Transgressions des frontières du corps
158 pages
Français

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Transgressions des frontières du corps

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Description

Les frontières de la chirurgie esthétique délimitent, avec difficulté, une spécialité chirurgicale qui est expansive. Cette chirurgie transgressive dérange les concepts philosophiques du "accepte-toi tel que tu es", elle bénéficie d'innovations tumultueuses telles les homogreffes du visage ou des membres, elle est constamment soumise à l'oeil éveillé des médias. Cet ouvrage se propose d'en exposer les facettes en explorant ses mythes, ses bases conscientes et inconscientes et ses limites.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2015
Nombre de lectures 11
EAN13 9782336397597
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Ce livre est le 66 ème livre de la


dirigée par
François Soulages & Michel Costantini

Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia,), Bulgarie (Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid), Chili (Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago), Corée du Sud (Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul), Espagne (Pilar Garcia, Univ. Sevilla), France (Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8), Géorgie (Marine Vekua, Univ. de Tbilissi), Grèce (Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem), Russie (Tamara Gella, Univ. d’Orel), Slovaquie (Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan (Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taïpei)

Série RETINA
3 François Soulages (dir.), La ville & les arts
11 Michel Gironde (dir.), Les mémoires de la violence
12 Michel Gironde (dir.), Méditerranée & exil. Aujourd’hui
13 Eric Bonnet (dir.), Le Voyage créateur
14 Eric Bonnet (dir.), Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image
17 Manuela de Barros, Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage
18 Bernard Lamizet, L’œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l’image
30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.), Portrait anonyme
31 Julien Verhaeghe, Art & flux. Une esthétique du contemporain
35 Pascal Martin & François Soulages (dir.), Les frontières du flou
36 Pascal Martin & François Soulages (dir.), Les frontières du flou au cinéma
37 Gezim Qendro, Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie
38 Nathalie Reymond À propos de quelques peintures et d’une sculpture
39 Guy Lecerf, Le coloris comme expérience poétique
40 Marie-Luce Liberge, Images & violences de l’histoire
41 Pascal Bonafoux , Autoportrait. Or tout paraît
42 Kenji Kitayama, L’art, excès & frontières
43 Françoise Py (dir.), Du maniérisme à l’art post-moderne
44 Bernard Naivin, Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook
48 Marc Veyrat, La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1
49 Dominique Chateau, Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative
51 Patrick Nardin, Effacer, Défaire, Dérégler… entre peinture, vidéo, cinéma
55 Françoise Py (dir.), Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XX e siècle
56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.), Les frontières des écrans
57 Agathe Lichtensztejn, Le selfie aux frontières de l’egoportrait
58 François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.), Frontières & migrations Allers-retours géoartistiques & géopolitiques
60 François Soulages & Aniko Adam (dir.), Les frontières des rêves
61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.), L’Afrique en images. Représentations, idées reçues de la crise
62 Michel Godefroy, Chirurgie esthétique & frontières de l’identité
63 Thierry Tremblay, Frontières du sujet. Une esthétique du déclin
64 Stéphane Kalla Karim, Les frontières du corps & de l’espace. La métaphysique de Newton
65 Marc Veyrat, Never Mind, De l’information comme matériau artistique, 2
66 Vladimir Mitz, La transgression des frontières du corps. La chirurgie esthétique

Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre

Secrétariat de rédaction : Sandrine Le Corre

Publié avec le concours de
Titre


Vladimir Mitz







La transgression des frontières du corps

La chirurgie esthétique
Copyright

Ce livre est le 40 ème de

Sous la direction de François Soulages

FONDEMENTS DES FRONTIÈRES
géoartistiques & géopolitiques, géoesthétiques & géothéoriques
François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitiques. Frontières, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2012
Gilles Rouet & François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013
Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013
François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques , Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2015

PROBLÈMES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières, Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global, 2014
Benoît Blanchard, Circulations & frontières. La Polynésie des Biennales , Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global , 2015
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.), Fronteras, Conflictos & Paz , Granada, Edición de la Universidad de Granada, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.), Frontières, Conflits & Paix , Granada, Edición de la Universidad de Granada, L’Harmattan, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
François Soulages, Alejandra Niedermaier & Alejandro Erbetta (dir.), La experiencia fotográfica en diálogo con las experiencias del mundo , Buenos Aires, Cuaderno 59, 2015
François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.), Frontières & migrations. Aller-retour géoartistiques & géopolitiques , (dir.), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série RETINA, 2015
François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.), Les frontières des écrans, Paris, L’Harmattan, Coll. Eidos , Série RETINA, 2015


Suite des titres Frontières à la fin du livre






© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-74770-5
Introduction Un territoire en pleine expansion
Dépasser les frontières physiques et psychologiques du corps humain demande un effort conceptuel, car cela représente de refuser notre apparence déterminée, c’est refuser notre enveloppe biologique dans un élan quasi surhumain.
Quelles sont les limites à ne pas dépasser, les pratiques éthiques à respecter, les aventures chirurgicales trop incertaines pour être cautionnées par les règles-un peu obtuses il est vrai – du sacro-saint principe « national » de précaution ?
Est-ce une nouvelle humanité en naissance ou un viol de notre être écologiquement instable ?
Implanter des puces intelligentes sous la peau, booster nos capacités sensorielles, développer nos puissances musculaires, osseuses, articulaires, cela peut-il conduire à plus de bonheur individuel ?
Un Homme ainsi « augmenté » (certains diront diminué.) signifie-t-il, en fait, une amputation de notre corporéité, voire une régression, en ces temps de flou civilisationnel, par conséquent une agression aux principes biologiques de survie, et une inclination vers une décadence quasi pompéienne ?
Vivre vieux en restant jeune, tel est le slogan moderne que les publicitaires essaient de promouvoir, à grands coups d’annonces fracassantes et de promesses thérapeutiques souvent illusoires, sinon factices.
La quête éperdue du toujours jeune, le refus du vieillissement socialement pénalisant, la poursuite d’une beauté toujours mystérieuse et qui ne se plie à aucune norme, ont entraîné un développement extraordinaire des techniques de chirurgie esthétique.
Les progrès ne se limitent pas seulement à la discipline de la chirurgie plastique, mais ils ont aussi envahi des spécialités connexes, comme l’ORL (chirurgie du nez), l’ophtalmologie (chirurgie des paupières), la gynécologie (chirurgie intime des organes génitaux), la chirurgie digestive (endoscopie pour diminuer les cicatrices), la chirurgie thoracique (chirurgie des malformations inesthétiques de la cage thoracique), la neurochirurgie (déformations cranio-faciales), etc.
Ainsi la bataille pour modifier une apparence ressentie comme inadéquate, injuste ou pesante fait reculer les frontières de l’impossible dans toutes les disciplines chirurgicales.
Les frontières matérielles de notre corps sont en train d’être franchies ; qu’en est-il de notre spiritualité ? Des conceptions philosophiques nouvelles apparaissent nécessaires.
Le but de cet opuscule est de faire le point sur ces transgressions des frontières corporelles, d’en fixer les limites techniques et éthiques, et d’imaginer ce que sera le monde de la chirurgie esthétique dans un proche avenir.
1 er moment Frontières du problème Actualité & historicité
Chapitre 1 La greffe d’un visage étranger Transgression ultime
Changer son visage, totalement, des os aux pores cutanés, représente un fantasme qui a été rendu réel par l’équipe du Professeur Devauchelle (avec Dubernard de Lyon, et Lengelé de Belgique) à Amiens en France, en 2005. Cette première mondiale, qui a concerné une jeune femme dont le bas du visage avait été arraché par un chien, a été un grand succès technique, psychologique et moral : même subtotale, cette greffe a permis de franchir un tabou : pas touche à un changement identitaire.
Rapidement, des greffes plus complexes ont été initiées par le Professeur Lantieri en France (2007), puis dans le monde, en Chine, en Espagne, aux Etats-Unis, en Pologne, en Turquie, en Angleterre, etc.
Moi-même, j’avais initié des travaux anatomiques pour vérifier combien d’artères faciales et temporales il fallait anastomoser (rabouter) pour revasculariser une face (thèse de Madame Delbaecque -1998)
Le coût (plus de 200 000 €) ; la difficulté de sélection, d’organisation (prélever, transporter, greffer), la lourdeur du traitement immunosuppresseur sont certes des freins à cette intervention complexe.
Soulignons que le problème n’est pas seulement esthétique, mais davantage technique : difficultés des branchements micro-vasculaires et surtout nerveux de réanimation des mouvements faciaux de l’expression (et du contrôle des orifices).
Il faut reconstruire le visage mutilé du donneur par un masque siliconé, soutenir les familles du donneur et du receveur ; et organiser un suivi à long terme, du fait des crises de rejet et de l’inconnu qui persiste concernant cette méthode révolutionnaire.
Si l’on prend comme parallèle les greffes de rein, réussies entre vrais jumeaux par un plasticien, le Pr Joseph Murray dès 1959, il aura fallu 10 ans de tâtonnements et de progrès en substances antirejet pour banaliser cette méthode qui sauve les insuffisants rénaux de l’impératif d’être dialysé à vie.
Des homogreffes avaient été tentées par des pionniers, même français (Professeur Kuss) dans les années 1950, mais ce n’est qu’en 1962 que J. Murray réussit la première mondiale d’une greffe de rein transplanté entre deux patients différents, et ce grâce à l’azathioprine et aux corticoïdes.
Aujourd’hui, les corticoïdes, la ciclosporine et d’autres traitements immunosuppresseurs très puissants, permettent de contrôler tant bien que mal les crises de rejet…
D’où vient le tabou ?
Le visage est un résultat de la vie qu’on a menée, qui remodèle notre chair. Notre passé imprime ses marques d’émotions et de stress cumulés.
A lui seul, le visage est expression et communication.
En changer entraîne, en principe, dépersonnalisation, troubles identitaires, non-reconnaissance de soi, troubles dépressifs, peur d’une intrusion de l’Autre…
En fait, les études de suivi des greffés du visage démentent ces angoisses théoriques.
Rapidement, les patients se réapproprient un visage qui est un mélange des deux, s’arment de courage, patience et ténacité pour se rééduquer, faire bouger, manger, boire, et affronter le regard interloqué de l’entourage.
D’autres méthodes plus simples seraient possibles. Oui ; c’est partiellement vrai.
Transfert de peau de voisinage : le génial Professeur Paul Tessier était capable de reconstruire tout un visage en transposant la peau thoracique sur les faces détruites par des brûlures gravissimes. Il fut mon maître admiré.
La méthode des expandeurs cutanés permet de développer de la peau pour en exploiter l’excédent : inventée par le Yougoslave Radovan, cette méthode a révolutionné le traitement des séquelles graves de brûlures. Il s’agit de placer un ballon siliconé au voisinage immédiat de la zone à reconstruire ; ce ballon est vide au départ, mais on le gonfle progressivement au travers d’une valve sans retour ; la valve est placée à petite distance et reliée au ballon par une tubulure siliconée ; le gonflement se fait au travers d’une membrane perméable à la piqûre ; on gonfle à l’aide d’injections de sérum physiologique au travers de la peau ; une ou deux séances d’injection par semaine permettent de gonfler le ballon, pour doubler la surface cutanée en 6 semaines environ ; puis le chirurgien plasticien va exploiter le gain de surface, en enlevant la zone malade ainsi que le ballon gonflé et la valve, réparant par une peau saine expansée la partie cicatricielle endommagée.
La microchirurgie nous aide à transposer sur le visage des lambeaux cutanés, musculaires, osseux qui résolvent la plupart des mutilations liées aux sacrifices imposés par la chirurgie d’exérèse pour cancer, ou les conséquences dramatiques des pertes de substance urgentes des membres, de la tête, ou du corps plus généralement ; on observe ces dégâts gravissimes après accidents de la voie publique ou par plaies délabrantes de guerre…
Le principe en est le transfert d’un endroit à l’autre de votre corps de peau, muscle, os, ou composites (regroupant plusieurs de ces éléments biologiques), grâce à leur vitalité préservée par le biais d’artères, veines, nerfs, qu’il faut minutieusement prélever sous microscope opératoire, afin de les rebrancher ailleurs, où ils seront nécessaires pour reconstruire.
Mais aucune de ces techniques ne permet de reconstructions tridimensionnelles du visage, avec peau + muscles + muqueuse + nerfs + glandes salivaires, disposées en bon ordre et prêts à l’emploi. La microchirurgie, à la base des plus récentes techniques reconstructrices, ne trouve pas, sur son propre corps de patient, ces tissus composites déjà ordonnés dans le bon plan, pour refaire un visage détruit avec une qualité esthétique quasi parfaite ; il a fallu pour cela innover et démarrer le programme sensationnel des homogreffes faciales.
Transférer un visage d’un corps à un autre est antinaturel, et brise des principes religieux…
C’est vrai, comme le souligne le chirurgien humanitaire Patrick Knipper, que, pour un Africain animiste, transférer un visage d’un mort sur un vivant, et a fortiori d’un vivant sur un autre est un signe de folie absolue, péché qui va déclencher les colères des divinités.
Mais comment, dans nos pays plus rationnels que religieux, refuser un tel progrès de réhabilitation de gueules cassées à tout jamais, qui excluent l’invalide de la société.
Rares ?
Oui c’est vrai, il y a encore peu de cas de ces allo-transplants de la face de par le monde.
C’est la preuve que les chirurgiens ne se précipitent pas, et que l’éthique est là pour freiner des velléités d’expérimentation humaine.
Où se situe l’ultime frontière ?
Sans doute dans la transplantation de la tête entière avec son cerveau.
Il y a peu de probabilités que cette méthode voie le jour de sitôt, car la moelle épinière est là qui ne se régénère pas et impose une tête qui bougerait sur un corps flasque et paralytique.
Un chirurgien italien se dit prêt à tenter cette opération incroyable, en attente d’un volontaire.
Un tétraplégique russe est candidat…
Voici un siècle de greffes de têtes sur des batraciens, des chiens, des singes, en passe de déboucher sur ce qui ressemble plus à un transfert de cerveau conscient sur un nouveau corps, au départ inanimé, mais en bonnes conditions de survie.
Pour le moment, ce sont essentiellement des dévastations irréparables par des procédés classiques qui motivent les homogreffes du visage.
Les chirurgiens de la jeune génération sont ardents, bien entraînés, désireux de marquer leur époque à l’instar de sportifs, réalisant un exploit à inscrire dans les annales ; les conseils d’éthique, même réticents, doivent penser aussi en termes de retombées médiatiques, de la célébration d’une gloire par première médicale, qui rejaillit sur leur communauté, leur faculté, leur pays.
Au fur et à mesure des progrès scientifiques et chirurgicaux, les interdits d’hier deviennent les must de demain.
Chapitre 2 Les mythes fondateurs
La chirurgie esthétique, dont nous retracerons brièvement l’histoire plus loin, peut incorporer des mythes, certains très anciens, d’autres plus contemporains.
Tous ces mythes et leurs personnages-clefs témoignent de la très ancienne préoccupation humaine concernant la quête dangereuse de la beauté, le danger d’en savoir trop, les risques de la transformation golémique, et la jeunesse éternelle coupable d’être cela justement.
Au travers de ces mythes, ce sont les peurs ancestrales qui réapparaissent, les tabous et interdits sociétaux à peine voilés d’un masque antique, les rêves cauchemardesques qui hantent les sociétés européennes et sémitiques depuis la nuit des temps.
Pygmalion
Rapporté par Ovide, le mythe de Pygmalion est apparemment très ancien, remontant à l’Antiquité.
Pygmalion est un sculpteur chypriote qui vit dans un pays où les femmes sont quelque peu débauchées ; il sculpte dans l’ivoire (ou du marbre blanc) une femme, Galatée, dont il tombe amoureux, car elle est vierge, pure et belle ; il demande à Aphrodite, sa mère, de donner vie à son œuvre, qu’il a façonnée avec amour ; la déesse lui accorde ce miracle, car elle est furieuse de la mauvaise moralité des femmes de la cité qu’elle protège.
Pygmalion épousera Galatée, ils auront 2 enfants. L’amour pour sa création est ainsi récompensé.
Le pygmalionisme est le comportement qui vise à transformer l’autre en un objet d’amour.
Le chirurgien esthétique peut être accusé de pygmalionisme, dans certains cas où l’acharnement du praticien vise à totalement transformer son patient, en dépit du désir propre du sujet.
D’ailleurs, certains collègues ont fini par épouser leur patiente, on ne sait si c’est pour éviter un procès pour malfaçon, ou par un véritable amour ovidien.
En général, être pygmalion pour quelqu’un finit mal ; celle qui est façonnée, un peu contre sa volonté, finit par se rebeller et abandonner son tortionnaire mental.
Narcisse
Rapporté aussi par Ovide, le mythe de Narcisse parait être très ancien.
Narcisse, fils du devin Tirésias, est superbe et fier ; la nymphe Echo l’aime ; mais Narcisse la répudie pour des raisons peu claires ; des amoureuses éprises mais rejetées par Narcisse lui en veulent, appelant vengeance auprès d’une déesse, Némésis ; après une chasse, fatigué, se mirant dans une eau claire, Narcisse voit son propre reflet qui l’enchante et l’obsède : car personne, autour de lui, n’approche sa beauté ; il finit par dépérir, malgré les appels de la nymphe Echo, qui l’invite désespérément ; elle n’est pas entendue, et ne détourne pas Narcisse de son auto-admiration mortifère.
A la place de son corps pousseront des fleurs blanches : on les appellera des narcisses…
Le narcissisme et sa version psychiatrique, l’hyper-narcissisme, sont des traits de caractère bien étudiés par Freud et les psychanalystes ; la version masculine et féminine conduit à un trouble obsessionnel du comportement, la dysmorphophobie , très préoccupante ; aucun geste opératoire n’arrive à étancher la soif inextinguible des patients toujours insatisfaits d’eux-mêmes , ce qui d’ailleurs est en contradiction avec le mythe, puisque Narcisse s’aimait beaucoup trop.
Prométhée
Demi-dieu Titan, Prométhée fabrique des hommes à partir de fragments de boue et de roches, aidé par son frère Epiméthée ; insoumis et inventif, métallurgiste et dynamique, il vole le feu sacré du soleil sur l’Olympe pour le donner aux hommes ; il sera puni par Zeus pour avoir volé les dieux ; Zeus l’enchaîne sur un rocher du mont Caucase, et fait dévorer quotidiennement son foie par un aigle ; le foie est un organe qui a effectivement la capacité de se régénérer, belle constatation des médecins d’autrefois.
Héraclès le délivre dans certaines versions, mais la punition infligée est terrifiante.
Le chirurgien esthétique porte un peu cette caractéristique : il change l’être humain dans sa chair, et, partant, dans son âme.
Un réflexe très profond et primitif nous souffle que cela doit se « payer » quelque part, que ce n’est pas anodin ni sans risques inconnus : même le savoir chirurgical a quelque chose du sorcier moderne, et n’est pas facilement accepté, dans une société qui réprouve les modifications « coupables « de la nature humaine.
Imposée par la génétique, notre vie « normale » dans un corps en évolution devrait nous suffire pour l’existence sur terre ; il apparaît parfois incongru, à certains écolo-naturalistes obstinés, de se rebeller contre l’enveloppe dont nous avons hérité.
Par ailleurs, le fait de lutter contre le vieillissement est un peu voler le feu du destin, qui nous altère inexorablement ; une punition divine menace de ce fait même l’homme rebelle ; c’est, dans l’inconscient collectif, la vengeance d’une nature rétive à l’intrusion scientifique de pseudo-savants violant les lois biologiques primitives…
Le Golem
Il s’agit d’une statue animée d’argile, informe et floue, qui apparaît dans les textes sacrés du Talmud hébraïque.
Le Golem, apparaissant dans des textes cabalistiques au XII ème siècle, devient un véritable super héros primitif ; il est réinventé littérairement plus tard, au XVI ème siècle, par un grand rabbin, le Maharal de Prague, en tant que moule préparatoire d’un nouvel Adam surpuissant. Dans des écrits secrets de la Kabbale, il resurgit au moment des persécutions anti-juives en Europe centrale, comme un être créé pour devenir le défenseur de la communauté juive menacée.
Mais ce Terminator de glaise va dévier de sa mission, et devenir un danger public, au grand dam du rabbin. Sur son front fut gravé en lettres hébraïques « vérité », qui se dit « Emet » ; mais, par un coup de pouce dans la glaise il est possible, pendant un instant, d’effacer le E de emet, qui devient « Met » : inscrit dans la glaise, cela signifie « mort », et donc désactive le Golem.
Le concept de Réversibilité de l’acte est ainsi officialisé.
Le Golem devait défendre le peuple juif par sa force brute, en cas de pogrom ; devenu trop grand et incontrôlable, brutal et destructeur, échappant à toute logique humaine, le monstre terrorise les populations des localités où il se déplace. Seule une astuce de dernière minute rétablit l’ordre : sur ordre du Rabbi, entendu pour une dernière fois, le Golem s’inclina devant son maître, quand celui-ci lui demanda de lacer ses chaussures, ce qui permit au savant religieux d’effacer subrepticement la première lettre d’« Emet » de son front, et ainsi de désactiver la créature.
Symboliquement, ce mythe évoque l’impossibilité humaine de tout appréhender de l’autre, de tout prévoir. Même un monstre d’argile, peut surprendre, décontenancer et devenir dangereux.
Les chirurgiens esthétiques connaissent à leurs dépens ces patients paranoïaques, qui, après une opération, même réussie, vont vouloir les tuer.
On dénombre ainsi une quinzaine de nos collègues agressés, voire occis, par des patients « golémisés ».
Frankenstein
Bien plus proche de nous, la créature rapiécée, créée par Frankenstein, chirurgien esthétique macabre, fut inventée au cours d’une soirée d’écriture collective dans un salon, au XIX ème siècle, par Mary Shelley, amie de Lord Byron.
Mary avait perdu un enfant ; inconsciemment, elle imagine une résurrection, d’allure gothique, à la mode à cette époque ; la créature monstrueuse, fabriquée et insufflée de vie par galvanisation, hait et poursuit sans cesse Frankenstein, qui, échappé sur une île, est recueilli en pleine tempête : il racontera son incroyable histoire à un voyageur, Robert Walton.
Pour un chirurgien esthétique, ce mythe est fort. Sous prétexte de donner la vie, ou d’embellir, c’est un monstre qui surgit, avide de revanche et de haine.
Le danger et même la mort peuvent suivre une opération mal menée, qui sait comment le patient réagira ?
De plus, le créateur sera poursuivi par sa créature, comme le Dr Frankenstein par le monstre inépuisable ; l’écho moderne en est le protocole judiciaire exacerbé, transformant toute opération chirurgicale en une véritable épreuve contractuelle, avec sanctions et pénalités en cas d’échec, de complications ou de simple insatisfaction.
Cette évolution qui date d’une vingtaine d’années est une conséquence de la banalisation des opérations esthétiques, considérées comme des vulgaires prestations commerciales.
Dorian Gray ou l’après Faust
Le mythe de Faust est célèbre ; l’idée de rester éternellement jeune, c’est donc pactiser avec le diable. Au diable ces chirurgiens rajeunisseurs.
L’histoire de Dorian Gray, écrite par Oscar Wilde, me paraît plus subtile à analyser.
Écrit en 1890, en pleine époque victorienne, où l’homosexualité était un vice condamnable pénalement, ce livre raconte l’histoire d’un dandy dont le portrait vieillit en secret, caché dans une alcôve, à mesure que le modèle, qui mène une vie de débauché, ne vieillit pas.

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