Une introduction à la psychologie relationnelle
335 pages
Français

Une introduction à la psychologie relationnelle , livre ebook

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335 pages
Français

Description

Le présent ouvrage constitue une ouverture de pistes possibles pour la relation d'aide, des assistants sociaux aux psychothérapies des psychologues. De la dynamique des groupes aux histoires de vie, nous extrapolons la psychologie humaniste holistique aux terrains de la modernité : génosociogramme, psychogénéalogie, yoga, méditation zen, chamanisme, ethnopsychiatrie et guérisseurs africains. Comme le disait Lacan, l'essentiel n'est pas dans le signifié du message mais dans le signifiant de la relation communicationnelle.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2006
Nombre de lectures 292
EAN13 9782336251202
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Photo de couverture : masque Kholuka des Yaka de la République Démocratique du Congo.
site : www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail : harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2005
9782747596343
EAN : 9782747596343
Une introduction à la psychologie relationnelle
Parcours de la relation d'aide sociale aux psychothérapies holistiques : Quelques perspectives techniques d'approche

Jean-Marie Lange
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Dedicace INTRODUCTION - CONTRE TOUTES LES ALIÉNATIONS LA PSYCHOLOGIE RELATIONNELLE - Repères historiques (survol non exhaustif) I - LES REPRÉSENTATIONS HUMAINES II - LES NOUVELLES APPROCHES HOLISTIQUES EN PSYCHOSOCIOLOGIE CLINIQUE III - LES ANCIENNES TECHNIQUE REVISITÉES CONCLUSIONS : DIALECTIQUE, ETHIQUE ET HUMANISME Bibliographie sélective
“Dieu finira bien par ne plus te faire souffrir lorsqu’il t’aura mis en terre” (Henri VAN DEN HEYDEN)
“Le conflit est la mère de toute chose” (HERACLITE)
“La tâche est d’élargir notre raison pour la rendre capable de comprendre ce qui en nous et dans les autres précède et excède la raison” (Maurice MERLEAU-PONTY)
“Si peu d’hommes savent penser, tous néanmoins tiennent à avoir des opinions.” (BERKELEY)
“Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie que de n’être pas fou.” (PASCAL)
“Tout peuple qui restreint ses activités sexuelles développe un accroissement de l’anxiété de vivre et de l’angoisse de mort.” (FREUD)
‘Les perturbations aléatoires ou les désordres, dans un système vivant, peuvent en fait augmenter la force ou l’amplitude des signaux de vie.“(Ernest ROSSI)
“On ne peut soigner une personne, on ne peut que lui apprendre à se soigner elle-même.” (Alexandro JODOROWSKY)
“La PHILIA est un amour inné et universel pour son semblable, un amour qui permet de vivre en convivialité avec autrui, de vouloir son bien sans rien attendre en retour.” (Nina CANAULT)
Jean-Marie LANGE
A Marie-Claire et à mon sang présent,
Cécile, Sabine, Corinne, Amélie, Mathilde, Clément et Romain
INTRODUCTION
CONTRE TOUTES LES ALIÉNATIONS
“Le tabac tue !” et “Plus de 20 % des hommes battent leur femme !”. Campagne d’affichage de sensibilisation certes mais afficher un constat n’est pas le régler et pour faire de la prévention de la violence, il faudrait ne pas se limiter aux effets mais en rechercher les causes pour les comprendre et proposer une négociation des conflits en amont du passage à l’acte.
Qu’est-ce que la violence conjugale de 20 % dans nos civilisations ? S’agit-il uniquement de coups et de blessures ou aussi des violences verbales qui peuvent faire tout aussi mal, connues aujourd’hui sous le nom de harcèlement moral ?
Notons avec l’approche systémique qu’il n’y a pas qu’une cause pour un effet et l’objectif d’une analyse rigoureuse n’est pas d’identifier un coupable ou de le culpabiliser (“Le tabac tue !” et l’actuelle chasse aux sorcières contre les fumeurs) mais de construire une synthèse avec l’esprit critique pour trouver des pistes de solution humaines acceptables en lieu et place de la sauvagerie de l’homme qui dépasse en horreur le dicton “les loups ne se mangent pas entre eux”.

Dans les diverses pistes causales à explorer, nous avons :
- le conditionnement social et la frustration bien mise en expérimentation par Henri LABORIT avec la cage de SKINNER,
- l’induction permanente de la violence à la télévision dont l’impact a été prouvé par les travaux du psychologue social BANDURA, entre autres chercheurs,
- le sentiment d’insuffisance (d’être petit) chez certains hommes qui — s’ils n’ont pas de chien à battre — battront d’autres êtres plus faibles physiquement qu’eux,
- le fantasme de toute-puissance des femmes jeunes et jolies parfois insupportables de caprices,
- le mode relationnel de la séduction/rejet et de la parade amoureuse, etc.

Il ne s’agit pas ici de faire son marché et de choisir un seul critère ou encore de s’exercer à une quelconque exhaustivité mais plutôt d’ouvrir nos barrières mentales à la réflexion au-delà de nos tabous et de nos freins culturels spécifiques d’une époque.

LE SYMBOLIQUE
Au début d’homo sapiens aurait existé ego que certains appelleraient Adam ou d’autres Numéro 1 et il regarda son alter ego qui était aussi 1 car il n’y a qu‘1 race humaine mais aussi qu’1 seul être humain : quel que soit le sexe XX ou XY avec lequel ils naissent, les fœtus même s’ils sont de fait programmés sexuellement par le génome du zygote (œuf fécondé) sont aptes à évoluer sous les signaux hormonaux aussi bien en mâle qu’en femelle.
Le problème est que 1 ne s’aime pas assez lui-même (base narcissique), qu’il est en conflit interne (avec a et A) et qu’il projette ce conflit sur l’autre 1 dans l’environnement; celui-ci peut, selon le contexte, être l’autre sexe, l’autre frère, l’autre ethnie.
1 et 1 sont sur un plan similaire, une ligne horizontale sans degré de différence et dans un miroir reflet mais comme ils ne supportent pas leur image reflétée par l’autre 1, ils inventent, chacun dans leur coin (angle) la spéculation à 45° pour en fait former un triangle équilatéral et au bout de la liaison de leur projection, ils inventent le numéro zéro, l’idéal ou Dieu, ce qu’en informatique de base, on appelle le système binaire 101. Dieu est salvateur, croient-ils puisqu’ils ont besoin d’une sotériologie (pour être sauvés de leur angoisse). Mais ils conservent chacun la projection en ligne droite, le regard fixé à 45° et regardent donc le même principe divin sous leur propre angle, ce qui fait que 1 se croit en communion privilégiée avec ZérO et que l’autre 1, celui qui est sur la même ligne horizontale et qui regarde également OréZ se croit lui aussi l’élu de Dieu.
Ajoutons à cela qu’il y a toujours bien un 1, bien frappé, pour dire qu’il a entendu des voix et que c’est le sien qui est le bon; alors, ce principe qui aurait semblé rassembleur va de nouveau attiser la guerre des frères qui, de tribale, devient religieuse.
On ne peut pas en sortir car les trois angles du triangle ne se concilient pas tant qu’il est pointé vers le haut : c’est le système de Mars, de la guerre et de la suprématie de la testostérone et de la fatuité. On pourrait alors faire l’hypothèse du triangle inversé pour revenir aux sources des déesses mères, comme DEMETER ou encore la SHAKTI, la puissance énergétique qui sont sous les 1 dans la terre, ou dans le système planète bleue (eau) GALA ?
On peut faire ce que l’on veut avec des représentations symboliques, cela ne reste en fait que des équations mathématiques transformées avec de la poudre de perlimpinpin philosophique. Mais les constructions symboliques de synthèse de l’essence (dite) “mystérieuse” de l’humanité — malgré la répétition des archétypes selon JUNG — ne sont en fait que l’essentiel de l’imaginaire et l’imaginaire s’il peut être création de possible et d’utopie positive, comme la volonté de démocratie que développe tout au long de son œuvre le philosophe CASTORIADIS est surtout à 99% la grande frousse de la mort existentielle et de la disparition totale et irréversible de l’ego qui nous hante. Seul l’Ecclésiaste a vu juste avec sa poussière dans l’oeil de la vanité. C’est pour cela que les peuples inventent des Super Ego supposés plus-à-jouir (Pierre LEGENDRE) comme HITLER, SADDAM et BUSH (sans vouloir faire des amalgames injustes), le problème n’est pas dans un accident de l’histoire des hommes mais hélas dans leur quotidienneté et les Maîtres du monde ont tous des pieds d’argile que seule soutient la ferveur populaire. Etienne de LA BOETIE, l’ami de MONTAIGNE l’a dit clairement : il suffirait que le peuple arrête d’adorer pour que les fantoches arrogants s’effondrent sous le poids de leur propre connerie mais il serait pour cela nécessaire que l’humanité progresse en sagesse et en savoir par l’école neutre et gratuite par exemple.
Donc, comme le disait si bien le poète François VILON dans sa ballade du pendu : “Frères humains qui après nous vivrez, n’ayez contre nous le cœur endurci”.
Il faut accepter notre faible “humanitude” faite de désirs, de frustration sexuelle tournée en haine qui nous fait — par déplacement — désirer un Super Ego leader magnifié quel qu’il soit car le bon peuple pleurera tous les tueurs en série du moment qu’ils soient charismatiques et crucifiera éternellement des philosophes incomparables comme Jésus, Zarathoustra, Socrate et Bouddha car les hommes ont plus besoin dans leur sauvagerie actuelle de mythes que de sages. Les hommes transformeront longtemps encore le message d’amour de certains éclairés en message de guerre et de haine car à l’intérieur du premier triangle de ce développement 101, il y en a un autre dans chacun des 1, nous dit Jacques LACAN et il appelle l’objet petit a l’1 et le grand A l’Autre, ce que nous avons vulgarisé dans notre modernité sans toujours bien en comprendre la portée sous le chapeau de l’inconscient.

L’IMAGINAIRE
“A Salem, la sorcellerie était réelle il y a trois siècles, elle ne l’est plus aujourd’hui.
”(CASTORIADIS)
Au niveau de l’évolution, l’être humain est un raté biologique de la nature. Les loups par exemple ne se cassent pas une patte en trébuchant et ne mangeront jamais une substance qui peut être un poison pour eux et leur donner la fièvre typhoïde par la salmonellose.
Les loups sont comme nous des prédateurs ayant parfois des conflits au sein de la meute (souvent une histoire de femelle et de dominance jamais des affaires d’héritage) mais, contrairement à l’homme, ils ne se tuent pas l’un, l’autre : le vaincu va offrir sa jugulaire à trancher aux mâchoires du vainqueur et celui-ci toujours sera magnanime devant ce signe d’allégeance, alors que l’adversaire homme, lui, tuera l’autre pour le plaisir de tuer ou pour rien.
Notre espèce a cependant inventé une forme nouvelle de vie sociale : les institutions avec des valeurs et des normes pour lesquelles les jeunes humains seront dressés (éduqués culturellement) pour qu’ils puissent vivre ensemble sans trop de casse. La cohérence de la société est dans ce partage formel et informel de cette construction imaginaire des manières d’agir ou de penser.
Marshall Mc LUHAN dans son ouvrage “Pour comprendre les médias” explique avec outrecuidance que tout ce qui figure dans son livre est le fruit de sa créativité à 100%; or, cette créativité est impossible au-delà de 1% d’originalité, nous dit CASTORIADIS, aussi bien chez des phares comme PLATON, ARISTOTE, KANT, HEGEL ou FREUD.
Les individus qui écrivent croient qu’ils ont une pensée personnelle mais nous sommes tellement plongés depuis l’état bébé dans notre bain culturel que tout ce que nous avons appris et réinterprétons un peu vient de l’environnement de notre ethnie et de l’air du temps. Sur une échelle de 0 à 101, nous sommes 1 et notre meilleure ambition serait de devenir le O universel.
Nous ne sommes certes pas des sociétés robotiques comme les abeilles ou les fourmis mais nous avons cette unité civilisationnelle qu’est la culture. Elle découle de la cohérence d’un tissu de sens fabriqués, les significations construites qui imprègnent et dirigent nos sociétés : “les significations imaginaires sociales”(CASTORIADIS). Lorsque les cartésiens avec leur technologie envahissent l’Afrique, avec leur européocentrisme de béton, ils se gaussent de l’imaginaire des africains qui croient aux Djiins et autres esprits de l’eau et de la forêt. Mais l’animisme pour les peuples qui y croient est de fait leur structure imaginaire et aussi sujet à caution que les sacrifices humains au Dieu Argent que nous faisons dans les temples comme Wall Street.
Je conteste comme tous les civilisés dignes de ce nom le Président BUSH, chantre de l’ultralibéralisme, mais toutefois, je partage la même culture que lui. J’ai beau être contre l’hypocrisie scolaire et le cynisme du clientélisme des partis politiques, je ne peux toutefois créer seul le fonctionnement de démocratie active auquel j’aspire. Il en va ainsi des normes instituées tels l’Etat, le parti, la marchandise, le capital, l’argent, la consommation, les plans de pension, etc. et des valeurs tels les tabous, la vertu, le péché, l’alter mondialisme, les religions, les idéologies,...
Ces significations sont dites “imaginaires” car on ne peut les construire logiquement sans prémisse axiologique, elles ne sont pas rationnelles et on ne peut les dériver des choses concrètes, elles ne sont donc pas réelles mais conceptuelles. Et elles pourraient n’être rien que “poussières du vent” si elles n’étaient pas partagées, sans le moindre doute critique, par le collectif anonyme et impersonnel de la fourmilière ou de la ruche (pour les mégalopoles).

LA DRAGUE
Nous sommes tous des êtres humains avec des besoins dont celui d’assouvir notre soif de sexualité et des désirs, par exemple de posséder l’autre comme objet sexuel, de dominer le faible par la guerre (le pétrole n’est jamais qu’une rationalisation), d’être aimé...sans accorder la réciproque.
Les différences homme/femme sont apprises culturellement pour la plus grande part comme par exemple le fait que l’homme montre son appétence sexuelle et la femme reste plus discrète. Mais les cultures sont en train de changer. Dans les années 1960, à l’époque des bals et des thés dansants, un anthropologue venant de Sirius aurait pu être surpris de la triste parade amoureuse : les garçons au bar avec une bière et fumant cigarette sur cigarette , dévorant des yeux les “nanas” et le long de la piste de danse, bien sages sur des chaises des jeunes filles avec des robes à jupon et parfois avec chaperon faisant tapisserie en espérant — croit-on — être invitées à danser. Et de temps en temps, un des froussards du bar se prenant pour Rambo se lève pour inviter une cavalière - non qu’il ait envie de danser mais seulement d’entrer en contact — propose une danse et se fait rabrouer par la donzelle qui n’a pas envie de danser avec ce laid-là mais avec le seul éphèbe du bar, celui qui ne se retourne jamais et de toute façon, elle a trop mal aux pieds dans ses chaussures. Du coup, les autres couillons ayant vu la scène se replongent dans leur verre de bière et la soirée se passera ainsi avec deux camps farouches dans une musique assourdissante et violente.
Les relations sexuelles sont agréables pour l’un comme pour l’autre sexe et il est dommage de jouer ainsi au chat et à la souris (ou à la chatte et au rat) car le “petit mec” bavant de désir et éconduit est humilié et se vengera un jour ailleurs dans le temps et dans l’espace de cette gifle symbolique sur un autre être humain fille qui ne lui a rien fait. Notons que cet exemple est dépassé car aujourd’hui lors des soirées, ce serait plutôt les nanas qui draguent et qui font des propositions aux mecs qui du coup sont intimidés et ne savent pas très bien réagir à ce trop rapide bouleversement de l’histoire du machisme d’Abraham.
Quels que soient les changements normatifs sous nos latitudes, ce sont toujours in fine les femmes qui décideront de avec qui elles vont danser, vivre et quand elles quitteront l’homme sélectionné. Il n’en va pas de même dans les pays du tiers monde (islamiques, africains, indiens,...) des mariages arrangés par les familles où les femmes sont des marchandises par l’alliance exogamique et où elles sont utilisées de manière irrespectueuses, méprisées, humiliées, battues et tuées. Mais dans ces 4/5 de l’humanité, le couple, comme nous nous le représentons avec ses liens affectifs et ses illusions romantiques n’existe pas, c’est la famille avec les enfants qui est en ligne de mire des objectifs et l’on voit souvent des sociétés d’hommes coexister avec des sociétés de femmes, ne se rencontrant que pour la sexualité et parlant plutôt entre gens du même sexe.

LA GLOBALITÉ DU SYSTÈME ET LE CONFLIT
La partie d’un tout ne peut penser l’entièreté de l’organisme puisqu’elle en fait partie comme rouage. Une classe ne peut percevoir la méta classe dont elle fait partie. Il y a une clôture à nos capacités d’inventivité des utopies : elle est à la fois cognitive, organisationnelle et informationnelle (l’inconcevable). Toutefois, lorsque la tempête heurte dans sa violence la coque du navire, celui-ci peut en percevoir les perturbations. Et ce bruit dissonant peut être réélaboré à la manière du bateau pour y incorporer les nouveaux paramètres, c’est-à-dire que l’organisme quel qu’il soit (le bateau, la société, le sujet, la femme battue..) est une entité qui peut transformer les perturbations externes en informations sensées pour lui/elle. Il ne comprend pas le dehors de la structure mais peut cependant récupérer ce qui, à sa frontière, est instituant et réussir à transformer les perturbations en les digérant (la gestalt, l’institutionnalisation,...). La frontière de l’entité est poreuse et active comme la peau, elle ne fait pas que subir passivement les influences extérieures, elle analyse ces mouvements et les transforme en nouveau nutriment de sens pour son organisme.
En synthèse phénoménologique, chaque société est un système d’interprétation du monde, elle crée son propre monde, tout comme pour un corps, les yeux ne sont pas responsables de la vision sans être en lien avec le système nerveux et le système psychique (nous voyons ce que nous pensons voir).
La seule identité d’une civilisation est dans cet imaginaire, c’est pourquoi si l’on ose attaquer ce système de donation de sens ou menacer son existence physique, elle se défendra sauvagement comme une bête aux abois par les camps d’extermination, les goulags, les génocides et les guerres d’invasion du tiers monde par l’Empire.
La société est comme un corps qui vise en priorité la conservation de sa propre méga institution sur le sable de ses significations imaginaires arbitraires. Elle peut donc absorber les petites contestations progressistes des instituants en les récupérant dans le système mais elle détruira avec la plus grande sauvagerie ce qui porterait un tsunami au cœur de sa légitimité d’argile. Autrement dit, même si nous vivons dans un système idiot où le non-sens est le sens de “perdre sa vie à la gagner” (si on a la chance d’être blanc et demain chinois), le jour où l’on réussira à attaquer le système monstrueux du néolibéralisme qui se développe, il pourrait y avoir une réaction d’une telle violence que l’humanité disparaîtrait.
Le conflit est la manifestation énergétique d’une volonté de vivre, il ne doit pas être nié mais accepté pour le dépasser en l’intégrant sinon c’est la rupture avec au niveau de l’ego la schizophrénie, au niveau du couple la séparation et au niveau structurel la guerre totale.
LA PSYCHOLOGIE RELATIONNELLE
Repères historiques (survol non exhaustif)

PSYCHOLOGIE
Issue de la philosophie (Descartes, de la Mettrie, Locke, Hume, Spencer, Fechner,...), la première chaire de psychologie expérimentale sera attribuée à Wilhelm WUNDT (1832-1920). Il fonde à Leipzig en 1879 le premier laboratoire de psychologie. Ses recherches portent sur les sensations et perceptions, les réactions motrices, l’attention et les sentiments. Il forme de nombreux psychologues étrangers notamment issus des Etats-Unis qui constitueront la première vague. On lui reproche de ne pas se limiter aux comportements mais d’utiliser l’introspection poétique (une partie d’un ensemble ne peut s’imaginer parler au nom de l’ensemble).
L’américain William JAMES (1842-1910) professeur de philosophie (le pragmatisme) et psychologue développe la théorie basée sur le fait que l’esprit est une fonction, comme les autres fonctions du corps, qui consiste à adapter l’individu à son milieu et/ou modifier son environnement pour arriver à ses fins. Il donne donc la primauté du comportement sur l’émotion : “ Nous nous sentons tristes parce que nous pleurons”. Il est à la base de la théorie dépassée du comportementalisme ou béhaviorisme. Il étudie également la pensée religieuse.
Ainsi, au début de la psychologie, seule la psychologie du comportement, le behaviorisme aura une reconnaissance scientifique. L’observateur est extérieur et on utilise du matériel animal en nombre significatif pour des traitements statistiques. La torture des animaux et la vivisection pour la science ne sont pas encore à l’ordre du jour.
La psychologie différentielle va prendre naissance en Grande Bretagne avec Sir Francis GALTON (1822-1911), cousin et collaborateur de Charles DARWIN. On lui reproche sa centration sur la transmission héréditaire de l’intelligence, dangereuse théorie pouvant conduire à l’eugénisme.
Le premier psychologue français est Théodule RIBOT (1839-1916) : il prône une psychologie fondée sur l’étude des faits observables. Il va suivre avec ses élèves (dont Pierre JANET et Sigmund FREUD) les enseignements du neuropathologiste (psychiatre) Jean-Martin CHARCOT (1825-1893).
Un autre français Alîred BINET (1857-1911) s’intéresse à la psychologie de l’apprentissage et au quotient intellectuel (Q.I.).
La physiologie de la salivation sera à la base des travaux de Ivan Petrovitch PAVLOV (1849-1936)sur les réflexes conditionnés, une filiation qui sera reprise par le behaviorisme de J.B. WATSON (1878-1958). Cette psychologie du comportement sera définie par Henri PIERON en 1908 (1881-1964). Le successeur le plus connu de WATSON est Burrhus Frédéric SKINNER (1904-1990) avec ses travaux sur le conditionnement opérant (récompense/punition). Cette psychologie obsolète sera poursuivie à l’université de Liège jusqu’aux années 1980 par le Pr. Marc RICHELLE.
Aux Etats-Unis, John DEWEY (1859-1952) lance le fonctionnalisme : l’explication des conduites dans les fonctions qu’elles eurent au cours de l’adaptation. Cette approche est en lien avec l’évolutionnisme de DARWIN et GALTON. Les élèves de DEWEY développeront la psychologie des tests avec James Mc Keen CATTELL (1860-1944) et Edward Lee THORNDIKE (1874-1949).
La psychanalyse va naître avec FREUD (1856-1939) tout particulièrement en 1899 et avec son ouvrage “L’interprétation des rêves” (qu’il remaniera en 1903 et en 1906). Sa théorie est à la fois une hypothèse sur l’inconscient, une technique d’associations libres pour dégager le sens latent d’un rêve du sens manifeste raconté, de nombreux concepts enracinant sa théorie de l’inconscient dans les souvenirs infantiles.
La psychanalyse va essaimer dans le monde mais toutes les variantes originales seront brisées car FREUD se fâchera avec presque tous ses proches disciples non orthodoxes. FREUD meurt en 1939 après avoir rejeté les proches qui osaient s’écarter de son orthodoxie. L’Association psychanalytique internationale est fondée en 1910 et la première rupture est consommée en 1911 avec l’autrichien Alfred ADLER (1870-1937) qui développe “le sentiment d’infériorité”, puis en 1913 avec Carl Gustav JUNG, “fleuve de boue de l’occultisme”, dit-il en parlant de lui, en 1924 avec Otto RANK qui développe “le traumatisme de la naissance”, en 1929 avec Sandor FERENCZI qui développe “la mer des origines”, en 1933 avec Wilhelm REICH qui développe “la bioénergie”, mais également avec Géza ROHEIM (1981-1953) (Hongrie), Mélanie KLEIN (1882-1960) (Grande Bretagne),...
Seule sa fille Anna FREUD et son biographe anglais Ernest JONES (1879-1958) ne seront pas “excommuniés”. Il faudra attendre les années 1960 pour voir surgir un nouveau maître créant de nouveaux concepts à partir de l’orthodoxie freudienne, le français Jacques LACAN (1901-1981) qui se réfère à la linguistique et à l’anthropologie structurale (“l’inconscient s’interprète comme un langage”).
Le courant hongrois de Sandor FERENCZI se détache nettement du postulat “tout vient de l’inconscient” pour y inclure également les effets des malheurs sociaux, ce sera la clinique du trauma qui se développe actuellement avec les travaux de Nicolas ABRAHAM (ne pas confondre avec le contemporain de FREUD, Karl ABRAHAM 1877-1925), Maria TOROK, Nicholas RAND, Didier DUMAS et qui devient aujourd’hui la psychogénéalogie.

Psychologie relationnelle proprement dite
Si WATSON rejette WUNDT pour son introspection, à Leipzig Max WERTHEIMER (1880-1943) rejette lui le caractère atomisé de la psychologie expérimentale pour promouvoir l’humain dans sa totalité : il s’agit de la théorie de la forme (GESTALT THEORIE), la perception globale du mouvement. La totalité est perçue dans ses interactions, dans son contexte et dans ses “formes” qui ne peuvent être réduites à une juxtaposition ou à une succession de stades. La gestalt thérapie se développera surtout dans les années 1960 aux Etats-Unis avec Fritz PERLS et sera en quelque sorte un précurseur de l’actuelle analyse systémique.
En France, Pierre JANET (1859-1947) adopte des théories interprétatives impossibles à vérifier expérimentalement (comme la psychanalyse freudienne) pour lutter contre la psychasthénie, faiblesse psychologique appelée aujourd’hui “dépression”. On parle dès cette époque d’une psychologie clinique et JANET sera un des référentiels de l’Ecole de Palo-Alto.
La Grande Encyclopédie Larousse pour une vulgarisation liminaire distingue la psychanalyse comme étant plus une “recherche” qu’un traitement à proprement parler, les bénéfices thérapeutiques venant en sus; elle est donc à distinguer nettement des psychothérapies cliniques basées sur la psychologie relationnelle.
Les “psychothérapies” sont des traitements opérant par des moyens de psychologie relationnelle pour corriger divers troubles (névroses, maladies psychosomatiques, phobies, dépressions,...) et pour permettre un développement plus harmonieux du sujet (mais on parlera alors plutôt de formation que de thérapie).
Pour le versus thérapie, il s’agit aussi bien de troubles d’un conflit psychique interne que de conflits résultant de chocs externes avec notamment “la clinique des traumas” (viols, agressions, victimes d’accidents divers, déportés, torturés, rescapés de génocides,etc.) Les psychothérapies se distinguent du divan freudien et de la grande oreille de l’analyste par le contact direct de face à face et le lien entre la psyché et le socius. En établissant donc une relation entre l’intervenant et le patient, c’est de l’évolution de cette relation “chamanique” impliquée que découle le dépassement du conflit. La “guérison” n’est pas seulement dans la disparition du symptôme mais dans un remaniement plus profond de la représentation subjective de la personnalité.
La psychologie relationnelle est influencée à la fois par le fondateur de la phénoménologie Edmund HUSSERL (1859-1938) et la phénoménologie de la perception (1945) de Maurice MEURLAU-PONTY (1908-1961) ainsi que par la psychologie humaniste américaine d’après 1945, notamment Erich FROMM (1900-1980) et Carl ROGERS (1902-1987).
Les concepts issus de ROGERS sont partagés par tous comme seuil méthodologique : l’empathie, l’acceptation inconditionnelle de l’autre (pas de jugement projectif sur le patient) et la congruence (l’authenticité). On y retrouve des pratiques fortement diversifiées comme par exemple celles centrées sur le corps : la bioénergie de Wilhelm REICH, le cri primal de JANOV, le rebirth inspiré des travaux d’Otto RANK, la gestalt et l’agressivité avec F. PERLS, etc.
La bioénergie de Wilhelm REICH (1897-1957) est contre la répression “culturelle” des pulsions sexuelles naturelles (“La fonction de l’orgasme”), il sera donc exclu par FREUD de l’Association Psychanalytique Internationale car le Maître reproche à REICH, son lien politique proche du parti communiste allemand (en 1933) et son mouvement pour une “politique sexuelle prolétarienne” (la SEXPOL aura 40.000 adhérents) et REICH reproche à FREUD sa construction trop occidentalisée de l’Œdipe, ce premier “interdit de la jouissance” s’appuie sur les travaux de l’anthropologue Bronislav MALINOWSKI (1884-1942) à propos de sociétés sans Œdipe. Le continuateur américain de REICH sera LOWEN mais cette tendance est actuellement en repli. Très proche de cette mouvance, on trouve le freudo-marxisme d’Herbert MARCUSE (1898-1979). MARCUSE ne se détache pas de la théorie freudienne mais pense qu’une civilisation non répressive est possible, il prend position contre le bonheur factice de la consommation avec son ouvrage “Eros et civilisation”, on le relie à l’Ecole de Francfort dont le dernier représentant actuel est Jürgen HABERMAS (Düsseldarf 1929) (“Théorie de l’agir communicationnel”).
Un courant issu de l’anthropologie, l’analyse systémique va créer le nouveau paradigme holistique de la psychologie. On peut citer en Belgique Il y a PRIGOGINE et Isabelle STENGERS (“La nouvelle Alliance”), en France Edgar MORIN (Paris, 1921) (“La méthode”).
Ce tsunami donnera en Californie l’approche de Gregory BATESON (1904-1980) (“Vers une écologie de l’esprit”) qui se ventile dans l’Ecole de Palo-Alto vers les thérapies brèves et les thérapies familiales de Paul WATZLAWICK avec ses paradoxes et contre-paradoxes.
Le courant de l’analyse existentielle (inspirée de la phénoménologie également) et de l’antipsychiatrie, veut comprendre le vécu du patient sans le conformer à une échelle normative mais au contraire en l’aidant à resituer son expérience vécue dans son contexte (familial, de l’époque, social et politique); citons les anglais D. COOPER et R.LAING et les français G. DELEUZE et F. GUATTARI,
Notons encore Le courant du phénomène hypnotique avec le training autogène (relaxation corporelle proche de l’hypnose) de J.H. SCHULTZ (1884-1960), l’hypnose de H. BERNHEIM et A. LIEBAULT de l’Ecole de Nancy qui se ventile en auto-hypnose avec Milton ERICKSON et en hypnose de groupe pour “Se libérer du temps généalogique” avec la recherche de l’ancêtre type d’Elisabeth HOROWITZ et Pascale REYNAUD. La clinique du trauma s’actualise avec l’éthologiste Boris CYRULNINK et son concept de résilience et établit des ponts avec les ancêtres et donc renoue avec le courant d’ABRAHAM & TOROK (“L’écorce et le noyau”), avec les concepts de FERENCZI et d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY tels que introjection, la crypte, le fantôme d’un autre, la loyauté invisible, les secrets de famille, etc.
Le courant “groupal” (plutôt nommé “formation” d’adultes) est caractérisé par la sociométrie et le psychodrame de Jacob Levy MORENO (1892-1974), pour aider le sujet à se dégager des rôles appris qui masquent sa personnalité profonde, une mise en scène cathartique pour rétablir le flux de la vie en faisant sauter les blocages “surmoïques”. On y trouve aussi le training-groupe (ou T.Group) et la dynamique des groupes de Kurt LEWIN (1890-1947) pour rétablir l’identité et l’affirmation du soi et la communication sociale.
La dynamique des groupes restreints (DG) est cette partie de la psychologie sociale qui étudie les lois et concepts opératoires (les styles de leadership par exemple) à travers les échanges interactifs dans un groupe. Les intervenants sont le plus souvent appelés psychosociologues. Le mouvement précurseur de ce courant est la gestalt théorie (autour de 1930) : rappelons qu’il s’agit ici d’une gestalt primitive de la perception d’un ensemble d’individus formant un groupe. Notons qu’un ensemble de personnes qui attendent un autobus constitue une collection et non un groupe. Kurth KOFFKA (1886-1941) dans son ouvrage “Principles of Gestalt-psychology”(1935) envisage l’équilibre du champ social global comme la résultante des équilibres partiels des champs individuels par leurs interactions de réciprocité. Le référent-clé de la DG est dès 1937, Kurt LEWIN avec une apogée de ses recherches en 1946 (il décède en 1947). De 1937 à 1940, l’essentiel de ses recherches porte sur l’efficacité des styles de commandement (autoritaire/démocratique/laxiste). Il va par la suite affiner les lois de la dynamique des groupe dans l’ici et maintenant (HIC et Nunc) avec les normes, les statuts (le chef n’est pas nécessairement le leader) et rôles (le bouc émissaire par exemple est l’équivalent du porteur du symptôme en thérapie familiale) explicités, l’analyse des conflits (qu’il s’agisse des déroutes affectives comme des conflits sociocognitifs), les modes de prise de décision, etc.
Un autre courant sera celui du psychanalyste Cornélius CASTORIADIS qui relie l’aspect social et politique à l’aspect psychologie interne, ce qui débouchera en 1968 sur la mouvance institutionnelle avec la psychothérapie institutionnelle de VASQUEZ et OURY, l’analyse institutionnelle de Georges LAPASSADE, René LOURAU et Rémi HESS.
Puis l’analyse implicationnelle de LOURAU qui indirectement rejoindra le courant de la sociologie clinique de Vincent de GAULEJAC, Pascal LAINE, Jean-Marie LANGE, etc. Celle-ci travaille les histoires de vie sous diverses dimensions (névroses de classe, sources de la honte, héritage,...) sans contradiction avec le courant sociopédagogique (Education Permanente) de Gaston PINEAU.
Comme les divers courants s’entremêlent, c’est-à-dire que comme le fromage belge, les thérapeutes d‘aujourd’hui ne se centrent pas sur le purisme d’une approche mais font, selon les besoins, “un peu de tout” car l’essentiel pour eux n’est pas la notoriété mais la diminution de la souffrance, citons encore en vrac (ceci n’est pas un repérage exhaustif, rappelons-le) : le génosociogramme d’Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER, la clinique du fantôme avec Didier DUMAS, l’ethnopsychiatrie avec Tobie NATHAN,...

Les dissidents de la psychanalyse
Cari Gustav JUNG (1875-1961), médecin et psychologue développe dans sa théorie que - au-delà de l’inconscient individuel (de l’histoire personnelle) - il y aurait un inconscient collectif, stratification des expériences millénaires des hommes qui s’exprime dans les archétypes communs aux différents peuples: par exemple, l’Anima figure féminine qui joue un grand rôle dans les rêves des hommes et l’Animus principe masculin de la psychologie de la femme (par exemple l’aspect logique/rationnel de la femme, disait-on avant le féminisme), également l’archétype de la quaternité (les quatre éléments). L’inconscient individuel pour JUNG s’appelle l’Ombre ou encore tout ce qui a été écarté de la conscience comme incompatible avec le moi. Accepter notre Ombre et notre spécificité Anima/Animus selon notre sexe pour l’accès à soi est le centre de sa psychothérapie. Pour JUNG, la libido n’est pas seulement l’énergie sexuelle mais l’énergie psychique en général. Il s’intéresse lorsqu’il étudie les conflits névrotiques à leur aspect actuel alors que FREUD se focalise surtout sur les souvenirs de l’enfance.

Donald Woods WINNICOTT (1896-1971) pédiatre britannique est surtout un clinicien centré sur la relation mère/enfant. Il crée le concept du “self’ à la fois moi corporel et moi psychique de l’enfant. Il définit le HOLDING comme l’ensemble des soins maternels prodigués par la mère avant que l’enfant ne distingue son moi du monde interne. Il montre l’importance de l’objet “transitionnel” (l’ours en peluche par exemple) pour l’enfant : une illusion qui permet un interface entre son psychisme et le monde externe.
Otto RANK (1884-1939) psychanalyste autrichien rencontre FREUD en 1904; il en devient un proche collaborateur et se détache de l’orthodoxie freudienne vers 1923, tout particulièrement après la parution de son ouvrage “Le traumatisme de la naissance”(1924, trad. Fr. 1928) où il récuse la fonction centrale du complexe d’Œdipe au profit de l’angoisse de la naissance. Il est partisan avant la lettre de brèves thérapies et remplace la cure par une opération de renaissance (RE-BIRTH). Exclu de la société psychanalytique en 1930, il s’installe définitivement à New York en 1934.
Sandor FERENCZI (1873-1933) neurologue et psychiatre rencontre FREUD en 1908 et en devient le “disciple” favori. Il ouvre sa clinique en Hongrie et se sépare de FREUD en 1929 à partir des mêmes observations qu’Otto RANK alimentées par la complexité des liens affectifs. Il propose une nouvelle orientation : “l’analyse active” fondée davantage sur l’analyse des situations actuelles et des traumas que sur les souvenirs infantiles inconscients, une approche plus attentive des relations mère/enfant. En 1924, il crée sa propre théorie “bio-analyse” ou “analyse des origines”.
Sa thèse qu’il développe dans son ouvrage clé “Thalassa. Psychanalyse des origines de la vie sexuelle” est que l’existence intra-utérine serait la répétition des formes antérieures de vie d’origine marine. A partir de là, l’accouchement en baignoire s’est vulgarisé... un temps.

Maria TOROK
A la suite du hongrois Sandor FERENCZI, Maria TOROK et Nicolas ABRAHAM (“L’écorce et le noyau”) vont prendre des distances marquées avec les théories du Maître FREUD.
Pour eux, sa conception de la psychanalyse est un mélange de logiques contradictoires. Dans les différents versions de “L’interprétation des rêves” à partir de 1899 se télescopent constamment la technique des associations libres pour dégager le sens latent du sens manifeste (l’unicité du sujet) avec la symbolique archaïque de l’humanité (l’universalité du sujet) qui colle une étiquette interprétative dès qu’il s’agit de “monter un escalier” jusqu’au 7 ème ciel par exemple. Ou bien je pratique une attention flottante ou bien je fouille les symboles engrangés dans ma mémoire mais je ne peux faire ces deux opérations mentales en même temps.
Notons qu’au-delà du génie de FREUD, on ne peut qu’être choqué par son ouvrage “La vie sexuelle” 1 qui révèle surtout ses préjugés machistes (les hommes sont des pervers sains mais plus de 50 % des femmes mariées sont des névrosées par insatisfaction sexuelle), sa lecture est toujours axée sur des problèmes de la sexualité (une sexualité joyeuse et épanouissante comme REICH lui donne des boutons) et sur les énormes reflets des jugements de valeur de son époque (particulièrement sur l’infériorité des femmes). Un psychanalyste orthodoxe lecteur “jetterait l’enfant avec l’eau du bain” en disant que je suis en train de faire une révolte contre le père et c’est justement là — par ce genre de condamnation arbitraire — que se trouvent les dissidents créatifs car peut-on se révolter contre le père? Maria TOROK écrit à ce propos son insatisfaction de vouloir réinterpréter FREUD sans le renier : “ Cet écrit tente un compromis finalement peu satisfaisant. Vouloir rester fidèle à la pensée et à la terminologie freudiennes, tout en ressentant le besoin impérieux de les infléchir.” 2

De même, le “tout à l’égout de l’inconscient” crée à la fois un fantasme de puissance chez l’analyste (si cela rate, c’est parce que le patient résiste) et un déni époustouflant des traumatismes sociaux : l’oubli et la négation de l’histoire des camps de concentration pour un ancien déporté dont le problème est ramené à une opposition fantasmatique au père par exemple.

Survol du “roman familial” appliqué
Le “roman familial” est un concept freudien qui dit en substance que l’enfant un peu déçu par ses parents, lorsqu’il les découvre à bas de leur piédestal de toute-puissance, s’invente l’histoire qu’il est l’enfant d’un roi et d’une reine (ou assimilé), qu’il a été perdu et adopté et que ses parents ne sont donc pas ses vrais parents. Un “beau jour”, ses vrais et magnifiques parents le retrouveront et il vivra avec eux dans leur château.
Gabrielle RUBIN a réalisé un ouvrage particulier portant sur “Le roman familial de Freud”: Son ancêtre JESUCHER et sa femme FREIDE vivaient sur la frontière entre l’Empire Austro-hongrois et la Pologne lorsque les autorités galiciennes de BUCZACZ obligèrent en 1787 les juifs à prendre un nouveau nom de famille, ils prirent le patronyme de FREIDE (FREUD) et l’enfant de Jesucher s’appela Joseph FREUD.
Pour une rapide généalogie, notons que Joseph épousa Esther, leur fils s’appellera Ephraïm.
Ephraïm épousa Deborah, leur fils s’appela Schlomo (le grand-père de Freud).
Schlomo épousa Peppi, ils eurent trois enfants : Joseph , Abae et Jacob Kallamon (le père de FREUD), né le 18.12.1815, une famille de commerçants itinérants.
Jacob épousa à l’âge de 16 ans sa première femme Sally KANNER (une grossesse imprévue) dont il eut deux enfants : Emmanuel né en 1832 et Philipp né en 1836. Notons que Jacob a 17 ans à la naissance de son premier enfant et 21 ans pour le deuxième.
Jacob veuf à 33 ans avec deux enfants à charge se remarie avec Rebecca mais le couple se défait.
Lorsque Jacob rencontre sa troisième épouse Amalia NATHANSOHN, elle a moins de 20 ans (soit l’âge des premiers enfants) et lui 40 ans. Amalia est née en 1835 et se marie à Vienne en 1855, elle mettra au monde 8 enfants : Sigismund 06 mars (ou mai) 1856 (on le surnomme Sigi et à l’âge adulte il enlèvera le “is” de son prénom pour le transformer en Sigmund), Julius né en avril 1857 qui décède en décembre 1857, Anna le 31.12.1858, Rosa en mars 1860 puis Marie, Adolfine, Paula et Alexander. Après 40 ans de mariage, Jacob décède le 33.10.1886 et Amalia le 12.09.1930 à 95 ans; FREUD ne viendra pas à son enterrement mais y déléguera sa fille Anna.
FREUD dans une lettre du 28.10.1883 raconte à sa fiancée Martha son premier amour Gisela en 1872 mais il semblerait qu’il était plutôt épris de la mère de Gisela, Eleanora FLUSS (de l’âge de sa propre mère). FREUD est le fils préféré d’Amalia et il est jaloux de son demi-frère Philipp qui a le même âge que sa mère. Il soupçonne Philipp d’avoir mis “l’usurpatrice Anna” dans le “coffre” maternel. Il a une ambivalence vis-à-vis de l’amour envahissant de sa mère et doute de la paternité de son père Jacob le concernant : “Nous avons vu que les rapports de Freud avec ses parents n’étaient pas simples et qu’un mariage entre un homme de quarante ans qui avait déjà deux grands enfants d’une première union, avec une jeune fille d’à peine vingt ans posait problème, et cela d’autant plus que, tout en étant juifs tous les deux, leurs cultures et leurs enfances les faisaient radicalement différents. Sigi, leur premier-né, s’était posé beaucoup de questions au sujet de sa filiation, allant jusqu’à supposer qu’il était le fils non pas de son père Jacob, mais de son demi-frère Philipp.” 3
Et l’auteur de conclure avec ce court article de 4 pages de FREUD écrit en 1909 où il expose l’idée du roman familial fantasmatique : “Freud le théoricien donne deux raisons à cette rancune contre les parents. La première est la jalousie à cause de la naissance d’autres enfants (comme ce fut le cas pour lui à la naissance d’Anna), mais surtout à cause de cette idée des premières années d’enfance, idée dont souvent on se souvient consciemment et d’après laquelle on est un enfant d’un autre lit ou un enfant adopté.“ 4
On voit toujours plus distinctement les problèmes d’autrui que nos propres problématiques que nous ne voulons pas voir même après de longues et sincères auto-analyses : “les sabotiers sont les plus mal chaussés”, dit un dicton. Si beaucoup de ses pairs ont critiqué sa focalisation presque obsessionnelle envers l’inceste du complexe d’Œdipe, la lecture de ce livre nous rappelle qu’après tout, FREUD était un homme complexe avec son génie mais aussi ses secrets et ses fantaisies.

LA MÉDIATION PSYCHOLOGIQUE
Avant de revenir sur la relation d’aide individuelle, il faut absolument intégrer cette énorme différence entre le processus psychanalytique toujours interne et l’intervention psychosociale qui elle est toujours interne et externe. On ne peut prendre en compte un conflit interpersonnel par exemple sans le situer dans son contexte social. Rappelons que les rats dans la cage de Skinner lorsqu’ils reçoivent des chocs d’électricité s’agressent mutuellement PARCE QU’ILS ne voient pas la cage comme faisant partie du système causal de leur douleur.
“La plupart du temps, les viols ne sont pas idéologiques. Celui qui passe à l’acte est souvent un proche étonnamment incapable de se représenter ce que peut ressentir la personne violée. Le violeur se sert, puis s’en va, sans grand sentiment de crime. Or le sentiment est toujours une émotion provoquée par une représentation. On peut se demander par quel mystère le violeur ou le Père incestueux a échappé à ce mouvement culturel, à cette image de culpabilité qu’il n’a pas intériorisée. En était-il incapable ? Ou la société ne l’a-t-elle pas énoncé assez clairement ?” 5
La place de l’écoute d’un psychologue ou d’un assistant en psychologie après une blessure comme l’agression sur une femme et avant que cela ne devienne un choc post traumatique est un travail pragmatique essentiel.
La psychologie est parfois considérée avec dédain pas les disciplines scientifiques des sciences dites exactes car elle ne repose pas toujours sur des faits mesurables et vérifiables et c’est vrai que l’objectif n’est pas pour cette science d’écrire des lois mais de se servir de la raison et des émotions pour diminuer la souffrance. On peut dire que la psychologie comme la pédagogie sont à la fois un art et une science, tout comme le médecin qui suspecte les psychologues d’être des sorciers des temps modernes appuie lui aussi sa science sur l’art de guérir en parlant.
Faire parler et demander au blessé de faire le récit de vie de l’agression est d’une bonne efficacité car tout en parlant, la personne regarde son interlocuteur qui l’écoute. Imaginons la même scène de la narration d’un viol avec tournante racontée au quidam qui passe, il va en fait commenter le récit par le langage non verbal et corporel (mimique et position) des événements et manifester à l’autre son dégoût de la scène, son désespoir ou pire son incrédulité, transformant ainsi pour la personne concernée la blessure en traumatisme.
Par contre, s’il s’agit d’un assistant en psychologie formé aux notions clés de la psychologie humaniste de Carl ROGERS (acceptation inconditionnelle de l’autre, empathie et congruence) et bien sûr aux techniques d’approche relationnelle, il en va autrement. Il partage l’émotion et utilise des attitudes non ingérantes comme l’interprétation, l’enquête ou la reformulation (PORTER) ce qui permet à l’autre d’entendre dans cette positivité globale de l’assistant psychologue un message infra qui lui dit en quelque sorte : “Je te garde mon respect et mon estime et je cherche à comprendre ce qui se passe en toi”. C’est par ce chemin de l’acceptation et de la compassion, que l’autre — l’agressé — va se resocialiser démarrant ainsi sa propre résilience.
I
LES REPRÉSENTATIONS HUMAINES

1. 1. La représentation psychosociale

QUELQUES DÉFINITIONS
“(A propos de la psychosociologie) Le caractère original et même subversif de son regard est de mettre en question la séparation de l’individuel et du collectif, de contester le partage entre psychique et social dans les domaines essentiels de la vie humaine. Il y a quelque absurdité à dire que, tant que nous sommes seuls, nous obéissons aux lois de la psychologie, nous nous conduisons mus par des émotions, valeurs et représentations. Et qu’une fois réunis nous changeons brusquement pour nous conduire selon les lois de l’économie et de la sociologie, mus par des intérêts et conditionnés par le pouvoir ou vice versa ” 6
“L’acceptation de lois et de normes du fonctionnement social comme règle du Moi et de sa mise en valeur établit des liens entre tous ceux qui pratiquent leur intériorisation. Ces liens forment les réseaux d’une identité collective. Les idéaux impliqués dans les projets collectifs d’une culture participent aussi à la construction psychique des sujets, en actualisant en eux le processus d’identification. L’individu luttant contre celles de ses pulsions dont les fantasmatisations le menacent se défend par le refoulement. Ce faisant, il obtient une sécurité conditionnelle, mais au prix de se priver d’une partie de ses ressources,” 7
“En reconnaissant que les représentations sont à la fois générées et acquises, on leur enlève ce côté préétabli, statique, qu’elles avaient dans la vision classique. Ce ne sont pas les substrats, mais les interactions qui comptent, (...) Il s’agit de comprendre, non plus la tradition mais l’innovation, non plus une vie sociale déjà faire mais une vie sociale en train de se faire.” 8

LE CERVEAU EST-IL UN ORDINATEUR ?
Le cortex pense ce qui pourrait être et c’est la créativité humaine; il anticipe ce qui sera et c’est notre mort et l’angoisse existentielle. Les neurones du cortex ne sont pas aussi mécaniques qu’un computer, ils sont en liaison avec le méso cortex ou système limbique (le cerveau des mammifères), siège des émotions et de la mémoire et lui-même, nous disent Mc LEAN et LABORIT, est en lien avec l’archéo cortex (le cerveau reptilien) centré sur nos besoins fonctionnels, donc corporels. Avec nos cellules grises (comme les crevettes les meilleures), nous pourrions indéfiniment analyser un événement mais sans arrêter de supputer. En effet, ce sont nos émotions qui, après l’analyse logique et intuitive (cerveau droit), vont nous permettre d’effectuer des choix.
La liberté de l’homme est donc très relative et la rationalité suspecte d’être infiltrée par nos désirs refoulés et nos émotions antérieures ravivant un renforcement positif ou aversif selon notre histoire de vie pour nos décisions futures.
Au niveau épistémologique, les psychosociologues savent que l’objectivité est un leurre ainsi que la vérité, il ne peut y avoir que de l’intersubjectivité (HABERMAS) et des propositions scientifiques validées par une certaine intersubjectivité (par exemple la communauté scientifique de la discipline concernée) mais ne prétendant pas être une vérité arrêtée même dans un temps provisoire. Seuls encore quelques scientifiques des sciences exactes s’imaginent l’objectivité possible comme si eux-mêmes, pour le choix de leur axe de recherche, n’avaient pas eu de prémisses teintées de subjectivité.
“Nous ne voyons pas le réel mais seulement les représentations que nous nous en faisons” (EPICTETE).
Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont car nos représentations sont toujours filtrées par les affects; qu’il s’agisse de la société ou de l’individu, nos vies sont construites avec quelques faits concrets, du symbolisme (la langue par exemple) et de l’imaginaire (la politique par exemple) et c’est au nom de ce qui en fait un “fonctionnement à la croyance” que nous allons perdre la vie pour défendre autrefois des idéaux et aujourd’hui une “Soumission à l’autorité” (MILGRAM) mortelle, telle celle de mourir pour l’Empire Américain par exemple.

LE SOCIAL-HISTORIQUE
Dernièrement, après avoir écouté une conférence sur SARTRE et FOUCAULT, j’ai conscientisé une autre dimension des “croyances” laïques : “la liberté”. Je la glorifiais sans critique depuis les deux tomes de SARTRE “Critique de la raison dialectique” en oubliant les nombreux déterminismes qui nous conditionnent simplement parce que j’avais envie de croire en ce credo. J’avais donc oublié aussi Edgar MORIN qui dit en substance que tout concept et toute idée doivent vivre à la température de leur autodissolution, soit la critique permanente, celle que devrait vivre tout citoyen ayant un projet de société démocratique. Je conscientisé également que les sciences humaines sont vraiment imprégnées de valeurs, ce qui ne peut qu’irriter un psychosociologue qui écoute un philosophe infatué, tout comme un historien marxiste ne supportera pas la psychanalyse, qu’un sociologue ne supporte pas l’art d’un pédagogue et que tous détestent franchement ceux de leur discipline morcelée (l’anthropologie) qui veulent régenter les autres, les juristes. Conscientiser nos aversions est déjà un premier pas vers la tolérance mais ne gomme pas les ressentis et les envies d’excommunication réciproque. Néanmoins, ce moment m’a permis de renouer avec une idée forte de Michel FOUCAULT qui dit en substance qu’une société se cache toujours derrière un vernis rationnel et se donne à voir lorsqu’elle est en train de sombrer.

LA CRÉATION DE LA SOCIÉTÉ IMAGINAIRE
CASTORIADIS nous dit qu’un groupe tout comme une société passe par trois moments dialectiques : 1) l’institué ou l’imaginaire du pouvoir qui est présenté comme la bonne et seule norme acceptable même s’il s’agit toujours des fantasmes dominants, 2) l’instituant ou l’imaginaire révolutionnaire sur la base de croyance comme la lutte contre l’aliénation et pour la liberté, soit une utopie qui va mobiliser une énergie psychique et sociale pour bousculer et apporter des alternatives (pas nécessairement positives comme celles de l’Irak libéré et des bolcheviques auparavant), 3) l’institutionnalisation qui est un moment de compromis et d’organisation créative entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui le voudraient bien un peu aussi (le peuple par exemple), soit un processus permanent démocratique qui du compromis va passer à des compromissions d’une politique qui dit à la fois une chose et son contraire. Cela va susciter dès lors une nouvelle rigidité de l’institué et ensuite une nouvelle contestation instituante.
Les institutions sont des fonctions vitales pour une société. Nous avons besoin d’institutions gérées dans la transparence démocratique et qui se fondent non comme on aimerait le croire sur le rationnel mais sur les symbolismes du droit, de l’économie, de la politique et de la religiosité mais aussi sur le symbole du langage vernaculaire. Les représentations, ordres, décrets, etc. sont possibles grâce à ce signifiant partagé du langage. Mais les symboles ne sont jamais neutres et la langue comme la société sont déjà là à la naissance de l’individu. Il va certes créer son sens mais aussi s’inscrire dans un sens culturel global. Les relations sociales sont — même pour les révolutionnaires — toujours instituées par des normes symboles qui dépassent la rationalité. L’imaginaire est quelque chose d’inventé, parfois une réelle innovation ou plus simplement un glissement de sens. L’imaginaire se sépare du réel existant mais doit utiliser le symbolique pour s’exprimer et exister sinon il s’agit d’un délire confusionnel schizoïde. Notons que grâce à l’apathie écoeurée des gens, ce type de discours déjanté peut passer s’il est bien mis en scène.
Mais de même, le symbolisme présuppose la créativité de l’imaginaire pour inventer une représentation de ce qui n’est pas encore, qu’il s’agisse du concept divin (un Dieu juste et protecteur de toutes les injustices de la nature et des sociétés), du fantôme de la liberté, de l’autonomie personnelle ou de l’autogestion sociale (un peu perdue de vue ces dernières décennies).
Les utopistes sont des individus devenus sujets contre l’assujettissement qui en exprimant un imaginaire radical et en diffusant celui-ci participent à l’autocréation de la société. En effet avec le temps, les idées progressistes font leur petit chemin même si en route elles sont un peu dénaturées. Par exemple les principes écologistes des rêveurs des années 1970 ont été assimilés et récupérés pas seulement par un parti institué mais par tous ...ou presque car il reste un village irréductible aux accords de Kyoto (les USA).
Dans la création permanente social-historique, il y a toujours donc une partie de réel/rationnel imbriquée dans l’imaginaire social et le symbolisme messager. L’aliénation de la société, c’est l’autonomisation et la dominance instituée d’un moment imaginaire qui fait échapper l’institution au contrôle de la société.
Il y a donc toujours conflit entre l’imaginaire des dominants (les Maîtres) et l’imaginaire immaîtrisable de la société globale. La société ne reconnaît pas l’imaginaire de l’institution comme son propre produit bétonné, elle vit et bouge, la société ne se résume plus comme auparavant dans les livres d’histoire aux dates de règne des Rois de France mais elle est aussi tissée des luttes des travailleurs pour leurs droits. L’institué du pouvoir est toujours conservateur car il aimerait conserver ses privilèges, il est donc plutôt pour le statut quo et la pérennité et l’instituant lui est trop pressé et voudrait des réformes significatives, il est donc plutôt pour le changement “réel”. Par exemple lorsque LENINE décide que le Conseil des Ministres ne s’appellera plus comme cela mais se nommera le Conseil du peuple, il s’agit d’un changement I c’est-à-dire des apparences mais les commissaires ont toujours comme du temps où ils étaient ministres leur datcha sur la mer noire.
Un changement II dans cet exemple serait “le pouvoir au soviet” ou l’autogestion, ce qui est assez insupportable pour un institué.
Evidemment, les agents du pouvoir vont essayer de convaincre le peuple que l’imaginaire institué est le “réel rationnel”; la mode actuelle par exemple chez les politiciens belges de tous bords, c’est de développer un argumentaire en trois points pour asseoir une impression de logique inéluctable. On va donc tenter de convaincre les citoyens que la vie publique étant faite de choix, on ne peut à la fois augmenter les contrôles radar sophistiqués et punir la petite délinquance qui attaque les petites vieilles à sacs à main ainsi que les vitres des automobiles.
Mais l’ensemble sera présenté à la population avec un socle instrumental étayant la bonne foi et la nécessité, c’est ce que CASTORIADIS appelle l’ensidique, c’est l’identité collective, les déterminismes, les faits concrets sur lesquels vont se construire les différents imaginaires sociaux. Ce ne sera que lorsque les historiens ne seront plus de cette époque, de celle où ils vivent, qu’ils pourront faire ressortir le côté loufoque que chaque société a institué comme son réel par les trois forces sociales : la politique, les gens d’arme et l’église. Mais en fait, l’ensemble est incontrôlable, une société est toujours une société anonyme où — comme les cellules d’un corps — les sujets composant la totalité ont de multiples significations qui leur échappent et partagent sans le savoir l’imaginaire collectif du moment; parfois, surgira un cancer ou une mutation providentielle selon la réussite de la vague instituante qui sera réprimée comme révolte si elle est trop faible et glorifiée comme révolution s’il y a émergence de nouvelles institutions.

1. 2. La représentation psychique

LES PRINCIPES DE PLAISIR ET DE RÉALITÉ
L’appareil psychique a tendance à maintenir assez bas les excitations externes ou internes et à se réguler par un “principe de constance”(FREUD) appelé aujourd’hui par les systémiciens HOMEOSTASIE. Les excitations extrêmes sont donc considérées comme du déplaisir (par exemple une sono lors d’une soirée qui crie des décibels au lieu de musique).
Il existe bien un principe de plaisir et s’il était libre, les comportements devraient logiquement y conduire mais celui-ci est inhibé par l’ordre. D’abord, celui du Moi et de sa pulsion d’autoconservation qui énoncent le principe de réalité c’est-à-dire un principe de plaisir différé/ajourné, une “tolérance” provisoire du déplaisir de l’effort par exemple au nom de la “réalité” sociale. Ensuite une autre source de libération du déplaisir consiste dans le conflit du clivage du Moi entre les pulsions (le ça) et des organisations plus policées, ce qui engendre le refoulement. La névrose est un déplaisir consistant en un plaisir qui ne peut être éprouvé tel quel.
Nous avons des perceptions que nous traduisons en représentations et qui nous font éprouver des sensations de déplaisir dont la source peut être le cri des pulsions insatisfaites mais aussi de pressions sociales extérieures pénibles qui conduisent à des sensations déplaisantes (être exclu, paumé, rejeté, non séduisant, ...) et/ou dangereuses, qu’il s’agisse de fantasmes ou de réalité, ce qui crée les névroses de guerre et les névroses traumatiques. Il peut s’agir — comme dans l’hystérie — de souffrance subjective comme la mélancolie ou les autres types de dépression se manifestant par un affaiblissement, la “fatigue d’être soi” et/ou une perturbation générale des fonctions psychologiques.
Notons que ce trait saillant de la névrose traumatique est dans l’effet de surprise,“l’effroi”. Il faut distinguer d’une part l’angoisse qui est la crainte due à l’attente d’un danger et d’autre part l’angoisse existentielle qui est une préparation face à la mort de l’entité, la peur qui suppose un objet bien défini (être battu, humilié, l’objet de quolibet et de harcèlement moral) et la situation d’effroi.
Celle-ci est un gouffre qui s’ouvre par surprise, une situation dangereuse dans laquelle on tombe sans y être préparé (la guerre, le viol, le divorce). La caractéristique des névroses traumatiques est dans le rêve répétitif de l’accident, le cauchemar onirique qui fait se réveiller le sujet avec un nouvel effroi.
Il ne s’agit plus alors pour la psychanalyse de décoder par association le sens latent du rêve de son contenu manifeste (le signifiant du signifié) car cette théorie du rêve de vouloir accomplir le désir n’a plus cours lorsque l’on est figé/tétanisé d’effroi devant par exemple un fantôme, un revenant sans consistance qui nous influence sans qu’on ne le comprenne (cf. le chapitre sur la psycho généalogie et la clinique du fantôme).
Pour revenir sur la dialectique plaisir/déplaisir, FREUD avec l’enfant à la bobine explique bien que l’enfant en lançant une bobine de bois attachée par une ficelle la fait disparaître à sa vue (comme le départ de la mère au travail) et retrouve du plaisir en tirant sur la ficelle pour la faire réapparaître, la phase de plaisir s’attachant bien entendu au retour de l’objet. Il y a donc à la base une impression désagréable qui par une répétition donne un gain de plaisir car de victime, l’enfant se rend à nouveau maître de la situation tout comme on va frapper sa poupée pour la punir ou encore l’enfant à la crèche qui frappe son voisin pour se venger du désagrément qu’il a subi ailleurs.
FREUD raconte en 1920 que la psychanalyse était avant tout un art d’interprétation d’une histoire de vie mais elle devint un pas de plus où l’on demanda au “malade” de confirmer par ses propres souvenirs oniriques la construction de l’analyste, l’art de celui-ci consistant dès lors à épingler les résistances, à les faire accepter au patient en l’incitant à les abandonner.
Il s’agit là d’un acte de pouvoir qui différencie le psychanalyste des autres intervenants (le chaman, le moine zen qui préconise de “lâcher prise” sans se fixer sur son interprétation, le psychothérapeute humaniste, le formateur psychosocial) qui eux limitent leur influence sur le sujet à l’insight, la découverte.
Comme le disait le Dr BREUER lorsqu’il travaillait sur l’hystérie en 1893 avant son alliance avec FREUD (“Essai sur l’hystérie”, 1896) : “l’explication est une partie de la guérison”, ce qui renoue avec la philosophie d’HÉRACLITE : “le lien que l’on ne voit pas est plus fort que celui que l’on voit”.
L’important dans ce descriptif est de resituer que nous sommes en 2006, que FREUD a eu son apogée à partir de 1900 et que depuis lors nous avons eu la psychologie humaniste avec ROGERS, FROMM, MASLOW, PORTER, etc.... et ces psychologues nous ont appris à respecter l’intégrité de la personne. Cela veut dire que nous pouvons mettre en place un dispositif pédagogique, que nous pouvons influencer les gens en souffrance en recadrant leur histoire de vie mais qu’après une interprétation élucidante, le job de l’intervenant s’arrête là et que le projet de vie ne regarde que la personne concernée et donc que nous ne pourrons jamais lui dire après qu’elle ait pris conscience de ses fantasmes et scénarii répétitifs ce qu’elle doit faire. L’hiatus abyssal entre la formation aidante à l’épanouissement personnel et la psychanalyse est dans une certaine ingérence décisionnelle par l’emploi du transfert. Pour les psychosociologues cliniques, seul le sujet est maître de sa vie et de ses choix et l’intervenant doit résister non pas seulement au contre-transfert (ce qui est facile lorsque la cliente n’est pas sexy) mais à son désir de puissance (JUNG).
Aider à l’analyse d’une “Situation Concrète Insatisfaisante” est la frontière qu’un intervenant même s’il pratique l’hypnose ne franchira pas alors que les thérapies psychanalytiques ont ce fantasme de maîtrise et d’entrisme : non seulement recadrer la représentation mais, avec le diagnostic, y substituer la sienne, comme si libérer la pulsion refoulée ou introduire une projection sophistiquée étaient des solutions. Seul le sujet peut trouver sa propre solution qui est en lui-même.
Le psychanalyse lui va plus loin de manière offensive : “en usant de cette influence qu’un homme peut exercer sur un autre (la suggestion du “transfert”).” 9 Mais FREUD poursuit en disant bien que dans ce projet impossible de rendre conscient l’inconscient, le “malade” ne peut pas se souvenir de tout ce qui est refoulé et sûrement pas de l’essentiel.
Et au contraire, il va rejeter le refoulé et rejouer le complexe d’ Œdipe avec le “médecin”, ce qui va remplacer la névrose antérieure par une nouvelle : la névrose de transfert 10 .Donc, on crée de toute pièce une “compulsion de répétition” et il ne s’agit pas là du travail de résistance du refoulé inconscient mais de la défense opérée par le Moi. Le refoulé au contraire voudrait venir respirer à la surface de la conscience, vaincre la pression du Moi pour se dire ou se décharger par le passage à l’acte (acting out).
La résistance à l’analyse dans la cure provient du même lien qui avait produit le refoulement à son époque. Il s’agit donc non pas d’un clivage entre l’inconscient (ICS) et le conscient (CSC) mais d’un conflit entre le Moi (dont une grande part est inconscient) et l’inconscient pulsionnel (ça). Pour le dire autrement, la résistance de l’analysé provient de celle de son Moi (pour partie préconscient (PCSC) et pour partie inconscient) contre le retour compulsif du refoulé inconscient qui frappe à la porte du Moi pour se dire.
La résistance du Moi (ICS et PCSC) est au service du principe de plaisir qui veut éviter le déplaisir de l’expression du refoulé alors que l’analyste fait appel au principe de réalité pour que le non-dit se dise (bonjour les “sériai divorces”!) 11
La compulsion de répétition est un déplaisir puisqu’elle fait se manifester des pulsions refoulées mais c’est un déplaisir par rapport à un système qui est en même temps une satisfaction pour l’autre.
Donc répression de la pulsion animale d’où déplaisir sans être en contradiction avec le principe de plaisir puisqu’il y a satisfaction directe du Moi dans sa lutte. En effet, tout ce qui est refoulé n’est pas nécessairement bon à épancher et peut comprendre une crypte du passé qui ne doit pas pour autant nous inciter à la revivre s’il s’agit d’un trauma. Par contre, la perte de l’objet d’amour de la vie infantile est un échec qui peut porter préjudice à l’estime de soi, une cicatrice narcissique à la base d’un sentiment d’infériorité “si commun chez les névrosés” dit FREUD mais nous sommes tous des névrosés car nous avons tous subi le choc traumatique de la naissance.
La fin de l’Œdipe par le complexe de castration n’est pas, comme je le pensais auparavant, un “happy end” à l’américaine, il est “échec” d’un projet, échec étant le résultat d’un non aboutissement d’une situation concrète insatisfaisante non réglée d’où la plainte récurrente la vie durant : “Je ne puis rien mener à bien, rien ne peut me réussir !” car le lien de tendresse (et non pas de possession sexuelle) qui attachait l’enfant au parent de sexe opposé est frustré et l’enfant est amer et déçu, il est jaloux de la naissance d’un autre enfant, frustré de la diminution de sa part de tendresse et sensible aux exigences croissantes de l’école. Et une punition ou des paroles sévères (des parents ou de l’école) créeront pour lui un dédain épouvantable, une trahison (infidélité) du parent aimé pour sa différence.
Les névrosés, nous dit FREUD, aspirent à interrompre la cure et à la laisser inachevée et ils savent se procurer à nouveau ce rejet de dédain en contraignant l’analyste à leur parler durement et à les traiter froidement. C’est ce que Eric BERNE, père de l’Analyse Transactionnelle (AT) va appeler une transaction enfant/parent en expliquant en fait que c’est l’enfant qui pousse le parent de l’autre à le punir et donc la relation apparente dominant/dominé n’est pas aussi transparente qu’il y paraît.
Les gens vont développer une attitude victimaire où le destin maléfique les poursuit alors que la névrose d’échec a été de fait minutieusement préparée par le sujet lui-même pour s’apporter la preuve de son insuffisance et de l’éternel retour de son film “pas de chance !” par la répétition comme un disque rayé d’un même scénario. Toutefois, il y aurait au-delà de l’écriture transparente des faits troublants de dates anniversaires que FREUD lui-même ne s’explique pas. Ces faits troublants et répétitifs ouvrent en fait la porte à la clinique trans-générationnelle d’ABRAHAM, TOROK et DUMAS dans notre modernité : la clinique de l’impensé généalogique, le “résidu non élucidé”.

LE PRINCIPE DE LA TRANSCENDANCE OU NON DE LA FORCE PSYCHIQUE
Pour JUNG, la force psychique est la possibilité dans la psyché de processus qui deviennent à un certain degré efficaces et l’énergie psychique est la possibilité incluse dans ces processus d’actualiser cette force.
Dans une expérience, il y a toujours de l’énergie sous forme potentielle (situation, conditions) et sous une forme active (mouvement et adaptation de la force).
L’énergie psychique apparaît dans les phénomènes mentaux dynamiques (désirs, vouloir, affect, attention, rendement,...) qui sont des forces et l’énergie potentielle apparaît dans les acquisitions spécifiques (disponibilité, attitudes, développement personnel,...) qui sont des conditions. Si la psyché ne se composait que des processus du cerveau (même parfois un peu trouble), nous pourrions parler d’énergie physiologique du cerveau.
Si le psychologue WUNDT affirme qu’il y a des choses obscurément conscientes, sans le contredire, JUNG surenchérit en disant que la psyché ne se limite pas à l’obscur du cerveau mais se prolonge dans l’inconscient (rappelons que les psychologues de l’époque et les psychanalystes n’étaient pas sur le même monde conceptuel).
Selon WUNDT et son point de vue mécaniste, l’énergie psychique est une substance qui s’accumule au cours des âges (les âmes ?) et il n’y a donc pas de déperdition d’énergie (la révolution du second principe de la thermodynamique, l’entropie, n’était pas encore conçue).
Selon JUNG et son point de vue énergétique, c’est l’inverse : la substance est l’expression/le signe d’un système d’énergie. La libido s’exprime par le symptôme et ne peut se détacher de lui sans substitut : une partie est refoulée dans l’inconscient avec la formation de fantasmes et une autre partie migre dans la conscience et peut être utilisée de façon intellectuelle ou artistique (la sublimation) ou troubler les “parties supérieures des fonctions physiologiques cérébrales”.
Epinglons que ce qu’écrit JUNG est en totale harmonie avec les théories de Pierre JANET sur la dépression par fatigue d’être soi liée à l’exploitation humaine et à la surcharge du travail.
Pour faire des liens avec le corps, la psyché et l’inconscient, il nommera alors l’énergie psychique d’un nouveau concept plus vaste l’énergie vitale. FREUD comme JUNG ont toujours été des scientifiques et l’on fait parfois un procès d’intention mystique à JUNG, qui n’est pas justifié.
Il écrit au contraire qu’il faut se garder de confondre l’énergie vitale avec une prétendue force vitale car celle-ci ne pourrait alors qu’être une spéculation métaphysique à propos d’une énergie universelle. Il a donc renommé son énergie vitale libido pour distinguer l’énergie biologique et psychique d’une transcendance universaliste. Notons que FREUD utilise également le même concept de libido 12 mais avec une signification recentrée uniquement sur la sexualité (libido du moi et libido d’objet).
“La surestimation de la sexualité par FREUD l’a conduit à ramener à elle-même les transformations qui correspondent à d’autres forces spécifiques de l’âme, coordonnées à la sexualité; ce qui provoqua le reproche de pansexualisme qui lui a été fait, non sans raison. L’insuffisance de la conception freudienne gît dans l’unilatéralité vers laquelle penche toujours la conception mécaniste-causale, c’est-à-dire dans cette simplification qui tient d’autant moins compte du sens du produit ainsi réduit par l’analyse qu’elle est plus vraie, plus simple et plus étendue.” 13
JUNG est un systémiste avant la lettre et refuse la simplification “stimulus-effet” trop mécanique pour les sciences humaines. Il peut bien sûr y avoir DES effets qui produisent des phénomènes mais aussi DES effets qui rétroagissent sur DES causes. Un exemple d’effet voulu qui engendre une cause : je veux retrouver l’amour de maman “fixation à la mère” et je régresse. La libido qui rétrograde vers l’imago maternelle pour y retrouver ses bons souvenirs va passer de la mère à la Vierge Marie, d’un système sexuel à un système mystique.
Tout comme l’explique CASTORIADIS, les causes et les effets interagissent l’un sur l’autre : l’homme trouve la société déjà là, ce qui l’influence et lui influencera en retour la société se faisant. La conception finaliste considère des moyens en vue d’une fin, la réalité est symbolique et pour l’attitude causaliste, la réalité est le réel du phénomène tandis que pour les systémistes, il y a la complexité de l’interaction dialectique. Mais il ne s’agit bien entendu que d’hypothèses, des représentations qui peut-être peuvent orienter notre existence en faisant avancer le “schmilblick” de la connaissance provisoire sur notre espèce si complexe.
Tout n’est que représentations subjectives mais au nom des femmes afghanes cachées derrière leur burka, enfermées et battues au nom d’une religion moyenâgeuse, toujours en 2006, je propose que nous continuions à douter de la science se faisant ...en lieu et place de nos certitudes qui ont tellement causé de morts et de souffrance à l’humanité.
La représentation défaitiste fait exister le malheur; Paul WATZLAWICK parle des prédictions qui se réalisent toutes seules. Pourtant, tout est relatif et peut être recadré : par exemple, le bébé qui a un bobo va se faire consoler chez sa maman qui, d’un gros baiser sur le bobo ou d’un “gros câlin”, le fera partir et le chagrin s’envole. De même, quelqu’un qui a vécu un événement douloureux et qui le raconte de façon humoristique modifie sa souffrance par cet auto recadrage par le sourire. L’humour et l’autodérision sont toujours libérateurs et exorcisent le trauma.
Il en va de même pour la personne qui, après un choc traumatique, peut se libérer par la parole en racontant à d’autres humains sa peine dans un séminaire en histoires de vie. Ou encore le blessé amputé qui grâce à l’autohypnose peut voyager dans son corps pour demander aux autres cellules de calmer la peur qui dans le cerveau provoque la douleur du membre qui n’existe plus.
Notons que si l’humour est un baume, il n’en va pas de même de l’ironie qui est — n’en déplaise à VOLTAIRE - une méchanceté comme les plaisanteries racistes ou sexistes sur les blondes (FREUD à son époque avait de sérieux préjugés machistes).
“La carte n’est pas le territoire” et il en va de même de la représentation; lorsqu’en groupe, on peut par exemple confronter nos divers drames et les relativiser, c’est un peu comme la maladie : certains seront anéantis par une grippe et d’autres arriveront à rigoler avec une pneumonie.Et en effet se tracasser pour une douleur ne fait pas diminuer celle-ci mais l’intensifie et notre angoisse se double de la souffrance de la dramatisation.

LES INCONSCIENTS ET LES CERVEAUX
Au fil de l’évolution des espèces, le cerveau s’est complexifié tout en conservant des reliquats des systèmes antérieurs. Dans une autre perspective que celle de l’inconscient “vertical” des profondeurs de FREUD et celle de l’inconscient horizontal de JANET des hémisphères gauche (analytique) et droit (intuitif) repris et développés par l’Ecole de PALO ALTO, Henri LABORIT 14 , biologiste et psychosociologue évoque la structure cérébrale de McLEAN 15 comme la résultante de trois cerveaux superposés lors de l’évolution : le système nerveux primitif des reptiles, le système limbique et le cortex.

Nous avons plusieurs consciences en nous :

• Celle animale de la pulsion de vie, de la volonté de vivre comme entité, un inconscient archaïque qui prend sa source dans le cerveau reptilien et qui n’a rien à voir avec l’inconscient archaïque culturel et symbolique de l’humanité de JUNG.
• Celle du corps , de ses perceptions et sensations qui en relation avec notre “cerveau droit” intuitif sera prioritairement le siège de l’affectif et des émotions : une dimension incontournable pour nous permettre de faire des choix dans les propositions analytiques du “cerveau gauche” où siègent prioritairement la raison et la logique.
“Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la “chose pensante”, et du corps non pensant, qui est caractérisé par une “étendue”, et des organes mécaniques. Mais le fait d’exister a précédé celui de penser. Ceci est vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous développons, nous commençons par exister et seulement plus tard, nous pensons. La pensée découle, en fait, de la structure et du fonctionnement de l’organisme. 16
• Celle enfin du cortex associatif qui nous permet par des recombinaisons de rêver ce qui n’existe pas...ou pas encore avec l’imagination, la symbolique, la créativité et l’invention : la société est une institution imaginaire en évolution constituée de toute pièce par les besoins des hommes de se donner des structures pour vivre ensemble.

La prise de conscience de la distinction entre le monde intérieur (le Soi) et le monde extérieur (l’environnement) est appelée chez Jacques LACAN le “stade du miroir” et chez le psychopédagogue Jean PIAGET “l’intériorisation des actions” ou encore “la fonction sémiotique”. Il s’agit de distinguer un objet par un signe et donc de se forger par les associations sensori-motrices une représentation de l’objet.

LE CERVEAU REPTILIEN
A l’aide des organes des sens, ce cerveau primitif est un capteur de variation entre son organisme et l’environnement et aussi un outil pour réagir et maintenir la stabilité de sa structure.
Par exemple, le serpent a faim : des signaux internes stimulent l’hypothalamus et il se met en quête de nourriture; si le prédateur attrape une proie, l’équilibre interne est restauré et un autre groupe de cellules de l’hypothalamus restaure un comportement de satiété. Il s’agit de comportements instinctifs stéréotypés (manger, boire, copuler) qui ne tiennent pas compte de l’expérience car la mémoire à court terme ne dépasse pas quelques heures.
Par l’arc réflexe et l’hypothamalus, le cerveau vise à l’homéostasie, la stabilisation de l’organisme vivant en régulant ses paramètres physiologiques. Pour faire des liens entre la sensation de bien-être et la culture psychologique freudienne, on pourrait parler du PRINCIPE de PLAISIR.

LE CERVEAU DES MAMMIFÈRES
Le système limbique ou cerveau intermédiaire est le siège de la mémoire à long terme et de l’affectivité. Une situation vécue antérieurement est évaluée agréable ou désagréable et mémorisée afin qu’un affect - ou résurgence de la sensation d’une expérience précédente - puisse émerger.
Il y aura alors renforcement et répétition de l’expérience agréable 17 et fuite ou évitement de l’expérience désagréable.
Tout système est constamment à la recherche de son équilibre, de sa stabilité. Les comportements de lutte sont guidés par la mémoire des choses gratifiantes et les comportements de fuite (nociceptifs) pour échapper aux effets des choses déplaisantes. La non possibilité d’action (lutte ou fuite) peut conduire à la sidération et à la dépression. Certaines aires cérébrales peuvent constituer ce que l’on appelle le “système inhibiteur de l’action” (SIA).
Notons qu’un animal dans l’impossibilité de fuir devient, sous le coup de la souffrance, agressif. Par exemple, un chien attaché donc en inhibition d’action se montrera méchant; de même, un homme en inhibition d’action psychique montrera de l’apathie ou de l’agressivité. Toutes les frustrations peuvent susciter une réponse par la violence verbale ou la violence physique ( l’incivilité dans les écoles de relégation comme l’enseignement professionnel par exemple). Autrement dit, l’agressivité/agression (ne pas confondre avec la nécessaire agressivité pour la vie de la gestalt de PERLS) est un apprentissage résultant de la douleur, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’être “méchant” inné, il n’y a que des “souffrants”. Selon LABORIT, les pulsions (drives) sont les “états internes provoqués par des variations survenant à l’intérieur de l’organisme” et les émotions sont “des états internes qui sont surtout provoqués par des événements extérieurs à l’organisme” et stockés dans la mémoire limbique, autrement dit l’évocation d’un événement extérieur appris peut susciter l’émotion sans qu’il y ait un stimulus externe.
La motivation naît de la combinaison d’une pulsion (l’inné) et d’une émotion (l’acquis), elle peut être positive ou négative. Qu’ils s’agissent de mécanismes innés ou acquis par l’expérience, la finalité est toujours le maintien de la structure organique. L’émotion peut cacher sa source par la subjectivité du sujet ou également cette expérience mémorisée peut être refoulée dans l’inconscient.
Le système limbique est un paléocortex indispensable à la fixation des expériences par la mémoire et chemin des influx nerveux - par le médiateur chimique de la dopamine - pour se fixer au niveau du cortex. Pour l’apprentissage, la mémoire à long terme passe par le système limbique pour se fixer dans les cortex gauche ou droit selon que les informations soient verbales, abstraites, auditives ou visuelles.
Le stress est un stimulus nociceptif qui se répète (il n’y a pas stress sans mémoire) et qui provoque des perturbations comportementales et des lésions somatiques.
Chaque stimulation positive ou nociceptive va être appréciée différemment selon les sujets même s’ils avaient la même expérience sociale antérieure. Les histoires de vie sont toujours particulières et les souvenirs des relations vécues avec les autres et l’environnement sont d’impacts relatifs pour des personnes différentes. Le sujet est unique, présent dans l’ici et maintenant, avec son passé mémorisé conscient, inconscient ou réinventé.

LE NÉOCORTEX OU CERVEAU ASSOCIATIF
Nous sommes une espèce qui a développé le cortex avec les neurones de surface et cela nous donne une sensation de conscience. Nous avons deux autres cerveaux automatiques : le cerveau reptilien et le cerveau limbique sous le cortex (avec un rôle sensoriel : l’olfaction et un rôle comportemental : les émotions et l’affectivité). C’est le cortex qui nous donne la conscience d’exister hors de la matière.
Nous sommes l’expression de la matière qui prend conscience d’elle-même et qui se tourne vers l’univers. Antonio DAMASIO dans son ouvrage “L’erreur de DESCARTES. La raison des émotions” évoque le cas de Phineas GAGE en 1848 qui ayant reçu une barre de fer dans le lobe frontal et ayant survécu est devenu quelqu’un d’autre en perdant ses émotions. Nous n’avons pas de sens mais l’univers aurait-il un sens ?
Cette couche de “cellules grises” du cortex possède des aires associatives qui, à partir de différentes afférences, permettent de concevoir une représentation mentale de soi et du monde, la proprioception. Les éléments mémorisés peuvent être recombinés de façon différente de l’expérience vécue, le cerveau peut ainsi créer des structures imaginaires, des hypothèses qu’il peut agir pour en vérifier le bien-fondé sur le terrain (la pensée scientifique) OU également des explications symboliques pour répondre à son angoisse de la mort (la pensée religieuse). On peut se distancier de l’objet observé et de l’expérience vécue (et ou du mythe) par le langage qui permet l’abstraction et par l’intelligence réflexive et créatrice.
Le rôle de l’apprentissage est important pour l’expérience consciente. Notre cerveau n’est pas un ordinateur mécanique mais possède une plasticité adaptative qui nous permet, par l’apprentissage, d’anticiper les conséquences de nos actes et donc de moduler nos réponses face à un environnement dynamique et mouvant.
Nous peinons pour apprendre à conduire une auto puis le schéma des séquences une fois inscrit, nous pouvons conduire “machinalement” tout en faisant autre chose (parler avec le passager par exemple); on pourrait classer ce processus d’automatisation dans un domaine entre le conscient et l’inconscient : le préconscient.
L’apprentissage par intégration des gestes répétés (comme par exemple l’aïkido) modifie le poids de nos représentations dans notre conscience subjective et à l’autre bout du système mental, la prise de conscience amplifie les représentations importantes pour le contrôle souple de l’action ici et maintenant. La parole est nécessaire pour notre socialisation mais plus encore l’est l’action; c’est par l’agir que nous construisons notre perception du monde mais aussi notre monde.
Depuis DAMASIO et sa théorie des marqueurs somatiques, on sait qu’il n’y a pas de raison sans émotion, qu’il n’y a pas de cloisonnement entre le système limbique, siège des émotions et le cerveau cognitif logique et rationnel. Le cortex cingulaire (antérieur dans le cortex frontal) permet le traitement des conflits en intégrant le contrôle moteur, le traitement cognitif et les questions affectives pour réaliser le meilleur choix d’action malgré les déterminismes, c’est-à-dire l’influence des facteurs socio-culturels sur le raisonnement.
Des hypothèses aujourd’hui en désaccord comme la psychanalyse et le cognitivisme pourront sûrement un jour trouver un terrain métasystémique d’articulation. Autrement dit si certains cognitivistes se gaussent d’un inconscient non prouvé qui serait source de nos désirs et angoisses et capable d’influencer nos comportements, il ne faut pas glisser dans le même piège de l’excommunication. Il faut tout au contraire écouter les découvertes passionnantes des neurosciences pour les articuler avec par exemple les divers types de psychologie (sociale, différentielle, du langage, etc.).
Nos yeux et notre corps réagissent plus vite que notre esprit qui est toujours un peu décalé par rapport au stimulus; la pensée est une conscience interprétative ayant au préalable obtenu un consensus de diverses régions du cerveau dans un “espace de travail neural” (gyrus angulaire du cerveau), sorte de coordination. A cette lecture neuroscientifique, il est nécessaire de coupler l’empreinte anthropologique et culturelle qui nous pousse à un fonctionnement à la croyance. Par exemple, un pasteur ayant assassiné un gynécologue qui pratiquait des avortements peut ne jamais douter du bien-fondé de son geste.

RETOUR CRITIQUE SUR L’INCONSCIENT FREUDIEN
Le danger de l’inconscient ne réside pas uniquement dans les frustrations et le refoulement mais aussi dans ce qui est valorisé de l’inconscient dans la réalité socioculturelle. La pulsion de domination, la soif de pouvoir sont autorisées, récompensées et valorisées dans notre civilisation. On ne conscientise pas l’horreur d’un chef de guerre qui envahit un autre pays pour, dit-il, le libérer, une opération qui va se solder par la mort effective de plusieurs humains.
Le pouvoir de l’exploitation de l’homme par l’homme, tout le monde peut le voir mais personne ne s’en inquiète car il est considéré comme logique par ses discours politiques et comme conscient par sa généralisation sur la planète. Autrement dit, la pulsion de domination est une partie de l’inconscient qui n’est jamais remise en question puisque qu’on ignore sa présence.
“Si la solution “édicamenteuse” proposée pour remédier à la souffrance dans la sphère sociale et individuelle ne tient aucun compte des causes des conflits dans le domaine en question, il est probable que son efficacité ne durera pas longtemps. Elle aura peut-être remédié à un symptôme, mais ne se sera pas attaquée aux racines du malaise.” 18
La thérapeutique s’est trop souvent limitée à soigner l’individu pour le rendre conforme, pour le contraindre à suivre une logique économique établie par les dominants, elle s’est trop peu souvent souciée de permettre à l’individu d’être lui-même, autonome dans un environnement sociétal qui serait démocratique.
Nous avons une représentation subjective de la société selon les critères autovalidés de notre époque et de nos valeurs. Le paradigme historique est mouvant et à une autre époque les valeurs peuvent s’inverser. La thérapeutique va soigner la lésion organique sans se soucier de ses causes psychosociales.
Dans une cage de SKINNER, le rat qui reçoit des chocs électriques et ne peut pas fuir, va agresser son congénère car il ne perçoit pas la cause réelle de son mal être qui est le dispositif expérimental avec la cage. De même, le médecin qui va pratiquer une gastrectomie pour soigner un ulcère de l’estomac ne prend pas en compte l’environnement et la présence de la belle-mère à l’origine de l’affection.

LA VOLONTÉ DE VIVRE
L’animal aux abois poursuivi par des chasseurs tremble de tous ses membres et cherche à se cacher ou à s’enfouir car il a la terreur de la mort et il est poussé par sa volonté de vivre.
Il en va de même pour l’homme : l’instinct de survie est sa volonté, celle-ci est aveugle et dépourvue de connaissance, c’est une pulsion de l’être.
“L’inconscient serait ce réseau de communication propre à l’animal et au vivant, ce préverbal et ce corporel qui tisse la trame d’un corps qui n’est jamais individuel, mais d’emblée corps social.” 19
La connaissance vient par l’éducation s’ajouter après à cette volonté, il y a lutte dialectique entre ces deux principes : la réflexion et la volonté.
Notre investigation cérébrale est dirigée vers le dehors car elle s’est produite pour servir à la conservation de nous-même. Chacun ne connaît de soi que l’individu tel qu’il se constitue dans sa perception externe. La conscience est à la base de nos pensées mesquines et de nos interminables soucis.
Nous ne pouvons pas appréhender la vérité absolue car elle dépasse nos capacités cadenassées par la supposition du temps, nous ne pouvons concevoir que des vérités relatives car par notre connaissance nous nous formons des représentations abstraites (des concepts) et une apparence phénoménale. La connaissance n’est qu’un effet de la nature animale de notre moi.
L’intellect est une propriété intéressante mais secondaire de notre être. Il y a la conscience qui surgit de l’intellect de notre cerveau associatif; lui-même fait partie d’un complexe avec le système limbique siège de l’affectivité et le cerveau reptilien siège de la survie. Ce complexe cérébral fait partie d’un ensemble qui est le corps et en deçà de ces représentations conceptuelles et de ses formes matérielles gît un vide immatériel : la volonté de vivre de l’espèce.
Il est difficile pour le MOI de concevoir que sa forme personnelle n’est qu’une petite partie de son être véritable. La connaissance sert à la conservation du MOI comme par exemple la recherche de notre nourriture et donc chacun ne connaît de SOI que cette perception externe d’où cet attachement à la forme. L’existant est conscient par son intellect et aussi limité par cet intellect à la seule vision du monde de son individualité. Le temps est relatif, c’est la forme de la connaissance que nous avons de notre existence et de celle des choses qui nous entourent. Notre vision est limitée à la représentation des phénomènes, l’existence de l’homme est un phénomène éphémère. Il est impossible de connaître le réel dans son essence absolue dit EPICTETE : dire “je connais”, c’est se faire une représentation, je me représente l’être en soi sous sa forme de personnalité (la persona de JUNG), une apparence phénoménale.
Le principe primitif de la volonté de vivre n’est ni la conscience ni le cerveau qui lui sert de substrat, l’intellect est juste une propriété du cerveau qui produit la connaissance, un effet humain de la nature animale de notre MOI qui repose sur la structure intermédiaire du corps.
Pour synthétiser, le cerveau permet la pensée et la remémoration de celle-ci mais le larynx avec ses cordes vocales en permet la traduction verbale et grâce à ce partage parolier, le sujet peut remanier sa représentation du monde. Après l’instinct, l’émotion, la mémoire et l’anticipation raisonnée et créative, il existe un quatrième stade, hors de l’organisme proprement dit et situé dans l’espace interstitiel entre deux (ou plusieurs) individus séparés physiquement, celui des perceptions échangées lors de la communication. Il existe un lien inter mental des humains communiquant par le verbal, le non verbal (mimiques et gestuelles) et le partage des émotions. Avec l’autre, les autres, qui interprètent nos pensées/paroles, nous pouvons ensemble créer un autre monde plus proche de nos aspirations (humanistes, démocratiques, spirituelles,...).
Il y a aujourd’hui un monde de la spéculation où certains vivants comme les plantes et les unicellulaires se contentent d’extraire l’énergie du milieu, de l’utiliser et de rejeter les déchets (aujourd’hui très polluants par les artefacts des organismes évolués). Il y a aujourd’hui un monde du politique où certains hominidés ont la capacité théâtrale d’agir sur les émotions et les représentations des autres en faisant “comme si” ils partageaient leurs préoccupations, une exploitation psychologique des autres organismes. Et il y a toujours eu des organismes suffisamment séparés pour qu’on puisse les considérer comme des cellules indépendantes mais qui éprouvent quand même la nécessité d’être ensemble. Etre AVEC les autres peut être un paradoxe de la complexité du monde des vivants que l’on appelle la SOLIDARITE et la COOPERATION.
Le nourrisson passe par différents stades d’évolution : il est dans le milieu amniotique puis il devient un tube digestif lié au sein; puis il fait “comme si” en copiant les attitudes et mimiques de celui/celle qui l’élève; et enfin il peut ressentir des affects, des émotions et partager la tendresse dont il est l’objet en rendant les caresses et les bisous qu’il a lui-même apprécié. La loi de la jungle néolibérale et la lutte des espèces par la compétition sont des dogmes de notre société sans âme de la consommation et du profit.

LA PRISE EN COMPTE DE L’ÉMOTION
Au début du XX°, le médecin danois LANGE et le psychologue William JAMES 20 défendent, contre les théories physiologistes de l’américain CANNON, la théorie des émotions suscitées par un événement extérieur. A la suite d’une événement, le corps a des perturbations viscérales et périphériques et celles-ci sont la source des émotions, la conscience ne fait que suivre les réactions corporelles. Il y a interaction entre le monde extérieur, le corps et la conscientisation de l’esprit, partie du corps appelée aussi cerveau.
Nous avons donc une perception suivie de modifications organiques puis ensuite la conscience du fait psychique émotionnel, émotion qui elle-même lorsqu’elle y réfléchit avec l’alliance système limbique et cortex fabrique les sentiments. JAMES écrit qu’une “émotion humaine sans rapport avec un corps humain est un pur non-être.” 21
Il y a une complexité systémique entre la perception et les modifications organiques avant que surgissent dans la conscience une émotion puis la représentation sur le visage de cette émotion à l’attention d’autrui.
Autrement dit, ce lien complexe entre perçu, conscience corporelle et émotion fera que le comédien qui exprime une émotion de commande du metteur en scène vivra celle-ci comme si elle était authentique dans son corps. Les émotions disent en substance à la psyché l’état du corps : “sens mon corps comme il est triste” dit l’émotion.
Le déclenchement des émotions s’effectue aussi sur l’évaluation de la signification d’un événement pour l’individu, le monde affecte son corps et le corps rétroagit sur le monde. Mais par exemple la phrase “je ne t’aime plus” prononcée par un être cher ou par un parfait inconnu assis à côté de moi dans le bus n’aura pas le même impact émotionnel. Le quidam du bus sera considéré comme un pataphysicien ou comme un cinglé et provoquera plutôt de l’amusement que de la tristesse.
Le projet de la psychologie bouddhiste de se détacher de nos émotions et de les regarder naître avec une certaine distanciation pour empêcher qu’elles nous dirigent ou nous fabriquent est un excellent principe pour lutter contre la souffrance mais avec modération car sans émotion ni passion, nous ne serions plus que des zombies avec un sourire commercial artificiel dessiné sur notre masque social. Mais il est vrai qu’avec l’exacerbation de nos tempêtes émotionnelles, nous faisons exister le monde gris et morose qui nous étouffe. La personne aigrie souvent en colère n’a probablement pas beaucoup d’amis et elle souffre de cette solitude de rejet et devient donc encore plus aigrie. PASCAL aurait pu dire : “Faites semblant de croire que le monde est beau et il le sera déjà à moitié !”
Et si nous nous appliquions à sourire ? Le nourrisson sourit aux anges, puis à la mère, puis aux proches. Puis le sourire se chargera du désir de séduire. Le sourire de l’enfant attend une réponse et la mère morne, fatiguée, absente et inexpressive va le casser. Sans les mimiques affectives de la mère (sans son âme), l’enfant perd son tonus et s’affaisse.
Certains sourires viennent de l’intériorité du sujet et en particulier le “sourire DUCHENNE” comme l’appelle EKMAN 22 en hommage au médecin qui en a fait l’étude au XIX°. Le sourire usuel consiste au relèvement des commissures des lèvres par contraction des muscles “grands zygomatiques” et aussi un muscle superficiel circulaire qui entoure l’œil “l’orbiculaire”, la partie latérale externe du muscle se contracte et forme la patte d’oie qui fait sourire le regard. On ne sait si sourire des yeux est lié à un état intérieur de contentement ou si à l’inverse, le geste souriant entraîne la sensation de bien-être. Le sourire bouche ouverte n’apparaît pas avant 10-18 mois et reflète un contenu affectif joyeux. Si on demande à des enfants lors d’un spectacle de clowns de ne pas sourire, cela supprime aussi en eux la joie.
Faut-il uniquement se recentrer sur l’émotion et le ressenti ? Dans les années 1970 ont fleuri des thérapies corporelles comme la bioénergie, la gestalt, le cri primal, le rebirth, etc. où il fallait oublier les pensées analytiques de l’hémisphère cérébral gauche pour s’exprimer par le corps et le cri. Cette vague New Age était bien séduisante pour l’ego, mais après avoir crié ou pleuré, qu’est-ce qu’on fait ?
C’est là la distinction entre les moines qui se veulent psychologues du ressenti et les psychologues qui ne veulent pas que leurs patients ou eux-mêmes deviennent moines; ils ne veulent pas non plus le projet bouddhiste de cesser d’être mais au contraire que les gens développent plus d’être, plus d’affirmation de leur identité. Tout psychothérapeute dira toujours qu’après avoir exprimé sa peine, il faut qu’en groupe, l’analyse se fasse en explicitant les perceptions de l’hémisphère droit et en recodant par l’hémisphère gauche.
Si je reste au seul ressenti, je vais crier ou pleurer toute ma vie en boucle narcissique. On ne peut pas dissocier le YIN du YANG de nos modalités cérébrales disent le TAO, SPINOZA et DAMASIO.
Le surmoi et la culpabilisation religieuse sont en déliquescence et détrônés dans notre modernité par l’Idéal du moi narcissique; l’ancienne culpabilisation (plus forte chez les protestants que chez les catholiques qui peuvent obtenir l’absolution pour recommencer à pécher) cède la place à l’ambition démesurée de l’Idéal du moi perfectionniste et à la déception que ce fantasme ne peut que susciter. Alors il faut réintégrer la prière comme la méthode Coué et réciter une profession de foi morale (genre dix commandements ou les cinq entraînements bouddhistes) qui deviendra une reculpabilisation : dans toutes les religions par exemple les péchés de chair, de ripaille et de bon vin semblent prendre plus d’importance que l’horreur de tuer, autrement dit des préceptes essentiels “comme ne pas tuer” sont banalisés avec des fadaises de pieuses gens coincés assorties de directives d’un néo-surmoi employant les injonctions “il faut” et “tu dois”(tue toi)
Il n’y a de sublimation que pour les activités artistiques et intellectuelles répète avec force FREUD, le juif sans dieu qui voit d’un mauvais œil (celui qui était dans la tombe et regardait Caïn) la récupération de son concept par les mystiques. La prière peut conduire à l’extase et à la transe, jamais à une saine canalisation de la libido en énergie de vie puisqu’elle est d’office refoulée par toutes les religions. Par contre, au lieu de l’hyperactivité cérébrale de l’excitation de l’extase mystique, on peut pratiquer des techniques pour calmer le fonctionnement de l’esprit, comme la méditation, pour que le cerveau — partie du corps — soit en hypoactivité, se calme et se détente.
Pour mémoire, ce sont les perturbations dues aux perceptions du corps qui vont créer les six émotions psychiques qui sont la joie et la tristesse (le chagrin, la douleur physique, la souffrance psychique), la peur et la colère, l’amour érotique et la tendresse maternelle et la haine. Remarquons les couples dialectiques : nous sommes heureux lorsque nous ne souffrons pas, c’est la peur qui fait aboyer de colère et lorsque nous n’aimons plus, nous avons du ressentiment pour notre ex-libido d’objet et nous retournons chez maman.
Selon le TAO, les émotions donneront des sentiments qui deviendront des attitudes, comme l’attitude envieuse ou celle de compassion, sans rien faire de spécial (le WOU WEI) comme comportement extérieur bien visible si ce n’est un énorme travail d’apaisement de nos émotions négatives.
“Quel est l’objet qui a déclenché l’émotion en jeu ? Comment l’objet causatif affecte-t-il la personne qui ressent ? Quelles sont ses pensées maintenant ? Dans le contexte autobiographique, les sentiments engendrent un souci pour l’individu qui les vit. Le passé, le présent et le futur anticipés sont convoqués et ont ainsi plus de chances d’influencer le raisonnement et la prise de décision.
Lorsque les sentiments sont portés à la connaissance du soi au sein de l’organisme qui les possède, ils bonifient et amplifient le processus de gestion de la vie. La machinerie qui se trouve derrière les sentiments permet les corrections biologiques nécessaires à la survie en communiquant des informations explicites quant à l’état des différents composants de l’organisme à chaque moment. Les sentiments apposent sur les cartes neurales concernées un timbre sur lequel on peut lire : “Indique ça !”.” 23
Le formateur psychosociologue (et/ou le psychothérapeute) va dépasser l’auto contemplation “nombrilaire” du cri pour écouter avec empathie 24 .
Ecouter avec une attention inconditionnelle de bienveillance suppose de ne pas interférer par un message qui pourrait être compris comme frein, donc la communication non verbale montrant l’intérêt non jugeur pour ce qui se dit et des signaux phatiques (tels mmm ! oui !, continue !, ...) sont suffisants pour ne pas couper la narration.
Lorsque l’exposé est terminé, une reformulation analytique de toutes les idées émises confirme l’attention sans faille. Et au contraire des gourous qui diront très vite ce qu’il faut faire ou non, l’intervenant psychosocial se borne lui à exprimer son interprétation, les émotions qu’il a lui-même ressenties, sans que celles-ci ne deviennent des projections (un transfert).
Respecter et utiliser les émotions en lien avec le cortex, ce sera le travail de développement personnel du psychosociologue vigilant à éviter les débordements et abus. En effet, à la fin d’une formation résidentielle en dynamique de groupe par exemple, si les participants ont partagé des émotions dues à l’authenticité et à la sincérité des membres du groupe, il peut y avoir une “illusion groupale” de ce moment rare de bienveillance mutuelle et le groupe en fin de séminaire va mettre peut-être plus d’1/2 h pour se quitter avec la nostalgie de cette communication positive où joie et amour se mélangent. C’est à ce moment clef qu’un manipulateur gourou peut inscrire le groupe en “groupe fusionnel” sous sa dépendance.
Les trois axes du pouvoir sur les hommes sont le politique, l’armée et la religion et chacun de ces axes utilise les émotions pour domestiquer les foules comme l’amour du Führer et la haine contre les juifs, les handicapés, etc.
L’armée a pour vocation de cultiver la haine de l’ennemi et de prôner de faire la guerre au lieu des choses agréables de l’amour physique, du plaisir et de la joie de vivre. Et les nouvelles armées cultivent une abjection sophistiquée de conjuguer les trois émotions négatives : la colère du DJIHAD (la guerre sainte), la haine pour ses chiens d’infidèles, ainsi que celle des peuples dont on a violé les femmes pour provoquer leur dégoût et la douleur ressentie par les enfants innocents tués à l’aveugle par les fanatiques fondamentalistes (les bombes humaines des intégristes islamiques ainsi que leurs opposants croisés de l’axe “du bien” de BUSH en boucherie).
Le phénomène religieux va s’arc-bouter sur la peur de la mort (angoisse existentielle) et la colère de l’injustice ressentie par la perte d’un être cher pour régenter le spirituel et le nom du père. Pour mémoire, tout croyant est respectable et doit être respecté dans sa quête personnelle de spiritualité par une tolérance universelle. On a souvent tendance à confondre le rejet des églises temporelles avec cette recherche d’une fraternité spirituelle. Le principe divin est assez flou pour que Dieu (s’il y a) y reconnaisse les siens; en effet, les catholiques progressistes sont déistes lorsqu’ils disent que Dieu est en nous, tout comme les bouddhistes sont un peu panthéistes lorsqu’ils disent en substance que la nature du BOUDDHA c’est nous et nous sommes la nature.

LA DÉPRESSION ET LE CONFLIT SOCIAL

L’inconscient et la société
L’évolution actuelle du monde est à la “déconflictualisation” dans la psychiatrie comme dans le politique. En effet, du temps de la “lutte des classes” existait pour les travailleurs un groupe d’appartenance qui créait en somme une identité et une solidarité collective. C’est grâce aux luttes sociales du début du XX° s. que la notion d’intervention sociale est née avec des lois comme la législation du travail, le droit au chômage et l’assurance des mutualités, mais aussi avec des organisations des travailleurs comme les syndicats et les représentants politiques et également avec des structures d’émancipation sociale comme l’école gratuite et l’éducation permanente (alphabétisation, instruction, développement personnel, conscientisation, citoyenneté responsable).
Cette adaptation de la société (institutionnalisation) - prenant en compte la tension très profonde des injustices sociales - a permis un peu partout d’éviter des guerres civiles. La lutte contre les inégalités des chances et la répartition plus juste de la richesse produite ont été des compromis historiques qui se sont lentement vidés de leur sens pour devenir aujourd’hui des compromissions (appelées aussi “compromis à la belge” synonyme de non sens). Le conflit social dans un contexte démocratique a permis à la masse majoritaire du genre humain d’avoir un sens, un but pour les générations futures sans un souverain père qui décide de tout et pour tous.
Au niveau psychique, il en allait de même : la personne par le conflit — acquérait une structure symbolique permettant de sublimer la division du moi constitutive de l’unité du sujet. L’impossible satisfaction du désir (aboutissant aux névroses) ne veut pas dire que le désir n’est pas important, celui de s’éduquer et de faire la révolution par exemple, ce qui nécessite une dimension relationnelle même si au fond on ne choisit ni son milieu socioculturel de naissance ni que l’on ne négocie sa vie. Le malentendu avec la philosophie bouddhiste qui vise l’absence totale de désir (nirvana) est dans la polysémie du concept qui peut signifier aussi bien les soifs et envies de posséder ce que l’on n’a pas au point de créer ainsi son propre malheur que la pulsion de vie et la volonté de vivre épanoui. La psyché (“l’âme”) et l’intersubjectivité sociale sont liées pour créer du sens (et ainsi éviter la dissociation identitaire des psychoses comme les schizophrénies par exemple).Le mal moderne qui s’infiltre aujourd’hui par perte de sens et de goût de vivre est nommé globalement “dépression”. Les luttes sociales étaient une dimension structurante et instituante entre soi et soi. Selon la dernière topique de l’inconscient de FREUD, le moi est une instance médiatrice entre notre animalité (le ça), notre composante mammifère (qui pour nous a des pulsions en distinction avec les animaux qui eux ont des instincts saisonniers, comme le rut par exemple) et la loi morale (le surmoi) qui nous permet de vivre en société mais qui hélas nous divise, nous angoisse et nous culpabilise. “La civilisation est construite sur la répression des instincts” dit FREUD (à une époque où on ne distinguait pas encore instinct et pulsion) et le problème pour le sujet est que la répression est vraiment trop lourde, au point par exemple que des sujets libres aliènent volontairement un tiers de leur existence dans du travail.
On peut certes reprocher aux psychiatres de placer les gens sous une camisole chimique (prozac, calmants, somnifères) comme cela ils ne se révoltent pas et continuent à travailler car ils camouflent les symptômes de mal vie au lieu de soigner le mal en en recherchant la cause. Mais il n’en va pas de même avec la psychosociologie et la psychanalyse qui proposent justement une analyse de la psyché pour comprendre et accepter notre animalité ainsi que notre humanité en développant une éthique en lieu et place des morales religieuses qui attisent la culpabilité. Dépasser les notions de faute, les fantasmes infantiles et le concept scélérat du péché pour advenir à des valeurs éthiques adultes : “Là où est le ça, “je” dois advenir” signifie une cohabitation des deux instances et non le refoulement du ça. FREUD a déclaré sans ambiguïté que “la religion était une névrose obsessionnelle collective”. Qu’il s’agisse de l’Islam modéré ou des intégristes, de la chrétienté, des sectes ou de l’animisme, c’est en fait le gourou et le système de domination par une structure hiérarchisée qui est dénoncé. FREUD était un juif athée et un laïque et la valeur principale de la laïcité est la tolérance (pas très originale puisqu’elle est calquée a contrario contre les intolérances de ceux qui ont une fois pour toutes la vérité révélée et qui doivent en convaincre les autres à coup de missiles). Cela signifie que tout laïque et tout particulièrement les psychosociologues sont respectueux des croyances de base de chacun. C’est en acceptant comme valide (ce qui est différent de véridique) le récit d’un patient ensorcelé par des Djinns que Tobie NATHAN 25 dans sa clinique ethno psychiatrique arrive à soulager la souffrance d’un/une malheureux/se. Il faut donc être clair sur le fait que la sincérité d’un croyant quel qu’il soit (même celui qui adore “Les chaussettes noires”) est à distinguer des manipulations institutionnelles des églises quelles qu’elles soient pour le pouvoir (versant ombre de la pulsion et du sexe dont le côté lumière du plaisir et de la spiritualité a toujours été combattu par les églises).
Une attitude empathique d’acceptation inconditionnelle de l’autre ne doit cependant pas s’identifier avec les choix philosophiques de l’intervenant social. Il se doit de distinguer ses options spirituelles et celles du consultant.

L’instrumentalisation du monde
La libido est une énergie de vie captée et canalisée hier par le travail et aujourd’hui par les loisirs de masse.
“Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société toute entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige : il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.“ 26
Nous ne retenons pas l’ensemble des informations qui touchent nos cerveaux mais seulement ce que le philosophe HUSSERL appelle des “rétentions primaires” du Je-Ego conscience inscrit dans un flux temporel. La conscience phénoménologique retient des sélections pertinentes pour elle comme par exemple la note de musique suivant une autre dans une mélodie. Il y a les infos que je reçois et celles plus limitées que j’entends en fonction des prémisses culturels qui me constituent et des actes que je pose. Ma mémoire est une “rétention secondaire” où je vais reconnaître comme familière et donc apprécier la mélodie précédemment entendue. BOURDIEU le montre très bien dans sa recherche à propos de “La distinction”. Par exemple, si je n’aime pas la musique classique, c’est parce que celle-ci ne faisait pas partie de mon environnement familial, on pourrait parler d’un filtre socioculturel selon le milieu d’appartenance.Cependant, nous appartenons tous à une même culture ethnique (bientôt nivelée sur le mode de la “coca-cola live”) et les rétentions primaires et secondaires peuvent être surdéterminées par des “rétentions tertiaires” qui saturent notre quotidienneté grâce à l’infrastructure technologique de contrôle hyper industriel. Nous sommes dans une ère de manipulation des foules, nous dit le psychosociologue Serge MOSCOVICI 27 entendue aujourd’hui comme psychologie de la désinformation, hier comme psychologie de l’information et avant-hier comme propagande (cf. HITLER et MUSSOLINI).
“Nous entrons dans un temps nouveau : celui du capitalisme total qui ne s’intéresse plus seulement aux biens et à leur capitalisation, ne se contente plus d’un contrôle social des corps, mais vise aussi, sous couvert de liberté, à un remodelage en profondeur des esprits. Tout doit rentrer dans l’orbe de la marchandise, toutes les régions et toutes les activités du monde, y compris les mécanismes de subjectivation. C’est pourquoi, devant ce danger absolu, l’heure est à la résistance, à toutes les formes de résistance qui défendent la culture, dans sa diversité, et la civilisation, dans ses acquis.” 28
1984 de Georges ORWEL n’est plus un roman fiction mais un réel cauchemar : les reality show modulent les esprits en voyeurisme, les industries musicales martèlent les mêmes tubes, la pub en général et la mode en particulier, la consommation en général et l’indifférence individualiste en particulier. Les gens sont hypnotisés par le monde virtuel que distille leur télévision. La liberté de penser autrement et de le dire est confisquée par un groupe de puissants spéculateurs et est relayée par les politiques qui sont élus mais qui ne représentent plus les gens.
“Autant l’ancienne politique de l’avenir et son projet de maîtrise collective avaient contribué à élever le niveau d’éducation et de culture, quoi qu’on doive penser rétrospectivement de leurs naïvetés ou de leurs errements, autant la politique de l’individu au présent entraîne avec elle une saisissante désintellectualisation du fonctionnement social.” 29
Les rétentions tertiaires sont – comme l’alphabet pour le langage — notre socle pour toute individuation psychique. Nous sommes conditionnés aux loisirs faciles et abrutissants de la télé et synchronisés pour aller tous aux toilettes lors de la pub entrecoupant un thriller par exemple. Ces technologies du loisir de masse altèrent nos échanges symboliques et nivèlent nos personnalités qui devraient être en principe libres de toute contrainte.
La culture de masse est instrumentalisée et dispense ceux qui la subissent de penser. La sublimation de la pulsion aujourd’hui consiste à regarder; au lieu de faire quelque chose, les gens en regardent d’autres faire à leur place.
Les gens communiquent par internet sans avoir grand-chose à se dire et se rencontrent de moins en moins, on est en train de choisir une vie virtuelle par héros interposés stéréotypés et cela augmente ce que FREUD nommait déjà le “Malaise dans la civilisation” 30 .
Devant leurs écrans, les internautes et/ou les vieux rivés à leur télé s’enferment dans une solitude désespérante. Il n’y a plus de fantasmes narcissiques et cela secrète en plus un profond ennui pour la chose publique.
La consommation à outrance comme le travail apportent de moins en moins de satisfaction sublimatoire et narcissique, la compulsion de répétition use même pendant les soldes. Il en va de même pour la politique où les candidats, sous l’influence des techniques de marketing, se transforment eux-mêmes en produits à vendre et les électeurs éprouvent envers eux le même dégoût que pour tous les autres produits serinés à longueur de pub pour manger, maigrir et laver plus blanc que DASH !
Il n’y a plus de désir qui désire, il ne reste pour le troupeau aveugle que la pulsion de mort par le trop plein de consommation qui l’a usé.
Nous sommes vidés par l’économie politique industrielle, les protestations des gens ne sont plus entendues comme par le passé. Nous n’avons même plus le goût pour une révolution instituante de démocratie, notre avenir est peut-être bien celui que Nostradamus avait prédit : le retour au chaos.

ESTIME DE SOI OU DEPRESSION, LE FAUX CHOIX
L’histoire de vie est un questionnement du passé, une prise de distance réflexive avec notre trajectoire : quelle est ma vie ? Quels sont mes freins et tabous ? Quels sont mes désirs moteurs ?

L’image du miroir magique des autres
L’histoire de vie est un arrêt sur image pour conscientiser l’action du moment, dans l’ici et maintenant, pour élaborer des projets de vie plus satisfaisants (passé, présent, futur). Au fond, on questionne le self concept de l’identité pour la perspective créative d’un changement, vers l’invention d’un soi plus en harmonie, avec plus de plénitude.
Il s’agit d’une formation en développement personnel et en émancipation sociale alliant identité et action. Visualiser les images mentales de notre existence, se retrouver dans l’univers des sensations et des émotions (on pleure beaucoup) pour renouer avec des affects abandonnés ou délaissés (souvent par fuite) et se donner à soi-même des projets gagnables pour transformer des rêveries nostalgiques en une approche fragmentaire concrète plus positive mais nécessairement édulcorée car les souvenirs prennent hélas plus de couleur avec le temps.
Ce n’est donc pas par la seule réflexion intellectuelle que l’on change l’image de soi mais par des perceptions sensitives de l’imaginaire de soi qui resurgissent en émotions. Il y a donc le constructivisme de la perception, de la réflexion, de la sensation, de l’émotion puis de l’action, au fond du “body building” mental faisant fonctionner l’ensemble des associations complexes du corps, du système limbique et du cortex.
Trop souvent le principe de plaisir a été mis sous le boisseau au profit du principe de réalité : d’abord étudier pour jouir plus tard du plaisir d’un métier intéressant, ensuite travailler pour gagner de l’argent pour réaliser un projet de plaisir, ensuite travailler pour acquérir des biens, accumuler une épargne etc., etc. C’est l’histoire banale du travailleur perfectionniste imprégné de l’éthique de l’effort avec une conscience professionnelle disciplinée qui accepte toute sa vie d’être un travailleur sérieux au prix d’une souffrance acceptée mais non sue par la conscience pour jouir plus tard de la fierté du travail accompli et qui se fait casser par un petit chef vaniteux ou encore licencier pour rendement insuffisant. Et donc parfois cette aliénation coopérante crève d’elle-même, parfois sous les coups d’une injustice d’évaluation et la dépression arrive.
Il en va de même dans la famille qu’au travail, où la conscientisation “je n’aime pas faire la vaisselle” va s’estomper dans la routine ménagère tout comme les rêves du couple qui après l’exaltation amoureuse des deux premières années, va vivre sur sa lancée encore 3 à 5 ans avant de sombrer dans un fonctionnement pragmatique sans fantaisie.
Le prix à payer pour la stabilité d’une famille implique-t-il vraiment d’être raisonnable au point de ne plus rêver, de jouer et de s’amuser ? Ne restera-t-il que le climat noir des romans de ZOLA (“L’assommoir”, “La terre”, etc.) ? Je me propose par la présente analyse d’étayer que notre avenir sera bien pire sur un plan du mal-être psychologique, il sera blanc comme le vide de cette torture moderne que l’on appelle la privation sensorielle (pas de bruit, pas de toucher et pas de couleur).
La lutte des classes contre la bourgeoisie et l’oppresseur ou tyran de jadis était commode pour l’estime de soi. Auparavant, on pouvait dire que l’on n’était pas né au bon endroit et que c’était la faute externe du destin, aujourd’hui la détresse existentielle est plus profonde car le sujet peut également culpabiliser sa prétendue propre connerie.
Aujourd’hui l’ennemi est partout et ce sera parfois la meilleure amie qui dira “je n’aime pas ton pull”, le proche qui devient l’évaluateur de nos performances. Nous sommes tous susceptibles et avides de signaux de reconnaissance mais nous nous comportons vis-à-vis de l’autre comme un éléphant dans le magasin de porcelaine de sa susceptibilité.
Parfois de façon inconsciente mais aussi parfois de façon semi consciente pour se rehausser par un jeu psychologique identifié par l’analyse transactionnelle du type “je suis OK, les autres non !” en le diminuant, voire en le dénigrant (un mode d’action qui semblerait plus élaboré chez les femmes?), ce qui conduit en fait à cette nouvelle maladie sociale du harcèlement moral au travail ou dans la famille.
Avant donc, il y avait le destin social historique des petits ouvriers, une fatalité, puis par une légère ouverture de l’ascenseur social dû à l’école et à l’Education Permanente, le poids s’est alourdi pour les exclus qui d’une part ne peuvent s’inventer un projet de vie que dans un répertoire modeste et qui d’autre part ont à présent le sentiment d’être responsables de leur insuffisance. En effet, les discours d’égalité des chances, d’autonomie et de volonté de réussir ont eu comme effet pervers d’enfoncer le clou du malheur sans fond dû à notre propre incompétence à l’effort.
Le travail de revalidation de projets délaissés est aussi et avant tout un travail de reconstruction et de reconnaissance du soi par le redéploiement de l’estime de soi. Nous avons engrangé dans notre mémoire des tas de souvenir et l’invocation des images de soi mémorisées va graviter toujours autour de ce besoin d’être reconnu dans le regard de l’autre. Nous sommes tous avides d’approbation, d’admiration, d’amour vis-à-vis de nous tout en étant trop souvent avares pour donner à autrui cette même demande de reconnaissance qui submerge nos sociétés. La société virtuelle de l’image télévisuelle construite pour l’audimat et non pour le bonheur des gens, nous montre un peuple jeune, beau, intelligent et sexy et nous sommes déçus lorsque nous regardons autour de nous Place St Lambert à Liège. Que nous soyons laids, pauvres, vieux, bêtes et sans talent n’y change rien, nous avons besoin d’exister dans une image positive reflétée par autrui. En cas de perte de l’image sur l’antenne de notre sensibilité, nous allons “sauver la face” 31 et nous inventer le scénario de vie d’une identité extravertie froide, opératoire et efficace pour ritualiser hors émotion le contexte des échanges ou bien d’une identité intravertie, fermée, rêveuse, mystique et imaginaire qui peut glisser en névroses ou pire en psychoses. Les “Types psychologiques“ 32 (introverti/extraverti) seraient donc des réponses compensatoires d’adaptation dues à un manque de caresse de reconnaissance pour masquer nos frustrations individualosociales.

Les dépressions de la société du travail
“DEPRESSION : Etat mental morbide caractérisé par de la lassitude, du découragement, de la fatigabilité et s’accompagnant fréquemment d’une anxiété plus ou moins marquée. Forme minime de la mélancolie.” 33
Pour Pierre JANET, la psychasthénie est une insuffisance de la constitution, une baisse de la tension psychologique, l’humain étant un vivant animal. Pour FREUD 34 , la dépression serait due à l’angoisse suscitée par la culpabilité, l’humain étant un être de parole à l’intérieur d’un vivant animal.
Dans une perspective, l’insuffisance est du dehors et proche de la biologie et dans l’autre la dépression est du dedans de la psyché, mais comment penser un être sans corps ?
Les médecins soignent le dehors de la personne et parlent de douleur : dans un autre espace-temps, les gourous, les psychanalystes et les exorcistes soignent le dedans par la morale, la cure rituelle et la religion et parlent de souffrance et les psychosociologues forment à affronter aussi bien les conflits internes (du soi à soi) que les conflits externes et parlent du mal de vivre.
L’homme en adéquation avec lui-même (de la psyché au Moi peau) sera celui qui peut se créer une éthique sans dieu et un équilibre raisonnable entre ses conflits intrapsychiques et sociaux.
Michel FOUCAULT 35 dans “Histoire de la folie” déclarait que la maladie mentale est liée à individualité, que la folie a posé problème lorsque l’homme ne se laissa plus vivre seulement comme mammifère mais s’est perçu comme une entité indéterminée ayant sa propre organisation personnelle et sociale. Autrement dit, la perte d’une extériorité divine qui veille sur nous et nous dit ce qu’il faut faire est une perte du sens et la folie est une maladie de la liberté, une liberté de choix dont on ne sait que faire.
La société moderne en créant l’idéal de la personne autonome avec la démocratie a en même temps créé son contraire symbolique le fou; la société postmoderne en créant l’individualité avec la consommation a aussi créé le drogué.
Entre le fou et le drogué deux siècles de psychiatrie où l’on parlera successivement d’aliénation (asiles) puis de névroses (psychanalyse) puis de dépressions (benzodiazépines). Les développements des troubles de la personnalité, souffrance de l’esprit, s’appelleront mélancolie ou douleur morale, neurasthénie, dépression. Le français Jules SEGLAS (psychiatre de la Salpêtrière) définit la mélancolie/dépression comme une douleur sans délire et avec conscience qui se réduit à un sentiment d’impuissance.
Dès 1940, il existe donc des folies avec désordre de l’intelligence (hystérie, maniaco-dépression, schizophrénie) et des folies sans désordre de l’intelligence où l’affect 36 , l’émotion et l’humeur sont frappés. La psychiatrie va elle également distinguer des maladies touchant l’affect et l’humeur et d’autres touchant le jugement ou représentation.
Auparavant, vers 1830, la mélancolie était une maladie de la grandeur d’âme des riches et un siècle plus tard les classes laborieuses ont droit eux à la neurasthénie puisqu’on parle alors de misère affective, morale et matérielle. “La maladie qui n’est chez le vulgaire, que la déchéance, n’est chez les grands chercheurs d’idées que prédispositions naturelles au sublime.” 37
La fin du XIX voit une “distinction” à propos des troubles de l’esprit entre la clientèle bourgeoise de la médecine libérale et la prolifération des asiles – centres fermés – pour pauvres. La neurasthénie est à la mode autant pour les savants (comme CHARCOT par exemple) que pour la presse. C’est à l’époque un trouble exogène fonctionnel, un événement externe qui provoque une réaction interne et pathologique de la personne. La maladie à la mode n’est donc plus la mélancolie des oisifs mais la neurasthénie (l’Américain Georges BEARD est l’inventeur du concept).
La dépression neurasthénique résulte d’une fatigue provoquée par la trépidation des temps nouveaux, de l’industrialisation, des concentrations urbaines et de la nervosité ambiante tout azimut. Elle n’est plus due à une dégénérescence de la population et à la paresse mais à un épuisement nerveux, un stress dû à la vie moderne. Elle peut être produite aussi bien par un excès de fatigue physique au travail que par un surmenage intellectuel d’étudiant.
La dépression s’est répandue dans notre monde aussi rapidement que les antidépresseurs. Les électrochocs des asiles d’aliénés ont cédé la place au PROZAC car nous sommes très nombreux à être aliénés par la souffrance psychique (surtout aux USA).
Avant, il y avait des règles structurelles pour le bon comportement des sexes et des classes sociales populaires mais les règles d’autorité, de conformité et les normes disciplinaires ne veulent plus rien dire. Nous avons été des militants des droits de l’homme mais ceux-ci ont été compris comme des droits sans devoirs, droit de consommer tout et tout de suite même à crédit et droit à devenir soi-même en se fichant des autres.
Le développement personnel d’une autonomie responsable est devenu une maladie car l’évaluation n’est plus l’épanouissement personnel mais les critiques mesquines des autres et surtout l’autocritique du sur-moi, un sentiment d’insuffisance par rapport à l’Idéal du moi, de ne plus être à la hauteur au lit comme au boulot, d’où cette inappétence à continuer à vivre et ce décrochage massif en pré pension de mes collègues enseignants qui en ont “marre”des réformes stupides pour épargner et de cette vie de fou qui nous aliène.
Il faut travailler plus vite, mieux et dans des conditions qui se désagrègent (comme la surpopulation des classes). L’enseignement est le métier où il y a le plus de suicides et de dépressions.
Il n’y a plus, comme avant les années 1960/1970, un censeur extérieur, un phallus qui dicte la loi du permis et de l’interdit, le sujet doit s’évaluer lui-même à partir de ses propres ressources. La tradition et la peur du gendarme ont été balayées par l’individualité angoissée, même dans les entreprises, on préfère la prise d’initiative à la docilité. On estime d’un collaborateur sa capacité à rebondir et ses aptitudes mentales à résoudre de lui-même les dysfonctionnements auparavant gérés par le couperet répressif de la loi. La culpabilisation s’efface pour être remplacée par la responsabilité qui puise dans les ressources psychiques d’un sujet sans modèle ce qui l’épuisé. La dépression remplace la répression mais il était plus facile de lutter pour la joie de vivre lorsque le tyran était externe et social.
La dépression, c’est le ressort cassé du lapin mécanique fatigué qui n’a plus de batteries “Duracel” longue durée. Les symptômes généraux sont donc la tristesse, l’asthénie (fatigue), le biorythme ralenti et l’inhibition de l’action. Comme une mouche collée sur un ruban de glu, l’esprit regrette le temps du péché car il est happé par son dedans, l’intériorité cachée qui se manifeste et qui crie son dégoût d’une vie pareille; c’est parce que cela crie à l’intérieur que l’on ne l’entend plus à l’extérieur.
Il serait bon que l’humain ne fasse plus rien que chasser un peu pour se nourrir, travailler en jouant 3 h par jour (comme les peuples primitifs étudiés par Marshall SAHLINS 38 ), regarder le fleuve couler et utiliser sa force enjeux sexuels entre adultes consentants, ravis et non évaluateurs. Mais à la place : il va se retrancher de la joie et redoubler sa dépression par des assuétudes (tabac, alcool, drogues, prozac, somnifères). Le drogué n’est pas plus libre : il est esclave de son addiction. La dépendance n’est pas que dans les produits, elle peut être aussi par exemple dans le travail sans limite, une compulsion de répétition. Si la névrose était le fruit de la culpabilité, la dépression est le fruit de la fatigue d’entreprendre constamment à devenir soi, sans guide.
Notre spécificité de formateurs intervenants sociaux n’est pas à confondre avec le travail rigoureusement scientifique des chercheurs, nous sommes à la fois réalistes par l’esprit critique, adogmatiques et socio-politiques en proposant une démarche d’autonomisation accompagnée plutôt que dirigée. L’autoformation par les histoires de vie a pour finalité de liquider les scories du temps de la culpabilité et de penser à l’alliance d’une personnalité épanouie qui ne chercherait pas à être seulement elle-même mais en interaction avec les autres, soit un nouveau type d’émancipation sociale solidaire qui explorerait autant les utopies que les projets politiques possibles comme la démocratie participative et associative.
Si Sigismund (devenu Sigmund) FREUD (1856-1939) a été très vulgarisé en Occident par sa vision dynamique de l’inconscient, on ignore parfois que Pierre JANET (1859-1947) — un philosophe devenu médecin par amour de la psychologie - est à la base de l’Ecole de Palo Alto avec d’une part sa conception d’un hémisphère cérébral gauche logique et d’un hémisphère droit poétique et intuitif et d’autre part par sa conception des automatismes psychologiques ou scénarii.
Ces deux psychologues sont remarquables l’un comme l’autre mais leur théorie est pratiquement inversée au sujet de l’angoisse. Comme nous l’avons déjà écrit pour FREUD, elle est la résultante de la culpabilité sur laquelle il va construire son système oedipien. Pour JANET par contre l’angoisse serait produite par la dépression, un aboutissement. A la base pour JANET, il y a une fatigue d’être soi appelée dépression et celle-ci peut évoluer soit vers des troubles de la personnalité comme l’hystérie, soit vers des troubles de la VOLONTE qu’il nomme psychasthénies.
“”Selon JANET, une névrose est une maladie des fonctions et non des organes, plus exactement de la partie supérieure de ces fonctions, “leur adaptation aux circonstances présentes”(...) Le sujet a, par définition, le sens de la loi, mais la loi qui est en lui ne lui permet pas de regarder le ciel étoilé au-dessus de sa tête d’un œil serein : sa cage de fer s’appelle la division de soi.“ 39
L’homme aurait une certaine quantité d’énergie psychique (force psychologique) à la naissance et une certaine capacité à l’utiliser ou non (tension psychologique). Si la synthèse entre la force et la volonté ne se fait pas, il y a insuffisance psychologique et la personne est entraînée dans des automatismes répétitifs.
Par l’hypnose (qui sera développée ensuite en Californie par Milton ERICKSON), il va former ses sujets à augmenter leurs capacité d’action en enrichissant les ressources de l’esprit. L’hypnose (abandonnée par FREUD) est une technique de l’oubli du déficit pour “réparer” l’esprit en le désinfectant de ses nuisances et possessions. Autrement dit, comme dans le chamanisme ou chez les guérisseurs africains Ngaanga, raconter son histoire de vie et mettre à plat ses dysfonctionnements SUBJECTIFS pour la réécrire de façon satisfaisante.
Le déprimé est épuisé par les dépenses psychiques de son conflit interne exogène (de représentation) alors que pour FREUD et BREUER (Etudes sur l’hystérie en 1896), il ne s’agit pas d’un problème de dédoublement des représentations entre soi et soi mais de réminiscence infantile. Notons à ce propos qu’une psychanalyse - travaillant sur l’inconscient des profondeurs de la petite enfance — peut durer parfois 8 à 12 ans et plus (sans se rendre compte qu’il y a une assuétude à la cure) alors que l’analyse systémique (thérapies brèves) issue de la filiation de JANET dure cinq séances environ.
Pour une approche comme pour l’autre, la guérison n’est pas un retour à un état antérieur mais un remaniement des représentations pour rendre plus vivables les contradictions existentielles. La caractéristique de la psychanalyse est de traiter les symptômes endogènes, c’est-à-dire les représentations refoulées à l’origine des psychonévroses (hystérie, névrose obsessionnelle, phobie). Les psychonévroses viennent du dedans alors que les névroses ont des motifs exogènes venus donc du dehors comme un traumatisme.
Pour JANET, il y a une faiblesse de force qu’il faut compenser en éliminant les souvenirs parasitaires alors que pour FREUD, il y a une autre force intentionnelle (le grand Autre de l’inconscient). Pour l’un, des automatismes mentaux et pour l’autre, un inconscient refoulé depuis l’enfance. JANET travaille sur le symptôme systémique qui épuise et FREUD sur le malade à la fois agent et victime de son conflit intrapsychique.
En synthèse, pour FREUD l’angoisse me dit que je franchis un interdit et me divise : maladie du conflit et de la culpabilité et pour JANET, c’est la fatigue d’être soi qui me vide et inhibe mon action : maladie de l’insuffisance et de la responsabilité.

1. 3. La représentation de la sexualité dans la psychanalyse
Préambule en avertissement d’une certaine subjectivité

Ecrire peut avoir plusieurs objectifs : cela peut être le récit biographique par lequel le narrateur clarifie son histoire de vie pour la dépasser, cela peut être une création intellectuelle comme l’artiste qui tire une quintessence de lectures disparates et cela peut être aussi une vulgarisation pour étudiants ou pour des personnes fâchées avec le livre qui n’arriveraient pas au bout d’un ouvrage scientifique. Le texte suivant appartient à la dernière catégorie et je refuse d’en faire une polémique atemporelle avec un savant illustre qui a lutté contre les souffrances humaines mais qui est bien aussi le fruit de la normativité de son époque. Une bonne relation humaine pour l’utopie serait d’allier le sexe, la tendresse, l’affection et l’estime de l’autre être humain qui n’est pas comme ici à réduire à une bête bête.
La langue française est une langue vivante qui évolue et parfois la sémantique aussi. Pour nous, dans le langage courant, le pervers est celui qui a l’intention de faire du mal à l’autre. Pour clarifier la définition de perversion, le recours au dictionnaire de Laplanche et Pontalis 40 est nécessaire : “On dit qu’il y a perversion quand l’orgasme est obtenu avec d’autres objets sexuels (homosexualité, pédophilie, bestialité, etc.), ou par d’autres zones corporelles (coït anal par exemple); quand l’orgasme est subordonné de façon impérieuse à certaines conditions extrinsèques (fétichisme, transvestisme, voyeurisme et exhibitionnisme, sado-masochisme); celles-ci peuvent même apporter à elles seules le plaisir sexuel.”
Lorsque FREUD présente — à son époque — les névrosées comme des malades et les hommes pervers comme l’exemple de la bonne santé, je pense utile de préciser qu’il ne faut pas faire un amalgame entre l’acting out de la violence sadique et les perversions ordinaires d’autant plus que je crois qu’à cette époque, les non-conformistes aux règles sociales dominantes comme les libertins et les libertaires pouvaient être aussi classés dans cette boîte de rangement de ce qui fait peur.

Notons à ce sujet que Françoise DOLTO fait un lien avec l’obsessionnel et le sociopolitique : elle dit que la véritable vie sociale ne pourrait être que l’anarchie, là où la liberté de l’un n’empiète pas sur la liberté de l’autre avec des gens sensibles ni trop intelligents ni trop bêtes mais capables de se comprendre rapidement et que le système soit non violent et viable pour tous et non mortel pour certains. Mais, dit-elle avec humour, il y aura toujours bien un jour un obsessionnel pour dire “IL FAUT être anarchiste !”; en effet, toutes les institutions sont un peu obsessionnelles.
Une autre impression est que si nous parlons beaucoup de sexe dans notre société, on pourrait dire - comme pour la publicité des frites surgelées McCAIN - que “ce sont ceux qui en parlent le plus qui ont le moins de relations sexuelles effectives”.
Une collègue, lors de réunion d’équipe, se joue le film de l’homme égrillard et choque souvent l’assemblée en parlant de la fréquence des rapports de chacun et beaucoup d’entre nous ont de la compassion car il est clair que ce discours d’enquête érotomaniaque affiche le manque de coït de la personne dans sa vie quotidienne. On vend à notre époque beaucoup de séries roses, de films pornographiques et autres émissions coquines sans oublier internet et les maffias du trafic d’êtres humains qui l’investissent et dans le réel, la misère sexuelle n’a jamais été aussi grande.
Lorsqu’ils se sentent infériorisés et petits, les hommes ont ce besoin de rabaisser plus encore les femmes. Parler de la honte de leur sexe, les tenir enfermées dans la maison, ne les laisser sortir qu’accompagnées d’un garçon et les voiler derrière des bourcas (Afghanistan) ou sous de grands impers informes (Ouzbékistan) est la petitesse des musulmans arabes (mes amis musulmans d’Afrique noire n’ont pas ce problème de la pudeur mais la barbarie de l’excision). Le sexisme est une maladie sociale aussi grave que le racisme et si dans le système fasciste de l’Apartheid, on voyait des bancs publics avec la mention infamante “White only”, il en va de même dans nos piscines où je vois peu de musulmanes en bikini et où je m’interroge si c’est bien leur choix ou celui de leurs maîtres, mais je ferme la parenthèse car le propos ici n’est pas de montrer une parcelle de peau mais de parler du sexe.
Si je me permets tant de réactions subjectives dans ce prologue, c’est que d’une part je conseille à mes étudiants rédigeant leurs mémoires la subjectivité dans l’introduction pour rester le plus possible objectif par la suite dans leur recherche et que d’autre part mes référentiels ne se gênent pas en la matière, à un point qui me choque par rapport à la validité scientifique. Mes référentiels que je croise pour rédiger cette chronique sont donc FREUD dans son étude spécifique sur le sexe et son disciple Françoise DOLTO. On pourrait s’imaginer que DOLTO étant femme aurait des préjugés anti-homme et il n’en est rien; au contraire, elle rejoint FREUD dans sa description de la femme comme étant vile, sournoise, narcissique et faisant marcher les hommes qui eux ont bien des problèmes pour érecter droit.
A part son agressivité masculine de surface, le sort de l’homme n’est pas enviable, dit-elle. Qui donc part à la guerre, qui ne doit pas pleurer, qui n’a jamais peur de rien et qui doit bander par vent et marée ? L’homme doit reconnaître sa responsabilité paternelle même si l’enfant n’est pas forcément de lui et entretenir la sécurité matérielle de son épouse même si elle se dérobe à ses devoirs d’amante, Avec le patrilignage, il a juste le droit de donner son nom et son fric, dit-elle : “Marquer de son nom et de sa loi la femme et les enfants qu’elle porte de ses oeuvres de chair, c’est à l’angoisse de castration due à l’érectilité pénienne capricieuse un réconfort symbolique qui n’est pas de trop. Dans bien des unions légitimes, s’il ne donnait pas son nom et son argent, quel cas ferait-on du mari !” 41
Et FREUD n’est pas en reste avec ses préjugés de bourgeois lorsqu’il énonce que tant qu’à être névrosée, il vaut mieux être une belle femme cultivée et attirante qu’une souillon des classes inférieures : “ Au moment où l’on vient d’accorder crédit à une névrosée qui affirme qu’elle devait inévitablement tomber malade parce qu’elle est laide, mal faite et sans charme si bien que personne ne peut l’aimer, la patiente suivante nous détrompe : elle persévère en effet dans sa névrose et son aversion pour la sexualité, bien qu’elle semble désirable et soit en fait désirée plus que la moyenne des femmes. La majorité des femmes hystériques comptent parmi les représentantes de leur sexe qui sont attirantes et même belles, et à l’inverse les laideurs, atrophies d’organe, infirmités que l’on trouve en quantité dans les classes inférieures de notre société n’accroissent en rien la fréquence des affections névrotiques parmi elles.” 42

LA SÉDUCTION
L’éthologiste Boris CYRULNIK est étonnant dans son œuvre sur l’attachement et la résilience. Dans son dernier ouvrage “Parler d’amour au bord du gouffre” 43 , il décrit magistralement les différences hommes et femmes vis-à-vis du “coup de foudre”. Nous sommes tellement habitués, depuis FREUD, à ramener tout à la sexualité que l’on oublie parfois les travaux de cette discipline avec le précurseur Konrad LORENZ et son concept d’imprinting (l’empreinte) pour l’amour maternel du petit canard, premier des styles de communication de l’affectif.
On oublie parfois qu’un couple, c’est deux personnes qui associent leurs désirs pour une jouissance sexuelle mais aussi qui adaptent leurs styles affectifs pour résister à la morosité de la quotidienneté. La rencontre amoureuse est une prise de risque, celle pour un des deux partenaires d’être écarté par les rationalisations et les peurs (alors que les deux corps vibrent), celle de donner à l’autre le droit d’entrer dans son corps et surtout dans son âme. En principe, le rapprochement va servir d’épanouissement et de sécurisation réciproque mais l’autre a le pouvoir du choix singularisant ou unilatéral : celui de co-construire une belle histoire (limitée dans le temps, ne fut-ce que par la mort) ou un cauchemar.
Aimer, c’est se nourrir affectivement de ses parents puis s’en séparer pour voler de ses propres ailes; c’est donc un renoncement à l’attachement filial et parfois une déchirure de l’autre côté (surtout dans le cas de famille monoparentale) mais qui s’appuie sur le tonus des caresses engrangées.
J’observe ma petite fille de moins de trois ans et sa manière de faire des câlins, de se blottir, de caresser la joue de son petit frère, de dire “je t’aime” avec une douceur de miel dans la voix,...tout cela indique que ce sera une personne tendre et ardente, un bonheur pour elle et l’humanité. La tendresse fonde le lien affectif dissocié de la sexualité, un jeune couple qui flirte roucoule de caresses avant d’arriver au corps à corps. Le bébé qui n’a rien reçu et qui n’a pas appris à aimer sera peut-être un/une piètre compagnon/compagne car la difficulté de vivre n’est pas dans le coït mais dans le vivre ensemble après l’orgasme.
Un couple sur deux se sépare et la complexité systémique empêche les explications simplistes : il y a les hormones, les besoins, les saisons, le style affectif coordonné des partenaires, les cultures et le regard social qui tranche normativement (par exemple les différences d’âge, la polygamie, l’adultère, l’homosexualité, les Quasimodo,etc.).
Au niveau chimique le stress amoureux va se signaler par la production d’ocytocine, substance euphorisante que l’on retrouve après le coït, lors de la grossesse et de l’allaitement et des OPIOÏDES, petites molécules morphiniques qui augmentent dans le corps après une discussion agréable ou un voisinage affectueux.
J’ai déjà évoqué précédemment l’ouvrage “Sexualité féminine” de Françoise DOLTO : c’est la parade nuptiale de l’araignée qui offre une mouche plutôt que des fleurs à sa femelle pour copuler. Avant la moindre parole de contact réciproque, les corps que nous sommes se parlent pour synchroniser les émotions avant un possible accouplement. Et donc même s’il y a un discours de drague, il importe moins que les signaux amoureux émis par les deux corps. Selon les travaux de CYRULNIK, ce ne sont pas les mâles séducteurs qui dirigent la danse nuptiale mais les femmes qui émettent un signal d’intérêt et de disponibilité discret (un regard appuyé, un sourire).
Les hommes ne s’approchent pas d’une femme qui ne les invite pas même s’il s’agit d’un canon (sauf s’il s’agit de malades violeurs). De plus, ce ne sont pas nécessairement les “pin-up” beautés glacées qui déclenchent les émotions; de même, les femmes ayant acquis dans l’enfance un attachement sécurisant enverront des signaux d’intérêt vers les hommes confiants en eux et gais plutôt que vers un étalon, bel éphèbe sans entregent.
Les signaux d’appel de la femelle humaine bouleversée par un mâle seront discrets : elle va tenter de calmer ses émotions par des gestes autocentrés (rectifier ses vêtements, sa coiffure, bomber les seins,...) puis une communication faciale de mimique comme regarder à la dérobée, sourire, plisser le coin des yeux, placer sa main devant sa bouche, hausser les sourcils, onduler du corps, etc. La dilatation des pupilles par exemple lui donne un regard de biche qui émeut le mâle qui sent et sait sans le savoir “qu’il a une touche”.
De leur côté, les mâles sensibles à ces indices corporels vont avoir une approche plus digitale (verbale) et caresser verbalement. La douceur de la voix masculine grave est aussi plus importante que le message en lui-même, le signifiant prépondérant sur le signifié et dans le rapprochement de sympathie des deux entités corporelles, ce sera la femme qui touchera la première à un endroit non sexué pour montrer qu’elle a envie d’être touchée. Donc que les pupilles de l’homme se dilatent ne signifiera rien pour la femme mais bien sa façon de parler qui est un échantillon affectif. Et la réponse de la femme sera dans les gestes comme une poignée de main alanguie, un époussetage négligeant de la veste de l’homme, un frôlement des seins sur le corps d’un soupirant bousculé, etc.
Rappelons-le, la rencontre sexuelle n’est qu’une entrée en matière qui a pris trop d’importance à notre époque de consommation de choses et qui est une condition nécessaire mais non suffisante pour la construction relationnelle des partenaires du couple. Pour une sécurité affective mutuelle pour l’aventure de la vie, les amants deviennent en quelque sorte les thérapeutes l’un de l’autre pour créer une atmosphère sécure propice à l’épanouissement d’eux-mêmes et des enfants, l’amour est un moteur de recherche de résilience. Mais notre société est de plus en plus malsaine et on voit par exemple, lors de la dernière St Nicolas 2005, la blonde poupée BARBIE qui quitte son compagnon KENT pour un autre mâle aussi baraqué : on induit donc dans les jouets des jeux sexuels pimentés par un adultère de propriétaire (idem pour les séries télévisées américaines depuis “Dallas”).
Il est navrant que notre société normative dise à la fois une chose et son contraire et que de bons petits couples faits l’un pour l’autre (cela se sent, cela se voit) se séparent pour des broutilles d’amour propre. Dans la plupart des peuples premiers que j’admire, la sexualité reste d’abord un plaisir, un jeu libre et partagé entre jeunes et qui permet de dépasser cet aspect basique pour trouver in fine un/une compagnon/compagne fiable et compatible. Wilhelm REICH à l’aube du communisme a écrit sur cette simplicité : “La révolution sexuelle de la jeunesse”.

LE SEXE ET LA MISOGYNIE
En relisant le texte de FREUD de 1908 à propos de la morale sexuelle “civilisée” 44 , on ne peut qu’être étonné de l’ensemble de préjugés de cette époque de sujétion de la femme mais aussi — au-delà des stéréotypes d’une époque — d’une analyse qui n’a pas pris une ride, ce qui est toutefois normal puisque notre espèce n’a pas évolué d’un poil de chat depuis la première dynastie égyptienne.

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