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La gestion de l'eau au Moyen-Orient

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Description

L'eau est vitale dans toutes les économies. Cet ouvrage explique que les tensions autour des bassins et des fleuves au Moyen-Orient n'aboutiront pas à des conflits armés mais à une situation de non-guerre et de non-paix. L'auteur propose un modèle de répartition de la ressource hydrique entre les différents riverains d'un cours d'eau international. Dans un objectif de conception de nouveaux modèles de gestion de l'eau, est proposé ici un modèle coopératif, les projets de transfert inter-bassin, pour faire face à la mauvaise répartition de cette ressource au Moyen-Orient.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2010
Nombre de lectures 160
EAN13 9782296706453
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Gestion de l’eau
au Moyen-Orient

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12767-8
EAN : 9782296127678

Mohamed El Battiui

La Gestion de l’eau
au Moyen-Orient

Comprendre le Moyen-Orient
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

François SARINDAR,Lawrence d'Arabie. ThomasEdward, cet
inconnu, 2010.
Marie-Thérèse OLIVER-SAIDI,Le Liban et la Syrie au
miroir français (1946-1991), 2010.
André POUPART,Adaptation et immutabilité en droit
musulman, 2010.
Mohammed GUENAD,Sayyid Qutb. Itinéraire d’un
théoricien de l’islamisme politique, 2010.
Alireza MANAFZADEH,La construction identitaire en
Iran, 2009.
Firouzeh NAHAVANDI (dir.),Mouvements islamistes et
Politique, 2009.
Kazem Khalifé,Le Liban, phœnix à l’épreuve de l’échiquier
géopolitique international (1950-2008), 2009.
Barah Mikaïl,La Syrie en cinquante mots clés, 2009.
Jean-Jacques LUTHI,Lire la presse d’expression française
enÉgypte, 1798-2008, 2009.
Aurélien TURC,Islamisme et Jeunesse palestinienne, 2009.
e e
Christine MILLIMONO,La Secte desA- XIIIssassins, XI
siècles, 2009.
Jérémy SEBBANE,Pierre MendèsFrance et la question du
Proche-Orient (1940-1982), 2009.
Rita CHEMALY,Le Printemps 2005 au Liban, 2009.
Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN,LaFrance dans les jeux
d’influence en Syrie et au Liban, (1940-1946),2009.
May MAALOUF MONNEAU,Les Palestiniens de
Jérusalem. L’action deFayçalHusseini, 2009.
Mohamed ABDEL AZIM,Israël et ses deux murs.Les
guerres ratées de Tsahal, 2008.
Michel CARLIER,Irak. Le mensonge, 2008.
Nejatbakhshe Nasrollah,DevenirAyatollah.Guide spirituel
chiite,2008.
Mehdi DADSETAN et Dimitri JAGENEAU,LeChant des
Mollahs :la République islamique et la société iranienne,
2008.

A la mémoire demamère Fadma età celle demonfrère Hakim
Alasagesse demon père Laarbi
Ama femme Rhimouet mesenfantsMassine etAnoual
AuxprofesseursNahavandiFirouzeh, MareschalBertrand etPetit Olivier.
A Bodinaux Françoisalias ibnbobo

«Afin degarder, en sciencepolitique,lamêmeliberté d’esprit que celle dont
nousavons l’habitude en mathématique,j’ai pris soinsdenepas tourneren
ridiculelesagissementshumains, denepas lesdéplorer ni les maudire,maisde
lescomprendre.»
SPINOZA B.,Traitépolitique,I, 4.

INTRODUCTION GENERALE

«Plutôt que d’êtrenécessaire àlavie,l’eauest lavie elle-même », écrivait
Saint-ExupérydansTerre des hommes.L’eauest présente àtous les niveauxde
lasociété humaine, del’écologie àl’industrie, en passant par l’agriculture et on
neluiconnaît pasdesubstitut.
L’eauest laressourcelaplusabondante delaplanète.Elle couvrirait 70%
delasuperficieterrestre(SHIKLOMANOV,I.A.etRODDA J.C.,2003).Mais
97,5%de cetteressource estenfermée dans les océanset possèdeuneteneuren
sel tropélevée.Lamajeurepartie,soit 98,8%des réserveseneaudouce,2,5%
1
dutotaldel’eau, est localisée dans lescalottesglacièresdespôles,lesglaciers,
l’atmosphère,lesol oudans lesaquifères très profonds.Seulement2,8%de
cetteressource,0,4%dutotaldel’eaudont0,2so6 %usforme delacsetde
rivières, est mobilisablepour lesusagesdes sociétéshumaines.Théoriquement
celalaissesuffisammentd’eaupour tous.En 1999, chaque habitantdelaplanète
disposaitde6 700m³d’eaudouce etdevraitdisposerde 4 800m³en2025.
Dans lemêmetemps,ilest indispensable demontrer les limitesetdifficultés
auxquellesbeaucoupd’Etatscontinuentà être confrontésaujourd’hui.Derrière
leschiffres peuvent se cacherdetrèsgrandesdisparitésen termesdequalité et
dequantité.
Sur les 6,67 milliardsd’habitantsactuelsdelaplanète(PNUD,2007),26 %
n’accèdent pasàune eaudequalitésuffisante, et50% ne disposent pasd’un
système adéquatd’assainissement (PNUD,2006).Résultat: chaquejour,
20 000personnes, desenfants surtout,meurentdemaladies liéesàl’eau,
l’équivalentd’unNagasaki oud’unHiroshimatous les trois jours.En2003,
FrédéricLASSERREécrivait quesans mesures particulières,135millionsde
personnes mourrontdemaladies transmises par l’eauentre2002et2020.Il
2
ajoutait que,même en mettanten œuvreles objectifsdumillénairepréconisés

1
SHIKLOMANOV,I.A.etRODDA,J.C. (2003) ontestimélevolume globaldel’eaudouce à
15
35,2millionsdekm³soit35,210m³.
2
«Ces objectifsassortisde délaisdéfinis par laCommunautéinternationale,soit2015,visentà
réduirel’extrêmepauvreté et la faimdans lemonde, à faire baisser lamortalitéinfantile, à
garantirauxenfants l’accèsàl’éducationetàvaincreles inégalitésdugenre.Leprogrèsen la
matière dépendra delaréponse desgouvernementsàla crise del’eau.Les objectifsdumillénaire
pour le développement procurentuneréférencepour mesurer leprogrès réalisévers la
concrétisationdudroitdel’Homme àl’eau.C’est pourquoi,réduire demoitiélapopulation
mondialequi ne disposepasd’unaccèsdurable àl’eaupotable etauxinfrastructuresélémentaires
d’assainissementconstitueune cible fondamentale en soi.Atteindre ce butestcrucial pour la
réalisationd’autres objectifs.Une eausalubre etunassainissementdécent permettraientdesauver
lavie d’innombrablesenfants, desoutenir leseffortsentreprisen matière d’éducationetdelibérer
les populationsdes maladies qui les maintiennentdans lapauvreté.Ilest impératif denepas sous
estimer l’urgence d’atteindrel’objectif dumillénairepour le développementen matière d’eauet
d’assainissement.Mêmesi les objectifs sontatteints,l’année2015verratoujours plusde 800

9

par les Nations-Unies,ondevra déplorerenviron45millionsde décèsdusà ces
maladies.
PourMikailBARAH(2007) lesdéfiscontemporains relatifsàl’eausonten
effetunequestiondemoyens plus que deressources nationalesdisponibles.
Pour preuve,il rappellequeles« conditionsd’accèsdescitoyenseuropéensà
une eaucourante dequaliténesouffrent qu’exceptionnellementde failles, alors
quelesdotationseneausont trèsdisparates:l’Allemagne dispose de1870
m³/an/habitant,l’Irlande de13 000m³/an/habitant.Ilajoutequ’il n’envapas
toujoursdemême dansdes pays tels queleVietnam (10810m³/an/habitant),le
Brésil (45 570m³/an/habitant),voireleCongo (217 920m³/an/habitant)».Donc
laquantité d’eaudisponibleparhabitant n’est qu’un indicateur quiest très loin
depouvoirexpliqueràlui seul lasituationhydraulique d’un pays.On nepeut
pas ignorer le fait que danscertains pays,oùl’eauestabondante, des
populationsentières n’ont pasaccèsàl’eau.
Il n’yapas moinsd’eauaujourd’hui qu’hier.Cependant,nous sommesbien
plus nombreuxet nousconsommonsbeaucoup plusd’eau.Deplus,lapollution
et leréchauffementclimatiqueréduisentconsidérablement les réservesd’eau
disponibles.
L’eaupartagée estunaspectdeplusen plus importantdupaysagepolitique
etdela géographie humaine.Lesbassinshydrographiques internationaux
couvrent prèsdelamoitié delasurface delaplanète.Actuellement, 40%dela
population mondialevitdanscesbassins regroupant 60%descoursd’eau.Le
nombre de bassins partagésa augmentépouratteindre aujourd’hui263en raison
dudémembrementdel’Union soviétique etdel’ex-Yougoslavie(PNUD,2006).
Cequi implique,pources populations,l’obligationdepartager leurs ressources
eneau.
3
Uncertain nombre de cesbassinsest situé auMoyen-Orient (Voir la
carte1),unerégion politiquement instable et oùlaressource hydraulique est
rare etchargée desymbole, de culture etdespiritualité :l’eauestun don de
Dieu.
Cetterégionconstitue avant toutunevastezone arideousemi-aride
caractériséepardes précipitationsfaibleset irrégulières, combinéesàune forte

millionsd’êtreshumains privésd’eauet 1,8milliardsdepersonnes privéesdestructures
d’assainissement»(PNUD,2006).
3
LetermeMoyen-Orientauncontourambigu.Pour souligneruneproximité géographique,
l’AdministrationfrançaiseparleplutôtduProche-Orient.Cependant,laplupart
parlentduMoyenOrient,que cesoit«MiddleEast»pour lesAnglo-Saxones ou«SredniVostok»pour les
Soviétiques.Maisuncertain nombre de contradictions subsistent,surtoutencequiconcernela
déterminationdelarégionconcernéeparcette dénomination.L’InstitutduMoyen-Orientà
Washingtondéfinit leMoyen-Orientdetelle façon que celui-cicoïncide aveclemonde
musulman.L’InstitutRoyalBritanniquepour les relations
internationalesestimequeleMoyenOrientcomprendl’Iran,laTurquie,laPéninsule arabique,leCroissantfertile,l’Egypte,leSoudan
etChypre.Nousadopterons la définitiondel’InstitutRoyalBritanniquepour notre étudetouten
écartantChyprequenousestimonsapparteniràl’Europe.

10

évaporation. Dans lemêmeordre d’idéeElisabethPICARD(Octobre-décembre
1992) signaleque : «larareté del’eauest inhérente àl’histoire delarégion,
qu’elle a donnénaissance àune cultureingénieuse et raffinée,liée àsa
préservation tanten milieudésertiqueque dans les oasisetdans les villes».

1. Objet de l’étude

Denombreuxouvrages, articleset rapports relatifsàlaquestiondel’eauau
Moyen-Orient ontétépubliéscesdernièresannées.Cettethématique fait même
l’objetd’ungrandintérêt,tout particulièrement, dans lescerclesuniversitaires
anglosaxons, auseindes institutions internationales maisaussidans les médias.
Au-delà d’un simple effetdemode, cetenthousiasmereflètel’importance du
sujetet la complexité dela cartepolitique du Moyen-Orient.PourHabibAYEB
(1998): «C’estcettemême complexitéquia amené certains observateursà
émettre deshypothèses sansvéritable fondement, comme celle de
l’inéluctabilité d’une guerre del’eauauProche-Orient».
Lorsquel’onconnaît lamasse de documentsdéjàpubliéesur laquestionde
l’eauauMoyen-Orient,on pourrait s’interroger sur l’opportunité d’une étude
traitantde cettequestion.Laréponse à cetteinterrogation réside dans notre
souhaitdeproposerunelecture différentesesituantauxantipodesdes thèses
dominantes.Eneffet notre démarche consiste àremettre en question lepostulat
de départet soncorollaire àsavoir l’étatderareté delaressource etdepénurie
généralisée entraînant inéluctablementunconflitautourdel’eauau
MoyenOrient.
L’analyse delaquestiondel’eauauMoyen-Orient nepeut pasêtre enfermée
dansdesdonnées purementéconomiqueset techniques, dansdes simples
analysesdequantitésetde débits.AuMoyen-Orient,plus qu’ailleurs,l’eauest
lerefletdelasociété.Lesfacteurs sociauxet politiques ont leur importance.
Tout modèle de gestion qui se construit sans intégrercesfacteursestvoué à
l’échec.
Cette étude constituelatrame de fonds pouranalyser, comprendre etessayer
d’améliorer les relationsentrelesdifférentsEtats riverainsdes fleuves de la
discordeauMoyen-Orient.
Lathèsequenousdévelopperonsci-aprèsest quelarareté del’eaudans la
région n’est pasunequestiondequantitémais plutôt un problèmeinstitutionnel.
D’où laquestion: comment institutionnaliser la coopérationdanscetterégion
du monde?Notreobjectif estd’expliquercommentet sous quellesconditions la
coopérationdans le domaine hydrauliquepeut survenirauMoyen-Orient.
Nous nenous sommes pas limitésà démontrerdanscette étudequela
questiondel’eaunepeutêtre àl’origine d’une guerre auMoyen-Orient.Nous
avons, aussi, essayé derépondre àlaquestionfondamentale, desavoircomment
arriveràmettre en placeun modèleviable derépartitiondelaressource
hydraulique euégard auxspécificités politiques,sociologiquesetculturellesdes

11

EtatsduMoyen-Orientetcomment promouvoirdes projetscoopératifs
permettantunerépartitionéquitable delaressource.Pour nous,si laquestionde
l’eaunepeutêtre àl’origine d’unaffrontement militaire auMoyen-Orient, elle
n’en présentepas moins l’une desclésdelapaixdans larégion.Toutela
problématiquerepose dessus,mais ilconvientdelapréciser.

2. Problématique

Après lapériode des indépendances, au Moyen-Orient tous lesefforts ontété
dirigésvers l’augmentationdel’offre delaressource hydraulique.Cette
politique avait pour objectif delouer lesavantagesattendusdel’agriculture
irriguée(l’autosuffisance alimentaire), delaproductiond’électricité
(l’indépendance énergétique)etdel’extensiondes réseauxde distributiond’eau
etd’électricité dans lesvillesetdans lescampagnes.C’estaussi l’époque des
grands ouvrages quicontribuentàlaréalisationd’un rêveoulalégitimationdes
régimesen place :leNationalWaterCarrierenIsraël,le hautbarrage
d’AssouanenEgypte,le barrageTabqa enSyrie et leGAPenTurquie.Sous les
effetsdelasécheresse, dela croissance delapopulation, del’urbanisationetdes
pollutions,l’eauquel’oncroyait inépuisable devientunbien rare
auMoyenOrient.Le discoursdes spécialistes, des observateursetdeshommes politiques
changeradicalement:rareté,pénurie etaffrontement sontdevenus les
motsclefsd’uneproblématiquenouvelle.
L’eauestdevenue depuis le débutdesannées 1970 un sujetdepréoccupation
au Moyen-Orient (ALLAN,T.,2001).Sur la carte desdisponibilités mondiales
leMoyen-Orientapparaîtcommelarégion laplus menacée.Unconstat
s’impose d’emblée :leMoyen-Orient qui représente3%delapopulation
mondiale contient moinsde0,5%des ressourceseneaudoucerenouvelable.De
plus,les ressourceseneaudanscetterégion sont inégalement répartiesdans
l’espace etentreles populations.5052m³parhabitantet paranenTurquie
contre105 enCisjordanie etGaza.
Actuellement larareté de cetorbleuposeungrandproblème dufait qu’ilest
géré enfonctiondestratégies politiqueset nonenfonctiondes réalités
hydrologiques régionales.PourMikailBARAH,(2007): «Aveclerisque de
tensions latentes, de conflits plus oumoinsconcrets,les pays oùsetrouvent les
sources pouvantêtretentésdejouerdeleur positionavantageuse.Moins liée à
lanotiondel’eauen tant qu’élémentvital, cette approche est pourtant loin
d’être déconnectée desenjeuxgéopolitiques puisantdans les ressources
hydrauliques».
Beaucoupd’expertsetd’observateurs tirent lasonnette d’alarme en signalant
queleMoyen-Orient risque de devenir le champd’une guerre del’eau,si rien
n’estfait politiquement pour l’empêcher.Ilsfont remarquer quelemanque
d’eaun’est pasun problèmespécifiquement moyen-oriental,mais que c’est

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danscetterégion queleproblème est plusdangereux.Poureux, ce dangerest lié
aufait queles paysdelazonepossèdentdevastes réservesfinancières,un large
éventaild’armements,une force aérienne, des missileset, danscertainscas,la
capaciténucléaire.Ils ontaussiunetraditionhistoriquequi les prédispose à
régler lesdisputes par les moyens militaires.Ilsconcluent quel’eaua déjà eu
uneinfluence cruciale dans lesdeuxdes plus importantesguerres:le conflit
israélo-arabe de1967, et l’invasionduLibanen 1979,1982ainsi quela guerre
des33joursdejuillet2006 quiaopposéles soldatsduTsahalauxforcesarmées
duHizbAllah.
Leshommes politiques nesont pas restés indifférentsàlamenacequi pèse
sur larareté de cetteressource.BoutrosBoutros-Ghali,l’ex-secrétaire général
desNations-Unies, déclarequelaprochaine guerre auMoyen-Orient pourrait
avoir l’eaupourenjeu.FeuleroiHusseindeJordanie déclaraitàson tour qu’il
nepouvait imaginer queson pays puisse encore affronter militairementIsraël,
exceptépour l’eau.ShimonPérès, actuel présidentd’Israël,soutient qu’ilest
probablequelaprochaine guerre dans larégion sera déclenchée,non pointà
cause duproblème desfrontières,maisà cause delaluttepour lepartage des
eauxrégionales.
C’estbienà cetteproblématique centralequenous proposonsd’apporterdes
réponses toutaulong denosanalyses.Nousessayeronsd’apporterdeséléments
objectifs sur le contextepolémiquerégional.Nous proposonsunelecture dela
carte duMoyen-Orientcomprenant l’ensemble deséléments qui ont participéou
qui participentencore àsonédification.Ainsi, cettelecturese fera en plusieurs
étapes oùserontanalysées:l’histoire,la géographie del’eau,lasociologie,la
géopolitique et l’hydropolitique duMoyen-Orient.
Auterme de cetravail,nous tenteronsdeproposerdes modèlesde gestion
quiconstituerontdesappoints nécessairesàl’édificationetaurenforcementde
lapaixetdela coopérationauMoyen-Orient.
Ilvasansdirequetoutes les propositions quidécoulentde cette étude
entendentun préalable detaillepour laréussite de ces modèlesàsavoir:
l’existence d’unevraievolonté depaixauMoyen-Orient qui passepar lamise
enavantdesdroits reconnus internationalementdesunsetdesautres.
Auterme de cette étudepluridisciplinaire,Nousespéronsavoirdémontréla
nécessité d’une hydrogestiondelapaix.

3. Méthodologie

Pour menerà biencette étude,nousavonsadoptéune approche
pluridisciplinaire :mobilisant l’histoire,l’hydrologie,la géographie,
l’hydropolitique,la géopolitique,lasociologie,le droit international,lathéorie
des négociations,l’économie et la gestion.Grâce à cetteposture,nousavons
tenté de dresserun tableau, d’élaborerunesynthèse aussiclaire et préciseque
possible d’unesituationcomplexe, auxmultiplesfacettes.

13

Nousavons visé àlaneutralité axiologique,toutengardanten têtequ’il
s’agit là d’un idéal.S’agissantd’uneproblématiquepolitique etcontemporaine,
nousavonsététrèsvigilants quantàl’ingérence des opinions politiquesdu
chercheur.«Lapersonnalité et les opinions politiquesduchercheur (étant)
inévitablement misesenjeu.Idéalement,ilconviendraitdese dépouillerdesoi,
d’atteindreunascétismeintellectuel,unanéantissementd’opinions.»
(JAVEAU,C.,2005).
Les sources sontconstituées par les nombreuses publications spécialiséesde
chercheursarabes,israéliens, francophonesetanglosaxons.Les informations
sur lesujet sontfortdispersées,parfoiscontradictoires oupeufiablescarelles
peuvent refléter l’opinion politique duchercheur.Aussiavons-nous,souvent,
privilégiélesdonnées provenantd’organismes internationaux:ONU,FAO,
WorldRessource et, avec beaucoupdeprudence, ceuxdelaBanquemondiale.
Auniveauempirique,la collecte desdonnées relativesàIsraël s’est
effectuée grâce auxdifférents sites officiels israéliensetàquelques rencontres
avec des spécialistes israéliensàl’occasionde colloques internationaux.Quant
auxdonnées relativesaux Etatsarabes,la collecte a eulieuaucoursdeséjours
deterrain,notamment lorsd’entretiensetde discussionsàl’occasiondes
rechercheseffectuéesdans lesbureauxofficielsetdes ingénieursdesdifférents
ministèresdel’irrigationetdel’agriculture àAmman,Damasetau Caire ainsi
que dans laFondationdesétudes palestiniennes,leCentre d’étudesetde
recherchesur leMoyen-Orientcontemporaine(CERMOC)àBeyrouth.
La démarche estfondamentalement pluridisciplinaire.Lesdiversaspectsdu
problème del’eausont par nature étroitement liés.Nousavons pourtant tenté de
les traiter séparément.
Auniveauméthodologique,nousavonsdiviséla géopolitique fluviale du
Moyen-Orienten troiszones interdépendantes.

L’axenilotiquequi s’articule autourdu Nilet se compose del’Egypte,
duSoudan, del’Ethiopie et seprolongepar lesautresEtatsafricainsde
lavallée duNil ;
lelevant qui s’articule autourduJourdainetcomprendlaJordanie,le
Liban,laSyrie,Israëlet lesTerritoires occupés palestiniens ;
laMésopotamiesituée entrele bassinduTigre et l’Euphrate et la
Méditerranée etcontient laTurquie,laSyrie et l’Irak.

Unequatrièmezone,laPéninsule arabique, démunie de grandsfleuves ne
ferapas l’objetderecherche danscette étude.

4. Plan de l’étude

Cette étudese décline encinqchapitres:

14

•Le premierchapitre est intitulé «L’eauinstrumentdepaixoude
guerre au Moyen-Orient ?»Ilconstituel’exposé denotre étude. Nous
expliquerons que, contrairementauxdéfenseursdela guerre del’eau,le
Moyen-Orient nesouffrepasdelarareté del’eau mais,plutôt, d’une
mauvaiserépartitionde cetteressource dans l’espace etdans letemps
entrelesdifférentsEtatsdelarégionetd’une désinformation
concernant lesdonnéeshydrologiques.Nousexpliquerons, aussi, à
l’aide delaMatrice deFREY etNAFFqueles tensionsautourdes
bassinsetdesfleuvesau Moyen-Orient n’aboutiront pasà desconflits
armés maisàunesituationdenonguerre etdenon paix,très peu
propice àla coopération.Enfin,nous passeronsen revuelaConvention
deNewYorkde1997 relative auxcoursd’eauà d’autresusages quela
navigation.Et nousexpliquerons que cetteConventionest loind’être
floue et pauvre commelesignalent les partisansdelathèse dela guerre
del’eauet quelesvraies menaces résidentdans la difficile application
dudroit internationaldel’eauentre des pays politiquementhostiles qui
résulte engrandepartie dudéséquilibre des rapportsde force entreles
Etats riverainsdescoursd’eau internationaux.
Leschapitres suivants portent sur l’étude desbassins qui nous permettent
d’étayer notrethèse.
•«Lebassin nilotiqueversune coopérationautourduNil»portesur
leNil.Il s’agit,successivement, deprésenter lescaractéristiques
géographiquesethydrologiques,lestatutjuridique dufleuve et
d’évaluer l’évolutiondel’hydropolitique dans le bassin nilotique depuis
la constructiondubarrage d’Assouan.Ilestaussi questionde faire
ressortir lesfaiblessesainsi queles principauxobstacles structurelsaux
différentes tentativesde coopérationbilatérale et multilatérale dans la
région.Le chapitreprésentera ensuiteun modèle derépartitiondeseaux
entrelesdifférents riverainsdu Nil.Cemodèle derépartition reposesur
laméthodologiemulticritèrePROMETHEE.Cette dernièrepermet
d’évalueretde classeruncertain nombre d’actions (dans notre cas les
pays) surbase d’unesérie de critères (selon l’article6delaConvention
deNewYork), en tenantcompte deleurséchelles respectivesetd’une
pondérationenfonctiondeleurs importances relatives.
Aprèsavoir passé en revuelesdifférentescaractéristiqueset les
différentsaspectsdubassinduNil,nous suggéronsdeuxobjectifs
indispensables pourassurer laparticipationdetous les pays nilotiquesà
des programmesde développementdeseauxdu Nilet préparer le
terrain pourunaccordportant sur l’ensemble dubassinet relatif àtous
lesEtats riverains:restaurer la confiance et instaureruncadre
institutionnel.Seulelaréussite del’Initiative du Bassindu Nil (NBI)
assureraitaux Etats situésenaval lasécurité d’unapprovisionnement
durable eneau, donnantauxpays situésenamontune chance de

15

développementet permettraitde doter lesEtats riverainsduNild’un
partenariat institutionnel.CommelesignaleKhaledDAWOUD(2001),
le dialoguepeut-ilêtreundondu Nil ?
Letroisième chapitr«e :Lebassindu Jourdainentre guerre et
paix» discute des originesduprojethydrauliquesioniste, deseauxde
la discorde, deleur statut juridique etdela diplomatie hydraulique dans
le bassinduJourdain.Il se focalise comme dans le casdubassin
nilotiquesur la conceptiond’un modèle de gestion pour larépartition
deseauxdu Jourdainetdesaquifères montagneux.Il metenavant,
contrairementauxthèsesdominantes,la findel’idéologie hydraulique
israélienne et laprésente commeunespoir pourun partage équitable et
raisonnable deseauxdu Jourdainetdesaquifères montagneux.
«LeseauxduTigre etdel’Euphrate entremauvaiserépartitionet
instrumentalisationd’uneressource» est letitre duquatrième
chapitrequi passe en revuela géographie et l’hydrologie ainsi queles
différents traitéshistoriques relatifsauTigre etàl’Euphrate.Ildéfinit le
statut juridique de cesdeuxfleuves sur la base delaConventionde
NewYork.Ce chapitre analyselescaractéristiquesdelanégociation
entrelesdifférents riverainsduTigre etdel’Euphrate.Ilévalue
l’évolutiondel’hydropolitique enfonctiondesdifférents
aménagementshydrauliques sur lesdifférents territoiresdesEtats
riverainsdubassin.Ilexpliquequelaquestiondupartage deseauxdu
Tigre etdel’Euphratenepeut pasêtre dissociée desautresdimensions
delapolitiquerégionale.Il proposelasignature d’unaccord définitif
entrelesdifférents riverainsdu Tigre etdel’Euphrate,laTurquie,la
Syrie,l’Irak,l’Iranet l’Arabiesaoudite,qui permettrait l’émergence
d’une coopérationbidimensionnelle(eau,pétrole)et qui installerait les
fondationsd’uneCommunauté del’eauetdel’énergie
auMoyenOrient (CEEMO).
Enfin le cinquième chapitreintitulé «Les options techniqueset
politiques pourune gestionefficace del’eauauMoyen-Orient» clôt
larecherche encommençant par une évaluationdes modèlesde gestion
unilatérale :réductiondela demandeou l’augmentationdel’offre,pour
ensuite déboucher sur lapropositiond’un modèle coopératif,projetsde
transfert inter-bassin,pourfaire face àlamauvaiserépartitionde cette
ressource auMoyen-Orient.Nous nousappuyons sur laméthodologie
multicritère d’aide àla décision pour pouvoircomparer lesdifférents
projets.Le commentaire des résultatsfournis parcelogiciel nousa
permitdetirer l’enseignement suivant:seuls les projets qui présentent
une faisabilitépolitique élevée arriventen tête de classement.Cequi
nous permetd’affirmer quelaquestiondel’eauauMoyen-Orientest,
avant tout,unequestion politique.

16

Carte1:LeMoyen-Orient

Source : http://www.godweb.org/maps/img/middle_east_pol_2003.jpg

17

REVUE DE LITTERATURE

L’enjeu ducontrôle des ressourceshydrauliques n’est pas nouveauau
Moyen-Orient.Cependant,leproblème del’eau nes’est pourtant pas toujours
trouvésous lesfeuxdes projecteursdel’actualité.Dans lesannées 1970,on
parlait plusvolontiersdela crise dupétroleque celle del’eau.
Laquestiondupartage del’eauestun thèmetrès récent.En 1982,un livre
important sur laquestiondela faimdans lemondesous la directiondeWilliam
BYRONThe Causes of World Hunger,n’a fait quementionnerbrièvement
l’eau.Dansun rapport,publié en 1987, delaCommission mondialesur
l’environnementet le développement,présidéepar l’anciennepremièreministre
norvégienneGroHarlemBRUNDTLAND,seuleune demi-pagesuràpeuprès
400a été consacrée àlaquestiondel’eau.Depuisvingtansenviron,uncertain
nombre depolitologuesetd’experts ontavancélapossibilité de guerres pour le
contrôle des ressourceseneauau Moyen-Orient.Aveclapublicationde
l’ouvrage deJoyceSTARRetDanielSTOLL(1987),US ForeignPolicyon
WaterResources in theMiddle East,leCentre forStratégique andInternational
Studies (CSIS)deWashingtona beaucoupcontribué, à donnerducrédità cette
idée de guerre del’eau.
Aquelques rareset récentesexceptions,HabibAYEB(1998)etAaron
WOLF(2001),une bonnepartie des publicationsdesvingthuitdernières
années sur lesujet ontconfortél’idée dela guerre del’eau.Il suffit pour s’en
convaincre devoir les titresdes ouvragesetarticles sur laquestion, engénéral
assezalarmistes.Ilscomportent souvent,selon lalangue,les termesdeguerre,
bataille,conflit, etc.Citonsenguise d’illustrationHydropolitics in theNile
Valley, deJohnWATERBURY(1979);Water in theMiddle East: Conflictand
Cooperation, deNAFF,T., etMATSON,R.,(1984);The Politics ofScarcity:
Water in theMiddle East, deSTARR,J., etSTOLL,D.,(1988);Harb al miyah
fiCharqalAwsat(La guerre del’eauau Moyen-Orient), deAL MAWAAD,H.,
S.,(1990),WaterWars, deSTARR,J.,(1991);WaterWars, Coming Conflicts
in the Middle East;deBULLOCH,J., etDARWISH,A.,(1993);La bataille de
l’eauauMoyen-Orient, deCHESNOT,C.,(1993); ouHydropolitics, de
OHLSOON,L.,(1995).
Cette hypothèse apeuàpeudépassélescerclesdesacadémiciensetdes
experts.Unelittérature etunepresse devulgarisation l’ont reprise et lui ont
donnéune audienceimportante.Tous les titresdejournauxetdemagazines
mettentenavant les prédictionsde certainshommes politiquesdelarégion.
BoutrosBoutros-Ghali,ShimonPeresetfeuroiHusseindeJordanieont tous
déclaréquelaprochaine guerre auMoyen-Orientaurait lieupour l’eauet non
pas pour laterre.Et l’on pourrait multiplierainsi lesdéclarationset lescitations.
Le caractèrequasi inéluctable d’uneprochaine guerre del’eaus’estainsi
imposé àl’opinion publique commeunfaitacquisdela géopolitiquerégionale,
faisantd’unequestion importante «un sujetàlamode »(BOËDE,F.,2003).

19

Chezles auteurs de cette hypothèse, les liensentre gestiondel'eauet
pouvoir politiquesont misenavant,notamment par l'expressionhydropolitique.
L'expression,traduite del'anglaishydropolitics, a étéintroduiteparJohn
WATERBURY en 1979, dans un ouvragesur lavallée duNil.L'hydropolitique
fait référence à cette capacité des institutions politiquesà gérerdes ressources
eneau partagéesentreplusieursentités, depréférence en limitant les tensionset
en prévenant lesconflits potentielsentrelesentités.Poureux,les risques
hydropolitiques sontdonc bien présentsauMoyen-Orient.Ilsaffirment que
l'absence d'un partage équitable delaressource eneau,sonaccaparement par un
pays puissant sontautantd'étincelles susceptiblesdes'embraser.
Avecla findela guerre froide,l’idée dela guerre del’eauest revenue avec
force au-devantdelascèneinternationale.C’esteneffet vers 1992 qu’émergele
conceptdesécurité environnementale,nouveaudomaine derecherche des
études stratégiques quijustifielareconversiondesactivitésdes servicesde
renseignementet les travauxmilitaires.
Le conceptdesécurité environnementaledéfinit l’existence des liensentre
l’environnementet lasécuriténationale(KLARE,M.,T.,(novembre1996)et
HOMER-DIXON,T.,F.,(novembre1996)).Les spécialistesde ce concept
estiment quelarareté croissante des ressources, dansuncontexte de
déstabilisationdesEtatsduMoyen-Orientetde «clash de civilisations»
(KAPLAN,R.,(1994)etHUNTIGTON,S.,(1996))allaitdéboucher surune
scènerégionale fortconflictuelle.
Anotre connaissance, aucune étudepubliée à cejour n’apuexpliquer
l’éventualité d’une guerre del’eauauMoyen-Orient surdesbasesempiriques
sérieuses.Plusieursauteurs mettent l’accent sur lepotentielconflictueldel’eau
(GLEICK,P.,(1993), etSAMSON,P., etCHARRIER,B.,(2005)),mais pasde
là àprédireune guerre del’eausurbase d’élémentsempiriques solides.
La guerre desSixJoursest souvent présentéeparcertainsauteurscommela
première guerre del’eaucontemporaine.Mêmesi les projetsde détournement
deseauxduJourdainvers lereste duterritoireisraélienavaient
considérablementaugmentélatensionentreIsraëletdeux voisinsarabesde
l’Est,Syrie etJordanie,le front principal sesituaitcontrel’Egypte.
AaronWOLF(1998),TonyALLAN(1999)etAnthonyTURTON,(2000),
mêmes’ils reconnaissent que desenjeuxhydrauliques peut naîtrelaviolence,
affirment qu’il n’yajamaiseude guerre del’eaudepuis4 500ans.
PourAaronWOLF(2001) laprincipale faiblesse del’hypothèse dupotentiel
guerrierestdenature historique.Enexaminantdescasdeviolence hydrique
entreEtatsavancés pardiversauteurs pour justifierdesfuturesguerresdel’eau,
il relèveun manque derigueurdans la classification quiena été faite.Ainsi
parmi lesdix-huitexemplesde conflitsavancés parPaulSAMSSONet
BertrandCHARIER(2005),un seulestdécritcomme armé.Deplus,selon
AaronWOLFce cas particulierdelarivièreCenapa concernelepartage d’une
frontièrequicoïncide avecuneligne dupartage d’eau.

20

Beaucoup d’études aucours des dernièresannées montrent
qu’historiquement peudetensionsetdisputesautourdel’eau ontdébouchésur
desguerresdel’eau (POSTEL,S.L., etWOLF,A.,(2001),TURTON,A.,
(2000),WOLF,A.,(2001),WOLF,A., etal (2003).
Pourapporter leurcontributionauprocessusderésolutiondesconflits
relatifsàl’eau,AaronWOLFet sonéquipe dudépartementde géosciencesde
l’Université d’Etatdel’Oregon ont mis sur pied :«TheTransboundary
FreshwaterDisputeDatabase(TFDD)».Cette base de données, achevée en
2001,portesur263lignesdepartage d’eauinternationales (international
watersheds)et recense1831 interactions, conflictuellesetcoopératives, entre
deuxouplusieursEtatsdurant lescinquante dernièresannées.Enexaminant
l’ensemble des interactions sur lapériode1948-1999, dans le butdevérifier si
les ressourceshydriques ont réellementun quelconquerôle dans lesconflits
entrelesEtats,AaronWOLFconstatequelavastemajorité de ces interactions
sontdenature coopératives plutôt que conflictuelles.Ainsi, enutilisant la
TFDDcommesourceprincipale,l’équipe d’AaronWOLFidentifie1228 cas
coopératifs, 507casconflictuelset 96cas présentéscommeneutreou
insignifiants.Elle ajoutequelavraisemblance d’unconflitaugmente de façon
significativequand deuxfacteursentrenten jeu.Lepremierest qu’uncertain
changement, grandourapide,survientauniveauphysiqueoupolitique du
bassin: constructiond’unbarrage, détournementd’unerivière,oulamise en
oeuvre d’ungrandprojetd’irrigation.Lesecond est queles institutions
existantes sont incapablesd’absorbervoire gérerce changement.
Sidans lepassépeude guerres ontéclaté à cause del’eau, cen’est
certainement pasgage dufutur.PourFrédéricLASSERRE(2007): «La
problématique del’avènement possible de conflits pour l’eauprend doncracine,
non pasdans l’aridité ancienne de certaines régions,maisdans la dynamique
d’une demande enexplosionface àuneressourcelimitée.C’estce caractère
dynamiquequi interditdes’appuyer surdes raisonnementshistoriques pour
rendre compte depossiblesconflits sur l’eau.»
Unélément très important,le contexte géopolitiquerégional,vientconforter
lathèse desadversairesdelarhétorique belliqueuse.FrederickW.FREY et
ThomasNAFF(1985)expliquent quele déséquilibre desforces militairesentre
lesdifférents pays, àlui seul,n’est pas suffisant pour justifier le déclenchement
d’une guerre.D’autresfacteurs,tels quel’intérêt oule besoineneauet la
positiondes pays riverainsvis-à-visdesfleuvesetdesbassinshydrologiques,
doiventêtreprisencompte.
Grâce àl’améliorationet l’adaptationdela «PowerMatrixModel» de
FREY,F.,W., etNAFF,T.,(1985)aucontexte géopolitiquerégional,nous
tenteronsd’expliquer la faibleprobabilité d’une future guerre auMoyen-Orient
autourdel’eau.
La constructiondela «PowerMatrixModel»parFREY etNAFFs’estfaite
àpartirdevaleurs qualitatives sansaucune explication relative àleur

21

construction.Nousavonsconstruitcette Matrice àpartirdevaleur qualitative et
quantitative.Touten respectant l’espritdu modèle,nousavonsadaptél’échelle
dela forcemilitairepour tenircompte du nouveaucontexte géopolitique
régional, àsavoir lesdeuxguerresdu Golfe ainsi quela disparitiondel’Union
soviétique et son soutien militaire àquelquesEtatsdelarégion,plus
particulièrement laSyrie.Lavaleur qualitative attribuée àla forcemilitaire est
déterminée en tenantcompte delaqualité dela force armée,la compétence du
leadershipet la force desalliances (THOMPSON,W.,S.,1978).Concernant la
positiondu pays riverain,nous tiendronscompte delapositiongéographique de
cepaysainsi quesa contributionaudébit moyenannueldubassin.
Enfin,pour letroisième facteur,le besoin ou l’intérêteneau,nous
attribueronsdes valeurs qualitativesà chaquepaysenfonctiondesondegré de
dépendancevis-à-visdubassin oudufleuve concerné.
Larareté del’eauest un phénomènerelatif encesens qu’il n’induit pas les
mêmeseffets sur toutes les sociétés.Enexaminant lasituationhydrique des
EtatsauMoyen-Orient pays par pays,onconstatequ’àressourcescomparables,
certains pays parviennentà assurer lesbesoinsdesdifférents secteurs
économiques.Ainsi,laJordanie,quibénéficie de213m³/an/habitantest
confrontée àunesituationdepénuriestructurelle,l’Egyptequidispose de
1005m³/an/habitantcraintdemanquerd’eauà court terme, alors qu’Israëlapu
assurer le développementd’unesociétéindustrielle avecune disponibilité de
375m³/an/habitant.
LeifOHLSSON(1998)distinguelaressource eneauelle-même dela
ressourcesociale.Pour lui,unesociété confrontée àun niveaucroissantde
rareté delaressource eneaupourrayfaire facesans nécessairement
compromettresondéveloppement, en mobilisant scaa «pacité d’adaptation
sociale ».
LeifOHLSSONetAnthonyTURTON(2000) proposentdemultiplier la
disponibilité brute d’eauparhabitant par l’Indicateurdudéveloppementhumain
4 5
(IDH)etdéfinirdenouveauxseuils pertinents.D’unepart,nousconstatons
qu’un payscommeIsraël,initialementclassépays souffrantdepénurie
structurelle,peutêtre considéré,selonl’indice delarareté sociale(OHLSSON,
L.,TURTON,A.,R.,1998)comme disposantd’uneressourcesuffisante
comptetenudesastructure de consommationetdesondéveloppement.D’autre
part, desEtatscommelaJordanie,l’Egypte et laSyrieseraientauxprisesavec

4
IDH,un indice duPNUDlargementutilisé et reconnu,mesure eneffetcertainsdesaspects
critiquesdela capacité d’adaptationdes sociétés, àsavoir l’espérance devie commeindicateurdu
niveaugénéraldelasanté, dubien-être etdudéveloppementd’unesociété; lascolarisation
commeindicateurdescapacités institutionnellesd’unesociété, et lePIBparhabitant (en parité du
pouvoird’achat)commeindicateurdelaperformance économique d’unesociété(OHLSSON,
L.,1 998).
5
On peutainsi proposer pour leMoyen-Orient les seuilsde200(rareté absolue),350(rareté
relative)et 750(seuild’alerte).

22

unerareté induitepar l’absence des ressourcesfinancièreset socialesàla base
dela capacité d’adaptation (JULIEN,F.,2006).
Face àuneraréfactiondel’eau,les pouvoirs publics répondront parun
encouragementenfaveurdes investissementsdansdes technologies moins
consommatricesdelaressource etdescampagnesdesensibilisation:
développementd’un système derécupérationetderecyclage,méthodes
d’irrigation plus performantes,usinesde dessalement plusefficaces,tarification
del’eau, commerce del’eau virtuelle.Lesdéfenseursde ces solutions
technicistes,particulièrementcellerelative àlatarificationdel’eau,parviennent
àpublier leurs travauxdansdes revuesacadémiques prestigieuses.
Sansverserdansun pessimisme excessif, force estdereconnaîtrequel’eau
auMoyen-Orientestunenjeupolitique dont la gestionest multiscalaire etdont
la complexiténeselaissepas réduire à des optionsunilatérales,présentées
comme définitives par leursauteurs (ABU QDAIS,H.,A., etAL NASSAY,H.,
I.,(2001),AHMED,M.,(2000),ALLAN,T.,(1998),ANDERSON,T.,(1982),
DINAR,A., etSUBRAMANIAN,A.,(1998),ROGERS,P., etal.,(2002)).
Pour mettre enévidence cette gestion multiscalaire,nousavons proposéun
modèle de gestioncoopératif et multicritère :letransfert interbassin.Les
attitudesde chaqueEtat riverainàl’égard des projetsdetransfert interbassin
dépendentdes relations individuellesàl’égard desautresEtats riverainsetdela
perceptionduprojet.Pourcalculer la faisabilitépolitique de chaqueprojet nous
avonsutilisélaméthode dePoliticalAccountingSystem(PAS) tel que décrite
parCOPLIN,D.,W., etO’LEARY,M.,K.,(1972) touten l’adaptantà
l’hydropolitique grâce aumodèle deFREY etNAFF(1985).
Lamauvaiserépartitiondel’eauauMoyen-Orientfaitde cetteressourceune
questioncentrale dudéveloppement régional.Cetterépartition joue aussiun
rôle centraldans lesdiscutions relativesàla coopération régionale.
HishamZAROURetJadISAAC(1992)étaient les premiersàproposerune
formulemathématiquepour larépartitiondeseauxduJourdain.Se basant sur le
principe delasouverainetéterritorialelimitée en matière d’utilisationdes
ressourceseneauet sur le bassinde drainage deseauxdesurface et souterraine
comme facteur pertinent pour l’analysetel quepréconisépar les règles
d’Helsinkide1966,ils ontdéveloppéune équation quiaccorde desdroits sur la
base d’un poidségal pour la contributionàl’offre etàlasomme des retraits
humainset les pertes naturellesdelaressource.
Bien quelemanque de donnéesdisponiblesaitempêchéHishamZAROUR
etJadISAAKd’appliquer leurformule derépartitionaubassinduJourdainetà
l’aquifèremontagneuxdeCisjordanie, cela appaîtclairement parcequele
modèlese focaliseprincipalement surdesdonnéesgéographiques,
hydrologiquesethydrographiqueset ignorelesaspectséconomiqueset sociaux
préconisés par les règlesd’Helsinki.

23

Deleur côté, JohnWATERBURY,DaleWHITTINGTONetElizabeth
MCCLELLANDétaient les premiersà avoir proposé, en 1992,une clé de
répartitiondeseauxdu Nilentrel’Egypte,leSoudanet l’Ethiopie.
Uncertain nombre de formulesde convenance a étéproposépardifférents
auteurs (MIMIZ.,A., etSWALHI B.,I.,(2003)etABDELGALIL
E.,A.,(2022novembre2002)).Cesdernierscomparent les résultats obtenus par lemodèle
à ceuxescomptés.Si lesdeuxrésultatsconvergent lemodèle est retenu.
Pour paliercemanque demodèlesérieux,nous proposonsune clé de
répartition qui s’inspire del’article6delaConventiondeNewYorkde1997.
Notremodèle derépartition reposesur laméthodologiemulticritère
PROMETHEE(BRANS J.,P., etMARESCHAL B.,2002).Cette dernière
permetd’évalueretde classeruncertain nombre d’actions (dans notre cas les
pays) surbase d’unesérie de critères, en tenantcompte deleurséchelles
respectivesetd’unepondérationenfonctiondeleurs importances relatives.Le
classementPROMETHEEestétablit surbase d’un score,S, calculépour
chaque actionen la comparantàl’ensemble desautres.Les meilleuresactions
ontun scoreSpositif,les moinsbonnes ontun scorenégatif.
Dans notre cas nousvoulonsévaluer lesbesoinsde chaquepays, àpartirdes
critères retenus.LescoreSpeut servirà comparercesbesoinsetà classerainsi
les pays.L’objectif étant néanmoinsd’obtenirunerépartitiondes ressources
entreles pays,le calculdoitêtre adapté.

24

« Lesdieux avaientcondamnéSisyphe àrouler sanscesseun rocherjusqu’au
sommetd’unemontagne d’oùlapierreretombait par son proprepoids.Ils
avaient pensé avecquelqueraison qu’il n’est pasdepunition plus terriblequele
travail inutile et sansespoir.»
AlbertCAMUS, «Lemythe deSisyphe ».

CHAPITRE1

L’EAU INSTRUMENT DE GUERRE OU DEPAIXAU
MOYEN-ORIENT?

Introduction

Aujourd’hui,toutes les prémissesd’unconflitviolent pour
l’eauauMoyenOrient sont présentes:unclimataride,le fait queles riverainsdesfleuvesetdes
bassins sontdéjà engagésdansune confrontation politique et quela demande en
eaudelapopulationapprocheoudépassel’offre annuelle(WOLF A.,1996).
Beaucoupd’expertsetd’observateurs tirent lasonnette d’alarme en signalant
queleMoyen-Orient risque d’êtrele champd’unebataillepour l’eau,si rien
n’estfait politiquement pour l’empêcher (CHESNOT C.,1993).Cescraintes
d’unconflitgénéralisé aveclerisque d’embrasementdans toutelarégion sont
aussiexprimées parJohnBulloch etAdilDarwich(1993).Cesderniersfont
remarquer quelemanque d’eaun’est pasun problèmespécifiquement moyen
oriental,mais que c’estdanscetterégion queleproblème est leplusdangereux.
Ce dangerest lié aufait queles paysdelazonepossèdentdesvastes réserves
financières,un large éventaild’armements,une force aérienne, des missileset,
danscertainscas,la capaciténucléaire.Ils ontaussiunetraditionhistoriquequi
les prédispose àrégler lesdisputes pardes moyens militaires.
FeuleroiHusseindeJordanie,qui se distinguait par sonhabileté de
négociateur, déclara àson tour qu’il nepouvait imaginer queson pays puisse
encore affronter militairementIsraël, exceptépour l’eau.Leshommes politiques
nesont pas restés indifférentsàlamenacequi pèsesur larareté de cette
ressource.BoutrosBoutros-Ghali,l’ex-secrétaire généraldesNations-Unieset
lenégociateurdesaccordsdepaixisraélo-égyptiens,n’est pasconnupour son
alarmismeni pour sarhétorique extrême.Ildéclarepourtant quelaprochaine
guerre auMoyen-Orient pourraitavoir l’eaupourenjeu.
LesIsraéliens, deleurcôté, brandissent lamenace d’attaquer les paysen
amontdulac deTibériadesi lemoindre barrageréduisant le fluxde celac était
érigé.
Ainsi,l’ancien ministre del’agricultureisraélien,EitanRafael, déclare
«qu’abandonner le contrôle delaRiveoccidentalepourraitavoiruneffet
préjudiciableimmédiatet significatifsur l’approvisionnementeneaud’Israël».
Ilajouteque «rendrel’eauauxPalestiniens pourraitconstituerundanger mortel
pourIsraëlet pourraitdemanièretangiblemenacer sonexistence »(CASA,
1991).

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