Ce que je pense

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322 pages
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Description

Ce texte-récit est issu d'un vécu, celui de l'auteur, militant de la gauche mauritanienne. L'univers éclate et le narrateur, dans un humour caustique et des anecdotes croustillantes, passe en revue le processus d'un avenir lointain, mais toujours accessible. Le temps passé apparaît souverain sous sa plume, et le contexte actuel de la Mauritanie demande cette forme d'écriture qui rend compte d'une grande animation.

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Date de parution 06 juin 2017
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EAN13 9782140040436
Langue Français

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Cheddad dit
AhmedSALEMOULDELMOCTARditCheddad
Cequejepense Avant de tout oublier…
P r é f a c e d e A b d a r a h m a n e N g a ï d é
CNSEE PE E QUE J Avant de tout oublier…
AHMEDSA LEMELMOCTA R DITCHEDDAD
CE PE E QUE J NSEAvant de tout oublier…
Préface de A bdarahmane Ngaïdé
© L ’HA R MA T T A N, 2017 5-7, rue de l’É cole-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08972-0 EA N : 9782343089720
PR É F A C E
UN DËL OND DU F U A UN HASSI!
« … l’intelligence de ce qui semble révolu peut écl airer le présent et aider à le vivre », A bdoulaye É limane K ane, 2014 Philosophie « sauvage ». La vie a de longues jambes, Paris, L ’H armattan-Sénégal [Mémoires et biographies], p. 10.
J id jdoud inta ya khay ech’lahi ett’oud… (Hô ! A ïeul des aïeux, chéri ! Qu’est-ce que tu deviendras ?).
Ce petit vers composéet chantéau-dessus du « berc eau» du nouveau-né, est l’œuvre de la « vieille cousine maternelle » de la mè re de l’auteur. Petit extrait donc « d’une longue berceuse » dédicacée. E lle doit, me semble-t-il, toujours résonner - afin de nous raisonner sur notr e propre devenir sujet, articuléà celui dumondedanslequel nousvivons- etdansla tê tedetoutcelui qui entreprend la lecture de ce livre. C’est le tempo qui accompagne, en rythmant, nonseulement unepartiedecevécu, mais qui, enmê metemps, nous permet de comprendre que la vocation de Cheddad éta it certainement de و considérer cette berceuse comme un Appel lointain, venu de la profondeur des âges, et qu’il se devait de transformer en comportements, en actes et actionsaupéril desa vie, et à la grandedéceptio ndeceux qui espéraient tirer unprofitmatériel desa futurepositiondansla so ciétémauritaniennemoderne naissante.
Intraitable contestataire, le pauvre jeune élè ve, v enu de sa « brousse », « s’égare»encoreunefois, mais cettefois-ci dan slevasteet complexechamp de la contestation politique. Activité(« activisme ») qui éloigne du berceau, mais ne rompt pas la suave mélodie de cette questio n existentielle qui brode, en bordant nostalgiquement, le récit.
Faut-il, le rappeler qu’il ne s’agissait pas du dev enir singulier et égoïste, hautain et sans intelligence de celui qui vient d’a dvenir au monde. C’est-à-
1  A ttention, il ne s’agit pas d’un appel dans le sens divin du terme, mais dans celui d’un individu sur lequel peuvent se fonder des espoirs et qui a tous les atouts nécessaires pour faire vivre la flamme et perpétuer sa lumiè re.
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dire, qu’un devenir humain global pourrait bien ê tr e l’essence mê me de cette berceuse, qu’il a eu le soin de garder, dans sa mémoire, jusqu’à nous la transmettre dans son « crû ». Elle nous arrive avec la mê me saveur philosophique, comme elle parvint, pour la premiè re fois, à son ouïe encore vierge de toute dissonance. L’âge de « l’innocence », phase, durant laquelle, se façonne une importante partie de notre futur ê tr e dans le monde. « Inta ya khay ech’lahi ett’oud » ? Question énigma tique ! L’espace de cette préface m’autorise, aujourd’hui, à prendre le risque de répondre, à celle qui m’entendra de l’autre côté du miroir, en hassanya : « Houwë K aan Cheddad, oudhreik aad ketaab ; tarjëm ghanaytik vi klam 2 nsara… » . Donc, ce bout « exfiltré » du berceau circule à travers notre monde, dans une langue « étrangè re », par le truchement d’un « c’est d’accord ». Il bercera des milliers d’individus, qui découvriront un talent jusque-là enfoui . Voilà l’undes intérê tset lesenjeux majeurs de la mémoire: tenter de conserver pour finalement transmettre. El le impose une discipline, celle de prendre le taureau par les cornes pour sal ir la page blanche avec ces/ses souvenirs qui font non seulement revivre un temps, mais aussi des femmes, des enfants, des animaux chers (commecech ienqui meurt et dont la disparition nous afflige) et des ê tres aimés qui ont marquéle temps sur une infime partie de cette terre qu’agrémente un parfum et des couleurs ى particuliers. Teychtayatt… un pluriel assez suggestif non seulement de l’environnement qui prévalait à l’époque de sa fond ation, mais aussi de la complexitésociologique de cette partie de la Mauri tanie : le Trarza. Cheddad n’immortalise pas seulement la berceuse, ma is aussi et surtout l’auteur de cette sentence grosse de philosophie. C ’est pourquoi, et sans exagération de ma part, je crois déceler, dans la n aïveténarrative apparente del’auteur, soncaractè red’enfant taquin, tê tu, moqueur et intelligent qu’une aura n’a jamais cessé de couver, tout en servant de paravent contre les déviances qui peuvent affecter la parole donnée. La preuve : la décision d’écrire ce récit en murmurant une chanson, comme une réminiscence « involontaire ». Un palimpseste d’événements, de dates, de bruits, de déplacements mécaniques et langagiers… À ce niveau, un hommage mérités’impose de lui-mê me . Tijani, son ami, qui avait certainement mûri et mesurél’enjeude le faire témoigner, par écrit,
 Il était Cheddad, maintenant écrivain en traduisant ta berceuse en français » (T raduction libre de A . Ngaïdé). 3  Ce serait bien opportun, si ce n’est déjà fait, d’initier la collecte et l’analyse de ce type de « berceuse » et d’autres phénomè nes du langage pour mieux comprendre nos mentalités passées et leurs influences sur cell es d’aujourd’hui. 4  Sing. Teychtaya (Balanites Aegyptiaca)
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deson/sur « vécu», lui tiendra cetteparolequi a llait ê treausoubassement de cet engagement d’accepter de prendre cette distance pour coucher (accoucher… ), par écrit, ce qui lui reste dans sa mémoire… avant de tout oublier... Voilà leur dialogue : - Tijani : « Cheddad,… tu n’es pas sérieux ! » (Acc usation… ?). - Cheddad : « Et comment ?! » (question/exclamation ou stupéfaction, début de victoire sur soi ?). - Tijani : « … il faut écrire ! » (Un ordre exécutoire… ) Notreauteur avait ressenti unepeinepourcontenir sonémotion. Et il lâcha demaniè re exclamatoire, comme ledéfi des défis, « d’accord! »Engagement pour « perdre son propre visage… sa propre existenc e ». C’est une vraie guerrecontresonpropresoi. Là - encelieu-insta nt - il « était coincé»devant cette redoutable réalité: faire face à l’encrier, la plume et ce réduit spatial qu’est la feuille. Tomber dansle« puitssansfond »dela solitudedel’écriture. Acte consacré, voire sacré. Lieu d’échec de tout la ngage qui prétend vouloir tout dire. Dans cet exercice, il ne s’agit pas de l ’écriture dans sa simplicité littérale, mais d’une sorte de reprise du fil de l’histoire là où il semble s’ê tre fondu dans le tissuglobal. L’histoire doit ê tre condensée et transmise de faço n libre et désintéressée. Car sa vocation est de dépasser la cicatrice du cor don ombilical. Témoigner est eneffet unegrandeentreprisequi nécessiteun ecertaineintelligenceetune dose exceptionnelle d’humilité. Car l’histoire n’es t pas tout à fait linéaire, et celui qui la raconte est dans une dangereuse postur e, parce que l’écriture est un objet en transition. Son caractè re, de dépôt-dépotoir, la condamne aux lectures et interprétations, voire aux manipulation s dont la vocation devrait se soucier de les enrichir au lieu d’en appauvrir l eurs aspects les plus consolidants. D’ailleurs Cheddad ne s’y trompe point en se confes sant : « La décision ي d’écrire me déstabilise , dit-il, au plus haut point. [Elle] équivaut à une déclaration de guerre, [dont l’issue] est d’ê tre pe rdue ou gagnée. Les deux issues (… ) exigent une épreuve pleine de risques et d’incertitude… [J e ne peux] plus reculer. Ce « d’accord ! » m’engage défi nitivement. » Finalement pas d’issues possibles ! Donc, il faut tomber dans l’encrier de l’histoire. Et la
5  Cf. M. Foucault, Le beau danger (Entretien avec C laude Bonnefoy), Paris, É ditions EHE SS, 2011, 67 p. 6  L e philosophe français Michel Foucault ne dit pas autre chose quand il déclare : « J ’ai toujours eu à l’égard de l’écriture une méfi ance presque morale », cf. son livre, Le beau danger (Entretien avec Claude Bonnefoy), Paris, É ditions EHE SS, 2011, p. 28.
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