Ce corps livré pour vous

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Français
160 pages
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Description

Ce livre démontre que les images de la Crucifixion se sont érotisées au cours des siècles, jusqu'à devenir, si on les confronte à la morale qui s'en réclame, pornographiques. A travers de nombreuses oeuvres prises en exemple, l'auteur relève les signes de cette orientation. Cette double composante, sacrée et sexuelle, débouche sur l'autre image du Christ en croix.

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Publié par
Date de parution 01 juillet 2014
Nombre de lectures 13
EAN13 9782336351636
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Martin Villon

Ce corps
livré pour vous
L’autre image du Christ en croix








Ce corps livré pour vous

L’autre image du Christ en croix



















































Martin Villon










Ce corps livré pour vous

L’autre image du Christ en croix












































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03469-0
EAN : 9782343034690

























À ma compagne,
à mes grands enfants,
ce libre exercice du regard.

























Avant-Dire



Qui chercherait dans ces pages le Jésus historique ou le
Jésus biblique ferait fausse route. Ce livre porte un regard
sur les images dont Jésus est le héros, sur les images et
sur elles seules.
La vie de Jésus par l’image fait référence, la tradition
s’en réclame, elle est devenue pour le public le récit exact
de l’existence du Christ. Si ces images s’inspirent de la
biographie officielle et posthume que constituent les
quatre Évangiles, elles s’en sont en partie affranchies. Au
cours des siècles, des commanditaires appartenant aux
autorités religieuses, morales, politiques les ont réglées
par le menu. Ils en ont confié la fabrication à des artisans
habiles, à des artistes brillants, ce qui décuple encore le
pouvoir qu’ont ces images et les effets qu’elles produisent
sur les consciences.
Chacun, croyant ou pas, en est venu à penser le Christ
tel que les images le montrent. Une histoire parallèle à
celle du Christ « réel » (celui des textes sacrés) s’est
imposée. Or cette histoire abonde de scènes de nu d’une crudité
stupéfiante, de scènes de torture d’une perversité
hallucinante, de scènes de félicité d’un érotisme débridé qui
révèlent intentions et arrière-pensées contraires aux
péroraisons morales de l’Église.
Pour preuve, les œuvres peintes, gravées, sculptées
décrites ici qui appartiennent à la production européenne
(flamande, française, italienne, espagnole...), et ont été
choisies à partir des originaux vus sur place. Elles sont
pour leur très grande majorité accessibles à tous (musées,
églises, trésors de cathédrales, calvaires, monuments);
par défaut, internet permet de s’en faire une idée. De
toute façon, le lecteur tombera tôt ou tard sur une image
proche ou semblable, d’un même auteur ou non, d’une
même époque ou pas, image originale ou réplique
utilisant les mêmes signes, reproduisant les mêmes attitudes.

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Il ne s’agit pas de dénoncer ces images d’un point de
vue moral, mais de les donner à voir, quitte à les opposer,
quand l’occasion s’en présente, à la morale qui leur sert de
contexte et de support. Les investigations menées dans ce
livre ne s’arrêtent pas à la double composante sacrée et
sexuelle de l’image de la Crucifixion. Cette composante à
peine établie, une injonction, un ordre supérieur
purement terrestre, purement humain, auquel les nations
chrétiennes se sont soumises au cours de siècles, se fait
jour. Derrière lavéritésacrée, ledevoirsacré.
Au risque de lever le suspense: l’utilisation en
sousmain d’images indécentes pour accompagner une pensée
pudibonde n’est qu’une diversion, un procédé qui
débouche sur l’impensable, surl’autre imagedu Christ en croix,
celle quiconsacre le meurtre du fils par le père
toutpuissant ;le sacrificedessur ordre filsdes
pèrestoutpuissants.
Il se pourrait que tout ceci soit de l’ordre de
l’hypothèse. Mais il arrive qu’une hypothèse donne à penser
plus que ne le ferait sa confirmation.



















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Il est aussi facile de se forger une opinion
quʼil est dur de sʼen défaire.
Vassili Alexakis.La langue maternelle.




Chapitre 1
Point de vue


1. Les images scandaleuses de la vie de Jésus

L’idée s’est formée le jour où je me suis demandé
pourquoi l’assemblée baissait longuement les yeux après la
célébration eucharistique, moment majeur de la messe,
comme prise sur le fait d’un voyeurisme coupable.
Auparavant, le prêtre, officiant à l’époque dos au public et
s’exprimant en latin, avait tenu bras levés l’hostie et le
calice (le pain et le vin), touchant presque le crucifix qui
dominait l’autel. Que se passait-il à présent de honteux
sur l’estrade qui devait se dérouler hors de la vue alors
que la sonnette de l’enfant de chœurinsistait pour que
l’on ploie le buste?Hoc est enim corpus meum. Traduit
aujourd’hui par : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Il
est dit qu’à cet instant pain et vin symboliques deviennent
le corps et le sang de Jésus. Je risquais un œil. C’est bien
ce à quoi j’assistais.Et incarnatus estPar l´Esprit: «
Saint, il a pris chair ».
La Crucifixion m’apparut dans son indécence, le geste
et la prière du prêtre avait donné forme et matière à ce
corps montré nu au beau milieu de l’église. Le
changement de substance s’était exercé pour de bon. Je voyais à
présent le personnage exposé, jusqu’ici respectable figure
divine, aussi inaccessible qu’impalpable, se faire chair,

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charnel même, prenant l’aspect d’un homme dévêtu, à
peine couvert d’un pagne descendu sur les hanches, alors
que je l’avais ignoré comme tel l’instant d’avant. Il
surgissait dans toute son impudeur, se livrant à une exhibition
inconvenante, provocante, déplacée dans cet endroit
consacré au recueillement, à la paix de l’esprit, à la
quiétude des sens.
Rongé de honte, je me crus en état de péché mortel.
Mais au lieu de chasser cette vision ou de m’en mortifier,
j’ai voulu en vérifier le bien-fondé. Intuition, hypothèse,
j’ai la conviction que les images de la Crucifixion se sont
érotisées jusqu’à devenir franchement pornographiques,
surtout si on les confronte à la morale qui s’en réclame,
leur caractère sacré ayant suffi à les mettre à l’abri du
soupçon.
Est-il nécessaire d’en dire plus? Vous en savez autant
que moi. Voyez après ça les crucifixions peintes ou
sculptées, gravées ou dessinées, vous vous ferez une idée de ce
que j’avance. À moins que vous ne jetiez un œil au dossier
que voici, dans le désordre où je l’ai constitué, au hasard
des œuvres sur lesquelles je suis tombé. Souvent
reproduites, elles ont servi de matrice ou de modèle à des
copies façonnant dans les esprits une silhouette et une
posture universellement reconnaissables. Parfois, j’ai mis
en regard – expression tombant à pic – quelques lectures,
textes sacrés ou non.

Les exemples ne manquent pas. Exemples de
crucifixions et autres scènes de nu illustrant la vie de Jésus,
qui, pour la raison que j’invoque (l’image pieuse distrait
de l’image indécente), ne choquent ni ne dérangent si on
les regarde non pour ce qu’elles sont mais pour ce qu’elles
prétendent être.
Vous voilà prévenus: on va en venir à l’image même,
celle dont le discours sacré nous a éloigné, de sorte qu’on
puisse voir ce qu’elle montre, rien de plus, rien d’autre.
On découvrira (dans le sens de «commencer à voir»,
mais aussi «ôter ce qui protège»), par une succession
d’ekphrasis,de brefs récits descriptifs, un Jésus enfant

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impudique, puis jeune adulte sensuellement dénudé lors
de son baptême, enfin, dans la longue séquence de la
Passion qui concentre les scènes les plus scabreuses, tout
juste paré d’un linge minuscule et suggestif. Jusqu’à la
mise au tombeau et à la Résurrection qui le surprennent
dévêtu, caressé, peloté dans des circonstancesborder line.
Mais c’est la Crucifixion, consacrée image centrale de
l’iconographie chrétienne par la tradition, image
emblématique et dominante en Occident, qui a pris le pas sur
toute autre scène de nu ayant le Christ pour objet.
Pornographie variable selon les époques et les écoles:
tantôt réjouissante, tantôt agressive; tantôt gaillarde,
tantôt morbide; tantôt honteuse, tantôt effrontée.
Pendant plus de dix siècles se développe une production
d’images obscènes contrôlées par l’Église. Contrôlées mais
pas entièrement maîtrisées, écart qu’on peut attribuer aux
consignes changeantes, parfois contradictoires des
commanditaires religieux, et à la malice d’œuvres aimant se
jouer du strict cahier des charges.
Il est aussi probable que l’orientation pornographique
des images dont Jésus est le héros relève pour partie de
l’inconscient. Voire même qu’elle trouve sa source dans
les images elles-mêmes occupées à se lancer des défis de
virtuosité quant à la représentation du corps. Que cette
orientation se soit imposée, se soit amplifiée et qu’elle ait
perduré marque l’existence d’un consensus implicite entre
Église, artistes et croyants, portant sur une même
préoccupation, la pacification des pulsions, sexuelles en
l’occurrence, et la manière d’y parvenir. Question que
Freud posera en ces termes: « Comment"dompter"
l’énergie des pulsions, comment l’orienter, la déplacer, la
sublimer afin d’éviter quelle ne rompe, par sa puissance,
tous les barrages? »(Pulsions et destin des pulsions),
estimant que les pulsions ont toujours pour but « la
satisfaction d'un désir qui ne peut être obtenue qu'en
supprimant l'état d'excitation à la source de la pulsion ».
D’où peut-être la tentative de court-circuiter, de
prévenir cette force sauvage réputée indomptable par l’édiction
d’un consensus, forcément inéquitable mais qui a tenu

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longtemps, dont les grandes lignes seraient: à l’Église
d’exercer et de perpétuer son pouvoir sur l’âme et la chair,
aux artistes de produire du sexe «esthétique »sous la
forme détournée du corps sacré, aux croyants de
s’arranger d’une obligation à réglementer leur libido en la
transcendant.
Quand l’Église condamne les images érotiques ou
pornographiques, c’est pour les produire à son compte.
Démentant par là qu’elle aurait, durant tout le MoyenÂge,
« entraînél’érotisme dans une éclipse presque totale de
mille ans » (Pierre-Marc de Biasi,Histoire de l’érotisme).
Corps exposés, contemplation de la nudité sont confiés
subrepticement à la Crucifixion et autres images prétextes
à déshabiller Jésus et divers martyrs. Avec
l’arrièrepensée d’en discipliner les effets. Calcul hasardeux,
paradoxe de taille que traduisent des images aussi séduisantes
que terrifiantes, d’une pornographie aussi attrayante que
brutale.
e
Dès son apparition, à la fin duV siècle,très différée
par rapport à l’événement dont elle s’inspire, l’image de
Jésus dévêtu et crucifié ne passe pas inaperçue. Grégoire,
évêque de Tours (539-594), fait écho à ses débuts
sulfureux (À la gloire des martyrs). Frappé par l’obscénité de
la représentation «exposée librement aux yeux de tous»
de «Notre Seigneur» quasi nu sur la croix, il rapporte
que le curé Basileus de l’église Saint-Genest de Narbonne
n’en dort plus. Trois fois « la sainte face » vient en pleine
nuit lui reprocher : « Vous êtes tous couverts de costumes
divers, et vous me considérez sans cesse dans ma nudité.
Va et couvre moi au plus tôt d’un vêtement.» À sa
troisième apparition, la figure divine roue le curé de coups et
le menace de mort s’il ne voile pas la sainte image de la
Crucifixion. Basileus en fait part à l’évêque qui ordonne de
tendre une étoffe devant elle. Et Grégoire de Tours de
préciser que désormais on ne peut voir la peinture que
couverte d’un voile, qu’il faut soulever pour la contempler
et qu’on laisse retomber pour la couvrir à nouveau. Par
cette anecdote, démontrant que la nudité du Christ
choquait fidèles et ecclésiastiques avant qu’ils n’y prêtent plus

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attention, le chroniqueur annonce non seulement
l’invention du linge cache-sexe, mais il augure aussi de
cette incitation à le soulever, à aller voir derrière, reprise
par le traitement que les images lui réservent; linge qui
signe et magnifie le caractère pornographique de la
Crucifixion. Le récit de Grégoire souligne aussi combien la
représentation du Christ en croix est alors aussi inédite
que malvenue.
Une «tentative prématurée», dira l’historien Louis
Bréhier dans son article surl’Introduction du Crucifix en
Gaule (revueComptes-rendus des séances de l'Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres). Prématurée mais
prémonitoire, puisque l’image finira par s’imposer, la
religiosité aveugle l’emportant sur la pornographie manifeste.
Pour l’heure, c’est cette précocité qui vaut à Jésus d’être
un temps rhabillé (voir la miniature desÉvangiles de
Rabula,chap. 2-3) ; et c’est, à l’opposé, cette prémonition
qui suscite le très dénudé Christ d’un des panneaux de
bois formant laPorta istoriatade la basilique San Sabina
e
à Rome (vsiècle) ;images toutes deux conçues pendant
cette période de tentatives plastiques et de tentations
anatomiques.
Le panneau de la porte de San Sabina (situé à plus de
trois mètres de hauteur, ce qui, pour l’observer et rester
dans le rôle du parfait voyeur, demande à être équipé
d’une paire de jumelles) pourrait être considéré comme
l’une des sources d’inspiration des crucifixions
impudiques. Jésus, entouré de larrons pas plus décents que lui,
est affublé d’une sorte de ceinture nouée autour de la
taille, dont l’extrémité pend entre ses cuisses et évoque
aussi bien le cache-sexe de certaines tribus primitives
qu’un long pénis. Minimalisme plus malhabile que
volontaire. Sauf qu’à force de naïveté, ce type de
représentations «mal dégrossies» finit par échauffer l’imagination
des auteurs, par stimuler leur aptitude à représenter la
nudité du Christ, à le montrer dans des attitudes
provocantes. Bref, à sexualiser la relation entre image sainte et
foi chrétienne.

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L’âge d’or des images chrétiennes tendance
éroticoporno, période où s’élabore et est distribué l’essentiel de la
e e
production, va duXIIà la fin du siècleXVIII siècle.Ses
débuts, son envolée coïncident avec l’organisation des
premières croisades, la création de l’Inquisition,
l’édification des premières cathédrales, la multiplication des
ordres et congrégations monastiques. Cet âge d’or atteint
son summum à la Renaissance et dure jusqu’aux
Lumières. Avec la Contre-Réforme, il s’étend à de nouveaux
marchés. Les images trouvent alors une traduction
populaire dans «l’art sulpicien» dont chacun fera le «film »
desa viedu Christ. Réussite commerciale et idéologique
que rappelle Serge Tisseron (Psychanalyse de l’image), et
qu’il apparente à du marketing : « L’Art de Saint-Sulpice,
avec ses saintes en extase, ses beaux Christ aux cheveux
ondulés, ses couleurs suaves et ses scènes de la vie
quotidienne, était destiné à déclencher un réflexe
consommateur : acheter une image pieuse, un cierge, ou mieux
encore, faire une offrande sans contrepartie. La publicité n’a
pas créé un rapport nouveau à l’image. »
Comme il a été dit, avant l’an mille l’érotisation des
représentations de Jésus s’élabore, se prépare, se fourbit;
mais elle ne prend pas. Hiératique, presque apathique:
« L’hommeest jeune, son visage impassible aux yeux
ouverts ne trahit aucune souffrance, son corps immobile
ne révèle ni crispation ni fatigue », écrit Nadeije
LaneyrieDagen (L’invention du corps). Son corps «restitue toute
la vigueur, ou plutôt la mollesse, de son modelé. » Exit la
plastique des athlètes antiques (jamais vraiment oubliée,
les images pieuses la réhabiliteront plus tard). «Muscles
et charpentes sont dissimulés par un tissu de graisse»,
embonpoint qui présente l’avantage d’enfouir une
anatomie explicite dont le crucifié va être gratifié au début du
e
XIIsiècle, « parcouru de lignes qui indiquent les volumes
plus efficacement […] que les jeux d’ombre et de lumière.
[…] Souvent refermées sur elles-mêmes, elles délimitent
des parties de la silhouette correspondant à des
articulations naturelles. »

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Après la séparation de l’Église et de l’État, qui fait
perdre à l’Église le contrôle de ses images, la Crucifixion et les
autres scènes de la Passion sont exploitées jusqu’à nos
jours sans innovation notable. Sauf dans le domaine
profane, mécréant, en particulier en raison du traumatisme
provoqué par le « prototype de toutes les guerres »
(Pontalis,Un jour un crime), la Grande Guerre, qui ouvre une
période post-porno, voire néo-porno des images d’une
crucifixion traitée sans ménagement, images qui font
enfin tomber le dernier masque du fils sacrifié (voir chap. 7).
Mais cette perte de contrôle n’est qu’apparente, les
charges et parodies, dessinées, peintes ou filmées du héros
et de son exhibition, n’affaiblissent guère l’emprise de
l’iconographie chrétienne. En choisissant très tôt de régler
et d’orienter elle-même les images du sacrifice de Jésus,
en les érotisant, en les truffant de signes et références
sexuels, d’abord modérément– etpeut-être
fortuitement –,puis plus radicalement, l’Église a assuré leur
succès en même temps qu’elle a rendu inopérantes, par
avance et pour longtemps, les représentations dites
blasphématoires ou sacrilèges dont elle prétendra ou non
s’offusquer. Voir les réactions limitées, localisées,
suscitées au début de ce siècle par des spectacles et œuvres
plastiques commeGolgota Picnic,Sur le concept du
visage du fils de Dieu, Piss Christqui ont somme toute peu
perturbé le monde chrétien.
À la suite de ce que l’on peut appeler une querelle
d’experts (Peut-on représenter Dieu? Doit-on adorer les
icônes ?),l’Église s’est trouvée «devant l’alternative soit
d’interdire toute image figurée, soit de s’en assurer le
monopole »(Michel Melot,Une brève Histoire de
L’Imagel’occasion pour). Le Concile de Nicée (787) fut «
l’Église de reprendre les choses en main et d’autoriser à
nouveau les images sacrées, mais non leur culte » (id.).
Passant outre le commandement de Dieu à Moïse: «Tu
ne feras point d’image taillée, ni de représentation
quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui
sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas
que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles et tu

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