Projets d'infrastructures et impacts environnementaux

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Français
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Description

Cet ouvrage a vocation d'amener les décideurs et les opérateurs économiques à prendre en compte les externalités négatives dans les projets d'infrastructures. Il s'agit d'une analyse économique nouvelle qui incorpore les bénéfices et les dommages que subit l'environnement. C'est un outil méthodologique comportant les éléments de base, fondamentaux donnés aux étudiants de Licence et de Master, mais aussi à tous ceux qui s'intéressent au montage et à l'évaluation des projets à caractère environnemental.

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Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 92
EAN13 9782296704794
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Projets d’infrastructures
et impacts environnementaux







































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12569-8
EAN : 9782296125698

Pierre Samuel Nemb




Projets d’infrastructures
et impacts environnementaux



Préface de Claude Njomgang


















L’Harmattan

PREFACE

L’ouvrage de Pierre Samuel NEMB sur les impacts
environnementaux des projets d’infrastructures vient à ce point
nommé en cette période de grandes mutations politiques,
économiques, sociales et technologiques, aux conséquences
imprévisibles sur les relations entre l’homme et son environnement
biophysique. Dans ce contexte en effet, l’évaluation des impacts
environnementaux des grands projets de développement, en vue de la
maîtrise des risques environnementaux qui leur sont inhérents, devient
une exigence croissante de la communauté internationale. La mise en
place d’« infrastructures durables » devient une norme commune aux
programmes nationaux d’aménagement du territoire, en même temps
qu’une conditionnalité pour l’accès aux financements.

L’ouvrage de Pierre Samuel NEMB suit une démarche didactique
sobre et rigoureuse, enracinée dans les fondements rationnels de
l’économie de l’environnement et du développement durable,
soutenue par une revue minutieuse des méthodes d’évaluation de
l’environnement et d’étude des impacts environnementaux, étayée
enfin par quatre études de cas bien documentées sur le Cameroun.
L’intérêt de l’ouvrage est rehaussé par le fait que son contenu a été en
grande partie éprouvé, expérimenté en quelque sorte, l’ouvrage étant
le fruit de plusieurs années de recherche et d’enseignement dans
différentes universités. Il constitue ainsi un outil de travail pour les
étudiants et les professionnels de l’évaluation d’impacts
environnementaux, mais s’adresse aussi à un public plus large en
économie de l’environnement.

Nous accueillons avec plaisir et satisfaction l’ouvrage de Pierre
Samuel NEMB. Cette publication donne la mesure du chemin
parcouru depuis la thèse de Doctorat d’Etat préparée avec nous en
économie de l’environnement et soutenue en 2002. Nous avons bon
espoir que cet ouvrage ouvrira de bonnes perspectives pour l’auteur
Pr. Claude Njomgang
Université de Yaoundé II


AVANT-PROPOS

L’économie est une discipline importantepour lespersonnesqui
prennent les décisions qui déterminent l’évolution de l’environnement.
L’environnement continuera depâtir si les économistes nejouentpas
ungrand rôle dans l’analyse et dans l’élaboration despolitiques.

Tant qu’on ne prendra pas pleinement en compte les coûts et les
avantages réels desprojets, et notamment leur incidence sur
l’environnement, on choisira les mauvais projets tandis que les bons
ne retiendrontpas l’attentionqu’ils méritent. Si les dommages subis
par l’environnement et l’épuisement des ressources ne sont pas
inscrits dans le compte du revenu national, lespouvoirspublics, les
citoyens et les agences internationales recevront des signaux erronés
quant à la performance réelle de l’économie.

Les lecteurs de ce manuelpeuvent être schématiquement repartis
en deux catégories : les sceptiques qui doutent que l’économie ait une
grande contribution à apporter, etqu’il faut convaincre du contraire, et
les crédules ou les moins sceptiquesqui acceptent lesprincipes de
l’économie de l’environnement, mais ont besoin d’orientation quant à
leur applicationpratique. Il existe égcroalement des «yants
potentiels »,encore sceptiques quant à la solidité et à l’applicabilité
des méthodes enquestion.

Les économistes sont attachés auprincipe selon lequel l’efficience
économique devrait constituer l’un des critères fondamentaux des
investissements et de l’élaboration despolitiques dans le secteur
public. Cela signifie que l’on devrait viser, lors de l’utilisation des
ressources rares à maximiser les bénéficesque l’onpeut retirer,
déduction faite dans chaque cas, des coûts de leurs utilisations.

Le manuel n’a pas pour objet de supplanter le critère de l’efficience
économique mais d’y intégrer les facteurs d’environnement. Il n’est
pas nécessaire d’utiliser un critère «environnemental »distinct si les
effets sur l’environnementpeuvent être mesurés en termes
économiques. Et si tel est le cas, il suffira d’utiliser un critère
économique modifié.
Le manuel traite aussi des «projélaborésets »par lesgroupes
d’étudiants de Master en évaluation des projets quand on sait que

l’économie de l’environnement s’intéresse aux motifs économiques,
entre autres, sous jacent à la dégradation de notre milieu.

L’objectif de cet ouvrage est de s’attaquer aux difficultés
inhérentes à la prise de décision en matière de gestion de
l’environnement à travers les projets d’infrastructures qui fournissent
une approche adéquate à l’Evaluation des Impacts sur
l’Environnement (EIE) composante essentielle de l’évaluation
environnementale. L’EIE est un processus qui rend les projets plus
acceptables du point de vue de l’environnement. Elle émerge d’un
ensemble de préoccupations sociales à l’échelle tant nationale
qu’internationale.

8

INTRODUCTION

La prise de conscience dans les années 70 de l’urgente nécessité de
protéger la nature s’est concrétisée dans la plupart des pays par des
lois obligeant à réduire les nuisances et les pollutions, et d’atténuer les
impacts des grands projets (ou des projets coûteux). Pour ce faire, des
« Étudesd'Impacts Environnementaux» (EIE) sont devenues
obligatoires préalablement à la réalisation d'aménagements ou
d'ouvrages qui, par l'importance de leurs dimensions ou de leurs
incidences sur le milieu naturel, pourraient porter atteinte à ce dernier.

La portée des études d'impact a été souvent renforcée par :
x des procédures de concertation ou de débat public (conférence
de consensus), par ailleurs encouragée par les procédures visant un
développement durable ;
x de nouvelles démarches et des outils d'évaluation et de
cartographie (SIG) des enjeux écologiques, environnementaux,
patrimoniaux et paysagers ;
x de nouvelles démarches d'évaluation des sensibilités des
territoires d’étude.
De nouvelles lois dans certains pays invitent les élus et les porteurs
de projets à mieux cerner les liens entre les enjeux écologiques et les
enjeux socioéconomiques.
Les EIE ont cependant été insuffisantes pour enrayer la régression
de la biodiversité.
Les EIE étudient et comparent les impacts écologiques (et donc
faunique, floristique, fongique, éco paysager..), acoustiques,
paysagers, théoriquement du stade du chantier au stade de la
déconstruction.
S’insérant dans un processus de planification, elle vise à éviter une
dégradation de l’environnement aux dépens d’un développement
économique ; elle n’agit pas comme un frein au développement, mais
plutôt comme un outil reconnu pour assurer une meilleure intégration
des projets dans le milieu et pour promouvoir un développement
durable.


Un impact sur l’environnement ne se limite pas à la seule valeur du
changement d’un indicateur environnemental du milieu biophysique
ou humain. L’évaluation de l’impact doit aussi mettre cette grande en
relation avec le milieu d’insertion de ses composantes spatiales et
temporelles, ce qui permet de lui accorder une importance, et de
prendre en compte la signification qu’attribuent les différents publics
aux incidences anticipées ainsi qu’à l’évaluation scientifique de leurs
conséquences. En raison principalement de ces deux composantes,
l’évaluation des impacts relève du jugement des individus et, de ce
fait, est empreinte d’un certain degré de subjectivité.

Depuis la mise en place du processus d’EIE aux Etats-Unis en
1969, plusieurs pays ont adopté ou travaillent à la mise en œuvre de
procédures nationales. Quant aux pays africains, les principaux
catalyseurs de leur action auront été certes le Sommet de la Terre de
Rio en 1992, mais surtout la directive opérationnelle 4.01 de la
Banque Mondiale, qui impose la réalisation d’une évaluation
environnementale avant la prise de décision du financement. Cette
réalisation d’une EIE est dorénavant une exigence que pose la
majorité des agences d’aide bilatérales et multilatérales.

Fort de ce qui précède, l’EIE doit avoir une place importante dans
la réalisation des infrastructures qui sont indispensables pour le
développement. Il s’agit en fait de mettre en place des
« infrastructuresdurables »,c'est-à-dire celles qui tiennent compte
d’un développement durable. La phase des travaux d’infrastructures
est déterminante car elle comporte de nombreux risques qui peuvent
avoir des impacts sur l’environnement (la destruction d’espèces
protégées, les nuisances sonores, la poussière, les pollutions,…) et
faire l’objet de réclamations lourdes de conséquences pour le projet en
termes de coûts et de délais de réalisation.

Prévenir ces risques repose sur une préparation des travaux en
amont du projet et exige de la part des parties impliquées, la mise en
place des dispositions contractuelles et des solutions techniques
adaptées.

La réalisation de l’EIE en matière d’infrastructures relève de la
responsabilité du maître d’ouvrage pendant les phases de réalisation,
d’exploitation et d’entretien des infrastructures. Elle se fonde sur les
directives, qui en constituent en quelque sorte la feuille de route et une

10

première esquisse de la table des matières. Il revient aux experts de
différents domaines de déterminer les conditions de base de
l’environnement biophysique et humain, d’évaluer la grandeur,
l’importance et la signification des impacts du projet sur les
composantes de l’environnement préalablement définies, de proposer
des mesures requises pour les annuler ou pour les atténuer dans le cas
des impacts négatifs, ou encore pour les maximiser dans le cas des
impacts positifs.
Pour mieux intégrer les EIE des projets d’infrastructures par
rapport à la gestion de l’environnement, nous préconisons une
articulation de notre ouvrage en trois parties :
Une première qui situe le cadre général de l’EIE en rapport avec les
questions de développement.
Une deuxième qui préconise la méthodologie de l’EIE relevant de
l’évaluation environnementale.
Et une troisième partie qui est une étude de cas des infrastructures
respectueuses de l’environnement.




11










PREMIERE PARTIE : CADRE GENERAL D’ANALYSE

Les questions liées à l’environnement sont extraordinairement
complexes ;elles engagent un avenir qui est aussi celui des
générations futures entre une économie maximaliste et prédatrice et
une protection obstinée d’un environnement qui n’existe que dans
l’imaginaire. Il faut frayer la voie à ce que la commission Brundtland
des Nations Unies a appelé «sustainable development» ou
développement soutenable à long terme.

Conçu dans les années 80 en réaction aux dommages causés à
l’environnement naturel et humain par les modèles de développement
irrespectueux des limites des systèmes, le concept de développement
durable résulte de 40 ans de réflexion et d’analyses.

Entre le sommet de Stockholm (1972) et celui de Copenhague
(2009), le monde a connu d’importants changements qui ont rendu
plus harmonieuses les relations entre le développement et
l’environnement.
L’évaluation environnementale, en particulier l’EIE, figure parmi
les outils reconnus et essentiels qui permettent de tendre vers un
développement durable.
Cette partie de l’ouvrage se veut un cadre global d’analyse qui
permet non seulement de mieux comprendre les grands thèmes tels
que le concept de l’environnement (Chapitre I), mais aussi et surtout
d’établir la relation entre l’EIE et son champ d’analyse qui est le
développement durable (Chapitre II) avant de mettre l’accent sur
l’importance des éléments constitutifs de l’environnement (Chapitre
III) qui sont au centre d’une EIE de par les modifications dont ils sont
l’objet lors de la mise en place de tout projet d’infrastructure.



CHAPITRE I
L’ENVIRONNEMENT ET SON EXTENSION

La référence à l’environnement est centrale, mais la difficulté
réside dans l’accord à réaliser sur la signification du concept
« environnement »pour permettre le dialogue interdisciplinaire.
L’environnement est en fait, un concept ambigu empreint de
subjectivisme et de relativisme.

En effet des nuances et même des différences essentielles existent
dans la manière de comprendre et d’appréhender le sens de ce terme.
Selon les parties du monde, l’environnement aurait par exemple
pour connotation, la pollution pour les pays industrialisés, alors que
l’accent serait mis sur la désertification ou l’érosion des sols en ce qui
concerne les pays en voie de développement.
Selon les groupes socioculturels, la cristallisation de l’intérêt des
classes dirigeantes sur le cadre des activités serait le principal objectif.
L’environnement c’est aussi une question d’échelle dans ce sens
qu’on peut le situer au niveau de la planète (lorsqu’on parle par
exemple de l’effet de serre) ou au niveau local.
La perception personnelle de chaque individu importe également.
Pourles uns c’est une affaire de théorie. Pour les autres, c’est
du vécu concrètement. Des distinctions peuvent être faites selon les
relations qu’entretiennent les différentes disciplines scientifiques avec
l’environnement. L’objectif de ce chapitre est de mieux cerner le
concept de l’environnement à travers différentes approches ainsi que
son extension dans les différents domaines de la société.
I. LE CONCEPT D’ENVIRONNEMENT
Le mot environnement est polysémique, c’est-à-dire qu’il a
plusieurs sens différents. Dans son sens premier, il renvoie à la notion
de cadre de vie, de voisinage, d’ambiance, ou encore de contexte (en
linguistique).
L’environnement naturel, qui entoure l’homme, est récent et s’est
e
développé dans la seconde moitié du XXsiècle.


Le mot environnement est à différencier du mot nature. La nature
désigne l’ensemble des éléments naturels, biotiques et abiotiques,
considérés seuls, alors que la notion d’environnement s’intéresse à la
nature, au regard des activités humaines et aux interactions entre
l’homme et la nature.

La notion d’environnement englobe aujourd’hui l’étude des
milieux naturels, l’action néfaste de l’homme sur l’environnement et
les actions engagées pour la réduire.
Au vu de ce qui précède, nous examinerons dans cette section, la
définition ainsi que les différentes approches de l’environnement.
I.1. DEFINITION DE L’ENVIRONNEMENT
L’environnement est défini comme «l’ensemble des éléments
(biotiques ou abiotiques) qui entourent un individu ou une espèce et
dont certains contribuent directement à subvenir à ses besoins», ou
encore «l’ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques,
biologiques) et culturelles (sociologiques) qui agissent sur les
organismes vivants et les activités humaines ».
La notion d’environnement naturel qui renvoie au mot
environnement, a beaucoup évolué au cours des derniers siècles et des
dernières décennies. On peut aujourd’hui définir l’environnement
comme l’ensemble des composants naturels de la planète terre,
comme l’air, l’eau, l’atmosphère, les roches, les végétaux, les
animaux ;et l’ensemble des phénomènes et des interactions qui en
découlent, c’est-à-dire tout ce qui entoure l’homme et ses activités.
Au XXIème siècle, la protection de l’environnement est devenue
un enjeu majeur. La préservation de l’environnement est un des trois
piliers du développement durable et a été choisie comme l’un des huit
objectifs du millénaire pour le développement.
I-2 LES DIFFERENTES APPROCHES DE
L’ENVIRONNEMENT
Sans vouloir envisager ici la manière dont un ensemble de
connaissances se spécifie et s’organise en une discipline autonome, il
est clair qu’on peut affirmer que l’environnement n’est pas une
discipline scientifique, mais un domaine d’investigation, un objet
d’étude, un champ de recherche. Dès lors, la définition de

18

l’environnement peut être donnée à partir de quatre approches
spécifiques à savoir :
- l’approche historique ;
- l’approche analytique ;
- l’approche sociologique ;
- l’approche systémique.
I-2-1– L’APPROCHE HISTORIQUE
L’histoire de l’environnement est une sous division de l’histoire, à
laquelle s’intéresse de plus en plus de monde. Son but est d’étudier
rétrospectivement l’état de l’environnement à différentes époques et
ses interactions avec les activités humaines.
è
Avant le XIXsiècle
La prise de conscience de l’existence d’un environnement s’est
développée par vagues et de manière différente selon les époques, les
régions et les cultures humaines.
Certaines interprétations animistes ou religieuses, comme le
bouddhisme ont favorisé un certain respect de la vie, des ressources
naturelles et des paysages. Cela- dit, ce respect était motivé avant tout
par des croyances religieuses, bien plus que par un réel désir de
protection des milieux naturels.
En effet, les concepts d’environnement économique, urbain ou
civique tel que nous les définissons aujourd’hui ne semble pas avoir
été relevés par les ethnologues ni les historiens.
ème
Au XIX
è
Au XIXsiècle, et en Occident notamment, le romantisme a mis en
avant la beauté des paysages sauvages, parfois en les opposants aux
paysages et à la misère des mondes ouvrier, et industriel. En vantant
les beautés de la nature, les romantiques ont fait prendre conscience
que ce bien était précieux et devait être préservé. C’est pour cet intérêt
porté au paysage que les sociétés vont commencer à se soucier de
l’environnement.
Les Etats-Unis créent le statut de parc national, avec le Président
Abraham Lincoln le 30 Juin 1864 et la Yosemite valley devient le
premier site naturel protégé au monde. Le parc de Yellowstone

19

deviendra en 1872 le premier parc national. La France, en 1906, vote
sa première loi sur la protection du paysage. A cette époque, c’est
plutôt le paysage, et non l’écosystème qui guide les choix des élus
pour les sites à protéger comme le montre le classement des bouches
de la Seine qui sont peints par les impressionnistes, par exemple.
è
Au XXsiècle
è è
Dès la fin du XIXsiècle et pendant la majeure partie du XX , le
développement mondial a été très fort. La révolution industrielle et la
forte croissance économique ont favorisé une industrie lourde et
fortement consommatrice en ressources naturelles. Les nombreux
conflits ont fait prendre conscience de la rareté de certaines
ressources, voire localement, de leurs possibilités d’épuisement.
Les premières catastrophes industrielles et écologiques visibles
(marées noires, pollution de l’air et des cours d’eau) sensibilisent
l’opinion publique et certains décideurs à la protection des
écosystèmes.
Plus tard, dans les années 70, les premier et second chocs pétroliers
font prendre conscience de l’importance stratégique de la bonne
gestion des ressources et des conséquences de la hausse de la
consommation matérielle.
La perception de l’environnement a également fortement progressé
avec une meilleure diffusion des connaissances scientifiques et une
compréhension des phénomènes naturels. La découverte et
l’exploration de nouveaux milieux (Arctique, Antarctique, monde
sous-marin) ont mis en évidence la fragilité de certains écosystèmes et
la manière dont les activités humaines les affectent. Ils ont été
vulgarisés par de nombreux auteurs dont Paul-Emile Victor et le
1
commandant Cousteau .

Dans le même temps, la connaissance rétrospective de l’histoire de
la planète et des espèces progressait avec la paléoécologie, et la mise à
jour de preuves scientifiques de catastrophes écologiques majeures qui
ont fait disparaître successivement des espèces durant des millions


1
PaulEmile Victor et le commandant Cousteau, ont été les grands vulgarisateurs
des problèmes environnementaux.

20

d’années. Ces sciences du passé ont montré les liens forts qui lient la
pérennité des espèces à leur environnement et au climat.
De nombreux outils scientifiques et techniques ont également
contribué à une meilleure connaissance de l’environnement et donc à
sa perception: (observation, analyse, synthèse, photographies
aériennes puis satellitaires, modélisation, prospectives…)
è
Vers la fin du XXsiècle, la prise de conscience de la nécessité de
protéger l’environnement devient mondiale, avec la première
conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm en
Juin 1972. En juin 1992 lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro,
l’environnement est défini comme une bien commun et un bien
public. Depuis les années 1990, les mentalités évoluent très
rapidement pour se rapprocher de la perception que nous avons
aujourd’hui de l’environnement.
Cependant, la prise en compte de l’environnement dans les
décisions et les pratiques environnementales diffèrent énormément
d’un pays à l’autre. Dans les pays en voie de développement où les
préoccupations de la population sont très différentes de celles des pays
développés, la protection de l’environnement occupe une place
marginale dans la société.
En fonction des priorités que lui accorde chaque époque, le concept
environnement s’est progressivement enrichi. La première idée était la
conservation de la nature, c’est-à-dire sauvegarder des milieux
naturels choisis, en préserver la faune et la flore pour des motifs moins
socio-économiques que d’autres qui peuvent être: éthiques,
scientifiques, esthétiques. Pour cela, trois objectifs étaient poursuivis.
D’abord, maintenir les processus écologiques essentiels et les
systèmes qui préservent la vie.
Ensuite, préserver la diversité génétique pour permettre des
programmes de sélection nécessaire à l’amélioration des plantes, des
animaux et des micro-organismes.
Enfin, veiller à l’utilisation durable des espèces et des écosystèmes
notamment la faune et la flore.

Le conservatisme aujourd’hui est à la fois scientifique et populaire.
Mais, on parlera davantage de protection que de conservation.

21

La polarisation sur les effets négatifs du développement, la prise de
conscience d’abord dans le monde occidental des contraintes et des
limites dont il convient de tenir compte pour conjurer et éviter les
dangers inhérents au développement industriel, à l’organisation
subséquente de l’accroissement exponentiel de la population mondiale
ont permis d’établir des théories qui permettent d’envisager une
consommation rationnelle des produits de l’environnement.

Le deuxième élément de prise de conscience est le phénomène de
pollution où chaque citoyen surtout dans les pays industrialisés est
quotidiennement confronté aux dégâts causés par la machine (la
technologie) sur l’environnement. Le combat ici, c’est
l’environnement et la qualité de vie.
Jusqu’ici dans l’entendement commun, l’environnement concernait
des réalités matérielles et mesurables. Mais, le sens du mot a connu
une troisième étape dans son évolution, orienté davantage vers une
perspective psychosociale et culturelle. C’est la constance des
nuisances qui a contribué à mettre l’environnement à la mode et à
instaurer le débat politique dans l’opinion.
I-2-2- L’APPROCHE ANALYTIQUE DE
L’ENVIRONNEMENT
Il est mal aisé de définir l’environnement pour trois raisons:
premièrement parce que ce mot recouvre de manière cumulative des
problématiques variées; deuxièmement il fait l’objet d’un mode
sémantique qui généralise son usage de manière abusive;
troisièmement les scientifiques ne s’accordent pas sur un sens
déterminé.
Pour palier l’insuffisance des définitions globales, nous prendrons
la définition de LAMAIRE qui dit que l’environnement serait
l’ensemble, à un moment donné, des agents physiques, chimiques et
biologiques et des facteurs sociaux susceptibles d’avoir un effet direct
ou indirect immédiat ou à long terme sur les organismes vivants et les
activités humaines. Cette définition fait référence à un ensemble de
facteurs naturels et sociaux mais, elle n’évoque ni leur structuration, ni
leur détermination temporelle, ni leur interaction. L’environnement est
compris de manière statique.

22

A partir de cette définition, les approches scientifiques de la
littérature révèlent presque toujours un caractère partiel de
l’environnement. L’approche analytique nous conduit à relever dans la
présentation de l’environnement des dichotomies. Nous en avons trois
:
- naturel – humain ;
- objectif – subjectif ;
- agissant – agi.
D’après la première dichotomie homme-nature, l’accord n’est pas
réalisé sur la nature de la réalité environnementale surtout entre
écologistes ou les tenants des sciences naturelles. L’environnement ne
se rapporte qu’à l’écosystème naturel. Il englobe les aspects
physicochimiques, c’est-à-dire l’eau, l’air, le sol et les aspects biologiques
(faune, flore).
D’autres scientifiques, comme les sociologues mettent l’accent sur
les groupes sociaux, les rapports de productions bref les modalités
sociales des rapports qu’entretiennent les collectivités humaines avec
la nature, en fonction d’un certain nombre d’organisations, de
productions, de distributions et de consommations.

L’homme comme personne ou comme collectivité dans un milieu
ambiant est à la fois naturel et humanisé selon les dominantes
variables. (L’homme doit être pris lors de l’évaluation comme l’eau, le
sol, l’air parce qu’il est un élément important dans l’étude et dans
l’impact du projet parce que lors d’une mise en œuvre d’un projet il
peut avoir un brassage important de population).

Selon la deuxième dichotomie objectif–subjectif, l’environnement
est considéré comme une réalité objective matérielle, réalisable et
extérieure aux individus et dans laquelle ceux-ci viennent habiter. Par
contre, il arrive que l’accent soit mis sur la réalisation subjective de
l’environnement qui n’existerait qu’en fonction de ce que l’individu
ressent ou perçoit. Il s’apparente à l’espace vie.

Dans la troisième dichotomie agissant-agi, la prise en considération
de la conscience qu’a l’individu de son propre environnement nous
amène à faire le constat ci –après: l’individu agit sur son milieu
chaque jour. Est-ce que ce milieu est fait pour recevoir des réalisations

23

de l’individu ou bien c’est ce milieu qui conditionne le comportement
de l’individu. L’environnement agi par l’homme devient une sorte de
reflet de celui-ci. On peut aussi avoir une définition de
l’environnement de par le résultat de l’action de l’homme sur le
milieu.
L’environnement peut être compris comme un caractère actif
agissant sur l’homme conditionnant ses activités par les stimulés qu’il
émet.
I-2-3- L’APPROCHE SOCIOLOGIQUE
L’approche sociologique s’intéresse l’attitude des groupes sociaux
vis-à-vis des options idéologiques qui sous-tendent des pratiques
sociopolitiques développées à propos de l’environnement. Deux
critères seront proposés pour l’analyse. A savoir l’adhésion à des
structures économiques et la qualité de la vie.
L’approche sociologique à partir de ces deux critères d’analyse
peut se développer selon quatre tendances.
- La première est celle des continuateurs et des pragmatiques : il
s’agit ici de faire confiance aux progrès scientifiques et techniques et
qui feront passer le monde de l’ère industrielle à l’ère
postindustrielle, d’une civilisation de quantité à une civilisation de qualité,
ceci est dans la ligne du développement normal de l’industrialisation
vers une société d’abondance.
- : devant laLa deuxième tendance est celle des écologistes
rareté, les nuisances, les encombrements, les illégalités et impasses de
civilisations industrielles, deux attitudes qualifiées d’écologistes se
rencontrent :
D’abord une attitude pessimiste de retour à la nature à un état
antérieur, laquelle attitude s’apparente à un modèle rural traditionnel.
Ensuite une attitude de la remise en question du système
économique actuel et du type d’organisation sociale qui le sous-tend.
- La troisième tendance est celle des planificateurs
:
Plusieurs attitudes se retrouvent ici. Elles sont surtout le fait des
économistes.

24

D’abord, l’attitude des néoclassiques qui pensent pouvoir intégrer
les coûts sociaux de pollution dans la comptabilité économique et en
terme d’évaluation monétaire.

Ensuite, l’attitude des partisans de la croissance zéro qui mettent en
cause la croissance démographique surtout dans les pays en voie de
développement. Ils souhaitent l’arrêt du développement dans ces pays
et envisagent un autre mode de développement dans les pays
industrialisés.
L’attitude des tenants de l’économie de développement qui
cherchent à concilier environnement et développement dans une
planification à long terme. Celle-ci postule la gestion des ressources
naturelles en réduisant la pression sur les ressources non
renouvelables et en exploitant de nouvelles possibilités énergétiques.
- La quatrième tendance est celle des révolutionnaires qui
comporte le courant marxiste et le courant négativiste :
Le courant marxiste dans la crise de l’environnement voit le déclin
du système capitaliste et l’occasion de le supplanter. Il faut supprimer
tout ce qui se réfère au capital privé par l’appropriation collective des
moyens de production et de ressources naturelles.
Le courant négativiste quant à lui procède par une critique radicale
du modèle de développement industriel capitaliste et en arrive à
condamner la science en tant qu’instrument d’exploitation de la nature
et en tant qu’instrument d’exploitation de la technocratie au service
des dominants.
I-2-4- L’APPROCHE SYSTEMIQUE DE
L’ENVIRONNEMENT
Des approches qui précèdent, nous pouvons déduire trois choses.
D’abord : l’environnement se situe à l’interface des aspects naturels
et des aspects humains.
Ensuite :l’environnement est toujours un environnement humain
où la nature est médiatisée par la culture.
Enfin :l’environnement est une dimension essentielle du
développement véritable basé sur la recherche de la meilleure qualité
de vie.

25

A partir de ces observations, on peut dire que l’environnement est
un système dynamique défini par les interactions physiques,
biologiques et culturelles perçues ou non entre l’homme, les autres
êtres vivants et tous les éléments du milieu qu’ils soient naturels,
transformés ou créés par l’homme. Cette définition appelle les
commentaires suivants :

Premièrement l’environnement n’est pas seulement le milieu pollué
ou dégradé, le cadre spatial des aménagistes du territoire,
l’écosystème défini par les écologistes; mais l’environnement est
surtout une réalité complexe globale parce que multiforme.

Deuxièmement c’est un enchevêtrement des relations dynamiques
entre l’homme et la nature, un mode d’investigations de cette réalité,
un puissant révélateur des problèmes de société et de civilisation, un
lieu pour une stratégie d’actions en vue d’améliorer la qualité de la
vie.

Troisièmement, l’approche de l’environnement se fera par
l’identification des problèmes qui lui sont propres. Il s’agit pour cela
de voir les éléments caractéristiques de l’environnement, de ressortir
les déséquilibres ou les perturbations de ces éléments. Cette approche
se fera aussi par la détermination des relations entre l’environnement
et le développement. L’économiste se propose ici de s’attaquer aux
méthodes d’évaluation des dégâts causés à l’environnement, de
l’internalisation des externalités négatives créées par des projets à
caractère environnemental.
Bref, à l’analyse des impacts environnementaux et à l’intégration
de l’environnement dans la prise de décision, tout ceci en vue
d’intégrer l’environnement dans la comptabilité écologique.
II- L’EXTENSION DU CONCEPT D’ENVIRONNEMENT
La science a connu un développement considérable au cours du
dernier siècle. Les connaissances scientifiques ont beaucoup
progressé, en particulier dans le domaine de l’environnement.
Certaines disciplines spécialement dédiées à l’environnement, qui
n’existaient pas jusque là sont apparues récemment, comme
l’écologie.

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