Etre homme ou femme dans les organisations

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Français
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L'arrivée en masse des femmes dans l'entreprise bouleverse les pratiques managériales. Egalité, parité, complémentarité, solidarité, discrimination positive... comment manager cette composante qu'est le sexe biologique, social, culturel ? La diversité de genre serait-elle une opportunité pour les entreprises ? Peut-on lier reconnaissance, bien-être et performance ? Voici une contribution sur l'une des problématiques majeure de notre siècle : le vivre ensemble.

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Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 170
EAN13 9782296254091
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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SOMMAIRE

Préface
Thibault de Swarte.............................................................................

Introduction générale
Libertés de femme : un atout pour l’économie de la connaissance
LyvieGuéret-Talon............................................................................

Pages

11

27

I.Mises en perspective et transformations
Anthropologie de la domination masculine
DanielD69elanoë ..................................................................................
Femmes troubadours:subversion,transgression ?Quenousenseignent
les trobairitz?
G................................................................................ 89hislaine Barrou
Les« autres» Gender studies:pourune déconstructiondes pratiques
managérialesdominantes ?– «CriticalStudies onMen» et« Queer
Theories»
ChristopheFalc107oz ..............................................................................
Leadershipetgenre :regard croisé dela gestionetdela
psychanalyse
AnnieCornet et SophieCadalen........................................................ 125
Lemanagementféminin:Mytheouréalité?
Marie José Scotto, Margareta Hult etAndréBoyer........................... 149

II.L’héritage, la transmission, l’apprentissage
Apprentissage etdéveloppement identitaire dans lesactivités
professionnelles:apportset limitesd’unelecture en termesd’espacetransitionnel
etde dyademère-enfant
Jean-Claude SardasetCédricDalmasso............................................ 183

7

Lesfemmes dans les organisations: delathéorie del’apprentissage
aumodèle conceptuelGenre-Organisation-Système
Sophia Belghiti-Mahut....................................................................... 197
Lerôle centraldelamère dans l’apprentissage dela consommation:
Casdescourses ordinaires.«Home,femme, etaprès ?»
Isabelle BarthetBlandine Anteblian................................................. 215
Quandlafigure dupèrefait la différence: des élèves témoignent de
leur parcours de la ZEPà l’école de commerce
ChristianBourion et Sybil Persson.................................................... 237
«Femmes patrons, patrons de femmes et fonction paternelle »
F........................................................................................ 255lorian Sala

III. La répartition desrôlesdans les organisations
«Quelques conséquences psychologiques de la différence anatomique
entre les sexes… »
GeorgesBotet Pradeilles etDominiqueD291rillon ................................
Parité etAndrogynie :un levier de performance en management ?
LovanirinaRamboarison-Lala313o .........................................................
Lerôle desfemmesgestionnaires dans l’entreprise mondialisée:
dimensions culturelles, économiques et sociétales
Brigitte Lé339vy ......................................................................................
Femmes & métiers commerciaux:une question de genre en
négociation ?
LionelBobot ......................................................................................369
Hommes, femmes et mobilitéinternationale :préjugésetdiscriminations
dans leprocessusdesélectiondesexpatriés
OlivierMérignac................................................................................ 385

Conclusion générale
Etreunhommeou unefemmedans les organisationsaujourd’hui, etalors ?
Isabelle Barth .....................................................................................405

CollectionConceptionetdynamique des organisations ....................

8

415

PRÉFACE

PRÉFACE

A Geneviève Rendu-Sauvy,femme decœuretde courage

1
Thibault DESWARTE

Hélas! Unefemmequientreprend d’écrire
Commeune créaturesi présomptueuse estconsidérée
Quesafaute ne peutêtreparaucun mérite compensée
Ils nousdisent quenous nous tromponsdesexe etdevoie
Ecrire,oulire,oupenser,ounous instruire
Ternirait notre beauté etépuiserait notretemps
Lady WinchelseainVirginia Woolf«Une chambre àsoi».

Commençons par rappeler lepointde départdesgrandes orientationsdes
XVII° JournéesInternationalesdel’Institut Psychanalyse et Management
accueillies au printemps2009auCERAMtelles
qu’ellesavaientétéinitialementdéfinies parLyvie Guéret-Talon, Isabelle Barth, FlorianSala et
moimême.
Laplace desfemmesdansunesociété constitueunemesure duniveaude
sondéveloppementhumain,notamment selon l’accèsde celles-ciausavoir
etàl’autonomie.Au-delà d’un souciégalitairequi pourrait sembler trop
dans l’airdutemps,il s’agira d’envisager lerôle detoutes les parties
prenantesd’une humanité composée d’individualités pour lesquelles lesexe
n’est plusune donnée denaturemaisune donnée de culture.L’enjeuestde
taille àl’heureoùl’avenirdelaplanètesemble dépendre,plus quejamais
dans sonhistoire, d’une capacité collective à dépasser par la connaissance
lesdifficultés quenous posela biologietantd’un
pointdevuemicroscopiquequemacroscopique.

1
InstitutPsychanalyse & Management.InstitutTelecom

11

THIBAULT DE SWARTE

Alors que beaucoupde chercheurss’interrogent sur le «managementde
la diversiteé »nglobantdanscetermeles
originesethniques,lesappartenances sociales,lescroyances idéologiques oureligieuses,il nous
paraîtessentielde considérer lepremiercritère différenciateuret identitaire d’un
être :son sexe.Sareconnaissance-desujetetd’objet- symbolique,partagée,
assumée,instrumentalisée,parfois niéeoumimée engendre
desconséquencesdirectes sur lapérennité denotre espèce.D’un pointdevue génétique
bien sûr,maisavectoutautantd’acuité, d’un pointdevue
construitdesociété durable.
Voici sous laforme d’un inventaire àlaPrévert quelques
questionsgénérales sur lesquelles onaimerait queles participantsauxXVII°journées
s’interrogent.Quelles places pour lafemme,l’homme et plusgénéralement
le genresexueldans l’entreprise?Quellepertinence des politiquesditesde
« discrimination positive »par rapportauxréférentsd’universalisme hérités
du Siècle desLumières ?Quels impactsd’unevéritablereconnaissance de
différences liéesausexe auregard d’uneindifférenciationapparemment
égalitaire?Quellerésonance économique et sociale
durespectdesdiversités par rapportàuneidéologie dela concurrence aboutissantàune
homogénéisationvoireun simple « clonage » dans lequel l’identité de chacun n’a
pas saplace?Comment profiterdela différence des sexes pour favoriser la
créativité, l’innovation, l’expérimentation dans la production de savoirs ?
Quels terrains étudier pour observer, analyser,mesurer
lesvariablesactionnablesd’un managementdela diversitémasculin-féminin ?
Autantdequestions quijalonnent toute démarchescientifique explorant la
problématique delaproductionde connaissancesauseindes organisations
humaines où,fatalement, la diversité des individus se rencontre,
s’apprivoise, s’affronte, s’adapte ouest niée.
Sur ce registre probablement tropàlamode, celuidumanagementdela
diversité,lapsychanalysesouligneque cequi paraît nepasavoirdesens
possèdeun sensautre en obéissantàunelogique différente decelles qui sont
habituellementconsidéréeset reconnues, àsavoircelle del’inconscient.En
matière de genre etdesexe enentreprise, cetteremarquepose clairement la
problématique desXVII°JournéesInternationalesdel’IP&M.
Qui sommes-nous, eneffet:une femme,unhomme,un membre
d’ungroupe,un organe,un imaginaire del’Autre,uncode génétique,unrôlesocial,
uneinclusion,une exclusion,unerelation symbolique,unefonction ?C’est
bien sûrdans l’articulationde cesdimensions querésidentdesélémentsde
réponse.

12

Homme, femme et la question théorique de l’articulation
entrePsychanalyse etManagement (P&M)

PRÉFACE

Ainsi posée,laquestion renvoie à deuxarticulations problématiques:
l’une(homme/femme)estaucœurdela dynamiquepsychique de chacun
d’entrenous.L’autre(P&M), est unequestionderecherchenovatricesur
laquellel’IP&Mtravaille depuisbientôt20ans.
Il nousfautdonctenterde construirel’articulationHomme/Femme dans
l’articulationPsychanalyse etManagement,plutôtd’ailleurs que de
construireunetypologie des4 cas possibles quiaurait puêtre, dans lepire descas:
l’homme et lapsychanalyse,la femme et lapsychanalyse,l’homme et le
management,la femme et lemanagement.Larecherchen’auraitalors pas
beaucoupavancé.
Lapsychanalyse a beaucoupécrit sur la différence des sexes.Pourelle,la
castrationest un « roc»et la différence des sexesaussi intangible et
universellequelaprohibitiondel’incestel’était pourClaude Lévi-Strauss.Mais
cette ambitionanthropologique fait selon nousfidel’histoire,lui préférant
l’étude delamythologie grecque, cequiétaitde bon tondans la Vienne dela
finduXIX°siècle.Or,l’histoiremontreparexemplequelemondemusul-
mandudébutdudeuxièmemillénaire, àl’époquela civilisation laplus
avancée au monde, étaitd’uneincroyabletolérance.Lesfemmesaujourd’hui
contraintesdeporter la burqua apprécieront…Plus prèsdenous mais
plusieurs sièclesenarrière cependant, commelemontre danscet
ouvrageletextesur lesfemmes troubadours,rien n’est simple ducôté du rapport
homme/femmeoufemme/homme, au sens quasi mathématiquequ’a cetype de
rapportchezLacan.Peut-on pourautant jeter le bébépsychanalytique avec
l’eaudubaindela différence des sexes ?Peut-onaffirmer quelaquestionde
la castration, àsavoir
laquestiondelagénération,audoublesensde«générer unenfant »etdeséparer lesgénérations, estcaduque?Peut-on soutenir
quela différence des sexes,quiconditionne dans l’inconscient lapossibilité
delarencontre avecl’Autrepourraitêtre«abolie» ?Plusieurs textesde
l’ouvrage apportentdes réponses.
Lesilence des psychanalystes sur laquestiondu travailfaitenfin
problème,mêmesi larecherche en psychodynamique du travailde Claude Dejours
combleun manquesurcettequestion.Les théoriciensdu
managementdemeurent quantà euxbien silencieux sur laquestiondela différence des
sexes.Comment peut-onalors tenterdeposer laquestiondela différence
homme-femme du pointdevue del’articulationentrelapsychanalyse et le
management ?Essayonsde croiserdeux systèmes théoriques quifont
res

13

THIBAULT DE SWARTE

pectivementautorité dans le champdu
managementetdansceluidelapsychanalyse, àsavoir les travauxde JacquesLacanetceuxd’HenryMintzberg.

Lacan, «la femme »(l’a-fâme?)et laquestion dumanagement

Qu’est-cequ’un homme,qu’est-cequ’une femmetoutd’abord?Freud
parletrès tôtdela bisexualitépsychique del’êtrehumain, enfantd’un
homme etd’une femme.Lapsychanalyse freudienne classique assure aussi
qu’avecla castration,la différence des sexesconstituelesocle
endehorsduquel toutesocialisationet toutesexuationdemeurent inabouties ou
problématiques.Commenous l’a confiéunepsychanalyste« la différencesexuelle
et laparité entreles hommeset lesfemmes, çan’apourtant rienàvoir ».La
recherche delaparité est un outil statistiquepermettantdetendrevers un
tauxde«féminité»de 50% pour les postesdemanagement,sur lemodèle
implicite des politiquesde discrimination positive.C’est làun
objectiflouable dans uneperspective d’économie dela connaissance, commelesouligne
Lyvie Guéret-Talondanscet ouvrage.
Maisàun niveau plus théorique,l’aphorisme célèbre de Lacan, engénéral
tronqué,selon lequel «lafemmen’existepas» pose bien sûr un problème,
mêmes’il nesemble guèreou plutôt parcequ’il n’apportepasderéponse
opératoire à ceux qui souhaitent ouvrirce débatdansdes termes qui ne
soient pas trop provocateurs.Cetaphorismemérite cependant ici quelques
commentaireset un repérage deplusieurs niveauxdelecture.
Aun premier niveau, Lacan ne fait que constater une évidencehistorique.
Lesfemmes sontabsentesdesarbresgénéalogiques,sauf en tant qu’épouses
de Xoufemmesde Z.Elles obtiennent le droitdevote bien plus tardqueles
prolétaires hommes quienbénéficièrentdès quelesuffrage censitaire fut
supprimé.Commel’écritVirginia Woolf audébutduXX°siècle, êtreune
2
femme delettres semble encoreimpensable dans la bonnesociété anglaise.
Aun secondniveau,non plus historique etdiachroniquemais théorique et
synchronique,leproposde Lacan signifiequela femmen’existequ’en tant
3
que« non-homme» .Ilappelle d’ailleurs uncorollaire :l’hommen’existe

2
Cepropos semble d’ailleurs un peuexcessifsi l’on pense aux lettresde Madame de
Sévigné,publiéesenFrance dès 1734par sapetite fille.Paradoxesfranco-anglais où on
metdes reines sur letrône d’uncôté dela Manche en lerefusantdel’autremais où on
accorde de ce côté-ciauxfemmes un statut intellectuelbien plus important, comme en
témoigne aussi lerôle des salons littéraires parisiensanimés pardesfemmesdurantdeux
sièclesenviron.
3
Danscette conception,la femmenese définit quepar lanégative,négativement, elle
"[la femme]n’existepas",lapositivité deson sexen’existepas,on nepeut pas

14

PRÉFACE

que comme«non-femme».Là aussi,il s’agitd’une évidence empirique
attestéepar le fait queles organes sexuelsdes hommesetdesfemmes sont
indubitablementdifférentsetgénéralementcomplémentaires.SiLacanavait
plusaimél’explicitationet la didactique,ilauraitdelui-même ajoutéque
4
« l’hommen’existepas » plus quela femmes’ilest pris isolément .

Ilexisteun troisièmeniveaud’analyse auquelLacan nes’est pas intéressé
car ilconsidérait que c’étaitendehorsdesonchampderéflexion, celuidela
manière dont la différencehomme/femme est vécue dans les
rapportsdetravailau seindes organisations.Historiquement «la femme» s’inscrit peu
danscetype derapportsdeproduction,oùelle existesurtoutcomme
complémentdel’homme(la génitrice,la cuisinière,lereposduguerrier,…).
Maiscette extériorité apparente,quiarévoltétantde féministes, doit-elle
aussiêtrequestionnée, ce àquoi nous inviteunepost-lacanienne comme
JudithButler.On y reviendraplus loin.
Elle doitêtrequestionnée aussiau nomd’une cliniqueorganisationnelleni
plus ni moins légitimequela cliniquepsychanalytique classique.Lemonde
du managementesteffet largement ignoré des lacaniens, commesi la célèbre
trilogie Réel-Symbolique-Imaginairen’avait
rienàvoiravecletravailcréateur, commesi le désir n’était que désirendernière analysesexuelet jamais
désirde créationcollective.Freud avaitdéjàrésolu laquestion parcequ’on
peutaprès toutconsidérercommeun tourdepasse-passethéorique en
parlantdu travailcomme d’une activitésublimant lapulsion sexuelle.N’ya-t-il
pas làunesorte d’alchimietransformant miraculeusement lalibidoenbiens
ou services marchands ?Là,lemanagementet les sciences sociales peuvent
remettre encauselapsychanalyse :unesociétéoccidentale désormais
obsédéepar latraque du refoulementet quia enconséquence faitdu sexe etdela
vulgatepsychanalytiquesadoxavoiresanouvellereligion peut–elle encore

l’étiqueter (alors quel’hommeserait "àl’article delamort")etc’estcequifait
saspécificité.Leseul moyend’évitercetécueil seraitdemétaphoriser lesexe féminincomme
phallique,maisence cas un problème de cohérencesepose,les 3 ordresRéel,
Symbolique etImaginaireneserecoupent pas.Néanmoins,l’article« lajouissance dela femme»
(dansEncore, Séminaire XX)apporteunéclairageintéressant mêmes’il peutapparaître
partieldu pointdevuestrictement scientifique.Ici, Lacan semble direques’il
yaquelque chose dela femmequi résiste àlasaisiepar lelangage, c’est probablement parce
qu’ilexiste enellequelque chosequifondamentalement larelie àlamystique età
l’ineffable.Source :http://fr.wikipedia.org/wiki/Phallus
4
Saufl’Homme en tant qu’il représentel’humain,homonymiequi n’estbien sûr pas
innocente.Leproblème, c’est quetous les structuralistesécrivaientdans
lesannéescinquantesur lamortdel’Homme etdel’humanisme et que Lacan,quelamodestie
n’étouffait pas,nevoulait pasêtreun structuralisteparmid’autres.

15

THIBAULT DE SWARTE

utiliser sans précaution unethéoriepsychanalytique dela finduXIX°siècle
faisantdu refoulement sexuel son pointcardinal ?Doit-ellesuivre des
psychanalystes-notamment lacaniens- qui s’aventurent hors la
cliniquepourdénoncer uneffondrementdu symbolique et lamontée dela«
psychosesociale» (Melman,2005) ?Doit-ellesuivreles intuitions
postfreudiennesdeDeleuze etGuattariarticulantcapitalisme et schizophrénie?
Autreindice del’ignorancelacanienne du monde du management,parmi
les 360 référencesdel’index que JoëlDor (1985)consacre àsaprésentation
didactique des travauxde Lacan, aucunen’évoqueleterme de« travail ».
Toutau plus, Pierre Legendre décrit-il (1996) lemanagementcomme«
prêchant pour lepouvoir transparent,rationneletbon, chassant les ténèbres
mythologiques ».Ilajoute :« lamarchetechnologique(…)
réinventelesacrificehumain, de façondouce;elle fait régner l’harmoniepar le calcul».
L’intuitionest puissantemais risque fortdenepas rapprocher
lapsychanalyse et lemanagementenassignantà ce dernier uneplace contestable.En
d’autres termes,si nous suivonsLegendre dans sa critique dela« naïveté»
du management,nous nepensons pas pourautant quelaposture
dénonciatrice dans laquellese complaisent trop souvent les sciences humainesfacilitela
résolutiondelaquestiondel’articulationentrepsychanalyse et management.

Au total,ona doncunLacan qui semble, commetout homme, ambigu vis
àvisdesfemmes, àla fois réaliste,provocateuretbien sûrgrandprêtre
autoproclamé dela connaissance del’inconscient.Tentons maintenantde
cernercomment les théoriesdu management seposent (ou neseposent pas) la
questiondela différence des sexesdans l’organisation.

Mintzberg etla division organisationnelle du travail

Mintzberg anotammentécrit (1979) sur lastructure et la dynamique des
organisations, ainsi quesur lerôlequ’y jouelepouvoir.S’inscrivantdans la
tradition sociologique,ildistingue des mécanismesde coordinationdu
travail liésaux similitudesdes tâchesetd’autres liésàleurdifférenciation.La
relationd’autoritéparexemplereposesur la complémentarité desfonctions
au seind’uneorganisation.Letravaildes infirmièresdans un hôpital repose
aucontrairesur lasimilitude des tâches qu’elles sontaptesà accomplir sous
la directiond’un médecinet sur le fait qu’elles sonten
quelquesortesubstituables les unesauxautres.
L’organisationestdécrite commeun système de flux, cequi pourrait par
analogielarapprocherdelalibidoen tant que flux vital pour lesujet.Mais si
letravailest spécialisé, Mintzbergn’abordepas
laquestiondelaspécialisa

16

PRÉFACE

tion sexuelle des tâches, bien que celle-ciconstitueune évidence empirique.
Demême,ilal’intuitiond’une formalisationducomportementconforme
auxbutsdel’organisation mais nes’attachepas parexemple àla
formalisationdescomportements qui veut quela grandemajorité des managers soient
des hommes.Enfin, dans sa célèbretypologie des structures
organisationnelles,s’ilévoque abondamment laquestion,typiquememnt «asculine»du
« pouvoir »,iln’évoquepascelle del’influenceouducharme,vertus
réputées «féminines»et sansdoute difficilesàthéoriser.Toutau plus
« l’adhocratie»est–elleutilisée,un peucommeunconcept valisepermettant
àl’ajustement mutueldeseréaliser.
Tentons ici l’exerciceintellectuel un peu périlleuxde faire dire à
Mintzberg,théoriciencanonique du management, cequ’il n’apasditdans ses
travaux sur laplace dufémininetdu masculindans la division
organisationnelle du travail.Ilfaudraitalors tenterdepenser la findu «Fordismesexué»
présupposant sans réellement lethéoriser quel’efficacité du managementest
déterminéepar larelégationdesfemmesaux tâches pour lesquelles il
n’existepasd’enjeudepouvoir.Danscetype de divisiondu travail,les
femmes seraient vouéesà êtrestandardistes, dactylographes ou infirmières.
Ellesconnecteraientdes téléphones,transcriraient lapensée des hommes ou
les « répareraient »et làrésiderait
unesourcemajeured’efficiencymanagériale,pour reprendreleterme des manuelsdemanagement que conteste
Pierre Legendre.
Ilestbiendifficile et un peu immodeste en quelques lignesde chercherà
rapprocherLacan, Mintzberg et l’inquiétante étrangeté deleurs silences
respectifs,l’un sur lemonde du travail,qu’il méconnaît,l’autresur la division
sexuelle des tâches professionnelles,qu’il n’étudiepas.On peutcependant
remarquer que chacunde ces théoriciens s’attache àl’analyse d’une
division: divisiondu sujetclivénotammententresapolaritémasculine et
sapolarité féminine chezLacanetdivisiondu travail intra-organisationnelen vue
de canaliser larecherche du pouvoirchezMintzberg.
Aprèsce bref exposéthéoriquesur lapossibilité d’un rapport
homme/femme dans le contexte del’articulationentrepsychanalyse et
management,il nousfaut revenir vers lethème de cet ouvrage, dédié àl’économie
dela connaissance ausexe etàla diversité dans les organisations.

17

THIBAULT DE SWARTE

L’économie de la connaissance est-elle sexuée ?

On s’inscrit icidans laperspective d’uneréflexion sur l’économie dela
connaissance,qu’ilfautaussicomprendre commeune co-naissance.
L’économie dela connaissance,pourfocaliser un propos sociologique
d’AlainTouraine dans «Productiondelasociété», c’estunesociétéqui se
« produitelle-même»,librement. En touterigueur, dans unetellesociété,les
rôles sexuels nesont plusassignés mais «choisis», commelesuggère Judith
Butler.L’identitésexuelle elle-même devient
unequestiondesociété(homoparentalité,mariage gay,…).Cettesociétépostmodernese développe
dans uncontexteparfoisangoissantde«crépuscule des idoles»,
de«désenchantementdu monde» ou,pour reprendreleproposdu même Touraine
d’«d’effondrementdesgarants métasociauxdel’ordresocial ».Enfait,la
question principaleposée au sujet redevientcelle dela Renaissance
le«connais-toi toi-même» socratiqueou le«bonheurd’êtresoi »de Michel
de Montaigne.Paradoxe :plus nous pouvons nousco-naître,moins nous
semblons nousconnaître et nous reconnaîtreles uns
lesautres.Maiscommençons par permuter,père-muter voire« mère-mutelr »es termesdela
question posée :l’économie dela connaissance est-ellesexuée?

La connaissance del’économie est sexuée

Sur 18lauréats ouco-lauréatsdu prixNobeldepuis 2000, aucun n’est une
femme.AucunNobelattribué depuis40ans netraite delaquestiondela
contributiondesfemmesaudéveloppementéconomique.Fidèle à Adam
Smith,lapensée économiques’attache àlarichesse des nations pasàleur
pauvreténiàleurface cachée, àl’exceptionduNobelde1998 attribué
exceptionnellementàun indienAmartya Sen.Lesfemmes seraient-ellesencore
plus mal loties queles pauvres ?Historiquement, Quesnay, Smith, Ricardo,
Marx, Walras, KeynesetFriedman sontdes hommes mêmesiKeynesétait
bisexuel, cequi nesemblepasenavoirfait une femmepourautant.Ce
dernier s’amusaitd’ailleursd’un paradoxe économiqueselon lequel
s’ilépousait sa femme deménage,ilferaitdiminuer le PIB britannique car son travail
domestique cesseraitalorsd’être considéré commeune activitémarchande
identifiablepar la comptabiliténationale.Ilest vrai que Keynesétait un
proche dugroupe de Bloomsburyetde Virginia Woolf,probablement
lapremière et laplusgrande femme delettresanglaise duXX°siècle.Si la
connaissance del’économie est sexuée,qu’enest-ildel’économie dela
connaissance?

18

PRÉFACE

Une économie de la connaissancepilotéepar les technologiesde
la communication

L’économie dela connaissance estdéfinieparDominique Foray(2000)
comme dominéepar les progrèsdela codificationdel’information liésaux
technologiesdela communication (TIC).Ces progrès permettent une
diffusion sans précédentdela connaissance.Forayajouteque ces
progrèsnécessitenten parallèleunapprentissage etdescapacitéscognitives nouvelles.
Riendepsychanalytiqueici,toutau plus,uneréférence àlapsychologie
cognitive, d’ailleurs trèsappréciée des informaticienséclairés.Forayajoute
(2009) quel’économie dela connaissancenevapas sans problème.Les
connaissances sontdes "produits"caractérisés par l’absence derivalité(le
fait qu’unepersonnesupplémentairesacheliren’est une gênepour personne,
contrairementàunepersonnesupplémentaire dans laqueue devant lasalle
de cinéma).Or,larivalité et la concurrencesontau principe des principaux
paradigmeséconomiquesde Smithà Friedman inclus, Keynesétant
l’exceptionavecson modèlemacroéconomiqueoù l’Etatestd’essence
coopérative.Or,lesTIC,undes secteurs les plusdynamiquesdenoséconomies,
reposent sur lamise en relationet la coopération,vertusdites «féminines»
plutôt quesur la compétition.

Des technologiesdela communication dugenre neutre ?

Commelemontrel’histoire des systèmes techniquesde Bertrand Gille,le
paradigme des technologiesest historiquement viril.Toutcommence avecle
silex ou le gourdin,puis l’arquebusepour setermineravecla forteresse dela
dissuasion nucléaire,mêmesi ironiquement,le groupenucléaire–civilau
demeurant –Areva estdirigépar une femme.L’exceptionfémininesemble
iciconfirmer larèglemasculine.Dans le champdes technologiesciviles,la
mine autrefois,l’usinejusqu’en 1914,lamaintenance du
réseauInternetaujourd’huisontdes lieux où letauxde féminité est trèsfaible.Une des
questions posées par leprésent ouvrage,suivantencelal’hypothèse fondatrice de
Freudsur la bisexualitépsychique, estdesavoir quelle est lapart inavouée
de féminitéque cacheun teldébordementapparentdevirilité.
Donnons icideuxaxesderecherche :
1.Si l’universdu système d’offretechnologique est masculin, alors le
mode destructurationdela dynamiquepulsionnelleyestalors
nécessairemehomnt «o-sexué».Il s’agitbien sûrd’un modesublimé, commel’a
montré Eugène Enriquezdans ses travaux sur l’armée.La«féminité»est
dansce contextetotalementextérieure au modèle.On pourrait parlerde

19

THIBAULT DE SWARTE

complémentaritésexuée à distance,quasi-inconsciente, en toutcas non
consciente.Il n’yauraitdoncpas làmatière à distinguer un sexe extérieur
et ungenreintérieur,pour reprendreles termesdeButler puisquesexe et
genre convergent « naturellement ».
2.Leschoses semblent pluscomplexesducôté des utilisateursdes
technologies,souventdesfemmes.AprèsMai 68,«Moulinex libèrela
femme»en mêmetemps quela féministe Hélène Cixousaffirme« qu’il y
atoujours plusd’une cocotte dans un papanié».Certes,un slogan
publicitaireou une formule brillantesuggèreplus qu’il ne démontre.Roland
Barthesdal’ns «empire des signeous »Baudrillard dasystns son «ème des
objets »avaient perçu lavaleurdes signes publicitairesencequ’ils nous
révèlentdes systèmesdesignifications inconscientsdans lesquels nous
sommes immergés.Technologievirils «es »doncmaisàusage et/ouà
symbolique féminine, àl’instardela«déesse»desannées 60conçuepar
des ingénieursde Citroën pour une clientèle bourgeoiseouMadame avait
son motà dire.Même chosepourFacebookaujourd’hui où les jeunes
femmesfilmentbébé àqui mieux mieux plutôt que d’en parlerau square
commeleurs mères jadis.

Formulons l’hypothèsequeles technologiesde communication,pointes
avancéesdel’économie dela connaissance,sontdonc du «genre» neutre.
Laquestiondevientalorscomment s’articulentdu masculin, dufémininet
du neutrepour trianguler un système de communicationdans lequel les
positions masculinesetféminines nesont pasfigéesapriori.
Illustrons.Le développementexponentieldu mail rendla communication
d’entrepriserelativementasexuée dans lamesureoù l’identitésexuelle de
l’auteur nesemanifestequepar son nom, éventuellement par la grammaire
utilisée et les règlesd’accordquien sont la conséquence.Inversement, dans
uneréunion traditionnelle,l’identitésexuelle de chacunest
parfaitementattribuable,visible.On peutdonc admettrequelaneutralité de genre des
technologiesdel’information participe d’un mouvementgénérald’atténuation
du rôlesociologique dela différencesexuelle dans les organisations.
L’économie dela connaissanceseraitainsia-sexuée.Pour l’exprimerde
manièrepositive àpartirdu triptyquelacanienRSI, cette économie
affaiblirait la dimension symbolique(S)dela différence des sexes, favoriserait
l’expressionR du réel (i.e.del’inconscient pour les lacaniens)et ouvrirait
uneporte àl’imaginaire I etaudésird’undialogue entreles sexes.Sice
point parle aux psychanalystes,il risque
delaisserdemarbreleséconomistes.Adressons-nousdonc à eux.

20

De l’économie demarché àl’économie dela co-naissance

PRÉFACE

L’économie demarché apour objectifprincipaldepermettrela
confrontationdes offresetdesdemandesde bienset services sur un marchéleplus
souvent régulé.Il s’agitdeproduire deséléments
homogènesetdesélectionner parmi sesélémentsceuxdont lerapport qualitéprixest lemeilleur.
D’un pointdevue d’économie d’entreprise, cemodèle del’économie de
marché alongtempsété dérivé du modèlemilitaire.IBM dans lesannées70
parexemple,imposaitun organigrammestrict,un quasi uniforme à
descadresessentiellementwhite, anglo-saxon, andprotestant,àlarigueur
irlandais.Commel’indique MaxPagès (1998), cetype destructurese caractérise
par l’emprisequ’elle exercesur ses membres.Laquestiondelanorme etdu
5
codeyestcentrale.Danscesconfigurations organisationnelles,les positions
depouvoir sontaccaparées par lesdiplômés
hommesetblancsdetrèsgrandesécoles (Harvard, Yale, Oxbridge, X, ENA)audétrimentdeminori-s «
tés »: femmes,«gensde couleur », gays.Cetype d’économierefoulele
différent (audoublesensde« repousser » unennemietde« refouler »en
psychanalyse) pour produire du même.Commele disaitKetsde Vrie(1984),la
névroseyest lapathologieorganisationnelle dominante.

Dans uneperspectivemarxienne,l’économie dela connaissance està
l’économie demarché cequele capitalisme a été àl’économie féodale.Elle
socialisela connaissancetoutencherchantàidentifierdenouveaux marchés
etdenouvelles sourcesdeprofit.Lerôle desbiensdécroît, celuides services
se complexifie et se dématérialisejusqu’à brouiller le conceptdeservices.
Les marchés sontdérégulés.Il s’agitdésormaisdeproduire deséléments
hétérogènesde façonà cequel’acte d’achat «colle»àl’imaginairesingulier
duconsommateur voire àsesfantasmes.D’un pointdevue d’économie
d’entreprise,lemodèle est hétéronormé.L’organisationest leplus souvent
en réseau ouen projetset promeut lescoopérations.La diversité et
l’affirmationdesdifférencesdeviennent,paradoxalement,unenouvellenor-
me.Lanorme devient l’a-norme.Danscesconfigurations organisationnelles,
intégrer les minoritésdevient un impératif.Au refoulement
névrotiquesuc6
cèdesouvent son symétrique,lapsychose.Lamanieou laschizophrénie
deviennentdes pathologies organisationnellesfréquentes.

5
Amaintségards,lesommet stratégique desbanques semble être encore
ainsiaujourd’hui,les tradersétant parexemple à90%des hommes.
6
Parexemple :«Jevous licenciemaiscen’est pas moi qui vous licencie» pour
laschizophrénie duDRH; l’obsession maniaque du temps réeletdelaréactivitépour la
communication numérique.

21

THIBAULT DE SWARTE

Dansce contexte,une économie dela co-naissancenepeutêtrequ’une
utopie,nun «on-lieu »où s’affirmentdes valeursetdes principes
d’humanitésupérieurs.On verra ainsi s’affirmer un modèle delarencontre
entre des hommesetdesfemmescapablesde donsetde contre donset qui
neseraient pas seulementdesconcurrents ou même desélémentsd’un réseau
visantàmaximiser l’utilité collective.Laparité(de« pair » par oppositionà
« père») seraitalors un moyen mais pas une fin.

Le genre del’économie de la co-naissance est-il stable?

Lacanétaitfascinépar les « nomsdu
père».Ceuxdelamèresontétrangementabsents.Pourtant,si lepère epst «arlé» par le fils,il l’est
toutautant,parfois plus,par la fille.Demêmequelamère est parléepar la fille et,
souventàson « un-sut »,par le fils.C’est laraison pour laquelleles «
troublesdans le genre» liésàl’instabilité de celui-cidécriteparButler sont si
fascinants.Butlerdépassevoiretranscendelescatégories: biologiques tout
d’abord dans latraditionfreudiennemaisaussi lescatégories
psychologiques, demême enfin quelescatégories psychanalytiques lacaniennes.Pour
elle,« le faitde désigner par l’expressionde«différencesexuelle»
unerelationàla foisanatomique et linguistique enferme Lacandans unetautologie
(2009 p. 107).Bigre…Ellepoursuit,le faitqu’un individuaitungenrestable
relève delafiction.Notonscependant quelaprofesseure de Berkeley ne fait
làquereprendrel’hypothèse de Freudsur la bisexualitépsychique en
lasophistiquant.Eneffet pourFreud,le degré de
féminitéoudemasculinitépsychiquesemesuresur une échelle deproportionnalitéinverséeopposant le
conscientet l’inconscient.PourButler,qui serapproche encela des
postfreudiensDeleuze etGuattari,l’absence destabilité aussibiendu pôle
féminin que du pôlemasculin rend caduquelaquestiondel’identitésexuelle(au
sens juridique dela carte d’identité).

Butler pose donclaquestiondesavoircommentchacund’entrenous met
en jeu sapart masculine et sapartféminine dansdes jeux
sexuels,psychologiques,sociaux,organisationnels ou politiques.Mieux,l’idée de« part »,
métonymiquementassociée àungâteau, étant statique,ilfaudrait interpréter
lapropositionde Butlerdans uneperspective dynamiqueoù l’opposition
masculinféminin qui structure chacund’entrenous nousdéstructureou nous
restructure enfonctiondes situationsde communicationdans lesquelles nous
sommes placés.Inversement si l’on s’attache àla complémentarité entre
masculinetféminin, complémentaritéqui relevait traditionnellementdela

22

PRÉFACE

sphère du privé,laquestiondesavoircomment s’exprime cette
complémentarité en situation professionnelle dans une économie dela co-naissance
devientalorsdu plusgrandintérêt, commelesoulignent plusieurs textesde cet
ouvrage.

Cettepréface a cherché àréfléchirdemanièreplutôt théorique aux
rapportsentrel’économie dela connaissance et la différence des sexes.Certes
Einsteindisait que« lathéorie, c’est quandon sait toutet querien ne
fonctionne».Mais laissons lelecteur juge…Celivrepose d’unepart laquestion
managériale dela différencesexuelle au travail.Il pose d’autrepart
laquestiondu travail inconscientdela différencesexuelle dans le champ
psychanalytique.Deux questionsdominent: dans quellemesurelesexe devient-il une
variablemanagérialeou organisationnelle?Laréponse est ici positive,les
textesapportantchacun leuréclairagesur lamesure du phénomène.
Deuxièmequestion:l’économie,lemanagementet l’organisation sont-ils
des variables sexuées ?Leterrain, denaturepsychanalytique, est plus
périlleux.Là aussi,lelecteur jugerapar lui même,quitte à fairesienne
l’injonctiongidienne à Nathanaëlde« jetercelivre»après l’avoir lu.

23

INTRODUCTION
GENERALE

LIBERTES DE FEMME:
UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

Avant-propos

1
LyvieGUERET-TALON

Hommes, femmeset… l’entreprise. J’aborde ce thème sans volonté
d’exclusion des uns ni désir de valoriser les autres. Je pose les armes de toute
rébellion ou revendication. L’égalité est atteinte, soit. Alors parlons de
différence, de fertilisation croisée, de diversité et de la vraie vie bouillonnante au
sein des organisations qui créent nos richesses. Envisageons l’avenir d’une
production de connaissance prenant en compte toutes les composantes de sa
ressource humaine, pour ce qu’elle est : entière, multiple, collective,
solitaire,sexuée, culturelle,opposable.Partons de l’idée que l’humain reste la
première matière valorisable d’une firme: non copiable à titre individuel,
dans ses réseaux et dans ses liens, il devient le point crucial dans toute
stratégie et samise en œuvre.
Parler de la problématique hommes/femmes dans l’entreprise n’est pas
chose aisée et lesujet peutêtre abordé de nombreuses façons. J’ai
simplement souhaité présenter un regard personnel sur la place et le rôle des
femmes tels quejepeux les voirévolueràtravers mes 25 ans d’observation. Mes
amis, mes collègues, mes étudiants et mes clients (chefs d’entreprise comme
employés) m’offrent un terrain privilégié pour étudier les changements qui
s’accélèrent dans leur répartition des tâches, comme dans la courbe de leurs
ambitions, doutes, espoirs ou peurs.
Dans ce chapitre,jeprendrai la situation des femmes, avant tout parce
que la chance d’un renouveau peut indéniablement venir de la dimension
féminine dans la vision du monde socio-économique et des effets
systémi

1
Professeure en Management Stratégique,CERAM Sophia Antipolis –France,
lyvie.gueret-talon@ceram.fr

27

LYVIEGUÉRET-TALON

ques qu’on peutenattendre.J’avais un moment pensé explorer lepointde
vue des hommesface àl’arrivéemassive de femmes
surqualifiées,surmotivéeseten quête denouvellesexplorations professionnelles.Maiscejeu
m’aurait placée dans uneposition plusdélicate, bien que fortexcitante.
Alors,jevous propose demesuivresuruncheminderéflexion, entre
théorie et sensation, àlalisière des sciences humaines.Messieurs,mesdames
etautres, accompagnez-moietnerestez pasindifférentsàla différencequi
nousanime.

L’économie de la connaissance abienbesoind’elles

Que serais-jesanstoi qui vinsàmarencontre?
Aragon

Parlerd’économie dela connaissancepeut paraître banal:toute
économie atoujours trouvésesfondementsdans l’évolutiondesconnaissances
d’une époque,qu’elles soient scientifiques,techniques ou sociales.La
Mo2
dernitétoutentière estd’ailleurs qualifiéepar leterme de Progrèsous-s qui
tendleprincipe d’undéveloppement progressifselon uncerclevertueux
intégrant troisétapes:un progrès scientifiquetoutd’abord,suivi par un
progrès technique, aboutissantàson tourau progrès social.Notons queles
historiensfontcommencer la Modernité en l’année1492, date dela découverte
del’Amérique :non pour l’impactde ce futurcontinent sur lemonde,mais
parceque cette explorationconstitueleprojet idéaldel’entrepriseissue de
cette acceptionduProgrès qui vaperdurer jusque dans lesannées 1950.
Imaginez unentrepreneurambitieux proposantauxfinanciersdu momentde
miser sur son projet qui nepeut
queréussir.Partiravecunbateauaffrétéselon les technologies les plus sophistiquées (sextant…), en respectant les
nouvellesdécouvertes scientifiques (la Terre est ronde !)et qui promet
d’augmenter les richessesen or (le commerce
desépices,soieries,porcelaines,pierres précieuses).Il nes’agit que deraconter lasuccess storyd’une
start-upmanagéepar un visionnairequicroitauProgrèset levend àses
investisseurs, en imaginant uneseuleissue àsonentreprise :laone bestway
baséesur les trois ingrédients modernes quenous venonsde citer.Cela
aboutira àla fabuleusehistoire duMarché Mondial.

2
ArendtH.,1972,La crise dela culture, Gallimard–voirchapitre Le conceptd’histoire :
«naissance del’époquemoderne auxvièmesiècle(…) les motsclésde développementet
deprogrès».

28

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

Laquestion peutalors seposerdelapertinence d’unetelle
attentionportée aujourd’hui surunesociété dela connaissance, alors quelesauteurs
par34
lent volontiersdesociété du savoir société de consommation,ouencore de
5
société des loisirs .
L’idée d’une économie dela connaissanceimpliqueraitdoncun nouveau
regard.J’aimeraisen proposer unconcernant lerôle et laplace desfemmes
dans unesociétéqui semblenepluscroire auProgrès tel que défini plus
6
haut.Lesauteursannoncent unesociétépost-moderne encesens quela
croyance absolue en unescienceunique, bonnepour l’homme et porteuse
des satisfactionsdetous nosbesoinsetdésirsestébranlée.Le concept même
duProgrèsest misàmal.Aquoibon toutescesdécouvertes scientifiques si
elles mettent notrevie endanger ?Que faire de cesextraordinaires
innovations quotidiennes si le futur, déjàincertain,seprésente comme
catastrophique?L’homme a aujourd’huiun pouvoirabsolu:il peutcréer
lavie,transformer levivant ou totalement le détruire.Nous vivons un moment unique
dans l’Histoire del’humanité :l’anéantissementdelaplanètepeutdépendre
7
denous .
8
Lepérilest tangible et les scientifiques lettrés sontenémoi:lesenjeux
de connaissances ne constituent plus une agilitéintellectuellepromise àune
9
sciencequicherche àsejustifier par
uneréfutabiliténarcissique.Unenou10
vellescienceseprofile ,se dotantd’une dimension responsablepour son

3
DruckerP.,1989,Lesnouvelles réalités– del’État providence àlasociété dusavoir,
InterEditions
4
KotlerP,1972, A generic concept of Marketing,Journal ofMarketing,vol 36
5
RochefortR.,1997,Le consommateur–étudesCREDOC, Odile Jacob
6
Lyotard JF.,1979,La condition post-moderne :rapportausavoir, Editionsde Minuit
7
Neparlons pas icides polémiques sur le climat,pensons
simplementàlapuissancenucléairequi,loind’êtrerestéethéorique, estemployéeiciet làpourbienen tester
l’efficacité, et quicontinue d’êtreproduite etaméliorée dans sesformesbalistiquesau
cas où… où ondécideraiteffectivementdel’employer une bonne fois pour toutes!
8
Pourfaireréférence au «dangerdescientifiques illettrés»dénoncéparBatesonW.,
repris parBatesonG., FromOnesocialScientist toanother,inAmericanScientist,1946
9
C’estétrange, cettevolonté d’affirmerdes réponsesdéfinitives, frôlant l’arrogance et
l’intransigeance, alors mêmequela définitiondelascience(par oppositionàl’idéologie)
contient la contrainte de faillibilité.Lesavoiràl’instant (t)étant remisencausepour
produireunautresavoir plus précis,plusfin,quidonnera à(t+1) les portes pour unautre
savoir.PopperK.,1973,lalogique dela découvertescientifique, Payot ;KhunTS.,
1983,Lastructure des révolutions scientifiques, Flammarion
10
Progogine I.etStengersI,1979,Lanouvelle alliance :métamorphose delascience,
Gallimard.

29

LYVIEGUÉRET-TALON

11
environnementglobal,orientéevers leplaisirdelavie ,et
prenantencompte cettemerveilleuse complexitéquel’on peutappréhenderautrement qu’en
latronçonnantafind’enétudierchaquemorceau ;cequiconduit
irrémédia12
blementà démanteleret tuer l’objetétudié.
C’est peut-êtrepourcelaquel’arrivée desfemmes pourraitapporterune
composanteintéressante,innovante et précieuse.N’est-cepasà elles
querevient lerôle de garantdelaracehumaine?La guerre,lesexe,lepouvoir
sontdesactivités importantes pour l’évolutiondelasociété, etelles
seretrouventdans lasociétéscientifiqueoùces règlesdujeuontétéimprimées
d’emblée, commeseul modèlepossible d’existence etderégulation.Maisce
sontdesactivités potentiellement masculines,issuesdu modèlemajeurde
nos sociétés occidentales, et presque entièrement tournées vers une
domina13
tion .Dominationdel’autre, desautres, detout l’environnement oùaucun
endroit nepourrarester vierge,libre,nonétudiéouconvoité.Et si laplanète
est trop petite, fonçonsdans vos vaisseaux interstellaires pourallerencore
dominercetailleurs quiforcément nepourraqueselaisserdominer par notre
entendement humanoïde.Nous vivonsdans unelogique detoujours plusde
domination, commesi notresalutétaitexclusif etexcluant.Nous pensons
prioritairementàmontrer notre forcesur unéchiquier toujoursagrandi,mais
où règnelaloidugagnant sur leperdant.Les œuvresde Science Fiction
nous montrentenavant-premièreles prochainesétapesde cette domination
moderndee :s machines programmablesen tous points (l’horreur venant
14
alorsd’unepossibleperte demaîtrisesurelles ), des humainsencadrés pour
leurbien (bonheur programmé bien sûr),unenatureinexistante(pourquoi
s’embarrasserdetrucsaléatoires oufantaisistes qu’on nemaîtriserait pas
toujours),la conservationétiquetée etétudiée dequelquesfossilesdes temps
anciens, exotiquesetforcément témoinsde civilisations inférieures (dans
unevisiongénérale deprogrès temporel,hierétaitforcément moinsbien
qu’aujourd’hui)…Toutcelanousenglue dans une
conceptiondemondepar

11
LadzunskiM. “Alors, bien sûr, en tant quescientifiquejenepeuxm’opposer à toutes
les expériences possibles.Maisen tant qu’individu,jepeuxintégrer le doutequientoure
ces mêmesexpériences touchantàla génétique.Lesdécouvertes scientifiques sontune
chose,l’utilisation faite par les hommes en estune autre.Ce n’est pas la science qui peut
être éthique, cesontbien leshommes quidoiventêtre éduqués. »Conférence Science et
Éthique, Mai 2008-Sophia Antipolis
12
Le Moigne, JL.,1990,Lamodélisationdes systèmescomplexes, Dunod
13
BourdieuP.,1998, La domination masculine, Seuil
14
AsimovI.,1950,I Robot, Gnome Press

30

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

fait,parfaitessentiellement pour un regardmasculin/masculin:maîtriser,
15
programmer, décider, dominer .
16
Lesfemmes nepeuventadhérercomplètementà cettevision,tout
simplement parcequ’elles viventavecplusd’acuitél’impossibilité d’unetotale
dominationdel’environnement.Peuvent-elles maîtriser le cycle deleur
intimité?Laréalité des impératifs naturelsetdes rythmesbiologiques
s’impose à elles,leurdonnant l’humilité et la force d’accepter
l’indisponibilité,l’apparenteimpuissance,l’inconfortdenepas
seposséder… pour le biencommun,pour lasurvie del’espèce.Elles représentent
peut-êtreun suprêmerempartànotre DéveloppementDurable.
Jevoudraisdirequemon propos neserangerapasdans leregistre
«guerre des sexes » queje considère commeinutile et stérile(au mieux)et
meurtrieret stupide(au pire).Mes réflexions m’engagentà aller plus loin
que cettevisionétroite etarchaïquequi nerépond désormaisaucunement
auxenjeuxactuelsdelaplanète.
17
Dans un texteprécédent jem’étaisexpliquéesur l’opportunité de faire
cohabiter non pasdes sexes prétendus opposés
maisdesgenrescomplémentairesetdésireuxd’unavenircommunet partagé.J’avais insistésur
laresponsabilité desfemmes qui laissentfaire dans «cette lâcheté desfemmes
(qui) s’explique par leurconditiondesemi-esclavagequia durési
long18
temps».
Letitre de ce chapitre annoncele combatengagé : la liberté.Non pas
unerébelliondes unesaudétrimentdes uns,mais
unaffranchissementaffirmé et unevolontépersonnellepour pouvoir jouer son rôlepleinementet
sereinement.Ceseralesujetdemon premier point.Cetteliberté engendretrois
conséquences principales:1) lareconnaissance du rôle féminindans
lasociété d’économie demarchéquidemandeunaffinementdesapproches
sociétales ; 2) l’acceptation par lesfemmesde cerôle àincarner ; 3) laliberté
de choisircerôle dans un registreoù pendantdes sièclesd’autres rôles ont
prévalu.
L’apportdesfemmesdans l’économie dela connaissancen’estdonc en
rien unerevendication,maisune opportunité de diversitépour nepasaller

15
Certainsdiront que biendes hommes n’adhèrent pasà ces principesd’action.Mais,ne
dit-on pasalors qu’ils nesont pasde« vrais hommes »endoutantdeleur virilité?
16
Lesauteuresdescience fictionécriventessentiellementdans les mouvementsd’Heroic
Fantasy,pour imaginerdes mondes magiques prêtsàré-enchanter lemonde.
17
Guéret-TalonL.,2006, Sarinagara,inPérennité autravail,âge,bouleversementet
performance,sous la directionde Sala F.etGuéret-TalonL., EditionsLiaisonsSociales
18
Lessing D. (PrixNobelde Littérature),Le carnetd’or,1962,nouvellepréface1971,
AlbinMichel pour unetraductionfrançaise.

31

LYVIEGUÉRET-TALON

versunesociété au modèletotalement unisexué(toujours lepouvoirde
domination masculin) ouaucontrairetotalementasexué(homme,
femme,même combat).Ceseralethème
demondeuxièmepoint.Cetteopportunitérépond àtrois impératifs:1)de façongénéraletoutbiosystème demande dela
diversitépour sasurvie; 2) l’obtentionde cette diversitéimplique denese
priverd’aucunepartieprenante delasociété.Lesfemmes ontétélongtemps
horscourse,intégrées marginalement pourêtreimmédiatement réputées
remarquableset misesen valeur ; 3)cette diversiténe doit pas sesubir ouêtre
issue d’un simple constatd’existence,maisdevenir unchoix volontairement
stratégique.
Pour que cette diversité efficace, fluide, adaptative et pro-activese
développe, encore faut-il prendre conscience etdonner laplace belle audéfi de la
différence.Levéritable enjeuestbien là :vivreréellement la différence
pour nepas tomberdans l’indifférence, etceseralesujetdemon troisième
point.Il s’agitbiend’undéfi, celuidel’altérité, del’étrangeté del’autre, du
semblablereconnu parcequi lerendidentique et nousattire, etapprécié
dans sapart inconnuequi nous retient ou nous rejette.Ce défi imposetrois
facteursdesuccès:1) laliberté dela différence, de cette différenceque
chacun se construitetdoitensuite assumer ; 2) unevolonté de favoriser
l’éclosiondesesdifférences tantde cultureque de comporteme3)nt ;
l’ébauche d’une écologie dela différencepour préserver la diversitévitale
dans unelogique delibertéindividuelle en résonnance del’intérêtcollectif.
Enconclusion,nous montreronsalors quelasociétépeut s’orienter vers
une Economie dela Connaissance en prenantla chance auféminin.Il ne
s’agitenaucuncasde faire appelàun pointdevue éthiqueou moral,nià
unerevendication quelconque d’égalitéoud’équité,ni même àuncomptage
dequotasetautresbaliverneschiffrables mais inopérantesdans
unerecherchequalitative desens.Lapartféminine du problème, c’estenfait lapart
féminine du questionnementenamont quicorrespond àun
véritableprérequis pour répondre auxenjeuxàvenir.Chaquepartieprenante del’effort
de civilisationdoit jouer son rôle, avecsesatouts,sesdoutes,ses solutions
partielles,sa créativité,ses rêves,ses peurs,sesforceset sesfaiblesses.
Comment laisserde côtéune« minorité» qui représenteplusde 50%de
l’humanité?Comment nepas l’inciteràprendreses libertésau sérieux pour
contribueràl’extraordinaire défi qui nousattend :le développementdurable
delaplanète?Comment nepasconcevoir l’importance denotreregard
féminin sur toutcequienvironnenotre existence au quotidien ?
Homme, femme et après ?La différencenes’arrêtepas là.La couleur,
l’ethnie,lareligion,lescaractéristiques personnelles,le goûtdes lettres,
l’amourdes saveurs sucrées,lesavoir-faire d’artisan…autantd’atoutsdont

32

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

ilfaut tenircomptepour réussir la diversité dans notresociété.Et si
lepre19
mier pas venaitdel’intérieurde chacund’entrenous:la fierté d’être ce
quenous sommeset l’humilité den’êtreque cela?La certitude desavoir
beaucoupde choseset la générosité devouloir les offriret les partager,non
pour imposer mais pourco-construireune soutenableéconomie de la
connaissance?

Point 1– Logique deliberté =le combatà éviter

1-

Mais qu’ya-t-ilhorsdudialogue?Laviolence.
MarcelConche

Pour quelesfemmesjouentun rôlereconnu
d’économie demarché

dans lasociété

«C’est une fille !»Cettephraselancée au milieudescrisdu nouveau-né
devient uneinformationfortement signifiante.Elle entraînetouteunesérie
d’images,stéréotypes,préjugés, espoirsetdéceptions.Un
peucommelorsqu’ondit «Il pleut!»Inutile deregarder par la fenêtrepour imaginer les
gouttesdepluietomberet laisser son imaginationcourirdans l’herbe arrosée
ou lesdallesduchemindélavé.Unepetitephrasequi trie, étiquette,
discrimine de faitet qui impliquetouteuneliste de conséquences prévisibles.
L’autrephrasepossible«C’est ungarçon!»aurales
mêmeseffetsdere20
dondance culturelle et sociale.
Cette constatation indiquequ’une différence desexe existe,indéniable,
et qu’ellerelève d’une appréciation scientifiquement neutre :nous sommes
desanimaux possédant l’undesdeux sexes nécessairesànotreprocréation
bisexuée.Depuisaussi longtemps queles vestiges nous lerelatent, cette
distinctionde fonction sexuéeva engendrer uneséparationdes rôlesetdes
comportements.Comment unbébé d’homme aurait-il pu survivre dans sa
longue fragilitési lesfemmes nes’étaient pas occupéesdelui ?Si toutes
leursattentions n’étaient pasfocalisées surcepetitêtreinsignifiantet
incapable dese débrouillercommepeuvent le fairerapidement tous lesanimaux
qui l’entourent ?Commentalors latribuauxfemellesainsi
occupéespouvait-ellevivresi les hommesn’avaient pascouru lasavanepour subvenir
aux principauxbesoins matériels ?

19
Chaize J.,1992,Laporte duchangement s’ouvre del’intérieur,
ÉditionsCalmannLevy
20
Fouque A.,2004,Ilya deuxsexes, Gallimard

33

LYVIEGUÉRET-TALON

Repartird’aussiloindans l’histoiren’est pas inutile.Queles tâchesaient
étéspécialiséeset que chaquesexe amélioreses savoir-faire aucoursdes
millénaires s’avèreunconstatd’évidence.
Une découverteva changer la donne :lapilule.Jemettrai
personnellement le curseur indiquant le débutdelapost-modernité àla date de
cetterévolution.Il nes’agit pas simplementdelapossibilité d’arrêterchimiquement
l’ovulationd’une femme, actepersonneletaujourd’huiconsidéré comme
anodin.Cetacte entraîneuneobsolescence denosgrillesdelecture
construitesdepuis l’origine.Troisétapes vont sesuivre :libérationcorporelle des
femmes,libérationdel’adoptiond’enfantet libérationdeprocréation.
Jepartiraidans une chronologie de cesconséquencesàrebrousse-temps
pour mettrel’accent sur lalibérationcorporellequiest lepoint leplus
remarquablepour mon propos.
-Lalibérationdelaprocréationestdésormaisacquise.Déjà certains
pays ont légiférépour que des mères porteuses puissent procréer
tranquillement.Et puis il yalesbanquesdespermepermettantà certainesde faire des
bébés « toutes seules», et puis lesbanquesd’ovules pour que chacunait le
plaisirde commander sonenfantcommeunbanal produit manufacturable.
Ainsi,il yatoutes lescombinaisons possibles quela génétique et
lamédecinevont permettrepar ventres ouéprouvettes intermédiaires.La créature de
Frankenstein pourraitbien serencontrerdemainaucoindelarue…
(Espérons quesescréateursauront luavantMaryShelleyet serappelleront que ce
donta besoin un nouvelêtre-d’espècemammifère- pour survivre, c’estde
l’Amour lorsdela conception).Lesfemmes peuventdonc envisager leur
légitimitéhorsdelaprocréation rendueréalisableparailleurs.Cettelibération,
qui nesouffre aujourd’hui plusaucuneremarque denaturemorale,suit une
autrelibération quiamisàmal laséparationdes sexeset leurs rôles.
-Lalibérationdel’adoptionenvisage eneffet quetoutepersonne,
seule, encouple,hétérosexuelleou homosexuelle,puisseprendreunenfantà
sa charge,l’élever,l’aimeretenfaireunadulteintégré dans lasociété.Le
brouillage des rôles sexuelsestadvenu.Désormais toutest possible :les
hommes vontbiberonner sanscomplexe et lesfemmes vont s’occuper
sérieusementdes questionsdela Cité, allantducommerce àlapolitique.La
responsabilité delasurveillance dubébé étantdéléguée,voire abandonnée,
lesfemmes vont regarder leur investissement personneldans
leschosespubliquesautrement.Non qu’elles s’endésintéressaient totalementautrefois,
mais leurs occupations premièresétaientd’ordrematérieldans lalignée de
cequ’avaientfaitavantelles leurs mèreset les mèresdeleurs mères:
concevoiretgarantir lasurvie delaprogéniture enbas-âge.Ce changement n’est

34

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

quelasuitelogique d’une grandelibération quidonne
auxfemmesdésormaisuneidentité autreque génitrice-protectrice.
-Lalibérationcorporelle.Et lesfemmes purent penserà autre chose
qu’àl’aléa d’une grossessesans pourautant renonceràlasexualité.Elles
peuventdésormaisconsidéreravoir laliberté deleurcorps toutautant que
les hommes.Cette donnéevapermettre de faire desprojetsd’éducation,
d’étudesetdemétiers.Déjà abordépar obligation pendant lesdernières
21
guerres mondiales,lemonde du travail industriel s’ouvre auxfemmes.Et
depuis, aucune carrièreneleurest interdite,ni les travaux réputésdangereux
ni même denuit.Sans parlerdel’autonomie financièrequ’elles obtiennent,
le fait majeur restelapossibilité des’imaginer un rôle dans l’économie de
marché.
L’époque estformidable :la frontière entreles sexeschange de fonction.
Ellenesépareplus pourcantonnerdansdesactivités spécifiques ;elleva
pouvoircombinercesactivités,leséchanger,voirelesfaire évoluer.Ellene
seraplus une frontière étanche,un murde démarcation quel’onfranchità
ses risqueset périls.Ellepourraitdevenir unfacteurderenouveau, de
créativité etdetolérance.
Quesignifie alors parlerdesfemmesdansce contexte?Toutes
lesétudes sur l’intégrationdesfemmesdans une diversité de Ressource Humaine
disentclairementdequoi lemondesocio-économiqueseprive.Jeneme
rangerai pasdel’avisd’une demande d’égalité de chances pour
«faireplai22
sir » ou «fairel’aumône»auxfemmes,maisbiendeprofiterdeleur vision
23
particulière des problèmes .L’entreprise et l’Etat setrouventbien souvent,
aujourd’hui, face à des impasses stratégiques: à force de fairetoujours la

21
Les hommesétantaufront,lesfemmesfurentemployéesdans les usines,se coupèrent
lescheveux,mirentdes pantalonsdetravailet semirentà
fumer.L’émancipationcommença alors,lesfemmesdécouvrant lescontraintes maisaussi les libertés offertes par le
monde du travailextérieuret rémunéré.
22
«Nenous trompons pas,l’enjeuestdetaille :il s’agitni plus ni moinsd’égalité etde
fraternité», KoopC. 2007, DRH dugroupe Accoretencharge dela Diversitépour le
MEDEF,préface del’ouvrage collectifLemanagementdela diversité –
enjeux,fondementset pratiques,sous la directionde BarthI.etFalcozC, L’Harmattan.
CornetA.etRondeauxG.,1998, Les programmesde gestiondela diversité :l’idéologie
dela différence enGRH.Uneopportunitépour lesfemmes ?Actes 9éme Congrèsde
l’AGRH,tome1.
23
Voir lesétudeset rapports récents sur lelienentreperformance etdiversité de genre
dans l’entreprise.Ex: KochanT.& alii,2003, The effects of diversityonbusiness
performance :report of diversity research network,HumanResource Management,vol42,
N°1.
SchwartzF.,1992, Womenasa business imperative,Harvard BusinessReview,vol
March-April.

35

LYVIEGUÉRET-TALON

même chose, etencoreplusdelamême chose,les possibles s’en trouvent
restreints. Aforce denepenser quepar rapportàun modèle
dominant(toujours l’impératif de dominer!) lesystème devientjusqu'au-boutiste et
s’affaiblit.Or, aujourd’hui,lesenjeux sont terrifiants,il nes’agit plusde
dominer par lesfluxde flottes navales ou par les réseauxfinanciers ; l’enjeu
majeurest l’avenir.L’avenir tout simplementdudéveloppementdurable de
notreplanète.Et il n’est pas inintéressantdepenser quelesfemmes, avec
leur mémoire émotionnelle desièclesdematernité,peuventapporter une
contribution originale dans lesaffaires.
D’ailleurs,la LoiNRE(nouvelles régulationséconomiques)de2001
obligelesentreprisescotéesàprésenter un rapportde
développementdurablequi intègreles informationsconcernant
leursactivitésRSE(responsabilitésociale/sociétale del’entreprise)et notamment la féminisationdeseffectifs
(sic !).
Encore faut-il quelesfemmesacceptentdejouercerôle.

2-

Pour queles femmesacceptentdejouerun rôle dansl’économie de
marché

Laplace desfemmesdans letravailestacquise et irréversible.Letaux
d’activité desfemmesde25 à 49ansestde 80.7%enFrance etelles
repré24
sentent46%delapopulationactive.
Ondevrait seréjouirde cettesituationet se demanderalors
pourquoiencoreparlerde ceproblème d’intégrationdesfemmesdans l’entreprise… si
d’autreschiffres montraient que cette arrivéemassiveseréalise dans le
contextetraditionneldeséparationdes rôleset lesouci
présentéprécédemmentde domination imposant unehiérarchie de genre.Jeneprendrai ici que
deuxcasfactuels quiendisent long :lesalaire et le grade.Toutes les
statistiques lesoulignent,l’inégalitésalariale audétrimentdesfemmesest
présente dans tous les secteurs, et pire, elle
granditavecleniveauderesponsabilité :7% inférieurs pour lesemployées,12.7% pour les professions
intermé25
diaireset 24.9% pour l’encadrement! Parailleurs,lesétudes se félicitent
devoir quelquesfemmesfranchir leplafond deverre et venir s’asseoiràla
table desCEO de grandesentreprises,où les mâlesdominants nesauraient
quelesencouragerdu moment queleur nombrerestelimité et
queleursacti

24
Dernières statistiques,Enquête Emploi2004,FemmesetHommes– Regards sur
laparité, INSEE.
25
Silvera R.,2004, Les salaires,touteschoses inégales parailleurs ? inMaruaniM.Les
nouvellesfrontièresdel’inégalité, La Découverte.

36

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

vités setrouventtoujoursencadrées par la gent masculineomniprésente et
omnipotentepour réguler lesystème.
Lemonde del’entreprise, et plusgénéralement
lemondesocioéconomique, est masculin.Lemanagement qui règne en maître
danscesorganisationsest toutaussi phallique.Au point quelesfemmes quibriguent un
pouvoir suprêmesont rangéesdans la catégorie«envie du phallus»chère à
quelques psychanalystesfreudiens.Cettesituationestjustifiéepar le fait que
larépartitiondes rôles,missionset règlesdujeu
s’avèrelerésultatdemillénairesdurant lesquels la femmen’était pas maître desondestinconcernant
les obligations maternelles.Aujourd’hui la donne a changé.Alors, combien
detemps va encore durercemodèlequidysfonctionne et nepermet plusde
répondre auxattentesdenotresociété?
Lalibérationcorporelle desfemmesdoit s’accompagner
progressivementd’unelibération mentale, comportementale et
spirituelle.Cettemodification seréalisesous nos yeux, débouchant sur unenouvelle différenciation
26
progressiveouschismogénèsepour reprendreleterme de Bateson .Les
impactsne font que commencer,jetant lesystème dynamiquehommes/femmes
dans laturbulence.
Notresociétéoccidentales’estconstruite dans unelogique
dedifférenciationcomplémentaireentrelesdeuxcommunautés
sexuelles.Aveclarépartitiondes rôles,une complémentarité de comportement s’est instaurée :
homme/dominationetfemme/soumission.Tant que cetétatde choses restait
stable,une forme d’équilibre dynamiques’établissait.Maisavecle
changementderôles possibletel que décrit précédemment,l’équilibre est rompu.Si
l’onconstateuneimpossibilité derefrénercette déformation
progressiveunilatérale descomportementsdes membresdans lesdeuxgroupes (ici
lasoumission toujours plusgrande desfemmesentraîneune domination toujours
plusforte des hommes)cettesituationaboutitàunehostilitémutuelle et peut
27
seterminer par l’effondrementdu système global .Une deuxièmeoption
s’ouvre avecl’adoptiondenouveaux types relationnels qui peuvent
remplacer une différenciationcomplémentaireinitialepar unedifférenciation
symétrique.Lesdeuxcommunautés ontalors les mêmesaspirationset les mêmes
comportements,maisdonnent uneorientationdifférenciatrice àleursactions
(ici lesfemmesfontdelasurenchèrepour montrer qu’elles
sontaussicapables queles hommes, endeviennent meilleures, dépassent les hommes, ce
quiattise encoreplus la comparaison).Là
encore,siaucunfreinagen’estenvisageable,laséparationdesgroupes s’accentuevers l’hostilitépuis

26
BatesonG., Contactculturelet schismogénèse, chapitre1,section 2,inVersune
écoème
logie del’esprit,2édition,1990, Seuil.
27
Les mouvements ultra-féministes seplacentdanscetteoption.

37

LYVIEGUÉRET-TALON

28
l’effondrement… ou versun nouveléquilibre.Unetroisièmepossibilité
s’ouvre alors:ladifférenciation réciproque.L’intérêtd’un tel systèmetient
dans lareconnaissance d’une dépendancemutuellequi permetd’obtenir un
véritable effet stabilisateur.
En résumé,lesfemmesactuellement peuventdéciderdel’évolutiondu
systèmes socio-économique, en introduisant leur liberté d’êtreselon trois
grandescatégories:1) soumissionetcontributionàlamarge,2)compétition
etcontributionfrontaleou 3)donationetcontribution partagée.
L’arrivée del’Economie dela Connaissance coïncide avecl’annonce
d’unenouvellesociété dont le contexte dépendtantducontenu que du
contenant.Le grandréseaudes humainsestdésormais reliépardes machines
extraordinaires qui parfois peuvent les remplacer,leurdonner l’illusion
d’ubiquité,les transporter sur lasurface d’uneplanèteréduite àun village,
dans unfuseau horaire englobant les
24heuresetenconnexionaveclesarchivesglobalesdu passé…Ces réseaux permettent parailleursde construire
des savoirs multiples,ouverts,infinimentenrichis puisquepartageables.La
notiondepartage est peut-êtrelaplus importanteparcequelaplus porteuse
dans unelogique desystème de différenciation réciproque.Loind’envisager
desclonesetdes modèlesdominants,l’idée germe de favoriser la diversité
des pointsdevue.Lesfemmesdoivententrerdans lejeudela créationde
connaissancesavecleurs propresbagages.
Aujourd’hui, cen’est paschose facile dans
l’entreprise.Certainesfemmesabdiquentet restentdans lasoumission qui, finalement,nemanquepas
d’attraits si on s’organise bien.D’autant que cettesolution permetderester
dans l’archétype delaséductricesansaucuncommentairenégatif delapart
delasociété.D’autres vont jouerdescoudes,voulantêtre« pluscalifequele
calife»afinde finalement prendrelaplace ducalife.Pource faire,
ellesapprennentles règlesdujeumasculineten jouent mieux queles
hommes.Elles perdent unepartie deleurâme féminine,maiscommehierFausten vue
delajeunesse, comment nepas pactiseren vue du pouvoir ?Enfin, beaucoup
vont hésiter,tâtonner,tenter…avecl’idéesimplementdeparticiper.Sans
enjeuxdeséduction nidepouvoir, en offrant leursconvictions,leursdoutes,
leurs hypothèses,leurs remisesencause.Ellestestentdenouvelles pratiques
demanagement, changent l’horaire des réunions tardives (pratiques pour
éliminercertains,mais peu pratiques pourallerchercher lesenfants ou se
rendre àuneséance deyoga),remettentaugoûtdu jour lescerclesdequalité
pourfaireparticiper lescompétences sur un problèmehorsdela
grillehiérarchique, décidentd’avoir unevoitureplus petiteparceque c’est plusfacile

28
Lescomportementsdessuperwomenentrentdanscettelogique.

38

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

à garer, donnent libre engagementà chaque employé de dépenser100euros
pouraméliorersoncadre detravail (ça améliorelemoraletcoûtemoinscher
qu’uneprime), envisagentdenouvelles segmentationscommerciales pour
tenircompte desdiversitésdepopulation,pilotentdesagencescommerciales
conçuescomme desboutiques pour vendre des offresglobalesdeservices,
mettent l’accent sur la fidélisation plutôt quela conquête client,préfèrent les
rémunérationsfixesavecunfortengagementde fierté dans
l’entrepriseplutôt que des rémunérations variables qui n’attirent que des
mercenaireszappeurs, avouent parfoisen pleineréunionde direction qu’elles sesont
trompées surun point, et souventelles posentdes questionsfraîches sur
«pourquoion nemettrait pas la charrue avant lesbœufs,justepour voir si »…
Lesfemmes peuventaujourd’hui prendrelaliberté dese faireplaisir.
«Elles se construisentautourdeleur sexualité et sont les protagonistesd’une
29
culturequidépassel’oppositiondesdeux sexes».Après tantdesiècleset
30
au nomdetoutescellesquinous ont précédées: OSONS !

3-

Pour que lafemme se sentelibre de choisircerôle

Lesdiscussions quejepeuxavoiravecmesétudiantes inscritesdans les
filièresSciencesde Gestion mepermettentde direqueleschoses nesont pas
jouées.Lesfillesdiplôméesd’un masterentrentdans lavieprofessionnelle
envahies par le doute.Setrouvantdans une générationcharnière
entreunancien modèlequi nepeut plusdureret un nouveau modèle ànaître,
ellescherchentdes repèresàpositionnerenface d’une générationde garçons logée à
lamême enseigne.Latendance àune différenciation symétriquesemble
l’emporter, cequi n’est pas lemeilleur présage.Sansdouteparcequ’ellene
vapasdans lesensdu respectdela différence,maisdans unequête
désespérée d’égalitéparfaite etdonc duclonage.
Lesfemmesdu siècle dernier sesontbattues pour obtenir l’égalité, dans
31
lesens oùellesétaient reléguéesàunétatd’infériorité.L’égalitésignifiait
alors les mêmesdroits,les mêmeschances,les mêmeschoix
possibles.Aujourd’hui,on peutdireque cette égalité est obtenuepar la caractéristique

29
Touraine A.,2008, LesFemmes:victimeset protagonistes,inPenserautour
d’Antoinette Fouque,(collectif), EditionsLesfemmes.
30
DubyG., Perrot-PerrinM. (sous la directionde),1991,Histoire
desfemmesenOccident, Tempus, 5volumesdisponiblesenéditiondepoche.
31
Votrenumérodesécuritésociale commencerapar le chiffre2 si vousêtes une fille,
parcevousappartenezàla communauté dudeuxièmesexe.Symboliquement,lesignal
estfortdans notre acceptiondeschoses triées où le1est toujours premier voiresupérieur
auxautreschiffresd’unclassement.

39

LYVIEGUÉRET-TALON

principale du possiblerenoncementàlamaternitésans pourautant mettre en
péril lasurvie delarace commenous l’avons vu plus haut. Alors, cette
égalitétantattendue etdésiréen’apparaît pluscommeune fin,maiscommeune
étape.Lavictoiren’est pasàlamesure desespérances.Parcequelesfemmes
et les hommes sontdifférentset que cette différencen’est pas simplement
d’ordresexuel,maisd’ordre culturel, comportemental, épistémologique :
nous nevoyons pas lavieni lemonde delamême façon. Etc’est
unerichessepournotre avenircommun.
Batesonargumenteque des perturbations profondesfaisant suite à des
contactsentre communautésdifférentes peuvent impliquerdeschangements
selon trois modalités:1) la fusiondesgroupes originairementdifférents,2)
l’éliminationdel’undesgroupes oudesdeux,3) lapersistance desdeux
groupesen unéquilibre dynamique.
On peut imaginer
quelescontactsculturelsentrehommesetfemmesen32
trent parfaitementdanscettelogique.Les perturbations produites par
lalibérationcorporelle desfemmesentraînent touteunesérie de conséquences
enchaîne,non seulementdu pointdevue desfemmes maisaussides
hommes.Ainsi,nous passons progressivementàunerelecture duclassementdes
êtrehumains non seulementendeuxcatégoriesMâlesetFemelles,maisen
unevariété de genres possible, et même en unevariété derôlesà choisir.
Mais quel intérêtdequitter lejoug del’enfantement pourceluidu travail
si les règlesdu jeu sont identiques:soumission/domination ?Pourquoi ne
paschoisird’autres stylesdevie?Alors qu’on parle detemps libre,
deloisirs, desociété desavoir… pourquoi nepasenvisager toutautre chose, et
notamment unerépartitiondes tâches, des missionsetdes rôles
totalementdifférente?Les 35heures nesont pas une bonne chosepour l’économietant
quel’analyseportesurdes ratios tempsdetravail/richesseproduite dans les
entreprises.Mais si onchangelanature de ces ratios,qu’enest-il ?
Dans les journauxéconomiques lepoidsd’un paysestcalculé
enfonctiondelavaleurduPIB, c'est-à-dire en netenant pascompte des richesses
créées horsdu système économiquemarchand, commesi seulelavie
entrepreneuriale comptait…Et si lesfemmes pouvaientfaciliter unautreregard :
elles saventbien, elles,quelavien’est pas uniquementéconomique et
rationnelle.Elles ont vécudes siècles sans yêtre directement impliquées! Et si
leur valeurajoutée devenait l’apportd’un supplémentde connaissancepour
envisager l’indice dudéveloppement humain ?CertainsPrixNobel
d’économie(c’est normal que cesoitdes hommes puisquelesfemmes

32
Certains ontforcéletraiten s’amusantà direquelesfemmes viennentd’une
autreplanète, Vénus probablement.

40

LIBERTESDEFEMME : UN ATOUT POUR L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

s’avèrent peu nombreuseset peuattiréesdansce domaine)énoncent
sérieusement l’impératif depenserautrement laproductionderichesse.Ils nevont
pasàl’encontre du modèleinitialde capitalisme,mais le fontévoluer vers
des terrains moinsguerriers.Ils proposentd’oublier latotale compétitionau
profitdeplusdesolidarité.Ils nes’apitoient pas sur lesortdes plusdémunis,
ils suggèrent qu’on leur redonneleurdignité en lesautorisantà démarrer leur
33
propre entreprisepersonnelle,sanscharitémaisavecuncrédit .
Lepoidsdesfemmesesténorme,pas seulement pourfaire directement,
mais pour inciter, faciliter, autoriser les hommesà être euxaussi plus libres,
rejetant leur nécessité de dominer… pour lasurvie delarace.Symétriques,
complémentaires,réciproques… les relationsentrelesêtresaujourd’hui
ouvrentdes possibilités nouvellesà explorer.
Lesfemmes lesavent,leur sourirepeut suffire àmettrel’armada des
hommesen marche.Alors,tentons l’aventure,laissons libre
coursànotreliberté, ànos libertés, àleurs libertés.
Parlerdes libertésde femmerevientàs’intéresseraux libertésdesautres
parties prenantesdelasociété.Manager la diversitén’est pas un impératif à
subir parcequelescommunautés seréveillentàleurfierté,mais s’avèreune
véritableopportunitépourconstruireunavenirautrement,justepour rester
encorehumain.

Point2– Logique de diversité =l’opportunité àsaisir

Infinite Diversity forInfinite Combinations,
devise Vulcaine

34
L’Economie dela Connaissance estenglobante ,commetoutconcept
valisepermettantdetransporterdesdéfinitions multiples.Jem’attarderai ici
àl’idée d’une connaissancemutuellequientraîneunereconnaissance et un
35
respectdesautres, groupes ou individus .De cette connaissance
doitémer

33
Lalogique des micro-créditsestàl’origine de banquescommela
GrameenBankenInde et pousselesfemmesàprendrel’initiative dela créationdepetitesentreprises.Yunus
M.,2004,Banker to thePoor=microlendingandthe battle againstWorldPoverty, Ed
Public Affairs ; voiraussiStiglitzJ.,2007,Making GlobalizationWorks,Norton&
Company.
34
BouchetMH.,2005,La Globalisation,introductionàl’économie dumondenouveau,
Pearson.
35
Guitard C.,2007,Tutoyer lesavoir:une économiesolidaire dans lasociété de
l’informationetdela connaissance, MédiaDiscours-Pensée Sauvage.

41