Stratégies pour la gestion de l'environnement

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STRATÉGIES POUR LA GESTION DE L'ENVIRONNEMENT COLLECTION ENVIRONNEMENT L'écologie et la loi, Le statut juridique de l'environnement. Sous la direction de A. Kiss, 1989. Le marché des ordures, Économie et gestion des déchets ménagers, par G. Bertolini, 1990. Pas de visa pour les déchets : vers une solidarité Afrique/Europe en matière d'environnement, collectif, 1990. La pratique des pêches — Comment gérer une ressource renouvelable, J. -P. Reveret, 1991. Les industriels et les risques pour l'environnement, Denis Duclos, 1991. DOSSIERS ENVIRONNEMENT Produire et préserver l'environnement, Quelles réglementations pour l'agriculture européenne ? sous la direction de M. Bodiguel, 1990. L'envers des sociétés industrielles, Approche comparative franco-brésilienne par A. Thebaud-Mony, 1991. Ouvrir une collection « Environnement » en sciences sociales est un défi dans la mesure où chacun met sous ce vocable un contenu différent. Il existe pourtant un droit de l'environnement et des programmes de recherches qui s'adressent à des économistes, des sociologues, des politistes, des historiens, des ethnologues. Ce champ de réflexion traverse en fait l'ensemble des disciplines de sciences sociales et fédère des objectifs plutôt qu'il ne fonde un nouvel objet. Cette situation engendre une grande dispersion des travaux et freine leur diffusion.

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Date de parution 01 janvier 1992
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EAN13 9782296260719
Langue Français

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STRATÉGIES POUR LA
GESTION DE L'ENVIRONNEMENT COLLECTION ENVIRONNEMENT
L'écologie et la loi, Le statut juridique de l'environnement. Sous la
direction de A. Kiss, 1989.
Le marché des ordures, Économie et gestion des déchets ménagers, par
G. Bertolini, 1990.
Pas de visa pour les déchets : vers une solidarité Afrique/Europe en matière
d'environnement, collectif, 1990.
La pratique des pêches — Comment gérer une ressource renouvelable,
J. -P. Reveret, 1991.
Les industriels et les risques pour l'environnement, Denis Duclos, 1991.
DOSSIERS ENVIRONNEMENT
Produire et préserver l'environnement, Quelles réglementations pour
l'agriculture européenne ? sous la direction de M. Bodiguel, 1990.
L'envers des sociétés industrielles, Approche comparative franco-brésilienne
par A. Thebaud-Mony, 1991.
Ouvrir une collection « Environnement » en sciences sociales est un
défi dans la mesure où chacun met sous ce vocable un contenu
différent. Il existe pourtant un droit de l'environnement et des
programmes de recherches qui s'adressent à des économistes, des sociologues,
des politistes, des historiens, des ethnologues.
Ce champ de réflexion traverse en fait l'ensemble des disciplines
de sciences sociales et fédère des objectifs plutôt qu'il ne fonde un
nouvel objet. Cette situation engendre une grande dispersion des
travaux et freine leur diffusion.
Cette collection voudrait y pallier par la publication d'une part de
dossiers présentant des recherches approfondies, d'autre part
d'ouvrages de portée plus générale destinés à un plus large public.
Maryvonne BOGIDUEL
© L'HARMATTAN, 1992
ISBN = 2-7384-1232-7 Laurent MERMET
STRATÉGIES
POUR LA GESTION
DE L'ENVIRONNEMENT
La nature comme jeu de société ?
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 PARIS A la mémoire de Patrice Bertier REMERCIEMENTS
C'est en 1980, avec Patrice Bertier et sous son impulsion, que j'ai
commencé à chercher comment articuler des perspectives
hétérogènes sur l'environnement. Qu'il soit remercié de m'avoir mis sur la
piste, et insufflé un élan qui ne s'est pas démenti.
En 1982, Claude Henry a accepté de soutenir cette démarche
aventureuse et de la diriger comme thèse. Tout en m'indiquant « jusqu'où
ne pas aller trop loin », il m'a laissé persévérer dans l'erreur le temps
qu'il fallait pour en extraire — du moins je l'espère — quelques
bribes de compréhension nouvelle.
Au long du parcours, ma réflexion s'est appuyée sur de
multiples études, portant soit sur des cas, soit sur des problèmes de
méthode. Ces études, conduites surtout dans le cadre du bureau
d'études SCORE, ont été le plus souvent menées en équipe. A cet égard,
j'ai une dette toute particulière envers Gilles Barouch et Jean-Marc
Natali : notre collaboration collégiale et prolongée a été une
véritable source d'enrichissement intellectuel (et aussi personnel).
Par leur soutien sans faille, leurs idées et leurs objections, Henry
011agnon et Jacques Theys ont joué un rôle important dans
l'ensemble des travaux qui ont mené à ce livre.
Ces collaborations privilégiées se sont inscrites dans un réseau plus
large de chercheurs, de consultants et de fonctionnaires, unis par des
échanges réguliers et attachés à faire progresser notre compréhension
à tous. Je voudrais remercier en particulier Alain Grandjean, Jean
de Montgolfier, Anne Vourc'h.
Puis a commencé la rédaction. Ma reconnaissance va à ceux qui,
comme Michel Mustin, Pierre Pernès, Steve Underwood, m'ont
soutenu et m'ont aidé à préciser mes idées et à en améliorer la
formulation. Gilles Barouch et Michel Mustin m'ont rendu grand service
en prenant la peine de relire soigneusement le manuscrit à des « stades
ingrats ».
La pénultième version du texte a constitué ma thèse. Par le soin
qu'ils ont pris à la lire et à la critiquer à partir de leurs perspectives
diverses, les membres de mon jury ont contribué à la mise au point
du présent ouvrage. Ma gratitude va donc à L. Chabason, J.C.
Lefeuvre, H. Décamps, G. de Pouvourville. Alors que je croyais
naïvement avoir abouti, Bernard Roy, président du jury, m'a poussé et
aidé à une amélioration décisive de l'ensemble. De Claude Henry,
j'ai déjà dit le rôle essentiel. Tout cela s'est étalé sur une longue période, et a été rendu
possible par le soutien financier de plusieurs organismes, et en
particulier le Groupe de Prospective du Ministère de l'Environnement, le
Bureau RCB (devenu BEP) du Ministère de L'Agriculture, le
Laboratoire d'Économétrie de l'École Polytechnique, le CESTA, l'ESSEC.
Un séjour prolongé à l'IIASA, financé par la Carnegie Corporation,
a été déterminant pour l'écriture de ce livre.
8 INTRODUCTION
Des sociétés humaines de plus en plus nombreuses, de plus en
plus actives, dans le jardin inextensible de la biosphère : voilà, s'il
fallait la saisir en une phrase, la relation actuelle entre Société et
Nature. Dans cette situation, la capacité de la nature à conserver
ses caractéristiques désirables (voire nécessaires) aux hommes devient
un objet de soucis, et c'est l'émergence des problèmes
d'environnement. Ceux-ci se posent sous des formes multiples — protection de
certains sites, de certaines espèces, problèmes de pollution,
conservation des ressources naturelles renouvelables... — et à des échelles
qui vont de quelques ares à la planète entière.
Ils constituent un défi pour les sciences de la nature : il a fallu
des années, par exemple, pour comprendre les effets néfastes du
DDT, pour mettre à jour l'origine et les effets des « pluies acides ».
Chaque année apparaissent de nouveaux problèmes à élucider, comme
c'est le cas aujourd'hui pour les risques de changement climatique
ou les effets de certains micro-polluants. Des efforts de recherche
importants sont nécessaires pour trouver des remèdes ou des
alternatives techniques.
Mais c'est aussi notre volonté d'agir qui est mise à l'épreuve. Des
acteurs plus ou moins spécialisés, que j'appellerai ici acteurs
d'environnement, se mobilisent pour les résoudre. Associations de
protection de la nature, organisations internationales (gouvernementales ou
non), ministères de l'Environnement et leurs services..., ils sont très
divers, aussi bien par le type de problèmes qui les occupe, que par
leur forme institutionnelle.
Leur expérience montre que, bien souvent, ni le fait de
connaître les causes d'un problème et les remèdes possibles, ni la volonté
d'agir, ne suffisent à préserver l'environnement. Sur leur chemin
s'accumulent en effet des obstacles de toute nature : résistances et
combinaisons de multiples intérêts, difficulté d'introduire certaines
préoccupations d'environnement dans les esprits, les règlements, les
organisations. L'action en faveur de l'environnement comporte donc
une forte part de stratégie. C'est à une réflexion sur celle-ci qu'est
consacré ce livre.
Bien sûr, il existe de nombreux ouvrages, depuis les travaux de
recherche jusqu'aux manuels pratiques, sur les différents domaines
où l'acteur d'environnement se trouve face à ses interlocuteurs, par
exemple le droit, l'économie ou la sociologie. Mais dans la pratique les fils conducteurs soigneusement isolés des diverses sciences
sociales et humaines se confondent en un écheveau complexe. Bien sûr,
il pourrait suffire de dire au praticien : « Dès que vous aurez dénoué
l'écheveau de votre problème, nous serons très heureux, chacun dans
son domaine, d'en étudier le brin qui lui revient. »
ce Ce n'est pas le choix que j'ai fait ici : qui m'intéresse avant
tout, c'est d'aider le praticien à se retrouver dans la complexité des
aspects stratégiques des problèmes d'environnement — à dénouer
l'écheveau. Ce travail me paraît un préalable à toute application
pratique adéquate des connaissances plus spécialisées des diverses
disciplines qui s'intéressent à l'environnement. De plus, dans la
diffraction en longueurs d'ondes disciplinaires que l'on fait subir aux
problèmes pratiques pour les rendre « recherchables » ou «
enseignables », il me semble que l'on perd beaucoup dans la compréhension
de la pratique même, qui se situe en deçà ou au-delà de
l'éclatement du réel en formalisations disciplinaires.
Dans le domaine des organisations, une partie de la recherche
et de l'enseignement de la gestion repose sur l'idée qu'au-delà de
l'économie, du droit, de la comptabilité, gérer demande une
capacité d'intégration de ces connaissances dans un savoir-faire et une
méthode spécifiques. Je propose ici, dans un esprit similaire, une
approche à la fois théorique et pratique de la gestion de
l'environnement.
Se pose alors d'emblée une difficulté centrale de toute réflexion
sur la stratégie ou la gestion. On voit bien de quelle manière,
s'agissant d'un cas déterminé, il est possible d'analyser l'imbrication des
aspects économiques, juridiques, sociologiques, voire psychologiques,
et comment cette observation peut contribuer à déterminer une ligne
d'action. Mais, au-delà du cas particulier, comment généraliser une
telle réflexion ?
Un certain nombre de formules peuvent être utilisées pour ce
faire :
— l'exposé détaillé d'un cas particulièrement représentatif, à partir
duquel reprendre des leçons d'une valeur plus générale,
— la combinaison de recommandations issues de l'expérience et
de récits anecdotiques ou symboliques destinés à les illustrer et à
frapper l'imagination,
— la réunion d'un certain nombre d'études de cas, et la
juxtaposition des perspectives de plusieurs disciplines,
— la synthèse académique effectuée à partir d'écrits portant sur
la matière traitée.
J'ai emprunté un peu à l'une et à l'autre de ces méthodes, mais
la démarche que j'ai adoptée est un peu différente. Je suis parti de
nombreuses études de cas, tirées de mon expérience et de celle
d'autres auteurs. J'ai cherché à dégager, petit à petit, des figures
communes qui sous-tendent les problèmes d'environnement au-delà
de la diversité de leurs objets et de leurs contextes. A partir de là,
j'ai tenté d'identifier un point de vue central qui permette d'embrasser
10 et d'articuler entre eux, aussi bien que possible, les aspects
stratégiques des problèmes d'environnement. De ce point central, on peut,
je l'espère, retrouver sous un nouvel éclairage les aspects multiples
de la gestion de l'environnement.
Cette démarche plonge ses racines à la fois dans la pratique et
dans la théorie, et je m'adresse ici en même temps :
— au praticien de la gestion de l'environnement, pour lui
proposer une réflexion sur sa pratique et des outils d'analyse qu'il puisse
y utiliser,
— aux chercheurs, ou aux praticiens d'autres domaines, pour leur
proposer un cadre de réflexion sur la gestion de l'environnement.
Il peut paraître surprenant de mélanger ainsi les niveaux de
réflexion. En effet, l'habitude est de les envisager de façon «
hiérarchisée », et de les séparer autant qu'il est possible. Il me semble
au contraire que la percolation des niveaux de réflexion est une
caractéristique de l'univers pratique des acteurs confrontés à des
difficultés stratégiques.
Imaginons un moment les conversations qui ont cours dans une
équipe qui se prépare à une réunion où elle devra défendre son
dossier de protection de la nature dans des conditions difficiles. La
discussion va rouler, bien entendu, sur les détails pratiques de l'action,
et sur la compréhension fine de ce qui arrive, au jour le jour : «
Pourquoi le maire de telle commune a-t-il tenu tel discours qui nous a
surpris hier ? », « Qu'allons-nous proposer demain à la réunion du
conseil de notre institution ? » Mais que l'inspiration pratique
manque à venir, que l'on ne tombe pas d'accord, ou que les mesures
prises échouent, et l'on changera tout aussitôt de niveau. Tel membre
proposera une méthode de travail, ou une grille d'analyse des
problèmes, issue de son imagination ou de ses lectures. Tel autre
constatera que les difficultés à se mettre d'accord sur les mesures pratiques
ne proviennent pas seulement de la difficulté des problèmes à
résoudre, mais aussi de différences profondes entre les conceptions de
l'environnement, et du sens de leur action qu'ont les différents membres
de l'équipe. Ces conceptions, ces philosophies sont alors discutées en
détail, et longuement, et ce jusque dans des réunions qui n'ont que
des objectifs opérationnels. Dans une équipe qui travaille
régulièrement ensemble, ces échanges débouchent inévitablement sur des
discussions encore plus « théoriques », ou orientées vers la philosophie
privée des personnes. Tous ces niveaux de réflexion sont en fait
étroitement mêlés et interdépendants dans la préparation réfléchie de
l'action.
De tels allers-retours entre une réflexion très générale et un ancrage
dans la situation pratique de l'acteur me paraissent devoir être au
coeur de recherches sur l'action, utilisables dans l'action. Là où la
pratique est vraiment difficile (et pas seulement pour le maladroit
ou le novice), là où la théorie pose vraiment problème (et pas
seulement pour le débutant), on constate que c'est en abordant les
problèmes les plus concrets avec les questions les plus abstraites en tête
11 — et réciproquement — que l'on avance, aussi bien dans la
pratique que dans la théorie.
Dans quels termes présenter les fruits d'une telle réflexion ? Si
j'avais choisi d'appliquer à l'objet « environnement » une méthode
qui lui soit extérieure, celle-ci m'aurait fourni le vocabulaire
nécessaire pour décrire ce que son éclairage m'aurait révélé. Mais le choix
de rechercher dans la pratique de l'environnement elle-même la
logique autour de laquelle analyser et décrire les problèmes posés me
prive de cette commodité. Pour autant, le vocabulaire propre au
domaine de l'environnement ne me fournira pas « les mots pour le
dire ». En effet, les mots-mêmes qu'utilisent les acteurs
d'environnement reflètent la compréhension collective, explicite ou implicite,
qu'ils ont de leur domaine. Or celle-ci met insuffisamment de poids
et de détail sur certains aspects stratégiques fondamentaux. Elle charge
aussi nombre de termes de connotations qui en restreignent par trop
le sens, et rendent difficile d'aller au-delà de la compréhension
habituelle, trop étroite, des problèmes.
J'ai donc été amené à rechercher de façon opportuniste les
termes qui me permettraient de tenir un discours renouvelé sur la
pratique de l'environnement. Certains sont nouveaux et dérivent
directement du travail lui-même ; c'est le cas, par exemple, du bipôle
gestion effective — gestion intentionnelle, ou des régimes de jouissance,
de pilotage, ou d'intégration. D'autres proviennent des réflexions,
partagées avec d'autres chercheurs, en amont du présent travail ; les
concepts de gestion par filière, les critères de gestion patrimoniale
(richesse, solidité, souplesse, cohérence), sont dans ce cas.
J'ai emprunté aussi des termes et des concepts venus de diverses
disciplines. J'utilise, par exemple, les termes de « système »,
d'« acteur », de « logique d'action », empruntés à la sociologie des
organisations, ou ceux d'« écosystème », d'« équilibre », de
« milieu », empruntés à l'écologie. Les lecteurs familiarisés avec telle
ou telle de ces disciplines seront sans doute surpris, peut-être
choqués, de retrouver ces mots en-dehors du cadre habituel de leur
utilisation, et décalés, en quelque sorte, par rapport au sens précis qu'ils
y reçoivent. J'espère cependant que la greffe prendra. Si mon voeu
se réalise, ces termes empruntés pourront à la fois :
— jouer leur rôle propre dans la synthèse proposée ici,
— servir dans une certaine mesure de passages, d'articulation,
entre ce système de pensée dessiné sur mesure pour éclairer la
pratique de l'environnement, et des disciplines scientifiques moins
spécifiques, qui peuvent le compléter et l'enrichir sur de nombreux points.
Il n'est pas facile non plus de présenter dans le plan linéaire d'un
livre une démarche synthétique qui, comme la vue depuis un
belvédère, s'étend dans plusieurs directions sans solution de continuité.
Je ne pouvais pourtant pas, comme le fait Schopenhauer en
introduction d'un de ses ouvrages, recommander au lecteur de lire l'ensem-
12 ble deux fois pour en avoir une compréhension globale ! Le livre
se présente donc comme une suite de points de vue :
— qui visent à donner une image d'ensemble,
— qui vont d'analyses très générales à des outils de diagnostic
pour aborder des situations particulières,
— dont chacun possède une valeur opératoire,
— qui suivent autant une sorte d'itinéraire de découverte qu'une
logique linéaire d'exposé.
Pour atteindre ces buts, il fallait cependant choisir un fil
conducteur qui traverse et raccorde les différents points de vue
proposés. Ce fil conducteur, c'est l'utilisation délibérée et systématique des
métaphores issues du monde des jeux. Il s'agit, soit de concepts
propres à l'univers du jeu (enjeu, règles du jeu, etc.) et appliqués à la
pratique de l'environnement, soit de comparaisons plus complètes avec
tel ou tel jeu, soit d'une tentative pour voir tout un problème avec
le même regard que s'il s'agissait d'un jeu. Il ne s'agit pas, bien
sûr, de comparer la gestion de l'environnement avec un jeu de société
donné — ce qui reviendrait à essayer d'enfermer la problématique
ouverte et complexe de l'environnement dans un modèle fermé —
mais d'explorer des analogies entre la gestion de l'environnement et
les jeux de société. On verra donc se succéder des conceptions diverses
(par exemple, plusieurs manières différentes de parler de la même
situation en termes de jeu) et des types de jeux très différents (jeux
d'aventure, d'adresse, de stratégie...). Peut-être le lecteur
trouverat-il ici matière à réfléchir, non seulement sur l'environnement, mais
aussi sur les jeux et la raison stratégique.
Finalement, le fil conducteur de toute la réflexion peut se
résumer dans la question suivante : « Si l'on considère la gestion de
l'environnement comme un jeu de société, comment fonctionne
celuici, que faut-il en apprendre pour devenir un bon joueur, ou un
observateur sagace ? »
L'ouvrage est organisé en trois parties.
La première est construite autour d'une réflexion sur la gestion
de l'environnement. Est-elle possible ? Si oui, quel en est le ressort
stratégique ?
La seconde tente d'ordonner la diversité des problèmes
d'environnement, et propose des méthodes de diagnostic pour l'analyse des
situations particulières.
La troisième est consacrée à l'analyse des grandes stratégies
possibles pour agir en faveur de l'environnement.
13 PREMIÈRE PARTIE
DANS QUELLE MESURE
POUVONS-NOUS GÉRER
L'ENVIRONNEMENT ? INTRODUCTION
Pour qui est sensible à la dégradation de l'environnement,
l'observation des conséquences des actions humaines sur les systèmes
naturels laisse une impression de gâchis. Ce qui lui apparaît d'abord, c'est
un ensemble de destructions, de dégradations. Il tend à interpréter
celles-ci comme autant de marques d'ignorance, d'incapacité ou
d'impéritie, voire de cynisme. Bref, c'est la non-gestion de
l'environnement qui nous frappe d'abord. L'image d'une évolution
catastrophique que nous sommes incapables d'enrayer est très présente
dans le domaine de l'environnement.
Et pourtant, une autre vision des choses est, elle aussi, très
répandue. Une foi tenace dans les pouvoirs de la Raison semble nous tenir
devant les yeux l'image d'un Homme qui gère sa planète, comme
un jardinier son jardin. Si l'on accepte cette idée d'une raison et
d'une volonté partagées, unanimes, la question est alors de savoir
quel jardin nous voulons, et lequel nous pouvons vraiment obtenir.
Ces deux points de vue, et la tension qui existe entre eux, me
paraissent des pôles structurants du champ de la gestion de
l'environnement. Mais pour les aborder comme tels, il faut d'abord les
dépouiller du supplément de foi qui permet à chacun d'eux de
prétendre s'imposer comme si l'autre n'existait pas.
Pour le premier, c'est le catastrophisme, l'émotion et les
accusations qu'il entraîne, dont il faut autant que possible nous
affranchir. Plutôt que de dénoncer des coupables, prenons une position
d'observateurs extérieurs, et réfléchissons froidement à la façon dont
nos systèmes de décision peuvent aboutir à une gestion de
l'environnement que nous jugeons négative.
Le premier chapitre adoptera ce point de vue large, qui
considère comme gestion toutes les actions humaines qui affectent
l'environnement. Il analyse en détail un exemple où l'on voit émerger,
à partir de systèmes de décision apparemment rationnels ce qui nous
apparaît comme une forte dégradation de l'environnement. On y voit
aussi comment les tentatives pour imposer une gestion plus positive
échouent face à la « logique du système ». Cet exemple nous
servira de référence pour de multiples réflexions dans la suite de
l'ouvrage.
Ensuite, c'est le point de vue du jardinier qu'il faut relativiser.
Qui est le jardinier ? De quel pouvoir de décision dispose-t-il
vraiment ? S'il y a plusieurs jardiniers dans un seul jardin, comment
peuvent-ils s'organiser ? Dans le second chapitre le lecteur sera invité à abandonner le point
de vue de l'observateur, et à partager celui des acteurs qui luttent
pour la préservation de l'environnement. Pour eux, seuls les efforts
délibérés pour améliorer l'état des systèmes naturels peut prétendre
au titre de gestion de l'environnement. En réfléchissant avec eux,
le lecteui pourra se faire une idée de l'itinéraire d'apprentissage qui,
de la situation initiale d'aventure face à des résistances mal
comprises, peut les mener peu à peu à comprendre l'action pour
l'environnement en termes stratégiques.
Non-gestion d'une nature qui subit les effets pervers de nos
systèmes de décision, maîtrise délibérée et spécifique des systèmes
naturels ? Après avoir ainsi approfondi ces deux points de vue
complémentaires, j'essayerai de montrer dans le troisième chapitre comment
la gestion de l'environnement et la compréhension que nous
pouvons en avoir s'organise en fait dans la tension entre les deux. C'est
là le ressort commun qui rapproche les problèmes de gestion de
l'environnement, malgré leur extrême diversité. Gestion indirecte, gestion
effective, gestion intentionnelle.., je proposerai quelques notions de
base pour l'analyser ; elles serviront ensuite tout au long du livre.
18 CHAPITRE I
LE JEU AVEC LE FEU - OU LES LIMITES
DE NOTRE MAÎTRISE
DE L'ENVIRONNEMENT
Pouvons-nous prétendre gérer l'environnement alors que se
multiplient les exemples flagrants de dégradation des systèmes naturels ?
Pour aborder cette question, ce chapitre propose l'analyse d'un cas :
celui des feux de forêt en Corse. Il illustre la complexité du
problème et ses multiples aspects, qu'il rassemble de manière
exceptionnelle dans une situation claire et frappante (1).
Dans la présentation du cas, j'ai cherché à restituer la
progression, tâtonnante et en temps réel, au terme de laquelle on finit par
comprendre les tenants et aboutissants d'un problème complexe,
quand on y est impliqué. Je laisse surtout au lecteur le soin de
rechercher les analogies éventuelles avec les problèmes qu'il connaît ! Mais
j'ai tout de même souligné les différents points de méthodologie qui
seront discutés dans la suite. L'histoire est relativement stylisée. Il
faut la lire comme un récit pour illustrer une méthode de réflexion,
et non pas y rechercher une monographie précise sur le cas.
Le feu comme système de gestion effective
Même si elle est racontée surtout au présent, notre histoire se situe
déjà dans le passé : les années soixante-dix. La scène se situe en
Corse, plus précisément dans cinq communes du centre de la Corse,
groupées dans le canton de Venacco. C'est un paysage de collines
et de montagnes, couvertes de végétation méditerranéenne : forêt,
maquis, pelouses sèches. Une végétation qui reçoit cependant
davantage de pluie que dans d'autres régions analogues autour de la
Méditerranée.
Le canton de Venacco couvre à peu près 90 kilomètres carrés,
sa population permanente est d'environ 1 200 personnes. Cette
densité de 13 habitants par kilomètre carré reflète bien le fait que cette
zone est, au regard des critères français, au dernier stade du
dépeuplement rural.
La Corse centrale n'attirerait guère l'attention des autorités et du
pays si ce n'était pour deux raisons : — un problème chronique d'arriération économique et
d'agitation sociale, centrée surtout autour de l'enjeu de l'autonomie de la
Corse par rapport à la métropole,
de nombreux incendies, qui détruisent de manière spectacu-—
laire le maquis, parfois la forêt, et qui à l'occasion menacent même
les villages.
Ce deuxième point constitue un problème typique de dommages
à l'environnement et de gestion d'un écosystème et de ses
ressources (le sol et la végétation).
Vue de l'extérieur, la gestion de la végétation dans le canton de
Venacco est relativement simple : elle consiste en incendies répétés.
Toute parcelle de cette zone, si l'on excepte les hautes altitudes, les
villages et les jardins, a brûlé au moins une fois en douze ans. Et
l'on connaît une parcelle qui a brûlé six fois dans la même période.
Si l'on examine de plus près ce mode de gestion, on voit qu'il est
constitué de la façon suivante :
— on met le feu à la végétation (environ 112 mises à feu en
1980),
— le feu est ensuite combattu par diverses techniques, y
compris l'utilisation d'avions anti-incendies (en 1980, 110 interventions
des pompiers),
— quelque temps après le feu, l'herbe qui a repoussé est
pâturée par des troupeaux de moutons (environ 20 troupeaux de 100 à
200 têtes chacun dans la zone),
— en dehors des incendies, certaines superficies de sous-bois et
de buissons sont défrichées, en particulier sur des couloirs
coupefeu et le long des routes. Cette activité représente au moment de
l'étude, et pour tout le canton, le travail de huit hommes équipés
d'engins portables.
Cela, c'est la gestion effective (ou de fait) de la végétation de
cette zone de Corse centrale, c'est-à-dire l'action humaine telle qu'elle
est subie par l'écosystème, et qui détermine l'évolution de celui-ci (2).
En fait, le pâturage et les coupes préventives ont sur la végétation
un effet négligeable, si on le compare à celui de la mise à feu et
de la lutte contre les incendies d'une part, et à la dynamique de la
végétation d'autre part. On peut remarquer aussi que l'allumage des
feux et leur extinction ne peuvent pas, du point de vue de leurs effets
sur le milieu, être envisagés séparément, mais qu'ils se traduisent
simplement par un certain schéma et une certaine pression de feu.
En bref, l'évolution de la ressource (la végétation) sera
déterminée par sa gestion effective : la pression de feu. A ce point du
diagnostic se posent deux séries de questions :
— Quels effets peuvent avoir des évolutions différentes de la
gestion effective sur le sol et la végétation ? C'est là un problème de
sciences naturelles.
— Qu'est-ce qui détermine ou peut affecter l'évolution de cette
gestion effective ? C'est là un problème de gestion ou de sciences
sociales.
20