Qui sommes-nous nous les humains?
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Description

Ce livre offre au lecteur une vue d’ensemble sur ce qui peut caractériser l’être humain, en portant un regard biologique, psychologique et sociologique qui permet d’expliquer le comportement humain. Il répondra aux questions que peut se poser le lecteur : qui sommes-nous? Quelles sont nos origines? Qu’est-ce qui nous différencie des autres espèces? Comment fonctionne notre organisme, particulièrement notre cerveau? Quelles sont les influences de nos différents environnements (la famille, l’école, le milieu socioéconomique, la culture) ?
L’approche d’écriture étant la vulgarisation scientifique permet d’aller assez en profondeur tout en étant accessible à un large public de lecteurs. L’auteur se permet, tout au long de l’ouvrage, de présenter ses réflexions, ce qui en facilite la lecture.
Le but de ce livre est donc d’essayer de comprendre la complexité de la « nature humaine » et de ce qui influence ses comportements. Il propose une somme importante de connaissances qui permet au lecteur de développer sa propre vision de ce qu’est l’être humain.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 mai 2019
Nombre de lectures 7
EAN13 9782897552527
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Qui sommes-nous, nous les humains ?
 
 
À la recherche d’une meilleure compréhension de notre humanité. À la lumière des neurosciences.
 
 
 
 
Pierre Potvin
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À Yolande Potvin, mon épouse et ma compagne de vie
 
À mes enfants, Line Potvin et Carl Potvin
 
L’auteur
 
Pi erre Potvin, Ph. D. Psychoéducateur de profession, est détenteur d’une Maîtrise en psychoéducation (M.Sc.) ainsi qu’un Doctorat en psychopédagogie (Ph. D.). Il est professeur chercheur associé au département de psychoéducation de l’UQTR et chercheur associé au Centre de Transfert pour la Réussite Éducative du Québec (CTREQ). Il est auteur de nombreux articles scientifiques et professionnels, de Répertoires d’activités et de Guides d’intervention pour les intervenants. Il a publié trois livres chez Béliveau Éditeur : Prévenir le décrochage scolaire  ; Comprendre l’apprentissage pour mieux éduquer et L’alliance entre le savoir issu de la recherche et le savoir d’expérience.
Membre émérite de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OPPQ), il se voyait décerner, en mai 2012, la médaille d’excellence de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) pour sa contribution à la recherche en éducation. En septembre 2014, le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec le nommait Membre honoraire du CTREQ.
 
 
 
 
Note aux lecteurs et aux lectrices
 
Les chiffres en caractère gras sont des notes de bas de page, alors que les chiffres entre parenthèses (-) sont des références qui se retrouvent à la fin du livre.
Ce pictogramme et le texte en italique qui suit signifient que c’est une réflexion de l’auteur.
 
 
Introduction
 
Écrire un livre est une expérience d’humilité. On en vient à réaliser combien de choses que l’on croyait comprendre sans que ce soit vraiment le cas, du moins pour les expliquer clairement. J’ai énormément appris en écrivant ce livre et j’espère que ce sera aussi votre cas en le lisant (Inspiré de Ledoux, 2003) ( 78) .
Je n’écris pas pour transmettre ce que je sais, mais pour apprendre et transmettre ce que j’arrive à comprendre (Pierre Potvin).
***
Albert Jacquard, ce grand scientifique et vulgarisateur de la science, expliquait que la meilleure définition de la singularité humaine était qu’un être humain, c’est un morceau d’univers, constitué des mêmes protons, neutrons et électrons, mais qui est capable de penser que demain existera 1 .
Quelque six millions d’années ont été nécessaires pour le développement et l’aboutissement à notre espèce. C’est au cours des 100 000 dernières années que s’est développé le néocortex, une calotte de tissus cérébrale qui a favorisé notre « humanisation ».
L’idée de départ de ce livre était de répondre à un besoin qui m’habitait depuis quelques années, soit de faire le point sur comment je me représente l’être humain, d’où la question : Qui sommes-nous, nous les humains  ? Et aussi « Qui suis-je ? » . Ce besoin est issu d’une motivation à mieux me connaître, à faire une synthèse de ma compréhension de ce qu’est l’être humain et possiblement aussi influencé par mon histoire « religieuse » judéo-chrétienne dont l’une des questions fondamentales est liée au créateur de l’univers.
Mais, pourquoi chercher à savoir Qui nous sommes ? Essentiellement pour connaître l’histoire de « notre développement », de quoi et de comment nous sommes « fabriqués » nous les humains. Aussi, comment fonctionnent notre organisme, notre personnalité. Si je connais mieux mes origines, le fonctionnement de mon organisme, particulièrement mon cerveau, j’aurai possiblement plus de moyens pour mieux me connaître, pour mieux vivre et mieux comprendre les raisons de mes choix, de mes actions, de mes valeurs.
Le contenu de ce livre me représente et témoigne de mes sensibilités, de mes intérêts et aussi des domaines où j’éprouve le sentiment d’une certaine compétence, mais aussi de certaines de mes limites. Je me considère davantage comme un généraliste plutôt qu’un expert. Mes diverses formations universitaires m’ont préparé à relever le défi de la présente démarche de recherche et de transfert de connaissances. Ainsi, toutes mes formations m’ont été utiles : l’éducation physique, la psychomotricité, la psychologie (psychologie dynamique, béhaviorisme social, psychologie sociale), les sciences de l’éducation (particulièrement l’apprentissage) et ces dernières années mon intérêt marqué pour les neurosciences. Mes expériences de recherche universitaire ont été également d’un grand secours afin d’assurer la rigueur dans ma démarche.
Le but de ce livre est d’essayer de comprendre la complexité de la « nature humaine » et de ce qui l’influence ainsi que de partager avec vous, mes lecteurs et lectrices, les résultats de certaines de mes lectures, de mes réflexions et analyses.
En m’inspirant et faisant mien ce qu’écrivait dans l’un de ses nombreux ouvrages le grand théologien et philosophe Hans Khün, j’affirme que : dans toute la mesure du possible, ma formulation dans ce livre cherche à rester simple et accessible au lecteur non spécialiste dans le domaine des neurosciences ou de la psychologie, sans pour autant sacrifier la précision, la nuance et la rigueur.
Le sujet de ce livre est très vaste et chaque chapitre pourrait faire l’objet de plusieurs livres écrits par de grands chercheurs. Des scientifiques dans les domaines de la cosmologie, de la paléoanthropologie, de la biologie, des neurosciences, de la neuropsychologie, de la sociologie et de la culture pousseraient plus en profondeur les thèmes que j’aborde. J’ai choisi d’offrir au lecteur une vue d’ensemble de ce qui peut caractériser l’être humain. D’aller assez en profondeur, mais pas trop, afin de ne pas perdre de vue que cet ouvrage s’adresse à un large public de lecteurs « avertis » et intéressés par le même questionnement que moi : Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui nous différencie des autres espèces ? Quelles sont nos origines ? Comment fonctionne notre organisme ? Quelles sont les influences des divers environnements sur notre développement personnel et collectif ?
Afin de tenter de répondre à ces questions complexes, j’utilise une approche biopsychosociologique. Les neurosciences, plus particulièrement la neuropsychologie, seront très présentes dans mon analyse.
Le présent livre propose une somme importante de connaissances qui vont permettre au lecteur de développer sa propre vision de ce qu’est l’être humain. Cette démarche chez le lecteur pourra favoriser une ouverture à la connaissance de soi et sera alors un outil de développement personnel.
Ce livre puise dans les connaissances scientifiques actuelles. Toutefois, j’ai dû faire certains choix basés sur mes propres intérêts et mon champ de compétence. De plus, je n’ai pas cherché à intégrer dans ce livre tout ce qui existe et peut être vu comme important aux yeux d’experts, mais plutôt à me limiter à ce qui m’est apparu comme essentiel.
Cet ouvrage utilise les connaissances issues de la recherche effectuée par différentes disciplines (cosmologie, paléoanthropologie, neurosciences, psychologie, sociologie, éducation, etc.) ainsi que l’intégration que j’en ai faite, afin de les rendre le plus facilement accessibles. Je considère avoir réalisé un transfert de connaissances en utilisant des savoirs, en les traitant, en les adaptant et en les diffusant. Sans toutefois négliger la rigueur et le souci d’une information valide au moment où cette information est publiée.
Concernant les connaissances abordées dans cet ouvrage, je voulais m’assurer que l’information que vous, lecteur, alliez y trouver soit la plus valide possible. J’ai fait appel à quelques universitaires experts (biologiste, neuroscientifique, psychologue, sociologue) afin de valider certaines informations. De plus, j’ai demandé à des amis-critiques 2 de lire le manuscrit afin de bénéficier de leurs commentaires pour l’améliorer et ainsi m’assurer que l’ouvrage pourrait rejoindre un large public averti.
Le domaine abordé est très complexe et il reste encore beaucoup à découvrir à la science en ce qui concerne la compréhension de l’évolution des espèces, des caractéristiques spécifiques de l’être humain, de la compréhension des mécanismes du cerveau tout particulièrement de la conscience. Plusieurs théories s’affrontent et parfois se contredisent. De plus, la science étant ce qu’elle est, en constante évolution, il arrive régulièrement que je mentionne que « les chercheurs ne font pas consensus » sur tel ou tel phénomène, ou encore que telle théorie est critiquée et remise en question. Une attitude de grande prudence est donc recommandée, puisque la « vérité scientifique » reste souvent une vérité temporaire.
Comme le mentionnent Ferry et Vincent (2000) ( 50) , les découvertes de la science bouleversent nos représentations du monde et la plupart des questions traditionnelles de la métaphysique s’en trouvent affectées. Les avancées de la génétique contemporaine, par exemple, révolutionnent les questions les plus traditionnelles comme : Qu’est-ce que l’homme  ? Depuis une vingtaine d’années, la biologie nous invite à reconsidérer en termes neufs le problème des rapports de l’inné et de l’acquis, de l’hérédité et du milieu.
Lorsqu’on aborde une question aussi fondamentale que Qui sommes-nous, nous les humains ? et qu’il est question de la naissance de l’univers, de la vie sur terre ou encore de l’ esprit * et de la conscience, nous vient alors des sous-questions du genre : l’esprit est-il matériel ou immatériel ? Existe-t-il un créateur de l’univers ? L’approche scientifique que j’utilise pour tenter de répondre à la question de départ se limite au paradigme matérialiste. Cette approche scientifique matérialiste ne permet pas de répondre à ces questions.
Le fait d’utiliser la science pour répondre à ma question de départ explique le pourquoi que je n’aborde pas l’aspect spiritualiste ou religieux de la question . C’est une limite que je me suis imposée qui ne signifie pas que je ne donne aucune importance à la spiritualité et aux croyances religieuses. De plus, ceci ne signifie pas que je rejette d’autres approches « non matérialistes » ou post matérialiste.
Le livre se divise en cinq parties. La première partie comprend les chapitres 1 et 2 et aborde l’origine de notre univers et de la vie ainsi que l’origine de l’espèce humaine et son évolution. La deuxième partie (les chapitres 3, 4, 5 et 6) s’intéresse aux éléments constitutifs de l’être humain. En premier lieu, les éléments de base de notre organisme (de quoi sommes-nous faits) ; le système nerveux, le cerveau (principales structures, système de récompense et de punition, les mémoires et les fonctions exécutives).
La troisième partie (les chapitres 7, 8, 9, 10, 11 et 12) présente le fonctionnement psychologique, ses mécanismes et processus. Cette partie comprend l’analyse de ce qu’est la conscience ; l’apprentissage humain ; la motivation ; les émotions ; les valeurs et les croyances, et se termine par la personnalité.
La quatrième partie aborde les environnements et leurs influences (les chapitres 13, 14, 15 et 16). Soit tout d’abord la famille, l’éducation familiale et l’éducation scolaire ; l’environnement socioéconomique et le milieu (favorisé et défavorisé) ; la culture et finalement la révolution numérique et technologique.
La cinquième partie se veut un aboutissement en abordant l’un des éléments importants qui caractérisent l’humain, la recherche du bonheur et la quête de sens. Enfin, je termine par le chapitre 18 qui tente l’essai d’une synthèse intégrative.
Finalement, un glossaire reprend diverses définitions de termes importants, suivi de la liste des références ainsi que les documents et les sites internet consultés.
Alors, chères lectrices et chers lecteurs, partons en voyage dans ce grand univers qu’est la découverte de qui nous sommes, nous les humains. Un beau voyage qui, je l’espère, vous fera découvrir ou redécouvrir l’être humain et peut-être vous « redécouvrir » vous-mêmes à travers cette démarche.
 
 
Première partie :
 
Notre univers et notre espèce
 
C’est aux questions suivantes que veut répondre cette première partie du livre : comment explique-t-on l’origine de l’univers ? Comment la vie est-elle apparue et comment a-t-elle évolué ? Puis d’autres questions suivent sur nos origines : Comment avons-nous évolué pour devenir Homo sapiens  ? Quelles sont les caractéristiques similaires et différentes d’avec les autres animaux ?
 
 
Chapitre 1
Origine de notre univers et de la vie
 
L’univers est infiniment grand et infiniment complexe

L’histoire du cosmos occasionna deux événements absolument imprévisibles : l’origine de la vie et l’origine de l’esprit. ( 45)
 
Dans ce chapitre, nous abordons : L’origine de l’Univers L’origine de la Terre L’origine de la vie sur terre L’évolution des organismes vivants et la théorie de Darwin
***
Le cheminement pour comprendre qui nous sommes, nous les humains, débute par un regard sur les origines de notre univers * et les origines de la vie sur terre.
 
L’origine de l’univers
Depuis plus de trois décennies, les connaissances en cosmologie 3 (l’étude de l’univers) ont fait des progrès incroyables. Ces avancées de la science peuvent être attribuées aux développements technologiques, tels les ordinateurs superpuissants qui permettent de réaliser des calculs sophistiqués de même que les puissants télescopes mis en orbite ( 43) . Galilée, Newton et les autres ont ouvert à l’exploration de notre univers. Mais ce sont les travaux d’Albert Einstein qui ont ouvert la voie aux nouvelles découvertes sur l’univers. C’est avec la théorie de la relativité que les scientifiques regardent le mouvement de l’univers d’une façon différente d’auparavant. ( 85)
Malgré les avancées de la science, l’origine de l’univers reste encore pas totalement comprise pour les scientifiques. Actuellement, le modèle 4 le plus connu et reconnu sur l’origine de notre univers est celui du Big Bang*. D’après cette théorie de la naissance et de l’évolution de l’univers, celui-ci aurait débuté il y a 13,8 milliards d’années. C’est après des années de débats que les scientifiques en sont venus à mesurer assez précisément l’origine de l’Univers.
Alors qu’au début, l’intégralité de l’Univers avait des dimensions de la taille de l’atome et jusqu’à des fractions infinitésimales des dimensions de l’atome ( 43), ( 69) , c’est par le Big Bang que l’énergie nécessaire à la construction de l’univers aurait été libérée. Ainsi, en quelques milliardièmes de milliardièmes de seconde après cette étincelle des origines, l’Univers se serait mis en expansion à une vitesse extraordinaire ( 43) . Il existe un consensus scientifique sur l’expansion de l’Univers, sur la phase dite « inflationniste » des premières secondes du Big Bang. Celle-ci est la théorie la plus acceptée, mais pour laquelle il n’y a que des preuves indirectes pour le moment, elle reste donc encore à démontrer.
Cependant, certains scientifiques tels Iliopoulos et Katsanevas (2015) ( 69) émettent quelques réserves en indiquant que la théorie du Big Bang est la plus plausible à l’origine de l’Univers, mais que ce n’est pas nécessairement l’Origine. De plus, Choppra et Mlodinow (2012) ( 25) apportent d’autres nuances et précisent que de nombreux physiciens expliquent que, selon la théorie du Big Bang , avant l’expansion, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas. La théorie de la relativité d’Einstein et d’autres théories en physique quantique postulent que le concept de temps et d’espace (le temps conçu comme un avant, un pendant et un après et l’espace en trois dimensions, ainsi que la relation temps-espace) ne sont plus de cette nature. Le temps devient relatif et dépend de l’observateur. Les lois classiques de la physique ne s’appliquent plus ici.
Pour le monde scientifique, l’origine de l’univers reste mal comprise. Ainsi, Hawking (2008) ( 66) et d’autres scientifiques estiment que les principes quantiques peuvent expliquer que l’univers est né du vide (à partir de rien). Par contre , du point de vue des croyances religieuses, de la foi chrétienne, l’origine de l’Univers s’explique par l’intervention d’une puissance supérieure, un Créateur (pour les chrétiens, c’est Dieu).
Ainsi, il existe une explication matérialiste*, scientifique, des origines de l’Univers et une vision non matérialiste, spirituelle fondée sur des croyances (pour les chrétiens, la foi). Jusqu’à un certain point, ce sont des « visions » inconciliables.
À ce sujet, Choppra (2012) ( 26) indique que certains scientifiques disent qu’il faut laisser à la science et à la biologie expliquer comment la vie est apparue, et à la religion, à la métaphysique quelle en est la raison.
Pour ma part, j’ai tendance à concilier les deux visions (matérialiste et non matérialiste). Expliquer le processus « physique » des origines et de l’évolution de l’Univers et de la vie sur Terre par la science et croire qu’il existe un sens, une intention et une action d’une puissance supérieure, d’un Créateur qui dépasse le rôle du hasard comme certains scientifiques le laissent entendre. Fort probablement que ma position est influencée par ma formation judéo-chrétienne.
 
L’origine de la Terre
Notre Soleil et les étoiles proches font partie d’un vaste ensemble de galaxies* appelé la Voie lactée. La science a cru longtemps que cette Voie lactée était l’Univers tout entier, mais les travaux de l’astronome américain Edwin Hubble nous ont permis de découvrir qu’il existait d’autres galaxies dans l’univers ( 66) . Non seulement il en existe d’autres, mais il en existerait 2000 milliards d’autres selon de récentes découvertes.
Selon la science sur les origines de notre Univers, les lois de la nature ont amené les étoiles à se former depuis la soupe cosmique originelle faite principalement d’hydrogène et d’hélium. Les fusions nucléaires au sein des étoiles ont permis de créer l’ensemble des éléments connus. À la fin de leur vie, ces étoiles rejettent ces nouveaux matériaux, parfois en explosant sous forme de supernovas. C’est à partir de ces nouveaux éléments que notre système solaire se serait formé.
C’est avec quelque 250 minéraux provenant de cette poussière de supernovas *, par le biais de la formation et de l’agrégation d’astéroïdes que les premières phases de construction ou développement de la Terre ont débutées ( 26) . Selon les cosmologistes, l’Univers pourrait dater de 13,8 milliards d’années et la Terre d’environ 4,55 milliards d’années ( 15) .
 
L’origine de la vie sur Terre 
On ne sait pas avec certitude où la vie est apparue, ni trop comment exactement, bien que l’on situe généralement le début de la vie autour d’il y a 3,6 milliards d’années ( 124) , alors que les formes plus complexes de vie sont apparues il y a environ 550 millions d’années ( 49) .
Les premiers balbutiements du vivant ne sont pas nés de rien, mais s’inscrivent dans une continuité de l’évolution cosmique qui nous relie aux étoiles, incubateurs des atomes de nos molécules . Comme le propose Choppra (2012) ( 26) tous les atomes des organismes vivants ont pour origine une supernova qui a explosé et de gaz interstellaires. Issus donc en quelque sorte de poussière céleste comprenant, entre autres, le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et l’azote.       
Les premières formes de vie sont les procaryotes *, des organismes unicellulaires dépourvus de noyau contenant de l’ ADN* (Acide désoxyribonucléique). C’est l ’ ADN formé de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et de phosphore, tous des éléments nécessaires aux organismes vivants, qui constitue l’élément clé de la vie. L’origine de la vie est issue de la « soupe chimique » des océans de la Terre ( 25) .
Commence alors le lent processus de création des protéines et des nucléotides, le développement du code génétique et l’apparition des mutations et de la sélection naturelle ( 46) .
Durant quelque 550 millions d’années d’évolution, la vie s’est graduellement développée sous diverses formes, débutant par la cellule simple puis plus complexe (vie multicellulaire) conduisant à des organismes de plus en plus complexes (insectes, poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux, mammifères) pour finalement aboutir aux primates ( 92) . Les premiers vertébrés à pattes ont eu pour ancêtres des poissons il y a 380 millions d’années ( 28) .
C’est principalement par l’entremise des changements dans l’environnement que de nouvelles espèces n’ont cessé de se former. Les principaux changements dans l’environnement furent : la concentration d’oxygène dans l’atmosphère, les changements de température et du niveau marin, la fragmentation des continents ( 76) .
À la période cambrienne, la vie envahit progressivement le milieu terrestre à partir des océans. Ce processus se réalisera sur une durée de 250 millions d’années. Pourquoi certains poissons et vertébrés marins quittent-ils les océans ? L’une des explications possibles serait une question de survie, à cause de la surpopulation et du besoin de trouver de nouveaux territoires pour augmenter les chances de survie ( 124) .
S’élaborent des générations de millions d’ espèces* , leur développement et leur extinction, jusqu’à l’apparition des hominidés* il y a 10 millions d’années ( 46) .
La vie implique aussi un autre élément important, le hasard. C’est ce dernier qui est la source même de la variabilité sur laquelle s’exerce la sélection naturelle *. Plusieurs auteurs et scientifiques soulignent le rôle important du hasard dans la création de l’univers et dans l’apparition de la vie sur terre. Considérons le rôle du hasard comme une hypothèse et non une certitude.
La vie implique également une capacité de mémoire pour stocker l’information acquise au fil des générations. C’est ce que fait l’ADN, cette longue molécule * située dans le noyau de chacune de nos cellules. L’enchaînement des nucléotides de l’ADN contient en effet l’information pour construire les constituants de base de la cellule, les protéines ( 170) .
Les organismes vivants, en plus de leur capacité à se reproduire et à muter, possèdent en permanence un milieu interne qui les protège de l’extérieur par une barrière. Des plus simples aux plus complexes, ils n’ont pu survivre qu’en maintenant ce milieu interne à l’abri des agressions de l’environnement. L’organisme vivant est une « machine homéostatique * » dont le métabolisme * est assuré par des processus complexes acquis génétiquement et présents dès les formes les plus simples des cellules eucariotes. * Ces mécanismes se retrouvent sans grands changements fondamentaux tout au long de l’échelle des organismes vivants ( 7) , ( 37) .
L’activité des organismes fait intervenir d’énormes quantités de cellules présentant une activité électrique et chimique complexe et des « cartes » qui reçoivent des signaux provenant des entrées sensorielles et en envoient aux sorties motrices. Ces structures sont continuellement soumises à des modifications électriques et chimiques, engendrées, entre autres, par les mouvements de « l’animal », et en suscitent d’autres à leur tour. Ces mouvements sont eux-mêmes conditionnés par la forme et la structure de l’animal et ils aboutissent à des comportements. Tout cela découle de l’évolution, c’est-à-dire de l’action de la sélection naturelle durant des centaines de millions d’années ( 47).
 
L’évolution des organismes vivants et la théorie de Darwin
La théorie de Darwin décrit les divers développements des organismes comme un processus de sélection naturelle et d’évolution qui apporte des changements dans le patrimoine génétique qui se transmettent d’une génération à la suivante. Par ce processus la nouvelle génération présente plus de caractères favorables à la survie et à la reproduction que la précédente. À plus long terme, certaines espèces se modifient en adaptant leurs caractéristiques aux demandes de l’environnement .
Il semble que la question de la demande de l’environnement ne soit pas le seul processus qui favorise l’évolution de l’organisme, il faudra être prudent sur cette question. En effet, De  Panafieu  (2008) ( 41) rapporte que les différences entre les animaux, dans la théorie de Darwin, apparaitraient par hasard, sans nécessairement avoir une relation avec leurs besoins. Ce serait plutôt les gènes qui se modifient par des mutations, c’est-à-dire des variations qui surviendraient par hasard. Celles-ci se révèleraient ensuite favorables ou non aux individus.
Dans la perspective théorique de Darwin, les animaux insuffisamment forts, ou astucieux pour trouver la nourriture nécessaire, ou encore pour se défendre contre les prédateurs, meurent avant d’avoir pu transmettre leurs caractéristiques génétiques inadaptées. Ainsi, ceux qui ont survécu, ceux qui étaient mieux adaptés à l’environnement ont eu une progéniture apte à gagner la compétition dans la génération suivante, qui s’est alors améliorée ( 92) . Ceci s’explique par le fait que c’est l’ensemble des solutions réussies et conservées que mémorisent, sur le long terme, les gènes de l’espèce ( 7) .
Même si l’évolution a permis de créer des organismes de complexité croissante, ceux-ci ont en commun certains mécanismes : des molécules qui créent de l’énergie, qui transportent des aliments, se reproduisent, réagissent à des stimuli, transmettent des messages, construisent et réparent la structure de leurs cellules ( 92) .
Le propre de la vie est de se développer sans cesse, et ce, en fonction des sources d’énergie disponibles et des résistances du milieu. Chaque type d’organisme explore en continuité son environnement sur un mode d’essais et erreurs.
Dans sa globalité, le milieu naturel est constitué d’un enchevêtrement de particules et de forces et chaque espèce, en interagissant avec son milieu, se construit une niche de survie dans cet environnement propre. L’organisation corporelle composant cette espèce est à la fois le produit et l’agent constructeur.
Au dire de Choppra (2012) ( 26) il convient d’être prudent dans l’utilisation du Darwinisme pour comprendre l’évolution des espèces, car le Darwinisme a évolué avec le temps et les travaux de recherche. À l’heure actuelle, pas moins de onze réinterprétations et modifications sont concurrentielles. Les théories modernes de l’évolution ont pris le nom de « néodarwinisme » ou de « théorie synthétique de l’évolution » ( 101) .
À ce sujet, Choppra (2012) ( 26) poursuit son analyse et indique qu’on a pensé à tort que la théorie de l’évolution de Darwin avait pour seul principe la lutte violente pour la survie qui ne donnait de chance qu’au plus fort et au plus apte et qu’il était alors normal que les mâles dominent les plus faibles. Conserver cette seule vision de l’évolution impliquerait de ne pas tenir compte du fait que l’ Homo sapiens a évolué au-delà de la simple survie par l’adaptation.
Pour certains chercheurs, il n’y a pas seulement la quête de la domination dans le processus de l’évolution de l’espèce humaine, il y a aussi la coopération. Pour les scientistes « collectivistes », l’évolution s’appuie autant sur la coopération que sur la compétition ( 26) , ( 30) . Par exemple, nous cultivons la nourriture les uns pour les autres, nous soignons les faibles et ainsi donnons autant de chances de transmission à leurs gènes qu’à ceux des plus forts. Ces tenants du collectivisme affirment que le mécanisme universel de Darwin a cessé de s’appliquer à notre cas, au moment où notre espèce a appris à préserver ses gènes, même ceux qui sont récessifs, contre les attaques de la nature ( 26) . Selon eux, la concurrence et la coopération, l’égoïsme et l’altruisme peuvent coexister ( 92) .
Personnellement je ne suis pas à l’aise avec une approche « réductionniste » de cette loi de la sélection naturelle qui détermine, jusqu’à un certain point, la survie de l’organisme et qui pour certains se résume à « les Gros poissons mangent les petits poissons » ou encore « que les meilleurs gagnent ». Malgré cette tendance naturelle, d’autres forces importantes viennent orienter l’évolution de notre espèce, soit l’éducation, les valeurs culturelles, les politiques sociales et démocratiques. Ces facteurs de l’environnement jouent un rôle important et peuvent assurer la protection des plus démunies, des plus pauvres, des plus faibles. Nous aborderons cet aspect dans les chapitres sur l’environnement. Mon point de vue rejoint d’autres chercheurs dont celui de Choppra (2012) ( 26) lorsqu’on mentionne qu’il n’y a pas seulement la quête de la domination dans le processus de l’évolution de l’espèce humaine, il y a aussi la coopération et l’altruisme ( 92) .
 
De l’origine de l’Univers à celle de la vie, nous allons aborder l’origine plus spécifique de l’espèce humaine et son évolution dans le chapitre suivant.
 
 
Points clés Il est important de comprendre que l’origine de l’Univers, malgré les grandes découvertes de la science, reste encore mal connue. À ce jour, le modèle reconnu sur l’origine de notre univers est le Big Bang, cependant cette théorie du Big Bang n’explique pas tout. Notre Voie Lactée fait partie de milliards d’autres galaxies. Il faut prendre avec certaines réserves les diverses dates avancées sur l’origine de l’Univers et de la vie. Les chercheurs, selon leurs théories, ne s’entendent pas nécessairement. La théorie de Darwin, malgré certaines faiblesses, reste la plus reconnue pour expliquer le processus d’évolution des espèces. L’évolution a permis de créer des organismes de complexité croissante qui ont en commun certains mécanismes : des molécules qui créent de l’énergie ; qui transportent des aliments ; qui se reproduisent ; qui réagissent à des stimuli et transmettent des messages ; qui construisent et réparent la structure de leurs cellules. L’évolution des espèces ne se fonde pas seulement sur la quête de la domination, il y a aussi la coopération.
 
Chapitre 2
Origine de l’espèce humaine 5 et son évolution
 
Nous sommes avant tout des Homo sapiens, composés de parcelles de l’univers

Albert Jacquard expliquait que la meilleure définition de la singularité humaine était qu’un être humain, c’est un morceau d’univers, constitué des mêmes protons, neutrons et électrons, mais qui est capable de penser que demain existera. ( 104)
 
Dans ce chapitre, nous abordons : L’évolution de l’espèce humaine L’évolution de notre espèce selon le Darwinisme Les traces de notre animalité L’espèce humaine : comparaison avec d’autres animaux La singularité des humains : qu’est-ce qui nous différencie des autres animaux ? La singularité des humains : le cerveau humain, une machine à idées 
***
Suite au Big Bang et à l’origine de la vie sur terre, se produit l’évolution des espèces, plus particulièrement la nôtre, l’ Homo Sapiens. Les scientifiques utilisent différentes sources empiriques pour étudier l’évolution des espèces : l’étude du comportement des animaux (éthologie) particulièrement les grands singes ; l’étude neurophysiologique du cerveau en analysant les différentes couches du cerveau en lien avec le développement de l’espèce ; l’étude du développement des enfants et enfin tout le matériel archéologique, anthropologique (particulièrement les fossiles crâniens pour l’évolution de la conscience) ( 55) .
 
L’évolution de l’espèce humaine 6
Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Depuis toujours, l’être humain se pose ces questions à propos de ses origines et de sa place dans l’Univers ( 96) .
Comme il a été déjà fait mention, l’évolution 7 résulte, entre autres, de l’interaction entre la sélection naturelle et la sélection sexuelle . Elle s’applique à toutes les formes de vie, végétale, animale, bactérienne et explique l’origine de l’humanité. La sélection naturelle résulte de compétition pour la survie (que le meilleur gagne) alors que la sélection sexuelle se produit lorsque les mâles les plus aptes à se reproduire seront ceux qui réussiront le mieux à attirer les femelles par leurs « stratégies » multiples (couleurs, sons, cabrioles, etc.).
Pour certains chercheurs, l’évolution serait le fruit de concours de circonstances exceptionnel. Le processus d’évolution a eu lieu durant des millions d’années, quelque 7 millions pour l’humanité ( 49) .
En tant qu’être humain, la famille taxonomique à laquelle nous appartenons comme espèce s’appelle les hominidés* et notre sous-famille se nomme Homo , soit Homo sapiens* 8 qui fait à son tour partie d’une douzaine du genre homo. Les plus célèbres en dehors de la nôtre étant : Néandertal , Homo habilis 9 et Homo erectus , maintenant toutes disparues. Plusieurs de ces espèces ont pratiqué des activités caractérisant notre culture d’Homo sapiens  : utilisation d’outils, entretien du feu, sépulture des morts, etc. Les premières traces de sépultures remontent à cent mille ans ( 50) .
Picq (2010) ( 101) précise que les premiers Hommes : Homo habilis , Homo rudofensis et Homo ergaster seraient apparus il y a entre 2,5 et 1,5 million d’années. La conception traditionnelle d’une lignée d’hominidés comprenant Australopithecus afarensis , Homo habilis, Homo erectus et Homo sapiens a dernièrement été modifiée au gré de récentes découvertes. Nous devrions en effet y inclure certaines, voire toutes les espèces suivantes : Ardipithecus ramidus (4,4 millions d’années), Australopithecus anamensis (4,2 millions d’années), Australopithecus afarensis (4 millions d’années), Homo rudolfensis (2,5 millions d’années), Homo habilis (2,2 millions d’années), Homo ergaster/Homo erectus 0,9 million d’années) et, Homo sapiens archaïque ou Homo heidelbergensis (0,7 million d’années).
 
Dortier (2004) ( 44) indique que les premiers humains arrivent sur la scène il y a environ 2 millions d’années. Ils ont un gros cerveau, sont bipèdes, fabriquent des bifaces 10 , maîtrisent le feu, construisent des huttes et s’expriment dans un parler primitif, ce sont des Homos .
Chambon et coll. ( 2010) ( 27) nous invitent à revoir et à réinterpréter différemment notre vision de nos origines et de notre rapport avec les grands singes. Ceux-ci sont avec l’homme, des primates. Ils sont dépourvus de queue, dotés d’un cerveau volumineux. Six espèces les représentent aujourd’hui : les chimpanzés, les bonobos, les gorilles de l’est et de l’ouest, les Orangs-outans de Bornéo et de Sumatra.
Comme ils le font remarquer, l’expression « l’homme descend du singe » avec l’Homo sapiens dans le rôle de l’être évolué et le chimpanzé dans celui du modèle de l’ancêtre primitif et le mystérieux chaînon manquant demande à être révisé. D’après ces auteurs, il faut revoir le scénario de l’évolution qui présente à notre origine les singes et où l’un d’eux (le chaînon manquant) serait sorti de la forêt à la conquête de la savane et se serait redressé sur ses pieds, libérant ainsi ses mains afin de créer des outils toujours plus élaborés grâce à son cerveau toujours plus gros. Suivant cette théorie, c’est alors que l’homme était né.
Ce qu’il faut réajuster aux dires de ces auteurs, c’est que l’homme ne descend pas du singe, car il en est un lui-même et le chimpanzé ne serait pas notre ancêtre, mais notre cousin. Il y a de 5 à 10 millions d’années, l’homme et le chimpanzé avaient le même ancêtre qui donna naissance aux deux espèces ( 49) .
Actuellement, l’état des connaissances nous amène à considérer que deux cousins partageant un grand-père. Ce n’est pas un chaînon manquant, mais notre dernier ancêtre commun que cherchent maintenant les paléoanthropologues.
Les caractéristiques que nous partageons avec nos cousins ou nos frères d’évolution signifient que les fondements de notre humanité proviennent de notre dernier ancêtre commun qui vivait quelque part en Afrique il y a 7 millions d’années ( 101) .
 
L’évolution* de notre espèce selon le Darwinisme 11
Conformément à la théorie de l’évolution de Darwin 12 , l’évolution des espèces 13 serait le résultat à la fois de la compétition entre individus (sélection naturelle) et des modifications de l’environnement, qui agiraient toutes deux sur les fluctuations internes des populations ( 47) .
L’évolution se réalise également par le processus de mutation génétique qui modifie l’information contenue dans l’ADN de l’organisme. Une mutation est un événement assez commun qui modifie l’ADN de façon ponctuelle ou sur une plus grande échelle. Ces mutations sont relayées d’une génération à une autre et peuvent être positives, neutres ou négatives. C’est sur ces variations issues des mutations que la sélection naturelle agit afin de former des espèces qui s’adaptent mieux à leur environnement. Si la mutation est positive (bénéfique), l’individu porteur sera plus fort et plus apte à survivre et se reproduire ( 49) .
Le processus de sélection naturelle favorise la reproduction différentielle des individus et les dote, ainsi que leurs progénitures, d’avantages leur permettant de s’adapter aux modifications de l’environnement ou de concurrencer les autres individus de la même espèce ou d’une autre. La reproduction différentielle et l’ hérédité * augmentent la probabilité que les caractéristiques qui améliorent l’adaptation soient préservées ( 47) .
Pour le Darwinisme, c’est la compétition pour s’approprier les ressources qui fait en sorte que les individus les mieux adaptés survivent ( 49) . Cette lutte pour la survie est l’un des processus déterminant de la sélection naturelle, permettant aux individus les mieux adaptés (ou parfois plus chanceux) de parvenir à la maturité sexuelle et de se reproduire tour à tour. Elle fait en sorte également que les individus les moins aptes à survivre sont éliminés et donc ne transmettent pas leurs gènes n’ayant pas la possibilité de se reproduire ( 124) .
Il y a environ 10 000 ans, avec l’arrivée de la révolution agricole, une nouvelle forme de sélection est survenue, celle dirigée par les humains. Cette sélection s’appliqua d’abord par le choix des herbes aux plus grosses graines, les animaux les plus gros et les plus productifs afin de répondre à des besoins nutritifs. Par la suite, il y a eu dans l’élevage, les croisements afin d’assurer la meilleure descendance des espèces. Avec le temps, les humains se sont faits les agents de la sélection artificielle capable de rivaliser avec la sélection naturelle ( 49) .
 
Les traces de notre animalité
Lorsqu’on s’observe, il est possible d’identifier les traces de l’évolution de notre espèce, notre « animalité » qui sont encore bien visibles et sont les témoins de nos ancêtres. Par exemple, nous avons cinq doigts comme les premiers vertébrés d’il y a 350 millions d’années ; notre pouce est « opposable » et forme une pince lorsqu’il s’oppose aux doigts. Cette caractéristique nous la partageons avec tous les singes depuis plus de 50 millions d’années. Notre coccyx, os situé à l’extrémité de la colonne vertébrale, est le vestige de la queue de nos ancêtres singes qui vivaient il y a 25 millions d’années ( 41) .
Il est intéressant de découvrir comment notre corps a changé et nous a permis de nous adapter et d’évoluer avec le temps. Par exemple, le raccourcissement des bras, l’allongement des jambes et le basculement du crâne vers l’arrière nous ont permis de nous redresser. Les premiers hommes ont pu alors marcher puis courir sur les deux jambes. Les mains, qui n’étaient plus indispensables pour se déplacer, ont pu se consacrer à de nouvelles activités, comme la fabrication d’objets, la chasse ( 96) . Comme humains, nous nous sommes adaptés en utilisant le pouce opposable aux autres doigts de manière à faire de la main un meilleur outil, une meilleure arme ( 26) .
Le tableau 1 présente les différentes étapes de développement de l’univers, de la vie et de notre espèce.
Tableau 1. Synthèse : origine de l’univers, de la vie et de l’espèce humaine
13.8 milliards d’années
 
Origine de l’univers .  Il existe plusieurs centaines de milliards de galaxies dans l’univers. La nôtre, La Voie Lactée, est l’une des galaxies parmi elles.
 
4,6 (4,5) milliards d’années
Naissance de la Terre (41)  
 
 
3,4 ou 3, 8 milliards d’années
Origine de la vie sur terre   Apparition des premières formes de vie. Varie selon les auteurs entre 3,4 et 3,8 milliards d’années (25) (41) (96)
 
350 millions d’années
Premiers vertébrés (41)
 
 
12 millions d’années
Origine de l’espèce humaine
L’homme n’est qu’un grand singe comme les autres parmi les hominoïdes anciens (27)
 
2 millions d’années
Homo apparaît .
Il existerait plusieurs types d’Homo  à la même époque (96) .
 
200 000 120 000 années
Homo sapiens
D’autres « humanités » ont existé. Notre espèce (sapiens) aurait vu le jour sous sa forme moderne il y a 120 000 ans (101) .
 
40 000 30 000 ans
Néandertal (96)
 
Le tableau 2 présente l’évolution des formes de vie à travers le temps. L’on observe le long et lent processus d’évolution et de construction des organismes à partir des invertébrés marins jusqu’aux Hominidés ( 78) .
Tableau 2. Échelle du temps (millions d’années) et des formes de vie ( 49)
Invertébrés marins
545
Poissons
438 - 408
Amphibiens
360 - 206
Reptiles
245 - 144
Mammifères
66,4 – 23,7
Hominidés
5,3 millions 10 000 ans
 
Le tableau 3 présente notre carte d’identité comme Homo Sapiens
Tableau 3. La carte d’identité de l ’Homo Sapiens ( 44)( 101)
Embranchement
Vertébrés
Classe
Mammifères
Ordre
Primates premiers – parmi les Archonta (chefs)
Sous-ordre
Anthropoïdea
Famille
Hominidés 14 grands singes africains – gorilles, chimpanzés, bonobos et hommes
Genre
Homo
Espèce
Homo Sapiens
 
La singularité des humains : qu’est-ce qui nous différencie des autres animaux ?
Il est surprenant de constater que la question « qu’est-ce que l’humain ? » est fort récente. En paléoanthropologie * 15 , elle n’a qu’une quarantaine d’années ( 101) .
Malgré le très grand nombre de travaux de recherche sur les origines de l’espèce humaine 16 , il est surprenant de constater que les chercheurs ont de la difficulté à définir ce qu’est l’humain. Qu’est-ce qui le distingue vraiment des autres espèces comme les grands singes ? Plus les recherches avancent, moins les différences avec d’autres animaux sont évidentes. Comme espèce, nous sommes avant tout un primate humain. Ainsi, le concept d’humain est loin d’être facile à bien caractériser ( 101) .
Pour Ferry et Vincent (2000 -11) ( 50) , la plupart des biologistes considèrent que l’humain n’est, du point de vue de la science à tout le moins, qu’un être de nature, un animal parmi d’autres. Mais, doué de facultés exceptionnelles comme le langage, un rapport original au temps, aux valeurs, à l’éthique.
Lorsque j’ai débuté ce projet d’étude sur ce qui nous caractérise comme humain, je croyais qu’il serait assez simple de distinguer l’humain des autres animaux, des autres grands singes. J’avais la conviction que le langage, la cognition, la pensée et la conscience seraient tous des éléments permettant de bien nous distinguer. Je me suis rendu compte que plus la science avance en découvertes et plus il devient difficile de vraiment bien nous distinguer et lorsqu’on fait des distinctions, rarement il est possible d’en expliquer les processus. Il semble donc que c’est dans des subtilités que la recherche doit s’orienter pour trouver ce qui vraiment nous distingue.
Malgré tout, t ous ces critères qui fondent l’humain restent préservés, mais ils sont plus ou moins partagés avec les grands singes ( 101) . Ce sont là les fondations communes de nos comportements, à partir desquelles s’est construite notre humanité.
Il reste beaucoup à découvrir sur la singularité de l’être humain. La réponse à la question « qu’est-ce que l’humain ? » est loin d’être satisfaisante.
Alors, qu’est-ce que le propre de l’humain ? Peut-être est-ce justement sa capacité à poser cette question, comme c’est le cas de cet ouvrage, qui cherche à décrire le monde qui nous entoure afin d’y comprendre la place qu’on y occupe ( 129) .
Au cours des décennies de recherche, on a tenté de différencier l’espèce humaine des autres animaux en la caractérisant de diverses façons : par la bipédie, par l’utilisation des outils, par son gros cerveau et par le langage et la culture. Regardons ce qui en est de chacune de ces composantes.
 
L’homme c’est la bipédie
Il marche sur deux jambes, ses bras et ses mains sont libérés pour utiliser des outils. De pouvoir être ainsi redressé sur ses pattes d’en arrière, lui a permis d’améliorer son champ de vision, de mieux voir venir les prédateurs et de mieux observer les proies à capturer ( 124) . La bipédie a favorisé d’autres avantages : le développement du cerveau 17 , car en étant redressée, la colonne vertébrale peut supporter un crâne plus volumineux et la libération des mains ( 15) , ( 129) . Hancok (2015) ( 62) ajoute que même si les grands singes sont aussi bipèdes, seul l’homme pratique la bipédie exclusive et lui seul peut parcourir de longues distances debout. Contrairement aux grands singes, sa position est vraiment rectiligne et tout son squelette est structuré à cette fin.
 
L’homme c’est son gros cerveau
Il est intelligent. Ce qui fait de lui un Homo sapiens , qui signifie « l’homme sage » ou « l’homme qui sait ».
Le cerveau humain est exceptionnellement gros, il pèse en moyenne 1,3 kg alors que celui des chimpanzés pèse environ 500 g. L’évolution du volume du cerveau s’est faite durant 4 millions d’années. L’ Australopithèque avait un cerveau de la grosseur des chimpanzés actuels, celui de l’ Homo erectus avait doublé, puis a continué à grossir jusqu’à l’ Homo sapiens ( 49) .
Avec ce gros cerveau et particulièrement son néocortex développé, l’être humain a cette capacité d’avoir des représentations mentales indépendamment de la présence de tout stimulus externe ou la présence de l’objet comme c’est le cas chez la plupart des autres animaux. Ce serait une des caractéristiques des humains par rapport à l’intelligence animale.
La question de la grosseur du cerveau de l’humain en comparaison avec les autres animaux doit être regardée avec prudence. Il faut considérer le poids du cerveau en relation avec la taille de l’animal. De plus, la question des quantités de circonvolutions dans le cerveau (ensemble de replis sinueux du cortex cérébral) joue un rôle important. Martinoli (2016) ( 85) considère que la grosseur du cerveau est peu valide ; Neantherdal avait un cerveau 10 % plus gros et les recherches sur les dauphins, soulignent qu’ils ont un cerveau plus gros que le nôtre et que les représentations mentales sont présentent.
Dans la même ligne de pensée, Ferry et Vincent (2000) ( 50) considèrent que la taille du cerveau ne suffit pas, la différence vient chez l’humain du développement des aires cérébrales dites associatives qui occupent plus des deux tiers de la partie superficielle du cerveau, le cortex. De plus, l’humain se distingue de l’animal par le nombre plus élevé de cellules nerveuses et la richesse de leurs interconnexions et par la richesse extraordinaire et l’abondance de ses représentations ( 44) , ( 50) .
Plus la recherche se raffine, plus nous constatons que les grands singes, les chimpanzés entre autres, partagent plusieurs capacités qu’on croyait être les seuls à posséder. Ainsi, une forme d’intelligence existe chez les singes (entre autres les chimpanzés). Ils possèdent l’aptitude à la résolution de problème, à catégoriser, à forger des représentations, des capacités numériques et même l’existence d’une forme de conscience de soi. De plus, ils peuvent utiliser des outils, se transmettent des savoir-faire. Köhler (1917) ( 160) soutient que pour résoudre un problème, le primate s’interroge, réfléchit, imagine une solution qui peut être suivie d’une soudaine intuition « l’insight ».
 
L’homme c’est l’outil
Grâce à sa bipédie, il peut fabriquer et utiliser des outils. La libération des membres supérieurs lui a permis comme chasseur d’être plus efficace et de transporter les enfants, la nourriture, les outils dans des lieux sécuritaires ( 124) . La fabrication des outils s’est raffinée avec le temps. Avec Homo erectus , les outils se spécialisent ; ils sont façonnés, retouchés pour finalement se miniaturiser avec les derniers Homo erectus et les premiers sapiens. Ils sont devenus légers, facilement transportables ( 50) .
La fabrication des outils a longtemps été considérée comme un trait attribué aux humains, cependant, plus les scientifiques en apprennent sur les primates, plus cette habileté devient moins spécifique à l’humain. Il est maintenant connu que les chimpanzés et les gorilles se servent beaucoup des outils, mais ils ne les construisent pas. Bocquet (2015) ( 12) appuie ces dires et rapporte que les grands singes ont poussé l’aptitude à utiliser les outils plus loin que les autres animaux, ce qui révèle leurs capacités cognitives exceptionnelles. Les travaux de recherche démontrent que ces savoir-faire sont transmis par la mère aux petits. Ce ne serait pas inné, mais acquis par le processus d’imitation et d’éducation. Bien sûr, les humains développent et se servent des outils d’une façon beaucoup plus créative et innovatrice comme aucune autre espèce ( 49) .
 
L’homme c’est le langage.
Il parle un langage articulé et symbolique. Vincent (2010) ( 139) souligne que l’homme se distingue bien de l’animal par le fait qu’il parle et que le langage est un support à l’organisation sociale. Au dire de cet auteur, la société humaine serait fondée essentiellement sur des liens entretenus par le langage et ses supports cérébraux qui sont le produit de l’évolution. Mlodinow (2012) ( 92) poursuit dans le même sens en précisant que l’être humain a habilement développé des capacités de langage, ce qui lui a facilité les interactions sociales et permis la transmission du savoir d’une génération à l’autre et ainsi favoriser la survie de l’espèce. Noam Chomsky, le célèbre linguiste du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, mentionnait dans une entrevue que le langage humain était la caractéristique distinctive essentielle de l’être humain. Selon lui, il n’y a rien de comparable chez les animaux. Ledoux (2003) ( 78) est du même avis en précisant que la structure de la cognition autour du langage confère au cerveau humain ses qualités uniques.
De son côté, Edelman (2008) ( 47) explique qu’au niveau du langage chez l’humain, il existe des structures spécialisées héréditaires qui y sont associées entre elles. Conformément à cette théorie, lorsque les hominidés sont devenus bipèdes, des modifications sont intervenues dans la structure de la base de leur crâne. Le processus d’évolution aurait fourni un élément anatomique propre aux humains, le tractus, ou chambre supralaryngée. Avec ce tractus se sont développés les cordes vocales, la langue, le palais et les dents qui ont permis une meilleure régulation du flux d’air sur les cordes vocales. Ceci a favorisé la production de sons et de phonèmes.
Ce chercheur précise que certaines caractéristiques en lien avec le langage sont propres à l’humain, ce sont les modifications morphologiques des points d’insertion des muscles de la mâchoire dans le crâne, l’augmentation du volume crânien, l’apparition d’une chambre supralaryngée contenant des organes vocaux, et la partie du cortex cérébral appelé le planum temporal.
Fellowes et Battey (2015) ( 49) ajoutent que deux éléments sont essentiels pour le développement du langage chez l’humain, la capacité physique d’entendre et d’émettre des sons. L’évolution de changements anatomiques associés au langage s’est observée au départ chez l’Homo erectus avec une colonne vertébrale élargie qui offrait possiblement un meilleur afflux d’air, puis chez les Néandertaliens l’apparition de l’os hyoïde. Il semble que l’appareil vocal humain serait alors apparu il y a environ 450 000 ans. L’autre élément essentiel au langage est le développement de l’appareil auditif où les humains sont les seuls primates capables de percevoir des fréquences sonores de 4 kHz 18 .
Du côté animal, l’apprentissage du langage à des grands singes nous montre à la fois leurs capacités et leurs limites dans le maniement des signes symboliques. En général, les chercheurs s’entendent sur le fait qu’il existe un fossé entre la communication linguistique des singes et le langage humain. Les singes ont un larynx qui ne permet pas la vocalisation des sons complexes ( 85) . De plus, l’une des différences fondamentales réside dans le langage utilisé par les singes qui se situe toujours dans le cadre d’une interaction entre une demande concrète et la réponse à cette demande (exemple : veux boire, bébé pleure). Le singe n’exprimera jamais l’émerveillement ou une interrogation. Il manque quelque chose aux chimpanzés pour accéder à notre monde mental et c’est ce quelque chose qu’il nous faut maintenant découvrir ( 44) . Par contre, Bocquet (2015) ( 12) indique qu’on a découvert des formes lexicales et syntaxiques chez les grands singes, accompagnées d’intentionnalité. Ceci laisse supposer que les grands singes ont peut-être eux aussi développé des formes évoluées de langage.
 
L’homme c’est la culture
Pour l’anthropologie, l’homme c’est la culture 19 . Il existe de nombreuses définitions de la culture, pour sa part, Dortier, 2004) ( 44) la définie comme l’ensemble des mœurs, de l’éducation, des valeurs, qui permettent à l’humain d’accéder à la pleine humanité.
On a aussi défini l’homme, par sa capacité d’être conscient, par ses facultés d’apprentissage, son intelligence, sa vie en société, sa liberté, etc. Aux yeux de Dortier, aucune de ces réponses n’est totalement satisfaisante aujourd’hui suite à la révolution scientifique en cours concernant la recherche sur nos origines (l’ éthologie *, la paléontologie *, les neurosciences, la psychologie). Il arrive même d’émettre l’hypothèse que les grands singes pourraient, dans leurs complexes interactions sociales, avoir des comportements pouvant être interprétés comme de l’altruisme, de l’empathie 20 et que ce ne serait pas des comportements innés ( 79) . De Wall (2015) ( 42) soutient que le chimpanzé a de nombreuses capacités de base qui contribuent à la morale, comme l’empathie, le sens de l’équité, le sens des règles sociales.
Finalement, faisons le point sur ce qui nous distingue nous les humains des autres espèces, particulièrement des grands singes. Force est de constater que nous partageons avec nos cousins les plus récents, l’immense majorité de notre matériel génétique. Nous identifions, les petites bifurcations qui se sont produites au cours du temps : comme la bipédie, le grossissement du cerveau, l’émergence des facultés d’apprendre, de transmettre la connaissance, de représenter des idées. Ces bifurcations se sont distribuées sur plusieurs millions d’années. Pour Hancok (2015) ( 62) les phylogénéticiens s’accordent pour avancer que les lignées de l’homme et du chimpanzé se sont séparées, il a environ 7 millions d’années.
Puis vient la grande question, celle de l’« esprit » venant se loger dans cette longue évolution ( 125). Alors, finalement, qu’est-ce qui rend les humains si singuliers par rapport aux autres animaux ? La réponse est très difficile, plus difficile qu’elle l’était il y a quelques décennies .
De nombreux spécialistes (zoologistes, évolutionnistes, naturalistes, éthologues, spécialiste de la psychologie animale) qui font des études comparatives entre l’être humain et les grands singes, que ce soit au niveau de leurs gènes, de leurs capacités cognitives, de leur anatomie, en arrivent au constat d’une continuité des multiples structures ( 101) . Ce qui auparavant constituait d’une façon évidente le propre de l’humain, tel : la bipédie, l’outil, la vie sociale, le partage de la nourriture, la chasse, etc., les grands singes les partagent en grande partie ( 101) . Tout ce qu’on avait cru être le propre de l’humain a perdu petit à petit de son sens ( 101) .
On a observé que même la conscience de l’autre, la capacité à deviner ses intentions, plusieurs mammifères en disposent. Ainsi donc, l’intelligence, le langage ou le maniement d’outils ne sont plus nécessairement des traits vraiment distinctifs de notre espèce humaine. De plus, on a cru longtemps que notre singularité résidait dans la complexité de notre génome, sauf que la recherche nous a révélé que nous partageons 90 % de notre génome avec la souris, et l’écart avec le bonobos n’est que de 2 % ( 44) . Hancok (2015) vient confirmer ces dires et précise que les estimations récentes avancent un pourcentage très élevé de partage de notre patrimoine génétique, soit 98,72 %. Concernant le petit pourcentage de différence, une équipe de généticiens californiens a identifié en 2012 un gène particulier présent uniquement chez l’Homo et qui donne à nos cellules nerveuses la faculté d’amplifier le nombre de points de contact entre elles. Ceci augmente la capacité d’apprentissage. ( 71a)
Toutefois, les études sur les grands singes ont bien démontré les limites de leur capacité d’abstraction ou de conceptualisation du monde. Jusqu’à preuve du contraire, la religion, l’art, les contes et les mythes appartiennent à l’univers humain. Aucune autre espèce ne sait apprendre, désapprendre, réapprendre, comme le réalise l’être humain.
 
La singularité des humains : le cerveau humain, une machine à idées 
À la suite de la synthèse des travaux de recherche dans de nombreuses disciplines qui étudient les origines et la singularité de l’être humain, Dortier (2004) ( 44) présente une nouvelle hypothèse sur l’origine de l’esprit humain. Cette nouvelle théorie 21 , il la nomme «  la machine à idées ».
Pour Dortier, ce ne serait pas tant le langage, la fabrication d’outils, la conscience ou encore la culture qui constituerait le « propre de l’homme », mais plutôt qu’il existerait un «  mécanisme mental » plus fondamental et unique à l’être humain et qui aurait permis leur émergence. Ce mécanisme relèverait d’une aptitude proprement humaine à produire un certain type de représentations mentales, que Dortier appelle les « idées » 22 .
Alors, le propre de l’homme est peut-être cette capacité de se représenter le monde en pensée, d’avoir en tête l’image d’une chose alors qu’elle n’est plus sous nos yeux, d’agir en étant orienté par une idée en tête ; d’inventer des histoires, de construire des machines, de dessiner et de peindre. De ce point de vue l’homme est une véritable « machine à idées ». Il peut fabriquer des outils, utiliser un langage sophistiqué, développer l’art et la culture, avoir de l’imagination et être créatif et finalement pouvoir réfléchir et être conscient ( 129) .
De Wall (2015) ( 42) va un peu dans le même sens quand il souligne que la capacité de l’être humain qui le distingue et qui le rend vraiment spécial, serait entre autres, de communiquer par des systèmes symboliques à propos du passé, de l’avenir et le maniement des concepts (la notion « d’idée » de Dortier).
Lledo (2014) ( 161) souligne que la singularité de l’être humain, de l’Homo sapiens est sa capacité de se projeter et de réfléchir en tant qu’individu ou en tant qu’organisme dans le collectif. C’est cette capacité de se projeter dans le futur qui le caractérise.
Finalement, Picq (2010) ( 101) indique qu’il y aurait deux écoles de pensée sur « l’humanisation », qui est ce passage de l’animal à l’humain. La première théorie conçoit que notre espèce aurait reçu une faculté unique (une conscience d’ordre supérieur) grâce à un phénomène de génération spontanée dont le hasard en serait à l’origine. La deuxième théorie prônée par Teilhard de Chardin stipule que chez notre espèce, il existerait une tendance interne à la vie qui mènerait inexorablement à l’état de conscience. Il me semble que Dortier (2004) ( 44) , lorsqu’il émet l’hypothèse qu’il existerait un «  mécanisme mental » fondamental et unique à l’être humain et qui aurait permis l’émergence de facultés spécifiques, il se situe dans la lignée de cette théorie de Teilhard de Chardin.
Même si l’on ne peut pas attribuer uniquement à l’être humain les caractéristiques comme la bipédie, la grosseur de son cerveau, l’utilisation des outils, le langage et la culture, il ressort de chacun de ces éléments, le fait que chez l’humain, ces caractéristiques sont plus performantes, plus raffinées et plus complexes. Que ce soit l’utilisation des outils avec le développement de la haute technologie ou le langage et la culture, rapidement l’être humain est devenu à mille lieues des autres primates.
C’est un fait qu’on découvre que plusieurs autres animaux comme les grands singes, les dauphins et bien d’autres animaux partagent avec nous les humains plusieurs caractéristiques, mais cela reste incomparable. Comme être humain notre capacité de réflexion, d’introspection et de conscience et de méta conscience ne se compare pas.
De cette évolution animale à notre espèce humaine, notre organisme s’est constitué à partir d’éléments biologiques fondamentaux. Voyons au prochain chapitre, de quoi nous sommes faits ?
Points clés Comme humain, nous appartenons à l’espèce qui s’appelle les hominidés et notre sous-famille est appelée Homo, soit Homo sapiens. Le chimpanzé n’est pas notre ancêtre, mais notre cousin et nous sommes maintenant à la recherche de notre dernier ancêtre commun. Il nous reste des vestiges de notre animalité qui sont encore bien visibles. Nous avons cinq doigts comme les premiers vertébrés ; notre pouce est « opposable » et forme une pince lorsqu’il s’oppose aux doigts, caractéristique que nous partageons avec tous les singes ; notre coccyx est le vestige de la queue de nos ancêtres singes. C’est par l’évolution des espèces que s’expliquent nos origines et cette évolution serait le résultat à la fois de la compétition entre individus, soit la sélection naturelle et des modifications de l’environnement. Malgré le très grand nombre de travaux de recherche sur les origines de l’espèce humaine, les chercheurs ont de la difficulté à définir ce qu’est l’humain, ce qui le distingue vraiment des autres « espèces ». Il semble qu’il faut surtout chercher du côté du raffinement du langage, de la culture, de la pensée et des niveaux de conscience.
 
 
Deuxième partie
 
L’Humain – éléments constitutifs
 
Nous avons une certaine compréhension concernant la naissance de l’univers et de la vie et aussi du processus d’évolution de notre espèce l’ Homo sapiens . Maintenant, de quoi cet organisme vivant qu’est le nôtre se compose-t-il ? Comment fonctionne-t-il ?
Afin de comprendre qui nous sommes, l’on doit minimalement savoir comment fonctionne notre organisme, cette usine biochimique qu’est notre corps et aussi le fondement de notre organisme, la génétique.
Parmi l’ensemble des organes et des systèmes de notre organisme, de notre corps, j’ai retenu ce que je considère de fondamental pour répondre à la question Qui sommes-nous, soit le système nerveux et le cerveau.
C’est essentiellement par le cerveau et ses mécanismes que nous pourrons mieux comprendre par la suite ce qui nous habite, à savoir, les motivations, les émotions, les valeurs, les croyances et la personnalité.
Cette deuxième partie aborde donc en premier lieu les éléments de base de notre organisme, puis le système nerveux ainsi que le cerveau

 
 
Chapitre 3
Les éléments de base de notre organisme humain De quoi sommes-nous faits ?


Notre corps est une usine biochimique

Nous sommes constitués d’un gigantesque réseau de coopération totale et permanente où chaque élément (cellules, organes, systèmes) de l’organisme assure son rôle propre tout en interagissant positivement avec l’ensemble ( 4) .
 
Dans ce chapitre, nous abordons : La cellule humaine : fondement de notre organisme Notre corps : une usine biochimique Les systèmes et les organes La génétique et l’hérédité
 
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On a constaté que durant des millions d’années d’évolution,  la vie s’est graduellement développée sous diverses formes, débutant par la cellule * simple pour finalement aboutir aux primates et à l’espèce humaine.
Notre corps se compose d’un ensemble de cellules qui à leur tour sont composées de molécules et d’atomes qui seraient issus d’une supernova qui a explosé et des gaz interstellaires (carbone, hydrogène, oxygène et azote). Chaque élément présent sur Terre se retrouve dans notre organisme (Oxygène pour 61 %, Carbonne pour 23 %, Hydrogène pour 10%, Azote pour 2,6 %, etc.) ( 20) . Le long processus de l’évolution de notre espèce a abouti à un organisme humain qui nous permet de vivre maintenant plus de 80 ans. Cet organisme est une usine biochimique des plus raffinée.
L’organisme humain est essentiellement composé de cellules, qui contiennent des chromosomes formés par l’ADN* ( l’acide désoxyribonucléique) , des lipides (les gras) et des protéines, qui ensemble forment les tissus. Sa structure est soutenue par le squelette (les os) et les muscles. Plusieurs systèmes différents lui permettent de fonctionner ( 110) .
 
La cellule humaine : fondement de notre organisme
Un être humain est composé en moyenne de cinquante à soixante milliards de cellules qui constituent l’élément de base de notre organisme ( 30) , ( 110) . La cellule, tout dépendamment de son type, a diverses fonctions : le transport de l’oxygène, le stockage de l’énergie, ou la digestion des corps étrangers ( 110) . L’autre élément fondamental de notre organisme est le matériel génétique qui se trouve enfermé dans le noyau de la cellule. La figure 1 présente les différents éléments qui composent une cellule.
 
Figure 1. La cellule humaine

 
 
Notre corps : une usine biochimique
Notre organisme, au niveau fondamental, fonctionne par des processus biochimiques. Ainsi, à l’échelle cellulaire, il y a des processus dynamiques qui impliquent des éléments comme les protéines, le glucose, le CO 2 .
On peut dire que chaque cellule fonctionne comme une mini usine chimique qui peut fabriquer en permanence 30 000 produits différents, de la molécule la plus simple à la plus complexe ( 4) .
Sans que nous en soyons conscients, des centaines de millions de réactions biochimiques ont lieu en permanence afin de répondre aux besoins de chaque fonction de l’organisme et pour assurer la coordination de ces différentes fonctions entre elles ( 4) . Chaque réaction biochimique répond à des principes très précis d’équilibre et de conservation ou de transformation de l’énergie. C’est ce qu’on appelle l ’homéostasie.
 
Les systèmes et les organes
Avec l’évolution, les organismes ont été dotés progressivement d’organes de plus en plus complexes capables d’assurer les grandes fonctions d’alimentation, d’excrétion, de reproduction, de fuite devant les prédateurs ( 7) . Le corps humain, comme c’est le cas de plusieurs autres animaux, est constitué de plusieurs de ces organes regroupés en systèmes* qui participent au maintien en vie de l’organisme. Ces grands systèmes avec chacun leurs organes soient : le système digestif, respiratoire – circulatoire (ou cardio-respiratoire), nerveux, endocrinien, excréteur, reproducteur, locomoteur, squelettique et musculaire, urinaire, lymphatique, tégumentaire et immunitaire ( 110) .
Ces organes sont commandés par des réflexes de base déclenchés par les stimuli. Des dispositifs de contrôle de la bonne exécution de ces fonctions ont été sélectionnés par l’évolution, notamment sous la forme d’échanges de messages chimiques. Avec l’évolution, un système immunologique s’est développé pour assurer la protection contre les invasions extérieures ( 7) .
Nous sommes constitués d’un gigantesque réseau de coopération totale et permanente où chaque élément (cellules, organes, systèmes) de l’organisme assure son rôle propre tout en interagissant positivement avec l’ensemble. Ainsi, des millions d’informations sont décodées en permanence pour permettre le fonctionnement de ces milliers de composés chimiques et maintenir les conditions de fonctionnement optimum du corps humain ( 4) . Le système nerveux, avec le système endocrinien qui sécrète des hormones dans le sang, réagit aux stimuli et exécute des réponses qui permettent de maintenir l’équilibre dans le fonctionnement de notre organisme. C’est ce qu’on appelle l’homéostasie * ( 84) . Fait à noter, les émotions font partie du processus d’homéostasie ( 37) .
J’ai pris conscience, pourtant je le savais, que notre organisme est composé de plusieurs systèmes (digestif, circulatoire, respiratoire, nerveux, etc.) et que tous ces systèmes travaillent en collaboration, chacun sa spécialité, mais aucun vraiment isolé. L’équilibre de notre organisme que l’on nomme, l’homéostasie est constamment « maintenue ».
Depuis longtemps en psychologie, en éducation ou en psychoéducation, les professionnels et les chercheurs ont adhéré à l’approche systémique. Personnellement, j’étais un peu réticent à la « surutilisation » de cette approche « systémique » craignant qu’on « s’éparpille » et que l’on soit en fin de compte moins efficace dans nos interventions. Quand un problème appartient à tout le monde, il risque de n’appartenir à personne.
Mes lectures sur le corps humain, le cerveau et ses composantes, sur l’interaction des systèmes et leur inter collaboration m’a fait réfléchir. Je me suis dit, la nature, les organismes vivants, agissent d’une façon efficace par l’interaction et la collaboration entre tous les systèmes. Et c’est efficace. Alors, j’en suis arrivé à penser que si la nature, les organismes vivants utilisent l’approche « systémique » et que c’est efficace, alors, en psychologie, en éducation et en psychoéducation ce devrait être une approche à recommander .
 
La génétique et l’hérédité
Le grand responsable de tous les mécanismes fondamentaux de l’ homéostasie , de la division cellulaire à la synthèse des protéines, c’est la molécule d ’acide désoxyribonucléique (ADN) . Lors de la division cellulaire, il y a formation de chromosomes à partir de l’ADN. Les chromosomes sont en effet la condensation de la molécule de l’ADN lors de la division cellulaire en structures semblables à un X. L’ADN 23 peut être considéré comme le code de la vie qui est au cœur des cellules ( 110) .
Cet ADN fonctionne de la même façon chez tous les êtres vivants (animaux, plantes et bactéries). Ce constat vient appuyer l’hypothèse que nous descendons d’un même ancêtre qui vivait il y a plusieurs milliards d’années ( 41) .
Notre héritage du patrimoine génétique humain est issu de la longue évolution de notre espèce. Les caractéristiques qui se transmettent d’une génération à une autre se nomment hérédité.
Dans le processus génétique, le gène * est un élément du chromosome qui est en rapport avec l’ADN d’un organisme qui contient les instructions de fabrication d’une certaine protéine * et encode celle-ci. Pour leur part, les protéines constituent la majeure partie de toute la structure des organismes et sont impliquées dans pratiquement toutes les fonctions des cellules et contrôlent tous les processus chimiques à l’intérieur des cellules. Le corps humain contient plus de cent mille protéines différentes, y compris certaines hormones, les enzymes, les anticorps et les molécules de transport comme l’hémoglobine (Mlodinow, 2012).
Le noyau de chaque cellule de notre corps contient 46 chromosomes, répartis en 23 paires dont la dernière porte la différenciation du sexe : les paires de chromosomes sexuels, soit XX chez la femme et XY chez l’homme. Ainsi XX produit un embryon fille, et XY un embryon garçon ( 1) .
On avait tendance à croire que la génétique (l’inné) pouvait expliquer facilement le développement d’une personne. Les travaux de recherche aidant, les chercheurs se sont rapidement rendu compte que ce n’était pas aussi simple. Si l’on prend l’exemple de la prédiction de la taille d’une personne dès son enfance, celle-ci s’est avérée beaucoup plus complexe que prévu, car le processus implique une vingtaine de gènes différents et de nombreux facteurs provenant de l’environnement. Aujourd’hui peu de scientifiques adhèrent au déterminisme génétique ( 26) .
L’un des facteurs importants qui remettent en cause le déterminisme génétique est l’importance que joue le rôle de l’environnement sur l’expression des gènes. Choppra (2012) ( 26) donne l’exemple où les choix de vie positive peuvent modifier l’expression de quelque 400 gènes d’une manière positive si nous mettons en pratique les mesures de prévention dans le domaine de l’alimentation, de l’exercice, de la gestion du stress et du sommeil.
La tendance actuelle est donc de n’accorder de la valeur à la contribution génétique (inné) que si l’on tient compte de l’apport de l’environnement (stimulation, éducation, apprentissage), soit l’épigénétique* 24 . Il est reconnu maintenant qu’il existe dans le bagage génétique des individus des prédispositions, des traits de personnalité, des vulnérabilités qui ont besoin de la qualité de l’environnement pour atteindre leur plein potentiel. L’on s’éloigne donc de plus en plus des grands débats «  inné*/acquis*  » pour aborder le sujet sous l’angle de l’interaction des systèmes. Évidemment, il existe des situations où la génétique est reconnue responsable en totalité d’une maladie. C’est le cas par exemple de la trisomie 21 qui s’accompagne toujours d’une déficience intellectuelle ( 104) . Ce qui est au cœur du débat de « l’inné et l’acquis », au dire de Ledoux (2003) ( 78) , c’est l’opposition entre instruction et sélection. Le « soi » (ce qui représente l’ensemble de la personne) est-il sculpté à partir d’un lot préexistant de choix synaptiques ou l’expérience intervient-elle pour instruire et compléter la base synaptique du « soi » ? La réponse de Ledoux est que l’environnement intervient aussi bien pour instruire que pour sélectionner la formation des connexions.
Certains diront que « l’humain » n’a presque rien d’humain en lui et que son « humanité », il l’acquiert au fur et mesure de son éducation, de son contact avec les autres humains. Ce serait la somme des effets de l’environnement et de ceux des gènes qui expliquerait le développement de notre personne ( 104) .
En résumé, cet organisme vivant, ce corps qui est le nôtre a intégré les vestiges de l’évolution pour aboutir à une « machine » des plus perfectionnée. Nous partageons avec d’autres espèces les mêmes bases biologiques, tels la cellule et tous ses mécanismes biochimiques, les grands systèmes physiologiques et les processus génétiques comme l’ADN. Cette belle « machine » humaine fonctionne à merveille et maintient son équilibre biologique par les mécanismes de l’homéostasie. Notre corps est la base, le fondement qui va nous permettre d’être pleinement humains.
Cet organisme biologique que j’ai présenté jusqu’ici est doté d’un système et d’organes qui jouent un rôle fondamental dans notre identité humaine, à savoir : le système nerveux et le cerveau. C’est ce que nous allons aborder dans les pages qui suivent.
 
Points clés Notre corps est composé des atomes et des molécules qui seraient issus d’une supernova qui a explosé et des gaz interstellaires (carbone, hydrogène, oxygène et azote). La cellule humaine est le fondement de notre organisme et au cœur de celle-ci l’ADN ( l’acide désoxyribonucléique) qui contient toutes les instructions permettant le développement et la survie de notre organisme. Notre corps est constitué de plusieurs organes regroupés en systèmes  : digestif, respiratoire – circulatoire (ou cardio-respiratoire), nerveux, endocrinien, excréteur, reproducteur, locomoteur (squelettique et musculaire) et immunitaire. Actuellement de la valeur est accordée à la contribution génétique (inné) que si l’on tient compte de l’apport de l’environnement (stimulation, éducation, apprentissage), soit l’épigénétique . Ainsi, le bagage génétique des individus qui comprend des prédispositions, des traits de personnalité, des vulnérabilités a besoin de la qualité de l’environnement pour atteindre son plein potentiel.
 
 
Chapitre 4
Le système nerveux 25
 
Notre système nerveux et le cerveau, chef d’orchestre de l’ensemble de notre organisme ( 104)

Nos émotions, notre pensée et nos comportements sont issus de notre système nerveux, plus précisément de notre cerveau et orchestrés par lui, grâce à des processus biopsychologiques ( 58) .
 
Dans ce chapitre, nous abordons : Le système nerveux L’activité synaptique
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Comme c’est le cas de la plupart des organismes vivants, particulièrement des mammifères, le système nerveux *, avec notre cerveau*, demeure le centre électrochimique gestionnaire de l’ensemble des activités de notre organisme.
 
Le système nerveux
Le système nerveux est le centre de régulation et de communication de notre organisme. Ce processus de communication se réalise par l’entremise des cellules nerveuses qui communiquent au moyen de signaux électriques rapides qui entraînent des réponses presque immédiates ( 84) . Le système nerveux constitue le principal réseau de communication et de contrôle du corps humain.
Ce système a pour rôle trois fonctions étroitement liées. Il est récepteur d’information par l’entremise de ses millions de récepteurs sensoriels. C’est par son intermédiaire qu’il y a réception de l’information qui se produit suite aux changements qui s’effectuent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’organisme (via les stimuli et le message sensoriel). Il traite et interprète le message sensoriel et détermine l’action à entreprendre après la réception de l’information. Enfin, il fournit une réponse motrice qui active des muscles ou des glandes (effecteurs) ( 84) .
Il est bon de préciser que le système nerveux n’est pas seul à réagir aux stimuli et à y répondre pour maintenir l’équilibre dans le fonctionnement de notre organisme, soit, l’homéostasie *. Il partage cette tâche avec le système endocrinien qui pour sa part sécrète des hormones dans le sang ( 84) et le système immunitaire, qui, lui, cordonne la réponse immunitaire à une agression. De plus, le système digestif, intestinal (système nerveux entérique) 26 qu’on nomme parfois le deuxième cerveau qui possède également des millions de neurones et qui se coordonne avec notre système nerveux autonome.
Nous possédons un seul système nerveux, mais pour faciliter sa compréhension, il est étudié à partir de son aspect structural qui comprend le système nerveux central (SNC) et le système nerveux périphérique (SNP).
 
Le système nerveux central (SNC)
Le SNC est formé de 100 milliards de neurones et se compose de l’encéphale * qui comprend le cerveau *, le cervelet *, le tronc cérébral * et la moelle épinière *. Le tronc cérébral est le prolongement de la moelle épinière qui par ses faisceaux nerveux relie le cerveau et le cervelet au reste du corps. Le tronc cérébral est considéré comme le trait d’union entre la moelle épinière et le cerveau ( 129) .
Le SNC est le centre de contrôle du réseau nerveux, de régulation et d’intégration des messages qui proviennent de l’ensemble du réseau nerveux. Il traite l’information sensorielle qui lui parvient et commande les mouvements des organes et des muscles. De plus, il traite les messages sensoriels qui proviennent de l’ensemble du corps et assure les activités psychiques et intellectuelles ( 110) . La figure 2 présente le système nerveux central et le tableau 4 présente les principales subdivisions du système nerveux central.
Figure 2 Système nerveux central
 

 
 
 
 
Tableau 4. Principales subdivisions du système nerveux central ( 140)

Le système nerveux périphérique (SNP)
Le système nerveux périphérique (SNP) est formé des nerfs issus de l’encéphale et de la moelle épinière. Ces nerfs sont des lignes de communication qui relient toutes les parties du corps en transmettant les influx des récepteurs sensoriels (les voies sensitives – afférentes) au SNC et de celui-ci aux glandes et aux muscles appropriés (les voies motrices – efférentes) ( 84) .
Les messages « sensoriels » passent par l a voie sensitive ou voie afférente (de la périphérie vers le centre) qui est formée des neurofibres qui transportent vers le SNC les influx provenant des récepteurs sensoriels disséminés dans l’organisme. La voie sensitive renseigne constamment le SNC sur les événements qui se déroulent à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisme. Suite au traitement de l’information par le SNC, le message « d’action » passe par la voie motrice ou voie efférente qui est constituée de neurofibres qui transmettent aux organes (muscles, glandes), les influx provenant du SNC et déclenche une réponse motrice. La voie motrice se divise en deux systèmes : le système nerveux somatique (volontaire) qui permet d’exercer une maîtrise, un contrôle conscient sur nos muscles squelettiques (souvent volontaire) et le système nerveux autonome (involontaire) qui gère les activités automatiques, involontaires (muscle cardiaque, glandes) ( 84) . L’action sur les organes viscéraux (cœur, poumon, foie…) et les glandes du corps est commandée d’une façon non consciente par l’intermédiaire du système nerveux autonome, qui se subdivise en deux systèmes et fonctionne par deux voies distinctes : le système sympathique, qui emprunte la moelle épinière et le système parasympathique, qui utilise en grande partie les faisceaux nerveux du nerf vague ( 84) , ( 110) .
 
Le système nerveux et l’activité neuronale et synaptique
Essentiellement, le système nerveux (central et périphérique) doit recevoir, traiter et répondre aux messages reçus de l’ensemble de l’organisme, le corps. C’est par l’entremise de l’activité neuronale et synaptique que le système nerveux réalise ces trois fonctions.
Les neurones et l’activité neuronale. À la base du système nerveux, nous retrouvons les neurones 27 . Ce sont des cellules nerveuses spécialisées dans la transmission des messages (influx nerveux) entre les diverses parties du corps (à d’autres cellules nerveuses, musculaires, glandulaires…) ( 110). Le corps cellulaire d’un neurone est impliqué dans des fonctions générales importantes comme le stockage de l’information génétique et la fabrication de protéines ou d’autres molécules nécessaires à la survie de la cellule. Les autres parties du neurone ce sont les extensions fibreuses appelées axone et dendrite qui seront activent dans l’activité synaptique. Les dendrites sont les voies d’entrées des signaux alors que les axones sont ceux des sorties des signaux. L’axone transmet les messages aux autres cellules ( 78) . On dit que les axones parlent et que les dendrites écoutent ( 86a) . La figure 3 présente les composantes d’un neurone.
Figure 3. Les composantes d’un neurone

Du point de vue de leurs fonctions, il existe trois types de neurones. Neurones sensitifs (afférents) qui transmettent l’influx des récepteurs sensoriels (la peau, les organes internes) vers les centres nerveux le SNC. Neurones moteurs (efférents) qui conduisent l’influx nerveux du SNC jusqu’aux viscères, aux muscles et aux glandes. Neurones d’association (ou interneurones) qui relient les neurones sensitifs et les neurones moteurs dans les voies nerveuses (c’est 90 % de tous les neurones du corps) ( 110) .
Le tissu cérébral est une forme de réseau étroitement enchevêtré qui réagit aux signaux électriques et chimiques. Il permet d’émettre des signaux dynamiques, en recevoir et y réagir. Ces signaux s’interinfluencent (les uns les autres) et ils influencent également l’action des autres organes du corps (cœur, poumons, muscles, glandes). Le cerveau est le centre de commande et avec ses signaux modifie notre façon de respirer, pomper du sang, de nous déplacer… ( 47) .
L’activité synaptique
L’activité synaptique est le processus de connexions entre neurones. C’est la majeure partie de l’activité du cerveau et cela s’effectue par le biais des transmissions synaptiques entre neurones et par le rappel d’informations codées au travers de transmissions synaptiques passées (en passant par la mémoire) ( 78) . Dans son livre Neurobiologie de la personnalité, Ledoux (2003) ( 78) répond ceci à la grande question,  Qui sommes-nous ? : nous sommes essentiellement nos synapses. Durant près de 500 pages Ledoux démontre du point de vue neurobiologique, ce que nous sommes.
Chaque neurone * se termine par un bouton terminal qui est séparé du neurone voisin par un mince espace, la fente synaptique. Cette jonction fonctionnelle est appelée synapse* (synapsus = liaison – point de jonction) ( 84) . Ainsi, le message nerveux passe d’un neurone à un autre dans cette région synaptique. Le signal, alors électrique, est converti en signal chimique pour que la transmission ait lieu. Dans cette activité synaptique, entre en jeu des neurotransmetteurs* qui sont libérés et au moment où ces molécules entrent en contact avec les récepteurs du neurone postsynaptique *, ceux-ci génèrent un autre signal électrique ( 110) , ( 86a) . Dans le corps humain, il y a au moins 10 000 milliards de synapses ( 129) .
Avec les signaux électriques, les neurotransmetteurs constituent le langage du système nerveux. C’est le code qui permet à chaque neurone de communiquer avec les autres afin de traiter et d’envoyer des messages dans le reste de l’organisme. Le sommeil, la pensée, la colère, la faim, la mobilité découlent de cette action ( 84) .
La transmission synaptique par les neurotransmetteurs agit en augmentant ou en empêchant la libération d’autres neurotransmetteurs ou en bloquant leur liaison aux récepteurs ( 84) . C’est sur cette action qu’agissent certains médicaments contre la douleur, l’anxiété, etc.
On a trouvé beaucoup de neurotransmetteurs différents dans le cerveau. Par exemple, une classe importante de cellules nerveuses libère un neurotransmetteur connu sous le nom de dopamine, elles s’activent immédiatement après que l’organisme a obtenu la récompense ( 85) .
Quand une cellule communique avec une autre, il y a trois étapes. Un influx nerveux arrive dans la terminaison nerveuse présynaptique. Cela entraîne la migration des vésicules vers le bord de la fente synaptique où elles vont déverser les neurotransmetteurs qu’elles contiennent. Les neurotransmetteurs dérivent au travers de la fente synaptique et vont se lier aux récepteurs de la cellule nerveuse postsynaptique (au niveau d’une épine dendritique). Si la synapse * est excitatrice, ceci va induire un influx nerveux dans la cellule postsynaptique.
Si la synapse est inhibitrice, la cellule postsynaptique deviendra moins active. Toutefois, chaque neurone est connecté (par des synapses) à beaucoup d’autres, de sorte que le comportement de la cellule postsynaptique dépend de la somme des effets de ses nombreuses entrées ( 53) .
Il existe deux processus différents et complémentaires dans l’activité synaptique. Un premier cas se produit lors de la communication avec les circuits nerveux via les systèmes sensoriels et moteurs, dans ce cas, la communication est très rapide en se déplaçant d’un point précis à un autre. Le deuxième cas concerne les humeurs et les états globaux du cerveau comme l’attention, le plaisir , le sommeil ou l’ anxiété , ici on observe que le processus synaptique est différent, en ce sens que les neurones projettent leurs axones de façon beaucoup plus diffuse dans le cerveau.
 
Grâce à notre système nerveux autonome la majorité des actions de notre organisme s’effectuent par des processus automatiques. C’est le cas de la respiration, de nos battements cardiaques, de l’activité des hormones dans notre corps. Tous les processus biologiques et physiologiques sont régularisés et permettent de maintenir notre organisme en équilibre, en homéostasie. Notre système nerveux devient en quelque sorte notre coéquipier et s’occupe des principales activités de notre organisme, ce qui nous permet de consacrer notre énergie, à réaliser des activités, à apprendre, à réfléchir et par moment à prendre le temps d’être conscience de ce qui se passe dans notre vie.
 
Dans le prochain chapitre sera abordé l’un des organes le plus complexe et le plus important de notre organisme et du système nerveux, soit le cerveau.
Points clés Nos émotions, notre pensée et nos comportements sont le produit de l’activité cérébrale. Ils sont issus de notre système nerveux et de notre cerveau. Le système nerveux est le centre de régulation et de communication de notre organisme. Son rôle comprend trois fonctions, soit recevoir l’information, la traiter et l’interpréter et fournir la réponse motrice qui active des muscles ou des glandes. Le système nerveux au niveau structural comprend le système nerveux central (SNC) et le système nerveux périphérique (SNP). Le SNC se compose de l’encéphale qui comprend le cerveau, le cervelet, le tronc cérébral et la moelle épinière. Le SNC est le centre de contrôle du réseau nerveux, de régulation et d’intégration des messages qui proviennent de l’ensemble du réseau nerveux. Il traite l’information sensorielle qui lui parvient et commande les mouvements des organes et des muscles. De plus, il traite les messages sensoriels qui proviennent de l’ensemble du corps et assure les activités psychiques et intellectuelles. Le SNP est formé des nerfs issus de l’encéphale et de la moelle épinière. Ces nerfs sont des lignes de communication qui relient toutes les parties du corps en transmettant les influx des récepteurs sensoriels (les voies sensitives – afférentes) au SNC et de celui-ci aux glandes et aux muscles appropriés (les voies motrices – efférentes). L’une des activités importantes du système nerveux est l’activité synaptique. Le processus synaptique avec les neurotransmetteurs agit en augmentant ou en empêchant la libération des neurotransmetteurs ou en bloquant leur liaison aux récepteurs. Cette activité synaptique permet au message nerveux de passer d’un neurone à un autre.
 
Chapitre  5
Le cerveau : partie 1 Ses principales structures
 
Notre cerveau contient l’ensemble de notre identité d’humain

Le cerveau est la structure la plus complexe que nous connaissons dans l’univers ( 47) .
Dans ce chapitre, nous abordons : Les neurosciences, la biopsychologie Le cerveau Les principales composantes de notre cerveau

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