Gestion des déchets à Niamey

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Français
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Des années 1990 à nos jours, les services municipaux de Niamey semblent être dépassés par la situation préoccupante des déchets, dont les effets se ressentent avec plus d'acuité pendant la saison des pluies. Cet ouvrage tente d'expliquer les raisons qui sont à la base de cette situation préoccupante et débouche sur des propositions allant dans le sens d'une bonne gestion des déchets, orientés vers l'amélioration du système d'évacuation et la valorisation des déchets.

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Date de parution 01 octobre 2008
Nombre de lectures 97
EAN13 9782296661219
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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CHAPITRE I : INTRODUCTION

Les superlatifs, parfois des plus excessifs, les invectives, en
général désobligeantes surtout pour les administrateurs de la
ville, ne manquent pas lorsqu’il s’agit d’évoquer globalement la
question de l’hygiène et de l’assainissement et plus
particulièrement l’état de la propreté et l’insalubrité dans la
ville de Niamey. C’est que, de notoriété publique, la situation
en la matière dans la capitale nigérienne constitue en tout temps
un sujet majeur de débats, de railleries et de polémiques
souvent passionnées voire de conflits entre les différents
acteurs du microcosme urbain. En effet, la délicate et
récurrente, sinon permanente, question de la gestion des
déchets dans le périmètre urbain et péri - urbain de la principale
ville du Niger reste un sujet de préoccupation permanente,
autant pour ceux de ses habitants qui en ont une claire
conscience que pour les personnes qui sont en charge de son
administration.

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1.1. Justifications de l’étude

Pour faire face efficacement aux problèmes que pose la forte
croissance des villes qui accueilleraient 40% de la population
du pays à l’horizon 2010, et conséquemment aux problèmes de
gestion de l’environnement urbain qui en découleront
inévitablement, le Gouvernement du Niger a élaboré et fait
valider par un atelier national en avril 1998 un Plan National de
l’Environnement pour un Développement Durable (PNEDD). Il
a adopté ensuite en avril 2000 une politique nationale en la
matière. Le «Programme environnement urbain et cadre de

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LeProfesseur Sidikou a assuré la finalisation de la rédaction du texte et
rédigé l’introduction, les points 1.1. (Justification de l’étude), 1.2. (La
problématique) du chapitre I, les chapitres II, III et la conclusion.
M. Bontianti a rédigé le point 1.3. (Le cadre méthodologique) du chapitre 1
et les chapitres IV, V et VI.

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vie »est l’un des six programmes prioritaires du plan national.
Ce programme vise six objectifs majeurs au nombre desquels,
et en particulier, se trouvent l’amélioration du cadre de vie des
populations urbaines, la maîtrise et la gestion des déchets
solides et des eaux pluviales.
La mise en œuvre du volet urbain du PNEDD est envisagée
dans le cadre d’une «stratégie nationale de gestion de
l’environnement urbain du Niger». Cette stratégie s’inscrit
dans un plan d’action. La stratégie a été élaborée dans le cadre
du Projet de Réhabilitation des Infrastructures Urbaines
(PRIU) et à la suite de douze études thématiques achevées en
2
octobre 2000axées essentiellement sur la ville de Niamey.
Ces études, qui ont permis de recueillir une masse importante
d’informations, ont été complétées par une étude conduite par
3
deux bureaux d’études japonaisportant sur l’amélioration de
l’assainissement de la ville de Niamey. Achevée en décembre
2001, cette étude conclut notamment à la nécessité de disposer
d’un schéma directeur d’assainissement opérationnel pour la
ville. L’absence d’un tel schéma se révèle en effet très
handicapante dans le cadre d’une gestion globale conséquente
de la ville.

2
TokyoEngineering Consultants Co, LTD et Yachiyo Engineering Co,
LTD.
3
Ces études sont : Hydrologie urbaine et autres données scientifiques ; Etat
sanitaire des populations urbaines et évaluation des programmes de
prévention sanitaire; Accès à l’eau potable; Equipements sanitaires des
établissements publics et relevant du public; Pratiques des ménages en
assainissement urbain et enquêtes auprès des ménages sur leurs
comportements et attentes; Etude de basepour la maîtrise des eaux
pluviales ; Etude de base pour la gestion des déchets solides ; Etude de base
pour la gestion des espaces non bâtis; Etablissements dangereux,
incommodes et insalubres ; Pratiques des Communes en matière de gestion
financière et de gestion du personnel, en liaison avec l’environnement
urbain ;Acteurs émergents et pratiques émergentes dans les secteurs de
l’environnement urbain; Diagnostic institutionnel, réglementaire et
financier des secteurs de l’environnement urbain.

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Si un schéma directeur d’assainissement digne de ce nom
repose en tout lieu sur des principes intangibles et s’appuie en
général sur l’identification et la planification de mesures pour
le long terme, pour ce qui est du cas de Niamey, le schéma
directeur se doit aussi d’intégrer des actions spécifiques
ponctuelles, adaptées à l’environnement socioculturel et
économique, et s’inscrivant dans un cadre partenarial
participatif associant nécessairement les populations
concernées. En effet, de celles-ci dépend fondamentalement
l’atteinte des objectifs visés et le succès escompté. L’approche
à adopter dans le cadre de la recherche de solutions aux
problèmes d’assainissement d’une ville comme Niamey se doit
par conséquent de tenir le plus grand compte des aspects
culturels et sociaux propres à une population très diverse dans
sa composition, d’origine essentiellement rurale, et considérée
comme pauvre dans la proportion de 42%, soitquelque
207.000 personnes (document de Stratégie de réduction de la
pauvreté, janvier 2002, p.26).

C’est donc au regard de cette situation que le département de
Géographie et de l’Aménagement de l’Espace (GAME) de
l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH) de
l’Université Abdou Moumouni de Niamey a conduit la
présente étude avec de modestes crédits alloués par
l’institution universitaire sur fonds propres. Il s’agit d’une
contribution à la recherche de solutions à une question ardue et
complexe qui projette en toute saison, et plus particulièrement
en saison des pluies, une des images les plus négatives de la
capitale nigérienne.

En choisissant de nous intéresser à cet aspect particulier de la
gestion urbaine, nous visions un double objectif. D’une part, il
s’agit d’apporter l’éclairage des sciences humaines et sociales,
dont la prise en compte nous a semblé insuffisante, à la
compréhension d’une situation qui constitue un défi permanent
tant pour les responsables administratifs et techniques de la

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ville que pour ses habitants eux-mêmes. D’autre part, nous
voudrions, à partir des résultats de nos enquêtes, comparés et
corrélés avec les conclusions des études antérieures, tenter de
faire des propositions susceptibles de contribuer efficacement à
l’amélioration de la gestion du secteur hygiène et
assainissement d’une ville où l’espace bâti s’étale
démesurément en superficie du fait essentiellement du mode de
vie de ses habitants, de leurs conditions matérielles et
financières d’existence et des besoins énormes de terrains à
bâtir générés par des pratiques d’urbanisme intervenant
généralement dans des conditions et des normes à lisibilité
problématique.

1.2. La problématique

L’étude sur la gestion des déchets urbains dans la Communauté
Urbaine de Niamey (CUN) est à situer dans le cadre de la
problématique de la gestion globale de l’environnement urbain
et périurbain dans les pays du Sud en général, et d’Afrique en
particulier. Plus spécifiquement, il s’agit d’analyser et
d’essayer de comprendre la gestion de la voirie urbaine dans
une ville coloniale d’un pays pauvre à l’originesans grande
tradition urbaine, dans sa dimension hygiène et assainissement
(H & A) vue sous l’angle de sa relation avec les dynamiques,
comportements et changements induits et imposés parla vie
dans un cadre spécifique.

Les enjeux à cet égard paraissent très importants. Ils le sont
davantage au regard du contexte politique «multipartisan »et
démocratique du moment et dans la perspective d’élections
municipales qui vont mettre un terme àplus de quarante ans de
gestion administrative et politique des affaires de la ville par
des responsables jusqu’alors nommés. Ces enjeux sont d’ordre
politique, technique, matériel et financier, culturel et social,
économique, sanitaire et environnemental. Et c’est précisément
en cela que réside la difficulté de traiter d’un tel sujet dont la

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problématique nécessite au demeurant des enquêtes lourdes,
longues et coûteuses. Or nous n’avions pas les moyens de
conduire de telles études dont l’intérêt pratique pourrait ne pas
apparaître toujoursévident au regard des leçons jusqu’alors
tirées du traitement de la grande quantité d’informations
disponibles. Si on y ajoute le fait que, à la pratique, et partant
du fait que les choses évoluent rapidement dans ce milieu, les
réponses aux questions posées dans le cadre d’une enquête
lourde s’affichent en général stéréotypées à partir d’une masse
critique d’enquêtés, pas toujours très importante du reste, on est
fondé à en déduire que leur interprétation pourrait se révéler en
définitive sans grand intérêt pour la suite de la démarche, d’où
l’importance de la méthodologie d’approche s’agissant d’un
terrain d’étude aussi complexe que la Communauté Urbaine de
Niamey où la problématique de la gestion des déchets urbains
est en réalité déterminée, pour une part très importante, par les
comportements individuels ou collectifs des différents acteurs,
eux-mêmes souvent largement influencés par les calculs
motivés par des considérations d’ordre organisationnel et
d’encadrement faisant appel à l’engagement et au civisme
permanents des populations. C’est ce qui explique le choix de
la méthodologie adoptée dans le cadre de cette étude. Celle-ci
cible de préférence un nombre réduit de situations dans
lesquelles sont placés couramment les principaux acteurs de la
vie urbaine afin de cerner au plus près et de comprendre les
logiques dans lesquelles s’inscrivent leurs réponses et réactions
aux questions essentielles qui se posent.

1.3. Le cadre méthodologique

1.3.1. Le paradigme de la gestion des déchets urbains

En 1994, le Programme de Développement Municipal (PDM),
l'Institut Africain de Gestion Urbaine (IAGU), et le Groupe
Régional Eau et Assainissement pour l'Afrique de l'Ouest

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(GREA) ont entrepris une série d’études centrées sur la gestion
des déchets solides en Afrique dans le cadre de l'organisation
d’un séminaire régional sur les ordures ménagères (Les
Cahiers du PDM, 1998 : 23). Organisé à Abidjan en février
1996, le séminaire a réuni des élus locaux, des responsables
des services centraux, des gestionnaires de sociétés et de
services intervenant dans le secteur des déchets, des
responsables d'ONG, des experts, des techniciens et des
chercheurs qui ont défini un certain nombre de principes de
gestion applicables à la plupart des grandes villes d’Afrique.
Ces principes devraient pouvoir concerner également tous les
types de déchets urbains, quelle que soit leur nature. Nos
investigations sur la question dans le cas précis de la ville de
Niamey ayant abouti à des constats assez proches des principes
définis au cours du séminaire en question, nous nous en
inspirons largement pour dégager une autre manière de voir,
de lire et de comprendre la gestion des déchets urbains à
Niamey. Il s’agit donc d’un paradigme et, comme pour tout
paradigme, le principe qui le sous-tend est fondé sur des
postulats. Partant, notre réflexion a été bâtie sur six postulats :

1. Les déchets urbains doivent être considérés non plus
seulement comme une nuisance, mais aussi, et
paradoxalement, comme une ressource. En effet, si elle est bien organisée
et bien exploitée, la filière des déchets urbains pourrait être
génératrice de revenus et créatrice d'emplois.

2. Qu'il s'agisse des déchets solides ou liquides, seule une
approche holistique et cohérente permettrait de prendre en
compte l'ensemble des séquences : collecte, évacuation,
traitement et élimination.

3. La production des déchets étant locale, sa gestion doit être
avant tout locale.

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