Temps et devenir
109 pages
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Temps et devenir , livre ebook

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Description

Apprendre à le gérer, résister à son accélération, se consacrer aux autres : le temps est aujourd’hui au centre de nos préoccupations. D’un côté, le quotidien apparait toujours plus surchargé, surbooké, laissant peu de temps pour aller à l’essentiel. De l’autre, face à ce temps sous pression, l’existence se décline en choix, en projets et accomplissements devant permettre de vivre pleinement sa vie.
Comment, dans ce cadre, les devenirs se façonnent-ils dans les sociétés contemporaines ? À partir d’études de cas, cet ouvrage invite chacun à réfléchir sur son expérience du temps, quotidienne et au long cours.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 janvier 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304044379
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Temps et devenir
Sociologie de l expérience du temps

Hervé Levilain

Editions Le Manuscrit 2017
ISBN:9782304046915
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Sous la direction d’Hervé Levilain et Antigone Mouchtouris
 
Temps et devenir
 
Sociologie de l’expérience du temps
 
Collection Topos
 
Éditions Le Manuscrit
Dans la même collection
 
Remords et honte , Emmanuel Jovelin et Antigone Mouchtouris, 2016.
La nostalgie comme sentiment , Piero Galloro et Antigone Mouchtouris, 2016.
Temporalité et jugement social , Antigone Mouchtouris, 2014.
Éros et liberté. Trois essais de sociologie et d’histoire , Joëlle Deniot, Antigone Mouchtouris et Jacky Réault, 2014.
Actualité de la pensée Grecque , Antigone Mouchtouris et Panagiotis Christias, 2014.
Passions sociales , Bernard Valade, Antigone Mouchtouris et Éric Letonturier, 2013.
Actualité muséale. La temporalité d’un espace culturel , Antigone Mouchtouris, 2013.
La réception des œuvres : la temporalité de l’expérience esthétique , Antigone Mouchtouris, 2013.
 
Couverture ©Charles Dreyfus, Demain deux mètres , 1992
Collection Jan Hannerz, Stockholm, photographie Lotta Hannetz
Préface
 

 
Antigone Mouchtouris
Professeure de sociologie
Université de Lorraine
 
Traiter le temps comme un objet sociologique nous renvoie à deux aspects : l’un est celui qui représente le temps pour la société, l’usage social du temps ; l’autre nous conduit à la dynamique sociale, celle qui nous permet de comprendre l’évolution et la transformation sociale, c’est-à-dire le passage du temps d’un usage social à un indicateur qui influe sur la formation de la conduite humaine.
Sur le plan étymologique, le terme « temps » est issu des langues indo-européennes et a pour racine tem , du grec temno , qui signifie couper. Ainsi, le temps inclut en lui la notion de couper, séparer. On le représente comme une puissance de division et tout est ainsi achevé, coupé, séparé par lui. Cette définition du terme « temps » tempus/temporis a été utilisée ensuite dans la langue latine. D’autre part, dans la langue grecque, il y a également eu l’utilisation du terme chronos , faisant allusion au personnage fondateur de la cosmogonie grecque et signifiant celui qui possède le pouvoir du temps sur les hommes.
En effet, chronos signifie l’absence de stabilité, le passage où tout s’en va, car passé, présent et futur ne sont qu’en cessant d’être. D’ailleurs, dans les expressions populaires comme dans la chanson de Léo Ferré, « Avec le temps, va tout s’en va », le temps est considéré comme une puissance qui exclut et qui entraîne tout avec lui.
La notion du temps comme objet philosophique, nous la trouvons pour la première fois dans la philosophie grecque. L’éternité du temps cosmogonique, aίων , désigne chez Homère la force vitale. L’éternité aίωv est l’enfant du temps, selon Euripide. Pour Héraclite, ce terme désigne l’idée du temps infini.
De la même manière, pour Platon, selon qui le monde sensible est construit d’après un modèle intelligible conçu comme un « vivant éternel », le mot aίων désigne une force vitale, une vitalité inusable, qui se déploie dans une durée illimitée. De là est né le passage à la notion d’éternité. Les distinctions temporelles « était », « sera » sont nées de cette notion d’ aίων. Par exemple, dans Le Timée , œuvre de Platon, le philosophe la définit comme « l’éternité immobile ». Nous retrouverons d’ailleurs dans l’inscription gravée d’Éleusis qu’ aίων désigne « la nature divine comme demeurant toujours identique » et « ce qui est relatif au siècle et aux affaires humaines par opposition à ce qui relève du spirituel ». Il y a une séparation entre l’ aίων , l’éternel et le temps pour les êtres humains.
Le verbe « poésies » en grec signifie faire, fabriquer, action qui transforme. Il indique une continuité, et y est sous-jacente la notion du temps, une acceptation opératrice relative au temps – à la forme unifiant la conscience par l’accord du passé et de l’avenir à travers le présent.
Toute la force du monde grec ancien réside dans cette préoccupation constante de comprendre et cerner le mouvement. Tous les philosophes grecs se sont penchés sur ce thème. Les conceptions les plus connues sont celle d’Héraclite sur la continuité du temps et celle d’Aristote sur le mouvement /dynamique/ kinèsis.
Ces deux philosophes ont introduit le mouvement dynamique dans la temporalité. D’une part Héraclite, pour qui on ne peut pas s’immerger deux fois dans le même fleuve, signifiant par-là que le temps incarne, en quelque sorte, une aliénation. D’autre part Aristote, qui a défini le temps par le mouvement dynamique : l’être humain est « un être en acte, un être en puissance » .
La présence du temps sera marquée dans la mythologie grecque. L’ordre du Monde commence par la maîtrise du Chaos. C’est par la mesure du temps que la civilisation est née. La cosmogonie grecque l’a mis au centre de sa propre construction. L’architecture du monde est organisée par la division en jour et nuit.
La mère Gaïa a fait naître le ciel étoilé, ουρανοs. Le temps apparaît comme une puissance qui met de l’ordre. Chronos ou Cronos détrôna son père Ouranos, avec la faux que sa mère lui a donnée, en tranchant les testicules de son père qu’il jeta à la mer. Ensuite, il prit sa place au ciel et se hâta de faire sortir du Tartare ses frères, les Hécatonchires (les géants aux cent mains) et les Cyclopes, emprisonnés autrefois par Ouranos.
Une fois maître du monde, il épousa sa sœur Rhéa (dépositaire de la connaissance et du destin) qui lui prédit qu’il serait détrôné par l’un de ses enfants. Il engendrait et dévorait ceux-ci au fur et à mesure qu’ils naissaient. Rhéa, irritée de se voir ainsi privée de tous ses enfants, étant enceinte de Zeus, s’enfuit en Crète et accoucha en secret. Puis, enveloppant une pierre de langes, elle la donna à manger à Cronos.
Ensuite, Zeus tua son père et libéra ses frères et sœurs. Au niveau métaphorique, selon Robert Graves, cela symbolise le temps qui avale ce qu’il engendre. C’est-à-dire qu’il engendre tant qu’il dévore et, si l’on pousse ce raisonnement, cela permet de ne pas se faire dévorer ; c’est la transmission et, encore mieux, la succession. La métaphore de l’adaptation du temps, nous allons la trouver dans cette mythologie par la division cosmogonique du jour et de la nuit.
Le jour symbolise la rationalité et la nuit l’irrationalité. La nuit, dans la mythologie grecque, est la fille du Chaos et la mère du Ciel (Ouranos) et de la Terre (Gaïa). C’est elle qui a fait naître le sommeil et la mort.
Les enfants de la nuit sont des enfants terribles ; grâce à eux les humains obtiennent qu’il y ait une mise en place de l’ordre social.
La nuit représente la germination et les pulsions destructrices, les transgressions, mais c’est aussi un espace de réparation.
Elle est considérée comme déterminante à la fois dans la division cosmogonique, mais aussi dans la division sociale des conduites sociales. Ce qui caractérise la temporalité de la nuit, sa dimension symbolique perceptible, se trouve dans la formation des conduites sociales. Au British Museum de Londres, dans le département de l’Antiquité grecque, on trouve un lécythe sur lequel figurent Thanatos et Hypnos portant au tombeau un guerrier mort (Thanatos, personnification de la mort, et son frère jumeau, Hypnos, celle du sommeil, tous deux fils de Nyx, la Nuit).
Il y a une généalogie assez intéressante et riche des enfants de la nuit. Dans ce tombeau figurent les Moires (qui filent la Destinée humaine), Némésis (la Vengeresse), Apaté et Philotès (la Tromperie et la Tendresse), et enfin Éros (l’Amour).
Sur la nuit, nous projetons des représentations émotives et anthropomorphiques. Nous la replaçons dans une perspective de c

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