Ecoterroristes et écoguerriers

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Et si les « Faucheurs volontaires » d’OGM n’étaient que l’avant-garde de poussées radicales écologistes à venir ? Face aux urgences des crises écologiques, il semble n’y avoir pour l’instant que verdissement de discours ou récupérations variées. Voilà qui peut inciter des esprits motivés et ardents à recourir à l’action directe, à considérer, par exemple, selon les termes de l’écrivain américain E. Abbey, que si le monde sauvage est désormais hors-la-loi, seuls les hors-la-loi peuvent sauver le monde sauvage.
Cet ouvrage se place dans une telle hypothèse et passe en revue quelques-unes des questions pouvant alors se poser. Dans quelles conditions la désobéissance, dans un État de droit, est-elle légitime ? La non violence doit-elle inclure les objets ? Quelles sont les limites des interventions légalistes ? Qu’est-ce qu’une action directe ? Les véritables éco-terroristes sont-ils ceux qui empêchent des saccages de nature ou bien plutôt ceux qui parsèment la planète de poisons ?
Cette étude décrit également quelques mouvements d’action directe, surtout anglo-saxons, comme par exemple l’ONG centraliste Greenpeace ou encore Earth First ! des années 1980, la référence encore maintenant, etc.
Préparons-nous au débat.
Roger RIBOTTO est né en 1937. Il a travaillé pendant quinze ans dans l’administration de l’environnement en Poitou-Charentes. Militant d’associations de protection de la nature, cet ouvrage constitue son quatrième essai.

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Date de parution 01 janvier 2008
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EAN13 9782849240991
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,012 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Écoterroristes ou écoguerriers ?
Désobéissance civile et action directeLa collection « Essai » se veut ouverte aux nouveaux regards
portés sur les sciences, les faits de société et les questions
contemporaines.
Dans la même collection :
Le souverainisme : une idée certaine de la France de Philippe Boulanger
La jeunesse qui range sa chambre de Grégory Kapustin
Philosophie du ménage de Sébastien Groyer
L’écologie profonde de Roger Ribotto
La sexualité collective de Radu Clit
Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien de Vladimir Mitz
Psychologie de la fatigue de Jean-Louis Dupond
J’accuse la dérive de la psychanalyse de Sylvie Lanzenberg
© Éditions du Cygne, Paris, 2008
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-099-1Roger Ribotto
Écoterroristes ou écoguerriers ?
Désobéissance civile et action directe
Éditions du CygneDu même auteur :
L’écologie profonde, Éditions du Cygne, 2007
Plante, bête, homme : même futur, Association « Vienne-Nature »,
2000
Quelques mots sur l’écologie profonde, Association « Vienne-Nature »,
2000Introduction
L’action directe écologiste est-elle nécessaire ?
Nous sommes de plus en plus informés sur la destruction de
la biosphère. Journaux télévisés, revues de tout poil, politiques
de tous bords s’emparent du sujet. Du coup, des gens se disent :
il faut que je fasse quelque chose. Beaucoup n’iront pas plus
loin, ils ont d’autres chats à fouetter. Quelques-uns dont le
nombre pourrait croître avec l’aggravation manifeste des crises
écologiques voudront agir, seuls ou en adhérant à des groupes.
Mais, il se pourrait que les décideurs en restent aux mots ou aux
mesurettes, que les groupes traditionnels ne soient pas à la
hauteur des enjeux.
Voici notre hypothèse. Par le seul poids des faits, des
urgences, de nouveaux contextes énergétiques, climatiques ou
autres, certains militants motivés privilégieront l’action directe
écologique. Définissons celle-ci, pour l’instant, comme
l’exercice de pratiques ne respectant pas la légalité au nom d’une
légitimité écologiste. Exemples classiques en France : les
faucheurs volontaires d’OGM., des opérations de Greenpeace. Le
phénomène devrait même s’amplifier à l’instar d’autres pays. Il
est sans doute inéluctable.
La première partie de cet essai est générale : désobéissance
civile, non-violence, Zorro(s) de l’écologie. La seconde passe en
revue des groupes d’action directe présents en France et surtout
en pays anglo-saxonsPartie I : RepèresPréalables
Des réflexions prises en compte dans le chapitre 1 – la
désobéissance civile – et le chapitre 2 – la non violence – ne
datent pas d’aujourd’hui. L’ouvrage La désobéissance civile de
Thoreau a été publié en 1862 ; Gandhi a commencé son
combat dans les années 1920. Il s’agissait alors, et toujours,
d’actions en faveur de la dignité, de la justice et des droits
humains. Et voici qu’a surgi la conscience écologique. C’est
donc depuis peu que des actions en faveur de la biosphère, de
l’homme et des êtres vivants d’aujourd’hui et de demain,
s’intègrent dans ces réflexions, elles se réfèrent elles aussi à Thoreau
et à Gandhi qui, comme par hasard, défendaient la biosphère.
Les références de désobéissance civile et de non violence
rappelées dans cet essai concernent des États connaissant un
minimum de démocratie. En régime tyrannique, totalitaire,
l’objectif est l’insurrection. Comme l’a écrit à peu près la
philosophe Hanah Arendt : si au lieu de l’Empire britannique,
même avec ses répressions sanglantes, Gandhi avait dû faire
face à Staline ou Hitler, qui connaîtrait son nom, sa sagesse ?
(Aspects bibliographiques. Nous exploitons, chapitres 1 et 2 surtout,
la revue « Alternatives non violentes », site : 3w.anv-irnc.org ; celle-ci
est désignée par ANV dans le cours du texte. Même cas de figure avec
le Dictionnaire de la non-violence de JM. Muller, Édition Le Relié-Poche,
2005, qui se réduit à « Muller : Dictionnaire »)Chapitre 1 : La désobéissance civile
Action directe s’oppose à action indirecte (expression
absente du marché). Pour cette dernière, l’indirecte, entre
l’objectif – combattre une pollution de rivière, par exemple – et le
pollueur, s’interpose le respect des lois, des autorités et aussi
celui de tous les pouvoirs défendant le pollueur. L’action
directe, c’est droit au but : le pollueur. Mais désobéir à la loi,
dans un État de droit, n’est-ce pas intolérable? Donc avant
d’aborder la désobéissance, quelques détours par l’obéissance.
I. Obéir
1. l’obéissance comme vertu
L’homme est fait pour vivre en société, il est un animal
politique nous dit Aristote. Depuis toujours des penseurs ont
travaillé sur les manières de vivre ensemble ; ils ont disserté sur
les formes de gouvernements possibles, les notions d’état, de
droit, de loi, d’autorité, de pouvoir. Pour notre temps et nos
sociétés, les vulgarisateurs de philosophie politique placent au
hit-parade des maîtres : Hobbes et Rousseau. Dans le cadre du
présent essai, nous nous satisferons des très grandes lignes des
réflexions des dits maîtres. Bien sûr, c’est réducteur ; ainsi, aux
e eXVII et XVIIi siècles, le souverain était bien repérable, c’était le
Roi, mais par qui son rôle est-il vraiment tenu aujourd’hui dans
notre monde d’économie ultra-libérale mondialisée ?
Hobbes (1588-1679) estime que dans toute société laissée à
elle-même, chacun combat chacun et tous contre tous.
L’homme est un loup pour l’homme, comme l’a écrit le poète
latin Plaute. Le problème est donc d’assurer la paix et la
sécu9rité de la société. Pour cela, il faut un pouvoir fort et qui punit.
Hobbes s’explique dans « De Cive » (1648) et « Léviathan »
(1651) Mais il n’est pas qu’un dresseur de loups. Pour lui, tous
les hommes, tous les sujets du Roi sont égaux. Une sorte de
contrat existe entre souverain et société. Si le souverain est
incapable d’assurer ce qu’on lui demande : paix et sécurité, le peuple
a le droit de le jeter aux oubliettes.
Jean-Jacques Rousseau publie en 1755 Discours sur l’origine et
les fondements de l’inégalité parmi les hommes et, en 1762, Du Contrat
social. Rappelons, en passant, la proposition d’un contrat un peu
semblable mais entre humains et planète : « Le contrat naturel »
de Michel Serres. Avec Rousseau, compte tenu de ce qu’il
expose dans les œ uvres ci-dessus, nous pensons progresser. Au
sein d’une population existe une « volonté générale » en quête
d’une société juste. Un « Contrat social » lie peuple et souverain.
Ce dernier sert la volonté générale. Les gens du peuple font
passer cette volonté générale avant leurs intérêts particuliers ; ce
faisant, ils aliènent un part de leur liberté au profit de la
communauté. Mais au total, chacun est gagnant puisque
membre de la collectivité. Laissons de côté une question
importante : qui définit la « volonté générale » ?
Selon les lieux, les moments, nous oscillons dans nos choix
de sociétés. Avec Rousseau, nous rêvons d’une société toujours
plus juste. Mais Hobbes n’est jamais loin. Des chocs
écologiques, tels ceux annoncés, peuvent favoriser des pouvoirs dits
« forts ». À une échelle plus modeste, la plus gentille des
désobéissances civiles fait surgir chez beaucoup de gens la peur
du loup. Cela étant, au total, les deux systèmes montrent que
vivre en société implique des règles et donc de l’obéissance.
Rajoutons-en. Dans les pages qui suivent nous organisons
un défilé de personnes favorables à la désobéissance civile.
Parmi elles, certaines n’en insistent pas moins sur l’intérêt
d’obéir à des lois... injustes, dans des contextes particuliers il est
vrai. Ainsi, pour Rawls, quand les institutions sont justes, il faut
obéir à une loi injuste afin de ne pas affaiblir ces institutions.
10Rawls précise toutefois que le caractère injuste de la loi ne doit
pas aller trop loin. H. Arendt évoque le cas où les lois sont
défaillantes mais où il faut quand même obéir au « souverain »
si cela permet d’éviter l’effondrement d’une société pas si
mauvaise que ça.
Conséquence de ce qui précède : toute action directe
écologiste doit respecter l’obéissance citoyenne et donc toujours se
justifier devant elle. Sauf peut-être dans des cas où la situation
est si claire qu’il n’est pas besoin d’explications particulières.
2. Malaises de l’obéissance
Certaines obéissances sont néfastes à l’épanouissement de la
personne, à l’enrichissement moral de la société et comble de
malheur à la préservation de la biosphère.
Le philosophe JM.Muller (ANV n°142) explique que nous
sommes tous conditionnés (formatés, comme on dit
maintenant) pour obéir. Nous le sommes très tôt : le bon enfant est
celui qui obéit à tout ce qu’on lui demande. Nous le sommes
toute notre vie, de l’école à l’entreprise ou à l’église et même
dans nos loisirs. Le désastre commence quand l’obéissance
devient une valeur en soi, indépendante de ce à quoi, pour quoi,
pour qui nous obéissons.
Les fondements de l’obéissance malfaisante sont variés.
Désobéir peut présenter des risques mais pas toujours. Parfois,
c’est plus compliqué. Supposons une personne qui, au départ,
est hostile au nucléaire pour des raisons mûrement réfléchies.
Situation de famille, sous-emploi dans la région habitée ou
autres nécessités l’obligent à travailler dans une entreprise liée
au nucléaire. De quoi déprimer ! Alors, le mieux qui puisse
arriver à cette personne est que son cerveau finisse par lui
construire une idéologie indifférente ou mieux favorable au
nucléaire. Alors, elle pourra enfin obéir sans recours aux
antidépresseurs. De façon plus générale, le sociologue P.Bourdieu
nous apprend que l’obéissance et la soumission n’ont pas
11besoin d’usage de la force car elles sont dans nos têtes par
empreinte sociale et culturelle.
Le conformisme nous rapetisse. Il nous fait penser comme les
membres du groupe auquel nous appartenons ou voudrions
appartenir. Nous voulons ressembler à plus puissant, plus riche
que nous. Hélas ! Nos modèles, les riches, détruisent la planète par
leurs comportements, leurs consommations et leurs modes de vie.
(Comment les riches détruisent la planète, H.Kempf, Le Seuil, 2007).
Nos sociétés sont hiérarchisées, l’humanité semble n’avoir
rien trouvé d’autre pour fonctionner. Les hiérarchies
structurent les entreprises, les services publics, toutes les organisations.
Cela exige par définition l’obéissance des gens d’un niveau
donné à ceux de niveaux supérieurs. La dérive qui conduit de
l’obéissance à la soumission n’est pas rare. Face à un
responsable proposant ou acceptant un aménagement très polluant,
on n’osera pas contredire ni désobéir. En fin de compte, la
société toute entière est hiérarchisée avec des échelles allant du
très pauvre au très riche, du sans-pouvoir au très puissant. Qui
ose s’opposer à plus riche ou plus puissant que lui, quel que soit
l’ordre donné ou la « recommandation » négligemment jetée
dans la conversation ?
Rien n’est simple. B. Foucault et autres philosophes ont
montré que le pouvoir est partout. Qu’en résulte-t-il ? Il en
résulte que partout existe un petit fascisme ordinaire dont nous
sommes tantôt victimes, tantôt profiteurs ; tantôt nous
obéissons jusqu’à la bassesse, tantôt nous exigeons l’obéissance
jusqu’à la tyrannie.
Faire entendre, prendre en compte l’enjeu écologique ou
tout autre enjeu vital (social, respect de la dignité humaine etc..)
dans cet univers d’obéissance dévoyée, n’est pas un jeu
d’enfants. Ajoutons, qu’emportés par le mouvement, nous voulons
que la nature elle-même ne soit qu’obéissance. Nous ne la
comprenons qu’exploitée, soumise. Mais c’est la nature qui aura
le dernier mot.
123. Quelques références.
Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
eSi le contexte a bien changé depuis le XVI siècle, La Boétie
(1530-1563, brève existence !) reste toujours d’actualité. Le titre
de son ouvrage dit l’essentiel d’un phénomène qui n’en finit pas
d’étonner : la servitude volontaire.
Des villes, des nations supportent tout « d’un tyran, seul qui
n’a de puissance que celle qu’on lui donne ». Des gens, « soumis,
têtes baissées à un joug déplorable, non parce que contraints
mais parce que fascinés, ensorcelés. » Les bêtes, elles, défendent
leurs libertés, résistent « des becs et des ongles, des cornes, des
pieds et du bec », on les voit « languir plutôt que vivre, ne
pouvant jamais se plaire dans la servitude. » La première raison
de la servitude volontaire est l’habitude et « La ruse des tyrans
est d’abêtir leurs sujets. »
Le syndrome Papon.
Avant Papon, il y a eu le cas plus extrême d’Eichmann. Son
procès à Jérusalem est édifiant. Hannah Arendt dans son
ouvrage « Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du
mal » (1963) met au clair cette banalité. Le nazi dit n’avoir
qu’obéi aux ordres, indifférent au contenu. En France, Maurice
Papon a été secrétaire général de la Préfecture de Gironde sous
l’occupation allemande. À ce titre, il a participé à l’envoi de
convois de juifs vers les camps de concentration. Cela ne l’a pas
empêché de poursuivre une brillante carrière : Préfet de police
de Paris, Ministre sous Giscard d’Estaing. Puis la Justice l’a
rattrapé : inculpation en 1983, procès en 1997, condamnation
en 1998. Alain Refalo (ANV n° 142) déplore un procès manqué :
la question fondamentale sur « l’obéissance et la désobéissance
des fonctionnaires à des ordres illégitimes ou/et criminels » n’a
fait l’objet d’aucun débat.
De manière générale, aujourd’hui comme hier, dans des
ambiances plus paisibles, des questions de fond restent posées.
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