La production officielle des différences culturelles

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Les discours à prétention savante sur « l'interculturalité » ou « l'insécurité culturelle » ont tendance à présenter le monde social comme s'il était composé simplement d'habitants porteurs de cultures figées et en confrontation. Ce dossier s'intéresse certes aux « cultures » des immigrés et des populations colonisées. Mais il se concentre sur les acteurs officiels, administratifs ou politiques, qui contribuent à les produire en typifiant la réalité sociale.

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Date de parution 01 décembre 2017
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EAN13 9782140052552
Langue Français

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c&ces discours à prétention savante sur « l’interculturalité » ou « l’insécurité culturelle »
2017ont tendance à présenter le monde social comme s’il était composé simplement
107Ld’habitants porteurs de cultures figées et en confrontation. Ce dossier s’intéresse
certes aux « cultures » des immigrés et des populations colonisées. Mais il se concentre sur
les acteurs officiels, administratifs ou politiques, qui contribuent à les produire en typifiant
la réalité sociale et en diffusant des représentations souvent simplifiées et culturalistes. Il
entend ainsi réintroduire dans l’analyse le rôle des agents de l’État et de leurs intermédiaires
qui mènent en permanence un travail de classement et de hiérarchisation des pratiques
culturelles. Il place au centre de sa problématique le fait qu’érigées de longue date en
problème par les pouvoirs publics, notamment par l’administration, les « cultures » des
immigrés et de leurs descendants font l’objet de nombreux discours descriptifs et prescriptifs
qui contribuent à l’altérisation de certaines franges des classes populaires. Les contributions
réunies ici soulèvent ainsi un point aveugle d’une certaine littérature sociologique qui discute
la question des différences culturelles sans prendre en compte l’inégale distribution des
capacités de classement des agents sociaux.
hommage
BARBARA DELCOURT (1967-2017)
Le comité de rédaction
Dossier
LA PRODUCTION OFFICIELLE DES DIFFÉRENCES CULTURELLES (INTRODUCTION)
Narguesse KEYHANI, Sylvain LAURENS
DE LA « PROMOTION CULTURELLE DES IMMIGRÉS » À « L’INTERCULTUREL » (1974-1980)
DISCOURS D’ÉTAT SUR UNE CATÉGORIE D’ÉTAT
Sylvain LAURENS
« NOUS EXÉCRONS LE RACISME » : CONTRÔLE MIGRATOIRE ET APPROCHE CULTURALISTE
DES CRIMES RACISTES DANS LA FRANCE DES ANNÉES 1970
Rachida BRAHIM la proDuction narguesse KeYhaniLA « QUESTION DES RACES » DANS UN CADRE ADMINISTRATIF RÉPUBLICAIN :
LA CRÉATION DE LA COMMISSION NATIONALE POUR LES ÉTUDES sylvain laurens
DES RELATIONS INTERETHNIQUES officielle Des
rachida BrahimNarguesse KEYHANI
Victor colletGOUVERNER PAR LES MORTS ET LES MOTS. QUAND LE PASSÉ COLONIAL Différences
ET LA « CULTURE » IMMIGRÉE DEVIENNENT UNE PRIORITÉ MUNICIPALE laurence De cocK
Victor COLLET
Jérémie gauthierculturellesL’ACHAC ET LA TRANSMISSION DU PASSÉ COLONIAL : STRATÉGIES ENTREPRENEURIALES
ET CULTURALISATION DE LA QUESTION IMMIGRÉE DANS LA MÉMOIRE NATIONALE eduardo rinesi
Laurence DE COCK
antonia garcia castro
LE POLICIER ET LE CULTUREL : POLICE ET MINORITÉS À BERLIN
Jérémie GAUTHIER
regarDs sur l’entre-Deux
« ILN’YA AUCUNE POSSIBILITÉ D’ENTENTE ENTRE NOUS »
Eduardo RINESI
NOTE SUR LA PLACE DES MOTS
Antonia GARCIA CASTRO
cultures & conflits
19,50 € sociologie olitique de l’internationalcultures & conflits
issn : 1157-966 x
n° 107
isBn : 978-2-343-13540-3
automne 2017
la proDuction officielle Des Différences culturelles00_Premieres_pages_107_c&c 03/11/2017 11:46 Page1
Cultures & Conflits
n° 107 - automne 2017
LA PRODUCTION OFFICIELLE DES DIFFÉRENCES CULTURELLES00_Premieres_pages_107_c&c 03/11/2017 11:46 Page2
Les textes récents de la revue sont accessibles sur :
www.cairn.info/revue-cultures-et-conflits.htm
www.jstor.org/journal/culturesconflits
Actualité de la revue, colloques, séminaires, résumés des articles
(français/anglais) et tous les anciens articles publiés sur :
www.conflits.org
Résumés en anglais également disponibles sur :
www.ciaonet.org
Indexé dans Cambridge Sociological Abstracts, International Political
Science Abstracts, PAIS, Political Sciences Abstracts, Linguistics &
Language Behavior Abstracts.00_Premieres_pages_107_c&c 03/11/2017 11:46 Page3
Cultures & Conflits
n° 107 - automne 2017
LA PRODUCTION OFFICIELLE
DES DIFFÉRENCES CULTURELLES
Ce numéro a bénéficié des soutiens du Centre
National du Livre et de l’Institut des Sciences
sociales du Politique (UMR CNRS 7720).00_Premieres_pages_107_c&c 03/11/2017 11:46 Page4
Cultures & Conflits
n° 107 - automne 2017
Directeur de publication : Daniel Hermant
Rédacteurs en chef : Didier Bigo (Sciences Po Paris & King’s College London), Laurent Bonelli
(Université Paris Nanterre)
Numéro sous la responsabilité scientifique de : Narguesse Keyhani et Sylvain Laurens
Secrétariat de rédaction : Antonia Garcia Castro, Karel Yon
Ont participé à ce numéro : Monique J. Beerli, Colombe Camus, Mathilde Darley, Barbara
Delcourt, Konstantinos (Costa) Delimitsos, Abdellali Hajjat, Christian Olsson, Michel Peraldi,
Elwis Potier, Anastassia Tsoukala, Francesco Ragazzi
Comité de rédaction : Rita Abrahamsen (Université d’Ottawa), David Ambrosetti (Centre
français des études éthiopiennes – CFEE), Anthony Amicelle (Université de Montréal), Tugba Basaran
(Kent University, Bruxelles), Marc Bernardot (Université du Havre), Yves Buchet de Neuilly
(Université de Lille), Anne Charbord, Pierre-Antoine Chardel (Université Paris Descartes),
Antonin Cohen (Université Rennes 1), Karine Côté-Boucher (Université de Montréal),
AnneMarie d’Aoust (Université du Québec à Montréal), Mathilde Darley (CNRS-CESDIP), Stephan
Davishofer (Université de Genève), Marielle Debos (Université Paris Nanterre), Barbara Delcourt
(Université Libre de Bruxelles), Mathias Delori (Université de Bordeaux), Yves Dezalay
(EHESS), Gülçin Erdi Lelandais (Université de Tours), Gilles Favarel-Garrigues (CNRS-CERI,
Sciences Po), Michel Galy, Didier Georgakakis (Université Paris 1), David Grondin (Université
d’Ottawa), Elspeth Guild (Queen Mary University of London), Virginie Guiraudon (CEE,
Sciences Po Paris), Emmanuel-Pierre Guittet (Université Catholique de Louvain), Abdellali
Hajjat (Université Paris Nanterre), Jean-Paul Hanon (École de Coëtquidan), Fabienne Hara
(Sciences Po Paris), Daniel Hermant, Jef Huysmans (Queen Mary University of London), Julien
Jeandesboz (Université Libre de Bruxelles), Bernard Lacroix (Université Paris Nanterre), Frédéric
Lebaron (Université Versailles Saint Quentin), Thomas Lindemann (Université Versailles Saint
Quentin), Chowra Makarémi (CNRS-IRIS), Antoine Mégie (Université de Rouen), Valsamis
Mitsilegas (Queen Mary University of London), Jacqueline Montain-Domenach (Université
Paris Nanterre), Michel Peraldi (EHESS), Angelina Peralva (EHESS), Gabriel Périès (Télécom
École de Management), Pierre Piazza (Université de Cergy-Pontoise), Nora El Qadim
(Université Paris 8), Francesco Ragazzi (Université de Leiden), Grégory Salle (CNRS-CLERSÉ),
Amandine Scherrer (CCLS), Éric Soriano (Université Paul Valéry, Montpellier), Samuel Tanner
(Université de Montréal), Jérôme Tournadre (CNRS-ISP), Anastassia Tsoukala (Université Paris
Sud), Nader Vahabi (EHESS), Jérôme Valluy (Université Paris 1), Chloé Vlassopoulou
(Université d’Amiens), Christophe Wasinski (Université Libre de Bruxelles), R.B.J. Walker
(Université de Victoria), Michael C. Williams (Université d’Ottawa)
Equipe éditoriale : Monique J. Beerli, Jawad Bouadjadja, Colombe Camus, Romane Camus
Cherruau, Konstantinos (Costa) Delimitsos, Rémi Guittet, Magali de Lambert, Médéric
MartinMazé, Elwis Potier, Johanna Probst
Les biographies complètes de chacun des membres de la revue sont disponibles sur notre site
internet : www.conflits.org
Webmaster : Karel Yon
Manuscrits à envoyer à : Cultures & Conflits - bureau F515, UFR DSP, Université Paris
Nanterre, 92001 Nanterre cedex - redactionagc@gmail.com
Les opinions exprimées dans les articles publiés n’engagent que la responsabilité de leurs
auteurs.
Illustration de couverture : Visite officielle organisée par la préfecture du Haut-Rhin en
banlieue de Mulhouse en 1975 (DR).
© Cultures & Conflits / L’Harmattan, novembre 2017
ISBN : 978-2-343-13540-300_Premieres_pages_107_c&c 03/11/2017 11:46 Page5
SOMMAIRE / LA PRODUCTION OFFICIELLE
DES DIFFÉRENCES CULTURELLES
Hommage /
p. 7 Le comité de rédaction
Barbara Delcourt (1967-2017)
Dossier /
p. 9 Narguesse KEYHANI, Sylvain LAURENS
La production officielle des différences culturelles (Introduction)
p. 15 Sylvain LAURENS
De la « Promotion culturelle des immigrés »
à « l’interculturel » (1974-1980)
Discours d’État sur une catégorie d’État
p. 43 Rachida BRAHIM
« Nous exécrons le racisme » : contrôle migratoire et approche
culturaliste des crimes racistes dans la France des années 1970
p. 61 Narguesse KEYHANI
La « question des races » dans un cadre administratif républicain :
la création de la Commission nationale pour les études
des relations interethniques
p. 77 Victor COLLET
Gouverner par les morts et les mots. Quand le passé colonial
et la « culture » immigrée deviennent une priorité municipale
p. 105 Laurence DE COCK
L’Achac et la transmission du passé colonial : stratégies
entrepreneuriales et culturalisation de la question immigrée
dans la mémoire nationale
p. 123 Jérémie GAUTHIER
Le policier et le culturel : Police et minorités à Berlin
Regards sur l’entre-deux /
p. 145 Eduardo RINESI
« Il n’y a aucune possibilité d’entente entre nous »
p. 158 Antonia GARCIA CASTRO
Note sur la place des mots
Résumés / Abstracts /00_Premieres_pages_107_c&c 03/11/2017 11:46 Page601_Hommage_Delcourt_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page7
Hommage à Barbara DELCOURT
(1967-2017)
Le comité de rédaction
’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de BarbaraCDelcourt, survenu le samedi 9 septembre 2017. Toujours enthousiaste,
chaleureuse et généreuse, Barbara fut une fidèle collaboratrice de la revue
depuis 2011, d’abord comme membre du comité de liaison international et
ensuite comme membre active du comité de rédaction. Par son travail, sa
bonne humeur et sa ténacité, elle fut une grande source d’inspiration pour
nombre d’entre nous. Nous avons voulu lui rendre hommage ici en retraçant
les grandes lignes de son parcours académique et scientifique.
Très tôt engagée politiquement et attirée par la recherche, Barbara
Delcourt fit ses études en science politique et en droit international à
l’Université libre de Bruxelles (ULB). Elle y obtint sa thèse de doctorat en
science politique, en 2001, intitulée « La reconnaissance conditionnelle des
républiques yougoslaves : un test de politique étrangère européenne ? Analyse
politologique d’un discours juridicisé ». Elle y produit une analyse politique
lucide, critique et subtile de la référence à des concepts et institutions
juridiques dans le discours des gouvernements des États européens au début de la
crise yougoslave. Sa thèse fut publiée en 2003 (Droit et souverainetés. Analyse
critique du discours européen sur la Yougoslavie, Bruxelles, Bern, Berlin,
Frankfurt/M, New York, Oxford, Wien, P.I.E.-Peter Lang, 2003, 490 p.).
À l’ULB, outre ses activités en tant que professeure de science politique et
de relations internationales, Barbara fut présidente du département de science
politique et vice-doyenne de la Faculté des sciences sociales et politiques. Elle
fut également directrice de l’unité de recherche REPI (Recherche et
enseignement en politique internationale). Son approche du métier d’universitaire
étant à la fois engagée et passionnée, elle sut rester très active au sein de la
revue en dépit de ses nombreux engagements professionnels.01_Hommage_Delcourt_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page8
Barbara s’est intéressée, dans ses nombreuses publications, tant en
français qu’en anglais, aux significations et transformations des principes
structurants des relations internationales. Portant, en particulier, l’analyse sur
l’interaction entre politique et droit, son approche – toujours à la fois originale,
précise et perspicace – cherche notamment à comprendre ce que des concepts
juridiques (souveraineté…) et politiques (gouvernance…) signifient et
impliquent concrètement dans l’organisation et l’exercice du pouvoir en relations
internationales. Elle a ainsi posé un regard novateur et mordant sur les
pratiques concrètes des acteurs internationaux.
Elle signa au printemps 2014 un article remarqué et représentatif de son
approche dans le n°93 de Cultures & Confits sur « le tabou de l’arme
chimique » dans le contexte de la guerre syrienne. Barbara s’est également
intéressée aux relations extérieures de l’Union européenne, aux mécanismes de
gestion des conflits internationaux et à l’administration internationale de
territoires dans le contexte des interventions politico-militaire
« occidentales ». Conformément à l’esprit critique qui la caractérisa, elle
mettait à chaque fois en évidence les rapports de pouvoir et les luttes qui
traversent des institutions en apparence marquées par un consensus autour de leurs
principes organisateurs.
Par son travail important, son engagement politique et son caractère
chaleureux et rayonnant, Barbara fut une amie fidèle ainsi qu’une collaboratrice
précieuse de la revue. Elle nous manquera plus que les mots ne peuvent
l’exprimer.
Cultures & Conflits n°107 - automne 2017
802_Keyhani_Laurens_edito_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page9
La production officielle
des différences culturelles
Introduction
Narguesse KEYHANI, Sylvain LAURENS
Narguesse Keyhani est post-doctorante à l’ISP où elle participe à une enquête
collective sur le traitement judiciaire des infractions racistes (JUSTIRACE /
GIPJustice). Ses enquêtes (doctorale et en cours) portent sur la sociologie de l’action
publique et les mobilisations contre le racisme et les discriminations.
Sylvain Laurens est maître de conférences à l’EHESS et chercheur au CESSP. Il est
notamment l’auteur de l’ouvrage Une politisation feutrée. Hauts fonctionnaires et
immigration en France (2009). Ses travaux se situent au croisement de la
socio-histoire de l’État et des classes dominantes.
n prenant pour objet la fabrique des discours sur les modes de vie, les rap-Eports entre groupes ethnicisés et le reste de la population ou sur les
pratiques déviantes de descendants d’immigrés, ce dossier s’intéresse aux «
cultures » des immigrés et des populations colonisées. Mais il se concentre sur
ceux qui les produisent, poursuivant en cela des travaux ayant mis en lumière
1le classement hiérarchisé des pratiques culturelles par les agents de l’État . Ce
dossier s’intéresse aux acteurs qui formulent des discours sur certaines
pratiques culturelles perçues comme « différentes », en appellent à les
reconnaître, les promouvoir ou au contraire à les « adapter » ou les transformer. Il vise
à rendre intelligible ce travail en identifiant des configurations
socio-historiques qui le rendent possibles.
Les articles proposent un éclairage sur différentes périodes de l’histoire
des discours sur l’immigration, les immigrés et sur les populations coloniales.
Couvrant une période qui s’étend des années 1960 aux années 2010, ils offrent
un panorama de configurations ayant produit de tels discours. Les moments
de redéfinition ou de transformation partielle des politiques publiques
favorisent l’émergence d’une production symbolique officielle sur ce qui est censé
1 . Sayad A., Les Usages sociaux de la culture des immigrés, Paris, CIEMM, 1978.02_Keyhani_Laurens_edito_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page10
constituer la « culture » de ces populations. Les articles reviennent ainsi sur la
production de savoirs et d’analyses et sur leur mobilisation dans l’action
publique à la faveur des transformations des rapports entre les pouvoirs
publics et les colonies ou ex-colonies, la mise en place d’une politique
d’immigration plus restrictive, l’institutionnalisation locale d’une politique
mémorielle, d’une action policière préventive ou encore la réforme des programmes
scolaires.
Mobilisant des approches aussi diverses que la sociologie de l’action
publique, des mobilisations, de l’institutionnalisation, de la police, la
sociohistoire du travail bureaucratique ou encore des savoirs et de l’expertise, les
contributions mettent en lumière ce qui, dans ces configurations précises,
favorise cette production symbolique à travers l’analyse du rôle d’une grande
variété d’acteurs (agents administratifs et préfectoraux, hauts fonctionnaires,
élus locaux, policiers, acteurs associatifs, chercheurs…) amenés à produire des
catégories de classement désignant par exemple ce qui distinguerait les
travailleurs immigrés des travailleurs français en termes de modes de vie, de rapport
à la famille, à l’habitat ou à l’espace. En fonction des acteurs qui les portent,
ces discours ne se focalisent pas uniquement sur les immigrés. Ils peuvent
aussi prendre pour objet, dans une perspective critique, le traitement de ces
populations par les institutions appréhendées par exemple à travers
l’enseignement de l’histoire dans l’éducation nationale ou la mémoire d’une commune.
Ce dossier place au centre de sa problématique le fait qu’érigées de longue
date en problème par les pouvoirs publics, notamment par l’administration,
les « cultures » des immigrés et de leurs descendants font l’objet de nombreux
discours descriptifs et prescriptifs qui contribuent à l’altérisation de certaines
franges des classes populaires. Le processus est ancien mais le développement
des migrations en provenance des colonies puis, à partir des années 1960, des
anciennes colonies françaises a constitué le terreau privilégié pour le
développement de discours administratifs et politiques sur les effets « nocifs » de cette
immigration sur le territoire français, en raison d’une altérité culturelle jugée
inédite par rapport aux migrations européennes. Les contributions réunies ici
entendent replacer au cœur de l’analyse la production symbolique en la
matière, opérée par les agents administratifs. Elles soulèvent ainsi un point
aveugle d’une certaine littérature sociologique qui discute la question des
différences culturelles sans prendre en compte l’inégale distribution des capacités
de classement des agents sociaux.
Car les sciences sociales ne sont pas restées en marge de ces débats. De la
sociologie de la déviance à celle du genre, en passant par celle de la famille, la
culture des immigrés fait l’objet de nombreuses enquêtes. Certains travaux en
font un facteur d’explication des phénomènes observés, et notamment des
2formes de déviance, en reprenant souvent l’idée d’une « distance culturelle »
Cultures & Conflits n°107 - automne 2017
10La production officielle des différences culturelles - N. KEYHANI, S. LAURENS 1111
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entre les immigrés et leurs descendants d’une part et le reste de la société
d’autre part. D’autres travaux encore plus récents ont insisté sur l’idée d’une
3« insécurité culturelle » dont serait victime en retour une partie des classes
populaires « françaises » peu intégrées à l’État-nation. Ces prises de position
font écho à des discours administratifs bien connus des historiens et
socio4logues des politiques d’immigration et d’insertion . Ces travaux ont fait
l’objet de nombreuses critiques savantes, pointant notamment le rôle prêté aux
cultures dans l’entre-soi familial, un facteur susceptible d’éclairer uniquement
5les pratiques des descendants d’immigrés . Outre cet usage controversé de la
« culture », cette notion tient également une place centrale dans les
postcolonial studies telles qu’elles se sont développées en France dans les années 2000
avec une ambition critique manifeste. Celle-ci s’incarne à travers l’appel à
considérer la domination coloniale dans toutes ses dimensions (politique,
économique, mais aussi culturelle) et par le postulat d’une perpétuation des
formes de cette domination, malgré les décolonisations officielles, dans les
sociétés décolonisées comme dans les anciennes sociétés colonisatrices. Ces
travaux ont largement été commentés, parfois de façon virulente, à partir
d’une relativisation de la nouveauté du questionnement sur les permanences
des modes de domination coloniale dans la société française et de la
surdétermination accordée à la domination coloniale pour expliquer les sociétés
6contemporaines . Ils ont également été critiqués en raison de la focalisation
sur les identités et cultures et leur réification ou encore pour la place centrale
que tient dans ce champ d’études l’analyse textuelle et sémantique du «
dis7cours colonial », oubliant l’analyse de sa réception et de ses usages . Ces
critiques invitent justement à interroger les processus de domination,
notamment culturelles, en privilégiant les enquêtes sur les conditions pratiques de
possibilité d’un « legs colonial » après les décolonisations, sans pour autant y
réduire les logiques de production de discours sur les cultures.
À travers les cas étudiés, les contributions réunies dans ce numéro mettent
en évidence plusieurs dimensions de la fabrique officielle de discours sur
l’immigration et les immigrés : leur émergence s’accompagne d’un travail de
persuasion de l’existence d’un besoin de connaissances et de savoirs sur l’«
identité » de ces populations. Elle dérive de la nécessité pour les locuteurs de ces
discours de justifier leur action ou leur position dans un champ. Observés
depuis des organisations (Commission nationale pour les Études des
Relations interethniques, Office national de promotion culturelle des
immigrés), les champs dans lesquels ils sont mobilisés (champs académique,
poli2 . Lagrange H., Le déni des cultures, Paris, Seuil, 2010.
3 . Bouvet L., L’insécurité culturelle, Paris, Fayard, 2015.
4 . Rudder V., « La tolérance s’arrête au seuil », Pluriel, n° 21, 1980, pp. 3-13.
5 . Mohammed M. et M. Selz, « Le déni des familles ? », Sociologie, 2011,
https://sociologie.revues.org/896.
6 . Bayart J.-F., Les études postcoloniales : un carnaval académique, Paris, Khartala, 2010.
7 . Sibeud E., « Post-Colonial et Colonial Studies : enjeux et débats », Revue d’histoire moderne
et contemporaine, vol. 5, n° 51-4 bis, 2004, pp. 87-95.02_Keyhani_Laurens_edito_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page12
tique…) ou encore à travers l’analyse de routines professionnelles, ces
discours sur les cultures montrent comment le travail de catégorisation des
individus dans des groupes sociaux définis par des attributs culturels répond à des
logiques autres que le seul travail de description des populations ciblées.
Sylvain Laurens revient sur le travail de l’Office national de promotion
culturelle des immigrés créé par le secrétariat d’État aux travailleurs immigrés
(SETI) n 1976 et en fait une entrée pour observer les modes d’inculcation
d’une pensée d’État. Alors que se met en place la nouvelle politique
d’immigration et en particulier la politique des retours, il montre comment le travail
d’information des Français sur les « coutumes » des travailleurs immigrés et
en direction des travailleurs saisonniers s’articule avec les politiques du
secrétariat d’État. La « promotion culturelle » des travailleurs immigrés répond à la
volonté du SETI de séduire l’électorat de gauche tout en entretenant les liens
des travailleurs immigrés avec les « cultures » des pays d’émigration.
L’article de Narguesse Keyhani s’intéresse au rôle de hauts fonctionnaires
dans la création en 1966 de la Commission nationale pour les Études des
Relations interethniques. Leur socialisation dans les institutions onusiennes
qui formulent dès les années 1950 les termes de la « question des races » et leur
investissement dans la politique nationale de coopération scientifique dans le
contexte des décolonisations éclairent l’élaboration d’un besoin de savoirs sur
les « relations interethniques » et les orientations pratiques qui leur sont
attribuées. L’article permet de comprendre comment émerge une interface
organisée entre administration et chercheurs qui favorise une nouvelle lecture de la
question immigrée en plaçant les cultures des travailleurs immigrés au cœur
d’un programme de recherche.
Jérémie Gauthier s’intéresse quant à lui à la place que tiennent les discours
sur les cultures des immigrés dans l’action policière à Berlin. L’examinant à
travers les politiques publiques de sécurité, les représentations
professionnelles et les pratiques policières sur le terrain, il identifie une culturalisation de
l’action policière préventive au sein de la police berlinoise. À la différence de
répertoires d’action policiers répressifs, la police berlinoise fonde sa légitimité
sur la constitution de « réseaux » avec des acteurs extérieurs à l’institution
(mairies, écoles, associations, travail social) et en mobilisant des « compétences
interculturelles ». Si cette stratégie préventive a pour effet de redéfinir le rôle
traditionnel de la police au sein de la démocratie locale, elle peut conduire à
des formes de « profilage culturel ».
Déplaçant l’observation des cultures des immigrés à celles de la visibilité
de leur histoire dans le patrimoine, l’article de Victor Collet revient sur une
mobilisation des années 2000 pour la reconnaissance de la mémoire de la
colonisation et de l’immigration dans une municipalité de gauche. Il montre
comCultures & Conflits n°107 - automne 2017
12La production officielle des différences culturelles - N. KEYHANI, S. LAURENS 13
02_Keyhani_Laurens_edito_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page13
ment la rencontre entre le renouvellement du conseil municipal et l’ascension
de militants associatifs accélère l’institutionnalisation de la mémoire comme
l’illustrent les débats pour une école au nom du sociologue Abdelmalek Sayad
et d’une rue au nom d’un habitant d’origine marocaine tué dans les années
1980. Ces mobilisations pour rendre visible la présence de l’immigration dans
l’histoire de la commune donnent à voir les transformations de la
configuration locale de l’action publique : elles témoignent des visées électoralistes des
élus comme des ressources dont disposent au niveau local les militants
associatifs et de quartier. L’inscription de l’« identité » de la commune dans
l’histoire de l’immigration devient un enjeu pour une diversité d’acteurs engagés
dans le jeu municipal.
La mobilisation de discours sur les cultures des immigrés revêt également
une autre dimension : elle peut constituer une ressource discursive dans la
définition des conflits, des rapports sociaux, de négociations diplomatiques.
C’est ce que montre Rachida Brahim à travers la question du traitement des
crimes racistes dans les années 1970. Reconstituant le travail de qualification
de ces crimes par les agents de l’État chargés de les traiter (fonctionnaires des
services de police, des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères), sa
contribution montre comment les violences policières et les meurtres de
travailleurs immigrés sont rabattus sur l’instabilité psychologique ou
l’inassimibilité supposées des victimes. Ce traitement s’inscrit plus généralement dans
un cadrage discursif en termes de problèmes de « cohabitation culturelle »,
alors que les conditions de l’immigration algérienne sont renégociées au
niveau diplomatique. Ce sont ainsi les contours du statut de victime et le
racisme qui sont redéfinis par ces acteurs.
Mais les agents de l’État n’ont pas le monopole de la définition du racisme.
Comme le montre Laurence de Cock, cette définition est aussi le fait d’acteurs
critiques des pouvoirs publics, en l’occurrence à travers la dénonciation du
traitement du passé colonial dans les manuels scolaires. En revenant sur la
mobilisation de l’Association pour la connaissance de l’Afrique
contemporaine (ACHAC) pour la réforme des programmes d’enseignement de
l’histoire, sa contribution replace ce discours critique dans une stratégie plus large
d’imposition au sein du marché de l’édition des manuels d’histoire, du champ
académique et auprès des pouvoirs publics. Les discours présupposant le
transfert d’une « culture coloniale » sont appréhendés à l’aune du
multipositionnement de l’ACHAC. L’article éclaire ainsi les conditions d’une
définition contemporaines du racisme reposant sur l’idée d’un continuum entre le
racisme subi par les colonisés et celui subi par les descendants d’immigrés, au
prix d’une essentialisation de la figure de l’indigène et de la question immigrée. 02_Keyhani_Laurens_edito_107_c&c 31/10/2017 22:57 Page1403_Laurens_107_c&c 31/10/2017 22:59 Page15
De la « Promotion culturelle
des immigrés » à « l’interculturel »
(1974-1980)
Discours d’État sur une catégorie d’État
Sylvain LAURENS
Sylvain Laurens est maître de conférences à l’EHESS et chercheur au CESSP. Il est
notamment l’auteur de l’ouvrage Une politisation feutrée. Hauts fonctionnaires et
immigration en France (2009). Ses travaux se situent au croisement de la
socio-histoire de l’État et des classes dominantes.
« On voulait déplacer des préjugés, montrer aux Français
que les immigrés n’étaient pas un peuple d’ignorants, que
l’ouvrier qui travaillait à la chaîne faisait partie de la
frange la plus pauvre mais que les cultures étaient belles ».
Entretien avec Francis Bouquillon, ancien directeur de
l’organisme l’Information culture et immigration, Paris,
2003
Si notre façon de penser l’immigration est largement tributaire d’une
pensée d’État, cela est sans doute dû au fait que les agents de l’État veillent non
seulement à l’établissement et au maintien de frontières juridiques et
administratives mais sont aussi en position de produire un métadiscours sur leurs
pro1pres catégories de classement . Ils contribuent, dans le même mouvement, à
actualiser les principes de division entre nationaux et étrangers au sein de
l’es2pace social – mobilisant pour cela des ressources réglementaires et juridiques
– mais participent aussi à l’écriture d’une histoire « officielle », immédiate, de
cette opération de magie sociale à travers laquelle se pérennisent
quotidiennement ces lignes de partage. Ils proposent un décompte « des entrées sur le
ter1 . Bourdieu P., « Esprits d’État, genèse et structure du champ bureaucratique », in Bourdieu P.,
Raisons Pratiques, Paris, Seuil, 1994, pp. 101 et suivantes ; Sayad A., « Immigration et “pensée
d’État” », Actes de la recherche en sciences sociales, 1999, n° 129, pp. 5-14.
2 . Lochak D., Étrangers, de quel droit ?, Paris, PUF, 1985 ; Spire A., Étrangers à la carte :
l’administration de l’immigration en France, Paris, Grasset, 2005.03_Laurens_107_c&c 31/10/2017 22:59 Page16
ritoire », chiffrent l’apport de l’immigration à une « économie nationale »,
comptabilisent les « actes xénophobes », bref opèrent une mise en récit de
l’ensemble des relations qu’une société nationale entretiendrait avec « ses »
étrangers. Les agents de l’État sont ainsi parmi les premiers producteurs et
financeurs de discours et d’images publiques sur « l’immigration » et «
l’immigré ».
À cet égard, le volet « culturel » de la politique d’immigration est trop
souvent considéré comme une question secondaire et a fait l’objet de peu
d’études, en comparaison, par exemple, à la question de la législation régissant
les entrées et le séjour. En France tout particulièrement, ce volet pâtit d’une
« absence relative dans le développement de l’historiographie française de
3l’immigration ». Il offre pourtant, dans une perspective socio-historique, une
focale privilégiée pour analyser, à l’état explicité et objectivé, ce travail de
production symbolique auquel contribuent les agents de l’État en proposant
« leur » version de l’histoire et « leur » vision des rapports sociaux en matière
4d’immigration .
Le volet culturel de la politique d’immigration permet d’appréhender,
sous une forme matérialisée, la mise en mots et en images de représentations
5que les fonctionnaires-gouvernants contribuent à promouvoir auprès de
l’ensemble d’une société nationale. Cette production symbolique, à laquelle
des experts ou des universitaires sont parfois conviés, sous-tend une
description légitimée de ce que seraient les immigrés, de ce qui constituerait leur
« culture d’origine », de ce que seraient leurs liens, leurs échanges avec « les
Français ». Ils constituent un bon exemple de tentative d’imposition d’une
domination culturelle, une forme de « lutte culturelle » qui – sans fabriquer
totalement les perceptions populaires – peut en confiner ou en contrer
locale6ment des définitions .
Tous les aspects de ce processus ne seront pas abordés dans le cadre de
cette contribution, car retracer la sociogenèse d’un volet « culturel » de la
politique d’immigration française constituerait sans doute un programme de
recherche en soi. La constitution, dans sa forme contemporaine, d’une
politique de « promotion culturelle » des immigrés puis d’une « politique
interculturelle », sera abordée à partir des matériaux recueillis dans le cadre d’une
3 . Escafré-Dublet A., Culture et immigration. De la question sociale à l’enjeu politique
(19582007), Rennes, PUR, 2014, p. 16.
4 . Laurens S., Hauts fonctionnaires et immigration en France (1962-1981). Socio-histoire d’une
domination à distance, Thèse pour le doctorat de l’École des hautes études en sciences
sociales, 2006 (voir notamment le chapitre X consacré aux politiques culturelles).
5 . À la suite de J. Lagroye, de J-M. Eymeri-Douzans, nous privilégions le terme de
fonctionnaires-gouvernants pour désigner ces agents relevant de la haute fonction publique et
circulant alternativement entre positions administratives et politiques au cours de leur carrière
(Laurens S., op. cit., 2009, p. 17).
6 . Hall S., « La déconstruction du “populaire” », in Identités et cultures, Paris, Éditions
Amsterdam, 2007, pp. 119-125.
Cultures & Conflits n°107 - automne 2017
16De la « Promotion culturelle des immigrés » à « l’interculturel »… - S. LAURENS 1177
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recherche qui a mis l’accent sur le rôle joué par les hauts fonctionnaires dans
un processus qui a refait de l’immigration un problème public constamment
sous les feux du « débat public » depuis la décennie 1970.
C’est dans ce cadre qu’il sera procédé à l’étude des organismes qui ont eu
en France, à compter du milieu des années 1970, à assurer la diffusion et la
médiatisation d’une représentation officielle et promue par l’État des
travailleurs immigrés. Le volet culturel de la politique d’immigration tel qu’il évolue
et se transforme dans cette période offre un prétexte privilégié pour étudier
des fonctionnaires-gouvernants aux prises avec la production officielle d’un
discours sur les différences culturelles. Ces différents organismes n’ayant pas
fait l’objet de dépôt d’archives publiques, cette contribution repose
principalement sur une étude d’archives privées, complétée par les témoignages de
différents hauts fonctionnaires et responsables politiques chargés au sein de
l’administration et du gouvernement d’en contrôler l’évolution. Contenant
beaucoup de notes informelles et de documents de travail, elles offrent de
nombreux exemples des tentatives de surveillance dont font part ces organismes à
prétention culturelle, tant de la part de l’État français que des pays tiers
surveillant l’expression culturelle de leurs ressortissants à l’étranger.
Nous appréhenderons dans un premier temps la constitution de ces
organismes paraétatiques en restituant ce que leur genèse doit aux paradoxes de la
« nouvelle » politique d’immigration promue par Paul Dijoud. Cet
investissement de l’État dans la promotion d’un discours « pédagogique » sur la «
culture de l’immigré » est, en effet, lié à une configuration politico-administrative
particulière et a nécessité l’implication d’agents venus d’espaces divers dont la
spécialisation progressive sera retracée. Il sera montré dans un second temps
dans quelle mesure ce travail de publicisation emprunte des procédés
rhétoriques classiques à travers lesquels se joue la difficile imposition d’une
représentation étatique des rapports entre Français et immigrés accompagnant les
politiques migratoires du moment. Le volet culturel de la politique
d’immigration suppose de faire vivre le besoin d’une intervention administrative là où
d’autres acteurs associatifs et militants prétendaient déjà contribuer à
l’expression culturelle des travailleurs migrants. Les manifestations publiques (qui
doivent rester discrètes pour ne pas heurter une partie de l’électorat
conservateur) et le recours à un vocabulaire valorisant l’existence de « cultures
différentes » dont seraient porteuses des « communautés immigrées » bornent ces
productions officielles qui se voient rapidement contestées. Pour perdurer,
cette entreprise officielle de culturalisation des différences sociales va alors
largement mobiliser le lexique de « l’interculturel », un discours dominant à
compter de 1979 et qui est promu au même moment dans des instances
internationales et européennes. Mais en dépit d’un recours à des terminologies
progressistes, ce discours public et étatique produit par des organismes officiels
racontant la culture et « l’histoire » des immigrés va se heurter de façon osten-