carte d’identité et avoir circulé dans la ville où il habite en essayant de répandre l’amour de Jésus. Quand il a sollicité l’hospitalité dans un couvent, il s’est fait mettre à la porte ; il exprime son animosité contre les prêtres pour qui la religion n’est qu’une question d’argent ; ils ne connaissent rien à la religion.
L’examen physique général est normal.

Au cours des années suivantes, le dossier signale une Longue suite de périodes où il travaille à la cordonnerie et de périodes où il refuse le travail parce qu’on le traite comme un fou. En dehors de cette occupation, son activité libre essentielle est d’écrire.

Après deux ans et demi de séjour, il a fait une tentative d’évasion. Il a profité de la liberté que lui offraient les allers et retours entre le pavillon de séjour et l’atelier de cordonnerie pour s’enfuir à pied à travers la campagne et par des routes qui l’ont conduit dans une localité voisine. Il y a été reconnu par un employé de la Colonie qui a prévenu la direction. Celle-ci a demandé à la gendarmerie de s’en saisir et il a été ramené à l’établissement. Il faut préciser que, dépourvu d’argent et de pièces d’identité, il ne pouvait aller bien loin. Il n’avait donc guère de chances de réussite, d’autant plus que sa propre famille le rejetait entièrement : elle ne lui rendait pas visite, ne répondait pas à ses lettres et ne l’aurait certainement pas accueilli.
Cet échec lui a fait mesurer le degré de collusion existant entre le Directeur de la Colonie et les autorités. Il ne tentera plus de s’évader, mais il va développer une haine profonde à l’égard du médecin-directeur, qu’il qualifiera de chef de prison.
Précisons que tout ceci se passe à une époque où les médicaments antipsychotiques n’étaient pas connus, et où l’on n’aurait pas eu l’idée qu’il serait un jour possible de guérir un délirant systématisé. Le dogme de l’incurabilité de la paranoïa n’était pas mis en cause à cette époque. Comment, d’ailleurs, aurait-il pu l’être alors puisque l’on n’avait jamais observé de guérison spontanée ? 7

Comme le malade occupe pratiquement tous ses temps libres à écrire et que l’on a conservé une partie de ses écrits, c’est à travers eux que nous allons examiner son cas.
Les écrits

Il écrit d’innombrables lettres, libelles et notes. On peut dire qu’il y en a des kilos ! L’intensité extraordinaire de cette graphomanie persistera inchangée pendant des années.

Sur le plan de la forme , on remarque que tout le papier qui lui est accessible est utilisé ainsi que tout l’espace disponible (y compris les marges). Bien qu’il ne fasse pas de brouillon, on note la grande qualité du style, du vocabulaire, de l’orthographe et de la grammaire ; la graphie est élégante. On est souvent frappé par la logique interne impeccable.

Sur le plan du fond , une partie des écrits vise à répandre son message religieux ; il expose le plan de Dieu sur les hommes : nous en reparlerons bientôt.

Mais il faut insister sur le fait qu’un très grand nombre de ses écrits expriment avec acrimonie des plaintes, des récriminations tout à fait injustifiées et en tout cas très grossièrement excessives. Il s’en prend aussi, souvent, à telle ou telle personne qui lui a déplu. Ses propos sont alors cinglants et parfois d’un humour noir particulièrement percutant. Il se montre souvent menaçant vis-à-vis de ceux qui s’opposent à son action : ce sont des criminels, des menteurs, des assassins, ils vont mourir, il les fera mourir. Ces menaces contribuent à faire maintenir la collocation.
Des débuts de notre relation avec Jésus-Israël ...

L’emploi que nous avons occupé comme jeune médecin avait été nouvellement créé afin d’étoffer quelque peu le cadre médical et, ainsi, de permettre d’accorder un peu plus d’attention aux malades.
Jésus ne nous a pas d’emblée intégré dans ses suspicions. Il savait que nous n’avions pas de pouvoir direct dans l’organisation de l’institution ni dans l’établissement de ses règles de discipline. Il savait qu’une éventuelle décision de libération dépendrait du Médecin-directeur.
Au troisième jour de notre prise de fonction, il nous écrit une lettre de quatre pages, bourrée de descriptions de scènes d’atrocités dont il est le témoin : les soi-disant infirmiers (il énumère de nombreux noms) torturent les malades qui n’ont même pas la possibilité de se plaindre. Il raconte que ce jour, ... me trouvant dans la cour du pavillon, j’entendais les cris de douleur d’un malheureux que les «infirmiers» de la salle des agités du pavillon d’Observation étaient en train de torturer (en fait, les agités criaient spontanément !). Ces cris de douleur, je ne les ai pas entendus cent fois mais mille fois. On les entend le jour et la nuit du pavillon voisin (où il se trouve). Une chose remarquable s’est produite tantôt, cependant, c’est que les cris du malheureux de l’Observation ont cessé aussitôt que vous avez pénétré dans le pavillon ! J’ai d’ailleurs pu constater votre zèle à vous informer auprès des « malades » et j’ai vu que vous ne reculiez pas de parler à X. par exemple 8 . Tout est à réformer ici, tout, absolument tout . En conclusion, il nous prévient : Tous ceux qui persisteront à venir ici opprimer leurs frères et leurs sœurs périront. A ceux qui voudront venir ici pour moi, je donnerai la vie éternelle.
... à l’affrontement constant de ses plaintes, de ses revendications et de son hostilité

Dans la foulée de cette relative ouverture, il nous écrit quelques jours plus tard une longue lettre pour se plaindre, avec la même outrance, du bruit qui règne dans son dortoir. En voici un extrait :

Monsieur,
S’il me fallait vous raconter tout ce que j’ai souffert ici, je n’en finirais jamais. Si je devais vous raconter toutes les atrocités que j’ai vu se commettre ici et celles qui ont été faites sur ma personne, il me faudrait beaucoup de papier. ... Ce qui me tue le plus, après l’oppression de l’emprisonnement, c’est le bruit, le bruit infernal qui ne s’arrête jamais, même la nuit. Il est radicalement impossible de dormir la nuit dans ces dortoirs qui ressemblent étrangement à des morgues. Ainsi, depuis trente neuf mois, je n’ai pu me reposer ni le jour ni la nuit.
Il conclut sa lettre de quatre pages, truffée de dénonciations de ceux qui font le bruit et de graves menaces à leur égard, en demandant de pouvoir rester couché autant qu’il le veut et quand il le veut.
On note la dramatisation très excessive en quantité et en qualité de ses propos. Nous tenons en effet à bien préciser que nous avons constaté dans cet établissement l’absence totale de sévices ou de mauvais traitements, un contrôle sévère s’opposant à toute exaction et le suivi médical étant attentif ; il y avait, au contraire, un évident effort d’humanisation. Mais il est vrai que le régime était assez spartiate. Il dénonce, par exemple, comme torture conduisant à la mort, le fait d’être réveillé le matin trop tôt à son goût, etc.

Un épisode particulier de ses lettres de revendications exorbitantes concerne un appartement.
Il s’avise en effet, un jour, qu’il est indigne de sa condition d’envoyé de Dieu d’être logé dans un dortoir où il ne dispose que d’un lit, le reste de sa vie se passant en communauté. Il veut alors un appartement personnel et celui-ci doit comporter au moins quatre belles pièces. Et justement, l’appartement de fonction dont dispose la cuisinière en chef, situé au-dessus de la cuisine, lui conviendrait bien. Il se met donc à exiger que l’on expulse la cuisinière et sa famille de leur logement pour le lui attribuer ! Il écrit un bon nombre de lettres comminatoires pour détailler et répéter cette exigence. Il est probable qu’une partie de son acrimonie était nourrie par le fait que la cuisinière, une personnalité forte et au verbe parfois acerbe, lui avait rappelé sans ménagement l’interdiction d’entrer dans la cuisine « comme si elle était maître de cet endroit ».
Le caractère absolument excessif de ses plaintes ne se marquait pas seulement dans les écrits. La plus grande partie des contacts verbaux que l’on pouvait avoir avec lui ne concernait que de telles récriminations, exposant les tortures abominables qu’il doit endurer et les vengeances qu’il médite ; il s’énerve rapidement si l’on ne va pas dans son sens et il rompt alors le contact. Son irritation est particulièrement vive et la rupture de contact est particulièrement rapide si, excédé, on lui fait remarquer que ses propos haineux et vindicatifs jettent un doute sérieux sur son rôle d’apôtre de l’amour universel.
Si nous avons réussi à maintenir par la suite, des rapports relativement pacifiques avec lui, il survint quand même des réactions orageuses lorsqu’il arriva qu’on le contredise. C’est ainsi que nous retrouvons dans le dossier un carton qui porte comme titre « FINI AVEC MEURICE » et qui poursuit rageusement :
Ce maniaque (c’est de nous qu’il s’agit) persiste à vouloir jouer au médecin alors qu’il ne connaît rien aux choses de la santé. Bien loin de guérir les gens, il les fait mourir ! C’est un fou, un fou dangereux que je vais mettre hors d’état de nuire.... charlatan, menteur, voleur, assassin ! Toi qui tues des innocents pour de l’argent ! Malheur à toi qui tiens prisonnier ton Dieu pour gagner de l’argent ! Jésus.
Des rapports plus sereins pourront heureusement se reconstituer au cours des années qui suivront, au prix de beaucoup de diplomatie. Après avoir acquis notre spécialisation dans cet établissement, nous y continuerons en effet l’essentiel de notre carrière de psychiatre, ne quittant l’institution que pendant un total de deux ans et demi pour faire des séjours de perfectionnement et de recherche à Paris d’une part et aux Etats-Unis d’autre part. La longue durée de ces observations, entrecoupées de périodes de distanciation et de redécouverte, permettra de connaître ce malade aux divers stades de son évolution.
A côté des écrits récriminateurs qui vont se succéder sans arrêt, beaucoup d’autres, on l’a dit, ont un contenu messianique.
Jésus remet en effet souvent à tout visiteur qui passe à sa portée de courts messages traitant de l’un ou l’autre point de sa doctrine. Il synthétise parfois cette dernière dans un texte volumineux en “publiant” de temps à autre un numéro de son journal manuscrit en exemplaire unique intitulé Journal de Sion (voir figure p. 32). Nous allons maintenant examiner l’un de ces exemplaires avec un certain détail.
L’exposé de sa doctrine messianique

Une version particulièrement élaborée et systématisée de sa doctrine fait l’objet d’un cahier de 28 pages, dont le titre est La Lumière de Sion . En voici une brève présentation.
La première des deux parties commence par un chapitre où l’Eternel le présente et détermine sa mission : Voici mon serviteur, que je soutiendrai (et il s’agit, bien sûr, de notre Jésus-Israël de Lierneux).... Il ne se découragera point et ne relâchera point, jusqu’à ce qu’il ait établi la Justice sur terre.... Je t’ai appelé ... pour être la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison les captifs ... Je suis l’ETERNEL 9 ... et je ne donnerai pas ma gloire à un autre.
On trouve ensuite : Les prophéties sont en voie de réalisation ... Jésus est parmi les hommes, cette fois pour l’Eternité. Cependant : Pour être cette fais encore le dernier, Jésus s’est laissé interner à Lierneux ... et y endure d’indicibles souffrances au milieu des derniers des méprisés. Mais il ne tardera plus à reconquérir toutes ses libertés, tous ses droits, ... Lierneux est déjà Sion puisque s’y trouve le Saint d’Israël incarné.
La rubrique exposant Les Lois de la Vie éternelle se termine par les lignes suivantes qui la résument et sont entièrement écrites en majuscules :


LA LOI ORDONNE A L’HOMME LA CONNAISSANCE ET LA POSSESSION DE TOUT CE QUI EST VÉRITABLEMENT JUSTE, BON ET BIEN AFIN QU’IL PUISSE JOUIR ÉTERNELLEMENT DE CETTE CONNAISSANCE ET DE CETTE POSSESSION . Il ajoute : Il est évident que pour juger sainement de ce qui est juste, bien, beau et bon, l’homme doit posséder la santé de l’esprit.
Ce point est alors développé sous la rubrique intitulée L ‘ Esprit - Sain , où l’auteur joue sur l’assonance de l’ Esprit Saint et de l’ esprit sain , la santé de l’esprit. En fait, on peut penser que ce chapitre veut démontrer indirectement que notre Jésus n’est pas un aliéné (comme il se l’est entendu signifier) puisque, lui, il est capable de ce discernement.
Mais ce n’est pas le cas des autres hommes car (p. 6 de son texte) Tous les hommes étaient malades de l’esprit sur la terre, ... (car) tous faisaient le mal ... Aucun ne voulait travailler pour l’amour de Dieu, c’est-à-dire gratuitement pour tous. Tous, au contraire, veulent un salaire immédiat, et ce salaire ils le veulent en argent. ... pour acheter les choses les plus diverses, et ils s’imaginent qu’ils en sont les propriétaires. Voilà l’erreur ... fondamentale que commettent tous les hommes. Or (p. 8), la monnaie entraîne le droit de mentir, de voler, de tuer . Il explique que l’on ment en prétendant posséder en propre des biens qui sont collectifs, on vole parce que l’on s’approprie des biens qui appartiennent à chacun, on tue parce que la propriété est à l’origine des disputes, des meurtres, et — au niveau des pays — à l’origine des guerres. Au contraire (p. 9), Tout a été créé par l’Eternel pour tous les hommes ... Chaque homme a le droit d’être le maître des cieux et de la terre, de posséder la terre entière, de jouir de la possession de toutes les choses existantes.
Le droit de propriété est le droit de tuer toute l’humanité ... L’argent, c’est vraiment le poison des poisons ; il empoisonne l’esprit de tous, y compris de ceux qui se croient religieux. (p. 12). Il faut donc (p. 14) mettre fin à l’activité de tous ... ces oppresseurs ... qui obligent les autres à travailler comme des forçats, qui les obligent à se battre, qui les tiennent prisonniers et esclaves.... Tous les rois, tous les princes de la terre, ... mettront bientôt à ma disposition toutes leurs richesses, toutes leurs terres, tous leurs hommes.... sinon ils seront exterminés par le souffle de mon Esprit tout puissant.
Ainsi se termine la première partie du cahier, où a été analysé comment le manque d’amour était à l’origine des maux de l’humanité.

La deuxième partie de La Lumière de Sion va être consacrée à prédire les changements qui vont se produire. Cette partie est d’un style encore plus polémique, critique et souvent menaçant pour ceux qui s’opposent aux réformes ; il les exterminera, ils périront. On retrouve ici le style des innombrables textes de menaces dont le contenu inquiétant a amené à ne pas poster la plupart de ses écrits (le courrier des malades colloqués était à l’époque censuré). Ces menaces, parfois de mort, ont aussi contribué à maintenir la collocation.

Selon la prophétie d’Isaïe (p. 15) : La maison de l’Eternel sera fondée sur le sommet des montagnes ... C’est à Lierneux que le Verbe de Dieu fondera bientôt la céleste Sion ... A Lierneux, tout va changer prodigieusement. Cet antre de l’infamie et de l’ignominie, ce repaire de la folie, cette citadelle de l’iniquité et de la méchanceté, ce château hideux de la mort lente ne sera plus dans peu de temps qu’un mauvais souvenir.... les psychiatres, les juges, ... les curés et les évêques ... se croient les plus forts parce qu’ils ont avec eux les gendarmes et leurs mitraillettes ... J’ai quelque chose cependant d’incomparablement plus fort ... C’EST LA FORCE TOUTE PUISSANTE DE MA PAROLE ... ELLE PURIFIERA LA TERRE DE TOUS LES MENTEURS, DE TOUS LES ASSASSINS. Tous ceux qui persisteront à me commander ici signeront par le fait même leur arrêt de mort. Il faut des actes aux hommes incrédules pour qu’ils croient en moi. Mais, pour ceux qui voudront devenir mes amis, j’annonce la délivrance, le salut ... et la guérison.

Sous le titre de La Loi de l’Amour Eternel , plusieurs pages sont consacrées à proclamer que Dieu , c’est l’Homme , que la mort est la fin de toute vie et que la mort est le mal suprême . Il précise : Voici ce que dit l’Eternel : c’est comme homme que j’entends vivre éternellement, c’est-à-dire en ayant un corps de chair et d’os.
Au contraire (p.22), les catholiques méprisent l’Homme, ... ils le clouent sur une croix, ils le crucifient réellement partout. Les prétendus prêtres ... à l’esprit détraqué ... affirment l’existence de l’enfer. C’est sur terre qu’ils produisent l’enfer... En vérité, les hommes ont cessé d’avoir un cœur. Or (p. 26), l’amour est le nom suprême de Dieu. Les mots Dieu et Homme sont absolument synonymes. L’amour divin est donc l’amour humain. Enseigner aux hommes l’amour sous toutes ses formes véritables, c’est leur faire connaître la puissance, l’intelligence, la bonté, la beauté de Dieu.
Tel est donc un cas classique de délire paranoïaque à thème religieux.
Relevons déjà qu’après la révélation d’être choisi par Dieu pour être Jésus, il est maintenant investi d’un rôle important, il n’a plus à obéir, mais il sera obéi, il aura droit à l’accès à tous les biens — sans être obligé de travailler — grâce à l’abolition du droit de la propriété et de l’argent, il sera libre par l’abolition des contraintes sociales et institutionnelles, les femmes l’aimeront dans le cadre de l’amour universel (et incidemment de l’abolition de la contrainte du mariage), il aura des frères et sœurs aimants mais aussi des enfants en la personne de ses disciples, la maladie et même la mort lui seront épargnées (cette préoccupation ferme d’une immortalité réelle est assez remarquable et peut être rapprochée de son aversion pour le Christ crucifié).
Ainsi donc, les pulsions existentielles humaines fondamentales vont être satisfaites à un niveau imaginaire et symbolique. Comme c’est là la dernière et seule solution qu’il lui soit possible de mettre en place, et comme sa sensibilité est extrême, on comprend que son délire soit irréductible et que, plutôt que de s’affaiblir devant les obstacles, ceux-ci induisent une extension progressive du délire qui permet de les contourner ou de les dépasser.
Mais toujours, et encore, les vitupérations et les plaintes

La rédaction fréquente d’articles liés à sa mission n’empêche pas que ses propos les plus fréquents à l’adresse du médecin ou du personnel soignant consistent en récriminations sur son régime de vie, sur l’alimentation, le logement, le manque de liberté, etc. Quand on s’entretient avec lui de ces sujets, il s’énerve rapidement et menace de propager des propos vengeurs qui rendront publique la vilenie de l’interlocuteur. Dès que l’on satisfait l’une de ses demandes, il insiste bientôt sur une autre.
Il est notable qu’à l’atelier, il a bien appris le métier de réparateur de cordonnerie et que chacun est enchanté tant de la qualité de son travail que de son activité (au rythme à vrai dire peu exigeant). Cette évolution avait vraisemblablement été facilitée par la personnalité paternellement bienveillante du moniteur de cordonnerie, qui savait toutefois montrer de la fermeté quand il le fallait.
Cette situation va perdurer pendant des années et le malade sera appelé Jésus par chacun.
Comment l’appelait-on ?

Cette question du nom mérite un commentaire.
Au départ, chacun savait que si on l’appelait par son nom ou son prénom d’Etat civil, on déclenchait une scène de colère et on s’exposait à recevoir des injures puisqu’il le ressentait comme d’être traité de menteur ou de fou. En fait, chacun qui s’adressait à lui évitait de l’interpeller par un nom. On disait par exemple : « Voulez-vous bien me dire, ou me donner ceci ou cela ». Mais lorsque des membres du personnel parlaient de lui, entre eux, chacun prit l’habitude de l’appeler « Jésus ».
On lui attribuait en fait comme un sobriquet ainsi qu’on en utilise couramment dans de petites communautés telles que des villages, des écoles ou des entreprises. C’était au point que la plupart de ses compagnons d’hospitalisation ne lui connaissaient pas d’autre nom. Et, quand il sera connu dans le village, il en sera de même pour les habitants qu’il fréquentera. Ici, cela arrangeait bien l’intéressé. C’est pour ces raisons que nous l’appelons Jésus tout au long du présent exposé. On aurait pu, certes, l’appeler le malade, ou le patient, comme il est d’usage dans les publications médicales. Mais on a voulu plutôt souligner que, même s’il est malade, c’est d’abord un être humain confronté à son destin.

Nous-même (ainsi que les autres médecins) éviterons systématiquement de l’interpeller par ce nom en s’adressant à lui. On voudra par là éviter qu’il puisse penser, si son délire perdait de sa conviction, que les médecins croient qu’en effet il est Jésus.
Le séjour en famille d’accueil

Dans cette situation de paix relative, il deviendra possible d’augmenter progressivement son degré de liberté.

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