118 pages
Français

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A corps et à cris

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Description

Bébé cyanosé, enfant dyslexique, illettré et fugueur, l'auteur tombe ensuite dans la spirale de l'alcoolisme et de la folie. Entre une mère trop tôt disparue et un père violent, la volonté de se détruire a pris le pas sur son envie de vivre. Il a beaucoup crié sans se faire entendre, il écrit aujourd'hui : lorsqu'il y a eu les cris, la dyslexie, l'alcool et l'illettrisme, sans prétention, écrire sa vie, c'est possible.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2006
Nombre de lectures 274
EAN13 9782336280349
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

papa et mon grand-père, le fameux pépé contrarié, ont construit
une maison, à 250 mètres à vol d’oiseau du C.E.A. qui se trouve
sur le plateau, le haut de Fontenay aux Roses que l’on appelle aussi
le Panorama. C’est notre grand-père qui a fait les plans de la
maison, notre maman n’a pas eu beaucoup son mot à dire; c’est
ainsi que dans un grand pavillon comme celui-là, il n’avait pas
songé que son fils chéri allait avoir un troisième bambino, d’où une
absence de chambre pour moi.
Maman a mis au monde le premier de ses trois enfants, Pierre,
en avril 1955. En juillet 1956, Cécile, puis François en mai 1962,
moi. Maman avait avorté trop souvent, entre Cécile et moi, elle ne
devait plus le faire cette fois, elle risquait sa vie. Maman eut son
accident mortel devant chez ma nounou 14 ans après.
En marchant tout en haut de son jardin bois, papa pouvait se
rendre dans les labos, mais il préférait prendre son cheval d’acier,
tout d’abord sa 125 Terrot, - que son père avait achetée neuve en
1953 à Dijon car Jean venait de terminer ses études avec succès -,
et à partir de 1969, sa B.M.W. R 69 S en empruntant la rue de
Bellevue, puis celle qui longe le stade pour arriver à son travail.
Notre père, jeune chercheur aux laboratoires, peu de gens
pouvaient lui demander ce qu’il partait faire avec sa veste sur le
dos. Il a toujours organisé lui-même son temps de travail. C’est
ainsi que sa femme et nous ses enfants étions tout le temps sur nos
gardes, non seulement quand il se trouvait à la maison mais
également quand il n’y était pas. Il prit rapidement l’habitude de
rentrer à tout moment de la journée pour boire un coup, finir un
travail de bricolage dans la maison, ou encore, dire des
méchancetés à maman. Le soir, en général, papa était terrifiant
avec ses enfants et sa femme. Il giflait, envoyait un verre d’eau à
travers la figure de celui ou celle qui se trouvait là, traitait sa fille
de femelle, tapait très fort du poing sur la table parce que, lui, Jean,
n’avait pas envie de haricots cette fois-là et claquait la porte de la
cave comme un cave, sa cave! Alors, maman discrètement disait
qu’il avait encore son compte, un soir de plus, de ce pinard qui le
rendait si mauvais.
Quant à moi le petit dernier, j’ai été le mieux traité; bien sûr,
pas à l’époque où on entendait ses hurlements de bête à cent mètres
autour de la maison. Le matin, il avait toujours oublié ses
inconvenances de la nuit précédente et il était gentil et galant avec
sa femme. Avec le temps et les coups de la vie, cet homme a

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espacé ses colères. Maman essayait de vivre malgré tout, dans cette
maison de Fontenay, elle parlait au téléphone avec son amie «la
dame des Vosges », et nous vaquions aux occupations de notre âge.
J’installais ma ferme, veaux, vaches, cochons, autos, camions,
motos, hangars, ou je bricolais à ma manière sur ma fameuse
patinette, écoutant tout pour savoir si la moto de papa n’arrivait
pas. Et puis, elle arrivait et c’était la panique. Parfois, tandis que
mon père avait déjà la B.M.W, je rangeais tout, croyant que c’était
lui, mais non, ce n’était pas lui ; c’était une deux chevaux, la BM a
un son rappelant celui de la Citroën et vice versa.
Très tôt papa a pris l’habitude d’avoir sa bouteille de vin blanc
dans sa cave, presque déjà vide. A côté de la cave se trouve un
grand sous-sol, son atelier. Il y a passé énormément d’heures dans
sa vie. Papa a fait beaucoup de choses avec ses mains pour lui et
pour la maison; du parquet dans l’escalier, le couloir et les
chambres ;toutes les peintures; l’installation électrique; les
meubles de la cuisine; un grand bassin en pierre dans le fond du
jardin, avec aussi un joli poulailler et une petite maison grand
confort en pierres et en briques très solide, avec cheminée,
soussol, électricité et téléphone. Un vrai bunker, aujourd’hui recouvert
de lierre. Tout lui tout seul, comme il aime le préciser : réparations
en tout genre également, toujours de nouvelles installations. Le
changement des papiers peints, l’agencement et le rangement de
son atelier toujours net; quand vous retirez une pince sur un
tableau au-dessus de l’un de ses établis vous n’avez pas de mal à
retrouver sa place car elle est dessinée sur le bois comme les
autres ;c’est assez agréable car il est très bien outillé, il y a des
meules, des perceuses, des clés anglaises, des tournevis de
plusieurs tailles de bonne qualité, des raboteuses, des boîtes de
clous et de vis de toutes les tailles, des boulons… Le tout disposé
avec intelligence et en harmonie.
Tout en veillant au bon fonctionnement de ses nombreux trains,
de sa machine à vapeur, de la restauration des pendules et des
armes, ses postes de radio à lampes et ses constructions en
Mécano, il aime travailler le bois. Les belles vitrines pour sa
grande collection de pierres, c’est lui qui les a faites, etc.
Le jardin de Fontenay est derrière la maison, tout en pente, avec
des cascades, des petits sentiers dont l’un a été dessiné par un chat
qui est monté, un jour de neige, de la maison au poulailler, il a
utilisé sa grimpette, ce n’est pas bête. Il s’est toujours très bien

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occupé de l’entretien de son jardin, son domaine, pour pouvoir
continuer à se croire dans sa forêt, sa forêt au pied de son travail, sa
forêt à quinze minutes du centre d’une belle capitale, encore un
jouet pour lui.
Moi, à côté de ça, parfois j’ai bien des doutes sur l’utilité de ce
que font là, un journal, un livre, des mémoires, un jouet peut-être ?
Pour qui, pourquoi ? Comment le nommer d’ailleurs ? Comment se
fait-il que je m’y accroche toujours comme un éperdu, combien de
temps encore ? C’est un «REFUGE ». Peut-être parce que je sens
le combat perdu d’avance. Encore des conneries! Pourquoi avoir
mis tant d’énergie pour ce livre? Allez savoir, pour vous
peutêtre ?! Chers vous qui m’aidez tant pour apprendre à essayer de me
faire comprendre par écrit, avec des phrases maladroites parfois,
des mots placés tant bien que mal, des mots que j’ai aujourd’hui le
plaisir d’employer, des mots du dico, cette objet que maintenant
j’aime manipuler, des mots à utiliser et à comprendre, du plaisir de
vivre, de la promenade, j’aime tant cela. Merci enfin pour ce travail
effectué avec vous et le plaisir éprouvé, oui je dis
bien : « TRAVAIL » car c’est bien de cela qu’il s’agit ici pour moi,
comme les autres c’est vrai que j’en ai bavé à certains moments,
comment l’imaginer, le réaliser, surtout du temps de maman,
lorsque j’étais déjà l’enfant que je suis, chers vous, merci de tout.

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II


En 68, au début de ma désastreuse scolarité, mes parents ont
pourtant bien investi dans un sympathique petit bureau rouge qu’ils
ont placé dans l’entrée, près de la porte de la cave; c’est là que
déjà je fus pris d’un grand désir d’écrire des mémoires. Très vite,
sans doute il me sembla stupide de vouloir faire cela à mon âge. Le
projet fut interrompu pendant plus de trente ans, à l’époque j’étais
mentalement si peu présent à l’école, dyslexique aussi.
Entretemps, j’ai tenté l’écriture d’un petit roman: Les voleurs de
chevaux. A vingt-cinq ans, je ne pouvais que constater mes grandes
lacunes en écriture, péniblement quelques phrases prirent jour et
d’autres suivirent. Nous y voilà !
Ma patinette rouge, mes vélos, ces premiers véhicules, je les
utilisais en fonction des modèles des motos que possédaient les
copains de ma grande soeur. Ces jeunes gensparaissaient libres et
heureux parce qu’ils étaient en âge de conduire. Un, en particulier,
m’influençait beaucoup sans le vouloir, il se prénommait Jacques,
habitait à Plessis Robinson et avait beaucoup de copains motards,
son père leur laissait le garage en dessous de sa maison pour les
accueillir, pour démonter et refaire à neuf une machine qui avait
déjà souffert mécaniquement, ou une autre accidentée. Dans ce
garage, en permanence, attendaient sans moteur, deux ou trois
motos. Jacques avait toujours des motos d’un esthétisme très
réussi ;il portait de très beaux casques qu’il peignait avec
beaucoup de goût, des combinaisons en cuir de couleurs différentes
suivant les machines qu’il avait, et de fines bottes par-dessus.
Durant une dizaine d’années Jacques se faisait des hennés très
rouges sur ses cheveux longs. Comme Jacques, je portais et porte
encore des tee-shirts marins. Jacques avait un frère, Alain, qui était
artiste peintre et faisait les Beaux-arts à Paris, comme Jacques il
m’impressionnait et influençait mes pensée. Je les voyais dans le
garage, Alain avait le crâne rasé et portait un peignoir orange, je
pensais que ce garçon était un adepte de la secte Krishna car
plusieurs dizaines de ces gens vivaient dans une grande maison à
Fontenay aux Roses à ce moment-là. Il avait 25 ans, me parlait
avec enthousiasme du yoga et essayait de me peindre nu dans ma
chambre, quand je ne gesticulais pas trop sur la chaise. Ce n’était
pas simple pour lui, il y avait très souvent une moto qui

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