Les centres éducatifs fermés : entre logique pénitentiaire et logique éducative

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Description

Éduquer ou punir ? Tel est le dilemme aujourd’hui des centres éducatifs fermés pour mineurs délinquants.
Cet ouvrage a été rédigé par un témoin de l’éducation spécialisée. Il a observé pendant des années les faits et gestes des travailleurs sociaux, du personnel administratif... et des jeunes placés dans des institutions éducatives. En s’appuyant sur les apports théoriques de Goffman et Foucault, il a également exploité les conversations ordinaires et les documents officiels pour s’imprégner de l’histoire de ces institutions aux dérives totalitaires.
De la logique pénitentiaire à la logique éducative, de la protection judiciaire de la jeunesse à l’évaluation des institutions publiques, de l’analyse minutieuse d’une institution éducative totalisante à l’approche comparative européenne, cet ouvrage pose les limites de l’éducation corrective au moment où le "tout répressif" est à l’honneur et s’interroge sur les réponses à apporter aux mineurs délinquants.

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Date de parution 01 janvier 2015
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EAN13 9782849244029
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0135 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les centres éducatifs fermés
Approche socio-historique
La collection« Essai »se veut ouverte aux nouveaux regards portés sur les sciences, les faits de société et les questions contemporaines.
Dans la même collection :
Science et diplomatie, Pierre-Bruno Ruffini Des métallos aux jeunes dex cités, Éric Marlière Du refus d’être père,François Faucon L’islamisme radical et l’Occident,Sophie Viollet Polynésiens et Indiens d’Amérique du Nord, Mikko Heikinheimo Plaidoyer pour les cochons, Michelle Julien La condition politique des Français d’origine non européenne, Adda Bekkouche Le réveil du monde arabe : douze scénarios d’avenir, Gilles Chenève Pas simplement quand ils nous rasent,Christophe Médici Crises économiques et régulations collectives, Michel Leis Amnesty International : enquête sur une ONG génétiquement modifiée, Marc Girot L’Afrique des timocrates, Léon Koungou L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels, Thierry Karpiel La vache à lait : notre consommation, leur martyre, Michelle Julien Les jeunes et la discothèque, Éric Marlière École, violence et domination, Pierre Badiou & Dominique Vachelard Sociologie des immigrés âgés, Emmanuel Jovelin & Fatima Mezzouj Crise : une chance pour l’entreprise ?, Jean Burnod Intervenir auprès des mineurs étrangers isolés, Francisco Mananga Le management noir, Christophe Médici Le krach de la dette publique, Sébastien Groyer L’accueil des demandeurs d’asile, Carolina Kobelinsky L’immigration : problématiques et défis, Violette Daguerre L’Internet des objets, Geoffrey Zbinden Les droits de l’enfant : une fausse bonne idée, Philippe de Dinechin Hyperphagie : l’obsession de manger, François Faucon La nudité : pratiques et significations, Christophe Colera Écoterroristes ou écoguerriers ?, Roger Ribotto Le souverainisme : une idée certaine de la France, Philippe Boulanger La jeunesse qui range sa chambre, Grégory Kapustin Philosophie du ménage, Sébastien Groyer L’écologie profonde, Roger Ribotto La sexualité collective, Radu Clit Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien, Vladimir Mitz Psychologie de la fatigue, Jean-Louis Dupond J’accuse la dérive de la psychanalyse, Sylvie Lanzenberg
Image de couverture : prison © tiero - Fotolia © Éditions du Cygne, Paris, 2015
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-402-9
Benaïssa Hallak
Les centres éducatifs fermés
Entre logique pénitentiaire et logique éducative
Préface d’Emmanuel Jovelin
Éditions du Cygne
Remerciements
Je tiens à remercier mon épouse Maria, mes enfants, Yousra, Saphir, et Elias. Je n’oublie pas les jeunes placés au Centre d’Apprentissage de Phalempin, mes collègues et également mon ami Emmanuel Jovelin, qui m’a toujours encouragé à rédiger cet ouvrage, et enïn Fatima Mezzouj pour la relecture.
Préface
Hallak Benaissa est un ami de longue date. Nous nous sommes connus, il y a bien longtemps sur les bancs de l’université en première année de sociologie. Foudroyé par la maladie, il nous a quittés, il y a quelques mois en laissant derrière lui, des bouts de recherches inachevées. Ami intime, discret, conïdent, réservé, passionné par sa discipline la sociologie, nous avons passé des heures à discuter de nos objets de recherches notamment, les questions autour de la délinquance des mineurs et de l’immi-gration. Éducateur et enseignant dans les écoles de formations sociales, il était fortement apprécié de ses étudiants et collègues. Cet ouvrage est le fruit de longues années d’observation dans une institution qu’il a toujours qualiïée de totale : le centre d’ap-prentissage de Phalempin dans le Nord de la France. Il aurait pu le publier il y a quelques années, mais perfectionniste, il voulait à chaque fois l’améliorer. Emporté par la maladie, j’ai souhaité que cet ouvrage puisse paraître aïn de montrer l’analyse ïne d’une institution totale, le centre d’accueil pour adolescents en danger. Mais faire une observation dans un lieu où l’on travaille, un lieu familier, n’est pas appréhendable d’emblée. Cela nécessite, un travail de distan-ciation comme on peut lire à travers ses propres propos : «Au risque d’inverser la dynamique de l’observation dite participante ou in situ, 1 nous parlerons dans cette recherche de l’observation endotique , indigène ou originaire. Une participation non comme simple partage de l’espace et du temps, mais comme partage des « secrets » ou des coulisses de la communauté
1. C’est à M. Augé que nous devons cette formulation lorsqu’il a parlé d’anthropologie « endotique », en tant que culture du chercheur, par opposi-tion à l’anthropologie exotique in«Qui est l’autre ? itinéraire anthropologique »,L’Homme, 1989, N° 103, p 7-26.
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étudiée. Endotique, car nous ne nous trouvons pas dans la situation arti-2 cielle – les plongeons ou les immersions dans la vie indigène – de l’ethno-logue ou du sociologue s’introduisant, chacun à sa manière, au sein des popu-lations dites primitives ou urbaines. Nous vivons encore moins l’expérience du reporter qui se déguise et s’incruste dans d’un milieu fermé pour se livrer à des investigations spectaculaires et clandestines». En effet, Benaissa Hallak, en qualité d’éducateur spécialisé, travaillait dans un établissement où il a observé faits et gestes des jeunes, du personnel administratif, du personnel éducatif ; il a étudié l’institution, a exploité ce qu’il appelle « la conversation courante », les documents pour s’imprégner de l’histoire du centre d’apprentissage de Phalempin ; il a interviewé le père fondateur de cette grande institution, pour construire son objet d’étude. Il pose dans son introduction la question du « strabisme » habité par une personne se trouvant « dans sa position, dans notre position puisque je vivais le même dilemme » : «le dilemme de l’édu-cateur-sociologue observateur ou acteur participant». Une combinaison de statuts qui engendre des problèmes d’objectivité, d’implica-tion, comme il l’a intelligemment souligné : «Administrativement, notre statut est sociologue faisant fonction d’éducateur spécialisé. Nous pour-rons inverser la formule est dire, que pour cette approche socio-historique nous sommes éducateur faisant fonction de sociologue». Je me suis posé la même question en travaillant sur le chapitre «l’éducateur et le sociologue face à la délinquance des mineurs placés 3 dans les institutions éducatives. Le centre des apprentissages de » Phalempin, de part son histoire, était habité par la violence tant de la part des travailleurs sociaux que des jeunes placés. Ainsi par exemple : «un jeune placé partant en fugue, à son retour à l’établissement, était sévèrement puni, et obligé de porter pendant plusieurs jours un pyjama
2. Nous faisons allusion aux expériences de : Griffin J. H.Dans la peau d’un noir,G.,Paris, Gallimard, 1976 ; Wallraf Tête de turc,Paris, La découverte, 1982;Porquet J-l,La débine, 1986. 3. Jovelin E., « L’éducateur et le sociologue face à la délinquance des mineurs placés dans les institutions éducatives », In Jovelin E.,Immigration, déviance et travail social. De la sociologie interactionniste à la sociologie de la reconnaissance, HDR, Université des sciences et technologies de Lille1, Tome 1, 2010
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rayé, comme celui des déportes pendant la deuxième guerre mondiale. La « baffocratie » était le maître mot pour régler les conits avec les jeunes. Les punitions allaient du nettoyage des escaliers avec une brosse à dents à d’autres types de punitions. Dans l’atelier bois, lorsqu’un jeune commettait un acte non conforme aux consignes de l’éducateur technique, il se faisait corriger par une paire de baffes et ensuite, l’atelier fer fabriquait de gros morceaux de fer en forme de camembert, et l’éducateur disait au jeune d’ima-giner que c’était un camembert et qu’il devait le couper en tranches avec une scie à métaux» (Jovelin, 2010, p. 159). Mais que dire, sinon, comme le rappellent sans cesse les anciens qui ont connu ce modèle éducatif militaire, c’était un mode de socialisation de l’époque, de l’éducation de l’époque, pour les jeunes placés à l’époque. Ces types de sévices, les anciens que Benaissa Hallak et moi-même avons côtoyés s’en souviennent encore et nous les rappelait lors de leur passage dans l’institution…mais les choses ont bien changé. Tant mieux… enïn j’espère. Benaissa Hallak, se pose donc à juste titre la question de la neutralité axiologique soulevée par Max Weber. Mais à la lecture de cet ouvrage, y est-il parvenu ? Je vous invite donc à vous plonger avec lui dans un travail entamé depuis quelques années avec des imperfections certes mais utile pour interroger le sens du placement aujourd’hui. Que cherche-t-il à démonter dans cet ouvrage ? Dans cet ouvrage il formule l’hypothèse suivante :«les moda-lités de la prise en charge physique ou résidentielle – Publique et Privée – de l’enfance délinquante ou en danger, ne sont pas – pour des raisons diverses, notamment économiques et politiques – encore sorties de l’éternel balancement entre des opérateurs tels : ouvert/ fermé ; Surveiller/ veiller-sur ; protéger/ se protéger ; répressif/ éducatif, etc…le centre de rééducation (internats et institutions spécialisés) n’est en fait qu’une formule résidentielle qui permet ‘ l’enfermement » sans pour autant que celui-ci soit objectivement carcéral ou asilaire. En d’autres termes encore, à partir du moment où l’on impose le placement, y’a t-il quelque chose à faire d’autre que de contrôler, surveiller et punir ?».
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Cette hypothèse est le ïl conducteur de cet ouvrage qui pose une question simple : à quoi sert le placement ? Il va le démon-trer en s’appuyant sur les travaux de Foucault et Goffman en montrant à travers quelques incursions chez Durkheim que «tout acte déviant est une blessure dans la conscience collective». Finalement le soin n’est pas destiné au coupable mais aux honnêtes gens qui demandent réparation. Dès lors, on peut s’interroger sur le sens du placement des adolescents difïciles. Au fond précise Benaissa Hallak malgré l’humanisation de la prise en charge, l’idéologie qui prévalait à l’époque n’a pas disparu. Il sufïrait de voir les différentes lois en cours à chaque changement de majorité et la création des centres éducatifs fermés n’est que l’émanation de cette conscience collective qui demande répara-tion et Benaissa Hallak ne se prive pas de le souligner : « malgré les progrès et les efforts et initiatives déployés, pour la prise en charge des mineurs délinquants, l’idéologie de la clôture carcé-rale ou asilaire… n’est qu’en partie démantelée et qu’il risque, avec la création des centres éducatifs fermés, d’être réactivée ou renaître de ses cendres ». Pour répondre à son hypothèse, la première partie de cet ouvrage propose la théorie de l’enfermement à partir évidem-ment de deux auteurs classiques Foucault et Goffman. Benaissa Hallak y aborde une approche socio-historique des colonies agricoles, l’évolution de l’éducation surveillée, la place des juges des enfants et enïn un détour par l’institution PJJ « la protection judiciaire de la jeunesse ». La deuxième partie « les métamor-phoses d’une maison de correction » met en scène ses observa-tions et son vécu dans cette institution en tentant d’appliquer la théorie goffmaniènne d’institution totale au centre d’apprentis-sage de Phalempin. Dans cette deuxième partie, nous assistons à un voyage ethnologique, à un exercice difïcile, d’une recherche en travail social où l’auteur met son expérience en balance, avec une distance critique, une proximité distante assez sérieuse pour analyser cette institution de manière convaincante malgré quelques imprécisions.
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