Textiles, innovations et matières actives
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Description

Depuis leur apparition dans les années 1980, les textiles à fonctions actives, dits aussi "textiles intelligents", "smart textiles" ou "e-textiles", sont un marché en pleine expansion. Leur apparente simplicité cache une complexité de conception passionnante. Entre technologie et artisanat, leur design est un exercice de haute voltige où des équipes pluridisciplinaires doivent se comprendre et unir leurs compétences.



A travers de multiples exemples puisés dans les domaines de la mode, du design, de l'art, de l'architecture, de la santé et du sport, cet ouvrage met en lumière les applications fascinantes de ces nouvelles matières, qui du statut de textiles techniques glissent vers le monde informel des matières souples et interactives dont l'action se déploie bien au-delà de leurs propres limites physiques. Textiles, innovations et matières actives dévoile les connexions impalpables entre les sciences et l'onirique, seuil extrême de la pensée humaine.



Par son expertise transversale et européenne de l'évolution des nouveaux textiles, cet ouvrage se veut la somme des dernières tendances et des nouveaux process de création associant démarches éthiques et écologiques. Magnifiquement illustré, il se présente comme un vaste workshop, laissant l'image et la parole à la quasi-totalité des professionnels concernés, acteurs du design et de la création mais aussi de nombreux domaines connexes.



"Les textiles à fonctions actives sont des ambassadeurs de valeurs visibles et invisibles. Ils nous interrogent sur la place du high-tech dans notre quotidien, sur les changements réels que ces "deuxièmes peaux" impliquent. Ils insufflent de nouveaux comportements créatifs qui forcent à l'optimisme"



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  • Préface Olivier Lapidus


  • Evolution industrielle et sociale


  • Les textiles techniques


  • L'évolution de la notion d'innovation


  • Du matériau à la matière active


  • Les process de création en mouvement


  • La connectique, une matière à part entière


  • Entretiens (Isa Hofman - Moritz Waldemeyer - Jean-Baptiste Labrune - Becky Stern - Stijn Ossevoort - Peter Beesley)

Informations

Publié par
Date de parution 02 octobre 2014
Nombre de lectures 90
EAN13 9782212266832
Langue Français
Poids de l'ouvrage 39 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0187€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Depuis leur apparition dans les années 1980, les textiles à fonctions actives,  
dits aussi « textiles intelligents », « smart textiles » ou « e-textiles », sont un  
marché en pleine expansion. Leur apparente simplicité cache une complexité  
de conception passionnante. Entre technologie et artisanat, leur design est  
un exercice de haute voltige où des équipes pluridisciplinaires doivent se  
comprendre et unir leurs compétences.  
À travers de multiples exemples puisés dans les domaines de la mode, du  
design, de l'art, de l'architecture, de la santé et du sport, cet ouvrage met  
en lumière les applications fascinantes de ces nouvelles matières, qui du  
statut de textiles techniques glissent vers le monde informel des matières  
souples et interactives dont l'action se déploie bien au-delà de leurs  
propres limites physiques. Textiles, innovations et matières actives dévoile  
les connexions impalpables entre les sciences et l'onirique, seuil extrême  
de la pensée humaine.  
Par son expertise transversale et européenne de l'évolution des nouveaux  
textiles, cet ouvrage se veut la somme des dernières tendances et des nou-  
veaux process de création associant démarches éthiques et écologiques.  
Magnifiquement illustré, il se présente comme un vaste workshop, laissant  
l'image et la parole à la quasi-totalité des professionnels concernés, acteurs  
du design et de la création mais aussi de nombreux domaines connexes.  
Les textiles à fonctions actives sont des ambassadeurs de valeurs visibles et  
invisibles. Ils nous interrogent sur la place du high-tech dans notre quotidien, sur les  
changements réels que ces « deuxièmes peaux » impliquent. Ils insufflent de nouveaux  
comportements créatifs qui forcent à l'optimisme.  
Florence Bost  
textiles
innovations
et matières actives  
Florence Bost,  
designer, expose ses  
premiers textiles oniriques et  
électroniques en 1991.  
En 1998, elle est lauréate  
de la Villa Kujoyama (Japon)  
pour son jacquard sonore  
alliant microélectronique et  
savoir-faire traditionnel. Elle  
travaille pour l'architecture  
intérieure, le monde de  
l'industrie et le milieu du  
spectacle. Elle présente  
régulièrement en Europe des  
installations artistiques qui  
mêlent les langages de la  
poésie, de l'électronique et de  
l'interactivité. Elle enseigne  
son savoir au Craslab et  
donne des conférences sur  
les textiles et les nouvelles  
technologies.
Guillermo Crosetto  
est architecte d'intérieur,  
diplômé de la Domus  
Academy. Formé aux  
États-Unis, en Argentine  
et en Italie chez des  
designers renommés,  
son parcours international lui  
a permis de travailler sur  
des projets haut de gamme.  
Au carrefour d'une réflexion  
sur l'implication des hommes  
dans leur environnement,  
il est aujourd'hui engagé dans  
une approche psychanalytique  
de l'objet et du désir par  
rapport à l'art.  
Code éditeur : G13610  
ISBN : 978-2-212-13610-4  
Couverture : Studio Eyrolles / © Éditions Eyrolles  
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En couverture : © Sable Chaud / Aoife Wullur Design  
Conception graphique et mise en pages : Hokus Pokus Créations  
©
2014, Groupe Eyrolles  
61, boulevard Saint-Germain  
75240 Paris Cedex 05  
www.editions-eyrolles.com
ISBN : 978-2-212-13610-4  
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou  
partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l'autorisation  
de l'Éditeur ou du Centre français d'exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-  
Augustins, 75006 Paris.  
Remerciements
Les auteurs remercient les designers, les artistes, les chercheurs, les industriels  
qui ont témoigné de leurs projets avec beaucoup de générosité ; les nombreuses  
petites mains discrètes des relecteurs, photographes, graphistes et éditeurs ; enfin  
les personnes qui ont facilité, par leur bienveillance, la réalisation de cet ouvrage.  
Collection Make it Design dirigée par Olivier Gerval  
Florence Bost  
Guillermo Crosetto  
textiles
innovations
et matières actives  
4
Table des matières  
La création en mouvement - Olivier Lapidus ..........................................   6
Introduction ..................................................................................................................................................................   7
L'évolution industrielle et sociale ................................   8
La course aux progrès ........................................................................................................................   11
Un tissu d'histoires ....................................................................................................................................   11
L'influence des nouveaux circuits de distribution ......................   12
La confection à l'heure de la consommation ......................................................   13
L'innovation pour sortir de la crise ......................................................................................   15
La filière actuelle : un réseau à différentes échelles ..........   17
Les TUT : textiles à usage technique ............   20
Définition et classification ..........................................................................................................   22
Les néo-textiles et les appellations dérivées ....................................   26
La fée électricité entre les e-textiles et les textiles actifs ............   26
L'implication du salon Techtextil (M. Jaenecke) ..........................   27
Nouvelles technologies et nouvelle écologie ......................................................   31
Les niveaux d'intégration dans la filière textile ..............................................   32
L'évolution de la notion d'innovation ............   34
L'innovation liée au mouvement ....................................................................................   36
L'innovation liée au territoire ................................................................................................   38
L'Europe impliquée dans l'innovation ..................................................................   41
La nécessité de normaliser ............................................................................................................   42
Une reconversion judicieuse (Y. Balguerie) ........................................   43
2013, une reconnaissance professionnelle attendue ............................   44
Le vocabulaire, une affaire de métier ................................................................   44
Un traceur historique : le vocabulaire
depuis les années 1980 ..........................................................................................................................   45
L'évolution du vocabulaire (S. Bramel) ........................................................   47
Une évolution en quête d'identité ..........................................................................................   47
Le cas du bio et des cosmétotextiles ................................................................................   48
Du matériau à la matière active ....................................   52
Textile et lumière, des destins croisés ..............................................................   58
Petite histoire des applications techniques de la lumière ............   58
Questions d'éthique ......................................................................................................................................   58
Tissus textiles et tissus corporels ........................................................................................   62
La subtile frontière entre non-tissé et papier ....................................   64
Un packaging peut en cacher un autre (C. Labro) ....................   64
La valeur de l'identité immatérielle ........................................................................   67
Sous le microscope du marketing ........................................................................................   67
La valeur subjective de la matière ........................................................................................   68
L'innovation portée par la passion (T. Gueta) ....................................   70
Le designer, pare-feu nécessaire ..........................................................................................   72
La couleur, une matière dans la matière ....................................................   72
L'ambassadeur des couleurs (O. Guillemin) ......................................   73
La notion de cycle et de conception durable ..........................................   74
La galerie active
des créateurs de matières ..............................................................   76
Alexandra Devaux ..........................................................................................................................................................   78
Tzuri Gueta ..............................................................................................................................................................................   78
Geneviève Levivier ........................................................................................................................................................   79
Yvonne Laurysen et Erik Mantel ....................................................................................................................   79
Laure Petre ..............................................................................................................................................................................   80
Zsuzsanna Szentirmai-Joly ..............................................................................................................................   80
Aoife Wullur ............................................................................................................................................................................   81
Elaine NG ....................................................................................................................................................................................   81
Mika Barr ..................................................................................................................................................................................   82
Luce Couillet ..........................................................................................................................................................................   82
Luc Druez ..................................................................................................................................................................................   83
Aleksandra Gaca ..............................................................................................................................................................   83
Daniel Henry ..........................................................................................................................................................................   84
B enjamin Hubert ................................................................................................................................................................   84
Eliane Ernst ............................................................................................................................................................................   85
Martin Leuthold ................................................................................................................................................................   85
Dates clés des textiles à fonctions actives  
et des domaines connexes (revers de couverture)  
5
Les process de création
en mouvement ............................................................................................................................   86
Du design primaire au design sensoriel ....................................................................   90
Des technologies discrètes ..............................................................................................................   90
Le design, un processus continu (F. Poisson) ..................................   92
Le designer chercheur ......................................................................................................................   94
La transversalité, un pari gagnant ......................................................................................   95
Au-delà de l'objet fonctionnel ....................................................................................   96
Du design à la recherche (A. Mossé) ..............................................................   97
Pop'up lace (C. Collet) ..............................................................................................................   98
Slow Furl ................................................................................................................................................   100
IM Blanky ..............................................................................................................................................   106
Le designer mutualiste ou le DIY ..............................................................................   112
Une créativité féminine ......................................................................................................................   112
Le savoir par le partage ....................................................................................................................   114
Le couple DIY et Internet ..................................................................................................................   114
Une nouvelle forme de lien social ....................................................................................   114
La transmission de savoir, un acte militant
(M. Donneaud) ....................................................................................................................................   115
Les fées du DIY ............................................................................................................................   116
Les recettes d'Hannah ......................................................................................................   117
The crying dress ........................................................................................................................   122
Le camp d'été e-textiles ................................................................................................   125
Le designer éditeur ..............................................................................................................................   128
Créer du sens ....................................................................................................................................................   130
La matériauthèque, un observatoire discret
(S. Lampogrande) ........................................................................................................................   131
Le design à la genèse des projets ....................................................................................   131
Utopie humaniste (W. Langeder) ........................................................................   132
Wall-E(motion) ..............................................................................................................................   134
Dentelles magnétiques ....................................................................................................   142
Le designer éco-techno ................................................................................................................   148
Le design, un puissant levier créatif ............................................................................   148
La revalorisation de l'outil ..............................................................................................................   150
Couleurs du futur ......................................................................................................................   152
Wearable Forest ........................................................................................................................   158
Le designer éclaireur ........................................................................................................................   164
Démonstrateurs et programmes R&D ......................................................................   165
Le design, un savant cocktail de savoir-faire
(Y. Schvetz) ................................................................................................................................................   166
La haute couture, un cas à part ............................................................................................   167
Rezo ..............................................................................................................................................................   170
La connexion,
une matière à part entière ............................................................   176
De la surface à la forme 3D ..................................................................................................   179
Concilier les contraintes du textile
et de la technologie ..............................................................................................................................   181
Une vieille histoire ..................................................................................................................................   181
Un textile présent dans le textile ..............................................................................   182
La ligne, symbole de la connexion ........................................................................   182
Des aborigènes à l' electronic board ..................................................................   187
Un système de pensée avant-gardiste ......................................................................   187
Du métier à tisser aux cartes électroniques ....................................................   187
Une expérience anthropologique
(S. Biokou-Sellier) ......................................................................................................................   188
La ligne, une matérialité graphique ..............................................................................   191
État de l'art de la connectique conductrice textile ................   194
Entre connectique et connexion,
où se trouve notre corps ? ........................................................................................................   200
Le réseau, source d'innovation (C. Stammel) ..............................   201
Les dessous de l'architecture ..........................................................................................   205
Le chaos, une toile déjà présente
autour de nous ................................................................................................................................................   209
La mémoire informatique serait-elle périssable ?
(M. Coleman) ........................................................................................................................................   210
Entretiens ..................................................................................................................................................   212
Isa Hofmann ....................................................................................................................................................   214
Becky Stern ......................................................................................................................................................   218
Moritz Waldemeyer ..........................................................................................................................   222
Jean-Baptiste Labrune ..............................................................................................................   226
Stijn Ossevoort ............................................................................................................................................   230
Philip Beesley ..............................................................................................................................................   234
Postface - F. Poisson ..........................................................................................................................   240
Lexique ..........................................................................................................................................................................   241
Salons professionnels ....................................................................................................................   243
Références ..............................................................................................................................................................   244
I ndex des noms de personnes ........................................................................................   246
Crédits ..............................................................................................................................................................................   247
Table des matières  
6
La création en mouvement  
Été 1998 : nous mettions au point, avec la complicité de Cédric Brochier, la première  
robe « lumineuse » dans un tissage jacquard de fibres optiques présentée l'été suivant  
dans mon défilé haute couture.  
Eté 2013 : nous installons des rideaux lumineux, des fibres optiques encapsulées dans  
des plaques de verre et un plafond lumineux pour le SPA : une première dans l'univers  
de l'hôtellerie.  
Cette « transversalité industrielle » est un passage entre mémoire de l'excellence et  
nouvelle technologie.  
Les artisans, leur savoir-faire, leurs outils, rejoignent ingénieurs et chercheurs — des  
physiciens aux mathématiciens — intégrés ou non dans des laboratoires. Sur un métier  
à tisser traditionnel, hérité des canuts de Lyon, le tissage des fibres de carbone a  
engendré le nez du Concorde ou des pièces de formule 1.  
À partir de ces « croisements de savoir-faire » et de ces diverses cultures naissent  
de nouveaux procédés que nous adaptons, dessinons, développons… Cette création  
globale s'inscrit dans un monde global, mais avec en filigrane une notion essentielle :  
l'innovation n'est utile que lorsqu'elle est partagée.  
Le citoyen du monde dont parlait Voltaire rejoint le rêve de Jean Monnet, celui d'une  
Europe qui partage la pensée. L'innovation est transversale par nature, elle ne connaît  
pas les frontières, elle rassemble au-delà des anciens et des modernes, des petites  
et grandes structures, des universités et des laboratoires, des individus ; elle est, par  
essence, le fruit du mélange culturel.  
Ce que j'ai préféré dans mon métier de couturier était l'esprit de l'atelier, le bruissement  
des fils de soie et des broderies, les nuages de mousseline, les fines aiguilles et gros  
grains de taille… mais j'aimais tout autant les réunions effervescentes et créatives entre  
ingénieurs et artisans autour d'un nouveau textile.  
Ce bouillonnement de rencontres, cette générosité des uns et des autres de mettre  
à disposition leurs connaissances sont des valeurs essentielles pour innover. Il parti-  
cipe à l'instant grisant du vertige devant l'inconnu d'une robe dont les broderies sont  
constellées de strass éclairés par des fibres optiques.  
Dans cet ouvrage, le créateur à-venir est créateur d'un univers, d'un style reconnais-  
sable, confronté à l'évolution non seulement des modes, mais aussi des techniques.  
L'innovation devient partie prenante du style. Les cultures, en se métissant, amplifient  
ce phénomène de « cross-fertilisation » entre savoir-faire traditionnel et nouvelles  
technologies.
L'aventure humaine induite par ce désir d'innover en croisant les cultures reste à mes  
yeux l'élément essentiel de ce nouveau chemin emprunté par les créatifs.  
Olivier Lapidus  
7
Introduction
La fabrication des étoffes est complexe. L'homme a mis plusieurs siècles pour mettre au  
point et développer le tissage puis, à partir du Moyen Âge, la maille. Son développement  
a suivi pas à pas l'évolution structurelle de notre société. La première partie de ce livre  
est naturellement consacrée à ce processus lent qui a permis d'installer une base solide  
dont découle, à travers les circuits de distribution, la filière textile d'aujourd'hui. Il nous a  
aussi paru important d'apporter un éclairage sur la classification utilisée dans le milieu  
professionnel, et reprise régulièrement dans la presse, pour les textiles usuels et à  
usages techniques, afin de cerner sans ambiguïté la nature de ces textiles à fonctions  
actives : les e-textiles, les textiles actifs et les éco-techno textiles.  
Après avoir ainsi montré l'implication des technologies dans la conception des  
textiles, l'analyse de la notion d'innovation depuis le début de l'ère industrielle dévoile  
quelques grandes étapes décisives. À la suite de la maîtrise de la production, puis des  
performances, nous observons actuellement la recherche de fonctionnalités accrues,  
obtenues grâce à deux nouveaux paramètres, l'immatérialité et le mouvement. Ils  
s'expriment notamment par la réversibilité de la forme des textiles, leur capacité de  
diffusion (sonore, lumineuse, etc.) et la transversalité des domaines qu'ils sollicitent.  
L'Europe a compris le potentiel de son vivier industriel et a mis en place, très tôt, des  
programmes de recherche pour faciliter les partenariats entre industriels. Ces déve-  
loppements sont en constante progression depuis les années 1990, il suffit d'observer  
l'évolution de certaines catégories comme les cosmétotextiles pour se convaincre  
que les textiles à fonctions actives sont devenus la figure de proue d'un savoir-faire  
complexe qui se façonne discrètement depuis le milieu du XX e siècle, comme l'illustre  
l'historique placé au tout début de cet ouvrage.  
Cette dynamique d'ailleurs ne s'applique pas qu'aux textiles mais touche d'autres  
domaines, comme celui de la lumière. Tous deux ont évolué parallèlement en passant  
du statut de matériau à celui de matière puis de matière active . Étonnant rapprochement  
quand on sait que l'intégration du fluide électrique a donné jour à une catégorie inédite :  
les e-textiles. Leur association qui, au regard de l'évolution des technosciences, semble  
une évidence, a ouvert une démarche créatrice novatrice où les valeurs subjectives de  
l'utilisateur sont prises en compte, à l'instar du travail mené sur la matérialité de la  
couleur depuis près de deux décennies. Afin de montrer des exemples concrets de cette  
notable évolution, le quatrième chapitre présente une galerie de créateurs qui utilisent  
ou s'inspirent des technosciences.  
Enfin, nous décrivons l'implication de ces nouveaux designers et leurs process inédits  
au gré de reportages et d'interviews dont la grande transparence permet de suivre  
leur quotidien créatif. L'analyse des différents profils de designers que nous avons  
identifiés à l'issue d'une enquête menée au niveau européen, et des technologies qu'ils  
utilisent, met en avant un point délicat et complexe : la connexion. La connexion , à ne pas  
confondre avec la connectique , est un langage en soi ; elle dépasse la simple résolution  
mécanique et électrique et renvoie à des dimensions plus intimes d'appartenance, de  
fiabilité et de transversalité culturelle. Dans ce domaine, nous suivons avec intérêt  
des recherches qui en sont encore à leurs balbutiements, telles que la mise au point  
de nouveaux process de production de couleur ou de création militante qui implique  
l'utilisateur et ouvre sa conscience sur ses liens ancestraux avec son environnement.  
C'est pourquoi nous avons souhaité, à travers les six entretiens d'univers connexes sur  
lesquels s'achève le livre, laisser s'exprimer des points de vue très divers, montrant la  
nécessaire complicité que toute création demande, et que le monde textilien en pleine  
évolution vit comme une évidence.  
Introduction
L'évolution industrielle et sociale
L'évolution industrielle et sociale

Le Bon Marché, premier grand magasin ouvert au monde en 1852  
Les fondateurs, Aristide et Marguerite Boucicaut, inventeront de nombreuses  
techniques de vente et fidéliseront une clientèle friande de nouveautés  
aussi bien en habillement qu'en linge de lit, de table et d'office.  
11
Il arrive souvent qu'une découverte scienti-  
fique permette à de nombreuses inventions de  
voir le jour — dont découlent des applications  
commerciales. Quand c'est le cas, elles trans-  
forment le paysage industriel de la production  
jusqu'aux circuits de distribution avant d'arri-  
ver dans nos foyers pour en améliorer la vie.  
Bien des applications prennent un demi-siècle  
avant d'entrer dans notre quotidien, comme en  
témoigne l'historique chronologique situé en  
début d'ouvrage. Pourtant, nous avons l'impres-  
sion du contraire. C'est une illusion créée par  
le bouillonnement médiatique de notre société  
actuelle. À partir du XIX e siècle, l'industrie textile  
européenne fourmille d'innovations qu'elle  
partage avec de nouveaux domaines issus des  
sciences modernes dont les protagonistes se  
trouvent dans un premier temps en Europe, puis  
en Amérique du Nord.  
La course aux progrès  
Pour comprendre ce que sont ces nouveaux  
domaines de recherche, il faut remonter au début  
de l'ère industrielle, c'est-à-dire au XVIII e siècle. La  
France et l'Allemagne, puis l'Angleterre, démarrent  
une compétition effrénée où l'enjeu capital est la  
rapidité des progrès scientifiques et industriels.  
Pour ce faire, elles mettent chacune en place des  
enseignements qui vont créer une élite prolifique  
de savants. En France, Napoléon I er centralise le  
savoir à Paris en créant de grandes écoles comme  
l'École polytechnique en 1794 ou l'École des arts et  
métiers en 1780. De son côté, l'Allemagne fonde à  
Berlin en 1810 un modèle universitaire où l'ensei-  
gnement et la recherche sont indissociables. Cette  
originalité requiert un fonctionnement en réseau  
qui favorise les rapprochements entre secteurs. Il  
montrera à maintes reprises que les applications  
technologiques sont très vites absorbées par le  
milieu industriel ; c'est d'ailleurs ce modèle qui  
inspirera les actuelles structures universitaires  
anglo-saxonnes. Les premières générations de  
savants des sciences modernes sont à l'origine  
du formidable enchaînement de découvertes en  
physique et en mathématiques appliquées. Et  
tous leurs efforts se tournent vers la maîtrise des  
phénomènes électriques, magnétiques, ainsi que  
vers l'exploitation du pétrole et de ses dérivés.  
Leurs déclinaisons en mécanique, en thermody-  
namique ou en chimie sont innombrables et de  
nouveaux domaines apparaissent, s'élargissent,  
comme l'électronique, la cosmétique, la chirurgie,  
les plastiques, les communications. Ils sont, pour  
les sciences, un vaste jardin d'explorations et, pour  
les industriels, un eldorado commercial.  
Un tissu d' histoires  
Il semble logique que le statut du textile dans  
notre quotidien soit avant tout lié à l'historique des  
savoirs techniques. Le tissu est un produit complexe  
d'enchevêtrement de fils continus. La première tech-  
nique textile inventée fut le feutre, puis rapidement le  
tissage. Sa mise au point, ses déclinaisons en fabri-  
cation et ses applications mirent plusieurs siècles  
à s'établir. Les tricots arrivèrent plus tard, dans la  
première partie du Moyen Âge, comme le montrent  
des fouilles en Égypte et dans les pays scandinaves.  
Le tissu, ou plutôt l'étoffe —terme plus propre à  
L'évolution industrielle et sociale  
12
l'habillement—, a tout d'abord servi à protéger  
notre corps des intempéries, puis à nous réchauffer.  
Nous l'avons vite utilisée pour créer des vêtements  
indicateurs du statut social. Puis nous avons exploité  
sa souplesse pour protéger, conserver, rafraîchir  
nos aliments. C'est au Moyen Âge que le textile  
commence à trouver réellement une place dans  
nos intérieurs à travers des « courtines » qui furent  
les premiers rideaux. Simples morceaux de toile, ils  
servaient de protection contre le froid. Les tapisse-  
ries, issues d'autres techniques textiles, ornaient les  
murs des demeures princières avec une fonction  
informative et décorative mais avant tout isolante,  
car elles étaient sur des murs épais et aux hauteurs  
de plafond imposantes. Au milieu du XVII e siècle, les  
tentures se transformèrent en « rideaux de croisée »  
puis, à partir du XVIII e , en « rideaux » tels que nous  
les connaissons aujourd'hui. La première consé-  
quence de l'industrialisation à partir du milieu du  
XVIII e siècle est la migration des populations rurales  
vers les villes. Les maisons gagnent en hauteur, se  
transforment en immeubles mitoyens séparés par  
les voies de circulation. Les voilages sont incontour-  
nables et les rideaux changent de statut, devenant  
des « doubles rideaux ». Ils sont appréciés pour  
leurs performances thermiques et phoniques, mais  
prennent aussi une nouvelle fonction : la protection  
de l'intimité. Les familles désormais citadines ont  
besoin de produits finis dans tous les domaines. Les  
manufactures qui utilisent surtout la main-d'œuvre  
deviennent des usines où les machines entrent  
dans le processus de production pour augmenter  
les rendements.  
L'influence des nouveaux  
circuits de distribution  
Au milieu du XIX e siècle, en France comme en  
Angleterre, surgit une innovation commerciale qui  
va bouleverser la distribution : les grands maga-  
sins. Aristide et Marguerite Boucicaut ouvrent le  
premier d'entre eux, Au Bon Marché, à Paris en  
1852. Suivront de peu ses homologues à travers  
le monde : Macy's à New York (1896), Selfridges à  
Londres (1909) et Mitsukoshi à Tokyo (1904).  
Ces premiers pas de la distribution grand public vont  
marquer un tournant dans la conception et l'indus-  
trialisation des produits textiles. Les besoins de ce  

Huile sur toile d'Albert Anker, 1875  
Le putting-out system est une organisation  
de travail qui met en réseau des familles qui  
alternent plusieurs activités comme le tissage et  
l'élevage. Des collecteurs passent régulièrement  
ramasser le travail. En France, à la même  
époque, se développent les manufactures,  
qui regroupent toutes les ouvrières dans un  
même lieu.  

Le Bon Marché  
Situé dans le VII e arrondissement de Paris,  
il occupe aujourd'hui les mêmes locaux  
qu'en 1852.  
13
nouveau circuit dynamique vont faire basculer la  
production en profondeur. Jusqu'alors, la fabrication  
des étoffes et leur confection appartenaient, d'une  
part, aux manufactures, d'autre part, à la production  
artisanale ou familiale. Il s'agissait d'un travail long  
et fastidieux, base de l'apprentissage classique dans  
l'éducation des jeunes filles. Elles apprenaient toutes  
les étapes : du filage à la confection en passant par  
la teinture, la broderie, etc.  
Il fallait se munir de patience, car la fabrication d'un  
seul drap demandait des semaines. Les familles  
cumulaient plusieurs activités comme le tissage et  
la ferme ; le travail à domicile s'organisait en réseau  
appelé putting-out system en Angleterre. La multi-  
plication de matières, d'armures (combinaisons de  
fils pour former un motif) et le développement, dans  
les années 1920, d'une nouvelle classe bourgeoise  
font accroître la demande de produits sophistiqués  
dont la fonction décorative est essentielle.  
Les premiers catalogues imprimés apparaissent et  
le déploiement d'une offre textile plus fournie ouvre  
en parallèle les portes à des produits connexes. Pour  
satisfaire cet intérêt, la passementerie et la dentelle  
connaissent aussitôt une ascension remarquable.  
À partir des années 1930, un changement important  
se produit dans la structure du réseau industriel.  
L'extraction et la transformation du pétrole font  
naître les industries chimiques. Celles-ci prospèrent  
rapidement et acquièrent une dimension internatio-  
nale. Elles ont trois particularités : des innovations  
remarquables comme les fibres révolutionnaires  
(Nylon en 1935 ou polyester en 1941), une grande  
capacité de production et de distribution en plusieurs  
points géographiques et, enfin, une autonomie totale  
dans leur recherche et développement.  
La confection à l'heure  
de la consommation  
Côté consommateur, des supermarchés à taille  
citadine émergent. En France, Monoprix ouvre ses  
portes en 1932, plusieurs enseignes populaires  
apparaissent et proposent de la confection à prix  
unique. Très dynamiques, ces nouveaux canaux de  
distribution associés à de nouvelles techniques de  
vente vont démocratiser l'accès aux produits textiles  
pour les secteurs de la confection et de la décoration.  
L'acheteur de classe moyenne découvre le plaisir  
du contact direct avec la marchandise, du choix et  

Armure textile, Agnès Calas  
Une armure est la combinaison de fils (2) qui permet de créer un motif lors du tissage (1). Ici, on découvre une armure  
de la créatrice textile Agnès Calas spécialisée dans le haut de gamme. Les noms des armures (vichy, prince-de-galles…)  
sont utilisés comme appellation « commerciale » et deviennent alors de simples motifs décoratifs.  
1
2
L'évolution industrielle et sociale  
14

Catalogue de linge  
de maison, Casino  
Depuis 1912, Casino édite un  
catalogue général bi-annuel. Il  
propose de nombreux articles  
dans l'habillement mais aussi  
pour la maison, l'office, la  
table. Ces catalogues, très  
appréciés par la clientèle,  
seront édités jusqu'en 1970.  
15
de l'achat immédiat. Côté habillement, la « confec-  
tion pour dames » habille 25 % des Françaises en  
1937. Après la Seconde Guerre mondiale, le monde  
change, les rythmes de vie s'accélèrent. Les femmes  
ont découvert l'indépendance financière pendant la  
guerre : en Europe, en remplaçant leur mari dans  
les usines pendant la guerre, et aux États-Unis, en  
participant à l'essor de l'industrie électronique qui  
apprécie leur minutie, leur concentration et leur fiabi-  
lité dans le montage des circuits avec de nombreux  
composants. La femme n'a plus le temps de faire,  
ni même de faire faire, ses vêtements. L'arrivée de  
l'élasthanne, en 1959, lui change la vie ; elle adopte  
alors les collants sans couture.  
En habillement, le « prêt-à-porter » fournit 80 %  
de la clientèle féminine ! D'ailleurs, le vocabulaire  
se précise. Les marketeurs et publicistes inven-  
tent l'acheteur idéal : « la ménagère de moins  
de 50 ans ». Cette dernière est consommatrice,  
compare, sélectionne les offres et, surtout, est  
en demande de nouveautés. C'est l'essor de la  
confection de vêtements mais aussi du linge de lit,  
de maison et articles de décoration. Les premiers  
catalogues de vente par correspondance (VPC),  
apparus vers 1850, abondent. La réussite de La  
Redoute en est un bel exemple. Entreprise familiale  
créée en 1837, elle propose son premier catalogue  
consacré au tricot en 1928 puis l'ouvre à la déco-  
ration en 1956. Six ans plus tard, il compte pas  
moins de 50 000 références. La Redoute entre en  
Bourse et devient leader en France de la VPC. Ses  
concurrents sont européens, notamment avec deux  
sociétés allemandes : Karstadt-Quelle, le leader,  
et la très active Neckermann (qui sera rachetée en  
1984 par Karstadt Quelle).  
L'innovation pour sortir de la crise  
Le développement effréné de nombreux textiles — au  
sens où nous l'entendons aujourd'hui, c'est-à-dire  
de produits réalisés de manière industrielle — date  
donc du début du XIX e siècle et prend son envol après  
la Seconde Guerre mondiale. À partir des années  
1950, les concepts de supermarché et d'hyper-  
marché débarquent du continent américain. Les  
premières agences de tendances apparaissent dans  
les années 1960 et proposent des univers variés clés  
en main pour les équipes de création. Un large choix  
de déclinaisons de matières et de couleurs permet  
au consommateur moyen de choisir, selon ses  
envies et son intérieur. De nombreuses enseignes  

Réclame de 1950, Casino  
L'arrivée de l'élasthanne, en 1959, ouvre les portes  
de multiples applications dans le textile. La plus connue  
sans doute pour son succès retentissant fut les collants  
sans couture en 1965.  

Premier catalogue de La Redoute  
La Redoute édite son premier catalogue dédié  
au tricot en 1919-1920. Il s'ouvrira aux articles textiles  
confectionnés destinés à la maison à partir de 1946.  
Ce fut un succès immédiat.  
L'évolution industrielle et sociale  
16
commerciales lui offrent des facilités de paiement  
et le poussent à acheter sans qu'il en ait réellement  
le besoin. Pour couvrir les demandes croissantes  
de produits, il faut une solution rapide de fabrica-  
tion. Se déploient alors de multiples stratégies de  
production et une segmentation selon les cibles de  
marché. Les usines des secteurs industriels de la  
filature et de la fabrication des étoffes ont vu leur  
taille s'accroître considérablement. Les vestiges  
des villages ouvriers dans le nord de la France ou  
le nord-ouest de l'Angleterre en témoignent. La  
structure paternaliste des industries textiles euro-  
péennes, pourtant performante à ses débuts, n'a  
pas su suivre l'évolution sociale. Dans les années  
1970, cette lourdeur structurelle bride leur réactivité,  
indispensable pour parer à la concurrence et aux  
crises économiques. Elle les fera basculer rapide-  
ment dans le marasme et ils ne pourront résister  
à la concurrence de pays émergents dont la main-  
d'œuvre est peu onéreuse. Leur manque de flexibilité  
tant financière que structurelle leur fait perdre des  
opportunités et la production textile part en Asie, en  
Inde et en Chine. Le réseau industriel européen doit  
s'organiser mais chaque pays réagit différemment.  
La France et l'Angleterre connaissent des périodes  
douloureuses et réagissent en recentrant leurs  
activités sur des textiles à haute valeur ajoutée,  
les textiles techniques. De leur côté, les industriels  
italiens, peu soutenus par leur gouvernement,  
s'organisent entre eux en créant des réseaux  
commerciaux à l'étranger et réussissent, non sans  
mal, à garder une industrie autonome. Très entre-  
prenants et au cœur d'une culture liée à la création,  
ils n'hésitent pas à repenser différemment les étapes  
de la commercialisation d'un produit. Le cas de  
Benetton dans les années 1980 et 1990 reflète bien  
cette réflexion. La création et l'ennoblissement ,  
traitement qui permet de donner une personnalité  
décorative et technique au tissu, sont les valeurs  
ajoutées commerciales. L'une est artistique, l'autre  
technique. Ce sont deux étapes clés, mais le point  

Le supermarché Casino, 1960  
Les supermarchés, invention américaine, envahissent l'Europe en quelques années. Casino, créé en 1898, compte plus  
de 1 670 succursales en 1939. Le groupe lance le libre-service en 1948 et ouvre son premier supermarché en 1960,  
ce qui facilite l'achat d'articles textiles bon marché.  
17
faible de l'ennoblissement est qu'il focalise les coûts  
de production. Alors que l'industrie du vêtement  
s'effondre avec la concurrence asiatique, Benetton  
comprend l'évolution et le rôle de l'image. La  
communication devient une tactique marketing, qui  
entrecroise intimement communication, design et  
production. L'ennoblissement est le cœur de son  
système grâce à sa flexibilité structurelle. Ses  
campagnes publicitaires dynamiques, puis volontai-  
rement provocatrices, interpellent sa jeune clientèle.  
La marque propose peu de modèles mais dans une  
large gamme de couleurs. Les commandes sont  
envoyées le soir, à la fermeture du magasin, selon les  
ventes de la journée. La teinture est réalisée rapide-  
ment et les livraisons s'adaptent ainsi à la demande  
sans alourdir la société de stocks inutiles. C'est le  
succès que l'on connaît. Le génie de lier la création  
à la réactivité de l'ennoblissement qui travaille à  
flux tendu montre bien que les innovations ne sont  
pas seulement technologiques, mais aussi liées à la  
stratégie des hommes qui les entreprennent.  
À la même période, alors que des textiles intégrant  
des nouvelles technologies commencent à poindre  
dans le paysage, un nouveau tournant commercial  
se précise : Internet. D'un réseau d'informations  
et d'échanges, il devient une vitrine indispensable  
pour se faire connaître. Mais cette présence se  
transforme petit à petit en lieu de vente dématé-  
rialisée. Plus souples, plus réactifs et peu onéreux  
à mettre en place, les sites marchands font leurs  
premières armes au milieu des années 1980. Le  
commerce électronique s'installe définitivement  
une décennie plus tard pour devenir l'incontour-  
nable e-commerce d'aujourd'hui.  
La filière actuelle :  
un réseau à différentes  
échelles
Ces secteurs sont composés d'entreprises de tailles  
variables allant de l'entreprise artisanale, voire  
familiale à la multinationale. Le rapport de taille  
est important dans le cheminement de l'innovation.  
On comprendra aisément qu'un groupe chimique a  
plus de moyens pour innover et faire la promotion  
de ses innovations qu'une PMI-PME. En revanche,  
ces dernières ont une capacité d'adaptation aux  
mouvements du marché par des prises de décision  
rapides et des mises en œuvres immédiates.  
Le transfert de process est plus facile entre  
entreprises de même envergure, pour des raisons  
non seulement économiques, mais aussi ergono-  
miques. Elles ont les mêmes structures, le même  
type de fonctionnement, bref, la même logique et  
le même langage. Bien qu'il existe tous les cas  
de figure, pour simplifier, nous considérerons  
que plus nous sommes en amont de la filière et  
plus les industries sont de taille importante ; plus  
nous nous rapprochons du produit fini et plus les  
industries se diversifient en taille avec un réseau  
particulièrement dense en PMI-PME dans le  
secteur de l'ennoblissement textile et les indus-  
tries de transformation. Cette notion d'échelle a un  
impact direct sur la rapidité de développement et la  
visibilité commerciale des créations et innovations.  

La saga Benetton, portrait de Luciano Benetton  
La société italienne Benetton a eu l'ingénieuse idée de  
combiner la gestion des techniques d'ennoblissement  
avec un marketing basé sur la communication avant-  
gardiste. Son approche colorée liée à une production  
très réactive lui a permis d'acquérir et de fidéliser  
une clientèle jeune et de résister à la concurrence  
étrangère.
L'évolution industrielle et sociale  
18
Il faut noter aussi les récentes passerelles qui se  
créent entre consommateurs et industriels via les  
circuits d'échanges open source et qui deviennent,  
peut-être encore d'une manière confidentielle, un  
levier innovations.  
Lorsque nous achetons un produit fini textile, il  
est l'aboutissement d'une longue suite d'étapes  
industrielles. Il a fallu tout d'abord produire une  
matière (du fil au tissu), puis la transformer (en  
article ou objet) et enfin la vendre (distribution).  
Les secteurs industriels sollicités sont radicale-  
ment différents. Pour produire une matière textile,  
rappelons d'une manière succincte que trois  
branches de l'industrie sont nécessaires : la fila-  
ture, la fabrication des étoffes et l'ennoblissement.  
Un tissu, quel qu'il soit, a tout d'abord besoin d'un  
fil naturel ou chimique dont la torsion lui permettra  
de résister aux nombreuses contraintes techniques  
des machines. La différence notoire entre les fils  
d'origine naturelle et ceux d'origine chimique est  
que ces derniers sont fabriqués selon un processus  
industriel complexe. Il est donc possible de produire  
des diamètres de fil plus gros ou plus fins que  
les standards habituels. Le terme « microfibre »,  
apparu dans les années 1980, en est le témoin. Il  
signifie que le diamètre du fil est inférieur à la plus  
petite valeur connue jusque-là.  
À partir d'un fil, on entre donc dans le monde des  
fabricants d'étoffes : les « tisseux ». La diversité des  
métiers a donné lieu à de nombreux brevets aussi bien  
dans le monde du tissage (chaîne et trame) que dans  
le monde de la maille (tricot) ou des non-tissés (amal-  
game de fibres courtes). Mais un tissu n'existe pour le  
consommateur que lorsqu'il a acquis une personnalité  
décorative (teinture et impression) et/ou technique  
(apprêts mécaniques — gaufrage, plissage… — ou  
chimiques avec de nombreux traitements). Le tissu  
est donc envoyé chez les ennoblisseurs pour acquérir  
sa valeur marchande. C'est un domaine ingénieux où  
les innovations fourmillent au fil des collections que  
les fabricants mettent au point pour leurs clients : les  
éditeurs de tissus d'ameublement ou les créateurs  
de mode selon la cible commerciale et le circuit de  
distribution. C'est aussi un domaine où la discrétion et  
la réactivité sont la meilleure protection. Les brevets  
ne sont pas toujours déposés.  

Détail d'un montage de chaîne pour un tissage bayadère en milieu industriel  
19
Distributeur
Grande distribution  
Grand magasin, VPC  
Détaillant
e-commerce
Médical
EPI
C
o
n
s
o
m
m
a
t
e
u
r
Naturel
animal, végétal  
Synhéthique
bois, pétrole  
Inorganique
carbone, verre...  
Préparation
Coloration
teinture
impression
Enduction
& laminage  
Apprêt
mécanique
chimique
Habillement
Haute couture  
Prêt-à-porter
Artisan
Ensemblier
Tapissier
Édition
Ameublement
Linge d'office  
Mobilier
Objet
Schéma de la filière textile du fil au consommateur  
et caractéristiques de l'innovation  
La réalisation d'un tissu s'effectue en trois étapes : la filature (1), la fabrication de l'étoffe (2) et enfin l'ennoblissement (3)  
qui lui donne sa personnalité décorative et/ou technique, autrement dit sa valeur commerciale. Cette troisième étape  
intervient parfois en amont de la filière. Les tissus sont répertoriés dans deux catégories : les textiles usuels et les textiles  
à usage technique (TUT). Ils vont être soit utilisés pour des prestations de service soit transformés en produits (4). Ils  
seront commercialisés par différents circuits de distribution (5) pour enfin arriver chez le consommateur final (6).  
L'influence de l'innovation est en partie liée à la taille de l'entreprise, c'est aussi souvent une affaire d'opportunité et  
d'individus. Ainsi, la fabrication des fils dont l'industrie chimique est la principale initiatrice est peu sujette aux innova-  
tions (A) mais elles sont très impactantes sur le reste de la chaîne industrielle. La fabrication des étoffes, notamment  
dans la création d'armures, est un socle réactif (B), mais les secteurs les plus dynamiques sont l'ennoblissement (C) et  
la transformation (D). De multitudes d'innovations à différentes échelles voient le jour et font de constructifs allers-re-  
tours entre secteurs. Ils peuvent changer de rôle en devenant selon l'occasion force de proposition, ou en répondant à  
une demande spécifique. L'innovation dans le domaine de la distribution (E) porte essentiellement sur les techniques de  
vente et peu sur la création produit, avec toutefois une particularité singulière depuis l'arrivée du e-commerce et du DIY,  
où le consommateur peut devenir un acteur créatif (F).  
1
ila
lis
br
to
C
D
E
3
4
5
6
F
Chaîne et trame  
Maille
Non-tissé
Textile composite  
Industrie
Automobile
Filtration
Plein-air
Sport
Transformation
Distribution
Textiles
à usage  
technique
Textiles
usuels
Innovation
Ennoblissement
Filature
Étoffes
2
Ennob
sement
F
ture
Fa
ication des é  
ffes
Transformation
Distribution
A
B
L'évolution industrielle et sociale  
Les
TUT : textiles à usage technique
Les TUT : textiles à usage technique
22
Nous avons bien compris qu'un tissu n'a de valeur  
commerciale que grâce à ses caractéristiques  
esthétiques et techniques. Les caractéristiques  
esthétiques prédominent dans les textiles dits  
« usuels ». Ceux-ci regroupent l'habillement,  
la maison, le plein-air et l'hygiène, en somme,  
des secteurs où les textiles ne nécessitent pas  
des performances remarquables. À l'inverse,  
les caractéristiques techniques sont prépon-  
dérantes dans les textiles dits « à usage tech-  
nique », ou TUT. Certains secteurs comme ceux  
du sport ou des EPI (équipement de protection  
individuelle, autrement dit vêtements de travail  
et accessoires) regorgent de tissus aux carac-  
téristiques techniques très variées. Ces deux  
mondes se côtoient quotidiennement dans les  
produits que nous utilisons, mais restent très  
cloisonnés dans le monde professionnel. Et il  
n'est pas rare que le consommateur s'y perde.  
Comme l'explique Patricia Poirié, consultante  
chez Promostyl et coauteur avec Sophie Bramel  
de Mode&tissus high-tech : « Nous avons écrit  
ce livre car mes amies me demandait toujours  
où elles pouvaient acheter du Gore-Tex. Et je  
leur expliquais, à leur grand étonnement, que  
c'est un traitement de surface du tissu, donc un  
ennoblissement et non une matière ! »  
Définition et classification  
Pour la catégorie des textiles usuels, il n'y a pas de  
classement ni de définition. Les textiles techniques,  
par contre, ont été déterminés avec précision. Et  
pour cela, il est important de comprendre comment  
sont faites les classifications. Lorsqu'elles sont de  
l'ordre des corps de métiers, c'est en général le  
corps de métier lui-même à travers sa fédération  
qui les définit. Quand ce sont des classifications  
d'application, le plus souvent elles sont initiées par  
les salons professionnels. Car ils sont un maillon  
important dans la filière industrielle, même s'ils  
n'ont aucune implication dans la fabrication ni dans  
la transformation des produits.  
Un salon est un marché qui sert à créer des oppor-  
tunités commerciales ou à conforter un relationnel.  
Il vend un service qui doit être à la hauteur de  
l'investissement fait par ses clients, les exposants.  
Ces organisations, par souci d'ergonomie, cherchent  
toutes les ouvertures propices aux rencontres fruc-  
tueuses : symposium, création de prix, reportage au  
jour le jour, section VIP, organisation presse, pôle  
tendance… Les liens sont facilités entre les secteurs  
à travers une signalétique efficace et des dénomi-  
nations intuitives. Avant Internet, les produits qui  
n'étaient pas présentés dans un salon profession-  
nel avaient peu de visibilité. Dans le secteur textile,  
les salons se sont regroupés pour faire face à une  
concurrence internationale. Ils ont lieu une à deux  
fois par an. Mais tous les secteurs ne sont pas forcé-  
ment représentés et, pour certains comme le médi-  
cal, le militaire ou encore le plein air, la recherche  
est plus longue et passe par d'autres intermédiaires.  
Souvent, il n'y a pas un salon mais plusieurs. Il faut  
noter que leurs organisateurs — tels Techtextil ou  
Première Vision — ont désormais la volonté d'élargir  
leur champ en incluant aussi le secteur de la confec-  
tion pour faciliter la continuité des échanges entre  
les industries de fabrication et de transformation.  
C'est un point clé et positif pour le développement  
commercial des textiles à fonctions actives, qui ont la  
particularité d'être à cheval sur plusieurs domaines  
autres que le textile. Leur transformation demande  
aussi des savoir-faire différents de la confection  
traditionnelle comme la connectique en électro-  
nique. Et à ce jour, aucun atelier n'a passé le cap de  
la production à grande échelle.  
La classification des TUT la plus utilisée est issue  
du salon Techtextil créé en 1986 par Messefrankfurt  
et qui distingue, depuis 1997, ces douze sections  
couramment reprises par l'ensemble des acteurs  
de la filière :  

Agrotech ® (agriculture, sylviculture et pêche) ;  

Buildtech ® (bâtiment et construction) ;  

Clothtech ® (éléments fonctionnels de la  
chaussure et de l‘habillement) ;  

Geotech ® (géotextiles et génie civil) ;  

Hometech ® (éléments d'ameublement,  
revêtements de sol) ;  

Indutech ® (filtration et autres produits utilisés  
dans l'industrie) ;  

Medtech ® (hygiène et secteur médical) ;  

Mobiltech ® (construction, équipement et  
ameublement des transports) ;  

Oekotech ® (protection de l'environnement) ;  

Packtech ® (conditionnement et stockage) ;  

Protech ® (protection individuelle et des biens) ;  

Sporttech ® (sports et loisirs).  
23
Agrotech
®
Builtech
®
Geotech
®
Oekotech
®
Medtech
®
Mobiltech
®
Protech
®
Sporttech
®
Déco
Habillement
Plein-air
& sport  
Bien-être
Textiles à usage technique*  
Textiles usuels  
*classification du salon Techtextil de Messefrankfurt  
Clothtech
®
Hometech
®
Indutech
®
Packtech
®
Domaines similaires aux
yeux du consommateur.  
Domaines d'application où  
l'on retrouve des textiles à  
fonctions actives.  
Secteurs d'application des textiles à fonctions actives  
Les classifications établies par Techtextil sont référentes pour les acteurs professionnels de la filière  
et regroupent les principaux types d'applications. Elles ne donnent pas de visibilité sur celle des textiles  
à fonctions actives car elles les répertorient seulement depuis 2013 et en tant que process de fabrica-  
tion sous la rubrique « functional apparel textiles ». Pourtant, les e-textiles, textiles actifs et les éco-  
techno textiles se retrouvent autant dans des domaines d'application des TUT que dans ceux des  
textiles usuels. Pour le consommateur final, l'amalgame est parfois inévitable. Par exemple, les  
produits textiles qu'il retrouve pour la décoration peuvent venir des Hometech (moquette, store réflé-  
chissant...) ou de la déco (voilages, plaid...).  
Les TUT : textiles à usage technique  
domaines de TUT (textile à usage technique)  
(selon le salon Techtextil de Messefranckfurt)  
Les domaines d'applications des textiles usuels et à usages techniques  
12
(bâtiment et construction)  
6
Indutech
(filtration et autres produits utilisés dans l'industrie)  
Packtech
(conditionnement et stockage)  
10
1
Intérieur et décoration  
(Ameublement et revêtements de sol)  
(Spectacle & lieux publics, tissus M1)  
(géotextiles et génie civil)  
(construction, équipement et  
ameublement des transports)  
domaines de textiles usuels  
2
Buildtech
(Rideaux, linge de lit, d'office...)  
5
Hometech
4
Geotech
8
Mobiltech
4
dont EPI :  
(équipement de  
protection individuel)  
pompier, militaire  
élargeur...  
(agriculture, sylviculture et pêche)  
1
(sports et loisirs)  
(hygiène et  
secteur médical)  
7
(cosmétique, coatching...)  
(protection individuelle  
et des biens)  
11
(Prêt à porter, Haute-couture)  
(éléments fonctionnels  
de la chaussure et de l'habillement)  
3
(protection de  
l'environnement)
Agrotech
Sporttech
12
Medtech
4
Bien-être
3
Plein-air
jardin & loisirs  
Protech
2
Habillement
Clothtech
Oekotech
9
26
Les textiles techniques sont toujours aujourd'hui un  
domaine en pleine expansion. L'Europe produit 15 %  
de la totalité des fibres mondiales. La proportion  
actuelle du chiffre d'affaires des textiles techniques  
représente 30 % du volume global de l'industrie  
textile européenne. Il faut cependant souligner que  
dans certains pays, cette proportion est plus forte,  
comme l'Allemagne avec 50 % et la France avec 40 %.  
La combinaison des fibres, des techniques de fabrica-  
tion et de l'ennoblissement offre un vaste panorama  
de solutions textiles. Et les TUT sont considérés, pour  
l'Europe, comme le fleuron de l'innovation et ce, dans  
la globalité de leur filière. David Rigby Associates,  
l'agence phare d'études de marché dans ce domaine,  
référence le textile comme un matériau flexible au  
même titre que les mousses, les plastiques ou les  
résines. Elle a, d'une part, constaté que plus de 50 %  
de la consommation totale des TUT se concentre  
sur trois domaines — l'ameublement et revêtement  
de sols des habitations (Hometech ® ), la filtration et  
produits industriels (Indutech ® ) et tout ce qui est affé-  
rant aux transports (Mobiltech ® ) — et, d'autre part,  
que la croissance actuelle, qui ne cesse d'augmenter,  
concerne essentiellement deux types d'étoffes : les  
non-tissés et les matériaux composites (assemblage  
de textiles et de résines) avec des taux de croissance  
sur dix ans respectivement de 60 % et 75 %. Le coût  
de production des non-tissés étant faible, ils sont très  
appréciés pour les chantiers de génie civil, dans les  
cultures agricoles et le domaine médical. Le déve-  
loppement de nombreuses infrastructures routières  
partout en Europe a ouvert un énorme débouché, en  
tonnage, pour les non-tissés et les géotextiles, ce qui a  
fortement contribué à leur succès. Malheureusement,  
leur très faible coût porte à les considérer, à tort,  
comme du consommable ; ils sont jetés la plupart du  
temps après leur premier usage.  
Les néo-textiles et les  
appellations dérivées  
Dans la généreuse famille des TUT, plusieurs  
branches innovantes se distinguent depuis les  
années 1990 sous la dénomination des néo-  
textiles qui englobent tous les nouveaux textiles,  
dont ceux à fonctions actives. Il y a à ce jour trois  
familles : les e-textiles, les textiles actifs et les  
éco-techno textiles. La caractéristique essentielle  
des e-textiles est d'avoir impérativement besoin  
d'une source d'énergie électrique pour fonctionner.  
Les e-textiles et les textiles actifs sont apparus à  
la même période, dans les années 1990. Les éco-  
techno textiles forment une nouvelle catégorie  
qui émerge depuis quatre à cinq ans. Ils sont le  
por te-drapeau d'une technologie éco-responsable  
ou bien ils permettent, par leur application, une  
action environnementale comme la dépollution  
ou la protection. Ces trois familles de tissus se  
retrouvent dans toutes les sections des TUT.  
La fée électricité entre les e-textiles  
et les textiles actifs  
Les e-textiles sont conducteurs et utilisateurs  
d'électricité. Ils sont à cheval sur deux domaines,  
celui du textile et de l'électronique. Le textile est le  
substrat qui va supporter un dispositif électronique.  
Il intègre parfois, dès sa fabrication, des capteurs ou  
des câbles conducteurs. Le dispositif électronique  
est schématiquement composé d'un microcontrôleur  
relié à des périphériques entrants comme des  
capteurs, des interrupteurs, une batterie et des  
périphériques sortants comme des haut-parleurs,  
un écran, des leds ( light-emitting diode ou diode  
électroluminescente).

Le microcontrôleur,  
de la technologie embarquée  
Le microcontrôleur (b) gère des entrées (c, d) et des  
sorties (e) via un programme préalablement installé  
dans sa mémoire. Il fonctionne de manière autonome  
grâce à une batterie (a), d'où son nom de « technologie  
embarquée ».  
Témoignage
L'implication du salon Techtextil
Le premier Techtextil a ouvert ses portes en 1986. En 1995, nous avons changé notre
stratégie car nous nous sommes aperçus que nous avions deux cibles commerciales :
les acheteurs qui cherchent des applications et les producteurs qui veulent développer
de nouveaux produits. Nous avons défini respectivement douze catégories pour les
premiers et dix pour les seconds. Cette classification n'a été effective qu'en 1997 car
elle a demandé une réflexion complexe qui a nécessité plus d'une année de travaux.
Nous avons constitué un groupe de travail avec des exposants, des journalistes et
des sociétés connexes. Ce fut un grand investissement pour nous et un vrai challenge
de marketing. C'est très délicat, car les domaines sont vastes et se chevauchent
facilement. Ils doivent rester autonomes tout en restant ouverts sur des évolutions
possibles à moyen et long terme. Par exemple, pour nous, Avantex [manifestation
spécialisée dans les textiles intelligents dotés d'électronique et de capteurs] est
surtout orienté vers les vêtements qui intègrent de la microélectronique, c'est pour
cela que nous l'avons renommé récemment « Functional Apparel Textiles ». C'est l'his-
torique que nous constatons depuis son intégration en 2005. Pourtant, vous pourrez
y trouver aussi des applications qui ne sont pas dans l'habillement ainsi que d'autres
technologies. C'est un franc succès et nous l'accompagnons en étant à l'écoute des
demandes et en ajoutant des catégories au fil des évolutions notoires.
Mais le succès de Techtextil s'explique aussi dans notre implication vis-à-vis de nos
clients. Nous anticipons leurs besoins en créant de vrais services comme Texprocess,
inauguré en 2011 et dédié à la confection (vêtement, sellerie et d'autres métiers), les
prix de l'innovation très prisés pour communiquer, notre site Internet qui répertorie
chaque catégorie et chaque type d'application, etc.
Si les catégories sont autant suivies par toute la profession, même si nous les avons
déposées par principe, c'est pour l'ensemble de ces raisons. Le seul domaine peut-
être qui n'est pas représenté est celui du bien-être car notre clientèle est quand même
très industrielle autant dans la production que dans les applications.
Nous sommes très fiers des taux de satisfaction de nos exposants (90 %) et de nos
visiteurs (96 %). C'est une belle reconnaissance. Depuis 1986, le salon a lieu tous les
deux ans et sa progression est continue. C'est excellent, surtout face au contexte
économique difficile. Et les designers sont les bienvenus, ils représentent actuelle-
ment 3 % de nos visiteurs !
Michael Jaenecke
est directeur du
management du
salon Techtextil
qui appartient à
Messe Frankfurt,
un organisateur
de salons
professionnels
d'envergure
internationale.
Il nous parle
des classifications
adoptées par
l'ensemble de
la profession.
Les TUT : textiles à usage technique  
27
Le microcontrôleur est un ordinateur simplifié qui  
centralise les arrivées et les sorties d'informa-  
tions. Il contient une puce interne qui exécute un  
programme préalablement établi et téléchargé  
dans sa mémoire. Lorsqu'il est alimenté avec une  
batterie, il fonctionne d'une manière autonome  
et devient de la technologie dite « embarquée »,  
terminologie utilisée dans le sport ou le spectacle.  
Quand les éléments utilisés sont de taille minuscule  
(composants CMS), on parle de microélectronique.  
Il y a deux types d'électronique : l'analogique et le  
numérique. L'électronique analogique utilise les  
caractéristiques électriques et mécaniques du  
composant, c'est la plus simple et historiquement  
la première ; l'électronique numérique passe par  
la programmation. Dans ce dernier cas, outre  
la connaissance de l'électronique, il faut aussi  
connaître le langage informatique. Les périphé-  
riques couramment utilisés génèrent de la lumière  
(électroluminescence, led, fibre optique, Oled), du  
son (haut-parleurs, MP3, appareil communicant),  
des images (écran LCD, écran Oled, cristaux  
liquides), de la chaleur (fibres résistives, mémoire  
de forme). Dans le cas de réception de signaux, de  
multiples capteurs existent et se développent actuel-  
lement (pression, température, accéléromètre,  
28

Microcapsules vues au microscope  
La microencapsulation est un process de fabrication proche de l'émulsion qui permet de créer des  
micro-billes d'huiles essentielles ou de principes actifs. La société Robert Blondel, ennoblisseur  
textile, a fait une reconversion exemplaire en mettant au point des formulations textiles performantes.  
29
humidité, gaz). Ces tissus ont deux modes de  
fonctionnement actif. Ils sont réversibles car ils  
peuvent passer d'un état passif à un état actif via  
un interrupteur. Ils sont interactifs car ils réagissent  
à des stimulus extérieurs en répondant par des  
signaux. Lorsque la programmation est poussée,  
nous avons l'illusion qu'ils sont « intelligents ». Mais  
ce n'est que le résultat d'une conception complexe  
de scénarios informatiques.  
Les textiles actifs, eux, ne nécessitent pas d'énergie  
électrique pour fonctionner. Ils sont à cheval entre  
les domaines du textile, de la cosmétique, de la  
chimie et de la parfumerie. Comme les e-textiles,  
le tissu reste le plus souvent un substrat sur lequel  
on vient appliquer une technique. L'ennoblissement  
peut être fait lors de l'impression, ou de l'apprêt  
chimique, c'est-à-dire un apprêt en milieu humide  
par foulardage (trempage du tissu dans un bain) ou  
pulvérisation. Les technologies les plus courantes  
sont liées au relargage de molécules parfumées,  
cosmétiques ou thermochromes (micro-encapsu-  
lation, inclusion), au stockage de la chaleur (PCM :  
matériau à changement de phase) et à la rémanence  
lumineuse (luminescence). Ces tissus ont deux  
modes de fonctionnement passif. Ils sont réversibles  
car ils ont la capacité de changer d'apparence et de  
revenir à leur stade initial selon les variations d'un  
facteur extérieur comme la température, le taux  
d'humidité ou la pression. Ils diffusent, lorsqu'ils  
réagissent à une condition spécifique donnée, en  
émettant de la lumière.  
Les 3 familles actuelles des textiles à fonctions actives  
Tout textile a une fonction qui peut être décorative et/ou technique.  
Les textiles techniques appelés aussi TUT dans le milieu professionnel sont dits à fonction-  
nalités par les performances et finalités que nous leur attribuons.  
De nombreux textiles innovants voient le jour chaque année. Cet ouvrage parle de ceux qui  
ont des fonctions actives, c'est-à-dire liées au mouvement. Ils ont un lien direct avec les  
nouvelles technologies issues des sciences modernes et se répartissent actuellement en  
trois familles :  
Transversalité
Réversibilité
Diffusion
Textile actif
Éco-techno textile
e -textile
Les TUT : textiles à usage technique  
30

Le tissu fibre optique UV-tex  

Réacteur Photex, Brochier Technologies, 2008  
Brochier Technologies a développé un tissu UV-tex qui  
permet grâce à sa flexibilité de dépolluer des surfaces  
difficilement accessibles. La fibre optique est tissée et  
véhicule de la lumière UV.  

Algae curtain, Loop, 2012  
Algae curtain est un rideau réalisé en maille de tube plastique. Il a une double fonction de voilage et de station de culture  
d'algues vertes pour produire du bio-carburant à usage domestique.  
Ce réacteur permet de tester l'efficacité dépolluante du  
tissu UV-Tex pour supprimer les traces de pesticides ou  
de produits médicamenteux. Ce projet a pu voir le jour  
grâce à un programme spécifique entre 2007 et 2010,  
soutenu par l'Agence nationale de la recherche.  
31
Nouvelles technologies  
et nouvelle écologie  
La troisième famille des textiles à fonctions actives est  
celle des éco-techno textiles. Il faut préciser que ce  
mouvement ne tient pas compte de la « recyclabilité »  
même du produit —contrainte présente dans tous les  
cahiers des charges de conception et de fabrication  
des textiles pour l'ensemble des domaines. Nous  
parlons, dans les éco-techno textiles, de l'originalité  
d'utilisation des nouvelles technologies avec une  
éco-responsabilité qui va au-delà du cycle de vie  
du tissu lui-même. Cela ne concerne pour l'instant  
qu'un petit nombre de projets. Mais la créativité et  
les réflexions qui en découlent font très nettement  
apparaître que cette famille, bien que balbutiante, est  
à prendre en considération. Car c'est sans doute là  
que les processus de création bouleversent le plus  
nos habitudes. Ces textiles ne sont pas encore, pour  
la plupart, en phase de commercialisation. Ils sont en  
cours de développement via des partenariats entre  
industriels, designers et laboratoires de recherche.  
La technologie est tantôt un catalyseur, tantôt un levier  
créatif pour trouver de nouvelles pistes de recherche.  
Parfois, elle est l'unique réponse pour contourner des  
contraintes spécifiques mais présente toujours, en  
premier plan, une démarche responsable. Nous ne  
parlons pas ici d'éco-conception, ni de développement  
durable ni même d'écologie, mais d'un regard lucide  
et nécessaire pour trouver les solutions de demain.  
Les applications sont multiples : de la décontami-  
nation à travers des émissions d'ultraviolets par  
fibres optiques chez Brochier à la fabrication de bio-  
carburant avec des micro-algues dans le projet Algae  
curtain de Loop, des créateurs londoniens. Certaines  
ont déjà vu le jour avec succès comme la collection  
WattWatch™ de Marithé et François Girbaud. Et il est  
intéressant de constater que la plupart des études  
sont faites dans le domaine de l'ennoblissement, un  
secteur stratégique tant pour la créativité que pour  
la prise en compte des facteurs environnementaux.  
1
2
3

Marithé et François Girbaud, 2010  
Marithé et François Girbaud ont commercialisé en 2010 une  
première collection avec le procédé Wattwatch TM . Leur innovation  
a été autant dans le process que dans la communication  
particulièrement bien orchestrée avec l'exposition mystérieuse  
Maestro della tela jeans organisée dans la galerie Canesso à Paris.  

Le Procédé WattWatch  

Ce traitement permet de créer des motifs sur les toiles de jeans,  
grâce à la gravure laser. Ce type d'ennoblissement mécanique est  
un moyen innovant et responsable. Il permet en quelques secondes  
(1) de graver par laser (2) des motifs avec des textures d'une  
grande finesse (3) sur du tissu au mètre ou bien sur des articles  
déjà confectionnés.  
Les TUT : textiles à usage technique  
32
Les niveaux d'intégration  
dans la filière textile  
Pour toutes les catégories de textiles à fonctions  
actives, l'insertion de la technologie se fait à trois  
niveaux dans le processus de fabrication du tissu.  
La technologie peut être intégrée, c'est-à-dire  
qu'elle est en amont de la filière. Par exemple,  
dans la filature, lorsqu'une fibre devient antibac-  
térienne grâce à la technique de l'inclusion ou  
dans la fabrication des étoffes, quand les fibres  
optiques sont tissées ou tricotées. La technologie  
peut également être rapportée : le tissu est déjà  
fabriqué et l'on vient appliquer sur la surface une  
fonctionnalité par les techniques d'impression,  
de collage, de soudage… Nous sommes dans le  
domaine de l'ennoblissement. Enfin, la troisième  
catégorie associe les deux premières. Une partie  
est intégrée, l'autre est rapportée. Par exemple, le  
tissage avec des fils conducteurs est fait lors de la  
fabrication des étoffes et le dispositif électronique  
est connecté par la suite. C'est souvent le cas avec  
les appareils communicants (microcontrôleur, ordi-  
nateur portable), la téléphonie (téléphone portable)  
et le coaching sportif (dispositif de contrôle), car les  
différents dispositifs sont sensibles à l'humidité et  
ont besoin d'être rechargés.  
La technologie  
comme levier créatif  
Le point faible des nouvelles technologies est  
souvent leur utilisation comme faire-valoir  
temporaire lié à la communication, autrement dit  
un « coup de pub ». Les conséquences immédiates  
sont la conception d'un produit inutile qui renvoie  
une image décalée. Pourtant, elles attirent de leurs  
feux clinquants tous les concepteurs en quête de  
nouveautés. Lors du cheminement créatif, la matu-  
rité de la réflexion se fait à travers diverses étapes  
d'essais, de tests, d'expériences. Ce cheminement  
peut être accéléré par de nombreuses techniques  
bien connues comme le sont les brainstormings,  
les roughs ou les expérimentations. Certains  
créateurs prennent comme point de départ une  
technologie, sans doute attirés par sa dimension  
sensorielle. Mais leur démarche va à l'inverse  
d'une conception d'un produit classique. Plus ils  
s'engagent dans le processus créatif et, plus ils se  
rendent compte que la technologie qu'ils avaient  
choisie n'est pas indispensable pour réaliser l'effet  
souhaité. Ils vont repartir dans un nouveau proces-  
sus de création qui prend en compte et assume cet  
historique. Ils ne seraient pas arrivés au même  
résultat sans se « perdre » dans le mirage des  
nouvelles technologies. Et pour cela, ils n'hésitent  
pas à appliquer parfois naïvement leurs réflexes  
d'expérimentation. Les bonnes surprises sont  
souvent au rendez-vous comme le montrent les  
développements de textiles à mémoire de forme  
développés par la créatrice Elaine Ng avec son  
concept de « Techno Naturology ». Elle utilise le  
mouvement naturel des pommes de pin ou les  
textiles photocinétiques d'Aurélie Mossé, desi-  
gner-chercheur.
Un autre domaine émergeant surfe sur le même  
mode de fonctionnement créatif : les laboratoires  
communautaires en biologie. Ce sont des lieux  
ouverts à tous où l'on peut expérimenter, dans  
des conditions optimales, des biotechnologies.  
La récente exposition Alive (organisée par Carole  
Collet) à Paris montre la diversité constructive et  
optimiste de ces nouvelles démarches : la culture  
de bactéries synthétiques pour en utiliser ses colo-  
rants par Natsai Audrey Chieza ou l'impression de  
nourriture diététique sur papier de riz par Marin  
Sawa, toutes deux doctorantes et chercheurs,  
en sont des exemples fabuleux. Elles brisent des  
barrières qui ne semblent plus justifiées comme  
le confirme l'initiative des scientifiques Ellen  
Jorgensen et Oliver Medvedik qui fondent, en  
décembre 2010, Genspace, le premier laboratoire  
de bio-hacking et dont le slogan est : « Biohacking,  
you can do it, too ! »  
L'imprévu,
un outil de réflexion  
À l'échelle de notre civilisation, des inventions  
comme la roue, l'écriture ou l'imprimerie furent  
des étapes qui changèrent en profondeur notre  
civilisation. Au XIX e siècle, l'exploitation du phéno-  
mène électrique en est le plus remarquable.  
De la maîtrise de l'énergie à ses applications  
directes, l'électricité reste un cadre d'exploration  
inépuisable où de nouveaux domaines se côtoient  
comme des cousins d'une généalogie dynamique.  
Les résultats des travaux de Charles-Augustin  
Coulomb, André-Marie Ampère, Michael Faraday,  
Thomas Edison et bien d'autres furent précur-  
seurs. Et de nombreux scientifiques ou inven-  
teurs de génie prirent le relais pour développer  
des applications industrielles judicieuses dans de  
nombreux secteurs. Pour la filière textile, leurs  
travaux aboutirent à la mécanisation des métiers  
33
dans un premier temps, puis au développement  
de process pour traiter la surface du tissu comme  
la sublimation qui permet de transférer un motif  
imprimé en numérique sur un tissu et enfin,  
aujourd'hui, par l'introduction de l'électricité au  
cœur du tissu lui-même, amenant des fonction-  
nalités liées au mouvement.  
Il est rassurant de s'apercevoir que si les révolutions  
industrielles ont concentré les esprits sur des pistes  
rigoureuses et parfois hermétiques, la dernière  
génération d'innovations liée au mouvement légiti-  
mise l'imprévu en lui donnant un aspect positif.  
Par exemple, l'empreinte du temps devient un  
élément valorisant pour le textile. Mais ce qui est  
singulier est le fait de le retrouver aussi dans les  
processus de création. Les designers prennent  
en compte, voire sollicitent comme un passage  
initiatique, les erreurs et les accidents qui leur  
permettront de découvrir de nouveaux axes de  
réflexion.

Techno-naturology, Elaine Ng  
À partir de ses recherches sur les technologies, la créatrice chinoise Elaine NG a succombé au charme de la mémoire  
de forme. Loin des polymères très en vogue, elle utilise le mouvement de matériaux naturels pour créer des motifs  
qui s'ouvrent et se déplient.  
L'évolution de la notion d'innovation
L'évolution de la notion d'innovation
36
L'innovation liée  
au mouvement  
L'essor économique d'après-guerre permet l'émer-  
gence de nouvelles technologies, notamment dans  
l'électronique et l'informatique. En quelques  
années seulement, ces technologies arrivent dans  
la production de masse. Avec la complicité de ces  
nouveaux corps de métiers, l'innovation glisse, à  
partir des années 1980, vers les notions de temps et  
d'espace. Le tracé et le rythme que nous retrouvons  
dans l'écriture ou la programmation informatique  
sont autant de façons de formaliser ces notions  
et d'entrer dans le champ de la mémoire, car ils  
permettent de compiler d'une manière chronolo-  
gique des informations. Cet enchaînement irréver-  
sible qui crée une empreinte que nous appelons  
mémoire est intimement lié au mouvement. Dans  
le secteur des textiles, nous en distinguons trois  
sortes différentes : la transversalité, la réversibilité  
et la diffusion.  
Les passerelles entre différents corps de métiers  
(mouvement transversal) ont toujours existé.  
N'est-ce pas la démarche de Joseph-Marie  
Jacquard en 18 01 ? Il s'inspira de mécanismes  
d'horlogerie existants, les bandes perforées, pour  
mettre au point son métier à tisser révolution-  
naire. Puis il le rendit autonome et automatique  
en y ajoutant la dernière invention mécanique  
de son temps, le moteur à vapeur. Ce qui est  
inédit depuis les années 1980, ce sont les  
échanges systématiques avec d'autres domaines  
de recherche et plus particulièrement ceux  
directement liés à l'histoire des sciences dites  
« modernes » —basées sur les mathématiques  
et l'expérimentation.  
Le deuxième mouvement est celui de la réversi-  
bilité. Les tissus passent d'une apparence à une  
autre et peuvent répéter cette action plusieurs  
fois, voire à l'infini. L'apparence peut être optique  
(changement de couleur) ou physique (change-  
ment de forme), voire les deux. Ainsi, un tissu  
à mémoire de forme va par exemple se méta-  
morphoser puis revenir à son aspect initial. Ce  
changement n'est pas lié à la résilience des  
matières qui composent le tissu. Il est induit  
par le fonctionnement même de la technologie  
qui lui est associée. Cette réversibilité est soit  
interactive lorsqu'il y a échange de signaux élec-  
Cet ouvrage traite des nouveaux processus de  
création qui sont apparus avec les néo-textiles.  
Le rôle des designers est central dans leur  
conception et leurs applications parce qu'il est  
une passerelle polyvalente entre les techniques,  
les matières, la production, la distribution et la  
promotion. Et le lien qui les relie est l'innovation.  
Mais que désigne-t-elle ? Si l'on s'en tient à la défi-  
nition du dictionnaire Le Robert , « innover » signi-  
fie « introduire quelque chose de nouveau dans  
quelque chose d'établi ». L'histoire industrielle  
nous montre que l'innovation est le résultat d'un  
contexte et d'une situation donnés. Si, au début de  
l'ère industrielle, la notion d'innovation était liée  
aux capacités de production qu'elles soient quan-  
titatives (pouvoir produire en masse) ou quali-  
tatives (savoir où s'approvisionner en matières  
premières), elle se transforme, dès les années  
1930, en notion de performance. La découverte  
du pétrole et de ses dérivés développe soudain  
un vaste éventail de fils synthétiques, appelés  
aussi fils manufacturés, comme le Nylon en  
1935, l'élasthanne en 1959 ou le Mylar en 1951.  
Les industries chimique et plastique, en plein  
essor, apportent les matériaux pour de nouveaux  
traitements de surface. Le domaine de l'enno-  
blissement s'empare de cette opportunité et crée  
de multiples procédés mécaniques ou chimiques.  
Les étoffes apportent des réponses à des situa-  
tions techniques poussées, ouvrent la voie à  
de nouveaux usages, améliorent leurs perfor-  
mances. De nombreux champs sont explorés :  
légèreté, résistance, renforcement, filtration,  
ignifugation, conductivité, isolation, flexibilité,  
absorption, frottement, nettoyage. Bien que le  
tissu ait toujours eu une fonction en soi, sa valeur  
esthétique est restée souvent primordiale, et les  
collections enjouées de la mode nous le montrent  
bien. Mais l'arrivée de la notion de performance a  
fait basculer les priorités vers la fonctionnalité.

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