Ces choses non dites et qui font leur chemin
173 pages
Français

Ces choses non dites et qui font leur chemin

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173 pages
Français

Description

Anna est une femme immigrée italienne, ses enfant que l'on dit "enfants de la seconde génération" se sont joints pour se souvenir et raconter l'histoire familiale, longtemps soumise au silence. Ces rencontres des mémoires, moments d'échange et de partage uniques entre une mère et ses enfants, révèlent comment se joue la transmission au sein d'une famille.

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Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 0
EAN13 9782296458918
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

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Exrait

Ces choses non dites et qui font leur chemin
Mémoire familiale et transmission d’une immigrée italienne à sa fille
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54255-6 EAN : 9782296542556
Lina BERNABOTTO
Ces choses non dites et qui font leur chemin
Mémoire familiale et transmission d’une immigrée italienne à sa fille
L’Harmattan
Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collectionLogiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.
Dernières parutions
Bénédicte BERTHE,Le sentiment de culpabilité et les sciences économiques : les promesses d’une nouvelle relation, Tome 2, 2011. Bénédicte BERTHE,Le sentiment de culpabilité et les sciences humaines : la richesse d’une ancienne relation, Tome 1, 2011. e Anne COVA,République:Féminismes et néo-malthusianismes sous la III “La liberté de la maternité”,2011. H. LETHIERRY,Sauve qui peut la ville. Études lefebvriennes, 2011. A. AJZENBERG, H. LETHIERRY, L. BAZINEK,Maintenant Henri Lefebvre. Renaissance de la pensée critique, 2011. Alexandru GUSSI,La Roumanie face à son passé communiste, 2011. Cédric FRETIGNE,Exclusion, insertion et formation en questions, 2011. Frédérique SICARD,Agencements identitaires. Comment des enfants issus de l'immigration maghrébine grandissent en France, 2011. Rahma BOURQIA,Culture politique au Maroc, A l’épreuve des mutations, 2011. Louis MOREAU DE BELLAING,Claude Lefort et l’idée de société démocratique, 2011. Elisabetta RUSPINI (sous la dir. de),Monoparentalité, homoparentalité, transparentalité en France et en Italie. Tendances, défis et nouvelles exigences, 2010. T. DJEBALI, B. RAOULX,Marginalité et politiques sociales, 2010. Thomas MIHCAUD,La stratégie comme discours, 2010. Thomas MICHAUD,Prospective et science-fiction,2010. André PETITAT (dir.),La pluralité interprétative. Aspects théoriques et empiriques, 2010. Claude GIRAUD,De la trahison, Contribution à une sociologie de l’engagement, 2010. e Sabrina WEYMIENS,arrondissement de ParisLes militants UMP du 16 , 2010.
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À Mattéo, mon père
À l’ombre de tes pas Nous avons cheminé De nos doigts effleurant Ta main toujours tendue
À mes enfants, Sacha et Eloïse
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Remerciements
 Je pense à Anna, ma mère, sans qui ce travail n’aurait pu s’accomplir. Merci de m’avoir livré ton récit qui m’invite sans cesse à comprendre et à admirer toute la force et le courage qui te composent.
Merci à ma famille pour son soutien tout au long de ce travail et en particulier Maria, ma grande sœur, pour sa générosité et ses conseils réconfortants quand tout me semblait trop difficile.
Merci tout particulièrement à Jean-Vincent, mon mari, qui m’a encouragée et soutenue tout au long de ce projet.
Toute ma reconnaissance à Régine Herzberg ; avec elle, j'ai repris ce chemin, mis des touches de lumière, et j'ai écrit.
Merci à mon amie Catherine Guy, pour son aide et ses conseils si précieux.
Une pensée particulière pour Marie, ma compagne de promotion. De l’humanité de nos récits familiaux est née une amitié.
Je remercie Bénédicte Goussault maître de conférences à l'Université Paris XII de m'avoir guidée et toujours encouragée dans la réalisation de ce mémoire.
Enfin, merci à Dominique Giudicelli pour avoir adapté avec sensibilité et générosité ce mémoire universitaire, et en avoir fait un ouvrage accessible au plus grand nombre.
MES RACINES
Voilà ce que je sais… si peu…
Je suis née à Tours en 1961, en plein cœur de la France, j’aime dire en plein cœur, d’autres diront centre de la France, moi je dis en plein cœur, sûrement par amour pour cette terre adoptive. Je suis née de parents italiens, quelques années après leur grand voyage qui les amena dans le pays qui allait être leur terre d’accueil, espace d’un temps pour une autre histoire, pour une nouvelle vie. Mes parents émigrèrent de cette Italie si pauvre, qui ne parvenait pas à les nourrir. Cela se situe lors de cette dernière vague d’émigration pour la France en 1956-1957, où la région du sud de l’Italie appelée les Pouilles, région rurale, extrêmement pauvre, devint le principal foyer d’émigration officiel iii saisonnier.
Mon père décida de partir en France en 1958 pour des travaux saisonniers proposés par l’État français. Il était marié et « responsable de famille » et devait subvenir aux besoins de sa famille, car de l’union entre mon père et ma mère étaient nés deux enfants, mes deux sœurs, âgées de deux et un ans. Il avait vingt-deux ans et comme tous ces méridionaux avait pour seule force de travail, ses bras pour cultiver la terre. C’est ainsi qu’il arriva dans l’Oise pour l’arrachage des betteraves, il y rencontra d’autres immigrés italiens et polonais… Ces travaux saisonniers étaient ponctués de retour au pays pour y retrouver ma mère et mes deux sœurs. Puis, ma mère rejoignit mon père en France, en 1959, accompagnée de mes deux sœurs : période propice au regroupement familial favorisé par l’État français, « l’immigration italienne n’est pas seulement souhaitée comme apport de main-d’œuvre, elle est également convoitée comme immigration familiale et pour y parvenir, la politique sociale est mise à iii contribution » , elle était tiraillée entre son désir de vivre mieux sur une terre plus offrante et son désir de rester vivre dans son pays natal. Ce paradoxe de l’immigré ne la quittera jamais ; « être d’ici et d'ailleurs ». Vincent de Gaulejac écrit que toute personne confrontée à un « double système de référence (social et culturel) dont bien des éléments sont opposés, se trouve face à des conflits psychologiques plus ou moins importants se traduisant par une forte culpabilité, des troubles psychosomatiques (que je retrouve chez ma mère tout au long de sa vie et encore maintenant…), un malaise permanent dont la racine se situe
moins dans l’inconscient (au sens freudien du terme) de l’individu que dans la façon dont son identité est traversée par l’histoire de sa classe iv sociale et de sa culture … » Ce malaise pourrait être assimilé à la « nostalgie », qui s’inscrit dans l’universalité du phénomène migratoire, au même titre que la transformation des immigrés et l’acculturation… Cette nostalgie des immigrés (nostalgie de sa vie), corollaire du malaise du pays d’origine, présente tout au long de leur vie, influence leur vieillesse… En ce qui concerne ma mère, j’ai souvenir de phases dépressives récurrentes. Avoir quitté son pays, sa famille, ses amis fut douloureux et vécu comme un abandon, expression des souffrances somatiques de son corps. Cet état dépressif s’est accentué par le décès de mon père, réactivant à nouveau une séparation, une perte, un abandon… renforçant son isolement, son déracinement. Mes parents se sont connus enfants, et ne se sont plus jamais quittés, mon père était le seul lien de vie commune dans leur pays d’origine.
Les années sont passées, la famille s’est agrandie, sur une autre terre, dans un autre pays, pour une nouvelle histoire familiale. Cinq enfants et dix petits-enfants composent aujourd’hui le clan familial. La pauvreté a longtemps subsisté, mais elle fut socialement et financièrement moins précaire. Nous avons grandi, éclairés par cette culture française, mais à l’ombre d’une culture italienne, car par-dessus tout il fallait montrer notre adaptation, s’intégrer ou plutôt faire « figure v de l’étranger assimilable » surtout ne pas parler le dialecte italien, oublier donc la langue d’origine et seulement l’écouter quand nos parents l’utilisaient entre eux, réussir nos études et avoir un « bon travail »… mes parents devaient prouver que leur venue en France n’était pas vaine. Donc, pas de cesse dans la lutte acharnée à trouver une place au soleil dans ce petit coin de Touraine. C’est ainsi qu’ils ont construit leur maison ou plutôt rénové une très vieille maison dans une bourgade nommée Monnaie, loin des leurs et de toute communauté vi italienne . Nous retrouvons ici, un des éléments de l’universalité du phénomène migratoire, lorsqu’il y a une immigration dite « de travail », à savoir la construction d’une maison, l’investissement dans le pays d’origine (mes parents au moment de la retraite de mon père avaient acheté une maison dans leur village d’origine…) pour prouver que leur immigration n’a pas été vaine!...
Aujourd’hui chacun de nous, enfants de cette seconde génération, sommes et continuons à être « accompagnés » dans nos vies par deux cultures. La culture française domine, mais l’autre est là, bien lovée en nous et prête à ressurgir involontairement ou volontairement.
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