Sidérations. Une sociologie des attentats

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À quoi renvoie notre sidération face aux tueries perpétrées dans Paris le 13 novembre 2015 ? Comment expliquer l’ampleur de la réaction aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher ? Poser ces questions, c’est chercher à comprendre ce que vit une société lorsqu’elle se trouve mise à l’épreuve d’attaques terroristes. C’est tenter d’élucider ce qui fait que des millions de personnes se sentent concernées par ce qui arrive bien qu’elles n’aient de lien direct avec aucune des victimes.
En sociologue, Gérôme Truc éclaire ces récents événements en revenant sur la façon dont les individus ordinaires que nous sommes ont vécu et ont répondu aux attentats du 11-Septembre, du 11 mars 2004 à Madrid et du 7 juillet 2005 à Londres. Analysant les discours politiques et les images médiatiques, les manifestations de solidarité et les minutes de silence, ainsi que des dizaines de milliers de messages adressés aux victimes, son enquête révèle toute l’ambivalence de notre rapport aux attentats islamistes. Et met au jour les ressorts de cette solidarité qui, dans nos sociétés individualistes, finit par se dire à la première personne du singulier plutôt que du pluriel : « Je suis Charlie », « Je suis Paris ».

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EAN13 9782130736554
Langue Français

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Le Lien social Uollection dirigée par Serge Paugam
Gérôme Truc
SIDÉRATIONS ne sociologie des attentats
ISBN 978-2-13-073655-4
ISSN 1285-3097
re Dépôt légal — 1 édition : 2016, janvier
© Presses Universitaires de France, 2016 6, avenue Reille, 75014 Paris
Pour Adélaïde et Louis
Collection Page de titre Copyright Dédicace Avant-propos
Introduction UNE MISE À L’ÉPREUVE DU LIEN SOCIAL D’UN TERRORISME À L’AUTRE LA MATIÈRE D’UN LIVRE
Sommaire
Première partie. Ce qui nous arrive 1.Être attaqué LE 11-SEPTEMBRE EN DIRECT : ACCIDENT, ATTENTAT OU ACTE DE GUERRE ? 11 septembre 2001, 8 h 46 : une situation à définir e « Le Pearl Harbor du XXI siècle » La force d’une analogie VU D’EUROPE : DE LA SOLIDARITÉ OCCIDENTALE AU SOUCI COSMOPOLITIQUE Peur d’une guerre mondiale et solidarité occidentale « Apocalypse Now » : un contre-cadrage européen Le 11-Septembre d’un point de vue cosmopolitique De « Tous Américains » à « Tous New-Yorkais » 2.Vivre « son » 11-Septembre LE 11-MARS COMME UN « NOUVEAU 11-SEPTEMBRE » Le 11-Septembre de l’Espagne EuropeversusAl-Qaida Un 11-Septembre (plus ou moins) européen LE 7 JUILLET 2005, UN « 11-SEPTEMBRE BRITANNIQUE » ? Une analogie qui ne prend pas Cosmopolitismeversusislamisme ? 3.Montrer (ou pas) la violence LA PLACE DES MORTS Ce que nous n’avons pas vu le 11 septembre 2001 Ce que nous avons vu le 11 mars 2004 « Merci de nous montrer les morts » LA MORALE DES CHOIX ICONOGRAPHIQUES Montrer pour dénoncer Dolorisme et pacifisme Les deux faces du 7 juillet 2005 4.Manifester sa solidarité
LES ATTENTATS COMME « MOMENTS MANIFESTANTS » Rassemblements spontanés et manifestations post-attentats Le 12 mars 2004 : retour sur une (autre) mobilisation « historique » POURQUOI MANIFESTER APRÈS UN ATTENTAT ? Ce que le « traumatisme collectif » n’explique pas Une question de proximité 5.Faire silence UN RITUEL DE DEUIL COLLECTIF Instituer une communauté de deuil Avoir (ou pas) fait silence le 15 mars 2004 UN PROBLÈME D’ÉQUIVALENCE MORALE « Pourquoi ne fait-on rien pour les morts en Irak ? » Face aux élèves : justifier le silence Deuxième partie. Ce qui nous touche 6.Les publics des attentats DES RÉACTIONS ÉCRITES AUX PUBLICS CONCERNÉS « Mots pour maux » : réagir aux attentats par écrit Ce que l’on écrit après un attentat, et comment on l’écrit L’espace des réactions publiques à un attentat À QUEL TITRE UN ATTENTAT NOUS CONCERNE Solidarité anonyme et messages personnels Les contours d’une communauté imprécise 7.Les échelles du nous AU-DELÀ ET EN DEÇÀ DE LA NATION L’ambivalence du « nous » européen La solidarité à l’échelle des villes DES VILLES-MONDES À L’ÉPREUVE DU TERRORISME New York – Madrid – Londres… et Paris ? Les métropoles européennes, phares de l’humanité 8.Les valeurs en jeu LES RÉACTIONS AUX ATTENTATS COMME JUGEMENTS DE VALEUR Réaliser ce à quoi nous tenons Défendre la liberté avant tout ? LE PACIFISME BANAL DES EUROPÉENS Tolérance, respect, amour L’expression d’un fonds chrétien Une sacralisation de la vie 9.Les attentats en personnes LA SINGULARISATION DES VICTIMES Donner un visage aux victimes Raconter des vies ordinaires Offrir des prises au concernement RÉAGIR EN PERSONNE SINGULIÈRE « Tout cela pour vous dire que… »
Ce qu’être bouleversé veut dire Le soi à l’épreuve de l’émotion 10.La solidarité au singulier L’ATTACHEMENT AU LIEU « Cette ville sera toujours une part de moi » « J’ai ma sœur là-bas » « Je m’y revois aujourd’hui » LA COÏNCIDENCE DE DATES « Mon anniversaire ne sera plus jamais ce qu’il était » « Ce jour-là, j’ai eu 20 ans » « Mon frère est décédé aujourd’hui » L’HOMOLOGIE D’EXPÉRIENCES « Je sais ce que c’est » « Maintenant je réalise » Conclusion Notes Remerciements Bibliographie sélective Références générales Sur les attentats du 11-Septembre Sur les attentats du 11 mars 2004 à Madrid et du 7 juillet 2005 à Londres Sur la mort, le deuil collectif et le rapport à la souffrance en Occident Sur l’Europe Le lien social PUF.com
AvaNt-propos
La rédaction de cet ouvrage est antérieure aux attentats du 13 novembre 2015. Le point final a été mis à son manuscrit un mois jour pour jour avant ces tragiques événements qui ont de nouveau ensanglanté Paris. Il ne m’a pas semblé opportun de le reprendre puisque le cœur de ce livre consiste en une enquête de plusieurs années sur les réactions aux attentats du 11-Septembre, de Madrid et de Londres, auxquelles l’actualité ne change rien. Je crois au contraire que le recul offert par l’enquête sociologique permet de regarder l’actualité différemment. Peut-être comprendra-t-on mieux aujourd’hui la nécessité d’entamer cet ouvrage par un chapitre qui revient sur la façon dont les attentats du 11-Septembre, il y a maintenant plus de quinze ans, en sont venus à être qualifiés d’ « actes de guerre », et sur ce que cette qualification a impliqué. Jamais depuis les Français n’avaient vécu d’expérience à ce point similaire à celle des Américains en septembre 2001 : ce sentiment d’être en proie à une attaque sur son territoire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, de basculer ainsi dans une nouvelle réalité, de se découvrir soudainement « en guerre », et vulnérables dans des proportions que l’on n’osait imaginer. Ainsi la rhétorique employée après cette nouvelle attaque terroriste par le président François Hollande est-elle en tout point identique à celle de George W. Bush en septembre 2001. Significatif à cet égard est aussi le fait que, précisément, nous ne comparons pas ces attentats au 11-Septembre. « 11-Septembre » est aux États-Unis un nom propre qui désigne un événement tout à fait singulier, tandis qu’en Europe, nous ne cessons depuis quinze ans de redouter et de vivre des « nouveaux 11-Septembre » – ce qui traduit un rapport ambivalent à cet événement et aux attentats islamistes en Occident que le chapitre 2 s’efforce de mettre en lumière. Que l’attentat contreCharlie Hebdoait pu être immédiatement qualifié de « 11-Septembre français » se révèle désormais déplacé, au regard du nombre de personnes tuées dans les attaques du 13 novembre. Mais là n’est plus la question aujourd’hui, tant ces nouveaux attentats nous apparaissent, comme le 11-Septembre aux Américains en 2001, d’une ampleur et d’une nature sans commune mesure avec tous ceux qui ont précédé. Le 13 novembre 2015 n’a donc pas été un « nouveau 11-Septembre français ». Et à l’avenir, ce n’est plus un « nouveau 11-Septembre » que les Français redouteront, mais bien « un nouveau 13 novembre ». Ce sentiment d’être désormais bel et bien « en guerre », qu’on le juge fondé ou non, marque une nette rupture avec la posture que les Français, et plus largement les Européens, ont dans leur ensemble adopté au lendemain du 11-Septembre, et lève par conséquent l’ambivalence qui depuis lors caractérise leur rapport aux attentats islamistes. Les journalistes français tendent ainsi à retrouver vis-à-vis des images montrant les morts une attitude qu’ils dénonçaient eux-mêmes chez leurs homologues américains en 2001. Et la minute de silence que les pouvoirs publics demandent d’observer en mémoire des victimes ne pose pas problème : la communauté nationale s’impose cette fois-ci à l’évidence comme une communauté de deuil, comme aux États-Unis en 2001. Les analyses contenues dans la première partie de ce livre n’en apparaîtront par contraste, je l’espère, que plus éclairantes. Pour le reste, la façon dont la compassion et la solidarité avec les victimes s’expriment à l’heure où j’écris ces lignes fait directement écho à la deuxième partie de ce livre. Je me suis rendu sur les lieux des attentats du 13 novembre 2015. J’y ai retrouvé les mêmes mots que ceux lus à New York, Madrid ou Londres. De courts messages impersonnels, sous forme d’exhortation ou d’incantation : « Plus jamais ça », « Non au terrorisme », « Même pas peur », « Pray for Paris », etc. De longues lettres à la première personne, rédigées d’une écriture serrée. Des invocations de la République, et des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, mais aussi, et peut-être plus encore, des appels à l’amour, à la vie et à la paix. Des citations du Coran ou de la Bible, du Dalaï Lama ou de John Lennon. Des « Nous ne vous oublierons pas », « Nous sommes unis », et « Nous sommes Paris ». Des messages d’étrangers qui se solidarisent, au nom de leur pays ou de leur ville, avec la capitale française. Mais également une solidarité qui se dit au singulier – « Je suis Paris » – et à d’autres e échelles : « Je suis 11 arrondissement », « Je suis Français », « Je suis humain ». Assemblés, ces « nous » et ces « je » forment la réponse d’une société à l’épreuve terroriste. Ce livre propose des pistes et une méthode pour l’analyser. À sa manière, il y participe aussi.
Paris, le 17 novembre 2015