Etre responsable dans un monde en mutation

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Français
304 pages
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Description

Il est devenu banal de dire que notre monde est en mutation; il l'est moins d'affirmer que la prise de conscience de nos responsabilités doit être renouvelée. C'est à cette finalité que cet ouvrage s'est attaché. L'observation du quotidien des hommes en a guidé la construction théorico-pratique. Aussi s'adresse-t-il particulièrement aux formateurs de la formation initiale et à ceux des entreprises.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2005
Nombre de lectures 280
EAN13 9782296387911
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ÊTRE RESPONSABLE
DANS UN MONDE EN MUTATIONJean-Claude BRÉMAUD
ÊTRE RESPONSABLE
DANS UN MONDE EN MUTATION
Ce qui dépend de nous... aujourd'hui!
L'Harmattan Harmattan Konyvesbolt L'Harmattan Italla
5-7, rue de l'École-Polytechnique 1053 Budapest, Via Degli Artisti 15
75005 Paris Kossuth L. u. 14-16 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIEIllustration de couverture:
La fenêtre, Marie-Christine Vallin-Legendre
@L'Hannatlan,2005
ISBN: 2-7475-7855-0
EAN : 9782747578554« Parmi les choses qui existent,
certaines dépendent de nous,
d'autres non ».
Epictète, Le Manuel« C'est ce qui pourrait
et qui devrait être
qui a besoin de nous ».
Cornélius CastoriadisA Pierre Hadot,
Professeur honoraire au Collège de
France, qui m'a fait découvrir la
vraie nature de la philosophie, qui est
manière de vivre.
De Pierre Hadot :
« Votre livre est extrêmement
courageux et inspire en moi une grande
admiration. n est profondément
réfléchi et en prise sur le réel. C'est
vraiment une philosophie engagée.
n y a un aspect du livre qui me
frappe d'une manière inattendue:
c'est à chaque page ou presque que
l'on se révolte, en vous lisant,
contre l'irresponsabilité qui caractérise
notre monde contemporain ».
Pierre Hadot, le 15juin 2004.Dédicace
Je dédie cet ouvrage aux étudiantes et étudiants des
deux premiers cycles de l'enseignement supérieur, et à leurs
enseignants: qu'ils trouvent ici matière à situer les
enseignements reçus et/ou dispensés dans une sensibilisation
globale à la responsabilité.
Je le dédie aussi aux cadres de toutes les
organisations publiques et privées: que cet ouvrage leur soit la
confirmation que leur place et rôle sont qualifiés de
responsables.Remerciements
J'ai une pensée particulière pour la responsable de
l'enseignement de psychologie sociale de l'Institut
d'administrations des entreprises (lAB) de Paris, Christine
Blouet: pendant vingt trois ans (et encore aujourd'hui), ses
conseils, ses questions, ses encouragements amicaux ont été
de précieux soutiens dans mon cheminement de recherche.
Merci aussi à mes collègues de l'INT, à Fabienne Canal, à
Pierre Dumesnil pour leur stimulation intellectuelle, à
Claudine Guerrier, pour son amicale lecture juridique et son
invitation à demeurer sur les terrains moraux et éthiques.
J'adresse également mes sincères remerciements à
Caroline Verzat, enseignante à Centrale Lille pour l'intérêt
qu'elle a porté à cette approche théorico-pratique de la
responsabilité et pour ses précieuses suggestions.
Une mention spéciale doit être accordée à mon ami,
Gérard Jean-Montcler, maître de conférences à l'université
de Nanterre. Sa relecture, sans complaisance, du manuscrit
et ses judicieux commentaires ont grandement participé à
rendre cet ouvrage vivant et pragmatique.
Enfin je remercie très vivement mon ami Denis
Dusart, ma belle-sœur Marie-Françoise Vallin et ma fille Elodie
pour le travail fastidieux qu'ils ont effectué: la rédaction
finale doit beaucoup à leur esprit de rigueur et à leur
dévouement à l'écriture.Avertissement au lecteur
Cet ouvrage ne contient pas un panorama des
différentes approches théoriques de la responsabilité. Le fil
d'Ariane en est l'observation de l'actualité de la vie des
hommes, dans la cité et dans l'entreprise, actualité
illustratrice d'une approche réflexive et concrète de la
responsabiIité.
Le lecteur à la recherche de solutions pour le
quotidien de la responsabilité ne trouvera pas ici un catalogue de
réponses toutes faites: l'auteur de ces pages a voulu étudier
des facettes peu explorées de la responsabilité et offrir à la
lecture des réflexions globales et croisées, personnelles et
originales qui invitent chacun au plein exercice de sa liberté
responsable.
L'annexe 1 offrira au lecteur un petit florilège de
perles irresponsables.
A propos des notes
Deux types de notes figurent dans cet ouvrage.
Celles de bas de page utilisent les symboles I, II, TII...
Celles de fin de document, signalées par des chiffres (1, 2, 3...),
sont regroupées dans l'annexe 2. Nombreuses, elles
indiquent la source des illustrations mentionnées.Avant-propos
Les mutations techniques, économiques, sociales et
culturelles ont bouleversé, en une vingtaine d'années,
l'univers d' homo sapiensI. Ce qui, hier, était déclaré impensable
est maintenant évoqué, étudié, exploré. Ce qui, hier, était
affmné irréalisable techniquement est réalisé ou en voie de
l'être. Ainsi le vivant, ce domaine jusqu'ici appréhendé
comme sacré, porteur de mystères et chanté par les poètes,
gît sur la paillasse des chercheurs comme un vulgaire objet.
Cette mutation, dite globale, a des atouts certains pour
favoriser une meilleure qualité de vie sur terre. Cependant, sa
nouveauté et sa complexité ont pris de court les hommes et
bien des effets néfastes sont venus nous inviter à plus de
discernement, de circonspection. Si nous voulons éviter le pire,
nous devons réinventer une hiérarchie dans les priorités: un
courant de la mutation privilégie le couple économique et
technique, un autre, des priorités humaines faites de
solidarités et de fraternités responsables.
Les visibles accélérations technologiques
(nouveaux outils, nouveaux processus, nouveaux produits)
accompagnent et/ou provoquent l'évolution des mentalités. Les
nouvelles organisations placent un plus large éventail
d'acteurs en situation de décision et de responsabilité: des
agents qui, hier, étaient astreints à des tâches d'exécution
sont envoyés en formation; ils y découvrent des savoirs et
I Une bulle d'un dessin du caricaturiste Pessin (Le Monde) disait: «En vingt ans
l'informatique afait de tel progrès que les libertés ne peuvent plus suivre ».des savoir-faire qui vont modifier leur statut au travail et
notamment leur part de responsabilité. Des clignotants
écologiques, comme la raréfaction de certains poissons, le
réchauffementI climatique ou la diminution de la couche
d'ozone, imposent à tout un chacun une urgente conversion.
Tous ces symptômes placent la responsabilité au cœur des
préoccupations contemporaines comme en témoigne
l'irruption, dans notre langage quotidien, des termes
durabien, responsable, équitable, sens, éthique, solidaire.
Plus qu'hier chacun de nous est concerné. Nous
disposons progressivement des connaissances susceptibles de
nous permettre de faire des choix plus responsables. Mais la
volonté responsable n'est pas toujours présente. La prise de
conscience de notre fragilité collective se développe: les
frontières nationales n'arrêtent ni les nuages toxiques, ni le
virus de la pneumopathie atypique (qui prend l'avion), ni la
peste aviaire ou « grippe du poulet» (qui se déplace en
compagnie des oiseaux migrateurs), ni les effets des frustrations
de groupes ethniques ou religieux (qui franchissent le pas du
terrorisme meurtrier). Mais la perception que chacun de
nous peut quelque chose à l'endroit où il est demeure encore
trop faible. La responsabilité serait-elle principalement
l'affaire des autres?
«Agis de façon que tes actions soient compatibles
avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur
la terreill» ainsi Hans Jonas, philosophe allemand a-t-il
introduit le Principe responsabilité, il y a une quinzaine
d'années. Nos choix d'actions ne sont pas neutres. Nous les
voulons pour le meilleur et ils se révèlent parfois pour le pire.
I Selon la revue Nature de janvier 2004 le réchauffement climatique met
gravement en péril la biodiversité : l'étude présentée (augmentation de la température
de 0 ,8°C à plus de 2°C selon les régions et accroissement du taux de gaz à effet
de serre) prévoit une vague majeure d'extinction d'espèces animales et végétales
d'ici à 2050.
II Dans Le Monde du 15 août 2003, Corinne Lepage, ancienne ministre de
l'environnement, parle de mascarade du durablement. com.
ill Hans Jonas, Le principe responsabilité, Cerf, 1993.
18Nous devons en assumer la responsabilité devant nos
enfants.
« C'est ce qui pourrait et qui devrait être qui a
besoin de nous» répétait Cornélius Castoriadis. Agir, en même
temps, avec la prudence, l'humilité des philosophes antiques
et la justesse augmentée d'audace que nécessite la mutation
civilisationnelle; c'est ce qu'encouragent les remarquables
vigies que sont René Passet, André Gorz, Edgar Morin,
Patrick Viveret et Jean-Pierre Dupuy, pour n'en citer que
quelques-unes.
La composante juridique de la responsabilité n'est
pas ignorée dans cet ouvrage mais l'approche philosophique
a été privilégiée, celle qui étudie la « manière de vivre », que
l'on qualifie de responsable, de morale, d'éthique et de
sensée.
Cet écrit présente la palette de pétales différenciés
se raccordant à la tige responsabilité. TIsconstituent les six
chapitres de cet ouvrage:
Le chapitre 1 étudie les différentes facettes de
la responsabilité.
Le chapitre 2 est consacré à la notion
d'autonomie responsabilisante.
Le chapitre 3 explore le rapport entre altérité
et responsabilité.
Le chapitre 4 expose le nouveau contexte
appelé « mutation ».
Le chapitre 5 présente les principes de
prévention et de précaution.
Le chapitre 6 aborde la triade morale/éthique
et sens.
Ces chapitres constituent les touches colorées d'une
même réalité complexe et mouvante, la vie; vie des hommes
qui hésitent entre les rôles d'apprenti sorcier et de jardinier.
19TIdépend, en partie, de nous, enseignants-éducateurs, que le
deuxième rôle voisine avec le premier dès aujourd'hui et
pour toujours.
Le rédacteur reconnaît ne pas avoir freiné son
tempérament enthousiaste et sa capacité à s'indigner. La
démarche subjective est ainsi franchement annoncée.
Le lecteur remarquera vite combien j'ai puisé dans
« l'actualité» les éléments d'une théorisation concrète: j'ai
prélevé, journellement dans Le Monde, mensuellement dans
Le Monde Diplomatique, trimestriellement dans
Transversales, Sciences et Culture (aujourd'hui disparu) et
régulièrement dans Esprit, ou dans La Vie, bref dans la vie du
quotidien des hommes, dans leur humanité et dans l'inhumanité
de leur humanité, les pensées, les actes responsables et les
omissions irresponsables. Théorie et observation du
quotidien se seront mutuellement fécondées pour donner
naissance à un regard spécifique sur l'actualité de la
responsabilité (premier titre choisi pour cet ouvrage) et tenter
d'éclairer le lecteur sur ce que veut dire Etre responsable
dans un monde en mutation.
20Introduction
Cet ouvrage a pour point de départ, ou plutôt
d'accélération, une chute sur un Chemin de Damas éducatif.
Voici l'histoire de cette chute formatrice.
L'Institution qui m'employait, l'Institut national des
télécommunications (INT) situé à Evry, m'a demandé en juin 1992 de
présider un jury de soutenance de mémoires d'étudiants. Ceux-ci
font un stage de six mois (minimum) en entreprise au cours
de leur troisième année et, à l'issue de cette expérience, ils
sont tenus de rédiger un mémoire de stage et de le soutenir
devant un jury de trois personnes. Ma désignation en qualité
de président était essentiellement due à une pénurie de
spécialiste du management durant cette période très chargée. Le
jury comprenait le directeur de stage, cadre de l'entreprise où
l'étudiant venait de terminer son stage de six mois, le
conseiller d' étude, enseignant-chercheur du Département
sciences de gestion de l'Institut en charge de son suivi scolaire et
moi-même, psychologue, enseignant-chercheur du
Département langues et formations humaines. En fin de matinée ce
fut le tour d'une étudiante de notre école de commerce, Int
Management. Celle-ci avait rédigé son mémoire sur la tenue
d'un poste financier dans une banque nantaise. Je comprenais
les grandes lignes de son exposé mais, contrairement à mes
deux acolytes, j'étais incapable de lui poser une question
technique pertinente, en lien avec son expérience. En ma
qualité de président du jury, je me contentais donc, en un
premier temps, de passer la parole à mes deux voisins pourqu'ils posent toutes leurs questions à la stagiaire. Celle-ci
montrait beaucoup d'aisance dans ses réponses. En fin de
soutenance, toutefois, je m'autorisais une question hors sujet
technique. La voici, à quelques mots près: «Mademoiselle,
après quelques semaines de vacances vous allez rejoindre
votre premier poste professionnel. n nous intéresserait de
vous entendre développer un point de vue critique sur les
trois années de formation initiale qui se terminent
aujourd'hui pour vous ». En réponse à cette demande l'étudiante se
figea et blêmit. Son visage manifestait un grand
étonnement: comment pouvait-on poser une telle question,
véritablement hors sujet de son mémoire écrit? Finalement elle
laissa échapper avec force: «Monsieur, nous n'avonspas eu
de cours là-dessus ». J'étais interloqué! Cette réponse était
renversante... Je pense avoir, de mon côté, bredouillé une
relance à ma question, n'acceptant pas cette pirouette de
l'étudiante queje qualifiais en moi-même de « stupide» !
Cette présidence de jury m'a beaucoup secoué.
Pendant quelques jours j'en parlais autour de moi, pointant -ce
quej'appelais la « stupidité» de la candidate. J'ai «ruminé»
cette affaire tout l'été. Au retour des congés, préparant mon
enseignement de la nouvelle année scolaire, j'avais en
mémoire cette présidence de jury. Progressivement une autre
façon d'analyser, de décrypter cette situation s'est imposée à
moi: et si l'étudiante en question n'était que le miroir d'un
système stupide! Et si l'étudiante renvoyait aux enseignants
ce qu'ils sont? Stupides! Et si le dispositif de formation de
l'Institut - à cette époque-là - (des enseignements juxtaposés
et un éveil critique peu suscité) produisait plus de
conformisme, voire de sur-adaptation que d'impertinence critique!
J'étais pantois, dubitatif...
Cette étudiante s'attendait à ne développer que du
connu, de «l'emmagasiné », et donc à restituer de l'appris.
22Elle avait été entraînée à cela pendant trois ansI. Toute autre
question ne pouvait qu'être hors sujet! Et si c'était moi, et si
c'était nous qui avions «produit» cela? De la stupidité!
Ayant été recruté pour assurer des cours de psychologie
sociale en 1985 je tentais, année après année, d'en faire un
enseignement vivant et réflexif: il y était question de la
communication et de ses cadres sociaux, de l'étude des
interactions et des phénomènes collectifs, etc. Mais avec le recul
des années je dois reconnaître que mes interventions étaient
aussi adaptatrices, tant la place accordée à la réflexion
personnelle était congrue.
Cette étudiante m'invitait à accélérer une volte-face
éducative: passer d'une pédagogie où l'enseignant annonce
solennellement les bonnes réponses à ses questions à celle
où l'étudiant (ou le groupe d'étudiants) formalise sa question
et en organise le débat, la disputatio chère au Moyen Age,
sans clôture. Je redécouvrais l'importance pédagogique de la
réflexion personnelle, de sa mise en croisements avec celle
d'autrui, pour y explorer des points de vue contradictoires
et/ou complémentaires. Plus je pense et plus je me confronte
à d'autres points de vue, plus je gagne en autonomie! Plus je
deviens un sujet en capacité de décider et d'être responsable
des choix à faire. Mes réflexions rejoignaient les
préconisations contre le «conformisme» de la commission chargée
d'une réflexion sur l'ENA car « [nos] élèves, dans la suite de
leur carrière, auront à faire preuve d'ouverture d'esprit, de
sens critique, d'innovation, d'adaptation au changement et
de prise de risque »1.Enseigner, éduquer et former sont
histoires d'autonomie et de responsabilité.
Nous, les enseignants-chercheurs, sommes aussi des
formateurs et à ce titre nous ne sommes pas neutres. Pour le
meilleur et pour le pire nous exerçons des influences sur
notre public en formation. Ces influences doivent se cantonner
l Bruno Rebelle, directeur de Greenpeace France avoue recruter des moutons à
cinq pattes et déplore, prioritairement, "le manque de recul des candidats sur leur
formation". Génération, Magazine des grandes écoles, avriI2003.
23à une option formatrice car, au-delà, commence l'activité
missionnaire (manipulatrice) de formation du militant.
Eduquer n'est pas endoctriner. J'ai fait en sorte que mes
influences soient dans l'axe d'un éveil à la responsabilité, d'une
responsabilité empreinte de projet et «d'amour ». J'ai fait
mienne cette définition de l'éducation que nous propose
Hannah Arendt dans La Crise de la culturel:
« L'éducation est le point où se décide si
nous aimons assez le monde pour en assumer la
responsabilité. [...] C'est également avec
l'éducation que nous décidons si nous aimons assez
nos enfants pour ne pas les rejeter de notre
monde, ni les abandonner à eux-mêmes [...] mais
les préparer d'avance à la tâche de renouveler un
monde commun ».
Cette phase professionnelle de remise en question a
donné naissance à mon triptyque de recherche: autonomie,
responsabilité et sensu.
TIme devenait clair que je ne pouvais pas attendre
que l'Institut change (ses finalités, ses contenus et sa
pédagogie) pour changer quelque chose dans les finalités et les
contenus de mes «cours» ainsi que dans ma façon de les
dispenser. C'est véritablement à partir de l'automne 1992 que
j'ai «travaillé à ma conversion» et que je me suis saisi de
mes thèmes de recherche.
Deux grands penseurs m'ont particulièrement
accompagné et marqué: Cornélius Castoriadis, décédé en
décembre 1997, et Pierre Hadotill, professeur honoraire au
Collège de France, toujours alerte pour promouvoir « La
I Hannah Arendt, Crise de la culture, Paris, Folio, 1991.
II Le directeur-adjoint de l'Institut se plaisait, parfois, à m'appeler IIMonsieur
IlPourquoi .
III C'est «Le plus discret des philosophes actuels... n est l'auteur de quelques
rares livres appelés à durer plus que l'espace d'une saison », selon Robert
Redeeker, critique littéraire au Monde, qui estime que Pierre Hadot aura beaucoup
œuvré pour réhabiliter la sagesse, la plus sérieuse des occupations.
24philosophie comme manière de vivre »1.Le premier m'a fait
découvrir la profondeur du concept d'autonomie. Le second,
la philosophie antique et son exigence de transformation
personnelle (pour être digne de contribuer à l'éducation
d'autrui). Ce travail de réflexion a produit une de
mes représentations mentales et de mes pratiques. Cet écrit
en est le témoin tant il est vrai que toute œuvre constitue un
aveu autobiographique!
I Titre d'un de ses ouvrages, Paris, Albin Michel, 2002.
251 -LES FACETTES DE LA
RESPONSABILITEI - POLYSEMIE ET TERMES
1 La responsabilité "renouvelée"
Journaux, revues, ouvrages et conférenciers
abordent volontiers les thèmes du renouvellement et de
l'extension de la responsabilité. Que veulent-ils dire?
Le renouvellement est double: d'une part il tient
aux évolutions technologiques, aux outils et aux produits
nouveaux qui les accompagnent; d'autre part, et plus
fondamentalement, les choix industriels, environnementaux et
sociaux que nous faisons n'ont plus seulement un impact
circonscrit à aujourd'hui mais ils ont des effets dans le futur
(extension) et conditionnent demain, pour le meilleur et le
pITe.
Notre façon d'appréhender les évolutions
techniques et sociales traduit bien un changement culturel en
cours. En pleine période du procès du sang contaminé,
Bernard Kouchner, Ministre de la Santé, interpelle l'Assemblée
nationale: « Un ministre est-il responsable bien qu'ignorant
ou parce qu'ignorant? » Le sang contaminé, le drame de
l'écroulement des tribunes de FurianiI et l'affaire de «la
vaI Le 5 mai 1992, le stade Armand Cesari de Furiani, à Bastia, accueille la demi
fmale de la coupe de France. Elle oppose Bastia à l'Olympique de Marseilleche folle» ont été, et demeurent, des chocs terribles. Les
politiques, les techniciens, les experts, tous ont été débordés.
Chacun dans sa logique s'est estimé n'être en rien
responsable d'une catastrophe. Les médias, depuis quelques
décennies, glorifiaient les magiciens innovateurs et présentaient
une science et des techniques capables de réussir toutes les
aventures humaines avec une puissance inédite et toujours
renouvelée. La mutation a changé la donne: nos systèmes
industriels, commerciaux et de santé s'appuient de plus en
plus sur des réseaux interconnectés; ceux-ci entraînent la
complexification des causes d'incidents et l'impossibilité
d'isoler une seule technique en cause ou un seul acteur,
comme unique phénomène déclenchant. Nous prenons enfin
conscience que nous entrons dans «l'ère du risque ».
Tous les secteurs de la vie sont touchés. Même celui
qui était présenté comme le plus sûr de tous, le secteur
agroalimentaire: il était, quasiment par nature, le plus sain de
tous car «intime », étant celui de l'ingestion d'aliments par
les humains. La cinquantaine de morts dues à
l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) est venue jeter le trouble
dans les esprits et provoquer une crispation telle que la
pancarte du «principe de précaution» se lève aujourd'hui
devant toute innovation, devant celle des organismes
génétiquement modifiés (OGM), ou celle des manipulations
génétiques sur le vivant des plantes, des animaux et des humains.
En théorie, le champ de la responsabilité ne connaît
pas de limite. TIy a certes les codes civil et pénal qui balisent
les axes des conduites humaines. Ces codes grossissent
chaque année et tentent de ne pas se faire distancer par de
nouvelles pratiques sociales. Pourtant il serait dictatorial de
vouloir sur-codifier le comportement humain. Aussi s'avère
plus nécessaire que jamais cet autre code autonome, non
(Q.M). A 20h30 une tribune de supporters s'effondre: 4 200 personnes tombent
dans le vide, faisant une chute de plus de 15 mètres: 18 morts et 2357 blessés.
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