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Hapsatou Sy - Partie de rien

De
192 pages
« J’ai pleinement décidé d’être entrepreneure quand mon père m’a raconté pour la première fois son histoire. J’ai juré de réussir, d’honorer son parcours et tous ses sacrifices. Je voulais être libre, indépendante et forte. Je voulais surtout que mon père n’ait pas enduré tout cela pour rien. »
Hapsatou Sy a 24 ans quand elle se lance dans l’aventure entrepreneuriale. Issue d’une famille de huit enfants, d’origine sénégalo-mauritanienne, elle raconte comment elle a choisi cette voie, les idées et les rencontres qui lui ont permis de franchir le pas et créer sa marque de cosmétiques. Les premiers succès, les joies, la reconnaissance, mais aussi les doutes, les difficultés et les échecs, elle livre sans tabou son expérience de créatrice et chef d’entreprise.
Et vous, qu’attendez-vous pour vous lancer et changer le monde ?
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Couverture : Misteratomic
© Dunod, 2017
11 rue Paul Bert, 92240 Malakoff
www.dunod.com
ISBN : 978-2-10-076625-3
Page de titre
Page de Copyright
Merci Papa #mesorigines
Table des matières
À 12 ans, je suis la plus riche de mon quartier ;-) #systemeD
Merci Papa
#mesorigines
O n m’appelait « petite », « frêle », « petit poulet » (le surnom donné par mes frères, en référence à ma maigreur), « toujours pressée », « Madame Propre ! »… Je viens d’une famille de huit enfants. Dès mon plus jeune âge, je me prenais pour une mère de famille nombreuse. Personne ne m’avait imposé ce rôle. Je l’avais pris, c’est tout. Trop petite pour atteindre l’évier de la cuisine, je montais sur une chaise pour faire la vaisselle. J’étais toujours dans les pattes de ma mère, à vouloir participer, l’aider et même tout faire à sa place. Je lavais, cuisinais, faisais manger mes frères et sœurs, préparais leur linge et vérifiais leur cartable. Moi, l’éternelle plus petite de la classe, je jouais à la grande : je n’avais pas la vie des enfants de mon âge. J’étais une adulte dans un corps d’enfant. Je ne m’en suis jamais plainte. C’était ma vie. Un jour, une journaliste m’a dit : « Vous qui venez d’un milieu modeste et avez eu une enfance difficile… » (le genre de cliché qui ressort quand on parle à votre place). J’ai répondu : « Vous faites erreur madame. Ma famille est l’une des plus riches de France. » Elle a ouvert des grands yeux et, dubitative, m’a demandé : « Vous êtes bien issue d’une famille nombreuse installée dans la banlieue de Chaville, avec un papa ouvrier et une maman sans emploi ? Ouais c’est à peu près ça. Sauf que Chaville, ce n’est pas la banlieue que vous imaginez et que la pauvreté ne se mesure pas seulement à l’argent. » Je me considère comme immensément riche des valeurs transmises par mes parents, notamment celle du travail. Mon père était très travailleur. Toujours à l’heure et même en avance, jamais en arrêt maladie, toujours pressé. Je l’accompagnais chaque matin. C’était notre rituel : à 6 h 50 précises, il ouvrait la porte pour partir travailler. Je sautais dans mes chaussures pour le suivre. Il marchait, je courrais pour tenir son rythme. Au moment de se séparer, il me donnait une pièce de 10 francs pour acheter du pain et parfois quelques bonbons (pas beaucoup). Trois baguettes, tous les matins, à la boulangerie des Créneaux de Chaville. Et je rentrais. Aujourd’hui encore, à trente-cinq ans passés, je m’en souviens comme si c’était hier. Quand il me dit « Ma fille, tu me donnes trop, tu m’aides trop », je lui réponds « Papa, tu te souviens de tout ce que tu m’achetais quand j’étais petite, pour que je ne manque de rien ? Alors ce que je fais aujourd’hui, c’est grâce à toi et ça ne vaut rien comparé à tous tes sacrifices. » Lorsqu’on me demande qui est le héros de ma vie, ma réponse est toujours la même : mon père. Il est pour moi le modèle de l’entrepreneur : il a décidé de changer sa vie, nos vies, et a tout fait pour. Il y a maintenant plus de quarante-quatre ans, il a quitté son village natal d’Orkadière, au nord du Sénégal, pour se jeter dans l’inconnu. Il a parié sur une autre vie, en France. Je ne dis pas pour une vie meilleure, car lors de mon premier voyage au pays de mes parents, un retour aux sources comme j’aime le dire, j’ai vécu des moments uniques et de formidables bonheurs. Quitter son pays, sa famille, ses repères, sa langue, ses habitudes et se lancer dans un voyage long, éprouvant et dangereux, qui marquera à jamais sa vie, c’est ça être entrepreneur ! En écoutant mon père me raconter ce voyage, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Lampedusa, c’est son histoire : risquer sa vie pour l’inconnu, découvrir le froid et la solitude. Se sentir seul, terriblement seul, sans travail, sans argent, sans papiers… Demandez à mon père en quelle année il est arrivé en France, il répondra sans hésiter : « Le 3 septembre 1972, après un long, très long périple de sept mois. » Cette date, il ne l’oubliera jamais. Dakar, Abidjan, Ouagadougou, Niamey puis Alger, en voiture, en camion, à pied. Le train vers le Maroc. L’avion pour Madrid. La marche arrière à la frontière franco-espagnole, après s’être fait repérer, lui et ses compagnons de route. Les passeurs qui le déposent dans la forêt. La noyade évitée de justesse après avoir été racketté de ses quelques pièces. Le trajet en voiture pour Bordeaux avec, pour seul bien, un sachet de pain sec sucré cassé en petits morceaux. Et, enfin, l’arrivée à Paris. J’en ai des
frissons. C’est l’histoire de tant d’entre eux. On me demande souvent : « Un jour, tu penses que tu pourrais prendre la grosse tête ? » Ma réponse est claire : « impossible ». Le regard de mon père suffit à me rappeler d’où je viens. En 1999, je suis allée pour la première fois sur nos terres, au Sénégal. Dès l’arrivée à Dakar, j’ai eu l’incroyable sensation de connaître ce pays dans lequel je n’avais pourtant jamais mis les pieds. Peut-être parce que je parle parfaitement le peulh, ma langue maternelle… Ce voyage restera à jamais l’une des plus belles expériences de ma vie. Là-bas, on oublie tout et on vit simplement. Les gens arborent des sourires impeccables malgré une misère ambiante que nous seuls, « étrangers », percevons. Depuis ce premier retour aux sources, j’ai toujours une sensation de bien-être quand vient l’heure de l’atterrissage à Dakar, alors même que j’ai très peur en avion. Au Sénégal, j’ai appris à puiser l’eau et à porter la cruche sur ma tête : un long apprentissage assez drôle supervisé par mes petites cousines. J’ai fait la lessive à la rivière sous quarante degrés. J’ai passé des après-midi dans les champs à cultiver la terre, des soirées à chanter autour du feu avec les femmes de mon village, des heures à écouter la vie de mes ancêtres. Un pur bonheur, des moments que je n’oublierai jamais, bien loin de ma vie habituelle. À Waly, le village natal de ma mère, au sud de la Mauritanie, ou à Orkadière, celui de mon père, l’existence est aussi douce qu’ailleurs. Les vraies valeurs sont là : partage, respect et amour du prochain. D’ailleurs, là-bas, il n’y a pas de maisons de retraite. On veille sur ses anciens et personne ne reste jamais seul. Parlons de ma mère, Aissata, cette grande dame courageuse et business woman dans l’âme. Elle ne savait ni lire ni écrire mais menait ses affaires comme une boss. Il fallait la voir gérer les tontines avec mes tantes. Je souris d’ailleurs quand j’entends parler des banques solidaires et des systèmes de microcrédit comme des innovations. Ces femmes pratiquaient ces méthodes solidaires depuis toujours. Tous les mois, chacune mettait une petite somme sur la table, dont l’une d’elles héritait. Avec cette somme, elle achetait des tissus et des bijoux puis faisait des créations pour les revendre et en vivre. De ma mère, j’ai appris à convaincre, à me débrouiller, à ne dépendre de personne. Mariée à treize ans, elle a voué sa vie à ses enfants. C’est d’elle que me vient mon besoin profond de liberté. Treize ans, c’est tôt pour se marier, mais elle a toujours été heureuse dans son mariage. Mais bon, mon père est beau, très beau (oui, c’est moi qui le dis et je suis très objective) et, en ce qui la concerne, un tel mariage était considéré culturellement et traditionnellement comme tout à fait normal. Mes parents sont mes sources d’inspiration. On a tous la chance de son histoire et il faut y puiser ses forces. Nos origines, quelles qu’elles soient, nous conditionnent et nous permettent de surmonter beaucoup d’obstacles. Je me suis souvent demandé comment mon père a fait avec son seul SMIC pour élever huit enfants, soutenir la famille restée au village et, en plus, réussir à construire sa maison au Sénégal.
J’ai pleinement décidé d’être entrepreneure quand mon père m’a raconté pour la première fois son histoire. J’ai juré de réussir, d’honorer son parcours et tous ses sacrifices. Je voulais être libre, indépendante et forte. Je voulais surtout que mon père n’ait pas enduré tout cela pour rien. Aujourd’hui, ma plus belle récompense est sa fierté quand il me regarde, ses paroles, son soutien. Il me dit qu’il est en paix grâce à moi car il ne manque de rien. Mais c’est grâce à lui, tout ça. Pour faire une salade, il faut de bons ingrédients. Il m’a donné la base. J’y ai ajouté un grain de folie, de la détermination et de l’envie.
L’entrepreneuriat n’est pas une mince affaire, je sais de quoi je parle, mais ce n’est rien comparé aux histoires comme celle de mes parents. Leur vie m’inspire un respect à la hauteur de l’énergie qui m’habite pour entreprendre et réaliser mes rêves. Je le leur dois.
Nos parents veulent nous voir heureux et réussir, alors donnons-nous en les moyens, sans nous plaindre, en essayant. Car avec un héritage comme le mien, tout ce que je sais aujourd’hui, c’est que j’ai la grande chance, dans mon aventure entrepreneuriale, de n’avoir rien à perdre.
À vous • Quelles sont vos origines ?......................................... .............................................................................
• Qu’en avez-vous tiré de positif ?................................
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• Qu’est-ce qui vous a marqué pendant votre enfance, vous a donné envie d’entreprendre ?..........................
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• À quel moment avez-vous décidé de devenir entrepreneur de votre vie ?...........................................................
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• Qui est votre héros ? Que vous a-t-il transmis ?.............
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• Quelle est votre principale peur ?...............................
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• Quel est votre objectif dans la vie ?............................
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• Une promesse à vous-même ?....................................
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À 12 ans, je suis la plus riche de mon quartier ;-)
#systemeD
M on oncle Abou, le frère de ma mère, était mon meilleur ami. Il m’a fortement inspiré. Il avait la quarantaine, un sens très développé de la tchatche, une démarche de star, toujours looké… Il était tailleur. Je passais tous mes après-midi libres avec lui, dans son atelier de Boulogne-Billancourt, à réaliser mes propres vêtements. Une de mes premières créations a été une salopette en tissu wax blanc, s ur laquelle j’avais brodé la célèbre virgule Nike. Les proportions étaient loin d’être p arfaites (j’avais fait une jambe plus longue que l’autre), mais j’étais fière. J’adorais l’idée de posséder une pièce unique. Je la portais probablement deux fois par semaine et je me trouvais à la pointe de la mode ! Cet oncle a été pour moi une formidable source d’in spiration et un modèle de débrouillardise. Arrivé lui aussi de Waly en Maurit anie, il avait développé son réseau grâce à sa verve. Il avait ainsi réussi à collaborer avec de grands créateurs de mode à la renommée internationale. De lui, j’ai retenu une ph rase qui m’avait beaucoup fait rire et que je ressors dès que l’occasion se présente :
« Au début du mois, les pièces de monnaie traînent sur le coin des tables, dans le fond des poches, dans les sacs à mains… À partir du 15, on commence à les ramasser, les réunir, les ranger, puis à la fin du mois, on les cherche… désespérément… »
C’est ainsi que j’ai appris la valeur de l’argent. Nous habitions dans le quartier de « La tour » à Chaville. Chaville, c’est une jolie petite ville fleurie du 92, que certains médias aiment qualifier de « banlieue » mais sans comparaison avec les « quartiers sensibles » ! Le quartier de « La tour », ce sont deux grandes to urs de dix-huit étages et quelques immeubles. Nous habitions dans l’une des tours, au treizième étage, un appartement de trois chambres : une pour les parents, une pour ma grande sœur, la dernière pour les sept autres enfants. Je vous laisse imaginer.
Une maison de retraite occupait les sept premiers é tages de l’immeuble. C’est là que j’ai organisé mon premier business à temps partiel, sans demander l’autorisation à personne ! Chaque jour, après l’école, je faisais la tournée des personnes âgées. Je leur proposais d’aller faire leurs courses ou de réaliser pour elles quelques tâches ménagères. À chaque commission, je gagnais une pièce de deux à dix francs. Progressivement, j’ai eu une petite dizaine de « clients » et j’ai commencé à très bien gagner ma vie. À douze ans, j’étais la gamine la plus riche du quartier. Parfois on me demande : « Tu te rappelles quand tu poussais tes deux énormes caddies pleins d e courses ? » Oh oui, je m’en souviens ! Je les empruntais au Monoprix, en bas de chez moi. J’en poussais un sur cent
mètres, puis j’allais chercher l’autre et ainsi de suite. J’étais Madame Système D, à peine plus haute que les caddies ! Je cachais scrupuleusement mes revenus dans un boca l que je changeais régulièrement de place. J’étais matériellement indé pendante, achetant mes fournitures scolaires et celles de mes frères et sœurs, aidant mes parents à faire les courses à la fin du mois… Une fois achetés les impératifs (lait, hui le, pâtes, riz), je prenais quelques gourmandises pour faire plaisir à mes frères et sœu rs. Je leur achetais les mêmes joggings de marques que leurs copains pour ne pas q u’ils les envient. J’étais fière de participer à la vie de notre famille. J’aidais ma m ère tous les soirs à s’occuper de la maison. Ménage, cuisine, lessive à la laverie du co in, repassage : je connaissais toutes les tâches par cœur.
J’ai adoré mon enfance et ne l’aurais échangée pour rien au monde. Elle m’a construite et continue à me construire. Mes origines modestes m’enseignent la valeur de mon combat. Nous avons tous la richesse de notre histoire. C’est le discours que je tiens aux jeunes qui, parfois désarmés, ont l’impression qu’ils ne pourront pas y arriver. Nous ne devons pas faire de notre couleur de peau et de nos origines sociales des prétextes à l’échec. Nous ne pouvons pas accepter d’être condam nés à certains métiers. Nous devons persister à croire que la méritocratie existe, même si elle est rare, même si elle n’existe que trop souvent dans la tête des politiques qui s’en convainquent. Évidemment que c’est plus facile pour ceux qui sont « bien nés » (je déteste ce terme). Mais je dis qu’on peut être bien né dans un contexte difficile et réussir avec des origines modestes. Et dans ce cas-là, on ne doit rien à personne. On f ait mentir ceux qui nous voyaient condamnés à l’échec. On transforme en force une fru stration nourrie depuis l’enfance. C’est d’abord un combat personnel, pour se convainc re qu’on peut y arriver. Puis ce combat devient collectif afin que nos réussites pas sent d’exceptions à faits courants. Vivement que nos réussites cessent d’être pointées comme exceptionnelles voire surnaturelles dans les médias et les écoles ! Qu’on arrête de regarder les champions issus de milieux modestes comme des bêtes de zoo ou des phénomènes de société ! Alors, tous nos jeunes qui arrivent chaque jour dan s la vie active pourront penser la réussite comme naturelle : ils pousseront les fenêtres quand les portes seront fermées, refuseront la fatalité, ne partiront plus perdants et, mieux encore, ouvriront eux-mêmes les portes à ceux qui ont la même rage qu’eux de réussir.
À vous • Quel était votre rêve d’enfant ?..................................
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• Où en êtes-vous aujourd’hui ?....................................
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• Quel est votre rêve entrepreneurial ?..........................
............................................................................. • Quelles sont les réussites autour de vous parcours ?.......................................................
qui
inspirent
votre
............................................................................. • Quels signes vous destinaient à être entrepreneur quand vous étiez petit ?...................................................... .............................................................................
• Quelle est la chose la plus dingue que vous ayez faite ?
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• Que signifie pour vous la réussite ?...............................
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• Que vous manque-t-il pour réussir ?............................
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• Quels sont selon vous vos atouts pour réussir ?.............
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