Crime passionnel, crime ordinaire ?

-

Livres
118 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Phénomène médiatique souvent méprisé mais largement lu, le fait divers passionnel mérite une analyse psychosociologique. Au-delà du plaisir ambigu de la lecture, les récits de ces faits divers fournissent une image certes caricaturale mais très éclairante des représentations sociales actuelles de la conjugalité dans leur complexité. Ils traduisent ce qui apparaît comme normal ou déviant, valorisé ou au contraire stigmatisé dans la vie d'un couple ou dans le développement des relations amoureuses. La presses n'est pas seulement un témoin de ces relations et de ces représentations sociales, elle participe aussi à les construire et constitue un des instruments de contrôle social. Les modèles valorisés ont une influence sur nos comportements et nos modes de vie.

Les auteurs psychologues et sociologue, analysent ces représentations sociales à partir de deux déterminants, l'un externe est la dynamique du social, les relations économiques et de pouvoir, les rôles sociaux de sexe..., l'autre interne est la dynamique de la pulsion et du désir inconscient. Ces deux déterminants sont d'autant plus puissants qu'ils agissent presque toujours à notre insu.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782130637431
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Annik Houel, Patricia Mercader et Helga Sobota Crime passionnel, crime ordinaire ?
2003
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130637431 ISBN papier : 9782130531517 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Largement méprisés et tout aussi largement "consomm és" dans diverses publications, le succès de ces faits divers passionnels s'expliquent sans doute par l'image caricaturale mais assez juste de la famille, du couple, de la hiérarchie des sexes. Ces représentations sociales sont analysées à partir de la dynamique du social et du désir inconscient relevant de la sphère privée. Les auteurs Annik Houel Annik Houel, professeur, et Patricia Mercader, maître de conférences, enseignent la psychologie sociale à l’Université Lumière-Lyon II. Helga Sobota, sociologue, dirige les Affaires culturelles de la Ville de Grenoble. Toutes trois sont membres du Centre lyonnais d’études féministes (fondé en 1976 à l’Université Lumière-Lyon II) et de l’Association nationale des études féministes (créée en 1989). Ensemble, et avec C. Guinchard, B. Lhomond et M. Bridoux, elles ont déjà publiéChronique d’une passion (L’Harmattan, 1989). Patricia Mercader Annik Houel, professeur, et Patricia Mercader, maître de conférences, enseignent la psychologie sociale à l’Université Lumière-Lyon II. Helga Sobota, sociologue, dirige les Affaires culturelles de la Ville de Grenoble. Toutes trois sont membres du Centre lyonnais d’études féministes (fondé en 1976 à l’Université Lumière-Lyon II) et de l’Association nationale des études féministes (créée en 1989). Ensemble, et avec C. Guinchard, B. Lhomond et M. Bridoux, elles ont déjà publiéChronique d’une passion (L’Harmattan, 1989). Helga Sobota Annik Houel, professeur, et Patricia Mercader, maître de conférences, enseignent la psychologie sociale à l’Université Lumière-Lyon II. Helga Sobota, sociologue, dirige les Affaires culturelles de la Ville de Grenoble. Toutes trois sont membres du Centre lyonnais d’études féministes (fondé en 1976 à l’Université Lumière-Lyon II) et de l’Association nationale des études féministes (créée en 1989). Ensemble, et avec C. Guinchard, B. Lhomond et M. Bridoux, elles ont déjà publiéChronique d’une passion (L’Harmattan, 1989).
Introduction
Table des matières
Première partie. Questions autour du fait divers passionnel
Première partie. Questions autour du fait divers passionnel Sociologie du couple d’aujourd’hui Couple normal, couple déviant Un genre littéraire Une structure de sollicitation sociale Un fantasme originaire Méthode Deuxième partie. Un phénomène littéraire et politique Chapitre 1. Le fait divers passionnel, un genre littéraire durable Du canard à la presse d’aujourd’hui L’émergence d’une notion et son contexte politique et social Chapitre 2. Une occasion pour la presse de soutenir les institutions judiciaire et policière L’enquête : un monde d’hommes Entre solennité et théâtralité : le récit du procès Troisième partie. Qu'est-ce qu'un crime passionnel Chapitre 3. Coupables et victimes Le procès en récit Logique populaire, logique juridique Des figures contrastées : actif-passif, masculin-féminin Chapitre 4. Le journaliste, les sciences humaines et le crime L’enfance et les parents des protagonistes : les explications psychologiques Riches et pauvres, Français et étrangers Quatrième partie. Représentation des rapports entre hommes et femmes Chapitre 5. Passions mortelles Je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément... … à la folie ! L’éternel jaloux Chapitre 6. L’enfer du couple Des chaînes conjugales Des coups… …au viol
L’amour, toujours ! Chapitre 7. L’esprit de famille Lorsque l’enfant paraît À la vie, à la mort Cinquième partie. Double modèle, double morale Cinquième partie. Double modèle, double morale Bibliographie
Introduction
e livre porte sur un phénomène littéraire ou du moins médiatique souvent Cméprisé mais largement lu : le fait divers, et plus précisément celui qui rapporte des crimes dits passionnels et les procès où ils sont jugés. Bien qu’il ne se voie explicitement accorder, en général, qu’une fonction annexe, le fait divers passionnel nous a semblé mériter une analyse, que nous avons choisi de mener en termes non pas linguistiques, mais psychosociologiques. Au-delà du plaisir que cette lecture suscite pour son lecteur, plaisir ambigu mais, semble-t-il, sciemment entretenu, ces textes fournissent en effet une image sans aucun doute caricaturale, mais tout à fait éclairante, des représentations sociales actuelles de la conjugalité, dans leur complexité même et à travers des exemples d’autant plus parlants qu’ils sont extrêmes. Ils sont donc très symptomatiques de ce qui apparaît comme normal ou comme déviant, valorisé ou stigmatisé, dans la vie d’un couple ou dans le développement des relations amoureuses. Mais la presse n’est pas seulement un symptôme de l’état ou de l’évolution des représentations sociales ; elle participe aussi à les construire, et constitue en ce sens un instrument, parmi d’autres évidemment, du contrôle social ; les modèles de relations qu’elle valorise ont une influence sur nos comportements et modes de vie. Nous sommes deux psychologues et une sociologue, ce qui induit que notre approche est interdisciplinaire. Au fond nous traitons de ces représentations sociales à partir de deux déterminants, qui influent tous deux sur les façons d’être et de penser de tous les sujets humains. L’un d’eux est externe, il s’agit de la dynamique du socius, les relations économiques et de pouvoir, les rôles sociaux de sexe et leur évolution, etc. ; l’autre est interne, c’est la dynamique de la pulsion et du désir inconscient. Mais tous deux sont d’autant plus puissants qu’ils agissent presque toujours à notre insu, voire à notre corps défendant. Après avoir posé le cadre de référence, théorique et méthodologique, de notre recherche, nous analyserons ces faits divers dans trois directions successives, avec un élargissement progressif du champ d’investigation. Dans une première approche, nous étudierons le fait divers passionnel dans sa dimension de genre littéraire, avec son histoire et ses conventions. Ce point de vue nous permettra de mettre en évidence deux aspects essentiels. D’une part, ces textes sont écrits afin de capter leurs lecteurs, d’une façon très affective et identificatoire, aussi peu distanciée que possible. D’autre part, ces textes voués au plaisir et à la vie privée ont en fait une dimension politique extrêmem ent importante : qu’on s’intéresse aux circonstances de leur surgissement ou aux personnages et aux scènes qu’ils présentent préférentiellement, on doit admettre que non seulement ils reprennent en écho ou en contrepoint les grands débats de la Justice, mais que de surcroît ils apportent un véritable soutien idéologique à certaines de nos grandes institutions (justice, police…). Ensuite, nous traiterons de la définition du crime dit passionnel en elle-même, telle que la presse la construit. Nous verrons que ces récits, qui s’interrogent toujours sur
le caractère compréhensible ou monstrueux de l’acte, posent comme excusable, sinon crûment légitime, de tuer un conjoint « déloyal », ou bien d’en venir à la violence sous la pression de la misère, dans la droite ligne de l’accomplissement d’un rôle social attendu, donc ; bien entendu, les attentes sociales sont différentes pour les hommes et pour les femmes. Par ailleurs, nous montrerons que les journalistes, pour expliquer les crimes dits passionnels, recourent de préférence à un raisonnement psychologique, voire psychopathologique, et laissent de côté les explications sociales (en termes d’économie, de travail…) qui seraient possibles aussi ; l’approche sociale à laquelle ils font le plus référence est celle de l’interculturalité (les étrangers et leurs coutumes, leur religion, etc.) ; ils montrent ainsi l’actualité dans les représentations sociales de ce clivage difficile à conceptualiser dans les sciences humaines, entre une vie « privée », domaine du psychologue, et une vie « publique », seule susceptible d’être analysée comme fait social. Enfin, nous porterons notre attention sur les modèles sociaux de l’amour, du couple et de la famille que ces récits de relations déviantes laissent transparaître en filigrane o ua contrario, ce qui nous conduira à conclure sur la persistance au niveau latent, dans notre société qui valorise explicitement des relations égalitaires entre hommes et femmes, d’un modèle au contraire profondément inégalitaire, articulé à une représentation fusionnelle de l’amour et de la famille, et à une « double morale » pour les hommes et les femmes.
Première partie. Questions autour du fait divers passionnel
Première partie. Questions autour du fait divers passionnel
Sociologie du couple d’aujourd’hui ù en sont aujourd’hui en France les relations entre hommes et femmes ? Autour Ode cette question circulent les idées reçues les plus contradictoires... Certains déclarent le féminisme dépassé, estimant l’égalité parfaitement atteinte aujourd’hui entre hommes et femmes, quand d’autres diagnostiquent dans notre société (et plus encore dans son modèle américain, « politiquement correct ») un état de guerre déclarée entre les sexes. Les opposants au PACS déplorent une dangereuse libération des mœurs, quand la montée des intégrismes inquiète les féministes comme retour d’une oppression, notamment sexuelle, des femmes. Les sociologues de la famille recomposée analysent de nouvelles formes de parentalité, pendant qu’un psychanalyste comme Pierre Legendre prophétise le déclin de l’Occident avec la crise de la référence paternelle[1]. Ces interprétations contradictoires sont le plus généralement affirmées par leurs défenseurs avec la plus grande véhémence, et plongent beaucoup d’entre nous dans l’incertitude, le doute. C’est que nous sommes tous engagés dans cette question, que ce soit dans nos identifications et mouvements affectifs les plus subjectifs et privés, dans nos systèmes de croyances et d’appartenances idéologiques, ou même dans nos intérêts les plus concrets et matériels comme par exemple la répartition des tâches salariées et domestiques entre hommes et femmes, le travail... Bien sûr, c’est sur le mode romantique que généralement nous vivons tout cela, mais nous n’en sommes pas moins agis par des forces sociologiques qui nous dépassent : comme l’a déjà fait remarquer Alain Girard, nous organisons de toute bonne foi nos mariages d’amour en utilisant inconsciemment les critères mêmes que nos aïeux auraient utilisés pour nous arranger un mariage de raison[2]; mais nous le vivons comme l’expression d’une fondamentale liberté subjective, tant est puissante en chacun de nous l’intériorisation de la norme sociale qui nous fait accepter la conformité comme notre intérêt privé. Si l’on entend dire couramment que le mariage est sur son déclin, l’amour monogame et le mariage d’amour restent néanmoins les modèles dominants de la rencontre amoureuse, même si un sixième des Français vivant en couple ne sont pas mariés. L’interprétation des chiffres, un divorce sur trois mariages, un sur deux dans les grandes villes, et ce qu’on appelle la monogamie sérielle, c’est-à-dire le remariage des divorcés (25 % des mariages impliquent au moins un divorcé), avec leurs conséquences, les familles recomposées, permettent d’avancer que l’idée de mariage d’amour ne se porte pas si mal. Le divorce même peut s’entendre comme le signe de la prégnance d’un idéal du mariage d’amour : on div orce parce qu’on ne s’accommode pas d’un quotidien, d’un aménagement de la passion vécu comme un échec amoureux. Phénomène qui peut être précoce, puisque si le mouvement de