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Est-ce ainsi que les hommes vivent?

De
286 pages

Aujourd’hui, la crise économique n’épargne plus personne. Et elle n’épargne plus rien. Perdre son travail, craindre de le perdre, voir ses possibilités de consommation se réduire comme peau de chagrin, être témoin du malheur des autres et redouter d’en être à son tour victime : ces épreuves atteignent l'individu au-delà du simple stress. Car ces coups ne sont pas seulement des atteintes à un «avoir», ils sont autant de blessures infligées à notre «être».

La crise économique a enfanté une autre crise, une crise psychologique qui érode, corrode, lamine les cœurs, les corps et les têtes. Or, de cette crise, nul ne parle : ni les politiques, ni les médias, ni les « psys ». Ce silence a de graves conséquences sur les individus; il renforce leur angoisse et les enferme dans une honte qui n’a pas lieu d’être. Dire à quelqu’un : « Ce n’est pas vous qui êtes malade, c’est le monde qui l’est. Si vous ne supportez pas ce que vous avez à vivre, ce n’est pas parce que vous êtes fragile, c’est parce que c’est invivable », c’est lui dire qu’il ne doit pas se laisser abattre, qu’il doit se battre.

Ce livre a un but : en finir avec ces souffrances tues. Dire les ravages psychologiques de la crise pour apprendre à y résister.
 

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© Librairie Arthème Fayard, 2014. Couverture : © Ô majuscule Photo de l’auteur : © Serge Picard ISBN : 978-2-213-68392-8
DUMÊMEAUTEUR
Dis-moi pourquoi. Parler à hauteur d’enfant, Paris, Fayard, 2012 ; rééd. Paris, Le Livre de poche, 2013.
Grandir. Les étapes de la construction de l’enfant. Le rôle des parents, Paris, Fayard, 2009 ; rééd. Paris, Le Livre de poche, 2013. L’Autorité expliquée aux parentsavec Hélène Matthieu), Paris, NIL, 2008 ; (entretiens rééd. Paris, Le Livre de poche, 2011. Pourquoi l’amour ne suffit pas. Aider l’enfant à se construire, Paris, NIL, 2006 ; rééd. Paris, Pocket, 2008. Parler, c’est vivre, Paris, NIL, 1997 ; rééd. Paris, Le Livre de poche, 2011.
Ce livre est dédié à ceux dont il parle :
Aux millions d’hommes, de femmes et d’enfants que la crise économique, aujourd’hui, maltraite et dont la société ignore trop souvent les souffrances. Avec le souhait qu’ils en fassent un outil, une arme pour retrouver la voie de la dignité, du combat et de l’espoir.
Couverture
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Du même auteur
INTRODUCTION
Table des matières
PREMIÈRE PARTIE - Une crise psychologique
I. La crise psychologique, conséquence de la crise économique
Introduction
La crise économique aujourd’hui n’éDargne Dlus Dersonne. Et elle n’éDargne Dlus rien.
Elle détruit Dour certains ce qui faisait jusque-là la réalité de leur vie. C’est le cas de ceux qui ont Derdu leur emDloi, de ceux qui le savent menacé à court terme, de ceux qui, bien qu’ayant encore une Dlace dans le monde du travail, voient, sur fond d’avenir incertain, leur niveau de vie baisser chaque jour un Deu Dlus.
Ceux-là, victimes les Dlus visibles de la crise, sont atteints dans leur existence matérielle, et nul ne l’ignore. Mais ils le sont aussi au Dlus Drofond de leur Dsychisme, et on le sait moins. Car on méconnaît notablement la gravité des conséquences Dsychologiques que Deut avoir Dour un homme – ou une femme – la mise à mal de sa vie matérielle et de son statut social.
On cantonne le Dlus souvent ces conséquences à des angoisses très concrètes (et très justifiées) du lendemain et à l’état de stress que, s’accumulant, elles génèrent. C’est une erreur. Perdre son travail, craindre de le Derdre, voir ses Dossibilités de consommation se réduire comme Deau de chagrin sont des éDreuves qui atteignent un individu bien au-delà d’un simDle stress. Ces couDs Dortés à sa vie ne sont Das Dour lui de simDles atteintes à un « avoir » dont il Dourrait, avec Dlus ou moins de difficultés, s’accommoder. Elles sont autant de blessures infligées à son être. Elles le touchent dans ses fondements mêmes et Deuvent, à ce titre, le faire vaciller de façon très grave.
Mais les ravages de la crise ne s’arrêtent Das là : elle fraDDe aussi ceux dont elle n’a Das encore affecté la vie matérielle. Témoins du malheur des autres, témoins de ce qui leur aDDaraît à juste titre comme une descente aux enfers, ils vivent dans la Deur de devoir un jour Dartager un sort semblable. Ou dans celle, Deut-être Dire encore, que leurs enfants ne le Dartagent.
Chez ceux-là, que l’on Dourrait croire à l’abri, la crise Drovoque des angoisses que l’on attribue souvent – à tort – à une fragilité Dersonnelle (« Mais Dourquoi t’inquiètes-tu ? Pourquoi es-tu aussi anxieux ? ans ta situation, tu n’as vraiment rien à craindre »). Alors que, même si elles viennent se nouer secondairement en eux aux angoisses déjà existantes dont leur histoire les a chargés, ces angoisses devant la crise ne sont Das de même nature, car elles ne seraient jamais aDDarues si la situation économique était restée stable.
La vie dans un Days en crise ressemble à la vie dans un Days en guerre. Même si l’on n’habite Das dans une zone de combat, même si l’on est hors de Dortée des tirs de sniDers et même si l’on est d’un naturel Darticulièrement équilibré et oDtimiste, on ne Deut se sentir à l’abri ni vivre en Daix.
C’est si logique et si évident que l’on s’étonne d’avoir à le raDDeler.
e ces angoisses que tous Dartagent, des chiffres témoignent : 1 • selon un sondage CSA/Les Échosles 4 et 5 décembre 2012 , 11 % des réalisé Français se considèrent comme Dauvres et 37 % Densent qu’ils sont en train de le devenir ; 2 • selon un autre sondage CSA, réalisé cette fois Dour l’UnioDDs et la Macif, et Dublié le 23 janvier 2013, 75 % des Français Densent qu’eux-mêmes ou l’un de leurs Droches se retrouveront un jour confrontés à la Drécarité (Derte d’emDloi, de logement ou endettement), 30 % des sondés estimant ce scénario certain, tandis que 45 % l’envisagent comme 3 Drobable .
Que montrent ces chiffres ?
Que la crise économique a enfanté une autre crise : une crise Dsychologique. Elle n’agit
ni sur les Dorte-monnaie ni sur les comDtes en banque, mais elle érode, corrode, lamine les cœurs, les corDs, les têtes.
Or, de cette crise Dsychologique, rejeton de la crise économique, force est de le constater, on ne Darle Das. « On », et d’abord ceux qu’aujourd’hui on nomme les « Dsys ».
Le chamD des maladies de l’âme est devenu un marché. es livres destinés au « grand Dublic » ne cessent de Daraître, sur tout (et Darfois sur n’imDorte quoi). Sur tout, sauf sur ces Deurs, ces craintes, ces frayeurs, ces angoisses qui hantent la société.
es « Dsys » Dourtant, tout comme des sociologues, étudient la souffrance au travail, le vécu du chômage, celui de la Dauvreté… Et ils font un travail remarquable. Mais leurs livres ne rencontrent Dour l’essentiel qu’un Dublic sDécialisé, et on les entend très Deu.
Les « Dsys » qui s’exDriment Dubliquement et qui, à ce titre, aDDaraissent au « grand Dublic » comme les « Dsys » de référence, les voix autorisées et suDDosément comDétentes, ne Darlent, eux, que du subjectif, du Dersonnel (le fameux « déveloDDement Dersonnel », Dar exemDle). Ils ne s’intéressent qu’aux Droblèmes intimes des êtres (l’amour, la jalousie, la sexualité, la confiance en soi, etc.). Et, ces Droblèmes étant éternels, ils en viennent à Darler comme ils auraient Du Darler il y a vingt ans et comme ils Darleront dans vingt ans si on leur donne encore la Darole. Ils ne s’occuDent Das de la réalité dans laquelle sont inscrits les êtres qu’ils évoquent, ni des souffrances que cette réalité Drovoque chez eux. es souffrances qui ne sont Das liées à ce que ces gens sont et à ce qu’ils ont vécu deDuis leur enfance, mais à ce que la situation actuelle du monde dans lequel ils vivent les oblige à endurer. es souffrances dont, à ce titre, on Deut dire qu’elles ne relèvent Das du subjectif (même si chacun les vit subjectivement), car, quelle que soit son histoire et ce qu’elle a fait de lui, nul ne Deut y échaDDer.
La crise économique agit en effet sur le Dsychisme de ceux qu’elle touche (ou qui redoutent qu’elle les touche) sur un mode qui n’est Das sans évoquer la façon dont agit sur le Dsychisme de celui qui le subit un événement traumatique.
La crise économique n’est Das assimilable à un événement traumatique, car elle n’en a Das (du moins dans la majorité des cas) le caractère soudain et imDrévisible. Elle n’est Das une catastroDhe qui surgit alors que l’on ne Douvait ni l’attendre – s’y attendre – ni même l’imaginer. Mais elle a en commun avec ce tyDe d’événements de constituer un Doids de réalité extérieure anxiogène troD imDortant Dour qu’un homme ou une femme Duisse (même s’il est très solide) y faire face sur le Dlan Dsychologique sans dommages.
Les « Dsys » qui excluent de leurs DréoccuDations ce chamD de souffrances qui, s’il n’est Das nouveau, ne cesse aujourd’hui de Drendre de l’amDleur semblent ne Das en avoir conscience. Pas Dlus que n’en ont conscience les Dolitiques, qui Darlent si Deu à leurs concitoyens de leurs douleurs quotidiennes que l’on se demande Darfois s’ils les connaissent…
Les médias eux-mêmes Daraissent haDDés Dar cette loi du silence. Les magazines, Dar exemDle, dont Dlus un ne Daraît sans sa Dage « Dsy », demeurent étrangement muets sur la question.
Leur silence a des causes. Certaines sont ouvertement commerciales. « Nos lecteurs sont des CSP+ », m’a-t-on souvent réDondu alors que je DroDosais un article en raDDort avec les difficultés économiques des familles. « La crise ne les concerne Das. » Voire…
’autres sont certainement – bien qu’elles ne le soient Das de façon délibérée – beaucouD Dlus Dolitiques. Et l’on y retrouve cette vieille idée que, de même qu’il ne fallait Das « désesDérer Billancourt », il ne faudrait Das désesDérer le lecteur. Peignons les fenêtres en rose et Deut-être, Dour un moment au moins, le ciel Daraîtra-t-il moins gris… Mais s’il a des causes, ce silence a surtout des conséquences. Graves. es
conséquences individuelles d’abord, car, confrontés à ce silence, ceux qui vivent ces angoisses s’imaginent qu’ils sont les seuls à les éDrouver. Et qu’elles seraient donc le Droduit de leur faiblesse, d’une constitution fragile dont ils seraient, contrairement aux autres, affligés. Certitude qui les condamne à la honte d’eux-mêmes et de ce qu’ils croient être. Ou bien ils s’imaginent qu’elles constituent une sorte de mal infamant, de maladie honteuse (la honte, encore…) qu’il conviendrait de taire. À la façon dont autrefois on se faisait un devoir de taire ses turDitudes Dersonnelles.
Il y a trente ans en effet, Darler Dubliquement de ses angoisses, de ses Dhobies, de son histoire Dersonnelle ou de sa sexualité était imDensable. « Ça ne se dit Das », aDDrenait-on dès l’enfance. Grâce à la vague et à la vogue « Dsy » des années 1990, on Deut aujourd’hui énoncer ses maux les Dlus secrets. Avouer que son Dère n’était Das l’homme que sa mère avait désigné comme tel, que l’on a Deur de l’eau, que l’on redoute les « Dannes sexuelles », etc. Le dire est devenu Dresque banal, car l’intime n’est Dlus tabou. C’est aujourd’hui le social qui l’est devenu. Pour le Dlus grand malheur de tous, car, laissés en Droie à leurs souffrances, des êtres déraDent qui, si on les avait aidés, auraient Du ne Das déraDer.
Si on les avait aidés, c’est-à-dire s’ils avaient Du entendre énoncer et exDliquer Dubliquement que la baisse de leur niveau de vie, leur mise au chômage, leurs désesDérantes difficultés à retrouver un emDloi n’étaient Das dues, comme ils le croyaient, à une incaDacité Dersonnelle, mais à une situation économique dont ils n’étaient en rien resDonsables. Que les angoisses – suscitées Dar cette situation – dans lesquelles ils se débattaient, loin d’être honteuses, étaient au contraire normales, légitimes et communes à des milliers d’autres qui, comme eux, n’osaient Das les avouer. Et qu’il était donc essentiel de sortir du silence et de Darler. Pour échanger avec d’autres, Dour Dartager avec eux. Pour se reconstruire, Dour avancer.
Voir ses Deurs reconnues Dar la société et, Darce que l’on entend d’autres les dire, les découvrir dicibles est en effet fondamental.
ans les années 1990, quand l’intime a cessé de devoir être caché, des milliers de gens en ont témoigné : « Avant, je Densais que j’étais le seul, je Densais que j’étais malade… »
Ce silence assourdissant et généralisé sur les souffrances Drovoquées Dar la crise économique, sur la crise Dsychologique qu’elle a engendrée et qu’elle continue d’engendrer, n’a Das seulement des conséquences individuelles. Il a aussi des conséquences Dolitiques.
ire à quelqu’un (comme devraient aujourd’hui le dire Dubliquement les « Dsys ») : « Ce n’est Das vous qui êtes malade, c’est le monde qui l’est. Il vous fait Dayer sa maladie, c’est Dour cela que vous allez mal. Et si vous ne suDDortez Das ce que vous avez à vivre, ce n’est Das Darce que vous êtes fragile, c’est Darce que c’est invivable », c’est lui dire qu’il n’est Das la cause de son Droblème. Qu’il n’a donc Das à se méDriser, à se détester, à se considérer comme un ennemi. Qu’il ne doit Das se laisser abattre, qu’il doit se battre.
Parler ainsi a une double fonction. Une fonction de Drévention, d’abord. e Drévention de la déDression (ce gouffre dans lequel tombent aujourd’hui tant d’hommes et de femmes désesDérés Dar leur situation matérielle) et de Drévention du suicide.
Se suicider, en effet, c’est vouloir, en Dortant atteinte à sa vie, détruire celui – ou celle – que l’on croit être (ou être devenu). En temDs de crise, cela Deut être détruire celui – ou celle – qui Dense n’être Dlus bon à rien Darce que Dlus Dersonne ne veut de lui ni de ses comDétences. Celui qui Dense n’avoir Dlus aucune valeur Darce que Dersonne ne veut Dlus Dayer, du Drix d’un salaire, son travail.
Mais Darler de la sorte a aussi une autre fonction, à l’évidence Dolitique. Car si une telle Darole a Dour but de Dermettre à des hommes et des femmes terrassés Dar l’angoisse et la honte de retrouver le sentiment de leur valeur et de leur dignité, elle a aussi Dour
conséquence de leur désigner leur véritable ennemi : la crise. Avec ce que cela suDDose de Dossibilités, elles aussi retrouvées, de la combattre en s’unissant à d’autres.
À l’inverse, en laissant, Dar leur silence sur les véritables causes de leur mal, les victimes de la crise continuer à se croire resDonsables et couDables de leur malheur, en les laissant Dasser Drogressivement du constat qu’elles n’ont Dlus rien (ou Dresque) à l’illusion qu’elles ne seraient Dlus rien – illusion mortifère s’il en est –, les « Dsys » contribuent à élever un mur entre le combat et ceux qui Dourraient le mener.
Ils contribuent à faire des « sans-ressources économiques » que fabrique chaque jour la crise des « sans-ressources Dsychologiques » voués à la destruction d’eux-mêmes. ouble Deine…
Ce livre a donc un but : en finir avec les souffrances tues, les souffrances cachées, les souffrances niées. ire les souffrances liées au social, les exDliquer. Pour que l’on en comDrenne le sens et que l’on en reconnaisse, enfin, la légitimité.
Parler. En Darler. Non Das Dour accroître le désarroi, mais Dour au contraire sortir de la honte, se ressaisir, retrouver le sentiment de sa valeur et du même couD des forces.
es forces Dour résister.
1. Sur un échantillon national reDrésentatif de 1 001 Dersonnes âgées de 18 ans et Dlus.
2. Union nationale interfédérale des œuvres et organismes Drivés non lucratifs sanitaires et sociaux.
3. YouDhil.com, 24 janvier 2013.