Vie et mort des agencements sociaux. De l'origine des institutions

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225 pages
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Pourquoi un assemblage provisoire de solidarités humaines se prolonge-t-il au point parfois de former un collectif stable marqué par une puissance d’expression et de survivre à celui qui en a été l’initiateur ? Bien que l’institution soit aisément descriptible en termes de totalité isolable délimitée par des frontières, cette découpe du social n’est qu’une expérience sensible parmi d’autres et elle varie selon l’échelle d’observation. Les controverses qui entourent sa définition nous rapprochent de celles des naturalistes concernant la notion d’espèce biologique il y a plus de deux siècles. Elles posent la question de leur mode d’existence.
Cet ouvrage envisage de distinguer les agencements sociaux à partir de leurs mouvements. Il traite du mouvement de la matière sociale dont l’institution ne figure que comme une détermination possible parmi d’autres assemblages sociaux. Par analogie avec l’échelle de Jacob, les agencements sociaux montent et descendent les échelles de l’être.

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EAN13 9782130641360
Langue Français

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Virginie Tournay
Vie et mort des agencements sociaux
De l’origine des institutions
2009
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130641360 ISBN papier : 9782130579120 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
L’auteur interroge ici la nature de l’institution : est-elle une espèce comme une autre ? Peut-on la concevoir comme une forme particulière de solidarités humaines soumise à la sélection naturelle ? Répondre à cette question suppose d’étudier les agencements sociaux à partir de leurs mouvements en faisant varier notre focale d’observation. Un peu comme un biologiste qui veut caractériser une myriade de cellules en culture et découvre, de près, que les frontières s’effacent, deviennent imprécises et inconsistantes. L’institution ne semble plus qu’une détermination parmi d’autres assemblages sociaux possibles. Ce collectif isolable et délimité apparaît alors comme une matière sociale en mouvement, dénuée de bords et de coutures… L'auteur Virginie Tournay Biologiste et politologue, Virginie Tournay est chargée de recherches au CNRS à l’Institut d’études politiques de Grenoble (UMR PACTE) où elle enseigne les approches pragmatiques de l’action publique en lien avec les questions d’innovation.
Remerciements Préface(Lucien Sfez) Avant-propos
Table des matières
Introduction : Pourquoi la girafe a-t-elle un long cou ? Petit préambule autour des espèces et autres agencements sociaux
1. L’institution en question : un détour par l’histoire naturelle pour discuter de cet agrégat social 2. L’institution en émergence : pourquoi existe-t-il des agrégats sociaux plutôt que rien ? 3. L’institution en évolution : repérer les paliers classificatoires 4. Les sciences du politique et la texture de la matière sociale Première partie : La fabrique de l'histoire. Réflexions sur le pouvoir du monde écrit. Faire, dire et représenter l'histoire 1. Le régime historiographique : produire un récit certifié des phénomènes sociaux L’exemple des enquêtes administratives exploratoires : un même état textural de la matière sociale 2. « Dire l’histoire » : pourquoi les faits passés sont-ils reliés entre eux ? Établir une mémoire persistante : les sources secondaires 3. « Faire l’histoire » : pourquoi les faits passés existent-ils encore aujourd’hui ? Établir une mémoire matérielle. Le succès des dispositifs d’enregistrement de l’action 4. « Représenter l’histoire » : pourquoi les faits passés sont-ils partagés par tous ? Établir une mémoire publique partagée. Quelle texture sociale pour quelle puissance d’expression ? Produire la vérité historique. Quand le thermomètre fonde une agence d’État Deuxième partie : La fabrique de l'action collective. Réflexions sur le pouvoir de la solidarité. Désirer, développer et inscrire durablement l'action collective 1. Le régime de la monstration : des formes élémentaires de coopération à la puissance publique L’exemple de l’éthique médicale comme expérimentation collective. Différentes solidarités, différentes textures de la matière sociale 2. Désirer l’action collective : pourquoi les acteurs agissent-ils solidairement ?
Établir une solidarité éthique persistante : renégocier les frontières des collectifs médicaux 3. Développer l’action collective : pourquoi les solidarités diffèrent ? Établir une solidarité incontestable pour instituer durablement 4. Inscrire durablement l’action collective. Ce que convaincre veut dire Établir une solidarité éthique évolutive. Quelle texture sociale pour produire une évidence partagée ? Produire un agrégat social aux contours nets : le rôle central de la calibration Conclusion : La girafe a un long cou parce qu'il y a plusieurs manières d'être un tout. Esquisse d'une texturologie du social 1. Le désir comme énergie pratique de solidarité 2. Plaidoyer pour une sociologie institutionnelle : l’échelle de Jacob des institutions Bibliographie Annexes Annexe B Annexe C Annexe D Annexe E Annexe F
Remerciements
omme le veut la tradition, je vais tenter de satisfaire au difficile exercice de la Cpage des remerciements qui est peut-être l’une des tâches les plus ardues dans l’écriture d’un ouvrage tant il s’avère impossible de réduire les personnes en qui on a trouvé un soutien, à celles qui ont contribué à la pénible tâche de commenter ce manuscrit à différents stades. Ma gratitude s’adresse à tous ceux qui, par leurs mots ou par leurs attentions, ont rendu plus aisé et plus assuré le cheminement d’un parcours escarpé, tourmenté et bifurqué en voies alors disparates et incertaines. Mes premiers mots de remerciements vont naturellement à Lucien Sfez. Sans la vigilance critique qu’il a exercée depuis de nombreuses années sur l’ensemble de mes travaux, cet essai, qui lui doit beaucoup, n’aurait pu voir le jour. Tout en sachant me laisser la liberté nécessaire à l’accomplissement de mes travaux, nos continuelles discussions et confrontations ont été des ingrédients nécessaires à leur réalisation. Que le maître et ami, trouve ici l’expression de ma reconnaissance. Je remercie également l’Agence nationale de la recherche,l’Agence de la biomédecine, l’European Science Foundationles et Instituts de recherche en santé du Canada pour leur soutien financier à différents stades de cette enquête. Dans ce cheminement, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires par leurs qualités humaines et scientifiques. Je remercie Pascale Laborier et Bernard Valade de m’avoir fait l’honneur d’être les rapporteurs de cette thèse. Leurs soutiens et conseils m’ont été précieux. Parmi les membres de mon jury, je dois aussi énormément à Bruno Latour, tant pour ses talents de contradicteur ainsi que pour son séminaire « doctorant » de l’École des mines qui m’a permis d’approcher le monde fascinant dessciences studies. Merci également à Alberto Cambrosio pour sa relecture attentive du manuscrit. Enfin, cette soutenance n’aurait pas été aussi stimulante et chaleureuse sans la présence de son président, Michel Dobry. Ma reconnaissance va à Olivier Ihl pour son chaleureux accueil à l’Institut d’études politiques de Grenoble et pour le stimulant séminaire autour dessciences de gouvernementribue qu’il coanime avec Martine Kaluszynski et qui cont indéniablement à réfléchir aux technologies de pouvoir sous un angle neuf. Un grand merci également à la direction de PACTE et à son secrétariat et plus particulièrement à Hélène Jacquemond sans lesquels ce travail n’aurait pu être possible. La version définitive de ce manuscrit doit beaucoup à ceux qui ont bien voulu lire des versions intermédiaires et me faire part de leurs commentaires. Je voudrais exprimer ici mes remerciements les plus chaleureux à l’ensemble des membres de PACTE et plus particulièrement à : Guy Saez, Jean-Louis Quermonne, Pierre Martin et Céline Granjou pour leurs judicieux conseils et expertises de mon manuscrit ainsi qu’à mes collègues dupôle des approches pragmatiques en science politique : Isabelle Mauz, Mathieu Brugidou, Anne Tricot, Jacques Lolive et Jean-Noël Ferrié pour nos discussions à bâtons rompus. Ma gratitude va également aux collègues de différentes institutions qui ont contribué par leurs remarques constructives et par différents commentaires à réorienter mes
travaux. Merci à toute l’équipe du MEOS dont les membres ont chacun aidé à la réalisation de ce travail : Johanne Colin, Annette Leibing, Céline Lafontaine pour ne citer qu’elles et sans oublier mes autres collègues de l’Université de Montréal : Nicole Bernier, Pierre Hamel et Éric Mont-petit ainsi que mes collègues de McGill. Un clin d’œil à mes collègues de Belgique : Fabrizio Cantelli, Geoffrey Joris et Jean-Louis Génard avec lesquels j’ai plaisir à discuter régulièrement dans les colloques sur le pragmatisme. Merci également à l’équipe du SATSU à York ainsi qu’à mes collègues : Frédéric Audren, Anne Cambon, Nicolas Dodier, Jean-Paul Gaudillière, Charlotte Halpern, Bruno Jobert, Ilana Lowy, Rachel Prentice, Emmanuelle Rial, Claude Rosental, Laurent Thévenot, Didier Torny, Dominique Vinck et Jean-Marc Weller. Que toutes ces personnes trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude. À toutes ces discussions informelles qui modifient le cours de l’écriture d’un ouvrage : je pense à ma rencontre avec Susan Leigh Star qui fut déterminante dans l’orientation de ce travail.
Préfàce
Lucien Sfez Professeur émérite à l’Université de Paris I -Panthéon-Sorbonne.
irginie Tournay me demande une préface à sa remarquable thèse en Sorbonne, Venrichie de nouveaux développements depuis sa première rédaction. C’est bien volontiers que je remplis cette mission difficile. Son travail, excellent, entend traiter de l’origine des institutions, de leur vie et de leur mort et se place délibérément, sans que je l’aie orientée en ce sens, sous les auspices de la théorie de l’Institution, inventée par Maurice Hauriou. Dans une lettre à Jacques Chevalier[1]Hauriou avait écrit : « L’institution Maurice est la grande affaire de ma vie. » On ne peut mieux faire pour cette préface que de mesurer à l’aune de la théorie d’Hauriou les principaux éléments de cette « Origine des institutions » de Virginie Tournay. Quelle était la définition de l’Institution par Hauriou ? Prenons ici le texte le plus longuement mûri d’Hauriou dans lesCahiers de la nouvelle journée[2]: « Une institution est une idée d’œuvre ou d’entreprise qui se réalise et dure juridiquement dans le milieu social… D’autre part entre les membres du groupe social intéressés à la réalisation de l’idée, il se produit des manifestations de communion dirigées par les organes de pouvoir de l’Institution et réglées par des procédures … » Si nous démontons les éléments de cette définition, nous observons cinq traits essentiels. Examinons un à un ces cinq points au regard du travail de Virginie Tournay. Premier point. –L’Institution est une réalité séparable des individus Tournay s’inscrit aisément dans ce premier point, d’ordre méthodologique : si l’institution représentée comme une découpe du social n’est qu’une expérience sensible parmi d’autres, quel est le bricolage qui la rend perceptible comme une totalité isolable et délimitée par des frontières ? Pour répondre à cette question, elle se propose d’isoler l’unité élémentairede l’action à la base de la coordination efficiente et continue des pratiques hétérogènes. Elle avance le concept d’opérateur de standardisation qui assigne une unité et une fonctionnalité propre à l’institution en assurant le déploiement régulier et répété d’un recueil d’informations. Sur le plan de l’expérience sensible, ce mouvement de collecte la constitue en réalité sociale séparable des individus puisqu’il assure la stabilisation des pratiques et la survivance de l’agencement ainsi constitué à son fondateur. En se répétant, ce mouvement de collecte stabilise durablement l’organisation de la matière sociale dans une forme déterminée : il l’informe. Second point. –Un phénomène de reconnaissance extérieure est indispensable Sur ce point, Hauriou donne l’exemple de la reconnaissance d’un État nouveau sur la scène internationale qui le fait entrer dans un ordre nouveau. Tournay travaille cette reconnaissance extérieure à partir du regard que les acteurs de l’Art de guérirporte à
la Société royale de médecine (voir ici la première partie de l’ouvrage, chap. 4). Ses membres mettent en place un recueil centralisé des données sur tout le territoire en faisant participer les facultés de province à cette collecte. Son plannationalisé de constitution pour la médecine est présenté à l’Assemblée nationale par les représentants et les successeurs de la Société royale de médecine. Dans cet espace, l’Art de guérir prend une dimension politique revendiquée comme undroit de l’homme à la santé, et les caractéristiques corporelles de la population vont progressivement bénéficier d’une attention administrative. La mise en débat de l’Art de guérirentre les murs de cette assemblée représentative suffit à provoquer un effet d’annonce historique, ancrant dans nos mémoires la naissance d’une médecine sociale sous l’égide du droit du citoyen à la santé. Pour la première fois, l’Art de guérir se charge d’une grande portée symbolique. Cette reconnaissance extérieure augmente les traductions possibles de la SRM. Elle forme un corps d’enregistrements particulièrement bien ordonnancé, susceptible de faire l’objet d’une reconnaissance historiographique. Troisième point. –L’Institution est une organisation sociale qui doit durer. Sa permanence est assurée par l’équilibre des forces et survit à son fondateur L’introduction de l’ouvrage discute ce troisième point à partir de l’interrogation suivante : comment un groupe social survit à son fondateur et se stabilise de façon pérenne ? Les macro-acteurs et les institutions consolidés sont des achèvements précaires et perpétuellement renégociés dont il ne s’agit pas tant de présupposer de leur assise que de suivre le processus d’acquisition de cette stabilité. La pérennisation de l’idée d’œuvre engage, à fréquences régulières, des manifestations de communion. Par une démarche pragmatique appliquée à l’étude des nouvelles formes de coordination des pratiques médicales, Tournay montre comment une objectivité médicalo-administrative naissante devient pérenne grâce à la mise en œuvre de contraintes fortes dans la manière de transformer le recueil de données en informations quantifiables. Ces contraintes aboutissent à une autoréplication des liens entre les univers médicaux et administratifs, consolidant ainsi le réseau d’actions collectives au point de le naturaliser en un objet institutionnel présentant des propriétés qui lui sont substantielles. Quatrième point. –Ce sont des artifices ingénieux « très cherchés et péniblement trouvés » qui assurent cet équilibre Voici un autre point où Tournay illustre la théorie de l’Institution. Elle envisage l’institution comme un agrégat naturel, ce qui amène à la saisir suivant une hiérarchie de paliers intégrés, dont la formation et la perduration relèveraient ainsi davantage d’un bricolage interne que de facteurs contextuels déclenchants. Dans la lignée de ce raisonnement, Tournay isole lemotif élémentairede l’action, le contenu spécifique d’invariance reproductivefonde une coordination efficiente entre des qui pratiques hétérogènes, et qui assemble cet ensemble de disparités en un objet institutionnel considéré en lui-même, pour lui-même. La pérennisation des institutions ne peut être comprise que par un phénomène d’incorporation successif d’éléments. Elle nécessite aussi de prendre en compte les traces constituées par les gestes et par les activités des personnes. Ces traces sont susceptibles d’être récupérées ultérieurement et de former un support à la réinterprétation des actions inscrites.