Sexualité, libertinage, échangisme et droit
301 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Sexualité, libertinage, échangisme et droit

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
301 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Le Droit européen a aboli notre morale sexuelle et religieuse pour la laïcité, entraînant une perte de repères. L'ouvrage en explique les raisons. Après une étude sociologique sur la sexualité, l'échangisme et le libertinage, un examen juridique du fondement actuel de notre droit, de ce qui est autorisé et interdit en matière de libertinage est présenté. Suit une recherche sur la situation juridique des clubs échangistes et de leurs exploitants.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de lectures 302
EAN13 9782296513495
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Jacques Delga






SEXUALITÉ, LIBERTINAGE, ÉCHANGISME ET DROIT
Du même auteur
* « Droit des contrats » (avec Fabrice Bien) in Droit de l’entreprise 2012/2013, 16e éd. (16 éd. successives), Editions Lamy, 2012.
* Souffrance au travail dans les grandes entreprises, Editions Eska, 2010.
* Manuel de l’innocent ou De l’atteinte à la présomption d’innocence, Editions Eska, 2008.
* Gouvernement d’entreprise. Aspects juridiques, Egon Zehnder International, 1999.
* Droit des sociétés , Editions Dalloz, 1998.

Contributions en collaboration, dont :

* Droit des associations / Juris-associations : « Personnalité morale et actions en justice des associations » in Dalloz « Professionnels » (feuillets mobiles destinés aux professionnels), éditions Dalloz (37 auteurs), mise à jour annuelle.
* Handbook of Top Management Teams “Voyage autour de la gouvernance” (dir. Franck Bournois) published by Palgrave Macmillan 2010 a division of Macmillan publishers limited Contribution with Gilles Van Wijk Title : “Ethics, Cynicism, and Governance ” English edition of comités executives.
* Corporate governance around the world” (contribution) édité par A. Naciri Rouledge Taylor and Francis groupe Angleterre, 2008.
* Encyclopédie de la dirigeance d’entreprises Comités exécutifs : Voyage au cœur de la dirigeance (HEC, ESCP, EAP), Editions Eyrolles 2007 (en collab. avec Gilles van Wijk pour la contribution « Ethique, Cynisme, Management »).
* Traité de gouvernance corporative. Théories et pratiques à travers le monde (co-auteur pour la contribution sur la partie gouvernance corporative en France), Les Presses de l’Université de Laval, Québec, Canada, 2006.
* Aspects of globalisation, « Corporate governance and independent director », Editions Ioannis Dionysios Salavrakos, 2004 (Editeur scientifique Athens Institute for Education and Research).
* Les grandes tendances dans le monde, Ramsès, membres de l’équipe IFRI (Institut français des relations internationales), Editions Dunod, 2004.
* Gouvernement d’entreprise (coauteur), Egon Zehnder International, 2002.
* Factures fictives et facturation de complaisance (coauteur), Editions L’Harmattan, 2001.
* Droit des associations 2000 (sous la dir. d’E. Alfandari), Dalloz Action 2000 (40 coauteurs).
Copyright

© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

EAN Epub : 978-2-336-28572-6
Remerciements
Je tiens à remercier les personnes ayant contribué à la réalisation de ce livre et notamment :

Pour les recherches et l’aide
Laurent Bibard Professeur à l’Essec, ancien directeur de L’Essec, auteur de diverses publications philosophique sur le sujet dont Sexualité et mondialisation , éditions L’Harmattan (2010)
Agnès de Fornel, Juriste, spécialiste du Droit de la Santé
Anne Laure Pham, Consultante en Accompagnement du Changement, ancienne Directrice Générale de l’Association Française des Diabétiques Florian Sellier, Juriste en droit social
Charlotte Kerfourn, Juriste en droit social Chargée des relations humaines (RH) dans une grande entreprise

Pour les travaux de relecture
Vanessa Padioleau, Professeur à l’EMA Vendée, Docteur en lettres

Pour le soutien toujours amical et sans faille
Jérôme de Verdière, Journaliste et animateur de La Revue de Presse sur Paris Première
Sandra Mouyal, Juriste. Directrice d’agence immobilière

Pour les conseils avisés
Guy Chaty, Professeur honoraire des Universités, ancien vice-président de l’Université Paris XIII, écrivain et poète Eric Abitbol, Psychologue

Je remercie enfin Anne-Marie, qui m’a toujours supporté dans mes pérégrinations d’auteur et qui une fois encore n’a pas failli à cette tâche.
Table des matières Couverture 4e de couverture Titre Du même auteur Copyright Remerciements Table des matières Introduction : Pourquoi cette étude ? I Etude sociologique Annexe I « Enquête IFOP 2010 Enquête sur les sexualités collectives en France » Annexe Enquête IFOP 2012 ANNEXE III ET ANNEXE IV Conclusion : Les paradoxes de la sexualité, du libertinage et de l’échangisme Sous-titre II Etude juridique de la sexualité, du libertinage et de l’échangisme hors des clubs Annexe Résumé des faits AFFAIRE K.A. ET A.D. c. Belgique (sadomasochisme) ANNEXE TRANSEXUALISME : changement de sexe/ rectification sur état civil étranger (non) Annexe : Proposition de loi sur l’injure faite aux religions (blasphème) Annexe Sexualité en Prison Annexe Sexualité des personnes handicapées Annexe. Le Viol : Les principaux articles du Code pénal Annexe Annexe Jurisprudence : Agression sexuelle de l’épouse par le mari / club échangiste Annexe : Fellation pratiquée par l’agresseur sur l’organe de la victime : viol non/ agression sexuelle oui ANNEXE Affaire GABRIELLE RUSSIER Pédophilie ?/ Détournement de mineur par hébergeur / Atteinte sexuelle sur mineur de plus de quinze ans par personne ayant autorité (art 227-27 CP) Annexe Jurisprudence Corruption de mineur de plus de quinze ans (art 227-22) Annexe Jurisprudence Corruption de mineur (Raeliens) Cass crim. 11 Sept 2002 Annexes : Jurisprudence Exhibition sexuelle Annexe 2 Exhibition sexuelle jurisprudence Cass crim. 8/12/2012 Annexe 3 Exhibition sexuelle Jurisprudence Cass crim. 12/05/2004 Annexe 4 Jurisprudence Cass crim. 23/05/2001 Annexe jurisprudence –a Une libéralité motivée par le maintien de relations adultères n’est pas (plus) considérée selon les tribunaux comme contraire aux bonnes mœurs Annexe jurisprudence b Cass Civ 1 ère, 4 Nov. 2011. Annexe c Commentaire de Jurisprudence TGI 17e ch. Paris 16 janvier 2009) Annexe d Commentaire de jurisprudence CA Nîmes 6 mai 2008 – Annexe e Commentaires de jurisprudence et observations. Annexe jurisprudence Cass soc 19/12/1996 Sous-titre III Etude juridique Sexualité Libertinage échangisme et clubs libertins Annexe : Articles 334 et 335 Code pénal ancien « Débauche /Prostitution / Proxénétisme » Article 335 (L. 75-624 du 11 juillet 1975) Arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation en date du 29 oct. 1985 Annexe Cour de cassation chambre criminelle Audience publique du mardi 29 octobre 1985 Arrêt de la chambre criminelle du 26 mars 1985 Annexe Arrêt de la chambre criminelle du 26 mars 1985 Arrêt chambre criminelle de la Cour de Cassation en date du 16 janvier 1991 Annexe Cour de cassation Chambre criminelle du 16 janvier 1991 90-82.660 Titrages et résumés Annexe Article 225-5 et 225-6 du Code pénal nouveau (depuis 1994) Annexe TGI Paris 16 janvier 2009 « L’organisation par un club libertin de soirées échangistes payantes n’est pas contraire aux bonnes mœurs » Annexes Deux Décisions de jurisprudence en matière de transmission du Sida Poursuites fondées sur : « Administration à autrui de substances nuisibles » Annexe : Proxénétisme. Articles du Code pénal relatifs au proxénétisme (Article 225-5) et au proxénétisme dit aggravé (Article 225-7 / Article 225-7-1 : Article 225-8) Annexe jurisprudence : Cour d’appel de Paris Audience publique du 2 mars 2006 Conclusion générale Bibliographie Adresse
Introduction : Pourquoi cette étude ?
L’intérêt du public et de la société française pour les activités sexuelles ou à connotation sexuelle est particulièrement développé et apparaît de plus en plus au grand jour. Pourtant l’hypocrisie ambiante, les contradictions, les incohérences, les errements sont légion en la matière…

Le mot « libertin » est un joli mot. Il évoque de prime abord la liberté. De nos jours, ce terme vise essentiellement la liberté sexuelle et plus particulièrement les personnes qui, à titre occasionnel ou plus régulièrement, pratiquent l’échangisme. Le terme « échangiste » est moins joli que celui de « libertin ». Il évoque le marché, le libre-échange. En l’occurrence, il s’agit de rencontres humaines, le plus souvent de couples, mais pas nécessairement, qui peuvent donner lieu à des pratiques diverses : mélangisme, échangisme des couples et des corps, voyeurisme, exhibitionnisme, fétichisme, sadomasochisme, etc. Il semblerait, selon une sémantique fluctuante et surprenante, à l’image d’un milieu qui peut être hétérosexuel, mais aussi homosexuel et qui se dit « ouvert », que dans le « mélangisme » le couple puisse avoir une relation sexuelle sans se « mélanger », privilégiant alors le côté voyeur et exhibitionniste, alors que dans « l’échangisme », ce sont des relations sexuelles entre partenaires de différents couples qui entrent en jeu. Mais cette définition n’est pas entérinée.

Des « people », ces personnes célèbres , connues du grand public, qui ont acquis une notoriété ou qui attirent l’attention sur eux, artistes du show-business, de la chanson, du cinéma, animateurs de la télévision ou de la radio (Ardisson, Sébastien, Beigbeder…), auteurs de livres à succès (Catherine Millet, Houellebecq, Yann Moix, Virginie Despentes…) qui pratiquent ou parlent du libertinage en en citant publiquement les lieux ( Les Chandelles, Cap d’Agde , etc.) ont popularisé l’échangisme. D’une certaine manière, ces personnages connus lui ont donné ses lettres de noblesse. Le libertinage, vice d’hier, serait-il en passe d’entrer dans les mœurs ?

Le monde universitaire n’aborde le plus souvent le libertinage que sous un angle historique, philosophique ou littéraire, et semble mépriser l’acception sexuelle actuelle plus crue que le mot recouvre. On peut le regretter, d’autant que la sexualité ne se limite sans doute pas qu’à l’acte bestial. L’échangisme ne vise-t-il pas autre chose que simplement l’orgasme ? La recherche du plaisir ne dépasse-t-elle pas largement l’aspect organique ? N’existe-t-il pas un certain « érotisme » dans lequel « on ne désire pas jouir, mais on jouit de désirer ou d’être désiré », pour reprendre l’expression du philosophe contemporain André Comte-Sponville ? Pour certains, l’échangiste est un puritain qui s’ignore. Il ne saurait être infidèle, puisqu’il est sous la surveillance de son ou de sa partenaire qui a donné son accord. Échanger n’est donc pas tromper, et encore moins commettre un adultère qui, lui, peut légitimement générer des sentiments amoureux et aboutir à la désunion du couple. On pourrait même considérer, après tout, que l’échangisme est moralement plus fondé que la justification en droit de la fidélité dans le mariage. En effet, le fondement juridique de cette fidélité du couple repose sur la paternité présumée : « Tout enfant né pendant le mariage est présumé avoir pour père le mari » et sur une sorte de propriété du conjoint dont le mari avait initialement l’exclusivité : « La femme doit obéissance au mari ». Pour autant, l’hédonisme ou la liberté sexuelle que les échangistes ou les gérants des clubs mettent en avant – en témoignent les publicités sur internet ou dans les journaux – questionne, de nos jours, même ceux qui n’étaient pas d’emblée hostiles à de telles pratiques. Il se crée, y compris chez les plus libéraux, un conflit psychologique entre ce libertinage et la morale, dont on ne sait vraiment plus où elle se situe. Quelles sont les limites à cette quête du plaisir dont on pressent les dérives et les risques de transgression des normes inculquées par la société ? À partir de quel moment y a-t-il transgression, franchissement des limites du « sexuellement acceptable », sachant que ces limites sont floues et que les effleurer ne signifie par toujours les franchir ? Le droit, représentant habituel d’une certaine morale publique, qui sanctionnait l’atteinte aux bonnes mœurs ou l’outrage public à la pudeur, peut-il remédier à cette perte de repères ? Peut-être, mais encore faudrait-il le connaître, or l’étude juridique de la sexualité, et a fortiori du libertinage et de l’échangisme, est rare, voire quasi inexistante. Qu’en est-il également de la question de l’ingérence de l’État dans la sexualité ? Existe-t-il aujourd’hui le même droit de regard qu’antérieurement ? Quelle est la politique législative et judiciaire actuelle en matière de sexualité et plus particulièrement d’échangisme et de libertinage ? Doit-on toujours prendre en considération la notion d’atteinte aux bonnes mœurs ? En matière de sexualité, sur quoi s’appuient, aujourd’hui, les magistrats français ? Sur la morale ? La religion ? La famille ? Le consentement des parties ? Le respect de la dignité d’autrui ? La libre disposition du corps ? Etc. « Jouir sans entrave », est-ce seulement possible, de nos jours, en France, comme le prônait le fameux slogan de mai 68 ? Quels sont, à défaut, les interdits ? Pour donner corps à ce questionnement, prenons un exemple qui peut paraître provocateur, mais qui a fait jurisprudence, et sur lequel il convient de s’appuyer. Les pratiques sadomasochistes qui peuvent exister dans le cadre du libertinage ou de l’échangisme doivent-elles être considérées comme des violences ou des actes de barbarie et donc punies en conséquence ? Sont-elles de nos jours inconciliables avec la légalité ? Les membres des communautés BDSM, qualifiés parfois, à tort ou à raison, de « hors-la-loi sexuels » doivent-ils être considérés comme tels d’un point de vue juridique ?

Par ailleurs, les récriminations des médias à l’encontre d’un candidat pressenti à la présidence de la République, du fait de ses pérégrinations dans des clubs libertins, interpellent. Il convient non seulement de se pencher sur la situation juridique de ces clubs et de leurs gérants : est-ce légal, à l’instar de la prostitution, ou bien s’agit-il de proxénétisme ? Quelles condamnations pénales ou civiles ces derniers encourent-ils, et qu’en est-il également de leur clientèle ?

L’ouvrage Sexualité, Libertinage, Échangisme et Droit tentera d’apporter des réponses à ces principales questions. Préalablement à l’analyse juridique de la sexualité, du libertinage et de l’échangisme, pratiqués tant hors des clubs – (II Etude juridique de la sexualité, du libertinage et de l’échangisme hors des clubs) –, que dans les clubs – (III Etude juridique de la sexualité, du libertinage et de l’échangisme dans les clubs libertins) –, un résumé d’observations sur l’échangisme, à caractère essentiellement sociologique, sera présenté – (I Etude sociologique). Les travaux de directeurs de recherche et d’universitaires, ainsi que des enquêtes diverses, notamment celles de L’IFOP, seront également exposés.
I Etude sociologique
De même qu’il serait regrettable d’aborder le sujet de la sexualité du libertinage ou de l’échangisme sous le seul angle juridique, car le sujet est beaucoup plus vaste et ne se limite pas à ce qui est autorisé ou interdit, il paraît insuffisant de ne l’aborder que sous le seul angle sociologique. Les avis et opinions de divers spécialistes, psychiatres, psychanalystes, psychologues, sexologues, philosophes, historiens, religieux, policiers, juges, écrivains, journalistes, praticiens, etc. ne peuvent qu’enrichir l’étude. L’intitulé « Etude sociologique », qui a pour mérite d’être bref, n’exclut donc pas l’écoute et la brève prise en compte d’opinions de spécialistes exerçant dans des domaines divers.
A Du libertinage d’origine aux clubs échangistes
Le libertinage est actuellement souvent associé au péché et notamment au péché de chair. Tel ne fut pas toujours le cas.
1 Des origines du mot libertin à nos jours
Le terme libertin vient étymologiquement du mot latin libertinus. Le libertin est l’esclave qui vient d’être affranchi. On l’oppose traditionnellement à Rome à l’homme libre. Calvin utilise pour la première fois ce terme pour désigner des déviationnistes protestants religieux qui ne voyaient d’ordre moral que celui de la nature, niaient la notion de péché et pratiquaient un certain communautarisme. Ces libertins s’affranchissaient donc des dogmes établis par la religion et se comportaient au regard de l’Église comme des dévoyés.
Après l’assimilation du terme libertin à celui d’athée et de matérialiste par opposition à l’esprit religieux, le libertin devient au XVII e siècle un incroyant, un impie n’ayant donc de ce fait pas de morale puisque cette dernière était liée à la religion. Tel fut le cas par exemple de Don Juan, mais aussi de Molière. Il faut toutefois nuancer cette considération et noter que le protestant Pierre Bayle, en 1683, dans les Pensées diverses sur la comète , considérait que les athées eux-mêmes pouvaient être vertueux.
La notion de religion accolée à celle de libertin a progressivement disparu au début du XVIII e siècle. Mais le mot libertin conservait encore quelque chose de transgressif. Il incorporait une sorte de tendance anarchiste. Le terme libertin fut assimilé ainsi parfois à celui de libertaire. Le libertin a par la suite été associé aux bourgeois qui dépassaient les limites conventionnelles et avaient des attitudes dépravées sans toutefois tomber dans une vulgarité dite populaire. On évoque ainsi le libertinage mondain, toujours d’actualité. On convient de même que "le roman libertin à la française" (en 1782 paraissent Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos) est le produit d’un certain élitisme, d’une conception aristocratique de la vie. L’importance du ton, du style, l’élégance de l’expression, le distinguent du roman pornographique. Des écrivains libertaires, Marcuse et Reich, ont au vingtièm e siècle critiqué la répression sexuelle de la société et élaboré une conception non culpabilisante de la sexualité. Ils ont été les défenseurs d’une société construite sur le plaisir, permettant de satisfaire sans conditionnement et inhibition les instincts, rompant ainsi avec la responsabilité procréatrice.
Les libertins de nos jours sont éloignés des idées révolutionnaires de Marcuse et Reich.

Le club libertin renvoie actuellement à la frivolité, au dévergondage, et plus encore à la sexualité de groupe que nous examinerons de manière juridique à travers l’étude spécifique. Il s’y attache un certain raffinement bourgeois lié à l’histoire et à la culture (les romans libertins du XVIII e siècle ont beaucoup séduit). Pour être clair, on évoque plus volontiers le terme de « club libertin » plus que celui de « club de rencontres sexuelles » ou « club d’échangistes ». Il appartient au sociologue ou à l’anthropologue de nous faire connaître si ce petit monde libertin qui semble en expansion se distingue clairement par son milieu de celui des maisons de débauche tarifées. Nous soulignerons l’intérêt de la distinction en droit.
2 Des déviances sexuelles dites « libertines »
Les « déviances » sexuelles étaient à l’origine en France considérées comme des infractions ou des crimes commis plus contre la religion et donc la morale que contre le royaume ou l’État. L’influence du christianisme promouvant la monogamie a été considérable. Mais la France a été un des premiers pays après la révolution de 1789 où le droit pénal a pris une autonomie (relative) par rapport à la religion. Elle a aboli par exemple le crime de zoophilie ou de sodomie alors qu’à la même époque l’Angleterre punissait de pendaison les sodomites et homosexuels. Dans le cadre d’une société essentiellement patriarcale où le père était chef de famille et à qui la femme devait obéissance (le viol entre époux n’existait pas), un grand libéralisme sexuel jusqu’au XX e siècle était accepté sous réserve de discrétion. Les ébats de toutes sortes devaient rester cachés au public. On craignait à défaut les désordres et la contagion. On a donc cherché à protéger plus l’atteinte à l’ordre public qu’à défendre le particulier outragé. La femme, l’épouse subordonnée au mari, en a subi les conséquences. Si le comportement sexuel devenait en revanche trop visible, trop public, l’État intervenait. L’infraction passe-partout « d’outrage public à la pudeur » était applicable. L’article 330 issu du code Napoléon aujourd’hui aboli est le suivant : « Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur sera punie d’un emprisonnement de trois mois à deux ans, et d’une amende de 500 F à 15 000 F. 1 »
La lutte contre les infractions sexuelles tend aujourd’hui à changer de forme.
Elle est actuellement fondée dans son principe sur la protection de la personne . L’atteinte à l’intégrité et à la dignité de cette dernière est essentiellement prise 1en considération. Le délit très général d’outrage public est abrogé. Il est remplacé par l’article 222-32 du Code pénal qui évoque « l’atteinte sexuelle 2 ». Le respect du libre consentement est aussi plus récemment encore devenu essentiel, prédominant même parfois sur la protection de la personne.
Les incriminations sexuelles du nouveau Code pénal de 1994 se sont multipliées alors que l’incrimination générale, grand fourre-tout « d’outrage public à la pudeur » disparaissait. Les peines ont été aggravées. Une volonté d’effet d’affichage est manifeste. Mais, en raison d’une certaine laïcisation, le principe est celui de la liberté sexuelle . On peut à cet effet considérer qu’il existe en matière sexuelle un droit promu par le législateur et dissocié du péché, de la morale, de la religion voire de l’État. L’atteinte à Dieu, au père de famille, au mari, à l’ordre public n’est plus une référence comme antérieurement pour prononcer des condamnations. Mais les mentalités du passé en matière de mœurs semblent encore subsistantes.
Une mention particulière doit être consacrée à la femme. Il faut reconnaître que de tout temps et dans tout pays la femme en matière de sexe et de libertinage n’a guère été privilégiée par rapport à l’homme et a fortiori son mari que ce soit en Grèce ou dans la Rome antique. Certaines, certes, furent de grandes libertines (comme de grandes mécènes). Il en fut ainsi de Marguerite de Valois (1553-1615) dite la reine Margot qui devint reine de Navarre. Elle séjourna à la Cour de Nérac qui devint connue pour la multiplicité des aventures amoureuses. Il en fut de même de la tsarine Catherine II (1729-1796), impératrice de Russie (en 1762), grande amoureuse aux amants multiples dont le comte Grégoire Orlov ou le général Potemkine. Elle fit scandale à l’époque par le nombre de ses unions éphémères, mais sut parfaitement remplir ses fonctions publiques. Mais il s’agit là d’exceptions et de femmes de la noblesse. De manière plus générale, les lois sur la femme, jusqu’aux environs de 1967, et notamment les dispositions sur la femme mariée, car c’est le mariage qui la rendait juridiquement incapable (on la classait dans les cours de droit comme une incapable de droit à l’instar du mineur ou du fou) ont toujours privilégié la mainmise du mari sur cette dernière. Ainsi le Code civil de 1804 réaffirme que si les époux se doivent mutuellement fidélité (art.212), l’homme adultère n’est passible d’une condamnation que s’il a entretenu et logé sa maîtresse sous le même toit que son épouse (art. 230). Le Code pénal de 1808 punit la femme adultère de trois mois à deux ans de prison (art. 337) alors que le mari n’est passible que d’une amende. La femme mariée ne peut être considérée comme violée par son mari même si elle n’est pas consentante jusqu’en 1975. « Mariage : viol légal » purent dire les féministes.
En dépit de la libération sexuelle et d’une quasi-égalité actuelle des sexes, on peut se demander si le libertinage n’est pas encore aujourd’hui en partie de ce fait un privilège de l’homme plus que de la femme, bien que cette dernière n’y soit pas nécessairement hostile. Des féministes ont même revendiqué le droit pour une épouse de tromper son mari.
B Un des aspects du libertinage « Couples et clubs échangistes »
L’échangisme était initialement une pratique sexuelle discrète réservée aux classes supérieures. Du fait de la licéité reconnue en 1994 des clubs échangistes et d’une grande liberté sexuelle l’échangisme s’est développé. Il est devenu un phénomène de mode, illustré par Houellebecq dans son livre paru en 1998. Il est de nos jours valorisé par des médias via certaines émissions de télévision (Ardisson) et pratiqué aussi par les classes moyennes et même des couples de plus en plus jeunes. L’utilisation plus discrète d’internet a contribué à favoriser ce processus et en a accéléré la démocratisation. Les soirées privées selon le sondage IFOP 2010 (voir annexe) conservent encore en revanche un profil élitiste et sont majoritairement fréquentées par les cadres supérieurs (53% de CSP+ contre 44% de CSP-) et une clientèle plus âgée (53% d’hommes de 50 ans et plus). Reste à définir la notion bien complexe de soirée privée ! 3
Selon l’enquête IFOP en date du 15 juin 2010 (voir Annexe), « les deux tiers des hommes interrogés (64%) – contre moins d’une femme sur trois (31%) – aimeraient ou pourraient envisager une relation avec deux personnes du sexe opposé. Par ailleurs plus d’un homme sur trois en couple (35%) – contre 16% des femmes en couple – accepterait "un plan à quatre" si leur partenaire le leur suggérait ». Pour 10% des femmes, il s’agirait davantage de se faire plaisir (10%) que de faire plaisir à leur conjoint (6%). Mais il ne semble s’agir là que d’un conditionnel et sans doute d’un fantasme. Le passage à l’acte est en effet beaucoup plus rare. Selon l’enquête IFOP de 2012 (Annexe), les personnes entre 18 et 69 ans ayant des pratiques échangistes représenteraient 5% de la population. L’enquête IFOP de 2010 (Annexe) révélait un pourcentage de 7%. Ce phénomène est donc minoritaire dans la pratique, mais il l’est moins dans les esprits. Les pourcentages évoqués représentent toutefois un nombre non négligeable de pratiquants entre 18 et 69 ans (environ 400.000 pratiquants en France).
Pour Alberto Eiger, psychiatre, psychanalyste, président de l’association internationale de psychanalyse de couple et de la famille (ce dernier point est à souligner) le libertinage n’est ni sain ni pathologique en soi. Cela suppose un rejet de la culpabilisation : « nous penser suffisamment matures pour connaître nos limites, autrement dit assez lucides pour éviter les situations qui atteignent notre estime de soi 4 ».
Il n’empêche. On jongle avec les frontières. L’échangisme engendre une transgression des modèles classiques concernant la famille, le sexe, le mariage, la fidélité, l’adultère auxquels nous étions habitués et qui pour beaucoup d’entre nous ont constitué le fondement de notre éducation. On doit donc s’interroger sur l’importance (révolutionnaire ?) de cette transgression. Qu’en est-il vraiment ? Qu’en penser ? Que dit précisément aujourd’hui le droit souvent influencé par la morale, mais qui par ailleurs n’est pas sans influence sur cette morale ?
Des analyses seront établies pour une meilleure approche de ce phénomène. Il convient de distinguer l’échangisme des couples à titre privé, dans l’intimité, au domicile (1), qui se démarque de celui pratiqué dans les clubs(2). Ce dernier ne peut-il pas frôler la prostitution si l’on n’y prend garde comme en témoignent les diverses poursuites pour proxénétisme des gérants (3) ?
1 Couples échangistes
a Une « relative » transgression par rapport à la fidélité et un conformisme certain
– a1 La question discutable de l’infidélité ou de l’adultère
La norme de la sexualité, en dépit d’avancées, est encore dans beaucoup d’esprits la procréation. L’amour est avant tout celui que l’on porte à la famille et aux enfants. Le couple est fondé sur le respect d’un contrat de fidélité. La tradition religieuse est fortement ancrée dans les esprits. L’adultère est banni même s’il ne constitue plus de manière absolue une faute. En matière d’échangisme il y aurait donc en bonne logique transgression par rapport à cette norme. Toutefois, pour Serge Chaumier, sociologue, professeur des universités, auteur notamment de La Déliaison amoureuse 5 : « De plus en plus d’unions évoluent vers un degré d’autonomie de plus en plus grand. Les rapports échangistes visent à gérer d’une nouvelle manière les rapports de couple, en assignant une place réduite et localisée à l’infidélité ». L’infidélité n’est certes pas la règle de principe, mais son vécu est conjointement préparé et accepté. "Couple fissionnel" n’est pas forcément synonyme d’infidélité ». Si l’on devait encore utiliser le terme d’infidélité, il s’agirait d’une infidélité complice, vécue à deux, sans tromperie véritable puisque les conjoints sont volontairement sous surveillance mutuelle. L’infidélité du couple échangiste, si ce terme peut encore être utilisé, ne serait donc pas déloyale, ce qui n’est pas toujours le cas de celui des couples classiques non mariés ou ne vivant pas sous le même toit. L’adultère dans un couple classique qui peut aboutir à l’amour voire au grand amour serait beaucoup plus pernicieux pour la stabilité des conjoints. La notion d’adultère du couple échangiste est ainsi contestée par divers auteurs qui n’y voient que la recherche d’un plaisir sexuel (plus ou moins) commun sans extravagance excessive. On ne peut toutefois ignorer les critiques adressées parfois paradoxalement par les mêmes auteurs. L’échangisme n’est pas sans danger et peut générer une dissociation du couple.
Une des intervenantes au colloque sur l’échangisme 6 , intitulé Entre commerce du sexe et utopies, Maité Hoyer (sexologue), professeur des universités, indique en résumé à titre d’illustration : « le besoin de transgresser un interdit caractérise souvent la démarche initiale du pluralisme. La fête érotique que les êtres se donnent à eux-mêmes dans le secret de l’intimité s’arc-boute sur la négation de l’interdit hérité d’une famille, d’une classe… Les couples qui parviennent à transgresser cet interdit entament une quête érotique qui est une exaltation progressive et une découverte renouvelée sans cesse remise en question, merveilleuse ou très décevante. Je n’apprécie pas particulièrement la façon de voir de Sartre et de Simone de Beauvoir avec leur "amour contingent" parce qu’à un moment donné il y a eu rupture entre eux puisqu’ils étaient pris par l’amour d’un autre. La "sexualité ouverte" est tout à fait différente, puisqu’elle parle de partage de plaisirs et non d’amour. Mais faire l’amour c’est partager des sensations et des émotions. Cela peut aller très loin si l’on n’est pas pleinement satisfait, même lorsqu’on est très amoureux de son conjoint. La nouveauté de sensations nouvelles est une fête très sensuelle lorsqu’elle est réussie. On peut même parler de "toquade physique" sans mettre en péril son amour… Si l’on veut une complicité profonde, cela veut dire non à certaines choses, en particulier ne jamais léser l’autre. Malheureusement, très peu de couples peuvent se payer ce luxe car leurs exigences sont différentes ».
In fine il n’y aurait dans l’échangisme aucune volonté révolutionnaire d’abolir la notion de couple « propriété exclusive l’un de l’autre » à la différence de la période post soixante-huit où est apparue l’expression « jouir sans entrave ». En ce sens, le couple échangiste serait donc conformiste.
L’enquête IFOP 2010 mentionnée en Annexe révèle que les échangistes, hommes ou femmes, considèrent très majoritairement que leur expérience a ravivé le désir et a brisé la monotonie. Peut-on pour autant considérer que « contrairement aux idées reçues, les expériences échangistes n’ont pas un impact négatif sur la vie de couple » ainsi que l’affirme le commentateur de cette enquête ? La conclusion est peut-être trop rapide si ce n’est audacieuse. La liberté d’expression de l’épouse même interrogée par internet est-elle vraiment totale ? Ne peut-on pas craindre un certain aveuglement amoureux ? L’échangisme tel qu’il est pratiqué de nos jours est, ainsi qu’il sera démontré, essentiellement une affaire d’hommes 7 .
– a2 Le conformisme du couple échangiste en raison du maintien des stéréotypes classiques.
On aurait pu penser que le libertinage dans le cadre d’un couple émancipe la femme. On pourrait imaginer qu’une telle liberté sexuelle conduise à la reconnaissance d’attitudes similaires à l’homme. On pourrait envisager une modification des tâches traditionnelles dans la famille ou même dans les rapports de sexe. Selon les analyses de la majorité des auteurs et sociologues, les stéréotypes classiques familiaux, sexistes et homophobes et avec un ordre patriarcal demeurent.
Les échangistes peuvent encore surprendre ou choquer ceux qui ont été élevés de manière traditionnelle ou qui n’ont pas en tête les évolutions juridiques, judiciaires et européennes de notre temps 8 . Bref, ils peuvent encore surprendre un grand nombre de personnes éduquées selon des principes moraux traditionnels issus souvent de la religion. Pourtant de nos jours les échangistes ne songent pas à critiquer l’ordre social établi qu’ils ne contestent pas. Ils ne désirent pas même porter atteinte à la religion ou à la place de la femme quoiqu’ils en disent. Par ailleurs l’idée d’amour sentimental existe dans leur couple. En ce sens, les échangistes ne sont ni anticonformistes ni a fortiori libertaires. Si à travers l’échangisme le couple paraît transgresser un schéma, rien n’est en fait plus factice. La famille ou le couple n’est nullement remis en question. Le contrat passé s’ils sont mariés n’est modifié que d’un commun accord et sur un point précis. Les rapports traditionnels des couples semblent à notre sens tout autant si ce n’est plus remis en cause par l’absence de vie partagée qui a tendance à se banaliser. Il y a donc dans l’échangisme un certain conservatisme. À la différence du pur libertin dont la dispersion est importante du fait de la recherche constante de la nouveauté, tel Casanova, le couple échangiste semble plus stable. Il n’y aurait donc dans l’échangisme aucune volonté révolutionnaire d’abolir la notion de couple « propriété exclusive l’un de l’autre » comme ce fut le cas dans la période post soixante-huit où est apparue l’expression « jouir sans entrave ». En ce sens le couple échangiste serait donc conformiste ainsi que nous le soulignerons.
L’enquête de l’équipe de Daniel Welzer-Lang 9 souligne que l’échangisme est un terme générique. Il peut se pratiquer de diverses manières, sous diverses formes (voyeurisme, exhibitionnisme, bisexualité, homosexualité, sadomasochisme, etc.) Il y aurait autant de protagonistes que de pratiques sexuelles (d’où notamment la raison de l’étude juridique de la sexualité légale ou illégale qui suivra). Mais même lorsque les couples échangistes sont à la recherche d’autres couples ils ne sont pas nécessairement en rupture ou proches de divorcer. La notion d’union est le plus souvent intacte et parfois très forte. Cette forme d’adultère ponctuel conjoint mutuellement consenti permettrait au couple de maintenir ou d’accroître son équilibre à travers une certaine forme d’excitation ludique. La transgression par rapport à la notion de couple et ses valeurs contractuelles paraît donc moins importante qu’on ne l’imagine.
Il ne faudrait pas croire que les spécialistes de la question louent nécessairement dans leurs travaux de recherche les bienfaits de l’échangisme. Diverses critiques ont été formulées y compris par Daniel Welzer-Lang. Pour Philippe Bourrier, psychanalyste, l’échangisme serait une forme de prison assez éloignée de l’idée de liberté sexuelle mise en avant du fait même de la convention implicite passée : « je couche avec ta copine, en retour, tu me prêtes la tienne ». Pour Willy Pasini, psychiatre, professeur de psychologie médicale à l’université de Genève et fondateur de la fédération européenne de sexologie, « l’échangisme hygiénique est l’opposé de l’adultère romantique ». Il ne saurait conduire au grand amour.
b Le positionnement de la femme dans l’échangisme
La liberté sexuelle, selon les propos mêmes d’un psychanalyste du couple et de la famille, Alberto Eiguer (cité supra), n’a de sens que si elle est partagée par l’homme et par la femme. Mais la difficulté est que ce partage comme il a été décrit n’est pas nécessairement de même nature. La raison repose aussi sur l’existence d’une sexualité différente. La recherche de l’épanouissement sexuel de l’homme ne peut comme expliqué précédemment se réaliser de la même manière que celui de la femme. On comprend qu’une méconnaissance de ces différences puisse aboutir à des malentendus, des frustrations et des ressentiments.
– b1 la sexualité différente de la femme
La femme a une sexualité de nature distincte de celle de l’homme en dépit de pulsions pouvant être identiques. La sexualité féminine est un état. Les actes sexuels isolés n’ont pas pour elle beaucoup de valeur, et sa sexualité est très liée à l’affectivité et à la sensibilité. Un homme peut donner son amour pour obtenir le sexe, alors qu’une femme peut donner son sexe pour obtenir l’amour. Elle est plus stimulée sexuellement par un film romantique que par une vidéo érotique. La femme donne à sa sexualité un caractère plus complexe, plus spiritualisé que le simple désir de libération d’une tension sexuelle. Cela rend plus difficile son accession à la jouissance sexuelle. Elle a besoin de davantage de temps pour que son désir prenne de l’amplitude. Son plaisir n’est pas comparable à un sommet, mais plutôt à un haut plateau, d’où elle ne redescend que lentement et à regret. Pour elle, ce n’est pas un acte, avec un début et une fin, mais une atmosphère d’amour. Son expérience sexuelle pourrait se comparer à un feu de charbon de bois, long à allumer, mais qui, même lorsque les flammes sont éteintes, continue longtemps à se consumer en braises chaudes.
En 2008, une Enquête sur la sexualité en France , dirigée par Nathalie Barjos (directrice de recherche à l’INSERM) et publiée par La Découverte, a confirmé qu’il existe bien une différence entre hommes et femmes dans leur façon respective d’appréhender et de vivre la sexualité : « Les femmes commencent leur vie sexuelle pour des raisons liées à l’amour, alors qu’il est plus question de désir chez les hommes. » L’enquête souligne aussi que les femmes ont tendance à ne considérer comme des « partenaires » que ceux qui ont eu, ou ont, une importance affective dans leur vie ; ce qui n’est pas le cas des hommes ». Les extraits du livre Vivre heureux en couple, comprendre et gérer les conflits de la vie quotidienne 10 peuvent en substance être cités : la sexualité masculine est une activité. L’homme recherche l’activité sexuelle pour la seule satisfaction sexuelle. La polygamie (avoir plusieurs femmes) est de ce fait plus répandue que la polyandrie (avoir plusieurs hommes). Les déviances sexuelles sont plus fréquentes chez les hommes. Comme une flèche, il va droit au but. On pourrait comparer son expérience sexuelle à un feu d’herbes bien sèches, qu’une étincelle suffit à allumer, et qui s’éteint vite.
En résumé, pour l’homme il existe une primauté de l’acte sexuel (qualifié de bestial pour certains) sur le sentiment affectif ce qui n’est pas dans la nature de la femme … du moins lors de la première fois. Cette observation pour autant ne signifie pas que les pulsions sexuelles féminines soient inexistantes. Selon les sociologues (notamment Daniel Welzer) et l’écrivain et journaliste Jean-Claude Guillebaut 11 , les pulsions sexuelles des femmes seraient identiques à celles des hommes, mais pour des raisons culturelles les interdits sont plus nombreux. La nécessaire dissociation de la sexualité et des sentiments, quasi habituelle chez les hommes, n’est pas naturelle chez les femmes. Cette dissociation conduit dans l’échangisme du fait même de la domination masculine à un érotisme modélisé proche de la pornographie qui est plus masculine que féminine. L’état d’esprit des conjoints peut ainsi de ce fait ne pas être identique.
– b2 La subordination de la femme dans l’échangisme
Si l’on écoute les couples ou les sociologues, si l’on se réfère aux éléments décrits antérieurement, on comprend que l’homme soit généralement à l’origine de rencontres échangistes. La femme peut suivre. Mais elle accepte plus souvent la proposition qu’elle n’en a l’initiative, même s’il s’avère qu’elle peut prendre goût par la suite à de tels échanges au point que le conjoint finit parfois par s’interroger. Dans l’échangisme (et a fortiori dans les clubs échangistes, voir infra) il n’est nullement certain que le plaisir de la femme soit d’intensité identique à celui de l’homme. Ce que l’homme recherche c’est que sa femme demeure avant tout sa femme, mais soit aussi selon l’expression traditionnelle « une maîtresse, une salope ou une putain » dans un sens que l’on voudrait non péjoratif du terme. Son plaisir dans des actes sexuels ou à connotation sexuelle (voyeurisme notamment 12 ) sans état amoureux pour le ou la partenaire prédomine. À défaut d’acceptation, il se rendra dans un club libertin où l’échange des femmes (soumises par amour ?) est plus important que celui des hommes (sauf à considérer qu’il s’agit de clubs homosexuels), comme d’autres allaient dans les anciens temps dans des maisons closes (fermées depuis 1946). Tel est le côté obscur de l’échangisme qui peut être aggravé par un phénomène d’addiction sexuelle, voire de perversité ou de prédation, ce qui justifie une étude plus générale du droit de la sexualité 13 .

Encore une fois, l’échangisme aurait pu briser les tabous et mettre à mal un certain sexisme dû initialement à la religion, à l’État, à la conception de la famille, de la femme et notamment de la femme mariée. On ne peut oublier que cette dernière était encore il y a peu considérée en droit comme une incapable, à l’instar des fous et des mineurs, du fait même du mariage. Elle ne pouvait s’inscrire seule à un examen, ouvrir un compte en banque, et son adultère était pénalement plus sévèrement réprimé que celui du mari, etc. Elle lui devait obéissance. En dépit d’avancées juridiques et de modifications importantes récentes relatives au statut de l’épouse en France, on peut sans grand risque avancer que si la libération sexuelle de la fin du XX e siècle a profité à l’homme, on peut douter qu’il en fût de même pour la femme… sous réserve de quelques heureuses exceptions.
2 Clubs échangistes
Les clubs libertins ont existé de manière masquée depuis très longtemps. Pierre des Esseintes, journaliste, philosophe de formation, auteur de Osez le libertinage 14 affirme : « Dans les années 1930, les nantis parisiens se donnaient rendez-vous à l’auberge du Roi René pour partouzer dans les petites cabanes de derrière. Beaucoup gardent à l’esprit le passé très bourgeois de cette pratique ». Le fort développement des clubs échangistes a été postérieur aux années 1968. Durant la période de mai 68 et quelques années après l’idée dominante était celle de pleine liberté sexuelle (la commercialisation de la pilule dans les années 1960 a aussi pu contribuer à favoriser le phénomène), d’une nécessaire absence de jalousie dans le couple, de la vie en communauté. Le sentiment était que le rapport entre les sexes était une notion quasi politique et sortait du domaine privé.
Le « business » s’est emparé du sujet par la suite. Dès les années 1973, une activité commerciale intense en matière de sexe a été développée (films pornographiques, création de multiples sex shops, etc.). Selon la journaliste Aurélie Abadie, 15 « le milieu libertin a vraiment basculé dans les années 1980, grâce au procès de Chris et Manu qui a fait jurisprudence. Chris et Manu, ce sont les patrons du premier club libertin parisien, ouvert en 1981. Après l’ouverture de leur second établissement, deux ans plus tard, en 1983 ils sont condamnés pour proxénétisme aggravé à une semaine de prison, puis relaxés en dépit de l’appel du procureur. Ils prouvent que leur club n’a rien d’une maison close, qu’il est fréquenté par des adultes consentants et non des mineurs ou des prostituées ». À notre sens, ces éléments ne sont pas parfaitement incisifs. Si certains clubs ont pu bénéficier de cette jurisprudence favorable, comme l’affirment ces exploitants, l’intermédiaire dans la débauche était encore considéré comme un proxénète selon les magistrats. On se reportera à l’analyse juridique ultérieure des gérants de clubs libertins sous la législation antérieure à 1994 (infra SS 3). Aux environs des années 1990, le retour à un certain individualisme s’est manifesté dans les esprits. Le sida en a été la cause. Les clubs échangistes n’ont pas fait pour autant l’objet de surveillance particulière ou de fermeture. Non seulement ils ont survécu, mais leur nombre a grandi.
Ces « clubs échangistes » appelés aussi de manière plus bourgeoise et plus chic « clubs libertins » ont été et sont toujours exploités sous diverses formes (les plus classiques sont la société, plus précisément la SARL ou l’association). Le terme « club » n’est pas en effet protégé, à l’instar du terme « société » ou dans une moindre mesure du terme « association ». Il n’a pas de signification juridique particulière. Ces clubs sont souvent dits « privés », ce qui en droit n’est pas nécessairement dans le fond le cas 16 .
La typologie du public, qui semble avoir évolué au fil des années, fera l’objet du prochain exposé (infra a : étude de la clientèle, positionnement des hommes et des femmes, domination de l’homme, parole des femmes). La situation géographique des divers clubs libertins sera par la suite succinctement précisée (b).

L’étude qui suit concerne plus spécifiquement les clubs de rencontre ou de libertinage consacrés spécifiquement au mouvement pur et dur de l’échangisme. D’autres établissements ayant parfois le même nom générique ou le même nom de façade sont en effet à caractère prostitutionnel. La distinction entre le libertinage échangiste et le libertinage prostitutionnel, sujet abordé dans l’examen juridique, n’est toutefois pas toujours évidente. Des risques de confusion existent 17 .
a Le public des clubs échangistes
D’après les études de certains sociologues effectuées aux environs des années 2000, les classes moyennes et supérieures sont majoritaires dans les soirées couples des clubs. Les professions fréquemment présentes sont les professions libérales, les professions médicales (médecins et infirmières) les commerçants. Les milieux politiques et le milieu des artistes participent aussi et assurent parfois une certaine notoriété à l’établissement en dépit d’une nécessaire discrétion, car on ne se vante pas d’être échangiste. La présence de people est rassurante pour les couples. Mais la révélation d’indiscrétions conduit à la fuite de personnes connues ou reconnues dans des soirées plus confidentielles. L’âge des couples est variable. On peut noter, selon l’enquête de l’équipe de D. Weltzer qui date de 1998, que la grande majorité des personnes a plus de 40 ans et qu’il n’y a pas que des sceptiques vis-à-vis de la religion qui seraient présents dans les clubs. Toutes les tendances religieuses sont représentées. La démocratisation actuelle oblige toutefois à s’interroger. Il semblerait non seulement que les cadres ne soient plus majoritaires dans ces clubs, mais encore que des couples beaucoup plus jeunes soient souvent présents en raison sans doute d’un effet de mode. Jean-Pierre Vergès, journaliste au Journal du Dimanche paru le 5 février 2012, a procédé à des interviews qui confirment ce sentiment : « Il y a vingt ans, selon Roger Hermann, directeur d’un club échangiste, le 2 plus 2, c’était des quinquas en bout de course qui n’y arrivaient plus, et des boîtes avec la petite lanterne rouge à l’entrée, rappelle Pascal Giraudeau, patron du We, un "immeuble dédié à l’amour" sur sept niveaux dans le quartier des Halles. Aujourd’hui, des couples jeunes, gavés d’internet et de films pornos, viennent chercher une sexualité plus récréative ». On rappellera toutefois qu’il y a vingt ans la gérance de club échangiste était encore assimilée à du proxénétisme 18 .
Sur le plan politique, les sociologues paraissent confirmer les travaux du docteur Valensin 19 . Les libertins se trouvent aussi à droite et certains auraient même une tendance à la xénophobie. Le fait qu’un mouvement politique d’extrême droite peu éloigné du mouvement intégriste de l’église St Nicolas du Chardonnet se propose d’interdire le libertinage (demande de suppression par le FN du club libertin proche de Pont-Audemer situé à Cauverville-en-Roumois et ouvert en 2009) n’annihile pas cette considération. Les libertins échangistes ne sont pas nécessairement des libertaires. Ils seraient même parfois très éloignés des idées de mai 68.

L’IFOP en 2012, peu avant l’élection présidentielle, a procédé à une enquête (Annexe) sur le lien entre le libéralisme sexuel et les opinions politiques : « les mœurs des Français et leurs orientations politiques ». Comme pour de nombreuses enquêtes il faut être prudent sur les conclusions. En dépit de l’intérêt que représente ce travail, il convient d’attirer l’attention sur l’intitulé qui pourrait prêter à interprétation et confusion. L’enquête ne tend nullement à démontrer l’incidence des partis politiques sur les orientations sexuelles progressistes ou non. Le travail effectué par l’IFOP en la matière n’est nullement politique. Il est essentiellement sociologique. Il étudie la composition des adhérents ou des électeurs de chaque parti (âge, sexe, rapports sexuels, etc.). L’importance des rapports sexuels ou des rapports échangistes des adhérents d’un parti par rapport à un autre, le fait par exemple que 6% des adhérents du Front National ait eu selon l’enquête IFOP 2012 une expérience échangiste ce qui est supérieur d’un point à la moyenne nationale qui en 2012 serait de 5% et est aussi supérieur au résultat des électeurs de l’UMP qui est de 3% ne signifie pas nécessairement que le FN est à tendance plus échangiste que L’UMP, mais que les membres qui composent l’UMP sont distincts, peut-être plus âgés que ceux du FN et /ou se situent dans une tranche d’âge où les rapports échangistes sont les plus faibles. Sur ce point l’enquête IFOP 2010 révèle que le profil type d’un échangiste est un couple ou une personne de 31 à 50 ans (73%).
Selon l’enquête de l’IFOP 2012 le nombre moyen de rapports sexuels par mois des électeurs de Nicolas Sarkozy serait de 6,7, celui de l’extrême droite de 8,0 par mois, celui de la gauche parlementaire de 7,6 par mois, de l’extrême gauche de 7,7 par mois. Le score le plus faible est celui des électeurs de F. Bayrou, un peu moins de 6 par mois. Ce serait donc dans les milieux des sympathisants lepénistes que l’on recense les personnes ayant le plus de rapports sexuels par mois. Les électeurs du parti d’extrême droite auraient plus de rapports sexuels par mois que les autres. Pour autant, ils ne sont pas nécessairement plus libres avec le sexe ou plus progressistes ou libertins que les autres, 20 mais les électeurs de Marine Le Pen sont peut-être plus jeunes et ont de ce fait plus d’activités sexuelles. L’âge notamment (mais aussi d’autres facteurs) diminue la fréquence des rapports sexuels.

L’attirance des couples pour les clubs, lorsque du moins elle est commune, est la recherche d’un plaisir, de nouveauté, de sensations. Des éléments qui ne sont pas nécessairement contradictoires animent souvent au même instant les partenaires. Un désir d’érotisme, la jouissance d’autrui qui stimule le plaisir (ce qui distingue le libertin échangiste du libertin pervers (type Sade)) et peut-être dans une moindre mesure la crainte de l’interdit. Dans une moindre mesure, car la liberté sexuelle est aujourd’hui devenue la règle 21 . Mais, on l’ignore souvent, tant chez les échangistes que chez un certain nombre de juristes.
Selon les actes des colloques de l’équipe de Daniel Welser-Lang, la situation ou l’opinion des femmes n’est pas uniforme. Trois groupes d’avis différents peuvent être arbitrairement formés. Le premier est constitué de femmes qui ont voulu « faire plaisir » à leur conjoint. Le second vise des femmes qui ont trouvé dans l’échangisme un moyen d’expérimenter des relations extra-conjugales conjointement acceptées. Le troisième est celui de femmes qui, bien que membres du premier groupe, et donc initialement sans goût particulier pour l’expérience libertine, ont trouvé in fine un plaisir qu’elles revendiquent. Selon l’une des intervenantes au colloque : « Pour beaucoup de femmes de ma génération, le fantasme du viol était très répandu. C’était un moyen pour elles de transgresser les tabous, elles jouaient "au gendarme et au voleur" avec leur morale ». Il y aurait donc dans l’échangisme une mise en scène théâtrale qui semblerait permettre à certaines de trouver un moyen de se disculper. Il semblerait par ailleurs 22 qu’existe une certaine curiosité. Il apparaît qu’il est délicat d’établir des catégories dont la liste ne peut être exhaustive. Sans doute pourrait-on aussi classer les femmes qui tentent de se rassurer sur leur potentiel de séduction, celles qui s’estiment totalement libres et bien qu’en couple ne se considèrent nullement comme une monnaie d’échange pour leur mari. « Beaucoup d’entre elles disent se sentir mieux traitées dans les boîtes échangistes, où elles peuvent dire non aux sollicitations sans créer de conflits 23 ».
Sur le site Psychologie.com il est indiqué : « Assumant son envie de pimenter sa sexualité en y intégrant la satisfaction de pulsions exhibitionnistes ou voyeuristes, Linoi-prénom de femme modifié-explique :
Avant, l’idée qu’une autre femme puisse toucher mon mari me heurtait. Mais un jour, je me suis surprise à en avoir envie. C’est moi qui ai choisi sa partenaire. J’ai été étonnée de constater que cela m’excitait. Le plus excitant, c’est qu’il le fait en me regardant ».
La lecture de diverses interviews de femmes interrogées sur leur passage dans les clubs échangistes donne a priori le sentiment qu’elles exercent dans ces clubs un rapport dominant. Elles réfutent toute idée de domination masculine. Le pouvoir masculin serait-il subordonné à leur autorité ? Elles avancent en ce sens qu’elles peuvent dire "non" quand les rapports sexuels proposés (par les hommes) leur déplaisent. Mais est-ce vraiment exprimer leur propre désir ? N’est-ce pas plus simplement refuser une agression sexuelle qui si elle avait lieu pourrait être qualifiée de viol 24 ? Le scepticisme en dépit d’un jeu possible de séduction érotique, initiée parfois (si ce n’est souvent ?) par l’homme doit être de rigueur. L’inversion des rôles n’est souvent qu’une simple apparence qui ne modifie en rien la subordination de la femme à son compagnon.
La situation des hommes seuls mérite une attention particulière. Les hommes seuls présents dans les clubs échangistes sont souvent selon les enquêtes des hommes mariés. Ils s’offrent en secret de leur compagne une récréation sexuelle. L’échangisme est alors d’une certaine manière unilatéral ! Selon Daniel Welzer-Lang : « Les interviews des hommes seuls montrent qu’ils étaient souvent des clients de personnes prostituées. Ils comparent la situation comme s’il y avait une offre de loisir ou de restauration. Là où il y avait uniquement prostitution de rue pour un homme marié voulant vivre d’autres rapports sexuels, il y a maintenant une multiplication des offres de lieux ». La présence importante des hommes seuls dans les clubs favorise donc l’idée de commerce sexuel, ce d’autant plus au détriment de la femme que ces hommes seuls veulent parfois un retour sur l’investissement financier important qu’ils ont réglé au gérant. Mais de là à parler de prostitution il y a un large pas que de nombreux interviewés, mais aussi les tribunaux, ont parfois à notre sens allégrement franchi, ce qui paraît exagéré 25 .
b La situation géographique des clubs échangistes
La consultation d’internet comme celle des enquêtes permet de déterminer les principaux clubs et lieux échangistes. Tous les départements pratiquement en comportent. Ils semblent être plus nombreux dans la région parisienne et le sud de la France (Sud Est et Sud Ouest). Mais il en existe aussi divers en Bretagne pourtant considérée comme une terre de chrétient.
1 Voir Code pénal impérial français, Article 330, modifié par L. 13 mai 1863 ; L. no 56-1327 du 29 déc. 19566 art. 7 ; L. no 85-835 du 7 août 1985
2 Code pénal français, Article 222-32, modifié par Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000à art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002
3 Pour une approche plus juridique voir infra sous-titre III : étude juridique, 2, a « à propos de l’exhibition sexuelle dans un club dit privé ».
4 Alberto Eiger : Psychanalyse du libertin, édition Dunod, 2010, page 184
5 Chaumier S., La Déliaison amoureuse, Armand Colin, 1999
6 Entre commerce du sexe et utopies : l’échangisme, Actes du premier séminaire européen sur l’échangisme, Toulouse, Mars 1998, université Toulouse-Le Mirail, département de Sociologie (Université de Barcelone), département d’Anthropologie sociale et Philosophie, Universitat Rovira i Virgili (Tarragone) sous la direction de Daniel Weltzer Lang
7 Voir infra : positionnement de la femme dans l’échangisme
8 Voir infra Sous-titre II : Aspects juridiques
9 Colloque intitulé Entre commerce du sexe et utopies sur l’échangisme, supra
10 Vivre heureux en couple, comprendre et gérer les conflits de la vie quotidienne, Empreinte Temps Présent, 1999
11 Jean-Claude Guillebaut, La Tyrannie du plaisir , Éditions du Seuil, 1998 Prix Renaudot Essai )
12 Sur le voyeurisme et le droit voir l’étude juridique (infra)
13 infra – sous-titre II « aspects juridiques /Actes interdits pénalement réprimés »).
14 Pierre des Esseintes : Osez le libertinage , 2011, éditions La Musardine
15 www.rue89.com/ rue69
16 Voir infra : aspects juridiques sous-titre III, 2 a
17 Voir infra notamment Sous Section III 3a, b « Etude juridique ; risques liés au gérant de club échangiste
18 En ce sens voir sous-titre III étude juridique 1’infra : « Antérieurement considéré comme un proxénète le gérant de club échangiste est aujourd’hui un dirigeant »
19 Valensin G., Pratique des amours de groupe , Paris, La Table ronde, 1973
20 cf. protestation contre l’ouverture d’un club échangiste situé à Cauverville supra
21 Voir infra sous-titre II
22 Professeur Daniel Welzer-Lang La Planète échangiste , Payot, 2005
23 Publié le 23/02/2006 in La Dépêche du Midi : « L’échangisme remède au désir ? Psychologie. Le sociologue toulousain Daniel Welzer-Lang analyse les motivations des échangistes ».
24 Voir infra sous-titre II Etude juridique a2 d viol entre époux /sous-titre III Etude juridique 2 risques liés à la clientèle -d viol
25 Voir infra sous-titre III Etude juridique 1-a Avant 1994 le gérant de club échangiste est un proxénète et ses activités ne peuvent être juridiquement reconnues jurisprudence cf. Arrêt chambre criminelle de la Cour de Cassation en date du 16 janvier 1991 et autres.
Annexe I « Enquête IFOP 2010 Enquête sur les sexualités collectives en France » – Les Français et l’échangisme, du fantasme à la réalité…
Voir internet : ( www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id...teledechargement du résultat de l’étude)

Les Français et l’échangisme, du fantasme à la réalité…
Paris, le 15 juin 2010. Échangisme, triolisme et autres mélangismes sont autant de formes d’une sexualité de groupe encore peu étudiée. Pour en savoir plus sur ces pratiques autrefois taboues, l’IFOP a mené la première grande enquête sur les sexualités collectives en France. Les données dans ce domaine étant rares, voire inexistantes, ce sondage permet de dresser un tableau exhaustif des différentes formes de multisexualité. Réalisée pour le compte de netechangisme.com, numéro 1 français des sites de libertinage et d’échangisme, cette enquête révèle que ces pratiques sortent progressivement de l’ombre et que leur accès se démocratise.
– Parmi les différentes formes d’affranchissement des codes de la sexualité, les jeux sexuels à plusieurs constituent une importante source de fantasmes
L’étude révèle avant tout une acceptation sociale croissante des comportements sexuels sortant du cadre conjugal classique. Dans ce cadre, l’introduction d’un ou plusieurs partenaires dans la vie sexuelle d’un couple apparaît comme une forme de comportement extra-conjugal codifié dans lequel chacun est associé aux jeux sexuels de l’autre.
Le triolisme est la forme de sexualité collective qui génère le plus de fantasmes
En dehors des rapports extra-conjugaux (de loin la pratique la plus répandue au sein des Français), c’est le sexe à trois qui cristallise le plus de fantasmes, notamment au sein de la gent masculine… En effet, les deux tiers des hommes interrogés (64%) – contre moins d’une femme sur trois (31%) – aimeraient ou pourraient envisager une relation avec deux personnes du sexe opposé. Un homme sur dix (10%) – contre seulement 5% des femmes – déclare même avoir déjà réalisé ce fantasme.
Le pouvoir érotique du triolisme est un peu moins fort dans un cadre conjugal, c’est-à-dire dans un cadre qui implique non pas deux inconnu(e)s mais son partenaire habituel et une tierce personne. L’envie de faire l’amour à trois avec quelqu’un du même sexe que son partenaire n’en reste pas moins partagée par un homme sur deux (50%) et une femme sur quatre (23%). À l’inverse, peu d’hommes (17%) se montrent disposés à faire l’amour avec leur femme et un autre homme – la part de la population féminine pouvant envisager une relation avec son partenaire et un autre homme étant tout aussi faible (17%).

L’échangisme au sens strict est un fantasme plus répandu qu’il n’y paraît L’échangisme entre couples est loin d’être le fantasme d’une minorité de personnes . Au contraire, près d’un homme sur trois (31%) – contre 13% des femmes – aimerait ou pourrait envisager de faire l’amour avec sa partenaire et un autre couple. Faire l’amour avec plusieurs couples dans un club ou une soirée échangiste est en revanche un fantasme un peu moins répandu, notamment chez les hommes (22%, contre 11% chez les femmes). Aux yeux des Français, rencontrer un autre couple légitime par exemple chez l’un des deux couples semble donc plus rassurant que dans des lieux où leur intimité serait moins préservée.
Au-delà de la mesure de ce fantasme (réalisée auprès de l’ensemble des Français), l’IFOP a interrogé plus spécifiquement les personnes en couple pour savoir si elles pourraient concrètement le réaliser avec leur partenaire actuel. Or, les résultats confirment leur disposition en la matière : plus d’un homme sur trois en couple (35%) – contre 16% des femmes en couple – accepterait « un plan à quatre » si leur partenaire le leur suggérait . Et sur ce point, il est intéressant de noter que pour les femmes, il s’agirait davantage de se faire plaisir (10%) que de faire plaisir à leur conjoint (6%).

L’orgie est une forme extrême de sexualité de groupe qui a aussi ses amateurs
Un tiers des hommes interrogés (33%) – contre une femme sur cinq (20%) – n’exclut pas de faire l’amour en même temps avec plusieurs personnes de sexe différent. 6% des hommes (contre 3% des femmes) admettent même avoir déjà participé à ces orgies , la proportion de personnes y ayant déjà participé étant particulièrement élevée chez les bisexuel(le)s (31%), les homosexuel(le)s (20%), les hommes célibataires(9%) et les habitants de la capitale (8%).
À noter que l’orgie, plus que toute autre forme de sexualité collective, permet l’expression de pulsions exhibitionnistes, voyeuristes ou bisexuelles.
Or, celles-ci varient beaucoup en fonction du sexe. En effet, si deux hommes sur trois (64%) admettent leur penchant voyeuriste pour des rapports lesbiens , peu de femmes (16%) expriment l’envie de voir deux hommes faire l’amour. Le goût pour l’exhibitionnisme est lui aussi plus prononcé – mais dans une moindre mesure – chez les hommes (29%) que chez les femmes (20%). À l’inverse, faire l’amour avec une personne du même sexe est un fantasme plus répandu dans la gent féminine : les femmes sont deux fois plus nombreuses (31%) que les hommes (16%) à avoir connu ou à pouvoir envisager de vivre un jour une expérience bisexuelle .

– Dans la réalité, l’échangisme reste pratiqué par une minorité de Français pour lesquels cette forme de multisexualité est occasionnelle, mais plutôt bénéfique à la vie de couple

Pour un couple, l’introduction d’un ou plusieurs partenaires dans leur vie sexuelle constitue une véritable prise de risque. En cela, les différentes formes de multisexualité conjugale constituent un type de sexualité de groupe si particulier qu’il fut longtemps considéré comme un phénomène très marginal. Or, si l’échangisme reste une pratique minoritaire, un des principaux enseignements de l’enquête est qu’il n’est plus l’apanage d’une poignée de libertins .

Si les Français sont nombreux à admettre le pouvoir érotique du fantasme échangiste, seule une minorité d’entre eux est déjà passée à l’acte

Au sens large, on peut qualifier d’échangistes les personnes ayant déjà fait l’amour avec leur partenaire et au moins un autre couple, ayant déjà eu une relation avec leur partenaire et une tierce personne (homme ou femme) ou qui ont assisté aux ébats de leur partenaire avec une tierce personne. Or, au total, pas plus de 7% des Français âgés de 18 à 69 ans ont déjà réalisé au moins l’un de ces fantasmes de nature échangiste.
En cela, l’échangisme reste un phénomène limité, notamment parmi les jeunes femmes (2% des femmes de moins de 35 ans). Mais si l’échangisme reste une pratique minoritaire, le fait qu’il touche 7% de la population montre qu’il n’est plus un phénomène marginal.
Le profil des amateurs d’échangisme varie principalement en fonction du sexe, de l’âge, mais aussi du niveau d’intensité de la relation conjugale. En effet, si on compte deux fois plus de pratiquants chez les hommes (11%) que chez les femmes (5%) et une surreprésentation d’amateurs dans les rangs des quadragénaires (10 à 13% selon le sexe), les pratiques échangistes tendent à décroître plus la relation de couple est stable : de 11% chez les célibataires, elles passent à 8% chez les personnes en couple, mais ne vivant pas ensemble et à 6% chez les couples cohabitants. Enfin, le nombre de pratiquants est plus élevé à Paris (11%) que dans le reste de la France.
De manière générale, ces résultats corroborent pour l’essentiel les données recueillies par Netechangisme.com lors d’une récente étude auprès de ses abonnés. En effet, cette enquête 26 réalisée auprès de 7 000 de ses membres donnait une idée assez précise du profil type d’un échangiste : un couple ou une personne de 31 à 50 ans (73%), qui pratique l’échangisme depuis 1 à 5 ans (64%) et qui a commencé à un âge compris entre 20 et 40 ans (78%).

Les sites internet constituent un moyen de démocratisation de l’accès à l’échangisme
Le profil des échangistes varie aussi beaucoup en fonction du moyen utilisé pour rencontrer des partenaires. Il faut dire qu’à côté des moyens traditionnels que sont les soirées privées dédiées à l’échangisme et les clubs échangistes, de nouveaux moyens de rencontres sont apparus tels que les sites spécialisés mettant en contact les personnes intéressées par l’échangisme . Moins onéreux que les clubs, plus faciles d’accès que les soirées privées, ces sites garantissent à leurs utilisateurs un total anonymat tout en leur offrant un plus large choix de partenaires potentiels. Aux yeux des personnes susceptibles de réaliser un jour au moins une pratique de nature échangiste, ces sites sont un moyen de rencontres aussi évident (43%) que les clubs (44%) ou les soirées privées (49%). En revanche, rares sont les personnes qui voient dans les boîtes de nuit traditionnelles un moyen de trouver des partenaires échangistes (23%).
Dans le détail des résultats, on note que les sites spécialisés sont ceux qui attirent le plus de jeunes hommes (55% des hommes de moins de 35 ans) et de jeunes femmes (49% des de moins de 35 ans), notamment en Région parisienne (49%). De même, l’attraction de ces sites est particulièrement forte dans les catégories populaires (52% chez les CSP-) et intermédiaires (43%), signe qu’ils constituent un moyen de démocratisation d’accès à l’échangisme. À l’inverse, les soirées privées conservent un profil très élitiste (53% de CSP+ contre 44% de CSP-) et une clientèle beaucoup plus âgée (53% d’hommes de 50 ans et plus).
Quant aux clubs, ils apparaissent surtout comme le moyen privilégié des quadragénaires (54% à 59% des personnes âgées de 35 à 49 ans), des provinciaux (46%) et des ruraux (57%).

L’échangisme reste une pratique occasionnelle, voire exceptionnelle, qui permet de renouveler le désir et l’excitation au sein du couple.
Interrogés plus spécifiquement sur leurs expériences, les libertins déclarent ne pratiquer qu’occasionnellement les relations à plusieurs avec leur partenaire habituel. En effet, seul un quart (27%) pratique l’échangisme au moins une fois par mois, les autres ayant ces expériences quelques fois par an (16%), voire moins souvent (57%). Ce clivage homme/femme se retrouve d’ailleurs dans le nombre d’expériences sexuelles collectives déclarées avec son partenaire habituel. Si les deux tiers des femmes (64%) déclarent n’en avoir eu que quelques-unes au cours de leur vie (entre 1 à 3 fois), les échangistes hommes avancent un nombre d’expériences beaucoup plus élevé (50% en ont eu plus d’une dizaine).
Contrairement aux idées reçues, les expériences échangistes n’ont pas un impact négatif sur la vie de couple. Au contraire, l’introduction d’un ou plusieurs partenaires a un impact positif sur la stimulation du désir au sein du couple et ceci, aussi bien pour les hommes (80%) que pour les femmes (65%). Permettant de briser la monotonie au sein du couple, la multisexualité dans le cadre conjugal constitue donc un moyen de raviver le désir et l’excitation . 55% des sondés estiment aussi que le libertinage a un impact positif sur la fidélité et la pérennité de leur couple. En revanche, sur d’autres aspects, hommes et femmes divergent quelque peu sur les effets de telles expériences. En effet, alors que leurs effets positifs sont massivement perçus par les hommes, ils sont ressentis dans une proportion beaucoup plus faible par les femmes, que ce soit sur leur épanouissement sexuel (45% contre 80% chez les hommes), leur ouverture à de nouvelles pratiques sexuelles (40% contre 76% chez les hommes) ou sur leur vie de couple en général (30% contre 70% chez les hommes).

Si une majorité de Français conserve une vision assez normative de la sexualité conjugale, cette étude atteste du fait qu’une proportion non négligeable de la population ne limite plus sa sexualité à des rapports entre partenaires conjugaux ou amoureux. De plus en plus de couples ont recours à ces jeux récréatifs qui, occasionnellement, leur permettent de raviver leur désir et leurs fantasmes érotiques. Même si l’échangisme reste une pratique minoritaire, cette forme de multisexualité conjugale est donc de moins en moins taboue et, surtout, de moins en moins réservée aux catégories les plus privilégiées de la population du fait du développement de nouveaux moyens de rencontres comme les sites internet.

Méthodologie
Étude réalisée par l’IFOP pour Netechangisme.com . Échantillon national représentatif de 1 020 personnes âgées de 18 à 69 ans. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les questionnaires ont été diffusés et traités via internet du 4 au 7 juin 2010.

Précision sur la méthode d’administration utilisée : En raison du caractère intime du sujet abordé, l’IFOP a fait le choix d’une méthode autoadministrée on line. En effet, sur un thème aussi sensible, ce mode de recueil offre aux répondants la possibilité de parler de soi sans risquer de se sentir jugé par un enquêteur.
Garantissant un total anonymat aux personnes interrogées, cette méthode permet donc de libérer la parole des gens qui n’auraient pas souhaité aborder certains sujets devant un enquêteur ou en présence d’un proche (si l’entretien se déroulait devant un tiers).

À propos de Netechangisme.com
Netechangisme.com est le numéro 1 des sites francophones du libertinage et de l’échangisme . Il figure dans le top 15 des plus gros sites français de rencontre.
Avec plus de 160.000 membres actifs et 10 ans d’existence, c’est la plus grande communauté en ligne de libertins et le meilleur endroit pour analyser et comprendre les caractéristiques des couples qui pratiquent une sexualité plurielle et épanouie.
Le site avait fait sa propre enquête sur l’évolution des comportements libertins auprès de sa propre communauté. Vous pouvez en lire les résultats sur le lien suivant :
http://www.netechangisme.com/?tpl=desk&goto=qcm-res

À propos de l’IFOP
L’IFOP est depuis 1938 le pionnier sur le marché des sondages d’opinion et des études de marché, au croisement de l’actualité politique et économique, des sciences humaines et du marketing. L’IFOP intervient dans une cinquantaine de pays à travers le monde, à partir de ses quatre implantations à Paris, Toronto, Buenos Aires et Shanghai. Site web : www.ifop.com Contacts Presse
NetEchangisme.com Ifop
Christophe SORET François KRAUS / Bénédicte SIMON
06 22 82 40 02 01.72.34.94.64
presse@neteck-fr.com francois.kraus@ifop.com / benedicte.simon@ifop.com
26 Étude complète : http://www.netechangisme.com/?tpl=desk&goto=qcm-res
Annexe Enquête IFOP 2012 : le lien entre le libéralisme sexuel et les opinions politiques.
"Les mœurs des Français et leurs orientations politiques".
30 mars 2012 N° 110202 Contacts : 01 72 34 94 64 / 06 61 00 37 76 François Kraus Prenom.nom@ifop.com

Sexe et politique…
Enquête sur les mœurs des Français
et leurs orientations politiques

NOTE MÉTHODOLOGIQUE Étude réalisée pour : HOT VIDÉO Échantillon de 1 411 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.
Mode de recueil : Les interviews ont eu lieu par questionnaire autoadministré on line.
En raison du caractère intime et sensible du sujet abordé, l’IFOP a fait le choix d’une méthode autoadministrée on line. En effet, ce mode de recueil offre aux répondants la possibilité de parler de soi sans risquer de se sentir jugé par un enquêteur. Garantissant un total anonymat aux personnes interrogées, cette méthode permet donc de libérer la parole des gens qui n’auraient pas souhaité aborder certains sujets devant un enquêteur ou en présence d’un proche (si l’entretien se déroulait devant un tiers).
Dates de terrain : Du 24 février au 1er mars 2012
Ce document présente les résultats d’une étude réalisée par l’IFOP qui respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l’enquête par sondage. Afin d’accroître la fiabilité des résultats, l’IFOP précise qu’il a posé ces questions dans une enquête dont la taille de l’échantillon et le mode de recueil réduisent fortement la marge d’erreur et les risques de sous-déclaration inhérents au caractère intime et sensible du sujet abordé. La notice de cette enquête est consultable à la Commission des Sondages Les principaux enseignements de l’enquête Sexe et politique…
Enquête sur les mœurs des Français et leurs orientations politiques
Pour le compte du magazine de charme Hot Vidéo, l’IFOP a cherché à sortir des sentiers battus en se penchant sur un objet d’étude original : le lien entre le libéralisme sexuel et les opinions politiques. Car, si on commence enfin à mesurer l’influence de l’orientation sexuelle sur les comportements électoraux 27 , rares sont les données permettant d’évaluer les effets politiques des comportements en matière de mœurs, de morale sexuelle et familiale. Afin de mieux cerner ce lien entre la sexualité – qui relève de l’intimité et de la sphère privée – et des orientations politiques ayant trait aux affaires publiques, l’IFOP a mené la première enquête permettant d’étudier à la fois le comportement électoral des Français et leur activité sur le plan sexuel. Riche en surprises et en enseignements, cette étude révèle notamment que plus les Français partagent des positions politiques progressistes ou radicales, plus ils s’écartent des normes sociales en matière de sexualité. La frustration sexuelle se traduit par une plus grande disposition au vote protestataire.
Un des principaux enseignements de l’enquête est l’étroite corrélation entre le sentiment d’insatisfaction à l’égard de sa vie sexuelle et l’expression d’un vote protestataire traduisant un mécontentement plus large à l’égard du système politique et des partis dominants.
– En effet, ce sentiment d’insatisfaction sexuelle est plus important chez les Français votant pour des candidats soutenus par des partis contestataires à vocation tribunitienne – tels que le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon (35%) – ou totalement « hors système » comme le Front National (31%) et les partis d’extrême gauche (NPA, Lutte Ouvrière).
– À l’inverse, les partisans des candidats des deux grands partis de gouvernement manifestent un sentiment d’insatisfaction inférieur à la moyenne : 22% des électeurs de François Hollande et 23% des partisans de Nicolas Sarkozy se disant insatisfaits sur le plan sexuel, contre 26% auprès de l’ensemble des Français.
– Quant à l’électorat de François Bayrou – qui capte aussi une part du vote protestataire comme tout parti de l’opposition 28 –, il exprime un sentiment d’insatisfaction plus fort que la moyenne (30%), tout comme d’ailleurs l’ensemble des personnes ayant voté pour lui en 2007 (30%).
Naturellement, le lien entre insatisfaction à l’égard de sa vie sexuelle et insatisfaction à l’égard de la vie politique s’explique avant tout par la composition de ces électorats contestataires où sont surreprésentées les personnes les plus insatisfaites sur le plan sexuel, à savoir les hommes, les quadras et les quinquagénaires et, sociologiquement, les inactifs, les ouvriers et les travailleurs indépendants. Il n’en reste pas moins que ce lien est mis en lumière par tous les indicateurs politiques.
– En termes de positionnement partisan, les sympathisants des deux grandes formations contestataires – Front de Gauche et Front national – expriment un sentiment d’insatisfaction sexuelle plus fort que la moyenne : 32%, contre 26% en moyenne. De même, lorsqu’on analyse le vote à la dernière élection présidentielle, on remarque que les électeurs des formations trotskystes, communistes et lepénistes (32%) sont plus insatisfaits sur ce plan que dans le reste de l’électorat.
– Enfin, les indicateurs de participation électorale font entrevoir un lien entre ce sentiment d’insatisfaction et les formes de rejet de la politique que sont la non-inscription sur les listes électorales – 71% des inscrits se disant satisfaits sur le plan sexuel, contre 63% des non-inscrits – ou l’intention de s’abstenir au prochain scrutin : le niveau de satisfaction étant plus faible chez les abstentionnistes (67%) et ceux ayant peu de chances d’aller voter (62%).
Les électeurs de droite et du centre tendent à avoir une vie sexuelle plus stable et moins intense que le reste des Français
Le second enseignement de l’enquête est l’écart qui sépare les sympathisants de droite et du centre du reste de la population en ce qui concerne le nombre de partenaires et la fréquence des rapports sexuels.
– Plus aisés, plus diplômés et surtout beaucoup plus âgés et plus partiquants que la moyenne des Français, les électeurs de droite modérée tendent plus que les autres à vivre en couple, et ceci dans un cadre conjugal classique. Cela se traduit par une vie sexuelle plus stable que la moyenne si l’on en juge le nombre de partenaires qu’ils déclarent avoir eu durant leur vie : 7 en moyenne, contre 9 chez les sympathisants de gauche et 10 chez les sympathisants d’extrême droite.
– C’est d’ailleurs dans les rangs des sympathisants UMP que l’on compte le plus de personnes n’ayant eu qu’un seul partenaire au cours de leur vie : 23%, contre 18% en moyenne chez l’ensemble des Français. À l’inverse, à peine un quart d’entre eux (24%) déclarent avoir eu au moins une dizaine au cours de leur vie, contre un tiers des sympathisants de gauche (31%). À noter que les électeurs centristes ont aussi moins de partenaires que la moyenne durant leur vie (7 en moyenne pour les électeurs de François Bayrou) même s’ils ne partagent que certaines caractéristiques sociales et cultuelles avec l’électorat de droite.
La fréquence des ébats amoureux diminuant avec la longévité du couple et l’intensité de la pratique religieuse, l’activité sexuelle est naturellement moins intense au sein d’un électorat de droite plus âgé et plus pieux que la moyenne.
– En effet, le nombre moyen de rapports mesuré chez les électeurs de Nicolas Sarkozy (6,7 par mois) et de François Bayrou (5,9 par mois) est sensiblement plus faible que celui observé chez les électeurs de la gauche parlementaire (7,6 par mois), de l’extrême gauche (7,7 par mois) et surtout de l’extrême droite (8,0 par mois). Il faut dire que c’est dans les rangs des sympathisants lepénistes que l’on recense le plus de personnes ayant au moins 3 rapports par semaine : 16% contre 11% en moyenne chez l’ensemble des Français.
– De manière générale, les personnes exprimant un vote protestataire semblent avoir une vie sexuelle un peu plus active (8 rapports par mois en moyenne) que celles soutenant les candidats issus de partis de gouvernement (7 rapports mensuels), sachant par ailleurs qu’elles déclarent aussi un nombre de partenaires plus élevé (32% d’entre elles ont eu au moins dix partenaires dans leur vie, contre 26% chez l’ensemble des Français).
Le répertoire des pratiques sexuelles est plus large et diversifié chez les Français exprimant un positionnement radical ou progressiste sur le plan politique.
Le troisième enseignement de l’enquête est l’observation d’une vie sexuelle plus diversifiée dans les rangs des personnes se reconnaissant dans des partis défendant un certain libéralisme culturel et/ou situés en marge du système politique. Les électeurs de gauche qui sont, entre autres, surreprésentés dans la génération ayant commencé sa vie sexuelle après l’arrivée de la contraception et avant celle du SIDA se distinguent ainsi par une vision moins normative de la sexualité conjugale.
– Cette vision transparaît aussi bien dans l’expérimentation de caresses manuelles (masturbation) ou mécaniques (sex toys) que dans celles de caresses bucco-génitales (fellation, cunnilingus). La fellation est ainsi une pratique plus répandue chez les femmes de gauche (81% déclarent l’avoir déjà pratiquée) que chez des sympathisantes de droite parlementaire (69%) qui appartiennent plus souvent, il faut le rappeler, à des générations où ce geste était proscrit ou associé aux services offerts par les prostituées. Mais cette sexualité orale est aussi plus répandue chez les femmes se situant à la gauche de la gauche (92% chez les sympathisants d’extrême gauche, 83% chez les sympathisantes du Front de gauche) ou à la droite de la droite (74% chez les sympathisantes lepénistes).

Tableau des pratiques et expériences sexuelles en fonction de la proximité politique

Proportion de personnes ayant eu une aventure extra-conjugale



Proportion de personnes ayant eu une expérience échangiste


3 La frontière perméable et floue entre clubs échangistes, prostitution et proxénétisme du gérant
L’examen précédent du public du club échangiste, l’importance notamment des hommes seuls dans les clubs, permet de comprendre que la frontière peut être étroite et perméable entre l’activité échangiste et l’activité prostitutionnelle. De même, la frontière est aussi étroite et perméable entre la gestion légale d’un club échangiste et la qualification de proxénète de l’exploitant. Il n’est de l’intérêt d’aucun libertin d’affirmer ou même d’envisager des activités prostitutionnelles.
a De nombreux vœux (pieux) sur l’absence de perméabilité entre prostitution, proxénétisme et clubs échangistes
Il existe de trop nombreuses assertions notamment de la part d’internautes, pratiquants échangistes ou non, sans doute souvent de bonne foi, sur l’impossible perméabilité qui pourrait exister entre prostitution et club échangiste. Il convient de les résumer tant elles paraissent éloignées de la réalité.
Il est ainsi mentionné que : « Le club libertin est un endroit privé où des personnes majeures et consentantes peuvent prendre du bon temps comme bon leur semble. Il n’y a aucun problème si tout le monde respecte la loi (absence de pédophilie, etc.). Le fait d’avoir des relations sexuelles entre personnes majeures et consentantes, sans aucune notion d’argent, n’est plus assimilé à de la prostitution ou plus précisément le gérant n’est plus considéré comme un proxénète ». Des avis péremptoires sont aussi émis tels que « La perméabilité est là nulle ; les patrons des clubs ou autres ne pourraient toucher l’argent d’une personne prostituée qui rentrerait dans un night-club échangiste, car ils deviendraient des proxénètes au sens légal du terme ou plutôt au sens pénal du terme ». Dans le même sens, il est écrit : « Qu’est-ce qu’une prostituée peut bien venir faire dans une boîte échangiste ? Pour une prostituée, il y a facturation de sa prestation à l’unité de rapport (acte sexuel) ; dès lors se mélanger avec un groupe de vingt personnes n’est pas avantageux pour elle. À mon sens, il existe donc très peu de prostituées dans les night-clubs échangistes ». On trouve enfin l’observation qui suit : « L’utilisation commerciale d’« hôtesses » déqualifie les clubs, et on entre dans un autre registre : celui de la prostitution ».
La réalité est tout autre. Les frontières sont floues et ne sont pas étanches. Les tentations de prostitution existent pour des raisons diverses.
b Les tentations multiples de prostitution et les risques de poursuite du gérant pour proxénétisme « à son insu »
Les divers actes du colloque de 1998 Entre commerce du sexe et utopies : l’échangisme 29 font référence aux nombreuses tentations de prostitution. Elles sont succinctement présentées ci-dessous.
Les premières concernent les tentations des femmes de se prostituer : selon des intervenants du colloque les sollicitations sont omniprésentes et la femme peut être tentée de se faire rétribuer pour le commerce de son corps : « Aussi donnons l’exemple de Sylvaine, qui à travers les clubs échangistes, par amour et par "jeu" ( sic ), est passée, sous nos yeux et devant notre rage impuissante, du statut de "jeune fille mignonne" à celui de prostituée pilotée par son "ami" initiateur, puis au rôle d’entremetteuse pour faire tomber ses amies dans le travail sexuel tout juste indemnisé ».
Les secondes sont relatives aux diverses tentations de l’homme seul de faire entrer des personnes prostituées : « La tentation est forte pour certains hommes qui veulent fréquenter les soirées pour couples, de recourir alors à des "passe-portes" c’est-à-dire des escorts ou des prostitué(e)s.
Le gérant du club échangiste peut être lui-même tenté de faire entrer des prostitués afin de capter ou maintenir commercialement la clientèle d’hommes seuls. En effet ces hommes seuls, majoritaires, procurent des bénéfices substantiels aux tenanciers en raison d’un prix d’entrée souvent plus de deux fois supérieur à celui des couples. Que faire quand on est gestionnaire d’un établissement et que les après-midi "mixte" ou "trio" ne rassemblent que des hommes seuls ? La tentation de recourir aux services de femmes "de substitution" est grande. Nous en donnerons maints exemples : hôtesses, strip-teaseuses, voire prostituées en titre sont alors parfois convoquées pour "amuser" ces hommes ».
Même conscient des risques ou suspicieux, le gérant peut être parfois être piégé ou se piéger lui-même en devenant proxénète 30 . L’observation des décisions judiciaires dont certaines sont exposées dans les médias et/ou sur internet fait apparaître qu’un certain nombre de gérants de clubs échangistes ont été poursuivis devant les tribunaux pour proxénétisme. Selon divers organes de presse, dont le journal Libération et le Journal du dimanche (JDD) dont nous publions ci-dessous (infra) des extraits, tel fut le cas envisagé pour le célèbre établissement « Les Chandelles » connu du monde politique artistique, footballistique, etc. La lecture des Annexes III et IV ci-dessous donne à réfléchir sur les pièges et risques de poursuite du gérant pour proxénétisme… « à son insu » ? 31
27 Voir l’enquête de l’Ifop pour le CEVIPOF publiée le 18 janv. 2012 sur le vote des gays, des bis et des lesbiennes.
28 Voir Cyril Gispert et Fabien Nicolas : La mutation du vote protestataire : partis tribuniciens, partis de gouvernement et sentiment antiparti , Pôle Sud 1/2006 (n° 24), p. 139- 154.
29 Actes du premier séminaire européen sur l’échangisme, Toulouse, Mars 1998, université Toulouse-Le Mirail
30 Voir sous-titre III 2 : étude juridique/ 3 : risques spécifiques liés à la gérance a, b
31 Le sujet sera développé dans le sous-titre III étude juridique 3 De quelques risques spécifiques à la gérance de clubs échangistes.
ANNEXE III ET ANNEXE IV
Les risques de poursuite du gérant de club échangiste pour « proxénétisme ».

Nous publions ci-dessous des extraits d’un article récent de Patricia Touranchau paru dans Libération en date du 31 12 2011 et dans Le Journal du Dimanche de Jean-Pierre Vergès en date du 5 février 2012. Au-delà du parfum qui entoure ces clubs et de l’attitude des pouvoirs publics à leur égard, ils illustrent quelques observations déjà formulées, dont les risques de prostitution et proxénétisme. Il n’est pas fait mystère par la patronne du club elle-même d’une possible subordination de la femme, y compris mariée. Il s’agit donc aussi d’une réponse implicite à de nombreux internautes déniant notamment toute possibilité de prostitution ou de subordination de la femme dans ces clubs.
ANNEXE III
Échangisme : le club des Chandelles en berne – Libération www.liberation.fr/-echangisme-le-club-des-chandelles. 31 déc. 2011 –. Par PATRICIA TOURANCHEAU
Escort girls se faisant passer pour des libertines ? La Mondaine a convoqué la patronne de cette boîte parisienne, qui va être fermée temporairement.
Le « réveillon de princesse » aux Chandelles, le club échangiste le plus coté de la capitale, n’a finalement pas été sabré par la police. Malgré un parfum de prostitution dans les « boudoirs érotiques », l’établissement très chic et coquin de Madame V reste ouvert pour les fêtes de fin d’année. La brigade de répression du proxénétisme a réclamé la fermeture administrative de ce club sis 1, rue Thérèse (Ier arrondissement) à la préfecture de police qui, « pour des considérations d’opportunité et de procédure », l’a reportée au mois de janvier : « On les laisse faire la saison », dit un ponte. Suspecte de « tolérance », la patronne V est convoquée la semaine prochaine par la « Mondaine » puis par le directeur de cabinet du préfet qui prononcera la sanction. Mais la dame étant bien sous tous rapports, « inconnue des services de police », « le trouble à l’ordre public » pas si manifeste et l’établissement « très bien fréquenté », les Chandelles ne risquent a priori qu’un mois de fermeture, afin de ne pas nuire aux nuits parisiennes et à ses illustres clients : « Ce n’est pas une boîte à voyous, c’est le club de DSK, raille un enquêteur, de la jet set et du show-biz, d’avocats et de magistrats, de patrons et d’hommes d’affaires, mais aussi de Russes qui viennent avec des escort girls. »... Si Thierry Ardisson ou Frédéric Beigbeder n’ont jamais fait mystère de soirées libertines aux Chandelles, Dominique Strauss-Kahn l’a longtemps caché avant d’être démasqué.