Vers une société des agendas

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201 pages
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Description

Dans notre société, un nombre croissant de personnes engagées dans des activités professionnelles, associatives ou autres activités, vivent l'agenda sur un mode "tyrannique" dès qu'il s'agit de fixer une rencontre ou même honorer des engagements pris antérieurement. Pourquoi cette nouvelle tendance à de multiples lamentations sur la "fuite du temps" qui certes n'est pas nouvelle mais semble provoquer stress, désorganisations et incompréhensions ?


Il semble que nos coordonnées temporelles de prévision et de prospection évoluent et que cette mutation induit des temporalités inédites qualifiées de modernes. Le but de ce livre est de donner les outils théoriques pour comprendre les manifestations de cette fracture culturelle de rapport au temps. En mettant en évidence les pratiques sociales générées ces dernières années autour des conduites à projet, l'auteur essaie de définir les contours culturels de ces nouvelles temporalités.

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EAN13 9782130637424
Langue Français

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Jean-Pierre Boutinet
Vers une société des agendas
Une mutation de temporalités
2004
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130637424 ISBN papier : 9782130538738 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Les cadres temporels que nous nous donnons, ou qui nous sont imposés par nos environnements de vie, ont beaucoup changé. Jeunes et adultes, par exemple, n'organisent pas leurs agendas à partir des mêmes coordonnées temporelles, d'où des effets d'incompréhension. Saisir la signification de ces temporalités émergentes c'est les resituer dans leur environnement sociétal et tenter d'esquisser les formes de la nouvelle culture en gestation.
Table des matières
Prologue. Dans quel temps vivons-nous ? ïntroduction. Métamorphose des conduites à projet 1 - Triple insolite des conduites à projet 2 - Métamorphoses sémantiques, mutations culturelles 3 - D’une logique de l’action à une logique des transformations 4 - Le management par projet comme figure emblématique des nouvelles temporalités 5 - L’avènement de nouveaux synchroniseurs temporels 6 - Saisir une mutation de temporalités, une question de méthode 7 - Pertinence et impertinence du recours à la démarche abductive 8 - Mutation de temporalités, nouvelles temporalités Chapitre ï. Énigmatique moment présent 1 - Entre le plein et le vide 2 - Le temps vécu, un carrefour de temporalités 3 - Les temporalités du moment présent entrevues comme aménagement paradoxal : la figure de Janus des conduites de/à projet 4 - Temporalités dominantes et temporalités dominées 5 - Ambiguïté des temporalités dominantes 6 - Le moment présent comme problème Chapitre ïï. Modernités tardives et temporalités post-modernes 1 - Des premières modernités aux modernités tardives 2 - Hyper-modernité ou Sur-modernité 3 - Cinq formes caractéristiques de contre-modernité 4 - Vers un étatnew look, un Au-delà de la modernité 5 - L’espace post-moderne : une question d’hybridation et de métissage Chapitre ïïï. Les logiques dupostà l’assaut de la modernité 1 - Logiques temporelles changeantes : duproaupost 2 - Les lignes de force dupost-industriel 3 - Dupost-industriel aupost-moderne 4 - Par delà la post-modernité, l’avènement d’un post-humanisme 5 - La post-modernité dans sa relation au passé 6 - La post-modernité face à l’avenir Chapitre ïV. Le management de projet, mythe fondateur du changement à l’ère post-moderne 1 - Émergence du projet et situation de crise 2 - La Renaissance et l’avènement du projet architectural
3 - Les Lumières et l’élaboration du projet de société 4 - La crise de la pensée scientifique au regard du projet existentiel 5 - La question éducative et le projet à visée pragmatique re 6 - Une modélisation 1 manière des conduites à projet 7 - Vers une nouvelle reconfiguration des conduites à projet 8 - Repli du projet universaliste en direction du projet localisé 9 - Les logiques de management par projet et leurs temporalités Chapitre V. L’agenda, un objet nomade énigmatique 1 - Un objet nomade bien attachant 2 - Calendrier, horloge, agenda : signification d’une métamorphose 3 - L’agenda comme promesse 4 - Un double engagement personnel et social à devoir assumer 5 - Une organisation volontariste de temporalités 6 - L’agenda-anticipation pour produire une excroissance du moment présent 7 - De l’agenda-papier à l’agenda électronique 8 - L’agenda palimpseste : des transformations à gérer plus qu’une action à conduire 9 - Le détenteur de l’agenda au regard des modes de domination 10 - Agenda individuel et agenda institutionnel Chapitre Vï. Figures actuelles de la simultanéité 1 - L’actualité de l’alternance en contexte post-moderne 2 - L’histoire significative de la formation par alternance 3 - L’alternance dans une société adulte apprenante 4 - Diversité des alternances et caractéristiques fondatrices 5 - D’une mobilité à l’autre : de l’alternance à la transition 6 - La figure de la transition 7 - Caractéristiques des situations transitionnelles 8 - Mobilité, transition et territorialité 9 - Une autre forme de simultanéité, la pluri-activité 10 - Les nouvelles relations espace/temps en post-modernité Chapitre Vïï. Les temporalités de l’éphémère 1 - À propos de l’instant 2 - Une instrumentalisation de l’instant à travers le projet d’événement 3 - Le double fondement paradoxal de l’immédiateté et le défi de l’attente 4 - De l’immédiateté à l’urgence 5 - L’urgence comme nécessité et ses équivoques 6 - Le présent de l’innovation : entre éphémère et obsolescence Conclusion. Questionnement autour d’une recomposition des temporalités 1 - Spécificité du présent post-moderne au regard d’autres formes de présent
2 - Des temporalités marquées par le paradoxe, voire la contradiction 3 - Un questionnement anthropologique Annexe. Quelques données de statistiques éditoriales Bibliographie Liste des figures ïndex nominum ïndex rerum
Prologue. Dans quel temps vivons-nous ?
ixer une date dans un agenda à plusieurs protagonistes, « agender » une date, Fpour utiliser un idiome de la Suisse romande que l’actualité linguistique va peut-être promouvoir au rang d’incontournable, quel casse-tête ! Des personnes de plus en plus nombreuses engagées dans la vie professionnelle, impliquées dans le milieu associatif, voire retraitées aux prises avec de nom breuses activités, vivent l’agenda sur le mode tyrannique dès qu’il s’agit de trouver et d’arrêter une nouvelle date de rencontre ou bien lorsqu’il faut honorer des engagements planifiés antérieurement. Que se passe-t-il donc que nous nous répandions en lamentations pour justifier notre casse-tête et conjurer la tyrannie qui nous menace :Nous n’avons le temps de rien faire !En d’autres termes,nous ne prenons pas le temps ! Que le temps passe si vite ! Où vais-je trouver le temps ? Déjà la fin des vacances, la fin de l’année !... Mais comment donc laisser du temps au temps ?...telles lamentations aujourd’hui De largement répandues n’ont pourtant rien de nouveau sous le soleil qui puissent caractériser l’époque actuelle. Leur transmission ancestrale est indubitable : la fuite du temps est l’objet d’un large consensus. Malgré ce consensus, la relative pacification qui entoure présentement les relations entre générations depuis les affres des années 1970 souffre de quelques exceptions qui marquent notre époque de façon spécifique. Les repères temporels que nous nous donnons, jeunes ou plus anciens, pour encadrer nos activités quotidiennes relèvent de ces exceptions qui génèrent maintes déconvenues. Jeunes et adultes et, parmi les adultes, jeunes adultes et adultes accomplis disent ne pas organiser leur existence avec les mêmes coordonnées temporelles : d’où leur incompréhension mutuelle : préférer de la part d’un jeune récemment diplômé pour son travail professionnel un contrat à durée déterm inée à un contrat à durée indéterminée est jugé difficilement acceptable pour son père adulte qui termine sa carrière après avoir vécu la hantise d’un parcours professionnel menacé d’interruption. Qu’un employé se donne aujourd’hui plusieurs employeurs alors qu’hier c’était un employeur qui embauchait plusieurs employés apparaît fantasque. Que par ailleurs bon nombre de pédagogies scolaires mettent au pinacle les stages, hier décriés parce que détournant de l’essentiel le travail intellectuel, peut sembler curieux. Ces trois situations évoquées en lieu et place de bien d’autres ont pour caractère commun de sembler chacune bien insolite pour l’adulte ayant vécu la force de son âge au cours des années 1970 ou 1980. Ne parlons pas d’adultes plus âgés qui ont été accoutumés aux seules idées de permanence et de durée dans leur cadre de vie et ne nourrissent que suspicion face à cet insolite. Or celui-ci, pour être compris, doit se laisser ramener aux temporalités qui le fondent et qui sont devenues er actuellement des temporalités dominantes, temporalité de la transition pour le 1 e exemple, temporalité de la simultanéité pour le 2 , temporalité de l’alternance pour e le 3 . Ainsi, sans chercher à savoir s’ils sont cause ou effet, les cadres temporels que nous
nous donnons ou qui nous sont imposés par nos environnements de vie ont singulièrement changé au cours des dernières décennies. La méconnaissance de leur nouvelle configuration engendre maintes incompréhensions et inadaptation, nous aveuglant sur les évolutions tendancielles de nos cultures post-industrielles. Pourtant, depuis maintenant une vingtaine d’années, les écrits se font de plus en plus nombreux qui convergent maintenant pour témoigner d’un repli de bon nombre de nos coordonnées temporelles de prévisionnelles et prospectivistes qu’elles étaient hier sur l’aujourd’hui du seul moment présent ; mais semble-t-il, ces écrits ne tirent pas toutes les conséquences de cette mutation de temporalités ; ils n’arrivent pas toujours à lever l’incrédulité concernant les enjeux ou défis associés aux nouveaux cadres temporels dans lesquels nous nous mouvons. Dans cette mutation assez spectaculaire qu’il nous est donné de vivre, faute de toujours l’observer, nous entrevoyons que tout ne saurait relever de l’inédit, qu’il doit bien s’y glisser des anciennes temporalités qui ont déjà pu réguler par le passé certains espaces sociaux : le présent dominateur, voire exclusif n’était-il pas déjà au cœur des préoccupations des Épicuriens et surtout des Stoïciens ? Mais nous pressentons qu’avec ces nouvelles temporalités à partir desquelles nous organisons nos cadres quotidiens d’existence, nous nous trouvons placés face à un décor à la fois original et brouillé, dont les significations restent à décrypter. Saisir ces significations, c’est resituer les temporalités observées dans leur environnement sociétal et certainement chercher à définir ce type de culture en gestation qui suscite actuellement de nombreuses polémiques, selon que ces temporalités insolites, on continue de les ranger parmi les temporalités modernes ou qu’on leur donne une connotation sur-moderne, voire hyper-moderne. Ce terme de moderne reste aujourd’hui l’objet de fréquentes controverses à l’instar d’hier lors de l aQuerelle des Anciens et des Modernes. Toutefois, les enjeux se sont déplacés de façon significative. Si hier les querelles portaient essentiellement sur le rétroactif, c’est-à-dire sur l’opposition entre la modernité ou ce qui en tenait lieu et ce qui la précédait, la tradition, elles sont devenues aujourd’hui pro-actives : la modernité n’a plus à se défendre contre la tradition avec laquelle elle semble avoir signé différents compromis ; elle doit se préserver de ce qui serait censé la dépasser et lui ôter le privilège de demeurer seule enfront-officede l’actualité. Par-delà les querelles qui l’entourent ou qu’elle suscite, la modernité ne saurait pourtant se définir autrement que temporellement à partir du fameuxmodo latin d’où elle est issue étymologiquement. Temporellement, le moderne nous renvoie à ce qui est actuel. À ce sujet un même sens incontournable traverse toutes les formes de modernités que ces formes remontent aumodernus bas latin qui apparaît dès le
e VI siècle dans l’Empire chrétien d’Orient, suite à la chute de l’ancien Empire romain, que nous les associons à la Renaissance avec l’apparition des Temps dits modernes, voire que nous les confinions aux Lumières en les auréolant de progrès ou encore
e que nous les campions dans le XIX siècle en les mariant soit avec la nouvelle industrialisation, soit avec notre littérature qui, de Balzac à Baudelaire, a créé pour la première fois à partir du qualificatif moderne le néologisme de modernité : par ce sens la modernité désigne ce qui est actuel et donc porteur d’avenir, en opposition