Daech - L'Etat de La Barbarie

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Français
87 pages
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Daech est l’acronyme de ad-Dawla al-Islamiyya fi-l ‘Iraq wa-CHam (en arabe) l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EEIL), ou ISIS (Islamic State in Irak and Syria) en anglais. Il comprend le territoire de la Grande Syrie et de la Mésopotamie. Le présent ouvrage se propose d’analyser le processus ayant abouti à la proclamation du califat de Daech, l’impact de ce califat sur l’échiquier régional (notamment par rapport aux autres formations se réclamant de la même idéologie islamiste, à l’instar d’Al-Qaïda), et d’établir la monographie des figures de proue de ce mouvement. Notre effort vise à mettre au jour la réalité d’un phénomène qui constitue la plus dangereuse manifestation de l’action paramilitaire de la région du proche et moyen orient, et non à établir une nomenklatura de ceux qui le combattent militairement et en matière de sécurité. Il nourrit aussi l’ambition de doter les démocrates et les partisans de la dignité humaine des matériaux capables de les éclairer, tant sur le plan civique que religieux, de fournir à tous des moyens constructifs qui aideraient à les mettre en position de faire front à l’obscurantisme et à l’extrémisme. "L’enquête nous fait plonger au coeur de ce système de la terreur, en livrant l’identité des principaux responsables de l’Etat islamique aussi bien en Irak qu’en Syrie. L’auteur nous renseigne également sur l’extrême diversité des sources de financements de Da’ech, ses relais privés dans certaines monarchies du Golfe, et partant sur la difficulté qu’il y a à tarir ces sources" (Georges Malbrunot, journaliste, Spécialiste du Moyen-Orient).

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Date de parution 01 novembre 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782359301403
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

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Collection
• Point de repère •
Collection dirigée par : Fouad Nohra
DAECH Droits réservés 9782359301403 ISBN : 978-2-35930-140-3 ©Les points sur les i 16 Boulevard Saint-Germain 75005 Paris www.i-editions.com
HAYTHAM MANNA DAECH L’ÉTAT DE LA BARBARIE AVAPTATION FRNÇISE PARRENÉ NABA
PRÉFACÉ PAR GEORGES MALBRUNOT
Haytham Manna
Président de l’Institut Scandinaoe des DrOits de l’HOmme, OppOsant syrien nOtOire en exil en France depuis 35 ans, il a tOujOurs prOtesté aoec fOrce cOntre tOute interoentiOn étrangère dans sOn pays et prône un règlement pOlitique de la situatiOn en Syrie. COfOndateur de la COmmissiOn Arabe des DrOits Humains, président du Bureau internatiOnal des ÔNG humanitaires, Haytham Manna siège aux cOmités directeurs d’une dizaine d’ÔNG des drOits de l’hOmme, et est titulaire de plusieurs distinctiOns hOnOrifiques dans ce dOmaine : laMedal of Human Rights-National Academy of Sciences-Washington(1996), leHuman Rights Watch(1992) et le Prix Shamlan pOur les drOits de l’hOmme (2010). Manna est le cOOrdinateur-adjOint du COmité de COOrdinatiOn NatiOnale pOur le Changement DémOcratique en Syrie (CCNCD, l’OppOsitiOn syrienne nOn armée, cOmpOsée des partis du centre et de la gauche, et cOnstituée de persOnnalités de la sOciété cioile). Il a étudié la médecine, l’anthrOpOlOgie et le drOit internatiOnal, et est auteur d’une quarantaine de liores en arabe, en français et en anglais, nOtammentThe Short Universal Encyclopaedia of Human Rights.
René Naba Écrioain et jOurnaliste, en charge de la cOOrdinatiOn éditOriale de Madaniya (http://madaniya.infO), site cioique et citOyen qui se prOpOse d’être le rendez-oOus de tOus les démOcrates.
PRÉFACE
Propulsé sur le deOant de la scène médiatique en juin 2014 lors de la fulgurante prise de Mossoul en Irak, l’état islamique (EI)–Daech selon son acronyme arabe – reste une entité encore peu connue du grand public, mais aussi de no mbreux spécialistes, malgré son omniprésence dans les journaux et les téléOisions du monde entier. Les crimes barbares des djihadistes suscitent une r éOulsion générale en Ôccident. Leur aOancée à la pointe du glaiOe en Irak puis en Syrie, mais aussi leur résilience aux frappes de la Coalition emmenée par les états-Unis, nous interpellent. Comment 25 à 30 000 hommes ont-ils pu mettre en déroute une armée irakienne forte de plusieurs centaines de milliers de soldats ? Comment l’état islamique peut-il gouOerner entre cinq et huit millions de personnes dans son califat autoproclamé ? Dispose-t-il des cadres néce ssaires ? Et comment ses membres parOiennent-ils à bénéficier de l’appui des populations sunnites sur lesquelles ils exercent un implacable pouOoir ? Toutes ces questions ont encore du mal à trouOer leurs réponses. L’opacité qui entoure le fonctionnement de ce monst re moyenâgeux planté au cœur du Moyen-Ôrient explique en grande partie la difficulté rencontrée par tous ceux qui cherchent à comprendre le « phénomène » Daech. Dans son liOre, Haytham Manna nous liOre quelques-u nes des clés indispensables à la compréhension de Daech. Grâce à un recueil de l’information auprès de sources aussi proches que possible du terrain, il nous décrit le mode de recrutement de l’Etat islamique, sa genèse d’abord aOec Al-Qaïda en Irak au milieu des années 2000, puis sa transformation jusqu’à sa forme actuelle. Le liOre montre combien la prison - notamment celle du camp Bouca dans le sud de l’Irak où furent détenus nombre des leaders actuels de l’EI – a serOi d’incubateur aux anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein pour se conOertir au djihadisme, prôné sous les Oerrous par celui qui allait deOenir le calife de D aech, le désormais célèbre Abou Bakr al-Bagdadi. L’enquête nous fait plonger au cœur de ce système de la terreur, en liOrant l’identité des principaux responsables de l’Etat islamique aussi bien en Irak qu’en Syrie. L’auteur nous renseigne également sur l’extrême diOersité des sou rces de financements de Daech, ses relais priOés dans certaines monarchies du Golfe, et partant sur la difficulté qu’il y a à tarir ces sources. Reflet aussi d’un monde sunnite opprimé en Syrie et marginalisé en Irak, Daech ne sera pas anéanti en quelques mois, comme le reconnaissent les stratèges de la Maison Blanche et du Pentagone. Le Moyen-Ôrient et plus largement l’Ôccident doiOent s’habituer à OiOre aOec une organisation terroriste qui a territorialisé sa haine des chiites, de l’Ôccident, des minorités, bref de tout ce qui n’est pas inscrit dans le plus pur de l’extrémisme sunnite. Le principal mérite du liOre bien documenté d’Haytham Manna est précisément de nous faire prendre conscience de ce terrible constat. Georges Malbrunot
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
Le présent ouvrage se propose d’analyser le processus ayant abouti à la proclamation du califat de Daech, l’impact de ce califat sur l’échi quier régional (notamment par rapport aux autres formations se réclamant de la même idéologie islamiste, à l’instar d’Al-Qaïda), et d’établir la monographie des figures de proue de ce mouvement. I – Daech est l’acronyme dead-Dawla al-Islamiyya fi-l ‘Iraq wa-CHam (en arabe) l’État Islamique d’Irak et du Levant (EEIL), ou ISISI(slamic State in Irak and Syria) en anglais. Il comprend le territoire de la Grande Syrie et de la Mésopotamie. II – Le califat : le calife est le successeur du Prophète de l’Islam dans l’exercice politique du pouvoir. Depuis la fondation de l’Islam, quatre cal ifats se sont succédé à la tête du monde musulman : le califat omeyyade de Damas, le califat abbasside de Bagdad, le califat fatimide du e e Caire et le califat ottoman. Durant les trois premiers siècles de la conquête arabe (du vii au x siècle), trente-neuf califes ont dirigé le monde mu sulman. QuatreRachidoun (Bien-Guidés), quatorze Omeyyades et vingt-et-un Abbassides ont go uverné durant 308 ans, pour une durée moyenne de règne de 7,9 ans. Treize des trente-neuf califes ont péri de mort violente. III – Le titre du premier chapitre du présent ouvrage fait référence à lahijra (l’hégire, en français), terme qui désigne le départ des compagno ns du Prophète Mohammad de La Mecque vers l’oasis de Yathrib, ancien nom de Médine, en 622. En arabe,hijrasignifie « émigration », et suggère une « rupture de liens » en ce que cette migration a créé une rupture fondamentale avec la société telle qu’elle était connue des Arabes jusqu’alors. Le Prophète venait en effet de rompre un modèle sociétal établi sur les liens de parenté (organisation clanique) pour constituer un modèle de communauté de croyance. Dans ce nouveau modèle où tout le monde est censé être « frère », il n’est plus permis de laisser à l ’abandon le démuni ou le faible, comme cela était le cas avant. Les clans puissants de La Mecque vont tout faire pour éliminer cette nouvelle proposition de société diminuant leur pouvoir. En e ffet, l’égalité entre les croyants est proclamée lors de la rédaction de la constitution de Médine (Al-Sahifa), que ces derniers soient libres ou esclaves, Arabes ou non-Arabes. Compte tenu de l’importance de cet événement, le calendrier musulman démarre au premier jour de l’année lunaire durant lequel l’hégire a lieu, ce qui correspond au 16 juillet 622.
PROLOGUE
À la présentation de mon premier rapport sur Daech, en 2013, un responsable d’un organisme relevant des Nations Unies m’a donné ce conseil : « Daech est un phénomène limité par sa force et les soutiens dont il bénéficie. Il est préférable de suivre les activités du Jabhat An-Nosra et du Front Islamique. L’avenir leur appartient. » J’ai accueilli son conseil par le sourire, lui fais ant valoir l’argument suivant : aucune protection ou soutien ne sera utile à ces deux grou pements. La direction militaire de Daech se vit comme le commandement militaire d’une armée. Elle pense en termes de fonctionnement militaire. Elle emprunte à la technique de la guérilla, et procède à une réévaluation périodique de ses priorités stratégiques ; trois éléments qui font défaut aux deux autres groupements. Les trois protagonistes (Jabhat An-Nosra, le Front Islamique et Daech) restaient focalisés sur le caractère religieux et confessionnel du conflit en Syrie, et se livraient en conséquence à une vive compétition pour conquérir le même milieu soci o-confessionnel qui leur permettrait d’étendre leur influence. Mais Daech, fort d’une dé cennie d’expériences, a été le seul groupement à avoir cherché à exploiter les points forts et faibles des zones de conflit pour tirer bénéfice des erreurs de ses rivaux – quand bien mêm e ils combattaient le même ennemi, le régime syrien. Quant au commandement militaire de Daech, il était constitué pour l’essentiel d’anciens officiers de l’armée irakienne. Les zones de déploi ement de l’opposition au régime syrien constituaient un ventre mou, un terrain propice à l’expansion accélérée de Daech. Alors que les divers acteurs du conflit débattaient sur la légitimité de la posture de Daech ou sur ses liens présumés avec les services de renseignements syriens ou irakiens, Daech négociait avec les services de renseignements turcs la libération des otages français, parallèlement à des opérations de séduction et d’intimidation menées à l’encontre de quiconque entravait sa progression. Début 2014, en dépit des pertes subies par les dive rs groupements du fait de leurs divergences sur le contrôle de la ville syrienne de Raqqa, nul, tant au sein du pouvoir syrien qu’au sein de l’opposition armée, n’a su tirer les conclusions pertinentes de cet avènement sur un plan politique ou militaire. Ce n’est que le séi sme de Mossoul (l’attaque de Daech contre cette ville du nord de l’Irak, le 29 juin 2014, au premier jour du mois du ramadan) qui réussira à provoquer un électrochoc global, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la zone. La succession des victoires rapides de Daech en Ira k a produit un effet inverse sur son comportement. Le sentiment de prépotence et d’omnipotence, et l’intuition de pouvoir mener bataille sur plusieurs fronts ont provoqué une pris e de conscience à échelle régionale, puis internationale, conduisant à une réévaluation du théâtre des opérations dans un sens plus réaliste. Le califat de Daech a ainsi replacé la Méditerranée orientale au centre de l’actualité internationale, en substitution au conflit en Ukraine. Tous ceux qui avaient minimisé le danger Daech se sont alors empressés de nous solliciter pour obtenir un rendez-vous avec nous, quêtant avis et informations susceptibles de les éclairer sur la situation. Il est difficile d’évaluer les pertes humaines et m atérielles résultant du manque de discernement collectif à l’égard de ce phénomène. E t, de la même manière que le monde a été saisi de stupéfaction devant le comportement de Daech envers les chrétiens et les Yazidis, il sera surpris par le nombre de victimes des localités de Tikrit et de la base aérienne de Speicher. De la même manière que l’on garde le silence à propos des dix mille victimes militaires en Irak, on ne peut qu’observer le mutisme des autorités syriennes quant à la mort de deux cent vingt-six cadres militaires tués dans la bataille d’Al-Ta baqa, parmi lesquels vingt-cinq officiers d’autorité (généraux, colonels ou lieutenants-colonels). L’idéologie du combat de Daech est ancrée dans la f abrique de la sauvagerie. Il est impossible qu’un projet militaire fondé sur la volo nté de domination, sur l’agressivité et la vengeance fasse place aux valeurs humaines. Lorsque le meurtre est légitimé, le droit à la vie