Au cœur du trafic : mémoires d'un douanier infiltré

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De 1983 à 1991, travaillant pour la direction nationale du Renseignement et des enquêtes douanières de Lyon (DNRED), Jean-Pierre Cazé s'est infiltré sous couverture au sein des plus grands réseaux internationaux de trafic de drogue. Appliquant les méthodes de services secrets comme le FBI américain, jusqu'ici inconnues en France, il a remonté avec ses équipes la filière des trafiquants, notamment au Maroc.
Nous le suivons dans ses manœuvres d’approche, découvrons avec lui le fonctionnement très sophistiqué des transferts clandestins par bateau ou par la route (les fameux go fast), les protections haut placées de ces réseaux… jusqu’au sein de la famille royale marocaine. Chaque nouvelle mission est plus dangereuse que la précédente. Les douaniers infiltrés n’ont pas droit à l’erreur : au moindre doute sur leur identité réelle, ils peuvent être abattus.
La méthode d’infiltration pose aussi des problèmes inédits : pour démanteler un réseau, il faut arrêter tout le monde en flagrant délit. Que faire lorsque, pour tester la fiabilité de l’infiltré, on lui demande avant toute transaction de goûter lui-même à la drogue ou d’en vendre lui-même une petite quantité ? Accepter, c’est se mettre hors la loi, refuser c’est prendre le risque d’être tué.
Pourtant, à force d’astuce et de sang-froid, les résultats s’accumulent, impressionnants. Et ils ne sont pas du goût de tout le monde. En 1991, les hommes de Jean-Pierre Cazé sont arrêtés par la police lyonnaise, mis en examen pour trafic illicite. Ce nouvel épisode de la guerre des polices (dans lequel s’illustre un certain commissaire Neyret, aujourd’hui sous les projecteurs) va mettre un coup d’arrêt à l’activité peu orthodoxe de l’équipe. Après trois ans d’instruction, Jean-Pierre Cazé bénéficie pourtant d’un non-lieu. Et la loi est adaptée pour tenir compte des contraintes de l’infiltration

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Date de parution 12 avril 2012
Nombre de visites sur la page 215
EAN13 9782369423119
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0135 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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AU CŒUR DU TRAFIC
DE LA SOCIÉTÉ DE THULÉ À LA SOLUTION FINALE
© Nouveau Monde éditions, 2012 21, square Saint-Charles – 75012 Paris ISBN :978-2-36942-311-9
Jean-Pierre Cazé
AU CŒUR DU TRAFIC
Mémoires d’un douanier infiltré
nouveau monde éditions
Notre espion chez Hitler
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Avant-propos
Introduction
Le 6 mars 1991, j’ai été arrêté et mis en détention pendant quinze jours pour avoir exécuté, sur ordre, des opérations spéciales d’in-filtration de réseaux de trafic de drogue, commandées par l’admi-nistration des Douanes. Quelques jours plus tard, trois autres de mes collègues devaient à leur tour affronter la même situation. Au terme d’une instruction qui dura trois ans et au cours de laquelle tous les détails du dossier furent traités à fond, nous avons été jugés par un tribunal correctionnel et avons fait l’objet d’un non-lieu. Entre-temps, dès la fin de l’année 1991, une loi d’amnistie votée par l’ensemble des groupes parlementaires promulguait l’extinction de nos chefs d’inculpation. Elle autorisait en outre, sous certaines conditions d’encadrement judiciaire, l’utilisation des nouvelles méthodes d’investigation que nous avions pratiquées, consistant à infiltrer des réseaux d’importation de stupéfiants et à contrôler la livraison des produits jusqu’à leurs destinataires. Ces missions qui sortaient du cadre juridique de la loi française de l’époque ont fait l’objet, dans les années 1990, d’articles et même de livres qui ont parfois travesti la réalité des faits et ignoré le contexte opérationnel dans lequel elles furent exécutées. C’est pourquoi, sans manquer à mon obligation de réserve ni au secret professionnel, j’ai décidé de rétablir la vérité et de relater dans cet ouvrage un cer-tain nombre de missions caractéristiques que j’ai réalisées avec mon équipe d’agents de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED). Je raconterai la recherche initiale de méthodes de travail inédites aux frontières de la légalité, parfois
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Au cœur du trafic
même hors la loi, les risques encourus, les succès obtenus, les déra-pages dans lesquels nous avons été impliqués, jusqu’à la catastrophe finale. Les noms, les lieux, et tous les détails trop précis susceptibles de permettre l’identification des personnes impliquées dans ces affaires ont été volontairement changés, mais l’essentiel des faits rap-portés est authentique. J’ai simplement parfois simplifié le récit pour ne pas dévoiler les ficelles du métier, sans doute utilisées encore aujourd’hui et qui sont nécessaires à la réussite de certaines missions. Je précise également que j’ai choisi de convertir tacitement en euros les sommes d’argent en francs qui concernaient des événements remontant aux années 1980 et 1990 et d’arrondir les sommes pour simplifier la compréhension du récit. Cet engagement de plusieurs années dans la lutte contre la grande délinquance et plus particulièrement contre le trafic international de la drogue fut le point culminant d’une carrière mouvementée marquée par une dizaine d’affectations successives. Entré dans l’ad-ministration à l’âge de 18 ans par la « petite porte » en réussissant le concours d’agent de constatation des brigades, j’ai été amené, au fil du temps, à découvrir presque toutes les facettes de cette admi-nistration : gardes fixes à la barrière dans un poste de douane des plus classiques, patrouilles à pied le long de la frontière, brigade de surveillance de skieurs en montagne, barrages et contrôles rou-tiers, tâches de secrétariat, brigades d’intervention et de recherche, contrôle douanier d’un aéroport d’outre-mer, travail d’enquête en matière de contributions indirectes, etc. Ces diverses expériences me permirent d’être initié au contrôle, à l’intervention, au rensei-gnement, ainsi qu’au commandement. Au terme de cette trajec-toire, en juin 2004, j’ai pris ma retraite en tant que receveur prin-cipal (correspondant au grade de lieutenant-colonel) des Douanes. J’ai connu, au cours de cette quarantaine d’années passées au ser-vice de la Douane, des hommes et femmes dont je n’oublierai jamais l’aide qu’ils m’ont apportée dans l’exécution de mes missions. Je
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Avant-propos
remercie notamment plusieurs de mes collègues de la DNRED qui ont accepté de m’accompagner ou d’assurer ma protection lors d’opérations parfois périlleuses, en France mais également à l’étran-ger. Avec toutes ces personnes, j’ai partagé de grandes joies, des peurs, parfois même des moments de découragement. Leur dis-ponibilité, leur courage, leur amitié n’avaient pas de limites. Je les remercie et je leur dédie ce livre. Grâce à ce récit, mes enfants, ma famille, mes anciens collègues et mes amis, qui n’en avaient généralement pas connaissance à l’époque, connaîtront la nature exacte de mes activités. Ce livre apportera des réponses à certaines de leurs interrogations. J’adresse enfin des remerciements tout particuliers à ma famille à qui j’ai fait supporter les conséquences de mon engagement dans ce travail et de la soif d’aventures qui m’a toujours animé. Sans la compréhension des miens, je n’aurais pas réussi à mener à bien toutes ces entreprises.
L’échelon de la Direction nationale
des enquêtes douanières de Lyon (DNRED)
I
C’est en 1983 que je fus affecté au service régional de la Direction nationale des enquêtes douanières, la DNED, logée rue Quivogne à Lyon, laquelle DNED serait remplacée par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières à compétence natio-nale dont le siège principal se situait à Paris. Le rôle de ce service était d’accomplir des missions d’envergure aux plans national et international dans le renseignement et la lutte contre la grande criminalité. Avant d’être « repéré » sur le terrain, puis appelé par des res-ponsables de ce service à œuvrer au sein de cette structure, j’avais déjà suivi pendant près de quinze ans un itinéraire peu commun qui avait débuté, tout jeune, par une formation militaire compre-nant un entraînement physique intensif de type commando, un parcours douanier, classique mais très varié, où j’avais déjà pris une part active dans la lutte contre la fraude ainsi que dans la recherche du renseignement. Lorsque j’arrivai à Lyon, l’accueil que je reçus fut plus que cha-leureux. J’avais l’impression que tous mes nouveaux collègues dési-raient me mettre à l’aise. Je n’étais arrivé que depuis quelques heures et il me semblait que j’étais dans cette équipe depuis longtemps déjà. En plus de l’espace « commandement » qui comprenait le patron (avec le grade de directeur adjoint), un adjoint et un chef des recherches, l’échelon de Lyon était divisé en deux parties princi-pales : le service des enquêtes et celui des recherches.
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Au cœur du trafic
Le service des enquêtes, composé principalement d’inspecteurs et d’enquêteurs, exécutait surtout des contrôles en écritures dits a posteriori, portant donc sur des fraudes qui avaient déjà été com-mises en entreprises ou au sein des grandes sociétés internationales ou multinationales. Il s’intéressait de très près aux transferts illégaux de capitaux, aux trafics de beurre, de viande, aux fausses compta-bilités, aux importations ou exportations frauduleuses de mar-chandises, bref à toutes ces fraudes qui avaient pour objectif de contourner des prohibitions ou d’éluder des taxes douanières et fis-cales parfois considérables. Ces fins limiers de la Douane, toujours très distingués voire élégants, intervenant en costume-cravate, possédaient un sens aigu du travail en profondeur. Leurs armes principales étaient la patience, une extrême discrétion, une connaissance parfaite des circuits frau-duleux et des très nombreuses réglementations nationales, com-munautaires, internationales, une expérience approfondie des pra-tiques comptables et enfin de la minutie dans la préparation et la rédaction d’actes de procédure complexes dans ces domaines très spécialisés. Ils m’ont impressionné bien des fois par leur manière d’aborder certains dossiers afin de mettre en lumière des mécanismes de fraude extrêmement sophistiqués. Quant au service des recherches, appelé plus communément « ser-vice de terrain », il était chargé de constater des infractions en fla-grant délit et était composé de trois équipes : deux unités travaillant sur la contrebande de marchandises dites sensibles ou prohibées (tabac, or, armes, alcool, contrefaçons, exportation physique de capi-taux, etc.) et une équipe spécialisée « stups », qui était à l’époque le parent pauvre du service : elle était chargée du renseignement en la matière et devait répondre aux demandes d’assistance des autres ser-vices douaniers. Elle devait également collaborer avec les services de Police et de Gendarmerie. Les « stups » n’étaient pas rentables car, financièrement, ils ne rapportaient presque rien lors des saisies de
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