L'Afrique à part

-

Livres
382 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

A la fin des années soixante-dix l'auteur et sa compagne vivent dans la savane avec les babouins, puis dans une ferme isolée en pleine forêt. L'auteur continue ses recherches sur un autre primate, le vervet. Cet épisode leur fait découvrir d'autres facettes de la communauté blanche sud-africaine, les fermiers anglophones du nord Transvaal. Ils partagent les relations avec les étudiants noirs et de nombreux voyages. Se sentant à l'étroit dans ce pays qu'ils estiment archaïque et isolé, le couple décide précipitamment un départ pour l'Europe.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2010
Nombre de lectures 197
EAN13 9782296447332
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Invitation au voyage
Le décollage m'arracha à ce monde où j'avais déjà vécu tant d'expériences, et que j'aimais comme ma nouvelle patrie. Nous avons survolé la province du Natal avant d'atterrir à Durban, escale habituelle à l'époque du vol des South African Airways qui allait jusqu'à l'île Maurice. J'ai observé du hublot les côtes Sud-africaines s'éloigner sous l'aile ; la ligne des plages, faite du blanc des vagues et du sable jaune, était régulière et fine jusqu'à l'infini. J'étais à présent, et pour la première fois, au-dessus de l'Océan indien et je changeais de monde. Au loin, à ma gauche, l'Afrique s'éloignait de mon regard qui tentait de la garder dans son champ comme un point d'accroche affectif, une famille adoptive que je quittais. A bord, le service, les repas et autres distractions de la cabine étaient toujours présentés avec autant de classe, comme dans un hôtel trois étoiles. Bientôt il n'y eut, sous l'avion, immobile et suspendu dans le vide par le miracle des lois de la portance, que le bleu infini de l'immensité marine que j'allais survoler pendant quatre heures.
Les lueurs de l'aube étaient déjà dans le ciel de Pretoria quand je m'étais préparé à rejoindre l'aéroport de Johannesburg. Ma meilleure et première amie afrikaaner Liesa m'avait emmené dans sa vieille Auto-Union hurlante comme une sirène. Sur l'autoroute déserte et encore obscure, l'aurore m'annonçait la plongée imminente dans un nouvel univers. Et cette sensation évanouissait mon besoin de sommeil, renforcée par l'effet du café au lait ingurgité rapidement avec quelquesrusks,biscuits traditionnels faits de pain séché et aromatisé. Mes colocataires et moi-même avions fêté la veille notrehouse warming, l'inauguration dans notre nouvelle demeure, et nous étions encore imbibés des restes de fatigue, de danse et du repas plantureux partagé quelques heures avant. Dans le hall de l'aéroport, Liesa m'avait laissé rapidement devant le comptoir d'enregistrement, après un enlacement chaleureux, comme le faisaient tous ces jeunes afrikaaners. Je l'avais vue s'éloigner dans cet espace impersonnel en agitant sa main et en m'adressant un de ses beaux et grands sourires pleins de bonté. -Bye Bye Jeôn Pîîr, enjoy your stay! You'll tell me how it was when you're back(Apprécie ton séjour, tu me diras comment c'était quand tu rentreras) Une fois passées les portes de la police, de la douane et du labyrinthe incompréhensible des couloirs et des escaliers, les souvenirs de mon dernier et premier voyage dans le Boeing de la SAA étaient revenus immédiatement. Le fuselage de cet avion-là était raccourci du tiers par rapport aux appareils utilisés sur d'autres lignes, et il était à l'époque le long courrier disposant de la plus grande autonomie de vol. Il était baptiséMalutinom d'une montagne, le
faisant partie du Drakensberg, les Alpes sud-africaines qui longent le pays, du parc Kruger à Capetown. En entrant dans la cabine, toujours fraîche et propre, l'odeur de rose était comme d'habitude au rendez-vous, noyée dans le chuintement des ventilations. Je retrouvais instantanément les images de mon premier départ. Depuis déjà six mois, j'avais pris tous mes repères, humains, professionnels, et géographiques en Afrique du Sud. Ce nouveau monde était ma terre d'accueil, mon lieu de renaissance. Attaché à un laboratoire de l'université, j'y réalisais un projet de recherches sur le comportement social des babouins, rêve intense entretenu pendant mes années d'étude à l'université d'Aix-Marseille. Mes colocataires afrikaaners constituaient le quotidien de la vie communautaire dans la maison de Pretoria. Au retour du parc Kruger, que j'étais allé visiter pendant dix jours avec les étudiants et l'équipe de chercheurs avec qui je travaillais, un billet d'avion m'attendait pour l'île de la Réunion, ce petit monde français d'Outre-mer dont j'avais entendu parler pendant toute mon enfance et que je m'impatientais de visiter à cette occasion. Mon frère aîné Julien m'y invitait. De vingt-et-un an mon aîné, il avait mis le pied à la Réunion en 1954 et n'en était jamais parti. Il y était devenu un important directeur de magasins de chaussures répartis dans toute l'île, et en avait le quasi-monopole à l'époque. Cette île, il ne jurait que par elle. Ce lieu lui avait en effet permis, après son mariage avec une jeune fille d'une famille créole très modeste, de fonder un petit empire commercial qui était leur fierté, leur réussite. Cette invitation était une occasion de nous retrouver dans son milieu, et c'était pour moi une grande première.
Mon voisin de droite, un Mauricien blanc qui rentrait dans son pays, me prit à parti spontanément pour me raconter sa vie, sans aucune réciprocité dans la conversation, et à qui je répondais par pure politesse. Nous avons abordé les banalités habituelles sur la beauté de l'Afrique du Sud et quelques lieux communs sur l'apartheid. Il ne me posa aucune question, si bien que, la conversation étant centrée uniquement sur lui, elle s'arrêta spontanément. Ceci me fatigua d'autant plus que lehouse warming, qui ne datait que de quelques heures, m'avait privé de sommeil. Je me suis endormi sans effort, ma tête pendue en avant, à peine appuyée entre le siège et le hublot. Le sommeil rapide et profond me fit disparaître du monde, jusqu'à ce que l'annonce faite par le pilote de la descente de l'avion vers la Réunion me réveilla brutalement. Mais, assis sur la gauche de l'appareil, je n'avais pas vu l'île apparaître à la vue au moment de l'atterrissage. Déjà très bas, l'avion descendait tellement qu'il semblait presque toucher la mer. A peine sorti de mon sommeil quelques secondes avant l'atterrissage, j'eus le temps de paniquer
1 0