Territoires écologiques

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Certains demandent à l'économie d'assumer sa responsabilité, en fournissant les moyens de la préservation durable de la nature. A l'inverse, d'autres estiment qu'il ne faut pas intégrer la biodiversité dans une économie de marché. La nature a-t-elle de la valeur, ou a-t-elle un prix ? On semble en être arrivé, aujourd'hui, à ce que l'économie fonctionne indépendamment du capital naturel des territoires. Le système de la nature et celui de l'économie humaine seraient-ils distincts ?

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Date de parution 01 juillet 2015
Nombre de visites sur la page 5
EAN13 9782336387208
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Sous la direction de
Gilles BENESTet Alan KOLATA

Territoires écologiques
Quelle écologie,
quelle économie pour un territoire ?








Territoires écologiques

























































Sous la direction de
Gilles BENESTet Alan KOLATA










Territoires écologiques

Quelle écologie,
quelle économie pour un territoire ?










































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06554-0
EAN : 9782343065540

REMERCIEMENTS

Ce colloque a bénéficié du soutien efficace de

Il a été organisé par

Avant-propos
par Gilles Benest et Alan Kolata

Un espace est un territoire lorsqu'il est occupé et/ou utilisé
par une population humaine. Il est écologique d'abord par la
Nature qui y réside, par la biodiversité qu'il héberge. Une
société utilise son territoire en exploitant les ressources
naturelles présentes, dont la biodiversité, puis en répartissant les
produits ainsi obtenus entre ses membres. Cette exploitation, et
la distribution conséquente, sont l'objet des pratiques
économiques. La relation entre écologie et économie est au
centre des études réunies dans ce volume.

Ce colloque est issu d’un partenariat privilégié entre The
University of Chicago, l’Université Paris Diderot (Espace et
Milieux) et l’Unesco: observer, analyser, comprendre un
territoire nécessite en effet une démarche pluridisciplinaire et
une posture systémique, combinant les compétences
scientifiques et empiriques, objectives et subjectives,
intelligentes et affectives aux différentes échelles de l’espace et
du temps.

Ces actes sont ceux d’un colloque (decolloqui, cum loqui,
s’entretenir avec), c’est-à-dire de la confrontation et du partage
entre écologues, anthropologues, économistes, philosophes,
historiens, juristes, aménageurs et administrateurs de territoires,
étudiants, citoyens, etc. Le temps consacré aux débats fut
identique à celui des exposés: enregistrés, ils sont retranscrits
ici.

Dans la série «Territoires écologiques» (2011:
« Responsabilitéssolidaires face à la résilience écologique» ;
2012 :« Éthiqueet développement»), ce colloque («Quelle
écologie, quelle économie pour un territoire ? ») est le troisième
réalisé en commun.

Il propose de réfléchir à la confrontation de deux systèmes
intimement liés: le système socio-économique humain, d’une
part, la Nature et la biodiversité qui la constitue, de l’autre.

Tous reconnaissent aujourd'hui le poids premier de
l'économie dans le fonctionnement de la majorité des sociétés.
Beaucoup attribuent à ces pratiques une responsabilité majeure
dans les pressions exercées sur la Nature et sa dégradation. C'est
pourquoi certains cherchent le remède dans la cause, c'est-à-dire
demandent à l'économie d'assumer sa responsabilité en
fournissant les moyens de la préservation durable de la Nature.
À l'inverse, d'autres estiment qu'il ne faut pas intégrer la
biodiversité dans une économie de marché: pour eux, c’est
franchir le Rubicon. La Nature a-t-elle de la valeur ou a-t-elle
un prix ?
On semble en être arrivé, aujourd'hui, à ce que l'économie
fonctionne indépendamment du capital naturel des territoires. Y
aurait-il deux systèmes distincts : d'un côté celui de la Nature et
de l'autre celui de l'économie humaine ?
Ces deux systèmes sont pourtant intimement liés : la totalité
des ressources que l'homme est techniquement capable d'utiliser
est fournie par la Nature, qu'elles soient organiques ou
minérales, vivantes ou inertes.
Pour l'instant, le rapport des forces semble être en faveur du
système socio-économique humain : les récentes conférences
mondiales de Copenhague et Nagoya (2010) et Rio (2012) le
rappellent clairement.
Une compatibilité entre les deux systèmes est-elle possible ?
La Nature, au-delà de la seule biodiversité, est-elle
économiquement valorisable ?
Mais, avant de rechercher les conditions de la compatibilité,
ne faut-il pas se demander si cette dernière est souhaitable ?
Que la Nature puisse avoir « de la valeur » - voilà qui est sans
doute assez consensuel. Tout au plus débattra-t-on du caractère
« intrinsèque » ou « anthropocentré » de cette valeur. Mais
doiton, peut-on pour autant considérer la Nature comme un « bien »
dont on pourrait estimer la valeur ?
Les pratiques économiques reposent sur le principe de
l'échange ; celui-ci doit être équilibré en valeur. Concernant la

8

Nature, ce principe soulève de nombreuses questions qui font
l'objet de ce colloque.
Le principe d'équilibre de l'échange implique une mesure de
la valeur des objets échangés, leur évaluation : la Nature est-elle
un objet échangeable? Sur quels critères mesurer? Jusqu’où
cette évaluation est-elle possible, fait-elle encore sens ?
L'une des caractéristiques majeures de la Nature est sa
capacité de résilience (cf. 1° colloque Territoires écologiques,
2011). Les pratiques économiques se sont-elles appuyées sur
cette aptitude naturelle ? La Nature en a-t-elle été changée ?
L'une des observations naturalistes marquante à l'échelle de
la planète est la ressemblance de certaines espèces végétales
comme animale par delà leur éloignement continental ; dès lors,
penser que les dites espèces s'équivalent les unes les autres, il
n'y a qu'un pas que certains économistes et scientifiques
essaient de franchir. Pour autant, sont-elles substituables, à
1
l'instar du concept économique de substituabilité ?

Gilles BENEST et Alan KOLATA


1
Les conférences et leurs débats sont présentés dans leur ordre chronologique
du colloque
9

Territoires écologiques et territoires d’émergence de
maladies infectieuses : des interactions complexes
avec les pratiques économiques

Par Jean-François GUÉGAN
Directeur de recherche de classe exceptionnelle,
UMR Maladies Infectieuses et Vecteurs : Ecologie, Génétique,
Evolution et Contrôle
IRD - CNRS - Universités de Montpellier I et II, Centre IRD de
Montpellier

Introduction

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (2008), les
maladies infectieuses représentaient 29,7%, soit près d’un tiers
(17 millions de décès) des causes de mortalité dans le monde
avec une disparité très importante entre les pays les plus riches
et ceux les plus démunis de la planète. Cinq groupes
d’infections apparaissent majoritaires: les infections des voies
respiratoires inférieures, les maladies diarrhéiques, le VIH/Sida,
le paludisme et la tuberculose. Même si l’origine de ces
infections peut être multiple, ce classement contraste avec les
quelques 1400 à 1415 agents infectieux ou parasitaires
potentiellement responsables de maladies transmissibles chez
l’homme (Taylor L.H.et al.,2001, Smith K.F. et Guégan J.-F.,
2010). Cette liste, aujourd’hui, s’accroît avec une à deux
nouvelles entités infectieuses décrites par an sur les 30 dernières
années. Certaines formes, reconnues pour être responsables de
maladies infectieuses dites émergentes, ont défrayé la chronique
ces dernières années. On appelle maladie infectieuse émergente
un phénomène infectieux - ou présuméinfectieux -inattendu
(en référence à ses propriétés intrinsèques ou à la connaissance
que l’on a de sa biologie), touchant l’homme, l’animal ou les
deux. Il peut s'agir d'une entité clinique d'origine infectieuse
nouvellement apparue ou identifiée, ou d'une maladie
infectieuse connue, dont l'incidence augmente ou dont les
caractéristiques (cliniques, évolutives…) se modifient dans un

espace ou dans un groupe de population donné. Dans une
optique d'anticipation, il peut s'agir d'une maladie identifiée
dont les conditions d'expansion deviennent favorables (Leport
C. et Guégan J.-F., 2011).

1- Quels agents infectieux émergent aujourd’hui ?
Diversité des agents pathogènes
Une étude relativement récente répertorie un peu plus de
1415 agents infectieux responsables de pathologies humaines
(Woolhouse M.E.J. et Gowtage-Sequeria S., 2005). Parmi les
1407 pour lesquels nous possédons suffisamment d’information
(les auteurs incluent dans leur étude aussi bien des entités
spécifiques que des souches de bactéries résistantes), 208 sont
des virus ou des prions dont 37% (la tendance est nettement
plus marquée en ce qui concerne les virus à ARN) sont des
virus émergents ou ré-émergents apparus dans la deuxième
ème
moitié du XXsiècle ; 538 sont des bactéries (10 % sont des
formes émergentes ou ré-émergentes); 317 sont des
champignons (7% sont des formes émergentes ou
réémergentes) ;57 des protozoaires (25% sont des formes
émergentes ou ré-émergentes), et 287 sont des helminthes (dont
3 % sont des formes émergentes ou ré-émergentes). Ainsi donc,
si les virus constituent le groupe d’agents infectieux émergents
par définition, les bactéries représentent, en termes de diversité,
le socle des infections connues à ce jour. La classification par
grandes catégories taxinomiques que nous décrivons ici
demeure cependant relative car il existe des biais possibles liés
à la représentativité des différentes sous-disciplines comme la
virologieversusla mycologie, ou encore la bactériologieversus
la parasitologie, à décrire plus ou moins d’espèces dans chacun
de ces groupes.

Caractéristiques des agents émergents
Sur l’ensemble, 816 agents pathogènes, soit 58% du total,
sont d’origine zoonotique ; un résultat qui atteint 73% si l’on
tient compte uniquement des agents émergents et ré-émergents

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ème
apparus dans la deuxième moitié du XXsiècle (Smith K.F. et
Guégan J.-F., 2010). Les 42% restants (591 espèces ou
souches) sont soit d’origine environnementale, soit encore des
formes bactériennes mutantes sélectionnées. Un septième à un
huitième du total de ces 1407 agents biologiques correspond à
des formes strictement contagieuses, avec l’humain pour seul
hôte. De très nombreux groupes animaux peuvent être
responsables d’une transmission d’agents pathogènes à
l’humain. Parmi eux les Ruminants (les bovins en constituent
un ensemble important) sont ceux qui y ont contribué le plus
avec 250 espèces pathogènes répertoriées dont 50
microorganismes et virus pathogènes émergents ou ré-émergents. Les
Carnivores et les Rongeurs représentent deux autres groupes
importants responsables de transmissions, anciennes ou
récentes, d’agents infectieux et parasitaires à l’humain, suivis
des Oiseaux et des Insectes. Les Primates ne représentent pas le
groupe principal ayant transmis des agents pathogènes à
l’homme, mais leur représentativité semble augmenter en ne
considérant que les agents pathogènes récemment apparus. Les
Chauves-souris apparaissent comme de nouveaux réservoirs
d’agents pathogènes (virus Ebola, Nipah, Marburg …), mais
une controverse importante existe aujourd’hui quant à cette
origine, en raison de biais d’échantillonnage et d’une
focalisation sur ce groupe de mammifères.
Les bactéries pathogènes opportunistes du genre
Burkholderia(B. mallei, B. pseudomallei,B. cepacia …),
présentes naturellement dans la partie du sol directement
influencée par l’activité des racines et des rhizomes (la
rhizosphère), peuvent être responsables d’infections
nosocomiales et d’infections graves chez les patients atteints de
mucoviscidose/mélioïdose (Holden M.T.G.et al., 2004).
L’altération des conditions et des moyens de défense de l’hôte,
ou des moyens d’intervention, augmente la susceptibilité
vis-àvis de ce type d’agents infectieux. De par leur résistance aux
antibiotiques et les taux de mortalité qu'elles engendrent, ces
espèces, d’origine tellurique ou végétale, posent aujourd’hui des
problèmes importants incluant celui de reconsidérer les notions
actuelles sur les barrières d’espèces. Une autre tendance

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observée concerne le nombre d’espèces hôtes par agent
pathogène, ce que l’on nomme communément le spectre
d’hôtes. En effet, plus de 40% des agents émergents ou
réémergents chez l’humain présentent au moins 3 autres espèces
hôtes possibles. Ce constat montre que les agents émergents
sont des formes généralistes avec un large spectre naturel
d’espèces-hôtes ;le contrôle et la surveillance de tels agents
sont dès lors difficiles, voire impossibles à réaliser car ils
nécessitent une parfaite connaissance de toutes les
espèceshôtes possibles suggérant une plus grande articulation des
recherches entre zoologistes, vétérinaires, écologistes et
infectiologues.

II- Peut-on prédire le risque de propagation d’agents
pathogènes émergents ?
Il existe très certainement une infinité de micro-organismes,
virus ou prions abrités dans des réservoirs animaux, végétaux
ou environnementaux (sol, eau,…), et il serait totalement
présomptueux de vouloir en dresser la liste. La plupart de ces
microbes sont, par ailleurs, des formes commensales ou
symbiotiques de leurs hôtes, et n’y développent généralement
aucune pathogénicité. En revanche, soumis à des pressions de
sélection différentes comme suite à des modifications
abiotiques ou biotiques de leur environnement, elles peuvent le
devenir en sélectionnant les souches les mieux adaptées à ces
nouveaux contextes. En regard d’une diversité spécifique en
micro-organismes incommensurable, la valeur de 1407 à 1415
agents pathogènes humains apparaît ainsi dérisoire. Nous
pouvons l’illustrer par une figure très simple prenant la forme
d’une pyramide (Figure 1). Un premier constat concerne le fait
que près de 75% des agents infectieux émergents ont une
origine animale avérée, et que 77 sur 177 sont des virus. Une
deuxième remarque nous précise qu’un grand nombre d’agents
pathogènes émergents infectent un ou quelques individus
uniquement et ne se propagent pas de manière épidémique à
l’instar du virus de la rougeole qui est l’un des agents infectieux
les plus contagieux. Un troisième constat est que, eu égard à la
quasi-absence de connaissances sur la diversité des
micro14

organismes naturels, il demeure très difficile de prédire lesquels
sont les plus à risque de constituer les futurs agents pathogènes
humains dans le futur.

Figure 1- Illustration schématique du nombre total de
micro-organismes présents sur Terre, du nombre d’agents
pathogènes humains, dont ceux d’origine animale ou
zoonotique, et enfin du nombre d’agents pathogènes nouveaux
(MIE = maladie infectieuse émergente) décrits ces 40 dernières
années. En réalité, cette pyramide montre une base beaucoup
plus élargie car nous n’avons pas ou peu d’informations sur le
nombre total de micro-organismes, dont certains (mais
lesquels ?),pourraient se révéler être de nouveaux agents
pathogènes pour l’humain.

III- Des interactions complexes entre dynamique de
transmission infectieuse et pratiques économiques
L’approche multidimensionnelle des maladies infectieuses
(émergentes) etde leur contrôle souligne explicitement la
difficulté des interventions médicales. La vaccination, en
général et notamment pour enrayer le virus de la variole
humaine, représente un succès évident. Cependant de nos jours,
et pour certaines régions du Monde, comme en Afrique
subsaharienne par exemple, soit les interventions de santé publique
sont rendues plus difficiles à réaliser pour des raisons que nous

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ne développerons pas ici, soit les résultats ne sont pas à la
hauteur des espoirs fournis. Pour de nombreux territoires, la
situation sanitaire est catastrophique et de très nombreuses
maladies infectieuses ou parasitaires, hier contrôlées, montrent
aujourd’hui des niveaux d’incidence et de prévalence
dramatiques (Hay S.I.et al., 2013).Il existe ici un premier
paradoxe en ceci que, en dépit des aides économiques
internationales pour enrayer ces infections, elles annoncent leur
retour enforce ! Mais, à quoi le devons-nous exactement? La
santé et la pauvreté sont souvent présentées comme allant de
pair : une personne en mauvaise santé, ici atteinte d’infections,
et devenant ainsi moins productive est donc moins capable de
générer un revenu; il y aurait donc une trappe à pauvreté
causée par les infections d’autant que, pour de très nombreuses
maladies tropicales endémiques, elles ont tout ou partie de leur
cycle de transmission dans l’environnement et en conséquence
ne sont donc pas éradicables. De plus, au sein d’un pays ou
d’une région donnée, des territoires peuvent avoir réussi à lutter
contre certaines maladies infectieuses, mais des effets de
voisinage, lorsque les territoires limitrophes ont au contraire
failli dans leurs interventions, peuvent influencer la ré-invasion
de l’agent pathogène ou de son vecteur. La compréhension de la
dimension régionale aux infections est évidemment cruciale.
Les relations entre maladies infectieuses et pauvreté ne sont
donc pas linéaires ni homogènes, et dépendent en partie du
niveau du revenu ; dans les pays pauvres, un revenu plus élevé
protège des risques infectieux (achat de médicaments, de
moustiquaires, …), et a des effets plus complexes sur les
membres du ménage; mais en retour, des niveaux élevés
d’incidence et de prévalence peuvent affecter les conditions de
vie individuelle ou collective (Figure 2). Les relations entre
santé et revenus font aussi intervenir d’autres variables, comme
l’éducation par exemple. En général, de nombreux territoires
des régions les plus pauvres du Monde connaissent donc des
situations de cercles vicieux, c'est-à-dire où prévalent des
dynamiques complexes pour expliquer la pauvreté, notamment
la vulnérabilité, l’exposition à certains risques (ici infectieux)
ainsi que d’autres variables contextuelles, qui accroissent les

16

risques de certains individus de basculer ou de rester dans la
pauvreté (Sindzingre A. N., 2006).


Figure 2- a) Représentation simplifiée des relations qui
existent entre l’environnement et ses différentes composantes
écologiques et biogéographiques à conditionner d’une part la
distribution et l’abondance des maladies infectieuses et de leurs
hôtes (vecteurs et/ou réservoirs), et d‘autre part le revenu
individuel et familial. Forme et sévérité des infections
interagissent avec le revenu introduisant une dynamique
complexe entre ces deux paramètres. b) Formes simplifiées des
relations statistiques entre revenu et transmission infectieuse
(ici la prévalence d’une maladie comme le paludisme). En
théorie, la prévalence d’infection diminue en fonction de

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l’augmentation du revenu (courbe en tiret noir), et à l’inverse le
revenu diminue lorsque la prévalence augmente (courbe en
trait continu). Voir le texte pour plus d’explications. Les
fonctions sont à l’équilibre stable en I et J, et en équilibre
instable en K. Les fonctions délimitent deux bassins d’attraction
dont un sur la partie droite du diagramme autour de J, dit
« trappe de pauvreté ». Adapté d’après Bonds M. et al. (2012).

IV- Conséquences pratiques
L’inclusion d’une réflexion sur la santé et le bien-être dans
le développement des territoires, et au-delà dans les politiques
d’aide au développement, loin d’être purement académique, est
essentielle. En effet, la démonstration qu’un groupe de
déterminants explicatifs et causatifs est plus effectif qu’un autre
signifie qu’il est inutile pour les politiciens, les décideurs
publics ou les donateurs de chercher à agir sur les autres
déterminants, en particulier comme actuellement lorsque la
contrainte budgétaire oblige à hiérarchiser les choix et les
priorités. Pour des territoires sub-sahariens pour lesquels la
biogéographie explique mieux la distribution de très
nombreuses maladies endémiques (Guernier V.et al., 2004),
dont certaines sont dites négligées et d’autres encore
émergentes, -mais force est aussi de constater ici que nous ne
connaissons strictement rien de la distribution générale des
principales maladies infectieuses (2% ont été cartographiées
mondialement) lorsque nous tentons de les combattre-, elle
engendre des effets de seuils, et donc la possibilité d’équilibres
multiples, bas ou hauts. Des cercles vicieux ou bien des trappes
à pauvreté peuvent se constituer, et ce malgré les nombreuses
aides au développement et à la santé.

Remerciements
Jean-François Guégan est soutenu par l’Institut de
Recherche pour le Développement l’Investissement d’Avenir
Laboratoire d’excellence CEBA, géré par l’Agence Nationale
de la Recherche (ref. ANR-10-LABX-2501).

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Débats
Gilles Landrieu , Parcs Nationaux de France
Vous disiez tout à l’heure que, quand il y a déforestation, il y
a une augmentation des maladies sur les écotones. Est-ce que
ces nouvelles maladies prévalaient déjà sur les populations qui
vivaient dans la forêt avant la déforestation ? ou est-ce que ce
sont de nouvelles maladies ?

Jean-François GUÉGAN
Il y a effectivement les deux; vous prenez le cas de la
déforestation au Brésil: la percée de la forêt primaire
amazonienne pour construire la trans-amazonienne a fait une
trouée. Celle-ci crée de nouveaux écosystèmes, les écotones, où
vous n’avez pas de génération spontanée; il y a bien des
vecteurs et des agents pathogènes déjà présents, mais ils vont
rencontrer, là, des espaces nouveaux où proliférer et entrer en
contact avec des individus humains.
Il ne faut jamais oublier cette triade : l’agent infectieux (il a
un cycle complexe, il peut être contagieux), le vecteur et/ou un
réservoir et l’humain. Ces nouveaux espaces vont peut-être être
favorables à la pullulation, par exemple d’une souris ou d’un
rat, qui sont de véritables réservoirs ; mais ça ne suffira pas. Si
vous n’avez pas d’humain, vous n’aurez pas de cas.
Tous ces agents, tous ces réservoirs sont dans la nature.
Mais, pour qu’il y ait une maladie, il faut un contact et une
exposition avec des populations humaines.
Ce qui se passe avec la transamazonienne, c’est la
construction d’énormément de villages dans ces écotones le
long de la route. Vous avez ainsi une rencontre entre des agents
infectieux naturels préexistants, des vecteurs forestiers, des
réservoirs forestiers qui viennent aussi s’installer à ces endroits,
là où l’homme vient aussi s’installer. Vous avez donc ainsi un
carrefour de rencontres que j’appelle un carrefour de rencontres
des partenaires.

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Gilles Landrieu
Vous voulez dire que ce sont des populations qui viennent
d’ailleurs et qui n’ont pas développé, par exemple, de
résistances ?

Jean-François GUÉGAN
Il n’y a pas forcément que de la résistance type
immunologique ou génétique. C’est extrêmement difficile:
quelle est la part du génétique? On ne peut pas répondre; en
fait, on n’en sait rien.
C’est ce qu’on observe au Brésil, comme au Cameroun : des
gens issus de la forêt vont s’installer près des routes, qui vont
servir aux grumiers pour le bois d’exportation. Vous avez là des
villages, un début de société, un début de civilisation et un
début d’organisation d’un système socio-économique, avec un
bar ou un restaurant, etc. C’est dans ces endroits de rencontres
des partenaires que vous générez des infections.
C’est le cas du SIDA par exemple. Le premier déterminant
de l’apparition du SIDA, ce sont les routes forestières, avec les
grumiers dont les conducteurs s’arrêtent dans les différents
villages. C’est bien connu des anthropologues et des
sociologues. Ayant des rapports sexuels avec des prostituées de
village en village, ils peuvent transmettre le sida de proche en
proche jusqu’aux grandes villes.
Gilles Benest, Université Paris Diderot – Espace et Milieux
J‘ai eu l’impression, concernant ces 1417/177 agents
pathogènes, qu’il s’agissait de chiffres relativement stables. Si
tel est le cas, cela me trouble en tant que biologiste, parce que
la Vie est vivante, elle évolue: est-ce qu’il n’y a pas une
évolution de ces virus? Est-ce que c’est si stable que ça? Ou
mon impression est-elle fausse ?

Jean-François GUÉGAN
Les valeurs que je vous ai données sont comme une
photographie faite de l’histoire de la transmission infectieuse du
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