Mémoires d'une petite fleur de lys

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270 pages
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Je suis Chinoise Malgache, née d'un père chinois et d'une mère métisse. Mon père est mort alors que j'avais juste trois ans et j'ai longtemps souffert de l'avoir si peu connu. Dès l'âge de onze ans j'ai été contrainte de quitter ma famille et de faire l'apprentissage de la vie... Cette autobiographie transportera le lecteur de ma naissance à Madagascar, l'île rouge, à mon arrivée en France, seule sous la neige, à l'âge de 18 ans.

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Date de parution 06 novembre 2017
Nombre de visites sur la page 8
EAN13 9782140050466
Langue Français

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BrigitteYONGK IT
Mémoires d’une petite fleur de lys
Les pérégrinations d’une Chinoise Malgache
Graveurs de Mémoire Série : Récits / Océan Indien
Mémoires d’une petite fleur de lys
Graveurs de mémoire Cette collection est consacrée à l’édition de témoignages et récits personnels contemporains. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques (univers professionnels, itinéraires individuels divers...).Déjà parus
Cointepas (Michel),L’Alligator, Itinéraire d’un enfant de Mai 68, 2017.
Oudiné (Bernadette),Une directrice raconte, Petits secrets sur le collège et le lycée,2017.
El Houeiss (Rodrigue),Raymond Eddé ou une certaine idée du Liban,souvenirs politiques,2017.Messahel (Michel),Itinéraire d’un harki, mon père. De l’Algérois à l’Aquitaine. Histoire d’une famille,2017. Diallo (Boubacar),Le médecin de rapatriement, Chroniques d’une profession méconnue,2016. Souaré (Mamadou Bombâ),Servir son pays sans se servir, Itinéraire d’un haut fonctionnaire dans l’administration de la Guinée Conakry,2016. Chesnel (Gérard),? Itinéraire d’unAmbassadeur vas-tu savoir faire Normand en Asie,2016. Swietek (Stanislas),Instituteur dans l’Oranais, une passion algérienne, de 1959 à 1968,2016. Oberlin (Denise),La rose entre les dents, Un itinéraire féminin en Franc-maçonnerie,2016. Bénard (André),Le hasard et l’opiniâtreté, De la Royal Dutch Shell au Tunnel sous la Manche,2016.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Brigitte YONGKITMEMOIRESDUNE PETITE FLEUR DE LYSLes pérégrinations d’une Chinoise Malgache L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13267-9 EAN : 9782343132679
À mes trois enfants, Frédéric, Christophe et Sandrine
Chapitre I : Ma famille
L’année de ma naissance / Mon père, un Cantonais émigré à Madagascar / Ma mère / Mes onze frères et sœurs / Mon parrain le barbu / La maladie de mon père / Sa dernière lettre / Le sentiment de manque de ne pas l’avoir connu, mes cauchemars / Le mariage de Lucie et son départ pour Macao. Je suis née le 6 mai en 1960 à 14 heures, quelques jours seulement avant l’indépendance de Madagascar proclamée le 26 juin 1960 et faisant suite, en 1958, à la visite du Général de Gaulle et au référendum d’autodétermination. Contrairement à la rébellion de 1947, qui fut écrasée dans le sang, la transition vers l’indépendance s’était faite en douceur. Ma ville natale est Fénérive, à une centaine de kilomètres au nord de Tamatave, sur la côte est de Madagascar. Mon père éprouva un immense bonheur et il ne cessa de m’entourer d’un immense amour. J’étais un très joli bébé, à la peau brune avec très peu de cheveux. J’étais facile, je ne pleurais que lorsque j’avais faim ou lorsque j’étais sale. Mon père, originaire de Canton en Chine, me donna comme prénom Yong Kit, ce qui signifie Petite Fleur en cantonais, car aux yeux de mon père, j’étais comme une fleur, aussi jolie et fragile. Ma mère, chinoise malgache, m’avait choisi un prénom français, Brigitte, d’où mon surnom, Baby pour les intimes. Mon nom de famille était Chan, et mon nom complet, celui qui fut déclaré plus tard à l’école, était Chan Yong Kit Brigitte. Je suis donc chinoise par mon père et chinoise malgache par ma mère. Je n’ai que très peu de souvenirs de ma petite enfance. C’est ma mère qui m’a raconté plus tard ce que je sais de cette période.Toute petite, j’étais affectueuse et très attachée à mes parents, surtout à mon père. J’étais constamment collée à lui et je me sentais en sécurité avec lui. Avec maman, mes rapports étaient différents car elle était moins disponible, pourtant je l’aimais et elle m’aimait aussi. Il faut dire que papa me dorlotait beaucoup, c’est ce que me disait maman. Lorsque j’avais du mal à m’endormir, il me prenait dans ses bras et aussitôt je m’endormais à poings fermés comme si j’avais besoin d’être rassurée pour m’endormir. Puis il me mettait tout doucement dans mon lit, en
prenant soin de ne pas me réveiller. Ensuite il me couvrait, puis il restait là, auprès de moi, un petit moment, avant de retourner s’occuper de notre épicerie. En vérité, parmi tous ses enfants, j’étais sa préférée. Il m’entourait de beaucoup d’affection et me couvait. À quelques mois, quand j’ai eu l’âge de m’amuser par terre à quatre pattes, mon père se mettait aussi à quatre pattes et il cherchait à m’attraper. Je riais et lui aussi. Il fallait voir combien nous étions heureux d’être ensemble. Quant à ma mère, par manque de temps, elle ne jouait pas avec moi. Tous les jours elle était occupée à la besogne, elle faisait les lits, le ménage, les courses, la cuisine, la couture, la lessive et le repassage. À l’époque nous n’avions pas de lave-linge, il fallait tout laver à la main, les vêtements, les langes, etc. Cela faisait des journées harassantes. Et il fallait aussi qu’elle s’occupe de mes frères Maurice et Claude et de ma sœur Claire. Les autres frères et sœurs étaient déjà plus grands. Pour ma mère le repos n’existait pas. En plus, à cette époque mes parents n’avaient pas encore de domestiques. Encore fallait-il avoir les moyens avec douze enfants à élever. C’est pourquoi papa préférait aussi me consacrer du temps afin que je ne reste pas trop seule. Ma mère me disait souvent qu’il m’avait énormément gâtée, qu’il m’avait aimée si fort parce que j’étais la petite dernière, la plus douce et la plus jolie. J’étais la favorite dans le cœur de mon père. Je ne marchais pas encore que je connaissais déjà mon pouvoir sur lui. Comme tous les enfants, il m’arrivait de faire des bêtises. Ma mère me disputait, mais mon père prenait toujours ma défense, ce qui rendait maman furieuse : « Man Heng tu es trop indulgent avec elle. Cela n’est pas bon pour son éducation. » Il est vrai qu’à Madagascar le père doit être sévère et la mère indulgente, mais avec moi, c’était tout le contraire. Ma mère se posait mille questions sur mon éducation et sur mon avenir. Papa lui disait d’un air malheureux : « Mais ne t’énerve pas, Alice. Tu vois bien qu’elle est la petite dernière. Elle est si sage et obéissante. » Mais pour maman, cela ne suffisait pas. À deux mois environ, je fus baptisée. Ma mère était heureuse car elle était une fervente catholique. Mon père, lui, était athée, mais ce
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n’était pas un problème du tout. Maman pensait aussi pouvoir partager son opinion sur mon éducation avec mon parrain René. Pour elle c’était très important. À l’époque, parrains et marraines jouaient un rôle important dans l’éducation des enfants. Mais moi, mon parrain le barbu, je ne l’aimais pas. Le jour de mon baptême, dès qu’il m’a pris dans ses bras, je m’étais mise à hurler, et ce pendant tout le reste de la cérémonie. Mes parents étaient très gênés et les gens ne pouvaient même pas entendre le curé. D’ailleurs, à chaque fois qu’il me prenait dans ses bras, je me mettais à pleurer et à hurler. Mes parents ne comprenaient pas. Je pense qu’il me faisait peur. Peut-être était-ce à cause de sa longue barbe noire ? Il faut dire aussi qu’il était très noir de peau, avec des dents toutes blanches et de gros yeux tout blancs. Imaginez un peu ! Pauvre René, il a vraiment dû me trouver désagréable ! Quand il nous rendait visite à la maison, à peine entendais-je sa voix que je me sauvais à quatre pattes pour me cacher sous la grande table de la salle à manger recouverte d’une très longue nappe blanche brodée avec des petits personnages malgaches. Une fois installée sous la table, je ne bougeais plus et je ne faisais aucun bruit pour ne pas me faire repérer et cela jusqu’à ce qu’il parte de chez nous. Habituellement je m’amusais à tirer les bordures de la nappe comme le fait un petit chaton, mais là je ne touchais à rien, je me camouflais. Pour ne pas me trahir, mon père et ma mère mentaient à René en lui faisant croire que je dormais dans la chambre à côté. Maintenant, je vais vous raconter l’histoire de mes parents telle que je la tiens de ma mère, car je n’ai aucun souvenir de mon père. Mon père s’appelait Chan Lai Man Heng. Chan était son nom, Lai son nom de génération et Man Heng son prénom. Tous mes frères et sœurs ont donc eu pour nom de famille Chan, suivi d’un prénom chinois et d’un prénom en français. Mon père était un Cantonais émigré à Madagascar. Né vers 1918 à Canton, il avait quitté son pays, la Chine, ses parents et sa famille, lorsqu’il était très jeune en compagnie de son frère cadet, Chan Peng. Tous deux avaient pour ambition de réussir et ils avaient quitté la Chine pour s’installer à Madagascar. Mon père rêvait de faire fortune. Avant de partir, il avait mis un peu d’argent de côté. Il a ainsi pu acheter une petite épicerie à Ankorabe, un petit village situé sur la côte est de Madagascar. C’était un homme simple, bon, plein de courage, avec beaucoup d’humour. Il travaillait sans répit, mais hélas,
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